15 octobre 2018

Il y a 100 ans : Au Tribunal


Il y a quelques mois, un vol de 50 lingots d’étain d’une valeur de 16 000 francs fut commis au préjudice de la société La Rochefortaise. L’inspecteur de police M. Anziani, chargé de découvrir les auteurs du vol, rencontra un jour un nommé G. qui lui dit : « Vous cherchez l’étain volé à La Rochefortaise ? mais si vous me faites avoir un emploi au frigorifique, je vous ferai connaître les voleurs et l’endroit où se trouve l’étain. »
L’inspecteur de police alla trouver les directeurs du frigorifique et obtint d’eux l’emploi demandé par G. Ce dernier dit alors devant ces messieurs que les voleurs étaient les deux gardiens de nuit Ilahygo et Botomaresaka qui portaient par fractions l’étain volé chez une dame D.
Les deux gardiens furent arrêtés et déclarèrent à l’instruction que la dame D. leur avait dit de voler de l’étain dans un endroit désigné par elle (car elle connaissait la maison, ayant travaillé là pendant près d’un an), de lui porter tous les soirs par fractions. C’est ce qu’ils firent pendant un certain temps. Elle leur avait promis, disaient-ils, pour prix de leur larcin 500 francs, mais ne leur donna que 20 francs à l’un et 10 francs à l’autre.
La dame D., interrogée par le Juge d’instruction, dit n’avoir pris aucune part à ce vol, et qu’elle ignore absolument tout de cette affaire.
Quelques jours plus tard, le nommé G., qui avait dénoncé les voleurs et la receleuse, alla trouver de nouveau l’inspecteur de police en lui disant qu’il n’acceptait pas l’emploi du frigorifique, que ce qu’il avait raconté n’était pas vrai, que c’était seulement pour se procurer du travail qu’il avait parlé ainsi, et qu’il se repentait d’avoir accusé une innocente.
La dame D., malgré les charges accablantes qui pesaient sur elle, déclara hier à l’audience, comme à l’instruction, qu’elle était complètement étrangère dans cette affaire, qu’elle était innocente. Et que c’était sans doute par vengeance qu’on l’accusait. Elle fut confrontée avec les deux gardiens qui firent les mêmes aveux à l’audience qu’à l’instruction.
Le tribunal condamna Ilahygo à 3 ans de prison, Botomaresaka à 18 mois et la dame D. à 1 an de prison avec sursis et aux frais.
Le Tamatave


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