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1 mai 2015

Madagascar en 1914, l'intégrale

Nous l’avons dit déjà en présentant le volume précédent, Madagascar en 1913, cette compilation d’articles donne la parole aux seuls colons et, parfois, aux politiciens qui les représentent (ou croient les représenter) en France métropolitaine. On ne s’étonnera donc pas de rencontrer souvent des avis aussi péremptoires que négatifs à propos des Malgaches, d’ailleurs nommés habituellement les indigènes.
Une seule exception, mais notable : La Dépêche malgache, journal créé à Tamatave (nous utilisons les appellations françaises des villes et, pour les noms malgaches, c’est au petit bonheur la chance, comme dans les textes originaux) en octobre, introduit dès son premier numéro une chronique piquante censée être écrite par un tireur de pousse-pousse qui y livre des réflexions en complet décalage avec la tonalité générale de la presse.
L'année 1914 est marquée par l’ouverture des hostilités en Europe, avec ses conséquences lointaines mais inévitables. Madagascar, colonie française, se joint bien entendu comme un seul homme à l’enthousiasme patriotique qui anime la « Mère Patrie ». Pas une tête ne dépasse, ou presque. En revanche, on voit des Allemands partout. Ceux de Tamatave, qui se sont vantés d’être les seigneurs locaux, sont exilés à l’Îlot Prune, avant de revenir à Tananarive sous bonne escorte, le lazaret ayant à reprendre du service. Un navire ennemi montre sa proue du côté de Majunga. Menaçant, dit-on. L’alerte ne se dégonflera que plus tard. Les risques engendrés par les débits de boissons tenus par les Allemands et leurs alliés sont pris très au sérieux. Le Journal officiel fournit les listes des établissements fermés en vue de préserver l’ordre social.
À dire vrai, la guerre ne fait, dans ses premiers mois, guère sentir ses effets à Madagascar. Une mobilisation immédiate, aussitôt postposée, quelques embarquements vers le front, de temps à autre une mauvaise nouvelle.
En revanche, les hommes ont leurs propres occupations violentes. Deux belles affaires criminelles agitent la presse. Un assassinat au Tribunal de Tananarive, le meurtre sauvage d’un commerçant de Tamatave, il y a de quoi se mettre du fait divers sous la dent, sans évoquer ici des affaires plus banales.
N’oublions pas les caprices d’une nature qui frappe sans se soucier de savoir qu’un siècle plus tard, on attribuera la recrudescence des catastrophes climatiques à un réchauffement de la planète. On notait, en 1914 : « Cette fréquence des cyclones dans la Grande Île devient vraiment inquiétante. Il y a cinquante ans seulement, ce fléau y était presque inconnu ; depuis quelques années, leur retour semble périodique et il y en a même parfois plusieurs par an. Le régime météorologique de la mer des Indes s’est évidemment modifié ; c’est donc une situation nouvelle dont il faudra tenir compte pour l’avenir. »
La vie suit donc son cours sur la Grande Île, comme on peut le voir dans la chronique publiée actuellement dans chaque numéro du quotidien d’Antananarivo, Les Nouvelles (et partiellement reprise, avec un décalage variable, dans ce blog), où Madagascar il y a 100 ans utilise en partie la matière qui se retrouve ici, considérablement amplifiée.
Car Madagascar en 1914, l'ouvrage numérique proposé aujourd'hui par la Bibliothèque malgache, est un fort volume (qui serait trop coûteux à imprimer), l'équivalent d'un livre papier de 800 pages, vendu au prix (modique) de 6,99 euros et disponible dès aujourd'hui dans toutes les bonnes librairies proposant un rayon ebooks.

7 février 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (11)

Lettre d’un colon
(Suite.)
Cette plaine, que vous qualifiez de stérile, ne produit-elle pas des arbres de la plus belle venue, et que l’on a plantés partout où la colonisation a pu pénétrer sans trop de difficultés ?
Sous ces arbres qui, – jusqu’à cette heure, ne comprennent presque exclusivement que des filaos et des eucalyptus, – sous ces arbres, dis-je, ne pousse-t-il pas une herbe drue, fine et tendre, dont les animaux sont très friands, et qui pousse avec vigueur, parce qu’elle trouve le sol bonifié par l’humus formé par les feuilles qui tombent des arbres, présentant ainsi un excellent pâturage ?
Or l’élevage n’est-il pas une des principales ressources de la colonie, et un élément puissant de prospérité ?
Et qui ne voit le bénéfice qu’il y aurait à engraisser, ici, tout près, les animaux destinés au frigorifique ou même à l’exportation sur pied ?
Ayant des troupeaux, les colons disposeraient de fumier abondant, leur facilitant la création de potagers et de cultures rémunératrices.
Quels délicieux cottages ne s’élèveraient pas alors dans cette plaine aujourd’hui désolée, improductive et inhabitable ?
Mais les filaos et les eucalyptus ne sont pas les seules essences qu’il faille cultiver.
Si nous nous donnions la peine de nous rendre compte de ce qui se passe dans les colonies voisines, même dans nos propres colonies, la Nouvelle-Calédonie par exemple, nous verrions qu’à Nouméa et dans ses environs, la service de colonisation plante à outrance, sur toutes les avenues, sur tous les coteaux dénudés, dans les terres les moins fertiles, un arbre qui pousse partout avec une grande vigueur, et se reproduit facilement et rapidement. C’est l’Algéroba.
Cet arbre, que le docteur Lebœuf a rapporté des îles Hawaï, où il a envahi de lui-même les endroits les plus arides et les plus incultes, est de la famille des légumineuses (Prosopis Judiflora). Il pousse avec une telle rapidité, qu’en moins de deux ans il atteint plus de 3 mètres de haut.
Il jouit d’une grande valeur agricole, parce que, comme toutes les légumineuses, l’Algéroba enrichit le sol où il croît, et qu’il fournit, en outre, des quantités énormes de gousses sucrées, dont les chevaux, les bœufs et les porcs sont très friands.
(À suivre.)

Le Tamatave

Madagascar en 1914 est en préparation, Madagascar en 1913 est disponible dans une édition numérique revue et corrigée.
Et la Bibliothèque malgache s'ouvre à de nouvelles collections, avec quatre premiers titres disponibles sur la nouvelle page d'accueil du site.

5 février 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (10)

Lettre d’un colon
(Suite.)
Je vous disais que le drainage et l’assainissement de la plaine qui entoure la ville de Tamatave auraient dû être exécutés depuis longtemps, immédiatement après la conquête. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait ? Je ne perdrai pas mon temps à l’expliquer.
On ne peut nier que Tamatave soit le port de débarquement le plus important de l’île. C’est sur son quai qu’abordent les colons et prospecteurs qui se rendent sur les hauts plateaux et sur une bonne partie de la Côte Est.
Veulent-ils explorer la banlieue de Tamatave ? Impossible ! Pas un brin de route, pas même un chemin de fortune pour traverser les marais, lagunes et rivières qui partout barrent le passage. Par suite, pas de colonisation possible dans toute cette étendue. Et cependant, partout, dans toutes les colonies, c’est aux environs des villes, et surtout des ports de mer que la colonisation intensive se pratique avec le plus de succès.
Ici, à Tamatave, rien ! pas moyen de sortir de l’enceinte de la ville. Les colons qui se sont établis sur la route de l’Ivoloina, bien que possédant une belle voie de communication, voient leurs efforts colonisateurs paralysés par cette barrière infranchissable, la lagune, le marais !…
Ce ne sont que des terres sans valeur, s’écrie M. Lebureau, des sables qui ne permettent et ne permettront jamais aucune culture coloniale ; le café, le cacao et la vanille ne feront qu’y végéter sans donner de bénéfices. Par suite il est parfaitement inutile de perdre le temps et l’argent à les drainer et à les livrer à la colonisation.
Vrai !!
Ineffable M. Lebureau ! Une colonie d’une grande étendue comme celle de Madagascar, qui ne cultiverait que du café, du cacao et de la vanille, serait fatalement vouée à une ruine complète !
La vie économique d’un peuple exige bien d’autres produits qui tous ont leur importance et leur valeur relative, et qui tous contribuent à des titres divers au développement du pays et à sa prospérité.
(À suivre.)

Le Tamatave

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2 février 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (9)

(Suite.)
Quant aux œuvres d’art qu’on économiserait en suivant la route de Farafatra, c’est là une pure utopie, car cette route ne possède, à l’heure actuelle, aucun pont sérieux, méritant vraiment ce nom, pour franchir les nombreuses lagunes et cours d’eau qu’elle traverse. De ce côté-là encore, pas d’économies possibles.
Cette route desservirait les intérêts d’un plus grand nombre de colons ??
Mais M. Lebureau n’a pas la prétention, que je sache, de desservir les intérêts des colons de la région au moyen d’une seule et unique voie de communication.
À ce propos, le projet actuel d’une route de Tamatave à l’Ivondro fait-il partie d’un plan d’ensemble, embrassant les voies de communication de tout le pays et servant d’artère principale aux diverses ramifications qui s’étendraient de tout côté, ou bien n’est-ce qu’un bout de chemin lancé au petit bonheur, pour faire taire les colons qui réclament, à cor et à cri, des voies de communication, car s’il doit s’arrêter à Melville, on ne voit pas bien à combien de colons il pourra être utile.
On oublie qu’une route, partant de Tamatave et permettant de gagner l’intérieur jusqu’à la capitale, est absolument indispensable, et ne doit pas trop s’éloigner de la voie ferrée, afin de permettre, par exemple, les communications entre deux gares, aujourd’hui impossibles. Il faut aller jusqu’à Fanovana avant de trouver cette facilité. De cette localité à la côte, pas une gare n’est desservie par une voie de communication en permettant l’accès, la route qui part de Mahatsara, près d’Andévorante, s’en trouvant trop éloignée jusqu’à Fanovana.
Entre parenthèse, que dire de cette dernière route qui, malgré tant de millions qu’elle a coûtés, n’aboutit nulle part sur la côte. Un plan d’ensemble ne pourrait-il la rajuster à celle de Melville par le Fanandrana et la Ronga-Ronga ??
Mais revenons à nos moutons, c’est-à-dire à la route de Tamatave à Melville. Pour que cette route puisse pratiquement traverser la plaine, il faudrait, paraît-il, que les lagunes et marais qui couvrent en entier ladite plaine fussent desséchés.
À cette proposition, je vois, sur la tête de M. Lebureau, ses cheveux se hérisser d’horreur et d’effroi.
(À suivre.)

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31 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (8)

(Suite.)
Oui, par économie, et voici comment : de Tamatave au pied des coteaux, la nouvelle route suit le tracé de l’ancienne, dont il faut à peine compléter la plateforme, sans grands travaux d’art. Puis elle emprunte le dos d’une dune qui s’en va en ligne droite vers la rivière du Vorinkina ; la plateforme de cette partie sera également facilement construite, et la route, contournant ainsi au pied des coteaux, pourra desservir un plus grand nombre d’intérêts particuliers.
Une route coupant directement la plaine sur Melville serait sans doute plus courte de plusieurs kilomètres, mais elle traverserait plusieurs marais et lagunes dans une plaine aride et, en outre des travaux d’art qu’elle exigerait, la construction de sa plateforme serait plus coûteuse.
C’est donc une question d’économie qui prime tout.
Là, j’arrête mon interlocuteur.
Des économies de cette nature ? Nous en sommes coutumiers à Madagascar. Entre bien d’autres, je n’en citerai qu’une, bien typique, celle-là.
La voie du T. C. E., en montant vers Fanovana, s’est heurtée à une vallée, presque un ravin, large de 50 à 60 mètres au plus. Un pont était nécessaire pour la franchir, mais il devait coûter 60 000 francs.
Pour économiser cette somme, M. Lebureau a eu l’idée géniale de contourner la vallée, ce qui a occasionné à la voie un développement d’environ trois kilomètres en plus, dans une zone où le kilomètre a coûté plus de 200 000 francs. D’où il résulte que, pour économiser 60 000 francs, on en a dépensé plus de 600 000. Gribouille n’a jamais eu le génie de trouver celle-là.
Ici je crains bien que l’économie dont on parle ne soit de même nature.
On veut économiser sur la construction de la plateforme, ce qui est presque insignifiant, étant donné que cette plateforme pourrait être construite par la main-d’œuvre prestataire et pénitentiaire qu’il faudra bien, un jour ou l’autre, utiliser quelque part. En revanche, on ne pourra économiser sur la caillasse et l’entretien que nécessiteront plusieurs kilomètres en plus.
(À suivre.)

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29 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (7)

(Suite.)
4° Réglementer d’une façon plus pratique l’utilisation de la main-d’œuvre prestataire et pénitentiaire, cette dernière surtout.
N’est-il pas en effet ridicule et décevant de voir la colonie nourrir, vêtir et loger confortablement un indigène – et cela gratis, – sous le prétexte qu’il n’a pas payé ses impôts ?
Car le travail que, à cette heure, on exige de lui, en général est insignifiant, d’autant qu’avec les règlements actuels on ne peut, paraît-il, ni l’éloigner de la maison d’arrêt, ni le laisser sortir, sans une forte escorte absolument inutile en pays malgache.
Employés à des travaux utiles, ce serait, pour ces détenus, une école de travail, et pour la colonie une source de richesses.
Ils ne devraient, bien entendu, travailler que sous la direction de surveillants compétents et consciencieux. Il ne doit pas en manquer. Sans cela ils ne feraient que de la mauvaise besogne, ou n’en feraient pas du tout.
J’ai maintenant à vous dire un mot sur le tracé de la route de Tamatave à Melville que vous trouvez si parfait.
Venu à Tamatave en filanzana, j’ai eu l’idée de regagner ma propriété en suivant le piquetage qui indique le tracé de cette route (de Tamatave à Melville).
J’ai cru d’abord que mes bourjanes, pour se moquer de moi, me conduisaient à Farafatra. Mais pas du tout. Je n’ai pas tardé à me rendre compte que le piquetage suivait réellement cette ancienne voie, carrossable jadis, mais que, sous prétexte d’amélioration, d’aucuns ont rendue inutilisable.
Ce n’est qu’arrivé au village d’Ambodisine, au pied des coteaux de Farafatra, que le tracé de la route, par un angle presque aigu, tourne à gauche dans la direction de l’Ivondro en suivant parallèlement la ligne des eaux qui sépare ces coteaux de la plaine.
Le hasard me fait rencontrer une connaissance à qui j’exprime mon étonnement de voir cette route traverser la plaine d’abord du Sud-Est au Nord-Ouest, et ensuite entièrement du Nord au Sud, l’allongeant ainsi de plusieurs kilomètres sur le tracé plus ou moins direct de Tamatave à Ivondro.
Étant bien en cour, cet ami a pu m’indiquer que, si cela se faisait ainsi, c’était par pure économie.
Par économie ??
 (À suivre.)

Le Tamatave

Incessamment sous peu, le renouveau de la Bibliothèque malgache sur le terrain de l'édition, avec un titre déjà paru, mais remis en page de manière plus professionnelle, et très vite des nouveautés.

28 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (6)

(Suite.)
Qu’en dites-vous, cher Monsieur ? Et croyez-vous que la mentalité de M. Lebureau, comme vous l’appelez, se soit modifiée depuis que les lignes ci-dessus ont été écrites ? Moi, je ne le crois pas.
Pour ne pas perdre le temps en digressions oiseuses, voici, à mon humble avis, ce qu’il conviendrait de faire :
1° Laisser longtemps dans le même poste, tout en leur donnant de l’avancement, sur place, les fonctionnaires, tout au moins les chefs de Province, pour qu’ils aient la responsabilité bien définie de ce qui aura été bien fait ou mal fait dans leur circonscription et qu’ils n’aient pas le réflexe de rejeter sur leur prédécesseur la faute de ce qui aura été mal fait, ou pas fait du tout.
2° Faire établir un plan d’ensemble bien discuté, après l’avoir soumis à l’avis des colons intéressés, et le suivre méthodiquement jusqu’à complète réalisation.
3° Ce plan d’ensemble serait étudié par les T. P. puisqu’il y a, dites-vous, des employés des T. P. qui ne demandent qu’à travailler.
Mais, pour des études de cette nature, ces employés ne devraient dépendre que du chef de la Province et ces études devraient être soumises simplement à l’approbation du gouverneur général, sans attendre le contrôle et la discussion des bureaux de la Direction des T. P., à qui je nie toute compétence pour statuer sur des études faites dans des conditions, pour des besoins, et sur des terrains que ces bureaux ne peuvent connaître.
D’ailleurs, surchargés comme ils le sont, grâce à une centralisation à outrance, ces bureaux ne peuvent expédier avec la rapidité voulue les dossiers qui leur sont soumis et qui, par cela même, souffrent des retards les plus préjudiciables.
Donc, décentralisez, Monsieur le Gouverneur Général, décongestionnez les services ! Vous réaliserez ainsi une économie de temps et d’argent. Et le vent, à l’heure actuelle, – il ne faut pas l’oublier, – souffle aux économies !
C’est d’ailleurs le système anglais. Il est bien permis de prendre à nos alliés ce qu’ils ont de bon, c’est-à-dire l’esprit de suite qui nous manque.
(À suivre.)

Le Tamatave

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26 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (5)

(Suite.)
La construction de la route de Tamatave à l’Ivondro d’abord, et à… quelqu’autre part ensuite, bien que de toute première nécessité, est une œuvre de longue haleine. Sera-t-elle continuée sans interruption ? J’en doute, et à l’appui de mon dire je vous donne ci-après l’opinion d’un grand journal de la capitale que j’ai découpée dans le temps et qui vient ici comme marée en carême.
Je copie à votre intention :
*
Aux colonies comme en France
Ce que l’on reproche le plus à notre régime politique, c’est l’instabilité ministérielle ou plutôt la fâcheuse manie qu’ont nos ministres de prendre systématiquement le contre-pied de ce qu’ont fait leurs prédécesseurs.
Cette déplorable manie, hélas très humaine, sévit également aux colonies. Là ce sont surtout les petits fonctionnaires qui en sont atteints. Hors de France, on devient facilement mégalomane et les plus humbles agents de l’administration se considèrent comme des rouages fort importants.
C’est un spectacle amusant, pour nos colons, de voir toute la peine que se donnent des chefs de district, par exemple, pour démontrer l’incapacité de leur prédécesseur et leur propre valeur.
— Vous savez, X… ? C’est un camarade, je ne veux pas le bêcher ; mais enfin, il était fait pour être administrateur comme moi pour être pape. Et puis, paresseux ! Il n’en fichait pas une secousse.
— Mais enfin, il faut être solidaires entre camarades, aussi, vous comprenez, je ne veux pas lui faire de tort et je vais réparer ses gaffes ; j’en ai bien pour six mois. Après cela, vous verrez que mon district sera le modèle des districts, etc.
Quand cet homme précieux s’en va à son tour, son successeur tient le même langage à son sujet, recommence à tout bouleverser, s’attaque de préférence aux meilleures mesures prises par l’autre, toujours dans le but de faire du district le modèle des districts.
Ce manque d’esprit de suite n’est pas moins fâcheux chez les petits fonctionnaires que chez nos ministres.
Il serait bon que nos gouverneurs réagissent contre de pareils errements dont souffrent les colonies.
(À suivre.)

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24 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (4)

(Suite.)
Le service des travaux publics devra d’ailleurs, autant que possible, établir à l’avance les études et projets qui me seraient alors transmis, avec le rapport précité, en même temps que les plans de campagne des fokonolona.
Je désire que les prescriptions ci-dessus soient rigoureusement observées. Vous voudrez bien m’accuser réception de la présente circulaire.
H. Garbit.
*
Nous avons tout lieu de croire que cette circulaire n’aura pas le sort de ses devancières, et que ses prescriptions seront cette fois scrupuleusement suivies.
M. Lebureau en effet a eu, jusqu’ici, l’habitude à la réception de l’une d’elles, de la classer délicatement, sans même la lire, dans le casier qui leur est réservées, en disant avec le sourire superbement je m’enf…iste qui le caractérise : « Des circulaires !! ce qu’il y en a ! Nous serions frais s’il fallait les suivre à la lettre ! Aussi, je m’assieds dessus !… »
Seulement, cette fois, cette circulaire porte au dernier alinéa une recommandation expresse que M. Lebureau fera bien de méditer et qui est la suivante : Je désire que les prescriptions ci-dessus soient rigoureusement observées.
Or M. Garbit n’a pas l’habitude d’écrire pour le simple plaisir d’aligner des mots. Il tiendra la main à l’exécution de sa circulaire. Et quelle main ! « Une main de fer dans un gant de velours. »
Par suite les colons auront lieu d’être satisfaits.
*
Nous publions ci-après la lettre d’un colon sur cette même question de voies de communication, lettre qui vient jeter son grain de sel sur cette matière.
Monsieur le Directeur du Tamatave,
Colon au-delà de l’Ivondro, c’est vous dire que je lis avec intérêt, je puis même dire avec avidité, les articles que le Tamatave et le Journal de Madagascar publient sur cette question de routes et de canaux dont la solution se fait attendre depuis si longtemps, et que malgré votre optimisme nous ne sommes pas près de voir résolue ; c’est moi qui vous le dis… À moins que la poigne de notre nouveau gouverneur général sur laquelle vous comptez… Mais n’anticipons pas. Laissez-moi d’abord vider mon sac.
(À suivre.)

Le Tamatave


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  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - sans couverture: 6,99 €
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23 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (3)

(Suite.)
Du reste voici intégralement cette circulaire :
Tananarive, le 26 novembre 1914.
Le Gouverneur Général de Madagascar et Dépendances à Messieurs les chefs de province et de district autonome.
Chaque année, certains travaux concernant les routes secondaires sont exécutés par les soins de l’administration provinciale soit au moyen des fonds de rachat de prestation, soit à l’aide de la main-d’œuvre pénale ou prestataire, soit encore sur les crédits alloués au plan de campagne pour les routes secondaires.
Dans le but d’assurer un emploi judicieux aussi bien de la main-d’œuvre que des crédits précités, j’ai l’honneur de vous faire connaître que j’ai décidé, qu’à l’avenir, tous les travaux à exécuter sur les routes secondaires ne pourront être entrepris sans avis et même, le cas échéant, étude préalable du service des travaux publics.
Pour les nouvelles routes à établir ou pour les rectifications à apporter à celles existantes, le tracé devra être étudié par un agent technique.
De même, les ouvrages d’art quelconques, à établir sur des routes nouvelles, ou ceux à reconstruire sur des routes existantes, devront faire l’objet d’un projet à établir par le service technique.
Enfin, toutes les fois qu’il sera possible de le faire, la main-d’œuvre pénale ou prestataire sera mise à la disposition du service des travaux publics qui assurera directement l’exécution des travaux.
Lorsque le service technique ne pourra pas disposer de l’agent que vous lui demanderez en vertu des instructions qui précèdent, vous devrez me rendre compte du fait en m’adressant toutes propositions utiles pour l’exécution des travaux dans les meilleures conditions possibles en faisant connaître en même temps si le travail en cause présente un réel caractère d’urgence et ne peut pas être remis.
En vue de gagner du temps, vous voudrez bien, avant de me le transmettre, communiquer le plan de campagne des travaux des fokonolona au chef de service régional de votre région en le priant de faire connaître son avis dans un rapport qui devra spécifier notamment la date vers laquelle il sera en mesure de faire étudier, par un de ses agents, chacun des travaux énumérés ci-dessus figurant au plan de campagne.
(À suivre.)

Le Tamatave


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20 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (2)

(Suite.)
Notre confrère termine son article par cette phrase : « Route ou canal, il faudrait pourtant se décider. »
Nous ne partageons pas cette modeste résignation, et nous disons, nous, – bien haut – : Route et canal sont d’urgente nécessité, et c’est par une aberration impossible à expliquer, que jusqu’à cette heure ils n’ont pas été construits.
Il ne faut pas d’ailleurs croire que route et canal font double emploi ; c’est là une erreur grossière. Chacun d’eux dessert des intérêts absolument différents.
La route dont le tracé a été excellemment dessiné par M. Iribe, avant son départ, traverse une zone éloignée du canal, et par ce fait cette zone ne saurait attendre aucun service de la reconstitution de la voie fluviale.
Cette route desservira donc les intérêts particuliers des colons installés sur son tracé jusqu’à son débouché sur l’Ivondro. C’est tout.
Il est enfin de toute évidence qu’une unique voie de communication ne saurait suffire à desservir une immense zone.
Le canal de son côté desservira la contrée qui de Tamatave s’étend jusqu’à Vatomandry et au-delà, et à qui la route de Tamatave à Melville ne saura, au grand jamais, être de quelque utilité. Et cette contrée est digne du plus grand intérêt, étant l’une des plus prospères de la colonie, et devant qui s’ouvre le plus bel avenir.
*
Notre dernier article ayant pour titre : « La route de Tamatave à Melville » était à peine écrit que nous parvenait le Journal Officiel de la Colonie du 28 novembre écoulé. Ce journal, à la quatrième page, publie une circulaire de M. le Gouverneur Général, du 26 novembre, au sujet des travaux exécutés sur les routes secondaires.
L’utilisation de la main-d’œuvre prestataire et pénitentiaire, que nous avions si timidement indiquée, y est formellement prévue et ordonnée. Nous avons fait connaître de quelle valeur elle pouvait être dans la région. On voit par suite quels résultats précieux on est en droit d’attendre des prescriptions édictées par M. Garbit.
(À suivre.)

Le Tamatave


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17 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (1)

Dans son numéro de dimanche dernier, notre confrère du Boulevard du Cimetière donnait à ses lecteurs une nouvelle qui nous a causé autant de surprise que d’inquiétude.
Il annonçait, en effet, que « l’administration serait disposée à ajourner le projet de route de Tamatave à Melville, sous le prétexte que les Pangalanes du Sud devant un jour exister, il y aurait peut-être intérêt à ce que la navigation fût continuée sans interruption jusque dans le port de Tamatave. »
Nous avions lieu de supposer notre confrère bien renseigné. On comprend donc l’émotion des habitants de l’Ivondro si mal lotis en voies de communication. Depuis combien d’années ne sont-ils pas bernés par des promesses, des études même qui, bien que consciencieusement faites, ont été régulièrement rejoindre leurs devancières dans les cartons à oubliettes ? Car il est de règle que tout chef de service, en prenant son poste, jette au panier les plans et projets de son prédécesseur.
Mais il ne nous semblait pas possible que sous l’administration actuelle de pareils errements pussent être suivis. Aussi, étant allés aux renseignements, avons-nous la satisfaction de pouvoir déclarer à nos lecteurs qu’il n’en est rien, que les études de la route de Tamatave à Melville sont poussées avec toute l’activité possible par un homme expérimenté, intelligent, consciencieux, en un mot à la hauteur de sa tâche, comme il s’en trouve quelquefois dans l’Administration, même dans celle des T. P. Cet homme cependant – M. Ozoux – n’est qu’un surveillant remplissant avec compétence les fonctions de conducteur des T. P.
De plus, les travaux de la première section de cette route, dont les études sont terminées, seront mis en adjudication dès le mois de janvier de l’année qui va commencer.
Donc, en même temps que les colons de l’Ivondro – ou du moins une très faible partie d’entre eux, – recevront un commencement de satisfaction, de nombreux ouvriers trouveront à s’employer et à gagner leur vie, ce qui est à apprécier en ce temps de crise où le commerce et l’industrie sont paralysés.
(À suivre.)

Le Tamatave


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15 janvier 2015

Il y a 100 ans : Les Allemands à Madagascar (2)

(Suite et fin.)
Le Journal de Tamatave imprimait, en effet, des doléances à leur sujet.
« Nous avons assisté, hier matin, au départ de la baleinière du port qui, gracieusement mise à la disposition de Messieurs les goinfres de l’îlot Prune, leur porte, tous les jours, de nombreuses et délicates provisions.
« Il a été chargé, dans celle de samedi, 6 soubiques de légumes frais et de viandes, 2 sacs de pain.
« Nous avons même remarqué qu’on avait le soin d’emballer certains produits dans des journaux locaux, voire même dans l’Officiel ; sans doute, pour permettre à ces intéressants prisonniers de guerre de se tenir au courant des événements qui se déroulent en Europe. »
Cependant, quelques jours plus tard, les ménagères de Tamatave reprenaient le sourire, des ordres ayant été donnés pour qu’à l’avenir les denrées alimentaires mises en vente au « Bazar » soient vendues à la population avant d’être livrées à la personne chargée d’approvisionner les Allemands.
À l’îlot Prune, le calme ne régnait pas, Boches et Autrichiens se reprochant leurs diverses défaites – preuve évidente qu’ils recevaient les nouvelles !
Sur ces entrefaites, la peste se déclara à Maurice, et le gouvernement général décida de débarrasser l’îlot Prune des hôtes qui y étaient internés, de façon à laisser le lazaret à l’entière disposition des voyageurs appelés à y purger une quarantaine.
Le chef du service de sûreté générale, M. Bastel, fut désigné par le chef de la colonie pour présider au transfert des Boches de l’îlot Prune au Fort-Duchesne, à Tananarive, où ils resteront internés jusqu’à la fin des hostilités.
De leur côté, les Petites Affiches de Majunga se plaignent de ce que les Allemands détenus dans leur ville soient des prisonniers pour rire, nourris par un hôtelier qui se fait un devoir et un plaisir de leur fournir tout ce qu’ils demandent avec le visa du commandant de la place.
Comme on aurait pu s’y attendre, c’est par une grossièreté que ces messieurs ont reconnu un tel excès d’indulgence : ils ont demandé des saucisses de Strasbourg et du papier hygiénique français.
Notre confrère proposait l’envoi d’un rouleau de papier émeri. En tout cas, la limitation au nécessaire sans douceurs nous semblerait logique et justifiée.

Les Annales coloniales


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13 janvier 2015

Il y a 100 ans : Les Allemands à Madagascar (1)

On pourrait faire une rubrique « les Allemands à Madagascar », car vraiment les Boches y ont amplement occupé l’administration, le public et la presse, de leurs encombrantes personnes.
Trois Allemands, dont deux agents de cette maison O’Swald à laquelle M. Picquié s’était borné, au début des hostilités, à interdire le commerce des spiritueux, et un propriétaire de cinéma, nommé Neumann, sont arrivés de Mananjary à Tananarive.
Les deux premiers ont été dirigés sur Tamatave ; le troisième a été incarcéré à la maison d’arrêt, sous l’inculpation d’espionnage.
Ensuite les agents et le personnel des maisons O’Swald et D.O.A.G. et quelques autres sujets allemands furent internés au lazaret de Katsépé, sous la surveillance d’un peloton de tirailleurs commandés par un lieutenant.
« Là, ces messieurs eurent, paraît-il – nous citons la Tribune –, même tous les accessoires nécessaires permettant à des célibataires d’endurer privation de leur liberté, sans compter le reste.
« Après la visite du curieux Kœnigsberg, fantôme affolé en quête de charbon, on transféra l’escouade allemande à la prison civile où elle trouva, dit-on, le moyen de se procurer les cablos. Sur cette situation, une enquête ne serait peut-être pas inutile, l’audition des sous-officiers gardiens mettrait bien des choses au point.
« Nous comptons sur l’administration supérieure pour réprimer les fautes commises, et il y en eut, affirme-t-on. »
Le lieutenant chargé du transfert de ces bonshommes à la prison de Majunga entreprit de les surveiller sérieusement.
Cependant, un autre noyau d’Allemands trouvait moyen de continuer ses petites affaires, s’il faut en croire la Tribune, dont voici encore le texte :
« Nossi-bé.
« Messieurs les Allemands ne pouvant s’occuper de leurs petites affaires ont, paraît-il, trouvé complaisance chez un ancien fonctionnaire, lequel opère les recouvrements pour le compte de ces Messieurs.
« Ajoutons que l’accueil réservé à ce mandataire pensionné de l’État ne serait pas toujours sympathique.
« Ne pourrait-on le rappeler à la pudeur. »
D’autres Boches et Autrichiens, enfin, étaient internés à l’îlot Prune.
Et ceux-là ne désespéraient pas moins que les autres la population française de Madagascar.
(À suivre.)

Les Annales coloniales


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12 janvier 2015

Il y a 100 ans : M. Garbit à Madagascar (2)

(Suite et fin.)
Il a eu pour chacun un mot aimable ; il s’est félicité d’être appelé à prendre la direction du gouvernement de l’île, et a rappelé, non sans émotion, qu’il avait fait ses débuts dans la colonie à laquelle il est profondément attaché et où il compte bien terminer sa carrière.
Il a donné l’assurance que tous pouvaient compter sur sa bienveillance et son esprit d’équité, et a promis aux colons de leur accorder toutes les satisfactions compatibles avec l’intérêt général.
Il a enfin affirmé que, sans plus tarder, il allait se mettre à l’œuvre pour s’efforcer de redonner au pays tout son essor économique, un moment enrayé par les événements actuels, et a terminé par un vibrant appel à l’apaisement si nécessaire aujourd’hui aussi bien à Madagascar qu’en France.
Ce premier contact entre le nouveau gouverneur général et ses administrés a laissé à ceux-ci la meilleure impression.

Départ de troupes de Madagascar

Le 26 octobre dernier, un détachement de réservistes européens et de nombreux médecins militaires ont quitté Tananarive pour la France.
À la gare se trouvaient le gouverneur général Garbit, le général commandant supérieur des troupes et une foule nombreuse qui a acclamé les partants.
Au moment où s’ébranlait le train, la fanfare du 1er régiment des tirailleurs malgaches a joué la Marseillaise.
Un nouveau détachement de troupes blanches, comprenant des hommes de l’active et des volontaires de la réserve, se préparait à se rendre sur le théâtre des opérations.

Le téléphone entre Tananarive et Majunga

Dès son arrivée à Madagascar, M. Garbit s’est préoccupé, d’accord avec le chef du service des postes et télégraphes, d’étendre le service téléphonique entre diverses villes de la colonie en utilisant les lignes déjà établies.
Des essais ont été tentés qui ont été reconnus satisfaisants et le service téléphonique est rétabli depuis la fin du mois dernier entre Tananarive, Tamatave et Majunga. Le public est autorisé à communiquer entre ces villes, de onze heures du matin à deux heures de l’après-midi.
C’est une initiative dont les habitants de la Grande Île sont reconnaissants au nouveau gouverneur général.

Le Courrier colonial


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