3 janvier 2013

Il y a 100 ans : Un cyclone à Diégo-Suarez


Nous recevons du vénérable vicaire apostolique de Madagascar nord et nous nous empressons de publier la lettre suivante qui nous apporte de navrants détails sur les désastres accumulés par un cyclone. Daigne la charité de nos lecteurs venir promptement en aide à cette mission si éprouvée.
Lettre de Mgr Corbet, de la Congrégation du Saint-Esprit, vicaire apostolique de Madagascar nord.
Un épouvantable cyclone s’est abattu sur Diégo-Suarez, le 24 novembre dernier.
Impossible de se faire une idée des mortelles angoisses par lesquelles nous avons passé pendant cette journée et la nuit suivante… Notre maison d’habitation, construite en pierres pourtant, semblait remuer comme un navire ! Une partie de la toiture fut découverte et tout fut inondé dans l’intérieur ; il ne restait plus qu’une chambre isolée un peu habitable. À la cathédrale, la grande porte qui donne à l’ouest et qui faisait face à l’ouragan, fut enfoncée, et l’eau entra par torrents, avant qu’on pût, au prix d’efforts inouïs, tout barricader.
La cathédrale et notre maison de Communauté ont donc beaucoup souffert ; mais elles sont restées debout. Malheureusement, les autres constructions de la mission sont presque toutes détruites. Celles qui ne sont pas renversées : l’école, l’orphelinat, la menuiserie, la cuisine, le magasin, la salle de bain et la case des domestiques sont terriblement ébranlés.
Chez les Sœurs, les dégâts sont affreux. La toiture du dortoir et de l’école ont été complètement enlevées et ces deux maisons sont devenues des lacs.
Le même désastre s’est étendu à toute la ville ! Les casernes sont en partie renversées, le bureau de l’État-major, les magasins de l’Intendance sont fortement endommagés et ont des dégâts énormes. Trois torpilleurs ont été coulés. La Résidence de l’Administrateur en chef, le Tribunal, les hôtels, parmi lesquels un hôtel neuf qui a coûté 2 millions, les magasins du Commerce, tout est ébranlé, et partout ce sont des pertes irréparables. Mais les plus malheureux, sans contredit, ce sont les pauvres si nombreux dans la ville ; presque toutes leurs cases sont détruites. À la première enquête, on a évalué à 6 000 le nombre des créoles et des Malgaches sans abri, et, dès maintenant, on estime à 12 millions environ les dégâts et les pertes. Voilà pour la ville.
La campagne et toute la province de Diégo-Suarez n’ont pas été mieux traitées. Nous y avons six postes : Aramakia, Mahagaga, Sakarami, Arkorika, Cap Diégo et la montagne d’Ambre. Les chapelles établies dans les quatre premiers ont été renversées, les deux autres sont fortement endommagées.
Avec mes maigres ressources je suis incapable absolument de parer aux nécessités les plus urgentes. Dans ma longue existence, je n’ai jamais rencontré pareille épreuve ! La Colonie promet bien de venir en aide aux nécessiteux ; mais ces secours seront certainement très insuffisants pour nos misères actuelles.
Les Missions catholiques

L'ouvrage est disponible en version papier (123 pages, 10 € + frais de port) ou en version epub (4,99 €).

2 janvier 2013

Il y a 100 ans : Les précautions inutiles


M. Albert Picquié a véritablement le sens de l’opportunité.
Au lendemain du jour où l’unanimité de la Chambre s’est faite pour blâmer ses procédés policiers, son arbitraire administratif, regretter son incapacité et réclamer au ministre des Colonies les sanctions nécessaires, M. Albert Picquié câble en France pour annoncer qu’il restera un an de plus qu’il n’a droit à Tananarive – pour pouvoir opérer sans doute un nouveau versement annuel de 80 000 francs à son crédit aux guichets du Comptoir d’Escompte.
M. Albert Lebrun n’hésitera pas – nous connaissons trop la fermeté de son caractère pour en douter – à rappeler M. Albert Picquié en France, jouir d’un repos mal gagné. M. le ministre des Colonies n’attendra pas que la discussion du budget des Colonies au Sénat suscite des attaques plus vives encore qu’à la Chambre, au cours desquelles il serait impossible à M. Albert Lebrun de défendre ou même d’excuser le gouverneur général actuel de Madagascar.
Les Annales coloniales

L'ouvrage est disponible en version papier (123 pages, 10 € + frais de port) ou en version epub (4,99 €).


1 janvier 2013

Madagascar il y a 100 ans - Janvier 1913


Un nouveau titre de la Bibliothèque malgache pour saluer l'année... 1913!
Lire la presse d'il y a un siècle comme si elle était d'aujourd'hui. Plonger dans un passé moins lointain qu'il y semble et retrouver des informations encore valables aujourd'hui, les mêmes clichés, hélas! toujours en circulation. Qu'ils soient publiés à Madagascar ou en Métropole, les journaux de 1913 entonnent tous la même chanson: la colonisation est un moment de civilisation qui comptera dans l'Histoire de la France et de la Grande Île. Il a compté, en effet, ce moment, difficile de le nier. C'est pour retrouver le discours colonial à l'état brut, tel qu'il circulait comme une évidence, que cette nouvelle collection propose une large collecte d'informations. Ces archives ne disent pas toute la vérité. Mais elles disent la vérité qui avait cours à l'époque. Et cette vérité-là, distillée au jour le jour, a beaucoup à nous apprendre.
L'ouvrage est disponible en version papier (123 pages, 10 € + frais de port) ou en version epub (4,99 €).

Ambitions et limites d'une compilation

La passion des vieux papiers est de celles qui ne vous lâchent plus une fois qu’on y a cédé. Après avoir raconté pendant un an, à raison d’un article par mois dans No comment, les petits et grands événements de Madagascar en 1912, nous avons voulu poursuivre le voyage dans le temps, débarrassé des contraintes de mise en page dans lesquelles s’inscrivait la série Madagascar il y a 100 ans.
Janvier 1912 tenait en deux pages de magazine, comme d’ailleurs les onze chroniques qui ont suivi. Janvier 1913 s’étale sur plus de cent pages d’un livre à la typographie serrée. Les sources sont les mêmes : la presse de l’époque, ou plus exactement la partie de cette presse accessible dans les bibliothèques virtuelles et essentiellement Gallica, site de la Bibliothèque nationale de France.
Forcément : en 1913, comme l’année précédente et pour un bon bout de temps encore, Madagascar est une colonie française. Les journaux et revues de la Métropole s’intéressent donc de près à la Grande Île, en particulier ceux qui se sont spécialisés dans l’actualité coloniale. Des journaux sont aussi réalisés à Madagascar. Ils reflètent surtout le point de vue des colons sans pour autant épouser toujours le point de vue de l’administration coloniale. Celle-ci est même critiquée vertement, voire moquée en la personne du gouverneur général, Albert Picquié – on le retrouvera fréquemment nommé, dans les pages qui suivent, « Micromégas ».
La voix des Malgaches est la grande absente de cette compilation. À peine si, de temps à autre, on en perçoit l’écho. Encore est-ce souvent pour l’étouffer sous des commentaires peu amènes. L’affaire Lousier, qui s’est produite en décembre 1912 à Vatomandry mais que la presse rapporte en janvier, est de ce point de vue exemplaire. Un colon, accusé du meurtre de l’amant (malgache) de sa ramatoa, est jeté en prison avant d’être blanchi (!) quand le présumé cadavre reparaît, bien en vie. Comment a-t-on pu choisir d’entendre une accusation malgache plutôt que des protestations d’innocence françaises ? se demande un commentateur de l’affaire.
Tout, ou presque, est de la même eau. Le vazaha a pris le pouvoir et entend bien le garder. Les articles et articulets les plus vifs contre l’administration Picquié ont pour principal but de renforcer un pouvoir français que le gouverneur général, aux yeux de ceux qui l’attaquent, représente avec une maladresse qui finira bien par nuire aux colons. En s’en prenant à Picquié, les colons ne font que défendre leur position sur un territoire dont ils se sentent les légitimes propriétaires.
Ce sont les limites du chantier ouvert aujourd’hui avec ce volume d’articles parus en janvier 1913.
Elles n’interdisent pas une ambition qui prolonge et approfondit le travail mené depuis plusieurs années par la Bibliothèque malgache : remettre à la disposition des lecteurs, qu’ils soient spécialistes ou curieux, malgaches ou français (ou de n’importe quelle autre origine), des textes éparpillés en divers endroits et auxquels leur rassemblement offre un accès plus aisé.
Ce sera plus que jamais le cas dans cette collection, « Madagascar il y a cent ans », où sont compilées des publications jamais regroupées sous cette forme. Pour janvier 1913, nous reprenons intégralement des articles parus dans (par ordre d’entrée en scène) :
  • Les Annales coloniales
  • Les Missions catholiques
  • Le Journal Officiel de la République française
  • Le Tamatave
  • Le Journal des débats politiques et littéraires
  • Le Progrès de Madagascar
  • La Quinzaine coloniale
  • Le Temps
  • Le Bulletin de l’Académie malgache
  • Le Gaulois
La liste n’est pas limitative et d’autres sources seront utilisées, selon leur disponibilité et leur intérêt, dans les mois qui viennent. Ajoutons que les journaux de l’époque n’éprouvaient aucun scrupule à reprendre, chez des confrères et néanmoins concurrents, des textes qu’ils croyaient devoir intéresser leurs lecteurs. Tant mieux pour nous : le terrain défriché s’en trouve élargi.
Nous n’avons cependant pas cru utile de reprendre tous les articles parus dans le courant du mois. Il nous suffit de penser que l’essentiel est ici et qu’il représente un pourcentage élevé du résultat de nos recherches.
Une remarque, pour finir : les variations d’orthographe ont été généralement respectées, sauf quand elles offensaient l’œil avec violence.
Pierre Maury.

17 août 2012

Madagascar dans la rentrée littéraire

En fouinant dans la masse des romans de la rentrée, il faut bien qu’on tombe sur quelques mentions de Madagascar, même si aucun livre, apparemment, n’est centré sur la Grande Île. Apparemment, car nous n’avons survolé qu’un quart des ouvrages annoncés, et quelque chose a pu nous échapper.
Mais pas Peste & Choléra (Seuil), où Patrick Deville raconte la vie d’Alexandre Yersin, découvreur du bacille de la peste en 1894 à Hong Kong, alors qu’il était attaché à l’Institut Pasteur et qui, ensuite, passe un peu de temps à Madagascar. On lui a demandé de « partir aussitôt que possible pour Diego-Suarez étudier le microbe des fièvres bilieuses ». Il y a quelques jours, Patrick Deville évoquait pour nous, par téléphone, ce bref épisode (un peu plus d’une page) qu’il juge révélateur du bonhomme : « En fait, c’est un moment assez intéressant dans sa vie. Yersin, c’est l’exemple même du type qui très vite en a marre. Après Hong Kong, on a l’impression qu’il fait ça pour faire plaisir aux pasteuriens et qu’ils arrêtent de l’emmerder. Alors que c’est immense : il est le premier homme à faire l’étiologie de la peste, qui n’est pas rien. Et, donc, à ce moment-là, il ne rentre même pas en Europe, il envoie des bacilles dans des fioles et il écrit même à Roux et à Calmette, c’est dans le livre : je pense que vous arriverez bien à vous démerder avec ça. Il n’a pas du tout envie de continuer et on l’envoie en mission à Madagascar où il va en traînant les pieds. Il prétend que ça n’a pas d’intérêt, qu’il n’y a rien, que ce n’est certainement pas de la fièvre bilieuse, etc. En fait, il détourne complètement sa mission scientifique et bactériologique et il s’intéresse beaucoup plus, à Madagascar, à l’agriculture et à l’arboriculture. Il prépare sa prochaine carrière… »
Madagascar, c’est une flore exceptionnelle. La vanille chez Franck Andriat (Bart chez les Flamands, Grand miroir) : « mirabelles flambées au rhum et vanille de Madagascar ». La vanille aussi, malgré le titre, chez Olivier Bouillère (Le poivre, P.O.L.), où se développent des projets de vanille soluble : « Elle est heureuse pour Grégory s’il aime son succès, s’il peut continuer à passer du temps à Madagascar qu’il a toujours adoré et ça semble être le cas, avec une femme qui soit pour lui. »
Un autre produit de l’agriculture est à l’honneur pour Régis de Sa Moreira (La vie, Au diable vauvert), mais sur un marché où la narratrice achète des haricots, des concombres, des figues et des petits fruits succulents : « Ça s’appelle des lychees. Je n’en ai pas remangé depuis mon séjour à Madagascar. »
Et les vertus des plantes médicinales ont leur réputation dans La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment, de Francis Dannemark (Laffont), où Muriel, endocrinologue, n’est pas de bonne humeur : « Je ne sais pas ce qui m’a énervée le plus aujourd’hui, dit-elle, les patients qui ne viennent pas sans prévenir, ceux qui viennent mais pour me demander si on peut se procurer ici un mélange de plantes malgaches et magiques qui fait perdre dix kilos en une semaine ».
Quelques personnages de Malgaches passent par là. Pendant la Seconde guerre mondiale : les bataillons de soldats français venus d’Afrique, en première ligne, sont décimés. Morts, blessés et prisonniers : « Les nègres, les Malgaches et les Indochinois y sont les plus nombreux. » (Tierno Monénembo, Le terroriste noir, Seuil.)
Ou à travers la gentillesse d’une femme qui « laissait passer les bouteilles » dans Escalier F, de Jeanne Cordelier (Phébus) : « Derrière la vitre une négresse, comme dit Andrée, tout habillée de blanc, nous a ouvert. On se connaissait toutes les deux, elle était de Madagascar ».
Il est question de relation conjugale chez Lorenzo Cecchi (Nature morte aux papillons, Castor astral). Il attribue à Dresler, personnage secondaire, une « “vie sentimentale difficile” qu’il mène avec sa jeune Malgache, récemment épousée via une agence matrimoniale spécialisée en compagnes fidèles, aimantes et dans la misère noire ; qui, naturellement, est folle de lui… »
Et d’enseignants chez Maryse Condé, dans La vie sans fards (Lattès), où son parcours personnel d’enseignante expatriée la fait participer à une réunion de professeurs organisée au collège de Bellevue, en Guinée : « C’était tous des “expatriés”. On comptait un fort contingent de Français communistes, des réfugiés politiques de l’Afrique subsaharienne ou du Maghreb et deux Malgaches. » Maryse Condé évoque aussi, brièvement un épisode de l’Histoire du Maroc, « l’exil du sultan en Corse, puis à Madagascar ».
Dans Avancer (Gallimard), Marie Pourchet fait bouger la géographie sur une carte de « l’empire colonial » revue et corrigée par un personnage appelé le Petit : « La Corse dépend toujours, il ne faut pas exagérer, mais de beaucoup plus loin, en devenant Madagascar. Certes le trait est imprécis, les distances bizarrement transposées, il y a moins d’angles, et la France en Afrique a des proportions napoléoniennes. »
On trouve un peu de politique encore chez Charly Delwart (City Park, Seuil) qui raconte, sous un autre nom (le Kamcha du Nord), la Corée du Nord depuis que le petit pays au régime autoritaire s’est détaché de son voisin du Sud. A la capitale duquel, Séoul, les Jeux olympiques ont été attribués en 1988, provoquant évidemment le boycott du Nord et de quelques alliés : « boycotter les jeux Olympiques de Sagisan […] n’a eu aucun effet même si par solidarité, Cuba, l’Éthiopie et le Nicaragua n’ont pas fait le voyage. D’autres délégations non plus, Madagascar, l’Albanie, les Seychelles, mais pour des raisons qui restent obscures ».

(Article paru aujourd'hui dans Les Nouvelles.)

9 août 2012

Une minute de narcissisme

Si vous m'y autorisez (on non, d'ailleurs - après tout, ici, c'est chez moi!), je vais me poser ce matin quelques questions existentielles. Qui suis-je, d'où viens-je, où courge, dans quelle étagère? Le Soir répond aimablement à la dernière de ces interrogations: l'étagère est derrière moi et l'article, dessous, en dit un peu plus sur le reste. Il est paru aujourd'hui dans une série de cinquante portraits de Belges d'ailleurs.
Pourquoi pas?

6 août 2012

Pourquoi il ne faut pas acheter ce livre (les raisons d'une colère)

Comme je risque de me déchaîner dans cette note de blog, elle mérite une remarque préliminaire, dans laquelle il n'est pas interdit de voir une précaution - il aurait pu y être question de la paille et de la poutre, vous le comprendrez aisément avec un minimum de culture biblique.
Je n'ai jamais prétendu que la Bibliothèque malgache atteignait la perfection en matière d'édition. Il existe probablement des défauts dans les ouvrages que j'y ai publiés, y compris parmi les rééditions gratuites de la Bibliothèque électronique. En revanche, j'y ai toujours apporté le plus grand soin, et je n'ai jamais compté les heures nécessaires à atteindre un résultat capable de me satisfaire - et je suis assez sévère envers mes travaux. Ce qui me permet d'être aussi sévère, quand il me semble devoir l'être, envers les travaux des autres. Car, oui, sévère, je vais l'être dans un instant.

Où veux-je en venir?
J'y viens.

Très récemment, Gallica a mis en ligne une version numérisée du roman de Charles Renel paru en 1924, La fille de l'Île rouge. La copie est malheureusement assez médiocre, des pages s'y trouvent deux fois et deux pages manquent. Sur les pages absentes, je pourrais maintenant utiliser l'imparfait car, après que j'ai signalé ce défaut aux services de Gallica, je vois maintenant les pages que je n'avais pas trouvées la première fois.
La Bibliothèque malgache a réédité déjà plusieurs ouvrages de Charles Renel. La race inconnue avait même ouvert le catalogue. Je m'étais occupé ensuite de La coutume des ancêtres et du "Décivilisé".  Il me semble intéressant de poursuivre, et j'ai donc mis en route le travail sur La fille de l'Île rouge.


Par hasard, ce roman a aussi été réédité par Dominique Ranaivoson il y a quelques mois, dans la collection "Long-courriers" des Publications de l'Université de Saint-Étienne, gage de sérieux, me dis-je (un peu naïvement) avant de me décider à acquérir l'ouvrage pour multiplier mes sources - et bien que je travaille toujours sur les éditions originales (des copies numérisées d'éditions originales, le plus souvent). Mais il est toujours intéressant d'avoir sous la main un ouvrage de référence, doté d'une postface replaçant le texte dans le contexte de son époque. (L'absence de tout appareil critique est un des gros défauts de la Bibliothèque malgache, dont je suis conscient mais que je n'ai pas les moyens de pallier.)

J'ai donc commencé par lire cette postface, utile et éclairante en effet, mais qui m'a quand même fait sursauter une fois, quand j'ai lu dans une note de bas de page (car, oui, je lis les notes de bas de page) que Majunga (l'orthographe, curieusement, est celle qu'on utilisait à l'époque coloniale, alors qu'il est question de notre époque) est une "ville de la côte Nord-Est".
Un problème de boussole, peut-être? Bon, ce n'est pas très grave, me dis-je, le lecteur aura corrigé de lui-même. Quoique... Si le lecteur est capable de corriger, pourquoi lui fournir cette information (erronée)?

Ensuite, je me suis occupé de regarder le texte de plus près. Comme j'avais déjà à peu près terminé le travail sur les deux premiers chapitres, je suis passé au troisième, "Ancêtres et descendants".
En quelques heures, hier matin, je suis passé de l'interrogation à la surprise, de la surprise à la consternation, de la consternation à la colère.
Je m'explique, point par point, de la page 59 à la page 92 de la réédition (pages 68 à 114 de l'original, références entre parenthèses).

Page 61 (70) et suivantes, Dominique Ranaivoson (DR) fait le choix de corriger Charles Renel (CR). Chaque fois que CR écrit "par delà", DR transcrit "par-delà". Je n'en vois pas la nécessité, la graphie originale étant habituelle à l'époque. Si la modernisation était générale, je comprendrais (encore aurait-il fallu prévenir), mais ce n'est pas le cas.
Page 63 (73), un guillemet fermant a disparu. Mais dans un cas où, généralement, CR n'en met pas. Harmoniser les hésitations d'un écrivain fait partie du travail de réédition, et j'approuve ici ce choix.
En revanche, j'ignore pourquoi, d'autorité, trois lignes plus loin, DR a masculinisé "une loule" alors qu'il s'agissait bien de "un" dans l'édition originale. Et que, circonstance aggravante, dans la même page (74), quand il y en a plusieurs (des loules, donc), il est question de "ils".
Dans la même page encore (74), un tiret de dialogue a sauté. Il y en aura malheureusement d'autres, pages 72 (85), 75 (89), 76 (90), 80 (96). Et, CR n'étant pas toujours très rigoureux, il aurait parfois été nécessaire d'apporter des corrections à sa copie, ce qui n'a pas été fait, page 89 (108) par exemple.
Page 64 (75), DR transcrit "sa frêle personne ou terne individualité" sans le deuxième "sa", présent dans l'original.
Page 67 (79), le nom d'un village, Farantsahane, devient "Faratsahane" pour DR - elle suit, page 70 (82), l'erreur de CR "Faranstsahane", alors qu'il aurait mieux valu harmoniser. En revanche, DR corrige, trois lignes plus bas (retour à la page dont je parlais auparavant), "des tentacules toutes rouges" en "tout rouges". Excès de zèle...
Page 69 (81), les "zig-zags" de CR deviennent des "zigzags". Manque de respect de la graphie d'origine...
Page 72 (86) comme ailleurs - par exemple page 78 (93), DR conserve "ça et là", quand il aurait fallu corriger en "çà et là", ainsi que CR l'écrit d'ailleurs quelquefois. Puisque l'erreur n'est pas constante, le retour à la norme s'impose.
Page 73 (87), DR oublie une virgule, et celle-là, contrairement à d'autres, était bien à sa place. Puis des "générations disparues" chez CR deviennent pour DR des "générations apparues". Là, il ne s'agit plus seulement d'une banale coquille (ce que je pourrais accepter s'il y en avait moins) mais d'un changement de sens singulièrement grave.
Page 75 (90), un "qui" a disparu. Pour quelle raison? Mystère...
Page 76 (90), DR semble ignorer qu'on peut écrire "une couple", comme le fait CR, et corrige à tort en "un couple". Elle transforme aussi un "Il" en "il", je me demande pourquoi.
Page 77 (92), le "petit beurre" de CR devient "petit-beurre" et les "habitants" des "habitats".
Page 78 (93), le cléricalisme d'exportation "scandalise" Claude chez DR, tandis qu'il le "scandalisa" chez CR.
Page 79 (94), "ingénûment" devient "ingénument".
Pages 80 (96) et suivantes, DR transcrit en caractères romains les "Andrianes" que CR donne en italiques. Ce n'est pas indifférent. De la même manière que l'usage, ou non, que fait CR des capitales, notamment pour parler, avec minuscule, d'un "malgache", ce qui ne convient de toute évidence pas à DR qui corrige abusivement pages 81 (98) et 89 (107).

Jusque-là, j'en étais encore à la surprise, teintée il est vrai, à force d'annoter les marges de mon exemplaire "moderne" et "fiable", d'une irritation qui allait croissant.

Puis vint (je vous passe maintenant les détails, corrections abusives, mots absents, coquilles banales, etc.) la page 82 (99), au bas de laquelle il manque trois lignes!!!

Là, je suis consterné. Et presque tout de suite en colère. Page suivante (99) il manque une ligne puis, un peu plus bas (100), quatre lignes qui, en outre, font perdre tout son sens à un paragraphe dans lequel est racontée l'origine de cinq pierres levées, dont il ne reste que quatre (la deuxième a disparu) dans l'édition de DR.

Je passe, je passe, sur des pages dont les marges, dans mon exemplaire, ne sont pourtant pas restées vierges, pour en arriver à la dernière page du chapitre, page 92 (111) dans laquelle, entre la première phrase du dernier paragraphe et la suivante, IL MANQUE DEUX PAGES ET QUELQUES MOTS, l'ensemble ayant été en outre si maladroitement raccommodé que la couture est très visible.

J'en suis là, et je suis furieux d'avoir acheté ce livre mal foutu. Si je peux vous éviter ça, je serai heureux d'avoir rendu service...

12 mars 2012

Les Archives virtuelles de la musique malgache, une autre ressource numérique

August Schmidhofer et Claude Razanajao se sont ému, à juste titre, de l'absence des Archives virtuelles de la musique malgache dans les propos tenus le 25 février à l'IFM (Antananarivo) lors de la table ronde consacrée aux bibliothèques numériques. Ils m'ont envoyé le texte qui suit pour compléter l'information - et poser quelques questions. Je leur donne très volontiers la parole.



Grâce à l’Actualité culturelle malgache, les responsables des «Archives virtuelles de la musique malgache» ont appris la tenue de cette table ronde. Leur emploi du temps ne leur aurait pas permis d’y participer et ils le regrettent un peu. Ils déplorent surtout que l'existence des Archives elles-mêmes n'ait pas été évoquée, sauf plus ample informé, lors de cette importante rencontre. L'heure n'est pas de faire une communication a posteriori mais le bref résumé d'un historique déjà publié http://radama.free.fr/desseins_de_la_semaine/?p=7020.
Les AVMM ont été créées en Autriche. Elles existent depuis 1998. Leur objectif était de numériser toutes les archives conservées dans ce pays et de les rendre accessibles au public via un ordinateur. Cette première phase suit son cours. La collection numérique est conservée aux Archives sonores de l’Académie autrichienne des sciences à Vienne et à l'Université de Vienne. Un double a été déposé à la Bibliothèque nationale à Antananarivo. Cette opération a fait l’objet en 2002 d’une inauguration officielle. La manifestation, au cours de laquelle une plaque commémorative a été dévoilée dans le hall de la BNM, a été largement relayée par la presse http://www.avmm.org/presse.htm.
Deuxième phase: son objectif est de numériser les documents se trouvant pour l’essentiel à Madagascar et ailleurs dans le monde (radios, musées et collectionneurs privés). Sur le plan technique, les documents imprimés sont numérisés en mode image au format pdf. Pour les documents sonores, le logiciel Wavelab est utilisé et les données sont ensuite converties au format mp3. Le projet impliquait la collaboration de différents partenaires : les institutions autrichiennes et l’Unesco, sollicité pour le financement. La généreuse institution a été relayée par la Commission malgache pour l’Unesco qui, initialement, assurait la coordination des opérations à Madagascar. Il semble que l’argent attribué se soit ensuite évaporé, ainsi que l'équipement pour la numérisation à moins que la trace de ce dernier n'ait été retrouvée entretemps? C’est ce que les soussignés auraient aimé apprendre à l’occasion de la table ronde.
Petite consolation et magie du virtuel : une partie des AVMM est accessible sur le Web ; elles sont continuellement alimentées en ligne et pas seulement sur le plan signalétique. Elles sont consultées par des chercheurs du monde entier…
August Schmidhofer et Claude Razanajao

SCHMIDHOFER, August: "Ein Virtuelles Archiv der Musik Madagaskars." In /Um-Feld-Forschung/, ed. by Julia Ahamer & Gerda Lechleitner, 331-336. Wien: Verlag der Österreichischen Akademie der Wissenschaften, 2007. 
SCHMIDHOFER, August: "10 Jahre Virtuelles Archiv der Musik Madagaskars – Ein Erfahrungsbericht." In /Digitale Verfügbarkeit von audiovisuellen Archiven im Internet-Zeitalter/, ed. by Ch. Fennesz-Juhasz, G. Fröschl, R. Hubert, G. Lechleitner and S. Steinlechner, 45-49. Wien etc.: Lit, 2010.

9 mars 2012

Tout à coup, je vois rouge...

Rouge comme l'île rouge, rouge comme la couverture de six titres de livres électroniques pour Kindle que je trouve sur le site d'Amazon: le Voyage à Madagascar, du docteur Catat, Un empereur à Madagascar au XVIIIe siècle, de Prosper Cultru, le Voyage à Madagascar, d'Ida Pfeiffer, A la cour de Madagascar, de Marius Cazeneuve, Les Tanala de l'Ikongo, d'Ardant du Picq, et Au pays malgache, d’Émile Blavet.
Et, oui, je vois rouge. Parce que ces titres appartiennent tous, les liens en témoignent, à la Bibliothèque malgache électronique gratuite, je les y ai réédités en y passant beaucoup de temps, et pour la beauté du geste.
Certes, mes rééditions sont gratuites - je me répète, pardon, c'est parce que je suis un peu énervé. Par conséquent, n'importe qui peut en faire ce qu'il veut. Même s'en emparer pour les vendre. Mais faire du chiffre d'affaires avec des livres qui sont par ailleurs disponibles pour tous, franchement...
Je vais envoyer un mot à l'éditeur (enfin, ceux qui se disent éditeurs, et qui se sont probablement contentés de convertir d'un format vers un autre), sans grand espoir de provoquer une réaction de sa part. Pour le principe, quand même.
Je respire un grand coup, je me calme. Pour vérifier si les textes mis en vente chez Amazon sont bien ceux de la Bibliothèque malgache, une vérification s'imposerait. Il m'est impossible de la faire - les livres pour Kindle ne sont pas vendus à Madagascar, et de toute manière un faudrait que j'ai une carte bleue ou ce genre de chose, dont je ne dispose pas. Il suffirait d'acheter le livre de Catat (du coup, me voici obligé de donner le lien) pour voir si le texte trouve sa source dans l'édition en revue ou dans le volume qui a été publié après. Mon édition, d'après Le tour du monde, se base sur le texte de la revue Le tour du monde et il y manque, par rapport au volume, une préface. Si quelqu'un veut bien se dévouer, j'en serais reconnaissant...

24 février 2012

Madagascar et les bibliothèques numériques

Une table ronde se tient sur le sujet demain matin (10 heures) à l'Institut français de Madagascar (ex-CCAC). J'y participe au nom de la Bibliothèque malgache mais les intervenants seront assez nombreux pour fournir un vaste panorama de ce qu'on peut trouver, de préférence gratuitement, sur Internet à propos de Madagascar. Car il n'y a pas, heureusement, que la Bibliothèque malgache.
Voici donc, avec l'aimable autorisation de l'IFM, des éléments d'information tirés d'un document préparatoire à cette table ronde, où vous trouverez une brève présentation de chaque sujet abordé ainsi que les liens vers les sites.


Animation de la table-ronde : Lova Rafidiarisoa, journaliste à l’Express de Madagascar et spécialiste des nouvelles technologies.

Intervenants :
- Marcelline Rahaingo-Razafimbelo, chef de Département au Centre d’Information et de Documentation Scientifique
- Pierre Maury, journaliste, éditeur et critique littéraire
- Ange Rakotomalala, responsable du Campus Numérique Francophone Océan Indien de l’Agence Universitaire de la Francophonie
- Jean-Marie Andrianiaina, directeur de la Bibliothèque Universitaire d’Antananarivo
- Marie Michèle Razafintsalama, des éditions Jeunes Malgaches
- Christiane Larocca, Responsable de la Médiathèque de l’IFM.

Après une présentation des intervenants et une introduction sur les bibliothèques numériques (Lova Rafidiarisoa puis Christiane Larocca), seront successivement présentées les ressources suivantes:

MADADOC
Présentation : Marcelline Rahaingo-Razafimbelo
Madadoc est une base de données bibliographiques qui rassemble tous les documents, notamment la littérature grise (rapports de mission, d'activités, d'étude, de projet, de stage, de recherche ; articles scientifiques ; actes de colloque, d'atelier et de séminaire ; notes techniques ; thèses et mémoires d'étudiants...), produits par les différents acteurs et opérateurs du développement rural et de l'environnement, à toute époque, et concernant uniquement Madagascar.
Madadoc est une activité financée par la coopération française (projets FSP-GDRN et FSP-FORMA), et initiée par le CIDST. 

FONDS GRANDIDIER
Présentation : Marcelline Rahaingo-Razafimbelo et Jean-Marie Andrianiaina
Ce site a été est créé à l'issue du projet de valorisation de la bibliothèque Fonds Grandidier avec les TICs. Cette bibliothèque est rattachée au Centre d'Information et de Documentation du Parc Botanique et Zoologique de Tsimbazaza (PBZT). Les documents qui y sont conservés ont initialement appartenu à la bibliothèque personnelle d'Alfred Grandidier (1836-1921), enrichie par la suite par son fils Guillaume (1873-1957) qui l'a léguée à l'Etat Malgache. Ces documents contiennent des informations sur divers aspects de la vie des Malgaches (culture, organisation sociale, technologie, religion, langue, histoire…), de Madagascar (géographie, hydrologie, climat, ressources naturelles…) avant l'Indépendance et des régions voisines.

BIBLIOTHEQUE MALGACHE
Présentation : Pierre Maury
Créée en octobre 2006, la Bibliothèque malgache s'est d'abord employée à rééditer des textes libres de droits concernant Madagascar sous forme de livres électroniques téléchargeables gratuitement. Elle s'est, depuis, ouverte à la publication d'ouvrages papier, y compris celle de textes contemporains.

BIBLIOTHEQUE DES SAVOIRS EN PARTAGE
Présentation : Ange Rakotomalala
Bibliothèque des savoirs en partage est un portail de diffusion des publications originales éditées ou co-éditées avec l'appui de l'Agence universitaire de la Francophonie (ouvrages, actes de colloques, de journées scientifiques, numéros de revues). Plus de 180 livres numérisés sont actuellement consultables gratuitement en texte intégral au format pdf. La bibliothèque des savoirs en partage comprend différentes collections:
• Manuels
• Savoir plus universités
• Savoirs francophones
• Actualité Prospectives francophones
• Dictionnaires : ouvrages de référence sur la marché éditorial francophone.

PORTAIL DU SAVOIR EN PARTAGE
Présentation : Ange Rakotomalala
Savoirs en partage est le répertoire des ressources scientifiques et pédagogiques de l'AUF. Il permet l'accès unifié vers un ensemble de ressources et documents produits en partenariat avec les universités membres de l'AUF.

FONDS PATRIMONIAUX
Présentation : Jean-Marie Andrianiaina
Portail créé en 2009, regroupant les fonds patrimoniaux de la Bibliothèque et Archives Universitaires d'Antananarivo (Fonds Poirier, Rakotovao, et Georges Raveloson).

CYBERTHESES, MADAREVUES
Présentation : Ange Rakotomalala
Portail réalisé dans le cadre du Programme international d'archivage et de diffusion électronique des thèses, soutenu par le Fonds Francophone des Inforoutes (FFI). On y trouve l'ensemble des thèses et mémoires soutenus devant les six universités publiques de Madagascar et déposés auprès des Bibliothèques Universitaires depuis le 23 mai 2002, sous format pdf ou html.

GALLICA
Présentation : Pierre Maury
Gallica est la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France. En libre accès, elle regroupe des livres numérisés, des cartulaires, des revues, des photos et une collection d'enluminures. On y trouve nombre de documents relatifs à Madagascar.

THE INTERNET ARCHIVE
Présentation : Pierre Maury
L’Internet Archive (IA) est une organisation à but non lucratif consacrée à l’archivage du Web, située dans le Presidio de San Francisco, en Californie. Le projet sert aussi de bibliothèque numérique. Cette archive est constituée de clichés (copie de pages prises à différents moments) d’Internet, de logiciels, de films, de livres et d’enregistrements audio. L’IA rend ses collections disponibles gratuitement aux chercheurs, historiens et universitaires et est officiellement reconnue par l’État de Californie comme une bibliothèque. On y recense plus de 1000 références concernant Madagascar (images, textes, films etc).

Le premier livre jeunesse malgache numérique : Maria Vakansy any Alaotra
Présentation : Marie Michèle Razafintsalama
Une grande première pour le livre jeunesse malgache. Maria Vakansy any Alaotra vient d'être adapté en format numérique pour les ordinateurs XO. Les ordinateurs XO ont été crées pour les enfants dans les pays sous développés pour réduire la fracture numérique entre le Nord et le Sud. 137 XO sont en ce moment dans les mains des enfants à Nosy Komba, une petite île à Nosy Be. 115 autres XO sont implantés dans la région d'Ambatoharanana et de Maroantsetra.

28 décembre 2011

Jean-Claude Mouyon, vu par Ben Arès

Jean-Claude Mouyon est mort, dit-on, il y a quelques jours à La Réunion. Il est toujours bien sûr. Pour ceux qui le portent dans leur cœur. Au-delà de l’écriture, au-delà de l’écrivain quelque peu reconnu ici à Madagascar, injustement méconnu en dehors.
On oublie trop souvent qu’écrire est un travail sérieux. De chaque heure, chaque minute. On oublie bien souvent qu’écrire n’est pas de tout repos et qu’écrire ce n’est pas qu’écrire mais avant tout vivre, éponger et s’imprégner, être sur le fil, jouer avec les feux et les diables, courant parfois les risques de dérives ou de noyades, avant de jeter son dévolu sur le métier. L’écriture c’est la vie, l’homme et l’écrivain ne font qu’un : une idée qu’on ne pourrait prêter mieux qu’à ce type qui s’est efforcé de rester authentique, proche de ces êtres qu’il aimait, dont il parlait, qu’il faisait parler dans ses écrits. Et ce n’est pas peu de le souligner, dans un contexte économique, un pays, où les moyens de nourrir son homme, sa famille, sont loin d’être aisés.
Il est de bon ton de rappeler le rituel de ce travailleur. Il était debout chaque jour à trois heures du matin pour véritablement composer ses phrases, rythmées, et créer une histoire truffée toujours de rires, de rebondissements. Plus tard dans la matinée, il faisait son petit tour Chez Baba, son bar favori. Il s’attablait, prenait son verre d’Ambilobe, écoutait, regardait, prenait des notes, celles dont il pouvait se servir le lendemain bien avant le chant du coq. Il se plaisait à capter des bribes de conversation, un riff de tsapiky, les variations de tons, les intonations. Il cherchait la couleur, le tempo et tentait de saisir la mentalité, l’esprit autant que possible de ces gens du sud de l’île. Par-delà les mots, entre les mots jetés sur la page dans un flux à nul autre pareil. Il avait une haute estime pour l’Imprévisible, une soif absolue pour toute situation déjantée. Ce qui le captivait c’était le climat, l’ambiance, l’atmosphère, une situation prise sur le vif. Il ne manquait pas de dire « On n’est auteur que grâce à la vie, aux autres, à ceux qui nous entourent. » Il n’est possible aujourd’hui de trouver langue plus actuelle sur le contexte qui est celui du sud malgache. À cheval sans doute, entre deux cultures sans doute. Je pourrais simplement dire qu’il avait su créer une langue bâtarde, digne de ce pays si métissé, sans s’assoir sur des vérités absolues ou des finalités mensongères.
J’ai eu la chance énorme de le rencontrer, l’écouter, le lire. Moi qui ai jeté mon dévolu sur Toliara, y résidant depuis près de trois ans à peine. Moi qui ai tout apprendre encore sur un terrain toujours déconcertant. Moi qui, rétif parfois, aux remontrances, aux sermons des « mieux expérimentés », étais probablement perçu par moments par lui comme un blanc-bec, un insolent. Il avait, certes, son autorité d’aîné, mais aussi des acquis, une longue vie déjà dans le pays, qui ne pouvait que me la boucler. Comme il était sain, en fin de compte, nous eûmes des accrocs, des engueulades, nous nous lançâmes des injures. Rien jamais n’était ruminé et, en finalité, après s’être séparés un jour bien fâchés, nous nous retrouvions le lendemain ou surlendemain en train de rire autour des verres de l’amitié. J’ai eu l’occasion, bien souvent, de repenser à ces propos, à ses visions qu’auparavant je ne pouvais entendre ou accepter.
Si Toliara est aujourd’hui la ville où je vis, c’est certes un peu grâce à son éditeur Pierre Maury, porteur d’eau de tous les liens, mais aussi grâce à lui. Moi, sans doute, parmi quelques autres. Sans Jean-Claude, il n’y eût point de Toliara plus longtemps, des Lalin, Patrice, Jacques, Bernard, Eric, Alain Jean Pierre ou Jean François, Moustou, Mamod, Baba, Riri ou Le Marin ou des farfelus, déboussolés, hauts en couleur, hors pistes, de tous les carrefours. Sans Jean-Claude, il n’y eût pour moi de souffle et d’avenir ici. Même si d’autres facteurs ont, certes, influé. Sans Jean-Claude, il n’y aurait pas eu mon amour du pays. Si le quotidien, ici, n’est pas du petit rhum toujours, il apporte aussi son lot de situations cocasses non négligeables. Pour moi, Toliara, c’est en somme du Mouyon de corps et d’esprit à chaque coin de rue.
En finalité, au-delà des frontières, bien au-delà des questions de terres et de cultures, des lopins qu’on n’est pas aptes à maîtriser, à comprendre, comme il le disait, cet homme reste pour moi un être doué d’un sens aigu de la réalité de l’instant. Bien au-delà de nos limites géographiques et idéologiques, il est et reste du pur bœuf ou du zébu de vraie vie, et l’Europe, la vieille, n’a qu’à bien se tenir ! Par-delà le foutre et la merde, et, bien au-delà de toute usure...
Ben Arès

25 décembre 2011

Une page consacrée à Jean-Claude Mouyon

Dès lors que la Bibliothèque malgache est sortie de son premier champ d'activités, les ouvrages libres de droit, Jean-Claude Mouyon s'est trouvé au cœur de ce que j'ai appelé la Bibliothèque malgache contemporaine.
Les quatre romans dont je vous rappelais rapidement l'existence jeudi vont, à l'évidence, survivre à leur auteur. Il m'appartient de fournir au plus grand nombre possible de lecteurs le bonheur de les rencontrer.
J'ai donc ouvert une page spéciale du site de la Bibliothèque malgache, entièrement consacrée à l’œuvre de Jean-Claude Mouyon.
Vous trouverez là tous les liens susceptibles de vous faire découvrir ses livres, sous toutes leurs formes. En version papier, comme c'est le cas depuis le début et, c'est nouveau, en version EPub pour à peu près toutes les manières de lire sur écran.
Jusqu'au 31 janvier, Roman vrac est disponible gratuitement en livre électronique. Ensuite, il sera vendu, comme le sont déjà les trois autres romans de Jean-Claude, 4,99 €.
Et, puisque la nostalgie, contrairement à ce que disait Simone Signoret, est toujours ce qu'elle était, je republie ici une émouvante archive: l'affichette qui annonçait la présentation de Roman vrac il y a quatre ans, presque jour pour jour...



24 décembre 2011

Hommages à Jean-Claude Mouyon

Décidément, tout le monde l'aimait, cet homme - et tout le monde avait bien raison.
Je reçois, de partout, des témoignages de celles et ceux qui l'ont connu, ou qui l'ont manqué. Aujourd'hui qu'il a été inhumé, j'aimerais vous faire partager quelques-unes de ces réactions.

Merci de me faire connaitre lui et ses œuvres. Surtout que je suis trop addicted du Sud de Mada. [...] Il est parti comme les abeilles en laissant de la douceur.
Rondro

Je viens d'en avaler la moitié d'une traite... [Il s'agit de Roman vrac.] Saisissant...
Jean-Marc

[A propos d'une vidéo partagée sur Facebook.] Très belle cette vidéo pierre, très touchante...
Laura

Monsieur de Malgachie, j'ai été faire un tour sur le blog. J'en ressors un peu triste. J'aurais vraiment aimé rencontrer Jean-Claude Mouyon :-(
Vahömbey

C'est un choc. Le personnel de la Médiathèque Ifm Madagascar se remémore avec émotion le Forum littéraire avec Jean-Claude le 8 mai de l'année dernière. Nous perdons non seulement une plume qui savait si bien parler de Madagascar, avec réalisme et sensibilité, mais aussi un homme d'une gentillesse extrême.
Médiathèque IFM Madagascar

J'ai beaucoup ri avec Roman vrac, également avec Beko, beaucoup appris ... Jean-Claude Mouyon va manquer à la littérature malgache d'expression française.
Johary

C'est bizarre, je parlais précisément de lui avec Mic hier. Et je lui disais combien je regrettais de ne pas l'avoir rencontré avant mon départ de Madagascar. C'est lui qui est parti maintenant. Je bois un verre à sa mémoire, et je pense bien fort à toi.
Alexis

J'en oublie certainement. Du moins sommes-nous tous réunis en pensant à Jean-Claude et à ses proches.
Il s'agit maintenant de lire ses livres. Je vous en reparle demain.

23 décembre 2011

Une heure avec Jean-Claude Mouyon

Ceci n'est pas une véritable vidéo, mais le son d'un forum dont Jean-Claude Mouyon était l'invité, en mai 2010, au CCAC (actuellement IFM). Je réécoutais cela tout à l'heure et, même si certains d'entre vous l'ont déjà entendu, il me semble utile d'y revenir.


22 décembre 2011

Jean-Claude Mouyon, mon héros, mon frère

D'apprendre, ce matin, la mort de Jean-Claude Mouyon, m'a donné un sacré coup de vieux. Un coup douloureux sur la tête, aussi. Je vais tenter, malgré tout, et sachant que je ne serai pas à la hauteur de son talent, de dire deux ou trois choses que je pense essentielles sur lui - l'homme et l'écrivain.
Quand je l'ai croisé pour la première fois, en 2001 ou 2002, c'était par hasard. Non, il n'y a pas de hasard. Il écrivait, je lisais - je ne savais pas encore que je monterais une maison d'édition -, il était assez naturel que nous ne soyons pas indifférents l'un à l'autre.
D'autant que j'avais eu l'occasion de me convaincre de son talent - en même temps que d'une propension certaine à le gâcher parfois, abandonnant un texte en cours de route alors qu'il était encore à l'état de brouillon. C'est dans cet état que j'avais lu pour la première fois Roman vrac, cette trilogie foutraque dont je me suis bien demandé alors ce qu'il allait pouvoir en tirer. Il y avait là de toute évidence un tempérament, et tout aussi évidemment un tempérament mal maîtrisé.

Puis, quand j'ai eu l'inconscience de me lancer (à Madagascar, faut-il être fou!) dans l'édition de livres papier, je me suis quand même, bien entendu, tourné vers Jean-Claude. Je me disais qu'il avait, entretemps, peut-être écrit autre chose. En effet. Mais, heureuse surprise, il avait aussi retravaillé Roman vrac, qui était devenu, mieux qu'un livre, un emblème. Quand, fin 2007, entre Noël et Nouvel An, lui et moi avons placardé un peu partout à Toliara des affichettes qui annonçaient la sortie du livre, je n'étais pas peu fier du slogan que j'avais imaginé - non parce qu'il était neuf, mais parce qu'il était vrai. "Le Sud comme vous ne l'avez jamais lu."
En effet. Il y a dans ces pages une manière d'envisager l'humain, et en particulier la part d'humain qu'il côtoyait, qui était la sienne, à mes yeux (de grand lecteur) totalement inédite. Jean-Claude était devenu précieux, non seulement pour moi mais aussi, comme j'allais le constater dans les endroits les plus improbables, pour tous ceux qui, découvrant sa trilogie romanesque, la feraient lire à leur tour, transmettant leur enthousiasme avec un coeur immense.
Jean-Claude n'était pas l'homme d'un seul livre. Il en avait écrit avant Roman vrac, il en écrirait dès lors d'autres. Depuis 2007, lui et moi, surtout lui bien sûr, n'avons pas cessé de travailler sur ses manuscrits. Mes séjours, une ou deux fois par an, à Toliara, n'avaient d'autre but que celui-là. Rectifier des fautes d'orthographe (il était fâché, une fois pour toutes, avec certains aspects de l'orthographe), redresser quelques phrases tout en gardant le savoureux déhanché de son écriture, son invention verbale, tout ce qui faisait, fait encore puisque ses livres sont là, un écrivain.

Il y a eu ensuite Beko ou La nuit du Grand Homme, un roman plus travaillé dans sa structure, dans lequel la voix des sahiry répondait à un récit plus classique, digne d'un polar contemporain - et du Sud, forcément du Sud. Il y fallait de la finesse. Jean-Claude la possédait à un degré qu'il ne montrait pas toujours, même si la lecture ne trompait pas. Il n'essayait pas de se faire passer pour un Malgache, il n'était pas le "décivilisé" (pour reprendre un mot de Charles Renel) que certains croyaient voir en lui. Il était le vazaha, avec ses antécédents et sa culture - immense, sa culture, car s'il ne lisait pas énormément, il assimilait ses lectures comme le fait un écrivain. Je me souviendrai toujours de nos conversations sur, par exemple, Antoine Blondin, qu'il me reprochait, en rigolant, d'avoir eu la chance de rencontrer (et d'avoir bu avec lui un ou deux coups de trop). Le vazaha, disais-je, mais acharné à comprendre le monde où il avait choisi d'être - et presque de mourir, mais cela, il ne le savait pas encore. Il en parlait parfois, cependant, comme Beko parle de la mort. Comme si c'était, pour les autres, toujours l'occasion d'une fête qui se superpose à la tristesse pour faire oublier celle-ci. On va la faire, Jean-Claude, la fête, on n'en sera pas moins triste pour autant!

Mais, pour gommer la tristesse, nous n'utiliserons pas que le rhum et la THB. Nous relirons Carrefour, ce moment inoubliable où un quartier de Toliara titube entre fête et folie à l'occasion de la rencontre entre un rastaman de renommée internationale et une campagne électorale comme il n'en existe que chez nous - non, bien entendu, il en existe ailleurs, d'aussi pittoresques et peu démocratiques, mais celle-ci nous appartient puisque Jean-Claude l'a racontée.
De tous ses livres publiés, il m'a semblé que c'était le plus abouti, le plus cohérent. J'ai cru, peut-être un peu naïvement, qu'il suffirait à imposer Jean-Claude auprès d'une grande maison d'édition française. Cet échevèlement si personnel devait marquer les esprits, trouver d'autres défenseurs que moi et se propager au-delà de nos rivages. Il s'en est fallu de peu, plusieurs fois. Mais chaque fois la décision a été négative. Excessif, Jean-Claude Mouyon? Probablement. D'un excès salutaire - sauf pour sa santé, bien sûr -, du genre qui balaie les clichés et remet les choses à leur place, c'est-à-dire cul par-dessus tête. Là où elles doivent être. Mieux: là où elles sont. Jean-Claude ne faisait pas de rangement (il fallait voir son bureau!), il racontait comment c'était, et tant pis si cela ne plaisait pas toujours.

Son dernier roman paru à la Bibliothèque malgache, L'Antoine, idiot du Sud, est, comme le premier, une trilogie. Je me flatte d'y faire une apparition - Pierrot, l'éditeur. Il y a aussi une voiture pourrie et des trous dans la rue du front de mer à Toliara, il y a des personnages hauts en couleurs (je ne parle pas de moi, là), il y a cet élan vital avec lequel Jean-Claude rencontrait les protagonistes de ses livres comme s'il leur tapait dessus jusqu'au moment où ils avoueraient même ce qu'ils n'avaient pas fait, parce que de toute manière la réalité dépasse la fiction et qu'elle est si invraisemblable qu'il vaut mieux en rester à la fiction.
Je crois que j'aimais Toliara avant de connaître Jean-Claude. Il y a quelque chose de tellement décalé dans cette ville qu'elle devait me plaire. Mais ses livres me l'ont fait découvrir encore d'une autre manière, ils m'ont fait rencontrer en chair et en os, autour de quelques verres, du genre que quand on aime on ne compte plus, ceux qui peuplaient ses pages. Ils les peuplaient si bien qu'ils en débordaient. Comme je déborde d'affection pour ce type à nul autre pareil, titubant certains jours sur ses jambes mais mieux campé sur le sol poussiéreux que personne.

Jean-Claude, mon héros, mon frère, je te déteste de nous avoir abandonnés. Mais je t'aimais et je t'aime. Et nous n'en avons pas fini, nous deux!

22 novembre 2011

Madagascar : l'indispensable "Guide de survie" de Christodule

On le lisait dans le mensuel gratuit no comment. On riait déjà beaucoup, à petites doses. A présent, on entend s'esclaffer pendant des heures les lecteurs de Madagascar: Guide de survie.
Christodule, son auteur, est capable de rire de tout. Avec n'importe qui? Cela reste à vérifier. Avec moi, en tout cas, quand il veut.
Sa vision de Madagascar, bourrée d'ironie féroce, est aussi biaisée que celle des touristes qui vous expliquent le pays après trois semaines de séjour. Mais bien des choses le séparent de ces commentateurs puisant leur science dans les a priori qu'ils sont venus vérifier sur place.
Ceux-ci (les touristes) n'ont généralement aucun humour et vous assènent pesamment les conclusions de leur enquête menée dans les meilleurs restaurants. Christodule déborde d'une saine drôlerie, à prendre parfois au troisième ou quatrième degré.
Ceux-ci (les touristes) croient connaître - après tout, ils ne se sont pas contentés de débarquer à Madagascar avec leur spray anti-moustiques, ils ont aussi lu Le guide du routard et le Lonely Planet, qu'on ne vienne donc pas leur raconter d'histoires! Christodule, lui connaît vraiment, du bout des doigts, doigts qu'il est capable d'agiter les yeux fermés dans la plus sombre gargote pour balayer les morceaux d'os abandonnés par des mangeurs de pieds de poulets, avant d'y déposer sa bière.
Vous le comprendrez aisément: dès que j'aurai le droit de vote, j'exige Christodule pour président. On va enfin se marrer, retourner les cartes pour voir ce qu'il y avait dessous et dont personne ne voulait nous parler!
En attendant qu'il se présente aux élections, probablement vers 2053, j'ai décidé de ne plus parler à celles et ceux qui n'ont pas lu son livre. Pas sûr que cela me repose longtemps, car il devrait avoir du succès, s'il y a une justice.

8 novembre 2011

Une autre bibliographie permanente sur Madagascar

J'ai déjà dû le dire plus de mille fois, mais je le confirme: les journées sont trop courtes et ce blog souffre de tout le temps que je passe à faire autre chose. (Des choses sérieuses, je vous rassure, au moins pour la plupart d'entre elles.)
Je compense un peu mon absence ici en utilisant le groupe Facebook de la Bibliothèque malgache, où j'introduis des informations au hasard de mes pêches miraculeuses. (Elles ne doivent pas qu'au hasard: je connais des zones poissonneuses.)
Comme j'ai l'intention de le faire plus systématiquement, en particulier pour les livres (mon domaine de prédilection, dont j'ai de plus en plus de mal à sortir, les activités évoquées plus haut m'en empêchant) à propos de Madagascar, je conseille à celles et ceux que cela intéresse de s'inscrire à ce groupe. Quelques ouvrages pourraient leur attirer l’œil.
Ici, je continuerai à donner des informations sur les nouveautés de la Bibliothèque malgache, quand il y en aura, sans m'interdire bien sûr d'intervenir de temps à autre sur des sujets culturels qui lui sont extérieurs - quoique... la culture est un vaste territoire dont aucune partie n'est vraiment étrangère aux autres.

27 septembre 2011

Bibliothèque malgache électronique n° 61, "Un dieu de mes amis", par Joseph Méry

La Bibliothèque malgache a proposé bien peu de nouveautés ces derniers temps. En voici une quand même. Petite, mais elle marque une évolution plus importante qu'il y paraît.
Le soixante-et-unième numéro de la Bibliothèque malgache électronique ne compte en effet que 13 pages mais est proposé pour la première fois au format ePub, dont l'usage s'est généralisé sur les liseuses. Comme c'est la première fois que j'en réalise un, toutes les remarques seront les bienvenues, surtout si elles permettent de corriger d'éventuels défauts. Les formats habituels, Word et PDF, restent bien entendu présents.
Les plus attentifs d'entre vous auront déjà remarqué que le n° 61 paraît avant le n° 60, beaucoup plus épais et toujours sur l'établi. Patience, cela viendra...

Joseph Méry (1797-1866) est l'auteur d'une œuvre considérable et connut, en son temps, de jolis succès. Il a travaillé notamment avec Gérard de Nerval et pratiquait aussi bien le roman populaire que le drame et l'opéra, pour les livrets. Il était également journaliste.
La nouvelle Un dieu de mes amis, extraite des Contes et nouvelles, est un bref récit assez fantaisiste - une des caractéristiques de l'auteur. Cette fois, il est tombé sur Madagascar. Ses livres ont fait parcourir le monde à ses lecteurs, grâce à une imagination féconde qui ne se souciait pas toujours de réalisme.

Si vous visitez le site à l'occasion de cette édition, vous constaterez qu'il a été remodelé de fond en comble pour, je l'espère, une consultation plus aisée. (Là aussi, quelques imperfections se sont glissées dans les pages, mais je crois que tout fonctionne, en particulier les liens.)