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11 novembre 2010

Séance de rattrapage en librairie

La saison des prix littéraires français est, en ce qui concerne mon emploi du temps, une véritable horreur. (C'est bien amusant aussi, par ailleurs.) Les journées sont trop courtes. Alors, je note sur des petits papiers qui parsèment l'espace entre le clavier et l'écran de mon PC, au fur et à mesure que je les rencontre, des références de livres concernant Madagascar. Je vais vous les donner aujourd'hui sans autres informations que celles des éditeurs, je reviendrai sur certains ouvrages quand je les aurai lus. (Et j'espère que cela ne tardera pas.)

Je commence par un rappel, puisque j'ai déjà signalé l'existence de cet ouvrage très important que j'ai à peine commencé à explorer: le premier volume des Oeuvres complètes de Jean-Joseph Rabearivelo.
A ce propos, un rendez-vous est fixé le samedi 20 novembre à 10h30 au CCAC pour un forum littéraire. D'ici là, je vous en aurai dit davantage sur le livre, présenté ainsi par la quatrième de couverture:
Imaginez en ce début du XXe siècle un jeune "indigène" d'une île soumise à la prestigieuse culture française et se découvrant le don d'écrire. Jean-Joseph Rabearivelo (1903-1937) se veut le "contemporain capital" de sa nation. Déclinée en formes multiples, son œuvre s'inscrit dans la confluence périlleuse des sources natales et du médium étranger choisi. La lecture de son journal, les Calepins bleus, de sa correspondance et d'autres textes autobiographiques révèle l'âpre et parfois capiteuse nudité de cette quête, vécue jusqu'au suicide, dans le flux des jours écrits avec la constante exigence de l'artiste.
On reste en littérature avec le premier roman de Johary Ravaloson, Géotropiques. Lui aussi sera l'invité d'un forum littéraire au CCAC, le samedi 18 décembre à 10h30 - mais avec Sophie Bazin, et à propos d'un autre ouvrage que je vous ai déjà présenté, Zahay Zafimaniry.
Géotropiques, dont vous avez ci-contre la couverture de l'édition française, est aussi édité à Madagascarn dans une autre présentation, chez Dodo vole. Aujourd'hui, la présentation de l'éditeur français:
«Je», surfeur devant l’Éternel et dans l’océan Indien, Malgache vivant à La Réunion, avec son grand amour, B. L’histoire commence légère, facile, comme une vague, sous le soleil et le vent docile. Mais la rugosité de la vie s’en mêle. « Je » lit les carnets laissés par Andy. Carnets qui racontent l’histoire d’amour entre B., la Française, et Andy, le Malgache, sur fond de manifestations d’étudiants à Paris, puis d’un retour à Madagascar. Des sensibilités se heurtent, des individualités se découvrent…
Un premier roman publié d’un auteur malgache, loin de tous clichés concernant cette grande île si méconnue. Dans un style enlevé, rapide, comme le mouvement d’une vague, le ressac de la mer, Johary Ravaloson raconte une histoire d’amour et de mort, met en scène une génération portée par l’espoir et nourrie par les désillusions.
Littérature encore, mais du côté de la poésie, avec un duo d'auteurs belges, Ben Arès et Antoine Wauters pour Ali si on veut.
À la recherche de tout ce lait perdu, le ventre
battu par les sentiers, au cuir la terre brûlée, aux
lézards, makis entre les lunes, à celle qui porte, se
décarcasse, aux progénitures dévouée, secrets
qu’on n’ébruite pas, à l’aplomb, fêlures gardées,
Ali si on veut.
*
Sensible aux pouls, aux chocs, ressorts des
salives. Et ses mains, ses longs doigts fouisseurs,
et sa chemise à pans pour taillader la terre,
pleurer des pourpres et de petites lamelles de
chaux. Et ses yeux, des insectes, deux jeunes
taons de voltige, deux mouches pour perdre pied.
Ben Arès est né à Liège en 1970. Responsable de la revue Matières à poésie et du projet de lectures publiques du même nom. Depuis 2008, coéditeur de la revue Langue vive, avec Antoine Wauters notamment. A publié une dizaine de livres, dont Ne pas digérer, roman, et Cœur à rebours, poésie, (La Différence, 2008 et 2009).
Antoine Wauters est né à Liège en 1981. A publié quatre livres, dont Debout sur la langue (Maëlstrom, 2008) qui lui a valu le prix Polak de l’Académie belge en 2008.
Ali si on veut est le premier livre que les deux auteurs publient à Cheyne.
Du père Pedro, Journal de combat. Missionnaire à Madagascar est réédité au format de poche.
40 ans d'action au service des pauvres: un missionnaire à Madagascar...
À Madagascar, le Père Pedro et sa communauté Akamasoa ont sauvé des dizaines de milliers d'enfants et de familles pauvres, en tentant par tous les moyens de les réinsérer dans la vraie vie. Mais la misère peut resurgir devant chaque porte...
Dans son Journal de combat, le Père Pedro raconte avec une extrême précision comment chaque matin il trouve la force de se battre contre des ennemis jamais terrassés: la faim, la maladie, l'égoïsme, le découragement, la démission des parents... Et il faut croire en l'homme en toutes circonstances pour l'aider à retrouver sa dignité.
Un témoignage humain d'une grande force, une aventure pleine d'espoir qui nous incite à penser qu'un monde plus juste et fraternel demeure possible.
Victor Augagneur, qui fut gouverneur de Madagascar de 1905 à 1910 (il succédait à Gallieni), a écrit Erreurs et brutalités coloniales, réédité dans un volume qui rassemble d'autres textes.
Les textes reproduits dans ce recueil sont tous favorables au colonialisme qu’ils veulent civilisateur et, à terme, émancipateur. Le premier, qui donne son titre au volume, narre la répression inintelligente d’une révolte en 1904 à Madagascar, avant que son auteur, jusque-là maire radical de Lyon, ne prenne le gouvernement de l’île.
Le français tel que le parlent nos tirailleurs sénégalais (1917 & 1918) délivre aux cadres blancs de l’armée une savoureuse méthode d’enseignement du «petit-nègre», fondé en fait sur la syntaxe du bambara et le lexique du français.
Le Manuel élémentaire à l’usage des officiers… (1923) propose une typologie racialiste des peuples de l’Afrique occidentale, entrevus en fonction de leurs capacités respectives à fournir des soldats à l’armée française, que ce soit pour servir de chair à canon dans les tranchées ou pour réprimer les révoltes, en Afrique ou ailleurs.
A leur manière, et sans toujours s’en rendre bien compte, ces monographies, instructives par ailleurs, livrent un témoignage aussi précieux qu’irréfutable sur les méthodes du colonialisme français.
La nature malgache n'ayant pas fini de susciter des ouvrages, voici Lémuriens, seigneurs, savants fous et rois aux sagaies. Petite histoire de Berenty à l'extrême sud de Madagascar, par Alison Jolly, traduit par Emmanuelle Grundmann.
Il était une fois un bout du monde: l'extrême sud de la grande île rouge, Madagascar. Ici, personnages humains et animaux entremêlent leurs histoires dans la réserve naturelle de Berenty. Ce récit est le témoignage d'un passé tumultueux depuis l'esclavage précolonial jusqu'au néocolonialisme de la Banque mondiale. Mais la vraie histoire de Berenty est celle des naissances, mariages et empoisonnements au goût amer. Ici, il y a des combats de sagaies, des batailles puantes et des tombes tandroy décorées de crânes de bétail sacrifié. On y rencontre "On ne peut mettre à terre", "N'a jamais tété", Robin le jeune esclave anglais, Alisson l'Américaine ou encore Hanta la diplômée de Moscou. Et bien sûr, il ne faut pas oublier les lémuriens "Frightful Fan" et "Chou à la crème".
Par-dessus tout, vous allez rencontrer une famille obstinée et entêtée, tant dans les moments de faste luxueux que dans le désarroi: les seigneurs du heaume qui, malgré la mondialisation galopante, tentent de préserver intact leur pacte avec les Tandroy.
Alison Jolly débuta ses études sur les lémuriens sauvages en 1963. Elle poursuivit ses recherches à la réserve naturelle de Berenty durant quatre décennies avec ses collègues et étudiants. Auteur de douze livres sur l'évolution du comportement animal et sur la conservation, elle conte ici ses propres aventures et celles de ses amis de l'extrême sud de Madagascar.
Après avoir étudié les orangs-outans à Bornéo, Emmanuelle Grundmann s'est tournée vers l'écriture et le journalisme et a écrit plusieurs livres sur la déforestation, les primates et la biodiversité. La traduction du livre d'Alison Jolly lui a permis de retrouver les lémuriens et Madagascar qui l'ont toujours fascinée.
Pour Vanille. La route Bourbon, Philippe Aimar, photojournaliste, a requis les connaissances de Jean Mèze, ingénieur en agronomie tropicale et a complété sa propre démarche par celle Reno Marca et Mariana Bonet, auteurs d'un carnet de voyage.
Au début du 16e siècle, la vanille donna la fièvre à tous les souverains d'Europe. Aussi lorsque Cortez eut l'occasion de déguster son fameux «chocolat vanille», on imagine avec quel empressement il pensa à un juteux commerce. Son premier objectif fut donc d'envoyer au plus tôt un chargement de gousses en Espagne. Charles Quint fut certainement le premier souverain d'Occident à goûter la vanille. La route de la vanille venait d'être ouverte...
Aventurier, photographe et journaliste, Philippe Aimar inscrit son travail dans la lignée des grands écrivains voyageurs. Depuis plus de 20 ans, Il parcourt la planète à la rencontre de peuples, de cultures et de saveurs pittoresques. Véritable magicien des mots et des images, il fige à travers son objectif des instants qu'il transforme, tout au long des pages de ses livres, en moment d'éternité. Ce qui le caractérise, c'est qu'il veut tout voir et tout savoir pour fixer au mieux les événements dont il est le témoin privilégié. Chacune de ses aventures se transforme ainsi en carnet de voyage insolite, en témoignage unique. Avec un tel parcours, rien d'étonnant à ce que cet infatigable baroudeur ait consacré une grande partie de son travail à l île de Madagascar et à l'un de ses joyaux: la vanille. La culture de cette épice aromatique qui suscite plaisir et convoitises nécessite en effet des soins longs et attentifs. Il fallait donc un artisan du journalisme et de la photographie pour expliquer son histoire et comprendre pourquoi elle fascine à ce point les hommes.
Pour changer un peu, une bande dessinée de Denis Vierge, Vazahabe! (tout le monde aura compris). Présentation à l'italienne, comme on dit dans le langage de la mise en page, pour faire penser à un carnet de voyage...
Guy Camier, la soixantaine bedonnante, débarque à Madagascar à la recherche de sa femme, une Malgache épousée par l’intermédiaire d’une agence matrimoniale. Retournée pour un temps dans sa famille, elle a disparu. Accident, enlèvement, fuite?
Devant le mépris des services diplomatiques, il se fera aider d’un expatrié français, et d’un chauffeur malgache pour essayer de la retrouver…
C’est une histoire de vengeance, de revanche sociale et affective… Mais aussi la découverte d’un pays et d’une culture. Et l’affirmation que le voyage ne permet de découvrir que soi-même. Au mieux.
Beaucoup plus sérieux - mais le droit n'est peut-être pas absent de la bande dessinée ci-dessus, le professeur Alisaona Raharinarivonirina se voit offrir des mélanges, genre prisé dans les milieux universitaires: Regards sur le droit malgache. J'aurais voulu vous en donner le texte de quatrième de couverture, mais la définition de l'image est si mauvaise que je me contente de quelques lignes pêchées sur le site de l'éditeur. (Je tiens à mes yeux, ils peuvent encore servir.)
Tel est le but de cet ouvrage: rendre hommage à celui qui a été l'un des bâtisseurs et pionniers du droit au sein des universités de Madagascar, au sortir des années 60, quand le temps était alors à l'incertitude et aux tâtonnements. L'entreprise ainsi menée se veut le symbole d'une saine transmission des valeurs et des connaissances à travers des générations de juristes qui ont contribué et qui participent encore au développement de la faculté de droit de l'Université d'Antananarivo.
Enfin, j'allais oublier un recueil collectif de nouvelles qui rassemble des textes de Raharimanana, Jean-Pierre Haga, Alexandra Malala, Johary Ravaloson, Esther Randriamamonjy et Magali Nirina Marson, Nouvelles de Madagascar.
Pour qui a arpenté les hauts plateaux de l’Imérina, sillonné ce pays de rizières, de forêts peuplées d’une faune fabuleuse, pour qui a côtoyé jour après jour les Malgaches des villes (Antananarivo, Mahajanga, Antsirabe, Antsiranana [Diego Suarez], Tamatave, Tulear, etc.) et ceux des campagnes, l’énigme de cette île enchanteresse est encore plus grande. La littérature malgache d’aujourd’hui s’écrit en malagasy, ou, vestige de l’histoire coloniale, en français. Elle demeure aussi souvent orale, c’est la littérature dite des Anciens par laquelle se perpétuent les traditions.
Ce recueil, avec des nouvelles inédites d’auteurs vivant à Madagascar ou en Europe, tous hantés par leur île, ses sortilèges, son histoire ancienne et tous soucieux de son devenir, est une photographie de l’île aujourd’hui. La pauvreté, celle des campagnes et celle des villes, l’exode, le tourisme et ses terribles conséquences, la corruption, l’instabilité politique, mais aussi le passé prestigieux, Antananarivo la grouillante «Ville des Mille»: tels sont les sujets de ces textes qui permettent d’aborder la réalité malgache; ou plutôt quelques-unes des multiples facettes de la réalité de l’immense Île rouge.

10 juillet 2010

Natacha Andriamirado : J'écris pour mon chien

Un mois déjà que je n'ai pas donné de nouvelles. C'est bien long, même si c'est passé très vite. Je vous explique en deux mots: jusqu'à fin juin, j'étais littéralement submergé de travail. Même mon médecin insistait pour que je prenne un peu de repos. Je l'ai fait, deux semaines à Toliara, où j'ai quand même tenu à jour la bibliographie malgache sur Internet et avancé - doucement (je le précise pour le cas où mon médecin lirait ce blog) - sur quelques projets dont je vous reparlerai très vite. En attendant de concrétiser ceux-ci, je pense à tout ce dont je ne vous ai pas parlé et qui aurait mérité mon attention. Par exemple, les journées malgaches à l'Unesco. Ou le mois de la photo. Ou... bon, à l'impossible nul n'est tenu.

Me voici donc de retour pour découvrir que j'ai manqué, en octobre dernier, la sortie du premier ouvrage d'une nouvelle écrivaine malgache (qui écrit en français). Sur l'excellent site d'Africultures, Boniface Mongo Mboussa publie un entretien avec Natacha Andriamirado à propos de son recueil de nouvelles, J'écris pour mon chien.
Je vous renvoie à cet entretien pour en savoir plus sur cette collaboratrice de La Quinzaine littéraire puisque, malheureusement, je n'ai pas lu son livre. Dont je ne peux que vous proposer quelques lignes.

Je n'ai jamais vraiment répondu à ta question, je ne pouvais pas te dire que j'avais écrit toutes ces chansons parce que je t'aimais. Je n'avais pas le droit de te montrer ainsi mon amour. Parce que toi tu ne m'aimais pas. Je devais aussi t'inspirer un peu de dégoût. Alors je me suis excusée de t'avoir importuné. Et je suis partie. Je t'ai dit au revoir en prenant garde de ne pas me faire de croche-pieds ou de te tomber dessus. Et j'ai pensé à nouveau à ta question. Pour qui j'écris, si ce n'est pour l'amour que je te porte et dont tu ne veux pas?

22 mai 2010

En librairie : Beniowski et les autres

Ce n'est pas à proprement parler une nouveauté, puisque les Mémoires et Voyages de Beniowski avaient été publiés en 1999 aux Editions Noir sur Blanc en trois volumes que nous retrouvons ici en un seul tome. Mais il s'agit évidemment d'une réédition importante - la Bibliothèque malgache a d'ailleurs à son catalogue deux livres sur ce personnage qui a marqué l'histoire de Madagascar.
Maurice Auguste Beniowski devint, après la publication de ses Mémoires et Voyages en 1790, le type même de l’aventurier haut en couleur, célèbre dans toute l’Europe centrale. La présente édition a été établie par le spécialiste Edward Kajdański. On suit les tribulations du prisonnier politique après sa fuite d’un pénitencier russe. Le premier tome relate son voyage vers l’exil à travers la Sibérie, qui le conduit sur la péninsule du Kamtchatka; en 1770, il y organise une révolte des déportés qui se solde par la prise d’un navire sur lequel il s’embarque à destination des mers du Grand Nord. Le second tome retrace le voyage de cinq mois qui mène Beniowski du détroit de Behring aux îles Aléoutiennes et Kouriles, puis à Macao. Le dernier volume est consacré à son séjour à Madagascar, où des indigènes le couronnent «grand roi» et où il se bat contre la France aux côtés des tribus qui refusent la colonisation.
Maurice Auguste Beniowski, fils d’un général de l’armée autrichienne, est né en Hongrie en 1741. Cet intrépide s’évade de la prison russe où il est enfermé pour avoir participé à la lutte des nobles polonais contre la Russie au sein de la confédération de Bar en 1768. Contemporain de Cook et de La Pérouse, il compte au nombre des premiers Européens à avoir navigué en mer de Behring et au large du Kamtchatka. Il s’illustre aux côtés des Malgaches dans leur combat pour la liberté, mais tombe sous les coups d’une expédition française en 1786.
On peut feuilleter le livre ici.

Josyane Lemercier Belliard est née à Toliara en 1951 et a vécu à Antananarivo jusqu'en 1975. Pharmacienne et scénariste, elle publie Madagascar. Le sang d'une colonie (1890-1948).
En mai 1958, Siarana, jeune métisse malgache de 15 ans, défile dans les rues de Paris pour réclamer la libération des prisonniers politiques dont trois députés malgaches incarcérés en France. Au retour de la manifestation, elle supplie Marc, son père, de lui parler de sa mère Cimandefa tuée accidentellement lors des événements insurrectionnels de 1947. Marc raconte.
Lors de ce récit passionnant, l'Histoire prend corps à travers la vie d'un couple mixte: Marc, jeune Français, photographe et correspondant d'un journal de l'île de la Réunion et Cimandefa, jeune femme malgache, étudiante en médecine. En même temps que leur histoire d'amour, nous découvrons l'histoire de la conquête et de la colonisation et plus particulièrement la réalité de la vie à Madagascar de 1939 à 1947.

Gaston Moussion est né en 1930. Ce Vendéen de formation agricole obtient un doctorat en Sciences biologiques. Il participe à plusieurs programmes de développement au Cameroun et Madagascar. En métropole, il devient fonctionnaire au Ministère de l’Agriculture, Service de la Protection des Végétaux et consultant phytosanitaire en environnement. Titulaire du Mérite agricole, il est actuellement à la retraite. Il a écrit, sous le nom de Gaston Chevallier, A Madagascar, quand la terre meurtrie devient généreuse.
Une trop courte période à Madagascar consacrée à l’amélioration de la production agricole dans un contexte humain aux coutumes ancestrales fortement enracinées. L’activité consistait à conserver un contact quasi-permanent avec le paysan malgache, lui prouver que l’on pouvait améliorer les cultures traditionnelles par des méthodes modernes dans une terre sensible à l’érosion… Il fallut ménager toutes les susceptibilités avec le souci de comprendre l’esprit malgache afin de lui transmettre le message du progrès. N’est-ce pas lui offrir la ligne lui permettant de pêcher toute la vie pour le nourrir, lui et sa famille? Croire à ce principe chinois, la misère actuelle aurait été plus facile à supporter.

Dans un autre registre, Véronique Pasquier a dirigé la rédaction d'un guide pratique destiné aux investisseurs, Madagascar. L'essentiel d'un marché.
Malgré les crises qui périodiquement secouent le pays, Madagascar constitue un centre d'intérêt pour beaucoup d'entreprises et de très nombreux Français. C'est d'abord un pays agricole, avec un paysannat qui lentement fait évoluer ses méthodes tout en restant dans la tradition. Les richesses du sol et du sous-sol sont avérées, de grands projets suscitent de nombreux contrats de sous-traitance. Une industrie de main d'œuvre spécialisée arrive à se constituer dans les secteurs de la mode et des technologies de l'information et de la communication. Les relations avec les autres entités de l'Océan Indien se développent; la région a le français en partage, et même si les différences d'une île à l'autre sont importantes, de nombreuses entreprises de services pourront vous assister (avec des succursales ou des correspondants sur les marchés principaux). Malgré les incertitudes de l'heure, il faut venir, trouver les opportunités, profiter des nombreux réseaux de contacts existant. Cet ouvrage décrit l'environnement. secteur par secteur, donne de nombreuses adresses, essaie de faire partager une expérience de terrain, pour se préparer aujourd'hui et identifier déjà les bons interlocuteurs lorsque cette crise politique se terminera.

Enfin, il faut signaler la réédition du plus culturel des guides de Madagascar, dont je me souviens qu'Antoine Gallimard l'avait lui-même présenté à Antananarivo en 1999 lors de sa sortie.
Des clefs pour comprendre
... un peuple dont la relation au monde et la vie quotidienne sont régies par le respect des ancêtres, liens entre Dieu et les vivants et garants de l'ordre et du bonheur terrestres ; une civilisation bâtie sur la riziculture et l'élevage bovin, qui perpétue de riches traditions artisanales...
Des itinéraires à parcourir
Découvrir Madagascar en 5 circuits de visite ; apprécier la diversité de la faune et de la flore en se promenant dans les parcs naturels...
Les informations pratiques
De A à Z, tous les renseignements utiles pour préparer et réussir son voyage ; une sélection d'hôtels et de restaurants; les adresses et les horaires d'ouverture des lieux à visiter.

7 janvier 2010

Quelques nouveautés en librairie

Puisque je n'ai pas pu en parler en décembre, au moment où j'aurais voulu le faire, voici quelques ouvrages parus à la fin de l'année dernière, et j'y ajoute deux guides classiques dont les nouveaux millésimes sont disponibles.

Je commence par le numéro très attendu de Riveneuve Continents, Escales en mer indienne. Il ne concerne pas que Madagascar puisque les Comores, Maurice, la Réunion et les Seychelles y sont aussi présentes. Mais une demi-douzaine de textes valent qu'on s'y arrête.
Raharimanana revient, dans De là où j'écris, et à la manière d'un écrivain plutôt que d'un polémiste, sur les déboires de la pièce 47.
Johary Ravaloson, dans Ainsi les jours fumeux, livre des conversations tenues (ou qui auraient pu l'être) le 26 janvier 2009 à Tana, du côté d'Ankorondrano, quand les émeutes se sont transformées en pillages.
Du haut de la ville, Soa Hélène apercevait, ce jour-là, les mêmes fumées. Elles apparaissent dans les pages de son Journal.
Magali Nirina Marson voit Rouge dans le premier texte de fiction que je lis vraiment d'elle (après en avoir découvert un fragment plus tôt). Mais une fiction fortement ancrée dans le réel, et nourrie de colère.
Kere, de "notre" Jean-Claude Mouyon ("notre", puisqu'il est édité par la Bibliothèque malgache), est extrait d'un roman à paraître, Moi Antoine, dit l'idiot du Sud, et parle notamment, pour ceux qui ne l'auraient pas compris, d'une famine chronique dont Christian Chadefaux fournit les clés.
Hery Mahavanona donne Le roman inachevé, fiction urbaine où la création se heurte aux aléas de la vie quotidienne.
Des textes d'une belle tenue, publiés à proximité d'un Mauricien auquel le prix Nobel de littérature a donné une renommée mondiale, J.M.G. Le Clézio...

Ambass Ridjali, qui a déjà écrit deux pièces de théâtre et deux romans pour la jeunesse, dirige depuis 2004 la bibliothèque municipale Tsingoni à Mayotte. Il publie mahajang@madagascar.com, un bref roman qui semble s'adresser à la jeunesse, et dont voici les premières lignes.
@ un ami sur le net
Cher ami, tout d'abord merci d'avoir répondu à mon mail. C'est que j'ai tapé une adresse au hasard sans jamais penser qu'elle existait. Mais comprends-moi, j'ai tellement de choses dans la tête, dans le cœur que j'ai l'impression qu'ils vont éclater d'un moment à l'autre. Alors il faut que je parle. Il faut que je les vide.
Cher ami, tu peux ne pas me donner ton nom. Peu importe. Cela me suffit que tu lises mes courriers. Que tu m'écoutes avec tes yeux. Toi qui habites loin. Loin de mon île, loin de chez moi. Laisse-moi te conter ma vie, mes joies, mes peines et mes souffrances.
Les extraits du roman, que l'on peut lire ici, ne suscitent pas vraiment l'enthousiasme.

On a déjà rencontré Jean-Pierre Haga dans les pages de ce blog. Le revoici avec un roman, L'œil du cyclone, que je n'ai malheureusement pas lu et sur lequel je me contenterai donc de fournir quelques détails pêchés sur le site de son éditeur.
Jean-Pierre Haga passe à la loupe les faits et gestes des personnages, leurs pensées, tout en jouant avec les onomatopées (à la manière d’une Anna Gavalda), les quiproquos, le suspense, l’humour, le fantastique - déjà mis en scène dans son roman jeunesse, Vert de peur (Editions Magnard, 2005) et dans sa nouvelle Sitarane blues (Editions Orphie 2008).
Jean-François Samlong, Notre Librairie. Revue des littératures du Sud - 2005

L’histoire dans un style alerte, met en scène des personnages ordinaires que l’on croise sur son chemin sans leur prêter grande attention ; et puis, il y a ceux qu’il ne fait pas bon de rencontrer à la brune ou dans des coins isolés, Judex Roupaye par exemple, de la pire espèce des voyous qui n’abandonnent pas leur proie et ne meurent jamais. La seule solution c’est la fuite, avec dans la bouche un goût de litchi vert. Mais où fuir pour se sentir en toute sécurité ? Heureusement qu’il existe aussi sur la route un gramoun Sacha, qui ouvre les portes de l’aventure à Charlie et Inès. Et quelle aventure!
Je signale déjà que Jean-Pierre Haga sera l'invité d'un forum littéraire au CCAC, le samedi 23 janvier à 10h30, pour présenter ce roman.

J'aurais voulu vous parler longuement d'un roman que, en revanche, j'ai lu. Le bonheur est un drôle de serpent, de Raymond Alcovère, m'a cependant beaucoup trop ennuyé pour qu'à mon tour je vous ennuie avec ça. Et Madagascar n'est qu'un des lieux arpentés par les personnages.

Je termine donc par les traditionnels guides de voyage, dont les éditions 2010 arrivent à point pour les touristes décidés à nous visiter cette année.

Le petit futé Madagascar a beaucoup grandi depuis ses débuts. Plutôt en bien, d'ailleurs. Mais l'argumentaire n'a pas beaucoup changé, puisque La Grande Ile, malgré les remous qui l'agitent parfois, reste fondamentalement la même.
Madagasikara, entre Afrique et Asie; sur cette terre des peuples venus d'Extrême Orient, d'Afrique, d'Inde, d'Arabie et d'Europe ont créé la société pluriculturelle malgache. La terre y est indissociable des gens, imprégnée de mémoire, tour à tour étendue désertique, terre rouge, collines vertes, ou forêt parsemée d'orchidées. Les îles du Nord, telle Nosy Bé, sont maintenant très courues des touristes avides d'espaces vierges et de plongées idylliques, mais il reste encore des lieux préservés et c'est un continent que l'on découvre en abordant la terre malgache. La vie y est rude, la pauvreté omniprésente, mais la joie et le sourire sont au rendez-vous. Soyez généreux avec cette terre qui vous accueille.
L'incontournable Guide du routard Madagascar est aussi au rendez-vous. La nouvelle édition est parue cette semaine. Je ne connais pas la proportion des informations mises à jour mais je sais, pour avoir longuement bavardé avec le principal responsable des rafraîchissements de ce guide, qu'ils sont faits sérieusement.
Et, plutôt que de vous redonner les quelques phrases en forme, inévitablement, de clichés, je vous renvoie aux deux derniers carnets de voyage mis en ligne sur le site du Routard: Un Vazaha chez les Vezo et Trek chez les Zafimaniry.

Bonnes lectures!

28 novembre 2009

Deux albums sur Madagascar


C'est la saison des beaux livres. De la Réunion, Jean-Luc Allègre envoie ses Panoramas des îles de l'océan Indien où il n'est donc pas question que de Madagascar. Mais de Madagascar aussi, comme en témoigne l'indémodable allée des baobabs de Morondava.


L'ouvrage de Christine Baillet, Madagascar, est en réalité plus ancien - il a été publié en 2006. Mais il est remis en vente dans un coffret contenant quatre volumes: Les plus beaux safaris photos du monde. L'Afrique du Sud, les Galapagos et l'Inde sont les autres destinations.


Invitation à découvrir les espaces sauvages d'une île fascinante, véritable laboratoire de la nature: Mantadia-Andasibe, Ranomafana, Isalo, Berenty, Bemaraha, Ankarafantsika, Lokobe, Ankarana, la Montagne d'Ambre et Masoala sont autant de refuges pour une faune et une flore à l'endémisme record. Principalement illustré avec les photos de Catherine Jouan et Jeanne Rius, Cyril Ruoso et Christian Vaisse.


21 novembre 2009

En librairie : le développement durable et une vie abrégée

Deux nouveaux ouvrages en rapport avec Madagascar sont disponibles depuis peu. (En réalité, il y en a un troisième mais, comme je viens de le recevoir, je vais le lire avant de vous le présenter.)


Géraldine Froger, Vincent Geronimi, Philippe Meral et Patrick Schembri ont écrit Diversité des politiques de développement durable. Temporalités et durabilités en conflit à Madagascar, au Mali et au Mexique.
Pourquoi les pays en développement n'adoptent-ils pas le même type de politiques et de projets de développement durable? Quelles sont les contradictions entre l'horizon temporel des bailleurs et des acteurs nationaux ou locaux? Quelles sont les modalités d'appropriation locale des projets et politiques de développement durable? Quelle est l'efficacité des processus participatifs?
Pour répondre à ces questions, cet ouvrage allie études régionales, nationales et globales pour analyser, dans une perspective critique, différentes expériences en matière de politiques de "développement durable". Pour ce faire, il met l'accent sur les politiques, programmes, projets de conservation et de lutte contre la déforestation dans trois pays: Madagascar, Mali et Mexique.
Les coordinateurs scientifiques de cet ouvrage sont membres du comité de direction et/ou du conseil d'administration du GEMDEV (Groupement d'intérêt scientifique pour l'étude de la mondialisation et du développement).


Dominique Torrès, grand reporter à France Télévisions et réalisatrice de documentaires, a créé en 1994 le Comité contre l’esclavage moderne et a consacré quatre films à ce sujet. Jean-Marie Pontaut, rédacteur en chef à L’Express, spécialiste de l’investigation policière et judicaire, est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages. Ensemble, ils se sont penchés sur le cas de Lila. Etre esclave en France et en mourir.
Lila arrive en France à 14 ans pour servir de bonne à tout faire. Elle est corvéable à merci, ni payée ni scolarisée. Quatre ans plus tard, cette jeune fille joyeuse et douce est renvoyée in extremis à Madagascar, son pays natal, pour y mourir quelques jours après. Sa famille constate son extrême maigreur et de nombreuses traces de coups sur son corps.
Cette mort suspecte provoque l’ouverture d’une enquête en France et, en 2005, ses «employeurs» sont mis en examen pour, notamment, «viol et non-assistance à personne en danger».
Depuis, la justice s’est enlisée dans ses lourdeurs et ses lenteurs et a finalement décidé de classer l’affaire. Pis: elle a refusé d’entendre les témoignages essentiels recueillis par les auteurs de ce livre, à Tananarive et dans la banlieue parisienne.
Ce récit s’attache à faire revivre la petite bonne malgache, sa jeunesse, ses rêves, son long calvaire et sa mort tragique.
Le destin de Lila illustre le drame de l’esclavage moderne en France et l’indifférence devant des victimes trop souvent ignorées de tous.
Un témoignage poignant de vérité.

J'ajoute à ce texte de l'éditeur une information donnée hier par l'AFP, au sujet d'un rapport du Comité contre l'esclavage moderne (CCEM). Les personnes exploitées en France sont à 96% des femmes dont le plus grand nombre sont réduites en esclavage dans le domaine de la domesticité. En moyenne, elles sont recrutées à l'âge de 14 ans (mais dès 9 ans parfois) et sont exploitées pendant six ans, pour moitié par des membres de leur famille. Leur pays d'origine est, pour 3% d'entre elles, Madagascar.
Je rappelle que ceci concerne la France et non le Liban...

14 juillet 2009

En librairie : le tsapiky et les gens de pouvoir

Rassurez-vous, il s'agit de deux livres différents - à moins que le tsapiky mène au pouvoir...?

Didier Galibert publie Les gens de pouvoir à Madagascar. État postcolonial, légitimités et territoire (1956-2002). Il s'agit de son sujet de thèse (le texte a peut-être été retravaillé, l'éditeur donne peu d'indications), dont voici les grandes lignes.
La thèse étudie le champ de pouvoir de l’État postcolonial à Madagascar, depuis la formation d’une arène politique démocratisée à partir de la loi-cadre de 1956 jusqu’à la crise majeure de l’année 2002. L’ensemble de l’étude est construit en fonction de deux hypothèses. En premier lieu, le caractère massif de la pauvreté et la multiplicité des écarts par rapport à la norme occidentale de la domination légale-rationnelle, telle qu’elle a été définie à la suite des travaux de Max Weber, ne dénote aucun effacement de l’État, mais plutôt la mise en œuvre d’un dispositif de centralisation des échanges clientélistes doté de sa cohérence propre. En second lieu, la surimposition d’un État postcolonial directement inspiré de la modernité politique européenne constitue une violence symbolique exercée sur la société malgache, compte tenu de son caractère contradictoire avec les fondements du politique tels qu’ils se sont tissés dans la tradition précoloniale: fusion du politique et du religieux, rôle protecteur et fécondant des rois sacrés, hiérarchie de la société en ordres inégaux.
La première partie de la thèse étudie le processus de nationalisation du champ politique. Dans sa deuxième partie, la thèse se penche sur les difficultés de la refondation postcoloniale du territoire, dans le rapport aux héros fondateurs et aux lieux de mémoire, la définition d’un maillage administratif sans rapport avec les cultes traditionnels, l’affirmation concomitante de modalités nouvelles de politisation des identités. La troisième partie, quant à elle, évoque la crise d’autorité déclenchée par l’intrusion du modèle de la modernité politique occidentale dans une société largement déterminée par les variantes précoloniales de la monarchie sacrée.
Avec du rythme et un CD, voici Le tsapiky, une jeune musique de Madagascar. Ancêtres, cassettes et bals-poussière, par Julien Mallet.
Ouvrage comportant un cahier photos de 16 pages et accompagné d'un CD-rom contenant de nombreuses photographies, des films, extraits musicaux et animations multimédia.
Tout voyageur s'étant rendu à Madagascar ne peut manquer d'être saisi par l'importance que tient la musique dans la vie quotidienne de l'île. Musique moderne, accompagnée de danses, de chants aux messages multiples, le tsapiky est emblématique de la région de Tuléar (au sud-ouest de Madagascar).
En analysant l'encrage et les rouages d'un "système tsapiky", l'ouvrage met en évidence un type inédit de rapport entre la cille et la campagne, entre les aînés et les cadets, entre l'espace cérémoniel et celui d'un marché naissant dans une ville en pleine ruralisation. Au cœur d'influences multiples, le tsapiky a une histoire, celle de la rencontre dans les années soixante-dix entre des musiques africaines modernes et des musiques villageoises locales. En s'appuyant sur des analyses musicologiques, l'auteur s'attache à saisir les processus de métissage à l'œuvre dans le phénomène musical tsapiky; à repérer les mécanismes de constitution d'un genre considéré comme processus de création et non comme imitation des musiques étrangères ou reproduction d'une tradition.
Tout en étant centré sur Madagascar, ce livre recoupe des questions fondamentales qui traversent les sociétés contemporaines. Les enjeux noués autour de la mondialisation, tout comme le rôle de la musique dans la construction de processus identitaires ou l'affirmation de nouveaux liens sociaux, traversent les espaces.


20 juin 2009

En librairie : trois nouveautés

Le lien de la première de ces nouvelles publications avec Madagascar est, je le reconnais volontiers, un peu tirée par les cheveux. Mais, comme c'est mon blog et que j'y fais ce que je veux, pourquoi pas? Regardez le début de cette bande dessinée - et lisez si c'est possible sur l'écran.



Cet avion vient donc de Madagascar. Apparemment, il n'y retournera pas. Mais c'est sur notre île que se déroulait le premier tome de Commando colonial: Opération Ironclad, par Appollo et Brüno.
Et voici la suite, Le Loup gris de la Désolation. Dont je signale l'existence surtout pour les lecteurs du début. Nous sommes toujours pendant la Seconde guerre mondiale et les Américains sont entrés dans le conflit.
Alors que la guerre fait rage dans les îles, les deux membres du commando colonial Robillard et Rivière doivent rejoindre leur base avec des documents confidentiels. L'avion qui les transporte se fait descendre en plein milieu de l'océan Indien. Capturés par un sous-marin allemand, ils vont alors vivre une incroyable aventure qui les conduira jusqu'aux Kerguelen. Appollo et Brüno réinventent à travers Commando colonial les histoires de guerre et créent un grand classique d'aujourd'hui.

Les deux autres livres sont plus sérieux.

Frédéric Sandron publie Population rurale et enjeux fonciers à Madagascar.
Un fait marquant de ce début de XXIe siècle est la prise de conscience générale quant aux menaces écologiques et environnementales qui pèsent sur notre planète. Un intérêt croissant se manifeste ainsi pour promouvoir la durabilité des systèmes d'exploitations agricoles et des ressources naturelles. Dans ce contexte, les modes d'appropriation et de gestion de la terre, mais aussi des forêts, deviennent des enjeux économiques, écologiques et sociaux majeurs. La question foncière se trouve ainsi et plus que jamais au centre de l'actualité, en particulier dans les milieux ruraux des pays du Sud.
A Madagascar, la faiblesse de l'intensification de l'agriculture confrontée à une forte croissance démographique rend la question foncière d'autant plus prégnante que les principales régions agricoles connaissent une saturation de leurs ressources en terre. Face à la rareté, la demande de sécurisation foncière de la part des populations rurales devient donc de plus en plus impérieuse et c'est dans ce sens qu'une ambitieuse réforme foncière a été impulsée par les pouvoirs publics en 2005. S'il est trop tôt pour en dresser un bilan, il nous a semblé en revanche que c'était là l'occasion de proposer un état des connaissances de la question foncière à la lueur de l'examen des résultats d'expériences passées et d'une réflexion sur les évolutions en cours. Dans une démarche pluridisciplinaire, en complément dfes aspects juridiques et historiques, cet ouvrage propose donc une analyse des enjeux fonciers dans le milieu rural malgache.

Quant à Didier Nativel et Faranirina V. Rajaonah, ils publient Madagascar revisitée. En voyage avec Françoise Raison-Jourde.
Ce recueil consacré à Françoise Raison-Jourde est essentiellement
consacré à Madagascar, son terrain de recherche. Sur une période
courant du XVIIe au XXIe siècle, l'ouvrage propose un voyage à travers
la Grande Ile, ainsi qu'entre Madagascar et an-dafy ("l'au-delà
des mers"). La connaissance de la Grande Ile s'enrichit ici de
l'exploitation de documents, parfois inutilisés, conservés dans
différents pays, et elle bénéficie du retour de certains chercheurs sur
leur terrain. Cet ouvrage offre aussi des perspectives sur des
chantiers récemment ouverts ou encore peu travaillés.

29 avril 2009

Une librairie rouvre...

Tous ceux qui aiment les livres étaient orphelins depuis janvier. Certes, il s'était passé bien d'autres choses terribles le 26 et le 27, mais ces lecteurs avaient été particulièrement touchés par la disparition de la librairie Lecture & Loisirs dans la destruction de la galerie Zoom à Ankorondrano. J'y avais fait une rapide allusion dans un autre blog, Les poches sous les yeux.
Certes, il existe d'autres librairies à Tana. Mais celle-ci avait une âme peu banale. J'avais entendu dire que Sylvie n'avait pourtant pas renoncé. La connaissant un peu, je n'étais pas surpris: elle n'est pas du genre à se laisser abattre par les circonstances, si dramatiques soient-elles.
Elle a donc lutté... et gagné: Lecture & Loisirs accueille à nouveau les amateurs de livres, maintenant dans l'enceinte du Tana Water Front à Ambodivona.
Longue vie à la libraire, à sa librairie et aux livres!

18 janvier 2009

En librairie : un guide, un roman, un essai

La saison touristique se prépare, les guides publient leurs mises à jour - je suppose que d'autres suivront dans les semaines qui viennent. Le millésime 2009 de l'incontournable (comme on dit) Guide du Routard Madagascar vient donc d'arriver en librairie. Je ne sais trop ce qui y a été modifié, il faudrait se livrer à une comparaison approfondie avec la version précédente. La présentation du livre, sur le site marchand auquel renvoie le Guide du routard, est en tout cas assez classique:
Madagascar est une île à part ! La cinquième plus grande île du monde, l'île-continent, l'île Rouge... toutes ces images cachent en fait le sanctuaire d'une nature unique au monde, une mosaïque de peuples issus de migrations proches et lointaines.
À « Mada », la variété des paysages, des hommes et de leurs origines donnent le ton. À l'intérieur du pays, les fleuves charrient la latérite rouge comme de gigantesques veines, tandis que les collines et les maisons traditionnelles de pisé font tout le charme rafraîchissant des Hautes Terres. Sur la côte est, la pluie, les vents et le souvenir lointain des pirates européens confèrent à cette verte nature une histoire à la Joseph Conrad. Plus au sud, sous un soleil de plomb, les hommes et leurs zébus peinent à subsister dans des paysages qui virent au bush épineux semi-désertique. Dans l'Ouest lointain, Majunga affiche clairement son influence musulmane, tandis que la savane piquetée de baobabs rappelle l'Afrique. Et puis, à la pointe nord, Diégo-Suarez conserve les traces du dernier avant-poste de la colonisation française.

Maryvette Balcou publie de son côté un premier roman au titre curieux: Le raccommodeur de poussières (Editions La Cheminante). Voici ce qu'en dit Sylvie Darreau, de la maison d'édition, pour donner envie de le lire:
A travers tous les médias, notre société occidentale expose la mort sous toutes ses coutures, comme un épouvantail, pour inciter la volée de moineaux que nous sommes devenus à picorer de plus en plus au jardin d’Eden de la Consommation. Dans son roman, Maryvette Balcou ose faire parler la mort pour rendre à la vie sa vibration originelle, avec son florilège de sensations, sentiments et significations les plus authentiques. D’une île à l’autre, l’énigmatique raccommodeur de poussières entreprend un voyage de reconquête d’un sens à donner à sa vie.
De sa Sicile natale où la mort lui parle de son passé, au présent de sa villégiature à Madagascar, Azzo remet sa vie en jeu en pénétrant au cœur d’événements naturels et sentiments humains les plus forts. Arrivée abrupte dans la capitale, traversée des paysages magnifiques, découverte de la pauvreté et de la détresse ambiantes, rencontre avec des hommes et des femmes simples, confrontation avec la maladie, adoption, cyclone, histoires d’amour sont autant d’étapes à franchir avant de revenir à l’essentiel : faire le deuil du passé pour pouvoir de nouveau tisser l’avenir.
Le style naturel et extrêmement riche de l’écriture, ainsi que le choix des mots les plus justes, décrivent les lieux, les atmosphères, les relations humaines que tous les amoureux de la Grande Ile reconnaîtront et que les néophytes désireront découvrir.
L’écho entre la Sicile et Madagascar se change en un dialogue de la mort avec la vie qui donne tout son sens à cette dernière, avec pour finir un retour aux traditions ancestrales des hommes qui permet un deuil salvateur, contre tous les écueils de la mélancolie. Dialogue entre deux îles, si proches et en même temps si éloignées, où il est aussi question de l’appartenance à une terre et à sa langue…
Un roman initiatique qui laisse une marque indélébile dans la mémoire du cœur et de l’âme.

Pour en terminer aujourd'hui, je signale aussi la publication, aux Editions Karthala, d'un ouvrage dirigé par Giulio Cipollone, Christianisme et droits de l'homme à Madagascar.
L'affirmation des droits de l'homme est souvent perçue dans les sociétés traditionnelles comme une victoire de la modernité sur l'oppression du groupe. Mais il est rare qu'on en recherche l'origine dans l'impact provoqué par le christianisme. C'est à quoi pourtant se consacre cet ouvrage. Partant de l'histoire particulière de la région Alaotra-Mangoro, les auteurs étendent leurs investigations à l'ensemble de Madagascar, en montrant comment la religion chrétienne a modifié la compréhension et la pratique des droits humains, jusqu'à devenir un élément constitutif de l'identité nationale.
Les différentes contributions ont été rédigées par des catholiques et de protestants, des laïcs et des clercs, tous malgaches.
Elaboré dans le contexte de la célébration du premier baptême, le 21 juin 1907, sur le territoire du futur diocèse d'Ambatondrazaka, ce livre voudrait être le pionnier d'une plus large exploration du thème Christianisme et droits de l'homme - que ce soit à Madagascar, en Afrique ou ailleurs.
L'enjeu, qui touche au dialogue des cultures, est décisif en ces temps de mondialisation triomphante. Parce que l'universalité abstraite des droits de l'homme est remise en cause au nom de l'irréductible singularité de chaque peuple. Et parce que le christianisme est suspecté de ne s'intéresser qu'au spirituel, au détriment de l'homme concret, inséré dans sa société particulière. A ce double défi, ce livre apporte quelques éléments de réponse.