17 janvier 2013

Il y a 100 ans : Antsirabe


On nous écrit à la date du 8 janvier :
Il sera peut-être intéressant de signaler, par la voie du Progrès, certaines petites choses qui se passent actuellement :
1° Il y a quelque temps, un M. Robert (celui de la Tribune) de passage à Antsirabe, eut une altercation avec l’indigène faisant fonctions de receveur des automobiles et chef de station ici.
Après l’avoir assez maltraité, parce qu’il n’y avait pas de places disponibles pour lui et un Monsieur l’accompagnant, il finit par faire descendre des indigènes déjà installés dans l’auto et par se mettre à leur place.
Jusqu’à présent, rien à dire, en ce qui me concerne, car je suis, moi-même, d’avis que les indigènes, qui peuvent voyager à prix réduit dans les camions, doivent céder la place aux « Vazaha » en cas d’encombrement.
Mais ce M. de la Tribune fit bien remarquer, devant tout le monde, au receveur des autos, qu’il aurait de ses nouvelles, et il dut, en effet, porter une plainte ou faire une réclamation, car, depuis quelques jours, le receveur des Postes et Télégraphes d’ici, a reçu des ordres pour avoir à faire la police au passage des automobiles ici, et surtout au moment de leur départ.
Antsirabe était déjà réputé pour le cumul des fonctions, mais n’est-ce pas étrange que l’on charge un receveur des postes d’assurer un service d’ordre, quand la Province possède une garde indigène qui fait fonction officiellement de commissaire de police.
Puis, pourquoi ne pas afficher une bonne fois pour toutes, les règlements concernant le transport des voyageurs par les autos. Cela éviterait beaucoup de passe-droits et d’ennuis qu’ont souvent à subir les voyageurs payants, mais qui n’appartiennent pas à un journal gouvernemental ou qui ne sont pas dans les huiles !
2° À l’époque, quand M. Cavie était chargé du transport des courriers postaux, nous recevions nos courriers presque régulièrement. Quelques fois, il y avait quelques heures de retard, mais c’était tout et encore M. Cavie était-il mis à l’amende. Actuellement que nos courriers sont transportés par autos, c’est seulement l’exception quand nous le recevons le soir même. Généralement, c’est le lendemain matin seulement que l’on peut l’avoir et, depuis la saison des pluies, les camions ne nous arrivent que vers onze heures et nous n’avons notre courrier qu’à deux heures de l’après-midi.
Nous étions mieux servis avec le transport des courriers à dos d’hommes. Qu’on le rétablisse, si cela doit marcher si mal !
Nous avons bien fait, il y a un peu plus d’une année, une pétition demandant que le sac des lettres pour Antsirabe soit mis sur la voiture des voyageurs, faisant ressortir que ce sac ne dépassait jamais 50 kilogrammes, et que cela nous permettrait de répondre le soir même, en cas d’urgence, et d’expédier notre réponse par l’auto partant le lendemain.
Le Gouverneur Général nous fit répondre qu’il nous donnait satisfaction, mais cette satisfaction promise n’est plus de rigueur actuellement.
– Depuis le 23 ou le 25 décembre, le courrier est arrivé à Tananarive et les colis postaux ne nous sont pas encore parvenus !! Pourtant, hier, il y a eu une voiture qui est venue à vide de Tananarive, se rendant à Ambositra !
N’aurait-il pas été facile de charger cette voiture avec nos colis postaux au lieu de la laisser circuler à vide ? Du reste, depuis le 25 décembre, il y a eu de Tananarive pour Antsirabe, 4 courriers postaux qui sont arrivés, et nous aurions dû recevoir nos colis, mais je suppose que c’était trop demander au service des Postes de ne pas laisser en souffrance les colis déjà reçus à Tananarive pour le Sud. Le Sud ne compte pas ! L’on nous a déjà supprimé les autos spéciales des courriers de France qui ont, actuellement, à attendre, à Tananarive, le départ régulier d’une auto pour nous être envoyés !! N’y aurait-il pas moyen de porter remède à cet état de choses ?
3° L’administration a fait empierrer toutes les routes d’Antsirabe se trouvant dans le quartier habité par les indigènes. Tout cet empierrement a été fait avec de la main-d’œuvre pénale.
Or, actuellement, il existe encore quelques routes d’Antsirabe même, entre autres une partant du carrefour de la Résidence, et l’autre du carrefour près de la maison du Chef de District, et se rendant toutes les deux vers le chemin conduisant aux bains d’Antsirabe, qui ne sont pas empierrées. Ces routes sont pourtant très fréquentées et il y a même beaucoup d’Européens qui doivent s’en servir pour aller chez eux. Aucune n’est empierrée pendant que toutes celles du quartier indigène le sont ; et c’est à peine si l’on peut circuler avec l’eau et la boue qui y existent pendant cette saison.
Cependant, l’on a commencé à empierrer une route qui, elle, est tout à fait en dehors de la ville et ne sert qu’aux indigènes qui se rendent au marché de Sabotsy venant du nord.
Nous approuvons tout ce qui augmente le confort indigène et facilite les transactions ; mais encore ne faudrait-il pas que l’élément européen en fasse les frais.
Un colon.
Le Progrès de Madagascar

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Janvier 1913.
L'ouvrage est disponible :
en version papier (123 pages, 10 € + frais de port)
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16 janvier 2013

Il y a 100 ans : Hôtel des Postes et Télégraphes à Tamatave


À maintes reprises, la presse a formulé des critiques soit sur l’immeuble occupé par les Postes et télégraphes, soit sur le service lui-même.
Durant son court passage à Tamatave, le chef de la colonie, justement préoccupé de ces critiques, et mettant en pratique l’axiome qui veut que pour être bien servi il faut se servir soi-même, s’est rendu en personne à l’Hôtel des Postes et télégraphes, sans que personne fût avisé de ses intentions, et y a procédé lui-même à son enquête.
C’est vraiment la seule manière, pour un chef de Colonie, de savoir réellement la vérité, et plût au ciel que cette manière put être toujours utilisée. Elle éviterait bien des erreurs, et réparerait bien des injustices.
Hôtel des Postes et télégraphes ! N’est-ce pas, cher lecteur, que ce mot pompeux : Hôtel, suggère à votre esprit l’idée de quelque chose d’esthétique, de gracieux, de confortable ? De quelle ironie n’est-il pas ici ?… Un Hôtel ? cette construction grossière, lourde, inesthétique, incommode, dans laquelle les travaux Publics et les constructeurs ont fait assaut d’incapacité de malfaçon et surtout de je m’enf… ichisme ! songez donc ! C’est la colonie qui payait ; on n’avait pas à se gêner !
Puis ils étaient au-dessus des lois et des règlements, au point qu’ils ne se sont pas seulement donné la peine de mettre leur construction en alignement sur la rue. Ah ! si un particulier avait commis pareille erreur ! Comme on se fut empressé de lui faire démolir son immeuble !
Mais ce sont surtout les locaux réservés aux colis postaux qui méritent d’être particulièrement signalés.
Un premier local a été construit sur la rue Blévec, il y a déjà quelques années, d’après un plan qu’on nous dit être venu directement du ministère. Il mesure 10 mètres sur huit et affecte la forme d’un tombeau romain, moins le style et les ornements.
Une porte étroite, dans un coin donnant sur la rue, permet au public l’accès d’un vestibule muni d’un guichet, dans lequel trois personnes peuvent presque contenir à l’aise.
Si les clients sont nombreux, ils ont toute la rue pour attendre leur tour.
Une autre porte ouvrant du côté de la Poste, permet l’entrée des colis et des employés. C’est tout comme ouverture !
Pas une fenêtre !! Par suite pas de lumière ! pas d’air respirable ! C’était bien un tombeau.
Pour vérifier les colis et passer leurs écritures, les employés n’avaient d’autre lumière que celle, assez diffuse, qui arrivait par les portes.
Il faut venir à Tamatave pour voir pareille chose. C’est vraiment le pays des aberrations.
Toutefois, à force de plaintes et de réclamations, les malheureux employés finirent par obtenir l’ouverture d’une fenêtre dans l’autre coin donnant sur la rue.
Encouragés par ce succès ils continuèrent leurs réclamations, et aujourd’hui ce local est pourvu de trois fenêtres, qui ne sont pas de trop pour éclairer une salle de 80 mètres carrés.
Mais à peine construit, ce local fut reconnu tout à fait insuffisant.
Il ne faut pas oublier que le bureau de Poste de Tamatave centralise tout le mouvement de colis et de valeurs, provenant ou à destination de toute la côte Est, y compris le plateau central, c’est-à-dire, de Fort-Dauphin, Fianarantsoa, Tananarive, à Maroantsetra, le mouvement des valeurs atteint une moyenne de 500 000 fr. par mois, à lui seul.
Alors on construisit, ou on utilisa, un autre local, situé dans la cour, presque double du précédent, mais simplement couvert et bordé en tôles de fer galvanisé. Il est pourvu également de deux portes assez étroites et de deux ou trois lucarnes tout à fait insuffisantes.
C’est dans ce local qu’à l’arrivée du courrier sont entassés, pour le tri, les centaines de sacs renfermant les colis.
On devine ce qui arrive.
Le soleil des tropiques, surchauffant les têtes, donne une idée, dans ce local, de ce qu’étaient les plombs de Venise. Étant donné l’état hygrométrique de l’air, ce local est transformé en véritable étuve dont la température varie entre 35 à 40 degrés.
(À suivre)
Le Tamatave

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Janvier 1913.
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15 janvier 2013

Il y a 100 ans : L'accident d'auto du 20 décembre


(Des Petites Affiches.)
Un accident d’auto dans lequel l’administration semblerait avoir une large part de responsabilités et qui aurait pu avoir des conséquences mortelles pour les personnes qui avaient pris place sur cette voiture, pour se rendre de Tananarive à Maevatanana, s’est produit ces jours derniers à l’entrée même du village de Maevatanana. L’auto n° 3 qui quittait Tananarive le 11 au matin avait accompli sans encombre la plus grande partie de la route, lorsque, à quelques kilomètres de la dernière étape, Antanimbary-Maevatanana, le chauffeur livra son volant à l’aide qui l’accompagnait. Celui-ci lança alors la machine à une allure presque vertigineuse et, ayant aux abords d’un pont en assez mauvais état, fait une fausse manœuvre de volant, précipita dans le gouffre l’auto et tous ceux qu’elle contenait. Les passagers, ahuris, se virent, en l’espace rapide d’un éclair, étendus au milieu des débris informes de l’énorme machine roulante dont le moteur avait été heureusement arraché de la voiture, et projeté à une certaine distance, par suite de la violence du choc.
Par miracle, personne ne fut tué, mais, quelques-uns des voyageurs furent assez grièvement blessés et tous sérieusement contusionnés.
M. Bonnemaison, qui rentrait avec sa femme d’une tournée d’affaires de Tananarive, eut toutes les peines du monde à se sortir de dessous les énormes sacs de colis postaux qui étaient tombés sur lui, et se releva avec une fracture de la clavicule gauche, une côte brisée, l’oreille déchirée, l’omoplate endommagée et couvert de contusions.
Aussitôt debout, il chercha ce qui était advenu des autres voyageurs, et fut assez heureux de voir que les demoiselles Harel et les deux bébés qu’elles conduisaient, étaient déjà hors de l’auto, ce qui laissa suppose qu’aucune de ces quatre personnes n’avait subi de blessure grave, mais il n’en était pas de même pour Madame Bonnemaison, qu’il trouva étendue au fond de ce qui restait de la caisse de l’auto, et dans l’impossibilité de faire le moindre mouvement, écrasée qu’elle était sous les sacs postaux et les débris de la voiture.
Quoique grièvement blessé, M. Bonnemaison réussit après quelques efforts à sortir sa femme de la pénible position dans laquelle elle se trouvait, et si elle n’a eu, par un hasard providentiel, aucun membre brisé, elle se releva couverte de contusions et de meurtrissures très douloureuses.
Mlle M. Harel que l’on pouvait croire parfaitement indemne, avait cependant reçu un coup assez violent dans la région temporale droite, et était fortement contusionnée sur tout le corps.
Sa sœur, Mlle S. Harel, avait une blessure au bras et aussi des contusions à la hanche.
Une femme indigène qui avait pris place sur l’auto à Antanimbary, a eu la cuisse brisée et une grave blessure à la tête, et le chauffeur novice, cause de l’accident, fut relevé vomissant le sang et dans un état assez critique.
Les blessés indigènes furent aussitôt transportés à l’hôpital, et les Européens se dirigèrent à l’hôtel Batis, où disons-le, à la louange de ce praticien, le docteur Chollat-Trollet s’empressa de se rendre à leur appel, et de leur prodiguer les premiers soins que nécessitait leur état.
Nous avons dit que l’administration encourait en cette affaire, une responsabilité très grave, et cette responsabilité est dès maintenant établie par suite d’une déclaration qui a été faite par le chauffeur de l’automobile au Commissaire de Police de Maevatanana, en présence des victimes de l’accident et d’autres personnes accourues sur le lieu du sinistre, à une question à lui posée.
Il résulte de la réponse du chauffeur que l’accident est dû à une fausse manœuvre de son second, lequel tenait à ce moment le volant, quoique ne sachant pas conduire, et que ce serait à la suite d’ordres qui lui auraient été donnés par ses chefs, dans le but de permettre à cet élève chauffeur de faire son apprentissage, que le volant lui était quelquefois confié en cours de route.
Le Gouvernement qui assume la responsabilité de convoyer des voyageurs dans les voitures automobiles et qui se jouent ainsi de la vie de ces voyageurs, n’est rien moins que cynique, et si les victimes de ce cynisme s’adressent, comme nous croyons savoir qu’elles le feront, aux tribunaux pour obtenir réparation des dommages soufferts il est probable que la casse à payer pourrait bien être assez lourde.
Qu’en pense Monsieur le Gouverneur Général si cet ordre vient de lui, ou qu’il l’a signé sans le lire ?
C’est toujours le j’menfoutisme administratif.
La vie des gens pèse si peu dans leur balance.
Le Progrès de Madagascar

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Janvier 1913.
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14 janvier 2013

Il y a 100 ans : Réponse S.V.P.


Un Administrateur part en tournée, il emmène avec lui un de ses commis, un interprète et environ une quarantaine de bourjanes.
A-t-il le droit de quitter sa résidence à trois heures et demie du soir pour s’en aller à douze kilomètres, dîner et coucher ?
Non évidemment, hors le cas de force majeure qui n’existe pas ici, puisque, le lendemain, le même personnage s’en allait coucher à la même distance soit 12 kil. Là où il avait, peut-être, à faire. Encore que je ne l’affirmerai pas.
Je prétends moi, contribuable, que dans la même journée Sa Grandeur Administrative pouvait faire l’étape et ses affaires.
Mais, me direz-vous, de quoi vous mêlez-vous donc et qu’est-ce que cela peut bien vous faire ?
Mais, bonne âme, ne voyez-vous pas avec quelle désinvolture on gaspille votre argent ? Les indemnités de déplacement sont dues à compter du jour de départ. C’est donc 16 francs que notre chef de province touche bénévolement. Ajoutez à ces 16 francs l’indemnité de son commis. 16 + 10 = 26 + 40 journées de bourjanes à 1 fr. 20, vous arrivez à 26 + 48 = 74 francs de dépenses qui auraient pu être évitées. Si au lieu de partir le 13, à 3 h 1/2, Sa Grandeur fut partie le 14 à 6 heures du matin, le résultat de sa promenade eut été le même, exactement.
L’arrêté du 2 juillet 1897, je crois, prévoit que la distance parcourue doit être de 40 kil. Or, de Maevatanana à Antanandava, il n’y a pas 25 kil. Sans nécessité, il ne fallait donc pas deux jours pour accomplir ce trajet.
Lorsqu’on reproche aux autres de commettre des abus, des actes scandaleux, il faudrait soi-même ne pas donner prise à la critique.
Que les habitants réclament, par exemple le remplacement des lampes à pétrole qui étaient aux carrefours du village et qu’on retira pour un usage plus particulier, on répondra : pas d’argent. On en trouve bien à gaspiller pour promenades sanitaires administratives.
Si le contrôle faisait rembourser l’argent ainsi dépensé, tout le monde applaudirait, ce serait d’un exemple salutaire. Mais le fera-t-on ?
Le Progrès de Madagascar

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Janvier 1913.
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13 janvier 2013

Il y a 100 ans : L'avenir de Madagascar


En mettant sous les yeux de nos lecteurs l’article du Petit Marseillais énumérant les ressources de notre grande île qui font augurer pour elle un brillant avenir, nous ajoutions que Madagascar possédait bien d’autres richesses, encore peu connues, et par suite non encore mises en valeur.
Ce qui nous permet d’affirmer que dans un avenir, qui n’est peut-être pas éloigné, ce pays pourra, non seulement se suffire à lui-même, mais encore exporter des produits variés en quantités considérables, et même devenir un pays industriel, comptant parmi les plus importants du globe.
Parmi les nombreuses industries auxquelles se prête notre colonie en raison des éléments qu’elle possède pour leur développement, nous en citerons une qui préoccupe à juste titre les industriels du monde entier, et tout particulièrement ceux de France. Aucun pays au monde ne s’y prête mieux que Madagascar.
C’est l’utilisation des plantes textiles et la fabrication de la pâte â papier.
Tout le monde sait que Madagascar produit, notamment sur la côte Est, des plantes en quantités très variées, dont la fibre peut être utilisée comme textile, et les résidus comme matière première, de qualité hors ligne, pour la fabrication du papier.
Peu de temps après la conquête, M. Doumergue, étant ministre des Colonies, voulut se rendre compte des richesses naturelles de Madagascar que pourrait utiliser la mère-patrie.
À cet effet, il nomma une commission composée d’hommes d’une science et d’une compétence universellement connues. Pour s’en convaincre il suffira de rappeler le nom des deux ingénieurs qui en faisaient partie et qui sont : M. Achille Bergès de Grenoble et M. Thury, le grand électricien de Genève.
Cette commission parcourut consciencieusement Madagascar, et du rapport rédigé par M. Achille Bergès, il résulte que cette colonie produit, – en quantités inépuisables, – des plantes textiles pouvant donner des fibres de qualité supérieure à celles que l’on va chercher dans l’Inde ou autres pays.
Ce rapport, dont nous avons eu la copie sous les yeux au gouvernement général à Tananarive, parvint au Ministère des Colonies, alors que M. Doumergue ne s’y trouvait plus.
Il doit être enfoui au fond de quelque carton, et jamais, que nous sachions, il n’a été communiqué ni aux commerçants, ni aux industriels, ni même à la presse.
Mais si le rapport a disparu, les plantes textiles dont il a constaté l’existence sont toujours là, plus vivaces que jamais.
En effet, ces plantes – dont nous donnerons plus loin le nom de quelques-unes, – poussent en quantité inépuisable, notamment sur toute la côte Est, jusqu’à près de 800 mètres d’altitude, et quelques-unes jusque sur les hauts plateaux. Non seulement elles poussent spontanément sans exiger ni soins, ni culture, mais encore elles croissent dans des terrains qui ne pourront jamais produire autre chose, de par leur nature même, et plus on les coupe mieux elles repoussent.
Il serait oiseux d’insister sur cet avantage inappréciable que ne présente la culture d’aucun autre genre de textiles préconisés, tels que le coton, la ramie, etc.
En un mot, la matière première est gratuite, bien qu’étant de supérieure qualité.
Or il y a beau temps que l’industrie française pouvant les utiliser, ne trouve plus, dans la France même, de matières premières suffisantes à son alimentation, d’autant plus qu’à mesure que l’industrie se développe, les matières premières diminuent.
Pour ce motif, elle est tributaire des pays étrangers qu’elle enrichit de son or, alors que les colonies, – tout au moins Madagascar, – pourraient l’en pourvoir abondamment tout en détournant à leur profit ce courant d’or, dont elle paie le tribut aux autres pays.
Mettre en valeur et exploiter ces richesses naturelles serait donc faire œuvre éminemment patriotique, en même temps que ce serait une spéculation fructueuse au point de vue industriel et commercial.
Déjà quelques industriels métropolitains ont eu leur attention éveillée par cette situation.
Le Tamatave est en mesure de leur fournir tous renseignements utiles et se tient à leur entière disposition pour cela.
Quelques colons, se rendant compte des bénéfices que pourrait donner l’exploitation de ces plantes textiles, ont essayé cette opération en utilisant exclusivement la main-d’œuvre et les méthodes indigènes. Mais celles-ci sont trop primitives, et la main-d’œuvre indigène trop lente et trop inconstante, pour que l’opération put être traitée sur une échelle suffisamment vaste, permettant de sérieux bénéfices.
C’est mécaniquement et par les procédés modernes et perfectionnés qu’il faut opérer.
(À suivre.)
Le Tamatave

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12 janvier 2013

Il y a 100 ans : Singulière façon de fêter le Nouvel An


Lundi matin, 6 janvier, on apprenait que le chef du chantier de la gare de Mahatsara sur l’Ivondro avait été assailli, la veille au soir, par une bande de malfaiteurs et n’avait pu sortir de chez lui qu’au petit jour pour appeler au secours les surveillants des chantiers voisins situés sur l’autre rive de l’Ivondro ; les agresseurs avaient alors pris la fuite.
Les faits revêtaient une tournure très grave. On ne parlait rien moins que de révolte ; les insurgés étaient des centaines.
Aussitôt prévenue, la police courut sur les lieux, dirigée par l’administrateur chef du district, qui avait tenu à se rendre compte des faits par lui-même.
Après une enquête sérieuse d’un jour et demi, rendu très pénible par le mauvais temps, le chef du district put rétablir les faits dans leur vérité. Ils avaient été considérablement grossis et surtout dénaturés.
Pour fêter la nouvelle année, les habitants des villages de Mahatsara et des environs s’offrirent de la betsabetsa, sans laquelle il ne saurait y avoir de fête pour les Malgaches, et gracieusement ils envoyèrent une invitation aux ouvriers de la gare. Cela se passait le samedi soir.
Elle fut acceptée tout aussi gracieusement.
Quelquefois il arrive qu’un invité glisse par mégarde, dans sa poche, la petite cuillère en vermeil qui lui a servi à remuer son café, et… peut-être aussi la tasse. Mais il est plus rare qu’il emporte le café avec.
C’est cependant ce qui est arrivé à Mahatsara.
Quelques invités se montrèrent fort incorrects, car deux d’entre eux s’éloignèrent emportant chacun une dame-jeanne de betsabetsa.
Dès que leurs hôtes s’en furent aperçus, ils coururent après eux et infligèrent une leçon à ces malappris.
L’affaire ne devait pas en rester là.
Les ouvriers se mirent tous d’accord et la nuit suivante, placés sur le remblai du chemin de fer, ils accueillirent à coups de cailloux leurs hôtes de la veille, à mesure qu’ils passaient par là.
La bataille commença. On échangea quelques coups, mais surtout beaucoup d’injures, et on cria si bien et si fort que le chef du chantier voisin évalua à 300 le nombre de combattants. En outre, il crut que ces injures et ces menaces s’adressaient à sa personne, ce qui lui fit passer une fort mauvaise nuit.
Au petit jour, se glissant le long de la chaussée du chemin de fer, il courut demander des secours aux chantiers voisins. Le renfort arriva armé de bâtons et de révolvers et la bataille recommença près du pont de Mahatsara.
Les vazahas venus au secours disent avoir été assaillis à coups de cailloux. Pourtant on n’a retrouvé à l’endroit où ils se tenaient que quelques pierres, alors que les agresseurs en avaient un grand tas sous la main. Ceux-ci ont reçu des coups de bâton, et l’un d’eux a une cuisse traversée de part en part. Ses camarades affirment que l’un des vazahas lui a tiré un coup de révolver à bout portant. Les vazahas de leur côté affirment que le coup a été tiré en l’air.
La blessure remontant à trois jours, le médecin n’a pu se prononcer sur sa nature.
En somme rien de sérieux. Beaucoup de cris et une simple bagarre dans laquelle la betsabetsa est la principale coupable.
C’est tout de même une drôle de façon de commencer l’année.
Reporter.
Le Tamatave

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11 janvier 2013

Il y a 100 ans : La station de Nanisana


M. le gouverneur général Picquié a visité longuement, le 6 novembre dernier, la station d’essais de Nanisana.
Nanisana est un petit village situé au nord et à quelques kilomètres de Tananarive. Le jardin d’essais qui y a été installé en 1897 par la colonie était au début destiné à renseigner les colons et les indigènes sur toutes les questions intéressant l’agriculture. La station, qui devait centraliser tous les renseignements et documents agricoles recueillis sur tous les points de la colonie, comprenait alors une section d’essais des cultures et une pépinière. Les essais effectués dans les cultures ne répondirent pas tout d’abord aux espérances. Les terrains de la station n’étaient pas d’assez bonne qualité et d’autre part leur mise en culture était trop onéreuse pour qu’il fût possible d’en tirer des données pratiques et profitables aux agriculteurs. La station fournissait aussi des plants d’ornement et des fleurs dont la culture fut abandonnée ensuite après l’installation à Tananarive de fleuristes indigènes. Toutes les variétés de légumes qui pouvaient réussir dans le pays furent également cultivées à la station qui forma pendant un certain temps des jardiniers indigènes.
La pépinière rendit de grands services. Dès l’année 1898, la station était en effet en mesure de fournir un grand nombre de jeunes arbres qui furent plantés sur les places publiques et promenades de Tananarive, ainsi que sur les routes de la province.
Le programme du Jardin d’essai s’agrandit du fait de la création d’une section séricicole et d’une école d’agriculture. La nécessité de substituer aux races de vers complètement dégénérées qui existaient dans le pays des espèces sélectionnées attira l’attention de l’administration. Des dispositions furent prises pour établir le grainage par cellules, mais le petit nombre des magnaneries et des plantations de mûrier ne permit ni de faire de grandes éducations, ni de suffire aux demandes de cellules de plus en plus nombreuses. D’autre part les procédés de grainage, satisfaisants pour quelques centaines de pontes, ne répondaient plus aux besoins grandissants et demandaient à être transformés pour satisfaire tous les sériciculteurs.
Une filature destinée à dresser des élèves fonctionna quelques années, mais la faible qualité des cocons qu’elle avait à traiter ne fut pas suffisante pour l’alimenter ; en outre la station devait, d’ailleurs, comme à l’heure actuelle, consacrer au grainage la plus grande partie des cocons récoltés.
Les élèves de l’école agricole et séricicole passaient deux années à la station. La durée des études, beaucoup trop longue pour apprendre aux jeunes indigènes l’élevage du ver à soie, était par trop restreinte pour permettre de former de bons agriculteurs. À leur sortie les élèves s’adonnaient à tout autre chose qu’à l’agriculture et à la sériciculture.
Depuis l’arrivée de M. le gouverneur général Picquié, la station de Nanisana a subi de grandes transformations qui l’ont mise en mesure de répondre d’une façon plus appropriée aux besoins actuels de la colonisation. Les essais de grande culture ont été transportés sur des champs d’expérience dans divers points de la colonie. Les pépinières ont été agrandies dans de très grandes proportions et si la partie ornementale a été supprimée, parce qu’elle était représentée dans le commerce, les espèces fruitières les plus diverses de France, des colonies françaises, du Japon et du Cap ont été multipliées par le greffage.
Le greffage a permis à la station de livrer chaque année des quantités considérables de plants. Les cours de greffage institués à Nanisana ont permis de mettre à la disposition des colons des indigènes capables et experts. Sur les instructions de M. le gouverneur général Picquié, les variétés d’arbres nécessaires au reboisement ont été multipliées. Chaque année elles sont répandues par milliers, si bien que les pépinières de la colonie fournissent à l’heure actuelle aux administrations provinciales les jeunes plants nécessaires au reboisement. C’est aussi dans ce but que de nombreuses espèces de conifères ont été récemment introduites, ainsi que des variétés de platane, de cèdre, de micocoulier, de séquoia, de rhus.
Au point de vue séricicole les muraies ont été agrandies et permettent déjà la livraison aux Européens et aux indigènes de plus de 200 000 plants par an. Ces distributions gratuites, qui constituent une prime d’encouragement au développement de la sériciculture, sont très appréciées des indigènes. L’importance des demandes, chaque année plus nombreuses, en fournit la preuve manifeste. Les systèmes d’éducation et de grainage cellulaire ont été modifiés. Dans les mêmes locaux où l’on ne pouvait produire que 30 000 à 40 000 cellules, on en récolte actuellement 500 000.
La station séricicole de Nanisana est devenue un établissement de grainage des plus sérieux. Grâce à ses méthodes particulières d’élevage, elle est parvenue à produire des quantités importantes de cocons exempts de maladie. Elle présente toutefois cette particularité qu’elle doit produire elle-même ses cocons de grainage. Il est en effet difficile sinon impossible de trouver chez les éleveurs des cocons aptes à produire de la graine sélectionnée et il n’est pas plus aisé de s’approvisionner à l’extérieur de la Colonie. Aussi la question de la production de la graine pour première éducation (celle de septembre-octobre) est-elle fort délicate.
Le système qui consisterait à faire à Nanisana une grosse éducation pendant les mois de juillet et d’août n’est guère possible, les mûriers se dépouillant de leurs feuilles à cette époque de l’année. Pour obvier à cet inconvénient, on a essayé, à l’instar de ce que l’on fait en France, de conserver par le froid les cocons et les graines. Mais ce procédé n’a pas donné, avec les races spéciales de vers malgaches, les résultats que l’on pouvait espérer. On a songé alors à faire des éducations dans les régions plus chaudes que les Hauts-Plateaux et où les mûriers conservaient leurs feuilles. Les tentatives qui ont été faites à ce sujet à la station de l’Ivoloina, près de Tamatave, ont donné de bons résultats.
Les recherches se poursuivent de ce côté et M. Picquié fait à l’heure actuelle procéder à des recherches en vue de l’installation dans une région assez proche de Nanisana d’une magnanerie qui pourrait faire de grosses éducations pendant les mois de juillet et d’août.
L’école agricole et séricicole d’autrefois est devenue une école exclusivement séricicole. La durée des études, réduite à 4 mois, est suffisante pour former de bons sériciculteurs.
Les colons de la colonie trouvent néanmoins les bons contremaîtres de culture dont ils peuvent avoir besoin parmi les ouvriers de la station. Ces derniers, prenant part pendant plusieurs années à tous les travaux de culture, sont en effet mieux à même que les élèves agriculteurs d’autrefois de rendre de grands services.
Le grenier à riz de Nanisana est une dépendance de la station. Il permet de distribuer des riz sélectionnés et les indigènes viennent en grand nombre y emprunter des semences. Les essais de riziculture qui y sont poursuivis et qui portent sur des variétés diverses ont en vue la production des riz de valeur commerciale.
La station comporte aussi un laboratoire de recherches agricoles qui comprend une section de pathologie végétale et une section de chimie agricole. Le laboratoire poursuit des recherches sur les maladies signalées, sur les plantes cultivées, sur la valeur des engrais, sur la constitution des sols et la composition des terres.
Depuis deux ans la station de Nanisana fournit aux colons et aux indigènes, et aux prix les plus réduits, des arbres fruitiers, ainsi que des plantes économiques des variétés les plus diverses, elle distribue gratuitement aux sériciculteurs des plants de mûrier et toutes les cellules dont il a besoin, enfin elle procure à l’administration tous les plants nécessaires au reboisement.
Il reste encore à poursuivre d’autres améliorations. Parmi les plus importantes, nous citerons l’aménagement de nouveaux terrains sur lesquels il sera possible de suivre utilement diverses cultures et les travaux d’adduction d’eau qui permettront de parer aux inconvénients de la sécheresse qui, cette année, s’est fait sentir d’une manière plus fâcheuse que les années précédentes.
Dès que ces modifications auront été apportées, la station de Nanisana rendra de grands services, à condition que la direction en soit confiée mois à des théoriciens qu’à des agriculteurs pratiques.
La Quinzaine coloniale

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Janvier 1913.
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10 janvier 2013

Il y a 100 ans : La destruction de la forêt malgache


Sous ce titre, l’actif et distingué chef du service de colonisation à Madagascar, M. Carle, publie dans la Dépêche coloniale (8 nov. 1912), un article qui ne doit pas passer inaperçu. La déforestation de Madagascar est un sujet dont nous avons, à la suite surtout de MM. Jumelle et Perrier de la Bâthie, souvent entretenu les lecteurs de cette Revue. Voici que, cette fois, c’est l’une des voix les plus autorisées de notre Grande Île qui s’élève et qui dit : « De toute façon il est urgent de prendre des mesures, car avant dix ans, si l’on n’y met ordre, cette forêt aura disparu. » En 1889, Baron estimait à 65 kilomètres carrés la forêt de l’Est ; en la limitant réellement, on peut admettre que, pour cette zone, elle mesurait au moins 1 600 000 hectares et que sa superficie est actuellement tombée à 300 000 hectares. Treize cent mille hectares de forêts, et seulement dans l’Est de Madagascar, ont disparu en vingt-deux ans. Ce chiffre colossal se passe de commentaires.
L’indigène fait disparaître la forêt pour préparer des terrains de culture, pour établir une rizière de montagne (tavy) ; il faudra donc agir avec prudence, et une série de mesures pour donner aux indigènes les terrains de culture dont ils ont besoin, pour éviter la famine, sont indispensables. M. Carle indique ces mesures à prendre ; espérons que son cri d’alarme sera entendu et que M. Picquié voudra que son passage à Madagascar, déjà fécond en résultats, soit encore marqué par l’organisation méthodique de la résistance contre la déforestation indigène.
Em. Perrot.
La Quinzaine coloniale

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Janvier 1913.
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9 janvier 2013

Il y a 100 ans : Visite de Monsieur Picquié aux provinces sinistrées


Le Bagdad, arrivé avant-hier, nous apporte des détails sur la tournée aussi émouvante que pénible, effectuée par M. le gouverneur général à travers les provinces sinistrées, avec un dévouement au-dessus de tout éloge. Les populations ont été profondément sensibles aux marques de bienveillante sollicitude qu’il leur a témoignées, sollicitude qui s’est traduite d’une façon pratique et tangible, par des secours pécuniaires directs, et aussi par l’ouverture de crédits importants pour les travaux urgents, et des réparations aux bâtiments publics.
Mais laissons la parole à notre confrère le Diégo-Suarez, qui, acteur en même temps que spectateur, est mieux qualifié que nous pour raconter ce qui s’est passé.
Sans bruits de fanfares ni cliquetis d’armes, sans fla-fla, le gouverneur général s’est embarqué samedi à midi sur l’aviso Vaucluse. M. Picquié partait à Nossi-Bé, cette belle île si fertile que le maudit cyclone n’épargna pas non plus. Il va apporter aux habitants éprouvés quelques adoucissements et les réconforter par des paroles qui stimulent, portent à lever la tête, poussent vers le travail, bien plus que ne le feraient des larmes plus ou moins sincères.
De Nossi-Bé, le gouverneur général ira à Ambilobe qui fut très éprouvé et, croyons-nous, à Ankify dont les domaines furent très rudement atteints, vers le Sambirano.
Puis, il reviendra à Diégo, d’où il repartira, après un court séjour, pour retourner à Tananarive.
On nous dit qu’il aurait projeté de visiter quelques points de la Côte Est. Nous apprendrions la confirmation de cette nouvelle avec plaisir, car nous avons pris à cœur de rappeler souvent combien cette région mérite qu’on s’intéresse à elle.
Durant les quelques jours que M. Picquié a passés au milieu de nous, il a pu être exactement renseigné sur l’importance des désastres qu’a causés l’ouragan du 24 novembre. De nombreuses photographies lui furent remises, des rapports dignes de foi lui ont été faits. Il y avait – il y a encore – de nombreux et édifiants témoignages des tas de ruines que présentait Diégo, un mois avant son arrivée ici, c’est-à-dire lorsque le terrible météore s’éloigna pour continuer son œuvre de dévastation.
Il a pu voir les lourds bâtiments militaires, solidement assis cependant, ceux-là, démolis et se faire une idée de ce que devaient être les pauvres constructions coloniales des malheureux habitants. Il a pu voir, dans les environs, ce que les éléments en furie avaient fait d’arbres énormes qui furent tordus, déchiquetés, abattus, et se faire par conséquent une idée exacte de la facilité avec laquelle furent dévorées les plantations de nature bien plus frêle.
Il a pu voir les rizières décharnées, des villages anéantis à jamais, entraînés par des torrents impétueux qui, hélas ! firent des victimes humaines dont plus de cent cadavres, en un seul village, Antetezana, sont aujourd’hui sur un mamelon où les survivants établirent un cimetière inauguré et rempli en un jour.
Et peut-on croire que M. Picquié a été insensible en présence de tous ces faits ?… Ce serait ne pas le connaître. Serait-ce parce que, lorsqu’il s’est entretenu avec les personnes qui ont désiré le voir, il n’aurait pas employé des paroles larmoyantes et pris un air invariablement mélancolique, que certains prétendent qu’il est resté indifférent en présence de nos doléances ?…
Et voyons, chers lecteurs, ne vaut-il pas mieux, venant du chef de la Colonie, des paroles énergiques sans brutalité, des paroles paternelles sans faiblesse que des jérémiades ?…
Le gouverneur général connaît la population de Diégo. Il n’ignore pas qu’il s’y trouve des colons travailleurs et courageux que l’adversité elle-même n’anéantit pas. Il sait quel remède doit efficacement soulager nos malheurs du moment. Il sait qu’il faut nous donner les moyens d’utiliser nos capacités et notre activité. Ce remède c’est le travail et il nous le procurera.
Ce n’est pas à la charité que nous devons faire appel ; c’est à nos bras et à notre tête. M. Picquié dont nous connaissons bien la clairvoyance, la loyauté et la bonté, utilisera ces moyens et nous relèverons notre vieux Diégo.
Certes, des événements comme celui qui vient de nous frapper, ne sont pas faits pour nous mettre de la joie au cœur ; mais songeons que nous sommes des coloniaux !
Des coloniaux ! C’est-à-dire une sélection déjà. Nous avons généralement bonne santé – un coffre solide. Nous avons de la tête aussi et de la volonté.
Ces coloniaux ! C’est-à-dire des pionniers qui nous trouvons sur un champ de bataille, où tout n’est pas rose, c’est bien vrai : mais où, à tout prendre, on n’est pas dans un bagne. L’on y trouve bien du mauvais temps, mais l’on y peut employer assez utilement ses moyens et l’on y rencontre, à côté de la simplicité, des amitiés sincères qui réconfortent et adoucissent les mauvais moments.
Ces choses-là, M. Picquié, qui ne fut pas un colonial en chambre, ne les ignore pas. Il sait comment il faut remonter les hommes qui viennent de subir un mauvais coup, quand ces hommes sont des coloniaux vrais.
Soyons bien sûrs qu’il fera pour nous ce que nous méritons qu’il soit fait.
K. Gyre.
Le Tamatave

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Janvier 1913.
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8 janvier 2013

Il y a 100 ans : Affaire sensationnelle


Un jeune colon de Vatomandry, né à Madagascar, de parents mauriciens, le jeune R. L., sa ramatoa, son commandeur, un Comorien, et ses employés malgaches ont été arrêtés il y a une quinzaine de jours sous l’inculpation d’assassinat.
Absent de chez lui, travaillant sur un gisement de graphite, le jeune R. L., informé que sa ramatoa le trompait avec un Malgache, rentre brusquement de nuit, la surprend avec son amant, et les passe à tabac, puis d’après la rumeur malgache, tue l’indigène et fait disparaître le cadavre. L., lui, soutient mordicus qu’il n’a fait que frapper l’amant de sa femme, puis qu’il s’est sauvé. Il se défend énergiquement, et proclame son innocence, déclarant n’avoir ni tué, ni fait tuer l’amant de sa ramatoa.
Jusqu’à ce jour, malgré les recherches faites, on ne retrouve ni l’indigène ni son cadavre, si cadavre il y a.
Les faits se seraient passés le 6 décembre, l’administration n’en aurait été informée que le 18 par un indigène ayant des démêlés avec L.
En attendant les langues vont leur train et chacun raconte l’affaire à sa façon.
Le Progrès de Madagascar

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7 janvier 2013

Il y a 100 ans : Les vols de boeufs à Madagascar


Les plaintes relatives aux vols de bœufs se multiplient à Madagascar.
Les voleurs sont d’une adresse et d’une habileté surprenantes. Voler un bœuf pour le tuer, n’est rien ; mais voler un troupeau tout entier et le conduire à bon port est chose plus difficile.
Les voleurs vont d’abord enterrer sur le parcours choisi pour le retour, des provisions de nourriture qui permettront de ne plus s’arrêter qu’à l’épuisement complet des bêtes et des gens. Ces vivres cachés dans des gaines de bananiers consistent en viande sèche, en bananes fumées, en riz cuit au sucre ou au miel.
Ces précautions prises, les complices se rendent au lieu désigné par des sentiers différents.
Si le troupeau est dans un parc, un homme muni d’un ody spécial, dont l’efficacité est reconnue, fait sortir un bœuf, puis deux, puis trois, puis tous sans les faire crier.
La bande entoure le troupeau, le pousse doucement d’abord pour éviter le bruit, puis, à une certaine distance commence une course rapide qui ne cessera qu’à deux ou trois jours de marche de là.
Puis, après le partage, les voleurs font bombance.
Jusqu’ici on n’a pas pu enrayer le mal parce que les peines sont trop bénignes ; aussi les voleurs s’en moquent.
Il conviendrait de faire de véritables exemples et d’appliquer le maximum de la peine pour chaque délit prouvé.
En très peu de temps, on arriverait ainsi à en finir avec les vols de bœufs.
Il conviendrait surtout de modifier les peines à infliger et de les adapter à la mentalité malgache.
Le Tamatave

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6 janvier 2013

Il y a 100 ans : À Vatomandry


On nous écrit :
Vatomandry, le 23 décembre 1912.
L’administration de Vatomandry est comme une vieille bonne femme atteinte de rhumatisme : pour la faire marcher, il faut continuellement l’asticoter. La crainte des articles de presse est pour elle le commencement de la sagesse, elle aime se bercer dans une douce torpeur, prisant par-dessus tout le dolce farniente.
Si on réclame, elle prend le mors aux dents, on est obligé de lui crier : halte là ! jusqu’à ce que l’accès de goutte ou de mauvaise humeur soit passé.
En ce moment nous sommes dans la période des moramora, petraka, matoro, c’est le laisser-aller complet. Les chemins sont négligés, les ponts pourris sauf ceux conduisant chez l’éminence grise, grand favori du patron, le seul colon intéressant de la province dit-il, c’est flatteur pour les autres. Les affaires se traitent entre une partie de billard et une partie d’écarté. On se rend aux bureaux à des heures fantaisistes, en fait de travail, on y taille quelques petites bavettes : les sans cartes pullulent, il y en a partout, à commencer par les boys de messieurs les fonctionnaires et les filanzanes de l’administration.
Lorsqu’en clôturant l’exercice, Monsieur le Directeur du Contrôle financier constatera qu’il y a dans la province plus de 50 000 francs d’impôts irrécouvrés, de sévères remontrances seront faites. – Alors gare ! à la crise de rhumatisme, on ne verra plus par monts et par vaux que des patrouilles de miliciens faisant la chasse à tout homme qui ne se recommandera pas des tenants ou aboutissants du grand favori, et les réclamations de pleuvoir dans les bureaux du gouverneur général contre les abus qui se commettront.
Amener l’administration locale à une juste compréhension de ses obligations, il n’y faut pas compter, on ferait plutôt entrer le « pater » dans la tête d’un bourricot – jamais on n’arrivera à lui faire comprendre, ni surtout mettre en pratique que pour administrer sagement une province, il faut, non administrer dans l’intérêt particulier d’un clan, mais dans l’intérêt général, avoir une conduite qui en impose par son impartialité, et faire preuve à l’égard des indigènes d’une vigilance constante, d’une fermeté exempte de faiblesse et de vigueur excessive.
Un colon.
Le Progrès de Madagascar

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5 janvier 2013

Il y a 100 ans : Question d'hygiène


Dans la Tribune nous trouvons l’entrefilet suivant qu’on dirait écrit pour Tamatave même où, mot pour mot, sans y rien changer, il trouve son application.
« Comment n’a-t-on pas encore eu d’épidémie à Tananarive avec le système actuel des vidanges ?… On peut se le demander.
» En théorie, le système paraît bon, mais, en pratique, il est détestable.
» Si les cabinets et les tinettes étaient tenus proprement ; si les tinettes étaient vidées et nettoyées une fois par semaine ; si l’on y jetait de la chaux ou autre matière capable d’empêcher le développement des germes malfaisants, rien de mieux. Mais ce n’est pas le cas, tant s’en faut !
» Dans les cases où habite un vazaha, ça peut encore aller ; mais, qu’une maison reste inhabitée deux ou trois mois et vous m’en direz des nouvelles.
» Dans un pays où n’existent pas de puits, pas de citernes, on peut se demander s’il ne vaudrait pas mieux avoir ces fosses perdues, surtout dans un terrain perméable comme l’est celui de Tananarive.
» Nous signalons à la Commission d’hygiène, l’intérêt qu’il y aurait à revoir cette question.
» Peut-être, après tout, suffirait-il d’exercer une surveillance plus active.
» Quelques bons petits procès-verbaux remettraient, sans doute, les choses en meilleure voie et nous n’aurions plus en pleine ville des foyers d’infection menaçant la santé publique. »
Il n’y a pas d’illusion à se faire. Le système des tinettes est détestable, surtout sous les tropiques, et de toute nécessité, il faudra trouver quelque chose de mieux.
Le Tamatave

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4 janvier 2013

Il y a 100 ans : Les adjudications publiques de travaux à exécuter à Tamatave ou les environs


Le Journal Officiel est toujours intéressant à lire, mais celui du 28 décembre dernier l’est spécialement pour nous, en raison des avis d’adjudication de divers travaux à exécuter à Tamatave ou ses environs, et dont le montant s’élève à près de 130 000 fr.
C’est pour le coup que certain collaborateur de la Tribune va dénoncer Tamatave comme étant l’enfant gâté de la Colonie. 130 000 fr. de travaux ! y pensez-vous ? Il y a beau temps que les entrepreneurs de Tamatave ne s’étaient pas vu autant de pain sur la planche !
Mais au fait ! Est-ce qu’il y a des entrepreneurs à Tamatave ?
En relisant le Journal Officiel, on est tenté de croire qu’il n’y en a pas ; ou s’il y en a, ils doivent être si peu nombreux et de si peu de valeur que les Travaux Publics les ont considérés comme quantité négligeable.
La preuve. Pour les travaux à exécuter dans tous les autres centres de l’île, à Tananarive comme à Majunga, à Fort-Dauphin comme à Antsirane, ou à Tuléar, etc., l’adjudication a lieu dans le centre même de l’adjudication de ces travaux.
Tandis que pour tous les travaux sans exception à exécuter à Tamatave, l’adjudication a lieu, simultanément, à Tamatave et à Tananarive.
Pourquoi cette exception qui, à y bien regarder, représente une criante injustice ? Les entrepreneurs de Tamatave sont-ils moins nombreux ou connaissent-ils moins bien leur métier que leurs confrères de Majunga, de Fort-Dauphin ou d’ailleurs ?
Mais si je sais compter, ils sont une dizaine au moins et ils ont tous fait leurs preuves dans des travaux sérieux, de grande importance, étant d’ailleurs depuis longtemps dans la colonie, tels que Poggioli, Niveau, Burgal, Langelier, Valet, Charles, Chabas, Valéry, Eline, Lacmal et autres.
D’un autre côté je me suis laissé dire que la patente payée par un entrepreneur n’est valable que pour la Province dans laquelle elle a été prise, à moins qu’il ne se paie le luxe d’une patente pour l’île entière.
Puisque les entrepreneurs de Tananarive sont appelés, dans la capitale même, à soumissionner pour des travaux à exécuter à Tamatave, la Direction des Travaux Publics pourrait-elle nous dire si ces entrepreneurs sont munis d’une patente spéciale pour Tamatave ; ou bien, s’ils sont pourvus d’une patente pour l’île entière, pourquoi ne les appelle-t-on pas dans la même forme pour les travaux à exécuter dans les autres provinces ?
Pourquoi ? oui ! Pourquoi ?
Ah ! Messieurs les entrepreneurs de Travaux Publics de Tamatave, je soupçonne fort que vous n’avez pas eu les reins assez souples, peut-être même que vous n’avez pas su… graisser suffisamment les rouages, que dans tous les cas et d’une façon quelconque, vous n’avez pas eu l’heur de plaire à sacrée administr… pardon ! à cette administration sacrée, voulais-je dire, et elle vous le fait sentir. C’est bien fait pour vous !
Apprenez donc à courber le dos servilement et… à mettre de l’huile dans les machines… Peut-être alors rentrerez-vous en grâce auprès de cette sacr… pardon encore ! cette administration sacrée !
Si pourtant Monsieur le gouverneur général venait à être avisé de cette… anomalie et à s’en rendre compte…
… Peut-être bien, cela pourrait changer.
Un entrepreneur.
Le Tamatave

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