March 31, 2014

Il y a 100 ans : La population augmente à Madagascar

On prétend généralement que la population indigène n’augmente pas ou n’augmente que dans des proportions infimes à Madagascar. Or, il paraît qu’en réalité la population de la Grande Île s’accroît et même d’une manière très sensible.
Si l’on considère, par exemple, le pays Betsimisaraka, les statistiques établissent que le coefficient d’accroissement annuel y est actuellement de 35 p. 1 000 alors que dans des pays neufs et à développement rapide il atteint à peine 15 p. 1 000. Sans doute des esprits insuffisamment avertis s’étaient imaginés qu’avec le rétablissement de la sécurité des personnes et des biens, l’accroissement du bien-être, conséquences naturelles de notre occupation, allait coïncider un accroissement extrêmement rapide de la population indigène.
C’est que ces personnes oubliaient que le principal obstacle à l’accroissement de la population n’est pas tant la mortalité des adultes, résultat des guerres ou des troubles politiques du pays, que la disparition constante d’une grande quantité d’enfants en bas âge dues à des causes, également constantes, telles que défaut d’hygiène, maladies héréditaires, ignorance et habitudes de vie des populations, causes que de laborieux efforts, soutenus pendant de longues années, arriveront peut-être à supprimer.
On a également perdu de vue que le développement des voies de communication entraînait d’abord l’émigration des régions surpeuplées vers d’autres restées inhabitées, d’où diminution apparente d’un côté compensée par des augmentations ailleurs, mais qui restent inaperçues.
Quoi qu’il en soit, cette prétendue stagnation de la population n’existe pas. Des esprits superficiels qui s’étaient imaginé que notre occupation allait provoquer un véritable pullulement de la race ont peut-être été déçus d’espérances chimériques. Ce qui reste acquis et prouvé par les recensements les plus récents et les plus dignes de foi, c’est d’abord que la population augmente sensiblement ; c’est ensuite que la mortalité infantile, assez élevée dans la colonie, ne l’est pas plus que dans les pays d’Europe, de civilisation avancée, où la lutte sanitaire est engagée depuis de longues années et avec des moyens d’action infiniment supérieurs.

Le Courrier colonial


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March 30, 2014

Il y a 100 ans : Le Service Rural de la Capitale

Sœur Saint-Jean-Berchmans nous écrit d’Amparibé :
« De grâce, chez amis des Missions catholiques, ne traitez pas d’importune la petite religieuse missionnaire qui, dans la perspective de son chantier en arrêt parce que sa bourse se vide, trouve la hardiesse de recourir encore une fois à votre générosité, qu’elle sait être inépuisable.
« Il y a quelques mois, je poussais un cri d’immense détresse, demandant à la Providence l’emplacement de hangar que je destinais à mes chers petits laïques. En réponse, je reçus largement le prix du terrain et, le cœur débordant de joie, je me mis immédiatement à l’œuvre. Le hangar Saint-Jean-Berchmans prit bientôt forme.
« Hélas ! nous n’étions pas au bout de nos peines ! Habituées à construire des cases en pleine brousse, nous n’avions aucune idée du “Service Rural de la Capitale”. Une lettre de M. l’Agent Voyer nous renseigna sur ce point… et nos travaux furent suspendus ! On veut nous faire bâtir une vraie maison. Pour cela, il nous faut des briques en quantité (or une seule brique revient à 2 centimes), des tuiles pour le toit (et une tuile coûte 25 centimes), des bois pour la charpente, les portes, les fenêtres, etc.
« C’est insensé ! Et pourtant nous devrons passer par là ou abandonner la belle œuvre d’Amparibé, c’est-à-dire l’évangélisation de nos intéressants laïques et l’ouvroir de persévérance pour cette fourmilière de jeunes filles indigènes, qui ici se perdent irrévocablement au sortir même de l’école chrétienne !
« À la pensée de la possibilité d’une telle solution, nos cœurs se serrent douloureusement ! Est-il possible que le Bon Dieu laisse périr une œuvre qu’il a favorisée de vrais miracles ? Non. Il ne peut le vouloir et vous non plus, chers lecteurs, vous ne pouvez accepter semblable perspective. C’est pourquoi je vous tends la main de nouveau en vous disant, confiante : “Envoyez-nous, ne fût-ce chacun qu’un cent de briques (2 francs), car le seul espoir de nos cœurs dévorés d’anxiété est celui qu’exprime le proverbe populaire : ‘Les petits ruisseaux font les grandes rivières !’ ” »

Les Missions catholiques


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March 29, 2014

Il y a 100 ans : Un tremblement de terre dans le sud de Madagascar

On signale de Betroka que deux secousses sismiques d’une durée de 30 secondes chacune se sont fait sentir, le 30 janvier, entre midi 30 et 1 heure dans le sud-ouest de Madagascar. Aucun accident n’a été constaté.
Notre colonie de l’océan Indien qui est en bordure d’une grande faille de l’écorce terrestre est fréquemment affectée par des tremblements de terre.
Mais il n’est pas sans intérêt de remarquer que c’est très exceptionnellement que ces phénomènes ont des conséquences graves et que la somme des dégâts qu’ils occasionnent à Madagascar sont infimes en comparaison de ceux constatés dans tant d’autres régions du globe, sans en excepter les pays d’Europe.

Les eaux minérales d’Antsirabe

Les travaux que M. le gouverneur général Picquié a fait exécuter pour la captation des eaux thermales d’Antsirabe viennent de donner un premier résultat. À la suite d’un sondage de 30 mètres effectué dans la vallée où sourdent les eaux actuellement utilisées, soit pour les bains, soit pour l’usage interne, l’eau a jailli sur un nouveau point à une hauteur de 4 mètres au-dessus du sol. D’après les renseignements qui nous ont été communiqués, d’autres résultats seraient sur le point d’être obtenus, prouvant que la captation des eaux thermales d’Antsirabe en vue de leur exploitation dans un but thérapeutique est chose parfaitement réalisable.
L’administration de M. Picquié s’est montrée trop active en la circonstance pour que nous n’ayons pas la certitude qu’elle achèvera rapidement le travail si heureusement conduit.

Médecins indigènes à Madagascar

Un décret paru avant-hier à l’Officiel a modifié le décret du 7 mars 1904, réglementant l’exercice de la médecine indigène et de la profession de sage-femme indigène dans la Grande Île.
À l’avenir, les indigènes pourvus du diplôme de médecin délivré par l’école de médecine indigène de Tananarive et les sages-femmes se trouvant dans les mêmes conditions, qui bénéficieront ultérieurement de l’accession aux droits de citoyen français, conserveront le droit d’exercer leur profession au titre indigène.

Le Courrier colonial


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March 26, 2014

Il y a 100 ans : Un nouvel élément de prospérité pour Madagascar (2)

(Suite et fin.)
Les fruits de la zone tropicale doivent pouvoir participer au commerce mondial des fruits exotiques qui s’est créé depuis une dizaine d’années. Parmi eux, les ananas et les bananes paraissent les plus susceptibles de donner à bref délai de sérieux bénéfices. Il ne faut pas oublier que le bananier assure un rendement intéressant non seulement par ses fruits, mais encore par sa pulpe, dont la demande ne cesse de grandir dans le monde entier, en raison de la consommation toujours croissante de papier.
Actuellement, les ports des divers pays d’Europe, dont la Méditerranée baigne les côtes, reçoivent environ 500 000 régimes de bananes, venant des Canaries et surtout des Antilles anglaises ou de l’Amérique centrale.
A priori, ce commerce des fruits tropicaux peut sembler d’importance minime : cependant, né il y a quinze ans à peine, il assure déjà l’existence d’une marine marchande de plus de cent navires anglais ou américains, et l’exemple de la Jamaïque est là pour attester quel puissant facteur de prospérité il peut devenir.
Cette colonie britannique ne s’était pas encore orientée vers ce commerce, lorsqu’elle se trouva ravagée par des tremblements de terre au cours de l’année 1902 ; à ce moment, le ministre des Colonies, Joseph Chamberlain, ne se contenta pas d’accorder des secours à une population déjà trop portée à l’indolence ; il estima que le meilleur moyen de venir en aide à la colonie était de lui permettre de tirer parti de ses richesses horticoles, à l’exemple de quelques régions de l’Amérique Centrale. Par ses soins, une ligne de navires frigorifiques, reliant régulièrement la colonie à la métropole, fut créée avec l’appui financier du gouvernement anglais. Cette ligne eut des débuts très pénibles, du fait de l’inexpérience du personnel naviguant chargé de l’entretien des cales froides. Cependant, dès 1910, la subvention gouvernementale était déjà devenue inutile, et la Jamaïque pouvait exporter plus de 10 000 000 de régimes de bananes sans compter les autres fruits. La colonie a trouvé dans ce commerce un nouvel élément très appréciable de prospérité et les Anglais de la métropole ont, d’autre part, à leur disposition un fruit particulièrement sain, qui coûte quatre fois moins cher à Londres qu’à Paris.
Émile Gouault.

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March 24, 2014

Il y a 100 ans : Un nouvel élément de prospérité pour Madagascar (1)

Nous avons eu récemment l’occasion de rappeler combien le perfectionnement de l’outillage économique permet de hâter le développement des régions les moins peuplées et les plus lointaines.
Il est facile de se rendre compte que Madagascar est une de nos colonies où la nécessité de cet outillage se fait particulièrement sentir, si l’on veut tirer parti, non seulement des troupeaux de cette île, mais encore d’autres produits également intéressants.
Le climat varié de la colonie lui permet de connaître à la fois les cultures des pays tempérés, qui donnent d’excellents résultats en Émyrne, et d’une façon générale sur tout le versant ouest de la chaîne orientale, et les cultures tropicales qui sont adaptées généralement au climat des parties basses de la Grande Île et de tout son littoral.
Déjà l’horticulture a pris une sérieuse extension dans le centre de l’île : la culture des fruits et des légumes européens a été entreprise autour de tous les grands centres de population, et les surfaces qui lui sont consacrées vont croissantes d’année en année !
Ce sont là de très heureux résultats, qui ont été obtenus en une dizaine d’années seulement.
Dès l’achèvement du chemin de fer, les Européens de la région côtière voisine de Tamatave ont pu être facilement approvisionnés.
Au cours de la seule année 1911, la ligne Tananarive-Brickaville a apporté de l’intérieur vers la côte plus de 320 tonnes de fruits et légumes. Le jour où les exportations de viande frigorifiée auront amené la création d’entrepôts frigorifiques à Tamatave et Tananarive, obligé par suite l’administration à mettre quelques wagons frigorifiques en service sur la ligne, on peut être certain que le commerce d’exportation des fruits prendra vite une grande extension.
Les exemples de la Californie, de la Tasmanie, de l’Australie, du Cap prouvent suffisamment que de vastes débouchés lui sont offerts.
D’une part les Mascareignes et les escales successives placées sur la route de Madagascar à Marseille, d’autre part, divers pays de l’Europe centrale, presque tous grands importateurs, constitueront pour les producteurs de la Grande Île une clientèle qui augmentera rapidement.
(À suivre.)

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March 21, 2014

« Madagascar dahalo », une enquête de Bilal Tarabey

Le sud-est de Madagascar fait la une de l'actualité depuis des années et on ne sait pas ce qui s'y passe. Paradoxe d'une région dont bien des parties sont quasiment inaccessibles, sauf à déployer des moyens que possèdent seulement des candidats en campagne électorale - des hélicoptères - ou à reprendre, pedibus cum jambis, un mode de locomotion auquel nos ancêtres étaient plus habitués que nous.
Autour du présumé chef de bande Remenabila et de ses voleurs de zébus devenus des assassins, on nous a raconté des quantités d'histoires plus ou moins crédibles (souvent moins que plus), on nous a montré des photos, dont certaines étaient du genre qu'on préfère ne pas voir, on nous a expliqué la transformation d'une tradition - pour le dire vite, le vol d'une ou deux têtes de bétail pour prouver son courage - en business lucratif et criminel dont les principaux bénéficiaires sont soupçonnés mais jamais inquiétés, on nous a dit que les forces de l'ordre envoyées sur place pour ramener le calme s'étaient livrées à des exactions dénoncées par des enquêtes internationales, on a démenti. Tout cela dans le désordre, une information (pour autant que cela puisse s'appeler une information) contredisant l'autre avant d'être présentée autrement.
Pour en savoir plus, Bilal Tarabey n'a trouvé qu'une solution: se rendre sur place. La trouille au ventre - il le dit, c'est tout à son honneur - mais avec le pressentiment qu'il y a là, peut-être, matière à un grand reportage.
Trois fois, entre juin 2012 et mars 2013, il a arpenté, dans des conditions diverses - du 4x4 à la marche -, les routes défoncées et les sentiers à peine tracés entre les petites villes et les villages, dont certains ont été abandonnés après avoir été incendiés. Il a parlé d'abondance avec les personnes les plus diverses, connues (il a beau leur donner des pseudonymes: l'Ange, le Double, le Musicien, il n'est pas difficile de leur attribuer un visage et un nom) ou totalement inconnues. Il a écouté, il a transcrit. Et il raconte...
Le récit est passionnant. L'auteur ne cache pas ses faiblesses, ses renoncements parfois. J'aurais dû poser cette question, se dit-il parfois, après ne l'avoir pas fait. mais la lassitude ou la peur ont été, par moments, plus fortes que l'instinct du journaliste. Le périple qu'il accomplit, fin mars 2013, en compagnie de Félicien, chargé du recensement pour les prochaines élections, est une torture - pour lui - et un enchantement - pour nous. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne fait pas du tourisme...
Qu'apprend-on?
Que les habitants de la région où se passent les événements débitent les mêmes récits contradictoires que l'on a entendus de loin. Qu'il est presque impossible de démêler le vrai du faux, les faits authentiques de la fiction.
Au final, nous ne savons pas grand-chose de plus qu'avant de lire Madagascar dahalo. Mais nous avons partagé une enquête avec ses fausses pistes, ses moments creux et son absence de solution claire. Nous avons aussi entendu les voix de celles et ceux qui vivent là une existence souvent précaire et dangereuse.
Il n'y a pas d'erreurs dans ce qui nous est dit (sauf une: si la circulation des armes est la conséquence d'événements politiques, il s'agit de ceux de 2002 et pas de 1992), il n'y a que des convictions.
Quant à l'insaisissable Remenabila, il reste une silhouette fugitive qui agite un chiffon rouge avant de disparaître...

March 20, 2014

Il y a 100 ans : Les tribulations d’un Malgache (3)

(Suite et fin.)
Quelles mélancoliques réflexions a bien pu faire en son âme obscur de primitif cet indigène, forcé de se soumettre à de multiples et coûteuses formalités auxquelles évidemment il ne comprend encore rien aujourd’hui.
S’il avait été plus « civilisé », c’est-à-dire moins naïf, il s’en serait tiré par un moyen bien simple : il aurait déclaré l’enfant comme étant né l’avant-veille dans sa case ; sa progéniture aurait eu trois ou quatre mois de moins aux yeux de la loi, et elle ne s’en serait pas plus mal portée.
D’autre part, on ne se serait pas trouvé en présence de ce cas extraordinaire : un acte officiel attestant qu’un enfant n’est pas de son père et certifiant qu’un père étranger à son enfant, l’adopte pour lui donner un état civil !
Si, dans la métropole, nous ne pouvons pas nous résigner à briser le formalisme qui nous étreint comme un cercle de fer, nous devrions au moins ne pas en doter nos possessions d’outre-mer, qui se passeraient bien d’un tel cadeau.
Jean Peyraud.
Le Courrier colonial

Réceptions à l’Office national du Commerce extérieur

M. A.-J. Bourdariat, conseiller du Commerce extérieur de la France, à Tananarive, se tiendra, le samedi 21 février courant, de 2 heures à 4 heures, à l’Office national du Commerce extérieur, 3, rue Feydeau, Paris (2e), à la disposition des négociants et industriels français désireux d’obtenir des renseignements sur Madagascar.
L’Ouest-Éclair (Caen)

Madagascar

L’augmentation de la population, le souci d’accorder aux Européens ou assimilés poursuivis pour crimes, la garantie de cours criminelles composées de juges de carrière, les progrès des transactions entre les Européens et les indigènes rendent à Madagascar plus considérable que jadis le rôle des diverses juridictions, aussi vient-on de créer quatre nouveaux emplois de vice-président et de conseiller à la Cour d’appel de Tananarive, de lieutenant de juge près les tribunaux de première instance de Majunga et de Diégo-Suarez.

Journal des débats politiques et littéraires


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March 19, 2014

Il y a 100 ans : Les tribulations d’un Malgache (2)

(Suite.)
— Où est né ton enfant, demande cet important fonctionnaire ?
— Dans la province de…
— Alors, pourquoi me l’apportes-tu ici ? C’est dans la province où il est venu au monde qu’il faut le déclarer, et non ici.
— Mais, répond humblement notre indigène qui commence à être inquiet, le chef du village a refusé d’accepter la déclaration de ma femme, et l’a renvoyée à vous.
— Eh ! bien, ce chef-là ne connaît pas son métier. Tu vas retourner là-bas, faire ta déclaration, et sans tarder, car la négligence te met dans un mauvais cas.
Or, pour retourner au lieu de naissance de l’enfant, il faut compter cinq ou six jours de marche, au bas mot !
Affolés, les infortunés parents courent chez le colon qui les emploie, et lui content leur mésaventure.
Celui-ci leur promet de tout arranger, et s’en va trouver l’administrateur chargé du district, à qui il expose l’affaire.
— Le cas est grave, répond le fonctionnaire d’un air soucieux. Votre employé tombe sous le coup des pénalités édictées par la loi. Dura lex, sed lex. Cependant, pour vous aider à tirer vos deux indigènes d’embarras, je vais vous indiquer deux moyens, entre lesquels ils pourront choisir pour donner un état-civil à l’enfant. Le père peut, soit le déclarer par un acte de notoriété, en présence de sept témoins, soit, plus simplement, l’adopter…
— Un père « adopter » son propre enfant. Mais vous n’y songez pas, réplique notre compatriote abasourdi : ils vont plutôt chercher les sept témoins.
— Minute ! Ceux-ci ont-ils « assisté » à la naissance ?
— Assisté… Mais…
— Alors, il n’y a rien à faire : la loi exige sept témoins « oculaires ».
Notre colon eut beau discuter, le père dut, bon gré, mal gré, « adopter » son enfant, tout comme s’il s’était agi de l’enfant d’un autre.
Pour cela quatre témoins, qui n’étaient pas obligatoirement « oculaires », suffirent. Et comme tout se paye quand on dérange un fonctionnaire, aux colonies aussi bien qu’en France, il en coûte 5 fr. 50 à l’infortuné père pour adopter son enfant, sans compter les frais de réception des témoins obligatoires.
(À suivre.)

Le Courrier colonial


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March 18, 2014

Il y a 100 ans : Les tribulations d’un Malgache (1)

Le Courrier colonial n’est pas un organe exclusivement indigénophile ; aussi, les gens à l’esprit étroit le traitent-ils assez volontiers d’indigénophobe, bien qu’il n’ait jamais préconisé l’application d’un pareil… barbarisme.
Au risque de contrister nos adversaires et les plonger dans une profonde stupeur, nous devons dire qu’il nous arrive fréquemment de recevoir, des sujets de la France, de longues listes de doléances, et de signaler leurs plaintes lorsqu’elles nous paraissent justifiées.
Oyez, ainsi, l’histoire d’un pauvre Malgache qui vient de faire l’expérience des ahurissantes complications des lois et règlements introduits par nous dans son pays.
Il avait quitté, avec sa femme, la province qu’il habitait, pour aller travailler chez un colon dont les plantations se trouvaient situées dans une autre partie de l’île.
Quelques mois après, sa femme se trouve enceinte. C’est un accident qui peut arriver à toutes les femmes, même malgaches.
Ne pouvant lui donner tous les soins que réclame son état, il l’envoie faire ses couches dans son pays natal, c’est-à-dire dans la province voisine.
L’enfant naît. La mère, fidèle aux recommandations de son mari, l’apporte au « lehibe », chargé de recevoir les déclarations de naissance des enfants issus de ses administrés.
— Es-tu d’ici, lui demande le fonctionnaire bronzé ?
— Oui, répond-elle, et mon enfant est né chez mes parents qui habitent le village. Mais moi, je suis partie avec mon mari dans une autre province.
— Alors, tu n’appartiens plus à mon village, puisque tu as suivi ton mari dans la province voisine, c’est donc là-bas, où il a été fait, qu’il faut aller déclarer ton « gazy ».
La mère, respectueuse de « l’autorité », rentre tranquillement chez ses parents et, quelque temps après, retourne chez son mari, à qui elle raconte l’incident.
Insouciant comme tous ceux de sa race, ce dernier juge que rien ne presse. Il ne se doute pas, le malheureux, de l’importance qu’attache le civilisé aux formalités de l’état-civil.
Enfin, après plusieurs semaines, il se présente tranquillement avec sa femme et sa progéniture, devant le gouverneur indigène de l’endroit.
(À suivre.)

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March 17, 2014

Il y a 100 ans : Le fléchissement de l’industrie aurifère de Madagascar est provisoire

La diminution assez importante que l’on constate dans les sorties de l’or à Madagascar ne doit pas être considérée comme inquiétante pour l’avenir de l’industrie aurifère dans cette colonie.
Cette réduction était prévue et il est même probable qu’elle s’accentuera encore pendant deux ou trois années.
La fièvre de l’or qui s’était manifestée lorsque le précieux métal avait été découvert dans cette colonie, avait déterminé beaucoup de nos compatriotes à s’orienter du côté de ce genre d’exploitation.
Les lavages répétés, auxquels on procédé les prospecteurs, ont appauvri les alluvions ; mais, actuellement, elles s’enrichissent par le démantèlement des latérites formant les escarpements des cours d’eau, et cet enrichissement rendra à la prospection son ancienne activité.
Les procédés employés jusqu’en 1912 étaient également trop primitifs pour permettre à l’industrie aurifère de prendre toute son extension. Aussi certains de nos compatriotes, convaincus de la nécessité de recourir à des méthodes plus modernes, procèdent-ils en ce moment à l’établissement d’installations industrielles perfectionnées.
C’est seulement lorsque ces installations seront achevées que l’industrie aurifère pourra acquérir le développement dont elle est susceptible.
Non seulement les alluvions pourront être prospectées avec succès, mais encore l’exploitation du sous-sol contribuera à donner tout son essor à cette industrie.

La culture du tavolo se développe à Madagascar

Depuis le mois de juillet dernier, la région de Sahavato a expédié sur Mananjary plus de 10 tonnes de tavolo ; le district d’Antsanavolo en a expédié plus de 20 tonnes.
Les indigènes s’adonnent de plus en plus à cette culture que l’ouverture du canal des Pangalanes va contribuer à développer encore.
D’autre part, de nombreuses demandes de concessions sont faites par des colons désireux de s’établir sur la rive droite du Sakaleona où déjà existent de riches plantations.
Cette région s’annonce comme devant être une des plus prospères de la colonie.

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March 16, 2014

Il y a 100 ans : La colonisation arabe à Madagascar

À l’académie de Tananarive, il a été récemment question de la colonisation de la province d’Analalava, sur la côte ouest de Madagascar, par les Arabes Antalaotra, venus du golfe Persique vers le huitième ou le neuvième siècle de notre ère.
Leur principal entrepôt était Langaina, dans l’îlot de Nosy-Manja, où l’on trouve encore des vestiges attestant la puissance de ces premiers colons qui eurent à soutenir des luttes très vives contre les Portugais et les Sakalaves.
Attaquée à plusieurs reprises par les uns et les autres, Langaina, alors Pangany, se releva plusieurs fois de ses ruines. Enfin, la ville fut abandonnée vers 1659 et le roi hova Andriamahatindriarivo, pour peupler Majunga qu’il venait de fonder, y réunit tous les Antalaotra qui se trouvaient à Langany, Baly, Kandrany, Boina et dans les autres petits centres du littoral.
Le commerce, autrefois entre les mains des colons arabes, se trouva dès lors concentré à Majunga.

L’acclimatation du quinquina à Madagascar

La formation d’un trust de la quinine va, dit-on, faire doubler le prix de ce produit si utile à nos compatriotes des colonies.
Aussi est-il intéressant de faire connaître que des essais de plantation de quinquina, à Analamazoatra, ont donné des résultats encourageants pour l’avenir, bien qu’en apparence défavorables au début. Sur 500 pieds plantés, 50 seulement ont survécu, mais ces 50 survivants présentent tous les caractères d’une végétation vigoureuse et saine.
Comme ils sont tous groupés, on a voulu connaître la nature du terrain qui leur est ainsi favorable. Ce qu’il faut, c’est un sol sablonneux, sans pierres, recouvert d’une couche d’humus de 15 à 23 centimètres.
Dans les endroits, au contraire, où les plants étaient morts, la couche d’humus recouvrait un sous-sol pierreux, composé principalement de fragments de quartz mélangés avec de l’argile.
Ces constatations sont précieuses, elles montrent comment la culture du quinquina pourra réussir à Madagascar. Les terres propices à cette culture n’y sont pas rares, heureusement ; tout le sous-sol de la côte Est, surtout aux environs de Tamatave, est composé de sable sur une largeur de plusieurs kilomètres parfois.

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March 14, 2014

Il y a 100 ans : Villégiatures malgaches

Nos compatriotes de Tamatave cultivent la villégiature estivale. Ils vont chercher dans les régions élevées un soulagement aux chaleurs torrides qui sévissent sur la côte, du mois de septembre au mois de mars, et surtout en janvier et février.
Autrefois, ils se rendaient à la Réunion, faire une saison à Salazie ou à Cilaos. Aujourd’hui, le chemin de fer de la Côte-Est leur permet de remonter vers les plateaux d’Imerina, où, à moins de frais, ils trouvent les mêmes avantages.
Antsirabe est devenu le Vichy de notre grande colonie. D’autres points, également salubres, seront de plus en plus fréquentés par la population européenne.

La lutte contre le paludisme à Madagascar

Un récent arrêté, pris par M. Picquié, a donné aux agents assermentés mis à la disposition du médecin chargé de la lutte contre le paludisme, le droit de pénétrer, du lever au coucher du soleil, dans les propriétés publiques et privées, closes ou non closes, après en avoir prévenu le propriétaire.
Ces visites ont pour but de prescrire les mesures de prophylaxie prévues et de s’assurer qu’elles ont été exécutées.

Étrange attitude du service de l’enseignement à Madagascar

Nous avons précédemment signalé le concours que tous les services de Madagascar ont prêté à M. Supparo, l’artiste peintre qui a assumé la délicate mission de créer une école des Beaux-Arts à Tananarive.
Dans un de nos récents numéros, nous faisions connaître, d’autre part, le succès obtenu par les cours publics qu’il a ouverts au commencement du mois de janvier.
Aussi sommes-nous très étonnés d’apprendre que le service de l’enseignement fait une sourde opposition à M. Supparo.
Certains élèves ou instituteurs avaient été admis à suivre les cours ; le chef du service de l’enseignement décréta, dit la Tribune de Madagascar, qu’ils n’y assisteraient pas.
Il est vraiment extraordinaire qu’un chef de service ait donné des instructions semblables, en opposition non seulement avec les intentions du chef de la colonie qui a prouvé toute sa sollicitude envers l’œuvre de M. Supparo, mais encore avec les désirs du département des colonies, qui a accordé une bourse à cet artiste.

Le Courrier colonial


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March 13, 2014

Il y a 100 ans : La surveillance des autorités indigènes

M. le gouverneur général Picquié vient de prendre une mesure qui a été hautement approuvée par tous les colons. Il a, en effet, sanctionné une décision du chef de la province de l’Itasy que nous avions brièvement mentionnée et qui punissait d’une amende de 5 francs les 5 contribuables formant le fokonolona du village de Morarano pour inexécution d’une des plus importantes fonctions de leur charge. Ils n’avaient pas réprimé le vagabondage comme ils l’auraient dû.
Quand on connaît toute la bienveillance pour les indigènes de M. Picquié, qui veut les attirer à nous, non par la manière forte, mais par des mesures de justice et d’équité, on est amené à penser que, pour s’être résolu à sanctionner cette mesure de rigueur, il fallait qu’elle lui ait paru absolument nécessaire.
Nous avons eu raison d’appeler les Malgaches à collaborer avec nous à l’administration locale. Mais il ne faudrait pas qu’il en résulte des abus.
Nous sommes amenés à insister sur ce point à cause d’un fait d’une réelle gravité qui s’est produit au village de Menarano, qu’il ne faut pas confondre avec Morarano, dont nous venons de parler.
Un crime a été commis, il y a eu précisément hier, 16 février, un an. Or, il a été démontré que l’attentat avait été prémédité, même annoncé d’avance, et que le fokonolona n’avait rien fait pour l’empêcher, pas plus que pour retrouver les coupables.
Chef de province et chef de district avaient été d’accord, à ce moment, pour demander que l’on fît un exemple susceptible d’impressionner les indigènes de la région. Une enquête fut ouverte. Qu’en est-il advenu ?
C’est ce que se demandent les colons qui sont inquiets de cette incompréhensible impunité. On n’est pas loin de croire que le dossier de l’enquête s’est égaré en route, car les faits de Menarano étaient beaucoup plus graves que ceux de Morarano. Il n’est donc pas douteux que si les résultats de l’enquête étaient parvenus jusqu’au gouverneur général, ce dernier aurait sévi plus rigoureusement encore dans le second cas que dans le premier.

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March 12, 2014

Il y a 100 ans : La transformation de Tananarive (2)

(Suite et fin.)
Toujours dans le même ordre d’idées et à la fois pour perpétuer la mémoire d’un indigène, qui rendit à sa patrie malgache des services éminents, et pour conserver un des rares monuments que nous ait laissés la royauté hova, le gouverneur général a fait entièrement restaurer le tombeau du premier ministre Rainihara et de sa famille, laissé jusque-là dans le plus déplorable état d’abandon et de ruine. Autour de ce monument a été tracé un jardin public qui viendra heureusement égayer le populeux faubourg d’Isotry.
Enfin, les derniers restes de l’immense butte qui, au temps de la domination hova, séparait la Résidence du reste de la ville, ont définitivement disparu. C’est le terme d’un travail commencé dès la prise de Tananarive, continué par le percement de l’avenue de France, par la construction des immeubles du Gouvernement de part et d’autre de cette avenue, achevé par l’aménagement sur les espaces libres de deux jardins qui donnent accès à la Résidence.
Aujourd’hui, la ville basse prend tournure et, d’ici une dizaine d’années, une véritable cité moderne aura surgi du sol bouleversé de l’avenue Fallières et de l’avenue de la Gare. Déjà la physionomie de la ville future apparaît et le plan se dessine avec netteté dans ses grandes lignes. Pendant plusieurs mois, l’œil ne pouvait rien distinguer au milieu de cet amas de bois, de pierres et de fer que constituait le chantier de l’avenue nouvelle. Aujourd’hui que le déblaiement est effectué, que les divers matériaux de l’entreprise ont reçu leur destination, il est permis de se rendre compte du travail accompli et le coup d’œil d’ensemble est satisfaisant.
Avec ses toits aux tuiles rouges, ses maisons rouges à vérandas aux nombreuses colonnes et à péristyles, transparaissant au travers des arbres d’un vert presque noir, Tananarive donne l’impression de ces cités tranquilles de la mer Noire ou de la Côte d’Asie Mineure, nonchalamment étendues au bord de la mer aux pieds de leurs collines rouges, couronnées de noirs cyprès qu’elles bordent de la frange de leurs toits roses.
E. Labrousse.

Le Courrier colonial


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March 11, 2014

Il y a 100 ans : La transformation de Tananarive (1)

Le voyageur, qui arrive pour la première fois à Tananarive, tout comme l’administrateur résident, que ses affaires ont tenu éloigné plusieurs années de la capitale, sont, l’un et l’autre, également frappés de l’agréable transformation qui a fait du chef-lieu de la colonie une cité de parcs et de jardins où l’œil aime à se reposer sur une végétation verdoyante qui égaie les différents quartiers de la ville. C’est, en effet, surtout depuis quatre ans, que l’administration de M. Picquié s’est attachée, suivant un plan d’ensemble méthodique, à agrémenter la ville de jardins et d’espaces libres.
L’idée qui présida à ces créations fut d’assainir et d’égayer la ville par la transformation en jardins publics de tous les bas quartiers, jusque-là terrains à rizières, marécages ou dépotoirs communs, véritables foyers d’infection et nids à microbes. C’est en application de cette idée qu’avait été entreprise la création du square d’Ambohijatovo, dont les allées furent retracées et dont le plan primitif fut élargi.
Ce square, ainsi transformé, occupe la place d’un des quartiers les plus sordides de la vieille ville. À la demande de la commission municipale il a reçu le nom de square Poincaré.
L’avenue qui le continue à travers l’ancien marais, récemment comblé pour la construction de la gare, est en voie d’achèvement. Elle a été plantée de beaux arbres, des deux côtés des allées charretières. Au centre, de belles pelouses recevront des corbeilles de fleurs. Cette voie d’accès à la gare, digne de l’édifice auquel elle mène, ne pourra que donner au voyageur fraîchement débarqué la meilleure impression sur la capitale des souverains hovas, déjà si transformée que la reine Ranavalo, elle-même, ne la reconnaîtrait plus.
Cette promenade peut, en effet, dès maintenant rivaliser avec les plus belles allées de nos grandes villes.
Poursuivant son œuvre d’assainissement et d’embellissement, M. Picquié a prescrit de combler et de niveler l’ancienne rizière de la reine, marécage infect et bourbeux, appelé place Richelieu, qui n’avait guère de place que le nom. Sous peu, un superbe square verdoyant, qui ne le cédera en rien au square Poincaré, remplacera le cloaque d’antan.
(À suivre.)

Le Courrier colonial


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March 10, 2014

Il y a 100 ans : Ça continue

Nous lisons dans l’Impartial de Diego-Suarez, sous le titre : « Ça continue », le filet suivant :
C’est le bluff qui continue et en voici encore un nouvel exemple.
Il y a huit ans que la route des placers est commencée : elle devait être terminée en 1910 ; or ce n’est qu’aujourd’hui qu’on s’aperçoit que les ponts vont manquer. On les avait d’abord mis en adjudication pour cette année, mais on s’est ravisé et on a reporté l’adjudication à l’année prochaine : les ponts ne seront sans doute livrés que dans deux ou trois ans.
Il est facile de voir, dans ce fait, la malice cousue de fil blanc, digne d’un Picquié. En retardant l’adjudication et la fourniture des ponts, l’argent reste en caisse et, en fin d’exercice, on dira : « Voyez comme les affaires sont prospères à Madagascar, nous avons économisé tant… que nous allons verser à la caisse de réserve. » Les bons gogos de France s’extasieront et s’écrieront que nous avons un grand homme à la tête de nos affaires, surtout les bons journaux, ceux qu’on stimule à nos dépens.
Mais à Madagascar, en attendant les ponts, on marchera en filanzana, pour les gens cossus ; à pied, à travers les sentiers boueux et rocailleux, pour les pauvres diables.
Sans commentaires !…
Les Annales coloniales

Madagascar

Les travaux d’aménagement des périmètres de reboisement dans la région des Hauts-Plateaux se poursuivent activement.
La création de ces périmètres a pour objet d’inciter les populations indigènes de l’Imerina, notamment aux environs des centres, à planter des pépinières pour la formation des bosquets.
Déjà un peu partout, et surtout aux environs de Tananarive, des taches de verdure tranchent sur le vieux sol rouge d’autrefois ; déjà les habitants de certains villages participent à ce reboisement.
Le but que poursuit l’administration dans la régénération de la forêt malgache est aussi de conserver et d’entretenir le domaine forestier tout en assurant, par tous les moyens possibles, l’exploitation par les concessionnaires. La colonie cherche également à éviter que, par des mesures de protection inapplicables, on arrive à rendre les bois plus rares sur les marchés des villages et plus onéreux pour les consommateurs.

Journal des débats politiques et littéraires


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March 8, 2014

Il y a 100 ans : Avertissement de passage des cyclones

Un service d’avertissement de passage des cyclones au moyen des postes de télégraphie sans fil est organisé à titre d’essai sur les côtes est, nord-ouest et ouest de Madagascar.
Jusqu’ici, rien que de fort bien. Mais lisez la suite : « Ce télégramme sera envoyé à toutes les heures paires, sauf entre minuit et six heures du matin. »
Et cela rappelle cette sombre et récente histoire du navire qui, coulant tout là-bas, près du cercle arctique, reçut en réponse à ses signaux désespérés un message d’un poste assez isolé : « Impossible faire partir secours ; bureaux T. S. F. fermés dans les ports suffisamment outillés pour organiser aide. N’ouvriront qu’à 6 heures du matin. »
Et le navire acheva de couler, solitaire…
Serait-il absolument impossible d’organiser un service de T. S. F. constant ? Sans quoi l’utilité en est bien diminuée, car un lamentable hasard veut que nombre de catastrophes se passent la nuit.
Pour en revenir à ce qui concerne la Grande Île, on compte un peu, et avec quelque logique, sur les commandants des navires à la mer qui pourront « radiotélégraphier » directement aux postes de la colonie les perturbations d’allure cyclonique qu’ils rencontreraient, de manière à étendre autant que possible la portée de ce service d’avertissement.
Mais tout cela ne console pas les victimes du dernier cyclone, qui n’ont obtenu que de piètres satisfactions.

Amende collective

Par décision locale du 24 décembre 1913, approuvée par M. le Gouverneur général, une amende collective de 95 francs, qui sera perçue au profit du budget local, est infligée au fokonolona du village de Sarodrano (canton de Sitampiky, secteur d’Ambato, province de Maevatanana), pour négligence grave dans l’accomplissement de ses devoirs de police et d’ordre public. En cas de non paiement, la contrainte par corps sera exercée contre les dix-neuf adultes du village de Sarodrano.
Et l’on viendra nous dire que M. Albert Picquié n’exige pas l’ordre dans sa colonie ? Allons donc !… Vous voyez bien qu’il doit être formidablement sévère pour lui-même, puisqu’il a fait punir de 95 francs d’amende le fokonolona d’un village de dix-neuf adultes (cent sous par tête !) lorsqu’il néglige les devoirs de sa charge.

Les Annales coloniales


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