16 janvier 2014

Il y a 100 ans : La vulgarisation artistique chez l’indigène (4)

(Suite et fin.)
Ces réserves faites, et je crois que tout artiste en reconnaîtra la justesse, je signale comme particulièrement heureuse, l’idée qu’a eue M. Dumoulin de faire une large place aux aquafortistes.
Le choix de Laguillermie, de Brasquemond et de quelques autres mérite tous les éloges.
Ces artistes peuvent avoir une certaine influence sur l’art malgache. L’eau-forte qui exige de la patience, un labeur minutieux, un sens plus observatif qu’imaginatif, est une des formes de l’art que nos sujets semblent devoir cultiver avec le plus de succès.
Cependant, il ne faut pas oublier que l’art a une patrie, comme l’a écrit Dujardin-Beaumetz dans ses « Entretiens avec Rodin » dont le Matin publiait, dimanche dernier, d’intéressants extraits.
Chaque fois qu’un artiste va chercher son inspiration dans l’art étranger, il s’en trouve assez mal. « C’est le sol où un artiste est né qui l’impressionne le plus profondément et c’est par son aspect que la nature se révèle à lui. »
Cette observation est parfaitement juste. Aussi est-il sage de ne pas fonder de trop grandes espérances sur les leçons que les artistes indigènes retireront des la vue des œuvres exposées au musée de Tananarive.
Ne connaissant pas notre pays, insuffisamment familiarisés avec notre manière de voir, nos sentiments, nos mœurs, ils ne pourront pénétrer complètement la pensée de nos artistes et ne feront véritablement œuvre intéressante que le jour où, ayant appris un peu le métier, ils ne chercheront plus leur inspiration que dans l’île où ils sont nés, dans cette nature qui correspond exactement à leur sensibilité et à leur âme.
H. Mévissen.

Une pétition des colons de Diégo-Suarez

Au moment du départ du courrier de Diégo-Suarez, on annonçait qu’une pétition allait circuler parmi les colons de la province pour protester contre la suppression, pour les civils, du chemin de fer Antsirane-Sakaramy.
La Chambre Consultative de commerce devait également se réunir pour examiner la question.
Nous ne pouvons qu’engager nos compatriotes à défendre leurs intérêts.

Le Courrier colonial


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15 janvier 2014

Il y a 100 ans : La vulgarisation artistique chez l’indigène (3)

(Suite.)
Il eût été bon de sacrifier un peu aux âges passés et de faire, à côté des productions modernes, une petite place aux peintres illustres, à l’aide de reproductions simplement passables de leurs chefs-d’œuvre. Des copies de tableaux de Greuze, de Nattier, de Corot de la dernière manière, des dessins typiques d’Ingres ou de Géricault ne seraient nullement déplacés à Tananarive, et même permettraient, au contraire, de donner un utile enseignement aux indigènes : grâce, hardiesse, précision du trait, position des plans, groupement des personnages, tout cela serait mis en lumière grâce à quelques-uns de ces tableaux.
M. Dumoulin fera remarquer que ces leçons se dégagent également des œuvres des maîtres vivants. Je le reconnais volontiers, tout en rappelant que rien ne vaut, en matière d’éducation artistique, la comparaison entre deux époques.
Quoi de plus intéressant que de mettre, par exemple, sous les yeux des Hovas, une de ces plates compositions de la fin du premier Empire, puis une de ces éclatantes manifestations de l’impressionnisme et de leur dire : voilà où vous en êtes… Voilà où vous devez tendre.
L’indigène est observateur : il possède au plus haut point la mémoire, surtout visuelle. Un rapide examen de simples copies d’une vingtaine de chefs-d’œuvre, déjà assez éloignés de nous, constituerait pour lui le meilleur des enseignements.
Au reste, les remarques que je formule ici n’ont rien d’absolu. Avec quelques-unes des productions dont M. Dumoulin a organisé l’exposition, un éducateur peut encore faire d’excellente besogne, mais il lui faut pour cela une sérieuse culture artistique et, sans vouloir froisser personne, je crois pouvoir dire que l’on ne trouverait pas aisément, à Madagascar, l’homme nécessaire.
Une complète éducation artistique, une expérience de plusieurs années, etc., sont en effet indispensables à celui qui assumerait cette tâche difficile.
Or les hommes qui remplissent ces conditions vont rarement aux colonies, ou du moins s’ils y vont, ce n’est pas pour y rester.
(À suivre.)

Le Courrier colonial


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14 janvier 2014

Il y a 100 ans : La vulgarisation artistique chez l’indigène (2)

(Suite.)
De l’initiative de M. Supparo, je ne dirai rien pour le moment. Il faut attendre qu’elle ait donné des résultats. Mais le principe me semble excellent : si la population de Madagascar en général me paraît incapable, pendant de longues années, de priser l’art tel que nous le comprenons, les Hovas, au moins, ont un sens artistique embryonnaire mais réel. Les rabanes que connaissent les Européens ayant séjourné en Émyrne suffisent pour le prouver. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette race en est à la période préraphaëlique et je suis convaincu qu’il suffira d’un peu de culture générale et de quelques bonnes leçons pour obtenir, d’artistes Hovas, des œuvres dignes de retenir notre attention.
Les naïfs tableaux de ces indigènes rappellent assez l’époque bâtarde de Bertin, chère à la chromolithographie : si la maestria des couleurs y manque, si la notation des valeurs y est imparfaite, on ne peut nier qu’il y a là quelque sens de l’harmonie dans la composition.
Quant à l’initiative de M. Dumoulin, elle est surtout intéressante parce qu’elle tend à créer, dans un milieu lointain, déprimant au point de vue intellectuel, – il faut avoir le courage de l’avouer, – une atmosphère d’art, qui retrempe l’esprit et élève la pensée de nos compatriotes. C’est à ce point de vue, particulièrement, que je me place quand j’approuve l’idée de M. Dumoulin et que je lui souhaite plein succès.
Car je reste un peu plus sceptique au sujet de son influence sur l’éducation des indigènes.
Si j’en juge par la liste des œuvres destinées au musée de Tananarive, M. Dumoulin ne sort pas des écoles modernes, tout en pratiquant le plus large éclectisme.
Or, c’est là, semble-t-il, un danger, car nous ne voyons guère comment la visite de ce musée fournira, à un éducateur d’indigènes, les bases d’une utile leçon à ses élèves. Faute de rétrospectivité, il est impossible de trouver les éléments indispensables pour faire un rapide historique de l’art plastique en France.
(À suivre.)
Le Courrier colonial


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13 janvier 2014

Il y a 100 ans : La vulgarisation artistique chez l’indigène (1)

L’initiative, qu’a prise M. Dumoulin de créer un musée d’art à Tananarive avec l’appui de l’administration locale, n’a recueilli lundi que des éloges.
M. Morel, bien que n’étant plus ministre, a tenu à inaugurer l’exposition organisée 45, rue Richepanse et à apporter ses félicitations à M. Dumoulin.
L’œuvre de l’éminent artiste est, en effet, de celles qui honorent leur auteur. Son initiative, toutefois, soulève une des questions les plus complexes et les plus délicates qui soient : la vulgarisation artistique chez les primitifs. Comment arriver à découvrir avec notre cerveau d’homme civilisé ce qui peut intéresser des indigènes dont les notions en matière artistique sont extrêmement vagues et rudimentaires ?
Nos sujets, qui n’entendent rien aux subtilités de notre législation, sont-ils plus aptes à apprécier les beautés de l’art moderne ? Il est au moins permis d’en douter.
Il y a là tout un enseignement long et difficile dont le musée projeté par M. Dumoulin ne semble guère être que le premier stade. Je ne pense pas que le sympathique artiste ait envisagé sérieusement la perspective de donner par ce seul moyen aux populations de la Grande Île, l’éducation artistique qui doit ouvrir à leur esprit des horizons nouveaux.
Je ne vois guère un Sakalave, par exemple, se rendant à Tananarive pour admirer les œuvres actuellement exposées chez Bernheim.
La lecture du Courrier colonial m’a permis de nous rendre compte que nous assistons dans nos colonies de l’Océan Indien à trois manifestations d’art absolument distinctes et toutes intéressantes.
Les frères Leblond organisent le musée Léon Dierx, à Bourbon ; M. Supparo ouvre un cours de peinture à Tananarive ; enfin M. Dumoulin crée, dans cette même ville, le musée qui fait l’objet de cet article.
L’initiative des frères Leblond s’imposait par le fait qu’elle s’adresse à une population civilisée, fine, éprise, elle-même, d’art. Il est même étonnant qu’elle se soit produite aussi tardivement.
Les envois sont peut-être éclectiques, mais d’une formule d’art très nette, si j’ose dire. Enfin, beaucoup de pièces du musée se rapportent à l’histoire et aux légendes de Bourbon. On conçoit facilement qu’une collection, relative à Paul et Virginie, ne saurait être mieux placée qu’au musée Léon Dierx.
(À suivre.)

Le Courrier colonial



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10 janvier 2014

Il y a 100 ans : Vernissage colonial

Aujourd’hui lundi, à 11 heures du matin, a été inaugurée, à la galerie Gaston Bernheim jeune, 15, rue Richepanse, l’Exposition des œuvres destinées à former le musée de Tananarive. M. J.-B. Morel, ministre des Colonies, qui continue à assurer l’expédition des affaires courantes, est venu présider cette cérémonie, accompagné de M. Xavier Loisy, son chef de cabinet, et de M. Denys Cochin, député de Paris, membre de l’Académie française et de la Commission des Affaires extérieures et des Colonies de la Chambre. Ils ont été reçus par MM. Louis Dumoulin et Franc-Lamy, président et secrétaire de la Société coloniale des Artistes français.
On ne saurait trop louer l’initiative de la Société coloniale des Artistes français qui a jugé bon de doter Tananarive d’un musée de peinture, de sculpture et de gravure qui, sans qu’il ait été payé quoi que ce soit aux artistes pour leurs œuvres, pourra rivaliser avec les musées de certaines villes de province.
Pourquoi, après avoir montré aux indigènes les prodiges du génie français, ne leur donnerait-on pas la faculté d’admirer les merveilles de notre art. Admirons une fois de plus le généreux désintéressement des artistes qui ont permis la première réalisation de cette idée à Tananarive.
Le petit cortège officiel a fait le tour des galeries avec beaucoup d’attention. M. Louis Dumoulin a prodigué au ministre les explications et les commentaires. Signalons particulièrement, parmi les œuvres exposées, un centaure aux coloris vifs d’Édouard Doigneau, un paysage de Freneuse par Joseph-Félix Bouchor, très fouillé et très bien conçu, un intérieur de Jean Béraud, La femme aux fleurs, de Louise Abbéma, des Meules au clair de lune, de Louis Dumoulin, un joli buste de femme accoudée d’une très belle venue artistique d’Albert Fourié, une Étude d’arabe d’Henri Gervex, le Loing à Moret, d’Antoine Guillemet, et quelques dessins originaux de Dagnan-Bouveret et de Waltner.
M. J.-B. Morel avec sa suite s’est retiré à 11 h. ½, enchanté de sa visite et de l’accueil qui lui a été fait.

Les Annales coloniales


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8 janvier 2014

Il y a 100 ans : Indiscrétion

Monsieur le Rédacteur du Tamatave,
Vous avez fait si bon accueil à mes précédentes lettres que je m’en autorise pour vous écrire à nouveau.
Comme vous avez pu le constater, nos rues sont arrosées… quelquefois – je dis mal. Sont arrosées seulement nos rues principales, c’est-à-dire la rue du Commerce et une partie de son prolongement, la rue Nationale. Quant aux autres…
À ce sujet, y aurait-il indiscrétion à vous demander pourquoi le tonneau d’arrosage fait demi-tour avant d’arriver au bout de cette dernière rue ? Est-ce que les commerçants et industriels qui sont établis quelques mètres plus loin sont indignes de l’arrosage administratif ? Ou bien il y aura toujours deux poids et deux mesures ?
D’un autre côté, cet arrosage est payé par le budget de la commune auquel contribuent tous les habitants. Pourquoi n’y a-t-il que ceux de la rue du Commerce et partie de la rue Nationale qui en bénéficient ?
Est-ce parce que dans cette première rue se trouvent la Mairie, le Tribunal, la Poste, le Comptoir, les M. M., le Louvre et autres maisons importantes ?
Mais tous ces établissements ont à leur service des plantons nombreux, qui, le matin n’ont pas de grandes occupations, quelques arrosoirs d’eau avant l’ouverture des bureaux ou magasins, et rues et trottoirs seraient arrosés copieusement et mieux que ne peuvent le faire tous les tonneaux d’arrosage. Et ce serait tout autant d’économies pour le budget municipal qui, bien que florissant à l’heure actuelle, ne manque pas d’occasions pour s’employer à des travaux bien plus utiles.
Cordiale poignée de main,
P.
Transmis à qui de droit.
Le Tamatave

Le service géographique de Madagascar

Par suite de la suppression des crédits qui étaient affectés au Service géographique de Madagascar, celui-ci avait interrompu ses travaux depuis deux ans.
Les Services géographiques de l’armée, de l’École des Mines, du Muséum et de l’Académie des Sciences sont intervenus récemment auprès du ministre des Colonies pour obtenir le rétablissement de ces crédits.
M. Morel a fait savoir que, dès cette année, il leur sera donné satisfaction.

Le Courrier colonial

Madagascar en 1913,
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7 janvier 2014

Il y a 100 ans : L’avenir de l’industrie aurifère dans la province de Mananjary

L’exploitation de l’or dans la province de Mananjary va en s’accroissant. Jusqu’à ce jour, les propriétaires de périmètres miniers se contentaient d’acheter directement le métal précieux aux indigènes, mais des recherches ont permis d’extraire de l’or des quartzs et des roches aurifères. Il y aurait aussi avantage à traiter les alluvions au moyen du silice, ce qui permettrait de supprimer la batée indigène. Mais pour tirer tout le parti possible des richesses aurifères de cette province, la main-d’œuvre indigène est insuffisante.
Trois mille ouvriers trouveraient certainement du travail sur les chantiers de la Sahandrambo, de la Maha, de la Saka, du Fanantara et du Sakaleone. Certains chôment, faute de bras ; d’autres pourraient fournir une production quadruple.
En 1911, la production de l’or s’est élevée à 600 kilogrammes, alors qu’elle pourrait atteindre facilement 1 000 kilogrammes, mais il faudrait pour cela favoriser l’émigration des indigènes des régions du nord vers le sud-est.
Il convient de remarquer que la plupart des propriétaires consacrent la plus grosse partie de leurs bénéfices à la création de vastes domaines agricoles, qui seront pour Madagascar une nouvelle source de richesse.
Le Courrier colonial

Elle est bien bonne, celle-là !…

Les câblogrammes que d’ordinaire nous recevons tous les jours, ont eu, jeudi dernier, une demi-journée de retard, par suite du mauvais temps.
Aussitôt notre irascible confrère de la rue Nationale de prendre ses grands airs et de s’écrier : À qui devons-nous nous en prendre ? Est-ce à l’Agence Havas où à M. le Gouverneur Général qui ne DAIGNE pas les faire transmettre ?
Allons ! un bon mouvement, M. Picquié ! Vous devez être désolé de causer le moindre ennui à notre éminent confrère ; et pour que de pareils retards ne se reproduisent plus, de grâce ! prenez un arrêté… Oh ! un tout petit arrêté, en cinq sec, comprenant deux articles seulement, le premier interdisant aux éléments d’interrompre les communications, et le second chargeant de son exécution les administrateurs-Directeurs-Rédacteurs du Journal de la rue Nationale.

Le Tamatave

Madagascar en 1913,
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6 janvier 2014

Il y a 100 ans : Les avocats défenseurs à Madagascar

Il existe, à Madagascar, aux termes d’un arrêté du 9 juin 1896, des avocats défenseurs chargés de plaider et de conclure, ainsi que de faire tous actes nécessaires à l’instruction des causes civiles et commerciales.
Un arrêté du gouverneur général du 27 avril 1897 leur a conféré un privilège exclusif et a limité leur nombre. Cette limitation fut plusieurs fois modifiée par des textes.
Mais en 1907, le gouverneur général estima plus expédient de supprimer toute disposition limitatrice, puisque l’expérience avait prouvé qu’il fallait à tout moment, suivant les nécessités du service judiciaire, modifier cette limitation.
Il estimait qu’il y avait lieu de laisser à l’administration le droit d’agréer des candidats, par mesure individuelle, au fur et à mesure des besoins.
Cette mesure nouvelle provoqua les réclamations de plusieurs avocats défenseurs qui ont allégué que leur charge constituait un office ministériel et que la suppression d’un maximum portait atteinte à leurs droits acquis.
Ils ont donc demandé une indemnité au ministre des colonies et, sur son refus, ont saisi le Conseil d’État.
Mais la haute Assemblée, conformément aux conclusions du commissaire du gouvernement Corneille et sur le rapport de M. Wurtz, maître des requêtes, vient de décider qu’aucun des arrêtés déterminant le nombre des avocats défenseurs n’a fixé la durée pour laquelle ce nombre était arrêté et que le gouverneur général ne leur avait jamais garanti la jouissance indéfinie des avantages qui leur étaient conférés.
La requête des avocats défenseurs a donc été rejetée.
Le Temps

La protection du vanillier

Notre confrère La Tribune de Madagascar attire l’attention des planteurs de vanille sur une maladie du vanillier qui doit retenir toute leur attention.
Il est, paraît-il, facile de constater que, dans toutes les vanilleries, les feuilles de certains plants sont recouvertes d’un revêtement blanchâtre et que cet aspect tend à s’accentuer et se propager.
Nous pensons avec notre confrère qu’il s’agit d’une de ces multiples sortes de champignons, connus sous le terme générique « Érysiphaées ».
Nos compatriotes ne sauraient prendre trop de précautions en attendant que le service de l’Agriculture ait étudié la question et indiqué les mesures à prendre.

Le Courrier colonial


Madagascar en 1913,
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4 janvier 2014

Madagascar en 1913, l'intégrale en un livre numérique

Depuis des mois, vous lisez ici, comme d'autres (ou les mêmes) dans Les Nouvelles, la chronique Madagascar il y a 100 ans. Dépouiller la presse de 1913 et ce qu'elle raconte d'une île annexée par la France est un exercice riche en informations. C'est par ailleurs souvent irritant.
Forcément, toute cette presse, en particulier celle qui s'écrit en français à Madagascar ou qui rend compte, en métropole, de l'état de la colonisation, est conduite par une seule idéologie. Il ne m'appartient pas de l'analyser, d'autres l'ont fait mieux que moi et continueront à le faire.
Il m'a paru important, en revanche, de m'y frotter, parce que l'ignorance est la pire des choses. De fouiller, jour après jour, ces vieilles gazettes, ces revues oubliées pour la plupart où le nom de Madagascar revenait souvent, et avec lui des études sur la faune, la flore, les habitants surtout (pas toujours gâtés dans les commentaires). Les dirigeants, aussi, gouverneur général et administration, cibles de critiques et de commentaires jusqu'à la caricature...
Ce qui a été publié depuis le début de l'année 2013, et dont le mois de janvier 1913 a déjà été regroupé dans un ouvrage, est assez loin de correspondre à l'intégralité de la récolte. En outre, pour des raisons de mise en page dans Les Nouvelles, je suis parfois amené à couper dans des articles, tout en essayant de ne pas leur faire perdre leur sens. Ne pouvant me résoudre à laisser se perdre les deux tiers de la récolte, je l'ai donc rassemblée dans un (gros) livre, disponible depuis hier sous forme d'ebook: Madagascar en 1913.
Pourquoi pas un livre papier, alors que j'imaginais déjà le début d'une collection de beaux ouvrages reliés? Parce que c'est épais, précisément (Amazon estime la version imprimée à 734 pages), et que le coût d'un tel ouvrage, frais de port en supplément, aurait allègrement dépassé les 50 €. Cela m'a paru excessif, d'autant qu'il était possible de rester dans une fourchette de prix bien plus raisonnable avec une version électronique.
La preuve par les deux plateformes sur lesquelles l'ouvrage est disponible à la vente:

  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - mais un ouvrage sans la couverture que, pour des questions techniques que je maîtrise mal, je ne suis pas parvenu à intégrer: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, avec la couverture et le risque d'un prix variable en fonction du cours du dollar (c'est leur devise de base), au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €


3 janvier 2014

Il y a 100 ans : Il est retrouvé…

Oui, on a retrouvé le fameux projet de création d’une trésorerie à Madagascar, qui était bien parti de la rue Oudinot, mais que le ministère des Finances affirmait n’avoir jamais vu entrer rue de Rivoli…
On a dû organiser une sérieuse enquête, mettre en campagne nos célébrités policières…
Enfin le projet baladeur a été discrètement arrêté ces jours derniers, et, sans doute afin de ne pas attirer l’attention, conduit à l’infirmerie spéciale du Dépôt pour y être minutieusement traité.
C’est ce qui ressort d’une petite note glissée discrètement dans la presse et que voici :
« Il a été décidé d’un commun accord entre le ministère des Finances et celui des Colonies, que l’étude de ce projet pourrait être utilement confiée à une commission interministérielle. »
Notre avis est que Madagascar peut attendre !
Cependant, c’est déjà quelque chose d’avoir retrouvé le projet de décret et nous en félicitons sincèrement M. Bluysen.
Il ne faut pas oublier que c’est grâce à deux questions écrites, lâchées coup sur coup et à bout portant par le député de l’Inde, que la résistance de la rue de Rivoli a pu être vaincue.

Les chemins de fer de Madagascar

Le Journal Officiel du 4 décembre publie la statistique provisoire des chemins de fer des colonies françaises pendant le troisième trimestre de 1913.
D’après ce document, la longueur kilométrique moyenne exploitée pendant ce trimestre sur la ligne de Brickaville à Tananarive est de 346 kilomètres et les recettes de l’exploitation s’élèvent à 725 326 francs. Cette somme, ajoutée aux recettes des deux premiers trimestres de l’année, donne un total de 1 889 014 francs, faisant ressortir la recette par kilomètre exploité à 5 460.

Conférence sur Madagascar

Le samedi 13 décembre, à 8 h. ½, aura lieu, rue du Général Lassale, sous les auspices de la Ligue coloniale française, une conférence organisée par la Société de Préparation Militaire : « Le Réveil du dix-neuvième ».
Cette conférence, présidée par notre directeur, Francis Mury, sera faite par le lieutenant Savry, de l’infanterie coloniale. Elle aura pour objet : « Les mœurs et coutumes de Madagascar, la campagne de 1895 », et sera illustrée de nombreuses projections.

Le Courrier colonial

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2 janvier 2014

Il y a 100 ans : Boissons hygiéniques

Le Tamatave appelle, sur l’importance et la portée de la décision notifiée par le télégramme ci-après, l’attention des intéressés qui ne pourront que remercier le gouverneur général de cette mesure de bienveillance.
Télégramme officiel n° 7584
Tananarive le 29 novembre 1913.
Gouverneur Général à Président Chambre Consultative.
Par mesure de bienveillance et pour me permettre de préparer et présenter au Ministre un projet de création de licence spéciale pour la vente de boissons hygiéniques, j’ai décidé de proroger d’un an jusqu’au 31 décembre 1914, le délai imparti aux débitants de boissons en demi-gros ayant obtenu licence en détail.
Le Tamatave

Les progrès de l’industrie du graphite à Madagascar

Les recherches de gisement de graphite se poursuivent avec une activité de plus en plus grande à Madagascar.
Dans le district d’Ambilobe, l’attention des prospecteurs a été attirée par des gisements dont certains ont une teneur en carbone de 10 p. 100.
Dans la province de Farafangana, on signale également la récente découverte de terrains riches en graphite à grosses paillettes.
Il ne faut donc pas s’étonner de l’augmentation considérable du nombre des bornages pour le graphite. Il y a eu 673 déclarations pour le second trimestre 1913 alors qu’il n’y en avait eu que 136 en 1911 et 192 en 1912 pendant la période correspondante.
La quantité de graphite exportée au cours du premier semestre 1913 s’est également accrue dans de très sensibles proportions, elle a atteint 2 406 256 kilogrammes d’une valeur de 1 051 700 francs, ce qui représente une augmentation de 1 285 000 kilogrammes et de 739 542 francs sur la période correspondante de 1912 qui avait donné 1 120 865 kilogrammes valant 312 158 francs.
La qualité du minerai et le grand nombre des gisements semblent devoir mettre bientôt Madagascar au premier plan parmi les pays producteurs de graphite. Déjà six usines de raffinage fonctionnent, et il est à présumer qu’en raison de l’importance de la production, d’autres usines seront installées.

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1 janvier 2014

Il y a 100 ans : La culture du café à Madagascar

Ce blog va passer doucement de 1913 à 1914, pendant que nous sommes arrivés, déjà, dans la vraie vie, en 2014...Bonne année à toutes les lectrices et tous les lecteurs.

De même que toute thèse a ses partisans et ses détracteurs, celle de savoir si le caféier doit ou non être cultivé à l’abri des rayons du soleil, a fait l’objet de nombreuses discussions entre les planteurs de Madagascar.
La culture du café prenant une extension de plus en plus importante dans la Grande Île, nous avons prié quelques-uns de nos correspondants de nous faire connaître leur avis.
L’un d’eux, partisan de la culture du caféier sans ombrage, nous donne comme principale raison de ce système, que depuis longtemps à Madagascar, on cultive le café et que jusqu’ici on a obtenu de fort bons résultats sans que le caféier ait été protégé contre les rayons du soleil.
À l’appui de sa manière de voir, il nous cite d’immenses terrains situés sur la côte, plantés de superbes caféiers liberias ou malgaches dont les branches plient sous le poids des fruits.
Beaucoup de colons, nous dit un de ces correspondants, sont, au contraire, d’avis que la méthode consistant à ombrager le caféier est la meilleure.
Tous ceux, en effet, qui depuis de longues années s’adonnent à cette culture, se décident après avoir planté le caféier en plein soleil, à le faire pousser à l’ombre. Le caféier produit davantage au soleil mais il dépérit aussi beaucoup plus vite.
En ce qui concerne le choix des arbres destinés à ombrager le caféier, les avis sont également partagés.
D’aucuns préfèrent le simple bananier ; d’autres plantent entre les lignes de caféiers comme tuteurs des pignons d’Inde, dont la feuille tombe en hiver, époque où le caféier est en fleurs, et où il a besoin d’air et de soleil.
Mais le pignon d’Inde a le grave inconvénient, quand il n’a pas atteint une hauteur suffisante, de ne pas abriter le caféier et de constituer une sorte d’obstacle à la pénétration de l’air entre les lignes protégées.
Les deux meilleurs arbres d’abri pour le caféier, semblent être le bois noir ordinaire et le lilas. Tous deux se dépouillent de leurs feuilles à l’époque précise de la floraison du caféier, pour se revêtir à nouveau de leur feuillage au moment des chaleurs.
Enfin, au bout de quelques années, bois noir et lilas deviennent des arbres utiles et de valeur comme essences d’ébénisterie et de charronnage.

Le Courrier colonial

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31 décembre 2013

Il y a 100 ans : Lettre d’un broussard (2)

(Suite et fin.)
Il y a plus encore.
C’est aujourd’hui dimanche ; mes ouvriers sont on balade : j’ai donc le temps de vous exposer ma manière de voir, qui, du reste, est celle de tous les voisins avec qui j’ai eu l’occasion d’en parler. Voici :
Quand M. Picquié est arrivé à Madagascar, il connaissait peu, ou imparfaitement du moins, la colonie et ses besoins. Puis il n’a pas tardé à s’apercevoir qu’il ne pouvait pas compter sur ses auxiliaires, du moins sur la plupart d’entre eux.
Alors, en administrateur avisé, consciencieux, vraiment à la hauteur de sa mission, il s’est mis à étudier le pays afin de se rendre compte par lui-même de ses besoins. Cela, on n’est pas venu nous le conter ; nous l’avons vu nous-même à l’œuvre de nos propres yeux.
Et c’est au moment où il vient d’acquérir cette expérience qui lui manquait, au moment où il connaît, en détail, les besoins de la Colonie et ses ressources, qu’il a étudié minutieusement les moyens de donner satisfaction à ces besoins en mettant ces ressources à profit, au moment, par conséquent, où il est le plus apte à rentre des services à notre colonie, c’est à ce moment-là, dis-je, qu’on l’éloignerait de Madagascar ?
Oh non !… ce serait un défi au bon sens et il y a lieu de croire, plus que jamais, que ce dernier règne encore en terre de France.
Que M. Picquié aille prendre quelques mois d’un repos bien gagné, rien de plus naturel et de plus légitime.
Mais qu’il nous abandonne ou qu’on le remplace au moment où il peut nous être plus utile, c’est ce que nous, colons, nous ne pouvons comprendre. Le gouvernement libéral que la France s’est enfin donné, n’y prêtera pas la main, dussent tous les blocards en crever de dépit.
M. Picquié doit à la Colonie, et se doit à lui-même de compléter son œuvre. C’est un droit et un devoir pour lui.
Du reste, rien de plus désastreux pour la bonne marche d’une colonie que ces à-coups, ces changements fréquents dans sa direction. À tout propos on nous cite les Anglais comme colonisateurs modèles. Mais eux ont soin de laisser quinze et vingt ans le même gouverneur à la tête d’une même colonie ; ils sont logiques. Qu’on les imite au moins en cela !
Excusez mon bavardage et cordialement à vous.
B.

Le Tamatave

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30 décembre 2013

Il y a 100 ans : Lettre d’un broussard (1)

Ankorabé, 16 novembre 1913.
Cher Monsieur,
Le respect s’en va !… C’est ce que dit un journal qui m’est arrivé avec pas mal de retard, car la poste, dans la brousse, ne va ni vite ni régulièrement, quand on ne va pas soi-même chercher son courrier.
Et oui !… le respect s’en va !… Nous en savons quelque chose, nous pauvres planteurs que les ouvriers que nous employons traitent de la façon la plus cavalière et souvent la plus insultante. Ils travaillent quand ils veulent, et, il n’y a pas de contrat qui tienne, ils s’en vont quand ils veulent.
Le conseil d’arbitrage, me direz-vous ? Ah ! l’excellente blague, bonne tout au plus à perdre notre temps et notre argent, ainsi qu’à mettre en fuite les ouvriers qui restent, lesquels ont soin de nous planter là, juste au moment où la récolte a le plus besoin d’eux. Il n’y a qu’un moyen, si vous ne voulez pas être ruiné, celui de courber la tête et de ne rien dire.
Mais aussi, si le respect s’en va, à qui la faute ? L’exemple, ou plutôt la leçon, vient de haut, et les Malgaches qui sont de fins observateurs, comme tous les peuples primitifs, s’appliquent à nous imiter dans le bon comme dans le mauvais, et plus facilement dans le mauvais, cela va de soi.
Ceux qui viennent de la ville leur commentent, en les exagérant, ce que disent les gazettes, et je ne saurais vous dire à quel point certains d’entre eux sont contents de voir les insultes que certaine presse, qui se prétend française, déverse tous les jours sur ce qui, dans ce pays éloigné, conquis d’hier, a le droit à tous les respects et à la plus complète soumission, c’est-à-dire au principe même d’autorité qui représente ici la souveraineté française.
Et c’est nous, colons perdus dans la brousse qui en supportons le contrecoup, car, aux yeux de ces primitifs, nous faisons partie, comme Français, de ce principe d’autorité qu’ils voient, avec une satisfaction qui se comprend, bafoué et foulé aux pieds.
Enfin, à quoi veut-on en venir avec ces attaques immondes contre notre gouverneur général qui, ici, personnifie la France ? Que lui reproche-t-on ? Quel est le grief relevé contre lui ?
Le Tamatave
(À suivre.)

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28 décembre 2013

Il y a 100 ans : Comme on écrit l’Histoire (2)

(Suite et fin.)
Vieillard débile et impotent !… Mais alors que direz-vous des hommes éminents qui président aux destinées mêmes de la France, autrement importantes, ce semble, que celles de Madagascar ? Vous oubliez l’âge des Combes, des Clemenceau, des Étienne, des Fallières, des Loubet et tant d’autres, tous plus âgés que lui. M. Poincaré lui-même, qui passe pour un jeune, arrive à l’âge de M. Picquié. Selon votre manière de voir, il faudrait, – ce sont des vieillards, – fendre l’oreille à toutes ces éminentes personnalités ?… Ce serait du propre !…
Incapable de remplir la lourde tâche qui lui incombe…
Par hasard, est-ce nous habitants de Tamatave, qui avons à nous plaindre de la gestion de M. Picquié ?
Entre bien d’autres choses, n’est-ce pas à lui que nous devrons la construction du port, dont M. Augagneur – qu’on élogie maintenant qu’il n’y est plus, – n’avait pas osé entreprendre même l’étude ?
L’opinion réclame une mesure rigoureuse et immédiate… Elle est bien pressée cette opinion !… Au fait !… C’est la même sans doute qui vous avait forcé à pousser, d’une façon si opportune et si patriotique, en mars dernier, ce cri fameux : Pas de fêtes pour M. Picquié ?…
Et dans une population aussi importante que celle de Tamatave, cette opinion était composée de… quatre personnalités, que les mauvais plaisants félicitent encore de leur… intrépidité ! À parier, cher et éminent confrère, qu’aujourd’hui, l’opinion que vous invoquez ne réunit même pas cette majorité des quatre personnalités dont s’agit !…
Avouez que vous n’êtes pas heureux dans votre campagne contre M. Picquié. Il vous est impossible – et je vous mets au défi – de préciser un fait, un seul, de mauvaise gestion que vous puissiez relever contre lui, et donner en pâture à la curiosité maligne de vos lecteurs.
Et alors ? Alors cette impossibilité où vous êtes fait l’éloge de son administration, et il ne peut que vous remercier pour votre attitude… qui ne cause de préjudice… qu’à vous seul !
Pour le surplus, Le Tamatave s’associe sans restriction aux idées exprimées par un Broussard dans la lettre que nous publions plus loin.

Le Tamatave

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23 décembre 2013

Il y a 100 ans : Comme on écrit l’Histoire (1)

Basile a laissé de nombreux successeurs qui sont venus croître et multiplier jusque dans Madagascar.
Que nos lecteurs en jugent :
Jaloux des lauriers conquis par feu le Progrès de Madagascar dans l’art de… dire juste le contraire de la vérité, notre éminent confrère de la rue Nationale, à défaut de la copie qui ne lui vient plus de Tananarive, se fait l’écho d’une diatribe qu’un compétiteur malpropre ou un mécontent évincé a expectoré le long des colonnes des Annales Coloniales.
Encore, jusqu’à un certain point, ces dernières sont excusables, car à la distance où elles se trouvent de Madagascar, elles ont pu, de bonne foi, être induites en erreur par un correspondant malhonnête et mal intentionné, dont elles ne peuvent facilement contrôler les allégations.
Mais ici, à Madagascar, où nous avons sous les yeux, au grand jour, tant la personne que les faits et gestes de M. Picquié, ces allégations n’ont pas d’excuse, et ne s’expliquent que par une inconcevable autant qu’insigne mauvaise foi !… À moins que ce ne soit par rancune pour quelque… faveur ou emploi que le Gouverneur Général se serait vu dans l’obligation de refuser !…
Mais nous parler de décrépitude physique et morale, à nous, les colons de Madagascar et principalement de Tamatave, qui, de nos propres yeux, avons pu, et pouvons tous les jours, constater combien cette allégation est fausse, pour qui nous fait-on l’injure de nous prendre ?
Vieillard débile et impotent, ce gouverneur qui dans une tournée d’inspection à travers une région immense, chaotique, presque déserte, et encore incomplètement soumise, vient de passer quarante-cinq jours en filanzana, sans qu’on ait constaté chez lui aucune marque de fatigue ? Serait-ce, par hasard, à l’administration du Journal de Madagascar qu’on aurait pu se permettre un pareil tour de force ? On y oublie qu’il sied mal de parler de corde dans la maison d’un pendu. Ou bien exige-t-on, comme gouverneur, un hercule de la foire aux pains d’épices ?
(À suivre.)

Le Tamatave

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22 décembre 2013

Il y a 100 ans : Diégo-Suarez réclame toujours des travailleurs

La question de la main-d’œuvre continue à être l’objet des doléances des colons de Diégo-Suarez.
Ils insistent sur la nécessité de lui assurer la stabilité nécessaire en donnant à l’indigène un livret semblable à celui qui existait autrefois dans la métropole pour les ouvriers et sur lequel, outre les renseignements déjà en usage, seraient apposées la photographie et l’empreinte du pouce du titulaire.
L’insuffisance de la main-d’œuvre dans cette région est telle que le chef du service des Travaux publics a dû demander pour son service deux cents Antaimoros de la province de Farafangana.
La Chambre Consultative a également émis le vœu que l’administration fasse venir de la même province les bourjanes nécessaires aux administrations. L’excédent serait mis à la disposition des particuliers qui en manquent toujours.
Malheureusement, les hautes sphères administratives n’ont pas l’air de s’émouvoir de cette situation et aucune solution favorable n’intervient.
C’est d’autant plus fâcheux que la province de Diégo-Suarez ne prend pas, faute de bras, l’essor économique qu’elle devrait avoir.
Enfin, ajoute notre correspondant, si on se décide à nous envoyer des travailleurs de Farafangana, qu’on les embarque à bord du paquebot. Ils pourront ainsi arriver en quelques jours, tandis qu’ils mettront au moins deux mois pour faire le trajet à pied !

Les gisements de nickel à Madagascar

Une nouvelle exploitation semble devoir prendre une grande importance dans la Grande Île, c’est celle du nickel.
Jusqu’ici, la Nouvelle-Calédonie a tenu le record de la production de ce minerai.
Or, un gisement de garniérite, très important, reconnu par une société anglaise, près d’Ambositra, aurait une teneur moyenne de 1 % de nickel.
Ce gisement, qui peut être desservi par Mananjary, est situé sur les hauts plateaux à proximité de la forêt de l’est, près d’une chute d’eau pouvant fournir une force motrice importante.
Le fret de descente jusqu’au port serait de 55 francs la tonne, auquel il conviendrait d’ajouter 12 francs pour frais d’embarquement. Le transport jusqu’à Marseille ou au Havre coûterait de 40 à 60 francs.

Le Courrier colonial

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