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20 mars 2011

Paris Match et ses approximations


J'avais lu, en différents endroits, que Paris Match venait de consacrer un reportage à l'exploitation du bois de rose malgache. J'étais, évidemment, curieux de voir ça. Sans être le National Geographic, l'hebdomadaire français cultive le goût de l'image. Les six pages d'illustrations réalisées par Pascal Maître sont à la hauteur de l'attente.
Malheureusement, elles sont suivies d'un article de deux pages signé par Pierre Delannoy où, à côté du choc des photos, le poids des mots semble avoir été apprécié avec une certaine légèreté, voire une légèreté certaine. Il n'y a plus de correcteurs à la rédaction de Paris Match?
Comment expliquer qu'on laisse paraître un texte dans lequel la "densité extraordinaire" du bois de rose est estimée "jusqu'à 1,4 kilo par mètre cube"? Je suppose que le journaliste voulait dire 1,4 tonne par mètre cube. Ce qui n'est, bien sûr, pas tout à fait la même chose.
Un peu plus loin, il fait, avec patience mais sans rigueur, la répartition des sommes générées par la vente en Chine d'un meuble fabriqué en bois de rose. Coût à l'achat: 20.000 euros, sur lesquels 19.200 reviennent à la chaîne chinoise (importation, transformation, distribution). Restent, le calcul n'est pas trop compliqué, 800 euros pour la partie malgache. Dont - accrochez-vous - "666 constituent le bénéfice de l'exportateur, 131 vont dans les caisses de l'État, 55 aux coupeurs et aux équipes qui ont sorti le bois de la forêt, 6 aux camionneurs, 2 aux dockers du port."
Ce qui fait, là ça se complique, 666 + 131 + 55 + 6 + 2 = (calculette à la main) 860 euros et non 800.
Ce n'est pas très grave, en soi. Sinon que, outre l'inquiétude légitime suscitée chez les lecteurs fidèles de Paris Match (comment, non seulement ils n'ont pas de correcteurs, mais ils n'ont même pas de calculette?), des erreurs aussi grossières font naître une sorte d'incrédulité par rapport à tout ce qui est dit dans ces pages.
Le sujet ne méritait vraiment pas un traitement aussi approximatif...

8 juillet 2008

Qu'est-ce qu'on bois ?

Non, non, je n'ai pas fait de faute d'orthographe dans le titre de cette note. Même si j'ai pris quelques libertés avec la norme...
C'est que, pour une fois, je voudrais vous parler des arbres - si, si, il en reste à Madagascar, et même de certaines essences précieuses, très recherchées dans le monde, qui s'exportent encore parfois illégalement. Un "pays d'accueil" est souvent montré du doigt pour pratiquer ce pillage, certes souvent grâce à des intermédiaires sur l'honnêteté desquels il vaut mieux ne pas se poser trop de questions.
Ce pays, c'est la Chine, qui accueille les Jeux olympiques dans un mois. Libération lui consacre une bonne partie de son numéro d'aujourd'hui. Voici la couverture. (Attention, demain, ce ne sera plus celle-là, forcément.) Mais, comme vous êtes sages, je vous la place ici:

On trouve, dans le numéro chinois de Libé, un article intitulé L'atelier mondial du bois illégal. Une belle description sous la plume (comme on dit encore bien que, vous en avez vu souvent, vous, des journalistes écrire encore à la plume?) d'Abel Ségrétin qui est allé à Zhangjiagang où sont débarqués ces bois.
Il commence ainsi:
Sur les quais, au milieu des grues et des cohortes de coolies du XXIe siècle, des dizaines de milliers de troncs d’arbres de toutes les tailles et de toutes les teintes, fraîchement débarqués par bateau, sont empilés en rangées formant des allées, comme une ville dont les immeubles seraient du bois mort. Sinistre image d’immenses forêts couchées à perte de vue, en amas de dix à vingt mètres de haut, coupés à la taille des conteneurs.
Un peu plus loin, il fournit quelques informations sur l'origine de ce bois:
Aux alentours, des milliers d’ateliers et de petites usines débitent sept jours sur sept, vingt-quatre heures par jour, les arrivages permanents de ces gros troncs d’arbres venant du monde tropical et boréal. Sibérie, Indonésie, Brésil, Chili, Gabon, Cameroun, Congo, Mozambique, Birmanie, Cambodge, chaque nouvelle cargaison est empilée selon sa valeur et son origine. Selon l’association Global Timber, plus de la moitié des importations chinoises de bois brut seraient illégales ou intraçables, provenant de forêts officiellement protégées.
Ben non... pas d'arrivage de Madagascar, en tout cas ce jour-là. Je ne suis pas certain que cela soit suffisant pour se consoler... En tout cas, le pillage est global, comme la mondialisation.