15 septembre 2015

Il y a 100 ans : Séance du Comice agricole au Gouvernement Général (3)

(Suite.)
Il demande la construction d’un escalier de petites dimensions, sur l’un des côtés du débarcadère, latéral au fleuve, et en permettant l’accès quel que soit le niveau des eaux.
M. Bournel, chef du service régional en l’absence de M. Bernard, est appelé et, après explications, il reçoit un crédit demandé de 200 fr. et des instructions pour que, dès le lendemain, le hangar soit édifié et l’escalier construit.
(Ajoutons en passant que ce débarcadère monumental, mais inaccessible, eût suffi aux besoins du transit avec le tiers de ses dimensions.)
7° Conseil d’arbitrage. Monsieur le Président du Comice agricole fait observer que de nombreux indigènes abusent des facilités que leur offrent les conseils d’arbitrage pour faire comparaître devant eux des colons qu’ils veulent em… nuyer, en les obligeant à de coûteux déplacements et une sensible perte de temps. Il demande s’il ne serait pas possible de punir leur mauvaise foi, chaque fois que celle-ci serait établie.
M. le Gouverneur partageait tout d’abord cette manière de voir ; mais, ayant consulté à ce sujet les maîtres du barreau qui se trouvaient parmi les membres du Comice agricole, ceux-ci ont opiné qu’aucune sanction légale n’était possible en la circonstance, car l’indigène menacé d’être l’objet d’une poursuite, dans le cas où sa demande serait rejetée, hésiterait à se pourvoir devant le conseil d’arbitrage, alors même qu’il se croirait en droit de le faire. Cette opinion se conçoit de la part de ces MM. qui verraient déserter de leurs cabinets tous ceux dont les droits ne seraient pas bien établis.
Quelques membres ayant signalé les anomalies que présente l’institution du conseil d’arbitrage, M. le Gouverneur Général promet de les mettre à l’étude.
Telle qu’elle est, cette institution de profite, en effet, qu’aux indigènes qui en usent et en abusent. Que ces derniers soient pour les avocats de bons clients, c’est possible. Mais combien décevante pour le colon se présente cette institution. Lui, le colon, il a un nom connu et un domicile fixe. L’indigène, par contre, n’a pas de domicile connu, et encore moins de nom fixe. Botohava ou Botokel chez vous, il sera Rakotomanga ailleurs et par suite insaisissable.
 (À suivre.)

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 30 titres parus à ce jour.

14 septembre 2015

Il y a 100 ans : Séance du Comice agricole au Gouvernement Général (2)

(Suite.)
Ce travail sera d’autant plus facile à exécuter que non seulement les études en ont été consciencieusement faites depuis déjà bien longtemps, mais qu’il a déjà été exécuté en partie, commencé par un chef de service, naturellement interrompu par son successeur, puis repris et abandonné suivant le caprice du moment, offrant ainsi à l’admiration de nos sujets malgaches un parfait échantillon de notre gâchis administratif dans la région de Tamatave.
3° Assainissement de la plaine de Tamatave. Cet assainissement est en voie d’exécution au moyen de la main-d’œuvre pénale, et se continuera jusqu’à complet achèvement. Nous n’avons qu’à attendre.
Il n’a pas été question du reboisement de la plaine. À ce sujet nous avons reçu d’un de nos lecteurs une lettre que nous publierons prochainement.
4° Le port. Si les travaux n’en ont pas encore été commencés, la faute en est uniquement à la situation actuelle, grâce à laquelle les matériaux nécessaires n’ont pas pu être expédiés à temps.
Ces matériaux ont pu enfin être embarqués il y a peu de jours et seront rendus à Tamatave dans la deuxième quinzaine d’août.
Par suite, la pose de la première pierre à laquelle M. le Gouverneur Général viendra procéder pourra avoir lieu dans les commencements du mois de septembre.
5° Le canal d’Ivondro à Tamatave. Dès que les formalités d’enquête commodo et incommodo, ainsi que les expropriations nécessaires, seront terminées, et qu’en outre les murs des quais du port seront à hauteur suffisante pour retenir les remblais, de façon qu’ils ne soient pas emportés par les eaux, commencera le percement de ce canal, dont les terres, comme chacun sait, doivent servir à former le terre-plein du port.
Là aussi, il n’y a plus qu’à attendre.
6° Le débarcadère sur l’Ivondro, à la gare de Mahatsara. Ce débarcadère, aux dires des T. P., serait terminé et il ne manque plus que d’édifier le hangar qui doit l’abriter et dont les matériaux sont sur place.
Monsieur le Président du Comice agricole fait remarquer que la première marche de ce débarcadère est à une telle élévation au-dessus des eaux ordinaires qu’on ne peut l’aborder qu’aux très grosses eaux, ce qui ne se présente qu’accidentellement.
 (À suivre.)

Le Tamatave

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12 septembre 2015

Il y a 100 ans : Séance du Comice agricole au Gouvernement Général (1)

Mercredi dernier à 15 heures, les membres du Comice agricole de Tamatave, spécialement convoqués par M. Garbit, se sont réunis sous sa présidence au Gouvernement Général.
En les remerciant d’avoir répondu à son appel, le Chef de la Colonie leur a dit combien il était heureux de se trouver au milieu d’eux pour pouvoir discuter contradictoirement les questions intéressant la région de Tamatave.
Il a été répondu que c’étaient au contraire les membres du Comice qui étaient heureux du vif intérêt que le Chef de la Colonie apportait aux questions auxquelles était lié l’avenir de la région.
Les questions traitées sont les suivantes que nous résumons le plus possible.
1° Route de Tamatave à Melville, en quatre lots, dont la construction des deux premiers a été adjugée à M. Poggioli. Celui-ci explique le retard apporté dans cette construction par le manque de main-d’œuvre.
La construction du 3e lot est en cours, ayant été confiée à de petits tâcherons.
Le 4e lot devait être adjugé le lendemain jeudi, et il l’a été à M. Charles, l’entrepreneur bien connu. Melville étant encore loin du Fanandrana, par la vallée duquel cette route doit remonter vers le centre de l’île, des études ultérieures feront connaître si c’est par la rive droite ou la rive gauche qu’elle doit remonter le cours de l’Ivondro.
Il restera deux ponts importants à installer. Il sera appelé plus tard à leur adjudication.
Au sujet de voies de communication, M. Garbit fait observer que, lorsque le pays s’y prête, les voies les plus économiques sont les voies fluviales, coûtant très peu à établir et surtout à entretenir, alors que les routes, dans un pays tourmenté comme Madagascar, coûtent très cher et exigent un entretien hors de proportion avec les services qu’elles rendent. Seules les voies ferrées ne grèvent pas le budget par leur entretien, et donnent au contraire des bénéfices.
2° Canal au nord de Tamatave. C’est en vertu de ce principe que le canal dit des Pangalanes, venant du Sud à Tamatave, sera continué de cette dernière ville vers le Nord, permettant un débouché aux riches vallées qu’il doit traverser.
(À suivre.)

Le Tamatave

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10 septembre 2015

Il y a 100 ans : Monsieur le Gouverneur Général à Vatomandry (5 et fin)

(Suite et fin.)
« Messieurs, je lève mon verre à la santé de Monsieur le Gouverneur Général Garbit, à celle de ses dévoués et fidèles collaborateurs, à celle de notre distingué chef de province ; je bois au succès final de nos vaillantes et héroïques armées, à la victoire, au triomphe de la civilisation sur la barbarie.
« Messieurs, Vive la France et la République. »
Monsieur Guenot, au nom de la Colonie britannique, en quelques paroles senties, se mit à l’unisson, son discours fut souligné par de nombreux applaudissements.
Monsieur le Gouverneur Général, qui pendant le cours des discours donna à plusieurs reprises le signal des applaudissements, remercia éloquemment l’assistance de la brillante et chaleureuse réception qui lui était faite par la population, se disant particulièrement touché des sentiments patriotiques exprimés et qu’il était heureux de voir la Colonie britannique se joindre, en cette circonstance, à ses compatriotes.
Il expose les grandes lignes de son programme administratif, faisant ressortir qu’il s’attachait tout spécialement à prendre des mesures non seulement pour empêcher l’arrêt de la vie économique, mais encore faisant tout le nécessaire pour en augmenter l’essor.
Avant de se retirer, Monsieur Garbit d’entretint longuement avec toutes les personnes présentes ; il manifesta sa satisfaction de voir une union si parfaite en regrettant que son temps limité ne lui permette pas de visiter les nombreuses exploitations de la province.
Le soir, dîner officiel où il avait convié les représentants de la population.
Le lendemain, malgré l’heure matinale (5 heures et demie) de son départ, la population européenne se trouvait réunie à l’appontement pour le remercier de sa visite et lui souhaiter un prochain retour.
Monsieur le Gouverneur Général Garbit a produit sur la population de Vatomandry une profonde et sympathique impression, impression qui ne fera certainement qu’aller en augmentant par la réalisation des promesses qu’il a faite.
Nous résumons en quelques mots : brillante et enthousiaste journée où, c’est le cas de le dire, tout fut pour le mieux dans le meilleur des mondes.
P. Gamonet, Directeur des plantations Maurice Robin, Vatomandry.
Le Tamatave

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9 septembre 2015

Il y a 100 ans : Monsieur le Gouverneur Général à Vatomandry (4)

(Suite.)
« Depuis plus de onze mois, nos affaires sont entravées, la vie économique est paralysée ; mais qu’est-ce que cette gêne, cette entrave, auprès des souffrances, des angoisses, des crimes que supportent héroïquement huit de nos départements et des meilleurs, qui sont encore foulés par les Teutons qui brûlent, assassinent, violant, dévastant et anéantissant tout sur leur passage.
« La France, sans provocation, attaquée traîtreusement par un ennemi qui se prépare depuis quarante-quatre ans à l’anéantir, ne veut pas mourir. Luttant pour la justice et le droit, la France républicaine, le pays de la révolution, des idées généreuses, le foyer du progrès, de la civilisation et de la science, ne peut être vaincue.
« Nos amis, nos parents, nos frères et tous les êtres qui nous sont chers luttent héroïquement aux frontières, faisant noblement le sacrifice de leur vie pour la défense du patrimoine national et pour nous conserver, nous les coloniaux, à la mère-Patrie.
« Bientôt l’heure va sonner où, sous le haut commandement du vainqueur de la Marne, notre Joffre, avec les Sarail, les Galliéni, les Dubait, les Pau, les Maunoury, les Castelnau, les Foch, etc., les armées forgées par la République rejetteront dans leur Germanie diminuée les hordes teutonnes qui souillent notre sol, dans cette Allemagne militarisée, soumise et humble au pied de son maître le Kaiser, dans ce territoire de sauvages, où les armées des peuples civilisés et affranchis écraseront à tout jamais le militarisme prussien pour le triomphe de l’humanité, de la justice, du droit, et l’établissement solide et définitif de la paix universelle. Aussi, nous sommes fiers de voir deux de nos anciens Gouverneurs Généraux à l’avant-garde de la défense nationale, l’un, M. Victor Augagneur, à la tête du ministère de la Marine, l’autre, le général Galliéni, au Gouvernement militaire de Paris.
« Je croirais faillir à la mission qui m’a été confiée si, avant de terminer, je n’adressais au nom de la population un salut cordial aux colons de Vatomandry partis ou qui luttent vaillamment sur le front, je salue respectueusement en son nom et m’incline profondément devant ceux tombés en héros au champ d’honneur.
 (À suivre.)

Le Tamatave

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8 septembre 2015

Il y a 100 ans : Monsieur le Gouverneur Général à Vatomandry (3)

(Suite.)
« Nous sommes profondément touchés du haut témoignage de sympathie que vous avez bien voulu nous donner en acceptant, malgré la nécessité de votre présence à Tananarive, notre invitation ; ce témoignage, joint à la sollicitude bienveillante et éclairée dont vous n’avez jamais cessé d’entourer tout ce qui a trait au développement économique de la colonie, nous sont de sûrs garants que vous accueillerez favorablement les desiderata qui vous ont été exposés par nos corps constitués et que je résume en quelques mots :
« Construction d’un pavillon destiné à recevoir à l’hôpital les Européens, – meilleur approvisionnement en médicaments des postes médicaux, – lutte énergique contre l’avarie des indigènes, grande cause de dépopulation, – solution définitive de la question de la nouvelle ville, – construction d’une école européenne et des bâtiments de la douane, – feu du port, – établissement de gués aux passages des ruisseaux, – ouverture du bureau de poste à l’Ilaka aux mandats, – son rattachement par fil à la ligne de Vatomandry-Mehenoro, – répression du vagabondage, – cession de main-d’œuvre pénale aux agriculteurs, – création d’une justice de paix à compétence étendue, – crédit agricole, – recherche méthodique des moyens pratiques et efficaces pour lutter contre les cochenilles et le noircissement des cabosses de cacao, – interdiction absolue comme produit alimentaire de la vanilline dite végétale, en exigeant que le fabricant employant ce produit le fasse connaître au consommateur par des étiquettes portant la mention Parfumé à la vanilline artificielle et non la simple mention de Vanilline.
« La réalisation de ces desiderata permettra à notre chère et belle province de Vatomandry de prendre un essor nouveau et d’occuper dans la vie économique de Madagascar la place qu’elle mérite par la richesse de ses produits naturels agricoles et miniers.
« Aussi, Monsieur le Gouverneur Général, nous augurons beaucoup de votre passage parmi nous.
 (À suivre.)

Le Tamatave

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7 septembre 2015

Il y a 100 ans : Monsieur le Gouverneur Général à Vatomandry (2)

(Suite.)
À 4 heures et demie, il se rendit au vin d’honneur que lui offrait la population, réunion pendant laquelle la plus franche cordialité n’a cessé de régner et, aux applaudissements unanimes des assistants, M. Agron prononça le discours suivant :
« Monsieur le Gouverneur Général,
« C’est pour moi aujourd’hui un réel plaisir que d’avoir, au nom de la population tout entière de Vatomandry, à vous remercier de l’honneur que vous avez bien voulu nous faire en venant visiter notre province.
« Nous sommes d’autant plus flattés de la bienveillante marque de sollicitude que vous venez de nous donner que, dans les graves circonstances actuelles, vos instants n’ont jamais été aussi précieux.
« Si l’union, si désirable à la marche du progrès, a parfois fait défaut aux colons de Vatomandry, comment aurions-nous pu rester indifférents au grandiose exemple d’union sacrée que nous donne en ce moment notre chère et noble France où, sans distinction d’opinions politiques ou religieuses, tous les partis marchent avec un ensemble parfait qui en impose à l’univers entier, la main dans la main pour la défense de la Patrie et font bloc derrière notre Gouvernement.
« Aussi, Monsieur le Gouverneur Général, voyez-vous réunie autour de vous une assistance aussi nombreuse que brillante ; les absents sont sous les drapeaux.
« Nous aurions été on ne peut plus heureux si votre temps vous eût permis de visiter nos exploitations, de vous rendre compte par vous-même de l’effort fait par nos colons et de vous convaincre que notre province est digne de la sollicitude des pouvoirs publics. Commerçants, prospecteurs ou planteurs, dans des sphères différentes, tous, nous contribuons au développement économique du pays, en travaillant à sa mise en valeur.
« Aussi, je n’hésite pas à dire sans crainte d’être taxé de vaine jactance, que l’on jette un coup d’œil sur l’œuvre accomplie depuis l’occupation, on constate avec plaisir, avec joie, que la France a le droit d’être fière de ses enfants, véritables pionniers de la colonisation.
 (À suivre.)

Le Tamatave

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6 septembre 2015

Il y a 100 ans : Monsieur le Gouverneur Général à Vatomandry (1)

On nous écrit de cette ville :
Le 17, vers 6 heures du soir, Monsieur le Gouverneur Général Garbit, accompagné de M. Girod, Directeur des Travaux Publics, de M. Grandjean, son secrétaire particulier, et de M. Grise, chef de la province, aux acclamations de la population tout entière, débarquait à l’appontement de Vatomandry. Après avoir serré la main aux personnes présentes, il s’entretint cordialement avec chacune d’elles et gagna les appartements de la Résidence.
Journée du 18. – À neuf heures du matin, réception des notables et fonctionnaires indigènes qui causèrent longuement avec Monsieur le Gouverneur Général. Réception de la colonie européenne ; le cordial contact de la veille ne fit qu’aller en s’augmentant et la sympathie manifestée au chef de la Colonie fut on ne peut plus franche et sincère.
Réception des corps constitués à laquelle assistait toute la Colonie européenne. Le discours de bienvenue fut prononcé par M. Dauvergne, président de la Chambre consultative ; en un magnifique exposé, il mit Monsieur le Gouverneur Général au courant des travaux tant miniers qu’agricoles qui furent faits dans la province et de la marche ascendante de la prospérité de Vatomandry.
En quelques mots, Monsieur le Gouverneur Général remercia M. Dauvergne au nom de la population.
Ensuite, les présidents de la Chambre consultative et du Comice agricole lui exposèrent les desiderata de la province que Monsieur Garbit écouta avec la plus grande bienveillance et il solutionna sur le champ plusieurs questions telles que : construction d’un pavillon pour recevoir à l’hôpital les Européens, création d’un bureau de poste, bâtiments de la douane, etc., etc.
L’après-midi, le Gouverneur Général, accompagné de toute la population, fit la visite de la ville, trancha pendant cette tournée quelques questions concernant l’affectation de certains bâtiments des services administratifs. Il visita l’école indigène où un jeune élève lui adressa, sans la moindre gêne, un compliment plein d’à-propos et des mieux tourné. Discrètement, Monsieur le Gouverneur Général lui remit une gratification. La presse, qui a des yeux partout, cette bavarde, qui sait tout, espère que Monsieur le Gouverneur Général voudra bien l’excuser si elle froisse sa modestie.
(À suivre.)

Le Tamatave

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4 septembre 2015

Madagascar dans la rentrée littéraire (3) Michaël Ferrier

Photo C. Hélie Gallimard

Y a-t-il longtemps que Madagascar compte dans votre vie ?
C’est à Madagascar que j’ai appris à lire, à écrire, à compter. J’ai passé une grande partie de mon enfance à Antananarivo, à Mahajanga, à Nosy Be aussi. Mon père est né à Madagascar, toute ma famille du côté de mon père et, ensuite, j’y suis retourné très souvent. Aujourd’hui, j’ai encore de la famille à Madagascar, mais plus éloignée. Mes oncles et mes tantes sont partis soit vers la France, soit vers la Réunion ou d’autres pays. Mais j’y ai passé beaucoup de temps.
Vous vivez depuis une vingtaine d’années au Japon, une grande île, comme Madagascar. Y a-t-il des rapprochements à faire entre les deux pays ?
Je pense qu’il y a un lien quelque part. Il y a le lien de la langue puisque, selon les spécialistes, la langue malgache et la langue japonaise font partie d’un même groupe linguistique. Par ailleurs, j’invite souvent des écrivains créoles à l’université, des écrivains de l’océan Indien mais pas seulement. Et on découvre avec étonnement qu’il y a des affinités électives entre la Réunion, Madagascar et l’archipel japonais. C’est un gigantesque chantier, seulement esquissé depuis une quinzaine d’années, qui est la question de la créolisation au sens où l’entend Edouard Glissant.
Saviez-vous depuis toujours que vous alliez écrire sur Madagascar ?
Oui, c’était évident. Parce que ça vient de l’enfance, de très loin. C’est très profond et, plus c’est profond, plus ça remonte fort au bout d’un moment.
Cependant, cela a mis du temps. Pourquoi maintenant ?
C’est une question difficile. Il y a longtemps, plus de dix ans, que le roman est en gestation. Pourquoi maintenant ? Peut-être parce que j’arrive à la cinquantaine. Ecrire sur sa famille, ce n’est jamais facile, parler de gens qui ont été vivants et qui le sont toujours pour certains, ce n’est jamais évident. Même lorsque l’on en dit du bien, il y a toujours une part de violence parce que l’image qu’on se fait de soi-même n’est jamais celle qu’on retrouve dans un livre. Donc, il y fallait un peu de maturation, peut-être de maturité même si je ne pense pas être arrivé à un grand degré de maturité. Mais, en tout cas, ça fait longtemps que ça travaille et ça surgit au moment où ça doit surgir, sans doute.
Vous ouvrez Mémoires d’outre-mer par l’image de trois tombes au cimetière de Mahajanga. Elles y sont vraiment ?
Oui, elles sont là. Elles ne sont pas toujours faciles à trouver, parce le cimetière est assez grand et il était, la dernière fois que je l’ai vu, il y a quelques années, assez mal entretenu. Une fois qu’on connaît l’emplacement des trois tombes, très blanches, elles prennent toute la place.
Ces trois tombes sont très importantes, elles vous permettent de décrire le décor, la lumière. Et il y, jusqu’à la fin du roman, une interrogation, sur l’une d’elles puisqu’on ne sait pas qui y est enterré.
Oui, c’est un peu une structure de roman policier, sans que ce soit une base trop importante. Il y avait d’autres choses à dire sur Madagascar et sur ces personnages. Mais, à la fin, la résolution de l’énigme est typique d’un roman policier, puisqu’elle ne résout rien.
Un des deux récits qui traversent le roman est l’enquête du narrateur sur son grand-père. Ce narrateur, c’est vous sans être vous ?
Oui, c’est un roman. Je ne voulais pas en faire une saga familiale ou un pèlerinage, même s’il y a cette dimension dans le livre. Je voulais donc briser la chronologie et montrer la complexité, la richesse de l’océan Indien qui est un espace multiple, un espace pluriel, d’une grande diversité. J’ai essayé de montrer cet espace d’échanges, de rencontres, avec des temporalités et des territoires qui s’enlacent, qui se superposent, qui s’opposent quelquefois. Le cirque et l’acrobate se prêtaient bien à cela puisque le narrateur jongle avec plusieurs histoires qui viennent s’intercaler de temps en temps.
Autour de Maxime Ferrier, le grand-père, il y a une foule de personnages. Son ami Arthur, bien sûr, dans la tombe d’à côté, et tout le reste du cirque. Avez-vous retrouvé leurs noms ?
J’ai changé quelques noms pour montrer quand même que c’était une fiction. Mais le nom de mon grand-père était bien Maxime Ferrier, y compris dans toutes ses déclinaisons. Ces gens n’ont pas laissé des traces institutionnelles très fortes, c’étaient des saltimbanques, et j’ai reconstitué beaucoup de choses.
La patronne du cirque est un personnage assez étonnant…
Oui, et très moderne. C’était une femme de tête qui menait son cirque à la baguette et qui, en même temps, l’a abandonné sans vergogne. Il y a des personnages assez hauts en couleurs, qui ont tous existé mais qui n’ont pas laissé beaucoup de traces. C’est un aspect qui m’intéresse, et que j’ai creusé dans un livre précédent, Sympathie pour le fantôme, à propos de personnages un peu oubliés de l’Histoire de France.
Les a-t-on oubliés parce qu’ils n’appartenaient pas à l’Hexagone et qu’on oublie souvent l’outre-mer ?
Nous vivons des temps où le repli sur soi est très important, où la peur et la frilosité semblent gagner toute l’Europe. Nous vivons des temps, aussi, où l’appartenance plurielle semble être un problème plus qu’un atout. C’est quand même tout à fait étonnant. Quand on appartient à plusieurs cultures, à plusieurs langues, quand on a grandi, vécu dans un espace pluriel, on est riche de cette diversité-là. Or il semble qu’aujourd’hui c’est l’inverse, on fait des regroupements par nation, par culture. Ces regroupements me semblent inopérants pour penser le monde dans lequel nous vivons. Et, là, nous avons quelque chose à apprendre de l’océan Indien.
A travers le roman, vous faites d’ailleurs passer quelques idées…
Oui, ce n’est pas un essai mais une des idées qui me tiennent à cœur c’est que l’océan Indien préfigure ce qu’on appelle aujourd’hui la mondialisation…
Un espace expérimental ?
Voilà : c’est un espace expérimental, qui tient une place si minorée non seulement dans la littérature française mais dans bien d’autres domaines, et qui a beaucoup de choses à nous apprendre. Il est porteur de propositions concrètes dont on ne tient pas assez compte à notre époque.
Madagascar colonie française, c’est-à-dire le régime qu’a connu Maxime pendant une longue période de sa vie, était aussi un pays où, écrivez-vous, les Malgaches n’avaient pas leur place.
Je me suis beaucoup documenté pour ce livre et, curieusement, il y a peu de choses qui ont été écrites sur le sujet. C’est la même chose pour le Projet Madagascar, évoqué souvent de manière partielle alors qu’il y a là quelque chose qui nourrit tout l’imaginaire du 20e siècle, du point de vue des races, de la spatialisation des problèmes.
Le Projet Madagascar, si on ne le sait pas, était le plan nazi de déportation des Juifs européens vers l’île de l’océan Indien, avant l’application de la Solution finale. Mais, quand les lois de la France sous Pétain s’appliquant aux Juifs de Madagascar, on en trouve vingt-six !
Oui, et cela n’empêche pas de les pourchasser. Cela nous en apprend beaucoup sur l’antisémitisme, qui est un délire. Un délirant n’a pas besoin d’avoir un objet très précis pour délirer. Ce qui est amusant, pour moi qui suis au Japon, c’est de découvrir que le Japon a développé aussi un antisémitisme pendant la Seconde Guerre mondiale alors qu’il y avait également très peu de Juifs.
Vous posez la question dans le livre : sait-on pourquoi les gens s’en vont ? Avez-vous répondu pour vous-même à cette question ?
Non, et je pense que, le jour où j’arriverai à y répondre, il sera peut-être temps de revenir. Il y a un mystère là-dedans : on part pour partir, finalement, c’est assez rimbaldien comme attitude. Ceux qui partent pour une raison précise, que ce soit pour faire de l’argent ou pour rejoindre quelqu’un, finissent par boucler la boucle. Mais il y a, et ce sont les gens que j’évoque, des aventuriers qui partent pour partir. C’est le mouvement même de la course qui les intéresse, plus que la destination. Je suis sensible à cette trajectoire : on part, et on ne sait pas quand on reviendra, si on revient jamais.
C’est la question annexe : sait-on pourquoi les gens restent, comme Maxime Ferrier est resté ?
Il y a quand même une réponse évidente, en tout cas pour moi au Japon : on reste parce qu’on est bien.
Vous décrivez, pendant la Seconde Guerre mondiale, Maxime Ferrier comme un possible, ou probable, résistant : des ponts qui sautent sur la Betsiboka, la radio… Cela m’intéresse, le moment où la petite histoire, l’histoire des gens, rencontre la grande Histoire – avec sa grande hache, comme disait Perec. La grande tragédie rencontre les drames individuels. Dans le cas de Maxime, c’est exactement ça, il est arrivé à un moment de sa trajectoire où tout va assez bien mais où il va éprouver le besoin de lutter contre cette ignominie pétainiste. Il lutte à sa manière et c’est ça qui précipite sa chute tout en faisant que sa trajectoire est belle. C’est l’acrobate : il va jusqu’au bout de la volte, et peu importe le prix à payer. Il est vertigineusement libre, cet homme, c’est ça qui m’a fasciné.

3 septembre 2015

Madagascar dans la rentrée littéraire (2) Douna Loup

Photo Elisa Larvego

La première chose qui frappe dans votre roman, c’est l’écriture, poétique, pleine de ruptures. Pourquoi avoir choisi ce type d’écriture ?
C’est venu en partie du sujet, du fait que mes deux personnages sont des poètes. J’avais donc envie d’amener l’écriture de plus en plus vers la poésie, que le rythme et les sonorités soient très importants. Et j’ai cherché à rejoindre l’oralité de la poésie malgache.
Le titre, déjà, possède une charge poétique. Avez-vous réussi à imposer facilement L’oragé à votre éditeur ?
J’ai peut-être de la chance avec mon éditrice, elle a tout de suite aimé ce titre. Il est venu plutôt tardivement, une fois que j’avais fini le livre. En cours d’écriture, j’avais un titre de travail en malgache.
Vous étiez venue à Madagascar avant de penser à écrire ce roman ?
Oui, à dix-huit ans, en 2000-2001, j’y ai passé six mois en bénévolat, en grande partie à Tana et un peu sur la côte, dans des orphelinats. C’était mon premier contact avec Madagascar.
Avez-vous découvert Rabearivelo à ce moment, ou plus tard ?
Je ne l’ai pas découvert à mon premier voyage, ça a été quelques années après. Je suis revenue à Madagascar en 2007, j’avais entre-temps noué d’autres liens avec le pays, parce que mon mari est malgache. Mais il ne vivait plus à Madagascar quand nous nous sommes rencontrés, au cours d’un voyage. Nous sommes revenus avec notre première fille, puis je suis revenue en 2012 dans l’idée du projet autour de Rabearivelo. Je l’ai découvert dans la bibliothèque de mon mari, en fait.
C’est plus compliqué, probablement, pour Esther, qui est beaucoup moins connue ?
Oui, elle est arrivée alors que j’étais déjà dans le projet autour de Rabearivelo. C’est dans Les Calepins bleus, qui ont été publiés il n’y a pas très longtemps, que j’ai découvert Esther. Il a traduit quelques-uns de ses poèmes, il a écrit sur elle. Il y avait assez peu de choses mais je me suis assez vite intéressée à elle. J’ai beaucoup inventé, mais c’est ce qui me plaisait, parce que cela reste un roman.
On a l’impression qu’à ce moment, votre projet a basculé et qu’elle est devenue le personnage principal…
Oui, elle a pris de plus en plus d’importance, elle est un peu le centre même si Rabearivelo reste le point de départ et le point d’arrivée. On sait que Rabearivelo s’est suicidé mais je me suis dit assez vite que je n’allais pas traverser toute sa vie en un roman. Il fallait que je choisisse une période.
Ils ont deux démarches assez différentes : il lit beaucoup les poètes français, il publie en français à l’étranger ; elle est, au contraire, dans une radicalité qui lui interdit d’écrire en français.
C’est ça aussi qui m’a intéressée. Il y a des années que j’ai envie d’écrire sur la période coloniale à Madagascar. On connaît finalement très peu cette histoire et Rabearivelo incarne quelqu’un qui n’est pas anticolonial, qui a une double appartenance entre la langue française et la langue malgache et qui, à mes yeux, contient toute cette ambivalence. Il y a, surtout à la fin de sa vie, un désespoir devant l’absence de reconnaissance. Il symbolise beaucoup d’éléments de cette période. Esther a, en effet, une position complètement différente.
Leurs différences ont-elles apporté une complémentarité dans le regard sur l’époque ?
C’était une façon de questionner l’époque à travers deux positions différentes, oui.
Pendant la colonisation française, l’instruction des Malgaches était considérée comme un danger…
En effet, j’ai lu beaucoup de journaux de l’époque et j’ai utilisé des extraits d’articles.
Esther est transgressive aussi parce qu’elle est homosexuelle. Avez-vous découvert ce thème en cours de route ou bien aviez-vous l’intention de l’introduire d’une manière ou d’une autre ?
Non, au départ, je n’avais pas l’intention de l’introduire. En fait, sur Esther, je n’affirme rien, je ne sais pas ce qui est réel ou non. C’est venu par une allusion que fait Rabearivelo dans ses Calepins bleus et, vu le parcours que j’avais envie de creuser avec Esther, par rapport à l’écriture et à un positionnement transgressif, il y avait une quête dans l’intime qui s’est imposée au fil du temps.
Votre roman occupe le territoire. Antananarivo est évidemment le lieu principal mais on passe aussi par l’ouest et l’est de Madagascar. Etiez-vous habitée par ce qu’on pourrait appeler un sentiment géographique ?
J’avais envie de faire exister une géographie. Je n’avais pas l’intention d’écrire un roman historique traditionnel, mais je voulais faire sentir une époque et une géographie, tout en étant très proche de personnages avec lesquels on est plutôt sur des thèmes très intimes. Esther avait passé quelque temps à Mahajanga, puis cette autre femme est venue de l’est, donc cela permet de traverser l’île.
La maturation de ce roman, jusqu’à la fin de l’écriture, a-t-elle pris beaucoup de temps ?
L’idée d’un livre sur Madagascar, cela faisait longtemps. Le projet s’est précisé en 2011, l’année suivante j’étais vraiment dans les recherches, les lectures, j’ai rencontré du monde, et j’ai commencé à écrire en automne 2013. J’ai mis du temps à me sentir légitime, c’est-à-dire d’avoir suffisamment intégré toute cette matière pour me sentir libre d’inventer. Et j’ai mis à peu près une année et demie à l’écrire.
Vous citez, dans le roman, un article d’Esther écrit en français. Il n’y a rien d’autre ?
Cet article, c’est moi qui l’invente.
Avez-vous encore des projets littéraires liés à Madagascar ?
Je suis partie dans l’idée qu’il y aurait plusieurs livres autour de la vie de Rabearivelo, sur différentes périodes. Ce n’est pas vraiment une suite, mais avec un autre personnage, peut-être. On verra si l’idée se concrétise…

Demain, l'entretien avec Michaël Ferrier.

2 septembre 2015

Madagascar dans la rentrée littéraire (1)

Le hasard fait bien les choses : Douna Loup et Michaël Ferrier ont sorti la semaine dernière leurs nouveaux romans, qui tous deux ont Madagascar pour cadre. Madagascar sous régime colonial, pour l’essentiel, bien que Michaël Ferrier prolonge son récit jusqu’en 1972 tandis que Douna Loup l’arrête en 1924.
Nous les avions interrogés sur leurs livres, avant leur parution. Douna Loup était dans la Drôme, Michaël Ferrier à Tokyo. Mais qu’importent les distances puisque Madagascar réunit, par le biais de la fiction, ces deux auteurs qui ne se connaissaient pas. (Ils se rencontreront la semaine prochaine, réunis à la Librairie Gallimard à Paris.)
L’oragé, de Douna Loup, met en scène un Rabearivelo plein de fougue et d’ambition. Dans une belle langue poétique, entrecoupée d’extraits d’articles contemporains du roman, l’écrivaine fait le portrait vivant d’un jeune homme appelé par la passion de la littérature. Les années de formation, replacées dans le contexte local, modifié par les événements internationaux – la Grande Guerre –, sont envisagées rapidement mais avec lucidité. Puis un deuxième personnage entre en scène : Esther, qui signe Anja-Z les textes qu’elle écrit en malgache, exclusivement en malgache, devient le centre du livre. Elle éclaire Rabearivelo, avec qui elle nouera une belle complicité humaine et littéraire bien que leurs points de vue sur le monde s’opposent parfois.

Dans Mémoires d’outre-mer, Michaël Ferrier part de l’histoire de son propre grand-père, enterré à Mahajanga où il était arrivé en 1922 avec le Cirque Bartolini dans lequel il était acrobate. Il va y passer un demi-siècle pendant lequel l’écrivain en profite pour jongler, comme un artiste de cirque lui aussi, avec quelques éléments d’information sur Madagascar, l’océan Indien et les circonstances historiques qui pèsent sur la région. On y apprendra bien des choses sur le Projet Madagascar, par exemple, ou sur la résistance qui s’organise du côté de Mahajanga pendant la Seconde Guerre mondiale. Surtout, on suit la trajectoire sautillante d’un homme dont la vie était un roman – il suffisait de l’écrire, c’est fait et avec talent.

Demain, l'entretien avec Douna Loup.

1 septembre 2015

«La fille de l’Île Rouge», de Charles Renel, réédition numérique

En novembre 1924, Charles Renel, directeur de l’enseignement à Madagascar depuis dix-huit ans, publie chez Flammarion son troisième « roman malgache », La fille de l’Île Rouge. La coutume des ancêtres et Le « décivilisé », les précédents, avaient été annoncés par un recueil de nouvelles, La race inconnue. Et complétés d’autres travaux sur le pays où il s’était installé. Membre de l’Académie malgache, il ignorait que son livre suivant serait publié après sa mort, survenue subitement le 9 septembre 1925 à son domicile d’Ambatonakanga.
Pour introduire ce roman, le dernier paru de son vivant, nous cédons la plume à deux journalistes qui en ont parlé peu après sa publication.

Dans son dernier roman, Le « Décivilisé », Charles Renel nous montrait un blanc, sur le point de redevenir un primitif, brusquement reconquis par la tradition de sa race lorsque l’appelle la terre des aïeux. Cette fois, dans ce beau roman, La fille de l’Île Rouge, c’est uniquement l’amour qui retient captif un fils d’Europe dans l’admirable Madagascar.
Le mari temporaire de la jeune Malgache comprend d’ailleurs bientôt qu’il y a entre leurs deux cœurs un mur mystérieux qui les empêche de se pénétrer.
Voici un beau livre qu’il faut placer au premier rang de nos romans coloniaux.
Le Masque de Fer
Le Figaro, mardi 9 décembre 1924

M. Renel manque, sans doute, d’originalité dans sa façon de concevoir un roman, d’en présenter les personnages et d’en commenter les événements. Il use d’un style assez terne ou conventionnel en outre ; il intéresse, cependant. C’est qu’il parle de choses qu’il connaît et qu’il s’ingénie, avec une louable application, à nous initier à elles, et à nous faire partager la sympathie qu’elles lui inspirent. Rien, dans les amours qu’il conte, ici, d’un colon français et d’une petite Malgache imérinienne, qui ressemble aux nostalgiques histoires des mariages temporaires de lotis. Mais son étude est fouillée de l’âme de la belle Zane, et ses évocations consciencieuses des paysages et des mœurs où cette âme, charmante en sa grâce primitive, s’épanouit. M. Renel est sensible quoiqu’il incline au didactisme, et – j’y insiste – il sait rendre, à force de sincérité, son émotion communicative. Après cela, on peut bien lui passer ses gaucheries.
John Charpentier
Mercure de France, 15 février 1925


Dans la même collection :

Ida Pfeiffer. Voyage à Madagascar
Madagascar en 1914
Jean-Claude Mouyon. L’Antoine, idiot du Sud
Jean-Claude Mouyon. Carrefour
Jean-Claude Mouyon. Beko
Jean-Claude Mouyon. Roman vrac
Charles Renel. La coutume des Ancêtres
Charles Renel. La race inconnue
Madagascar en 1913

31 août 2015

Il y a 100 ans : Les loteries chinoises

Il y a peu de temps, Le Tamatave a publié une lettre d’un de ses lecteurs dénonçant les dangers des loteries chinoises.
M. Garbit, qui n’est jamais en retard pour prendre en main les intérêts des colons, vient à ce sujet de prendre une mesure qui sera unanimement approuvée, et qui est contenue dans la circulaire ci-après :
« Il arrive très fréquemment que des loteries, dites loteries chinoises, sont organisées par des Asiatiques résidant dans la Colonie.
« Ces jeux ne sont que des spéculations frauduleuses et ne constituent jamais que des abus de confiance vis-à-vis de ceux qui sont amenés à y participer, particulièrement des indigènes.
« Afin d’enrayer les jeux de cette nature, j’ai l’honneur de vous prier d’exercer une surveillance toute spéciale, dans votre circonscription, à cet égard, et de déférer aux tribunaux les organisateurs de ces loteries.
« À ce sujet, je vous prie de faire connaître aux organisateurs habituels de ces entreprises que je n’hésiterai pas à prononcer l’expulsion immédiate de la Colonie des sujets étrangers qui contreviendraient à ces prescriptions. »
Cela est fort bien. Mais il faudrait qu’à son tour l’autorité chargée de la répression se montrât plus énergique et fît preuve de moins d’indulgence.

M. le Gouverneur Général à Tamatave

Comme c’était annoncé, M. Garbit est arrivé à Tamatave, lundi soir par le train de 7 heures 55. Comme toujours une foule nombreuse et sympathique est allée l’attendre à la gare.
Le Tamatave lui souhaite une cordiale bienvenue.

Avancement des fonctionnaires coloniaux mobilisés

Certains fonctionnaires coloniaux mobilisés et rapatriés depuis le commencement de la guerre, craignant de ne pas obtenir le même avancement que leurs collègues restés à leur poste, se sont adressés au sénateur B. qui est allé trouver le ministre des Colonies à ce sujet.
Ce dernier lui a répondu que non seulement comme avancement ils passeront les premiers, mais encore, si par hasard quelques-uns d’entre eux avaient été oubliés, ils n’auront qu’à réclamer pour obtenir immédiatement satisfaction.

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 26 titres parus à ce jour. Et 30 dès le 1er septembre.

30 août 2015

Il y a 100 ans : Le guerrier aux dentelles

Nous n’avons point, certes, la guerre en dentelles, mais certains étalages prouvent que l’un de nos grands chefs pourrait être surnommé le guerrier aux dentelles, sans ironie et à bon droit.
À ces étalages figurent parmi les chefs-d’œuvre des dentellières françaises et belges de fort jolies pièces qui ne déparent point la collection et que ne gêne pas un tel voisinage : ce sont des dentelles de Tananarive, de Majunga, de Tamatave et de Fianarantsoa.
Le général Galliéni, alors qu’il était gouverneur de Madagascar, avait créé là-bas des écoles de dentellières, parce qu’il avait remarqué que les petites ouvrières indigènes excellaient dans l’art du point à l’aiguille. Et les écoles ont fait merveille. Leurs produits le prouvent si triomphalement que nos commerçants en dentelles maintenant les recherchent et que, bientôt, on les pourra exposer même dans nos musées.
Le Figaro

Les généraux Joffre et Galliéni

La Renaissance politique, littéraire et artistique reproduit le texte d’un ordre publié à Tananarive, en mars 1903, par le général Galliéni, alors gouverneur général de Madagascar. Voici quelques extraits de ce document :
« … Le général commandant en chef et gouverneur général tient à rappeler, par la voie de l’ordre, qu’au moment où le général Joffre va prendre en France l’important commandement qui lui a été réservé depuis un an, il laisse à Madagascar une œuvre d’une importance capitale au point de vue militaire et maritime, qu’il a organisée à ses débuts, dont il a assuré le développement dans tous ses détails avec une invariable méthode et une constante énergie, et qu’il vient de conduire enfin à son achèvement définitif.
« … Dès son arrivée à Diégo, en février 1900, il montra ses qualités de chef militaire et d’organisateur dans les opérations difficiles de première installation, évitant la confusion et l’encombrement dans une ville où tout était à créer pour recevoir le matériel et les effectifs, donnant une énergique impulsion à tous les organes qu’il allait avoir à diriger, assurant enfin à toute sa troupe nouvellement débarquée la possession immédiate de casernements spacieux, sains et pourvus de tous les aménagements nécessaires. »

Le Temps

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 26 titres parus à ce jour. Et 30 dès le 1er septembre.

28 août 2015

Il y a 100 ans : Un vol peu banal

Une dépêche transmise de Majunga à Tamatave fait connaître qu’un vol des plus importants a été commis au préjudice de la caisse de Trésor de cette ville. C’est en effet la somme respectable de 189 600 francs qui a été soustraite à cette caisse le 2 juin courant ; elle est composée de billets de la banque de France de 50, 100, 500 et 1 000 francs.
L’auteur de ce vol, digne émule des Bonnot et autres escarpes célèbres, ne peut être qu’un habitué de la maison, et en connaissant bien les êtres !
Une bonne récompense est offerte à celui qui pourra faire découvrir le ou les coupables.

Une foire à Tamatave

Nous recevons la lettre suivante que nous publions volontiers en la recommandant d’une façon spéciale à la bienveillante attention de l’Administration.
Monsieur le Rédacteur,
Si je ne fais erreur, toutes les fêtes qui ont été données sur les hauts plateaux ont été accompagnées d’une foire. Cela s’est vu en dernier lieu à Andaingo, pour l’inauguration du tramway de Moramanga au lac Alaotra.
Pourquoi Tamatave, qui est plus important, n’aurait-il pas aussi sa foire à l’occasion des fêtes du 75 ? Cette foire attirerait sûrement beaucoup de vendeurs et d’acheteurs qui donneraient plus d’éclat à la fête, et dont les recettes pour le 75 ne pourraient que s’en trouver bien. Communiquez donc mon idée à l’administration qui sans doute n’y a pas songé.
Agréez, etc.
S. B.
Le Tamatave

Le mariage des Malgaches mobilisés

Afin de faciliter le mariage des jeunes gens appelés sous les drapeaux, le gouverneur général de Madagascar a demandé que des dispositions analogues à celles qui ont été mises en vigueur dans nos établissements de l’Océanie et en Nouvelle-Calédonie soient prises en ce qui concerne la colonie qu’il administre. Aux termes de cet acte, le conseil du gouvernement de la colonie peut, lorsque leurs parents résident en Europe, dispenser, sous des conditions déterminées, les futurs conjoints du consentement de leurs ascendants, de la production de divers actes et de l’accomplissement de certaines formalités.
Un décret étend à Madagascar ces dispositions.

Le Temps

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 26 titres parus à ce jour. Et 30 dès le 1er septembre.