May 28, 2015

Il y a 100 ans : M. Garbit à Majunga (3)

(Suite.)
Un bref discours fut alors prononcé en l’honneur de la France par un membre de la colonie hellénique, puis M. Garbit prit à son tour la parole :
*
Messieurs,
Je tiens à vous remercier, tout d’abord, des paroles aimables que vient de m’adresser M. Orsini, votre représentant si bien qualifié.
M. Orsini a dit que je n’étais pas un inconnu pour vous, il est vrai que, depuis longtemps, je connais et apprécie votre ville où beaucoup d’entre vous sont pour moi d’anciens amis.
Il y a vingt et un ans que je fis connaissance avec Majunga alors que, lieutenant à Diégo, je vins ici, en civil, pour faire aux environs de la ville des levés en vue de l’expédition projetée.
Je revins en janvier 1895, commandant une section d’artillerie avec les premières troupes débarquant sur votre côte ; ce débarquement eut lieu sans peine, par conséquent sans gloire. Ce pays nous attendait déjà : il était mûr pour entrer dans le giron de la France.
Je me souviens, dès cette époque, de l’un d’entre vous, votre doyen peut-être, M. Garnier, et de sa pittoresque terrasse où nous nous rendions pour contempler les derniers rayons du soleil couchant, où nous allions au déclin de chaque jour savourer la fraîcheur de ses breuvages et la chaleur de son accueil.
Depuis, j’ai revu bien souvent Majunga, j’ai suivi progressivement le développement de votre ville aux avenues largement percées, bien aérées, bien éclairées, bien irriguées. Je l’ai vu sortir, avec sa grâce d’aujourd’hui, de l’embryon de jadis ; je ne veux point médire cependant de Majunga d’autrefois, car je conserve pour lui le souvenir et le respect que nous devons aux choses disparues.
Ce développement, votre ville le doit à deux choses : la première, c’est votre énergie, votre constance et votre ardeur au travail.
Vous le devez aussi à une calamité qui, par deux fois, s’abattit sur vous et, par deux fois, conduisit aux sacrifices nécessaires.
C’est ainsi que, de Majunga de jadis, vous avez fait la ville que nous contemplons et admirons aujourd’hui.
(À suivre.)

Les Annales coloniales

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 21 titres parus à ce jour.

May 26, 2015

Il y a 100 ans : M. Garbit à Majunga (2)

(Suite.)
7° Rattachement des Comores dans le système douanier de Madagascar, à laquelle elles sont de fait rattachées comme province.
8° Révision du système des patentes et licences.
9° Création d’une caisse d’épargne postale à Madagascar.
10° Exploitation des produits naturels de l’île, leur protection, étude des moyens de préparation idéale de ces produits, notamment pour les raphias et caoutchoucs.
11° Protection de l’industrie sucrière ou des autres industries agricoles, par l’application de tarifs spéciaux ou de franchise dans les taxes de consommation qui ont ruiné ces industries dans leurs débuts, alors qu’elles florissent dans les pays voisins comme Maurice et la Réunion.
12° Création de stations rizicoles dans la région.
13° Réglementation des mains-d’œuvre prestataires ou des fonds provenant de leur rachat pour en obtenir un meilleur emploi.
14° Solution de la question des immatriculations, insuffisance de géomètres.
15° Création de Chambres de commerce ayant personnalité civile et commerciale.
16° Autonomie des commissions municipales transformées en conseils municipaux administrant les intérêts de la ville.
Une partie de ces questions locales les plus urgentes vous ont été soumises et en partie elles ont été résolues.
Les autres, plus générales, seront discutées lors du Congrès qui aura lieu à Tananarive, et après les avoir sérieusement étudiées et documentées, d’accord avec notre administrateur.
Je me permets de vous remercier, Monsieur le Gouverneur général, au nom de tous, d’avoir bien voulu accepter l’idée de la formation d’un Congrès général, réunissant les délégués de tout le commerce, de l’industrie et de l’agriculture de l’île, véritable conseil de la Colonie, où tout ce qui a trait au développement de sa prospérité y sera étudié avec compétence et dévouement.
Nous attendons grand bien de ce Congrès, où le colon, quoi qu’on en dise, raison d’être d’une colonie, pourra enfin prendre part lui-même, dans une large mesure, aux questions qui l’intéressent le plus.
 (À suivre.)

Les Annales coloniales

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May 25, 2015

Il y a 100 ans : M. Garbit à Majunga (1)

Ainsi qu’il l’avait annoncé dès les premiers jours de son arrivée à Madagascar, M. Garbit, Gouverneur général p. i., a entrepris une tournée dans la Grande Île afin de se rendre compte par lui-même des desiderata et des besoins de ses administrés.
Voici que nous parviennent des échos de son passage à Majunga, où l’accueil qu’il reçut fut chaleureux.
Un vin d’honneur fut offert à M. Garbit, et la Colonie française, au grand complet, négociants, colons, militaires, fonctionnaires, y assista ; s’y étaient joints les membres de la Colonie anglaise de Majunga, l’agent consulaire en tête, la Colonie hellénique et les représentants les plus notables de l’important groupement des originaires de l’Inde, notables commerçants.
M. Orsini, directeur du batelage et vice-président de la Chambre consultative, avait, au cours d’une séance particulière des Commission municipale, Chambre consultative et Comice agricole réunis, présenté en détail au Gouverneur général les diverses questions intéressant la ville et la province. Délégué pour représenter celles-ci au vin d’honneur, il se contenta de souhaiter la plus chaleureuse bienvenue à M. Garbit, et de lui rappeler rapidement les désirs soumis à son équitable appréciation :
*
1° Tout d’abord la question de la création d’un port, grosse question dont l’étude devient de plus en plus nécessaire et que nous mettons en première ligne de nos desiderata.
2° Celle des voies de communication fluviales et terrestres, et des questions connexes qui s’y rattachent, drague, curage des rivières, etc. Celle des services maritimes.
3° Étude d’un chemin de fer pour la mise en valeur de vastes contrées où dorment d’immenses richesses impossibles à exploiter.
4° Création d’une commission composée d’ingénieurs et de personnes compétentes pour l’étude des grands projets destinés à la mise en valeur de la colonie.
5° Étude de projet d’emprunt ou de grand crédit par la colonie ou les provinces pour permettre l’exécution économique et rationnelle de tous les grands travaux ainsi que des travaux publics courants.
6° Révision des tarifs douaniers et de consommation ; question particulière de la taxe sur les sacs vides.
(À suivre.)

Les Annales coloniales

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May 24, 2015

Il y a 100 ans : Autour de la mobilisation (3)

(Suite et fin.)
M. Garbit, en un mot, a fait son devoir de Gouverneur Général. C’est justement ce qui a donné de l’autorité à sa parole lorsqu’il est allé récemment à Tamatave, Diégo-Suarez, Nossi-Bé et Majunga, exposer les grandes lignes de son programme de défense nationale.
Quel est ce programme ? C’est tout simplement d’éviter ce qui pourrait diviser, et de s’en tenir franchement, résolument, à ce qui doit être l’objet de toutes nos pensées et de nos volontés.
L’intention évidente du Gouverneur Général est d’administrer la Colonie non pas contre l’opinion publique, mais autant que possible avec l’opinion publique.
Le chef de la Colonie a convoqué pour lundi prochain, à trois heures et demie, les membres de la Chambre consultative de Commerce et d’Industrie et du Comice agricole.
En agissant ainsi, M. Garbit n’est pas seulement habile, il ne se montre pas seulement un tacticien consommé ; il parlera, nous en sommes convaincu, aux membres des deux assemblées, représentant toute la population tananarivienne, avec un accent de sincérité, une puissance de raison, une décision lumineuse, qui entraîneront tous les esprits indécis et embarrassés de trouver leur chemin à travers les difficultés de l’heure présente.

Copie du télégramme officiel n° 1371 CM

Tananarive, le 16 avril 1915.
Gouverneur Général (Cabinet militaire) à toutes circonscriptions.
Opération faite actuellement par recrutement est simple recensement de territoriale. Si appel devait avoir lieu, intéressés seraient prévenus à l’avance le plus longtemps possible afin qu’ils puissent prendre dispositions et que en tout cas ils puissent être individuellement examinés, aucune décision n’est prise en ce moment. Vous prie donner large publicité afin que doute ne subsiste pas et que chacun continue à gérer ses affaires ou ses propriétés.

Conseil de révision

De la Tribune :
Une commission, composée de trois officiers et d’un médecin-major, partira incessamment à la Réunion, pour y procéder à la révision des diverses classes soumises aux obligations militaires.
Espérons que cette commission fera son devoir en toute conscience.

Le Tamatave

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May 23, 2015

La Bibliothèque malgache en vente à Madagascar

Depuis que la Bibliothèque malgache a basculé en version numérique, élargissant au passage son champ d'activités, l'achat des ouvrages qui y sont publiés était réservé, à Madagascar, aux heureux détenteurs d'une Carte bleue ou son équivalent, en passant par des librairies étrangères.
Cela ne pouvait pas continuer à durer, comme on le dit parfois en Belgique.
Une librairie pionnière d'Antananarivo a accepté d'être la première à proposer les livres numériques de la Bibliothèque malgache à ses clients. Il s'agit de Lecture & Loisirs, dans l'enceinte du Tana Waterfront, et que beaucoup d'entre vous connaissent probablement si vous habitez la capitale. Vous y trouvez désormais cette affichette:


Les prix de vente sont fixés en ariary et pas en euros, ce qui est quand même plus facile quand on habite Madagascar. Mais inutile de faire des tentatives de marchandage: le taux de change pratiqué (1 euro = 3.000 ariary) est déjà inférieur au cours officiel.
En pratique, puisque le commerce électronique n'est pas encore de mise, le mécanisme, simple, est le suivant:
  1. le futur lecteur paie à la librairie le(s) livre(s) désiré(s), en donnant son choix de format (epub, mobi ou pdf);
  2. la librairie transmet la commande à la Bibliothèque malgache, avec l'adresse email du ou de la destinataire;
  3. les livres sont envoyés dès réception de la commande, et se trouvent donc dans la boîte de réception de votre messagerie en 48 heures maximum, souvent moins.

Alors, elle n'est pas belle, la vie?
La participation d'autres librairies est bien sûr envisagée.

May 22, 2015

Il y a 100 ans : Autour de la mobilisation (2)

(Suite.)
Tel est l’esprit qui a présidé aux décisions des commissions instituées par M. Garbit, en vue d’examiner, une à une, les demandes de sursis. Seulement, les exemptions y sont conditionnelles, précaires. Les individus, pareils à des soldats en permission, y sont congédiés jusqu’à nouvel ordre, jamais libérés aussi longtemps que dureront les hostilités ; les sursis étant pratiqués dans l’intérêt de la Colonie, qui a besoin d’agriculteurs, d’ouvriers et de fonctionnaires, seraient supprimés dans l’intérêt supérieur de la patrie si, par impossible, le besoin un jour s’en faisait sentir.
C’est là le devoir évident, supérieur, national ; mais non, il est des gens peu nombreux, nous l’espérons, mais enfin il s’en trouve, qui, sous l’influence d’un égoïsme léger, ne s’arrêtent pas à de telles considérations. À un point de vue qui n’a rien de militaire, ils offriraient un curieux sujet d’étude – depuis l’homme qui ne sait se passionner pour ce qui dépasse la sphère de ses intérêts personnels, jusqu’au pauvre hère qui manque sinon de courage et de patriotisme, du moins dont le patriotisme est prudent et mitigé.
Eh quoi ! disent quelques-uns, ne suis-je donc pas libre de discuter comme je l’entends les décisions des commissions de sursis et de les apprécier à ma manière ? Vous êtes certainement libres, personne ne conteste votre droit ; seulement nous touchons ici à un point curieux de notre hygiène politique. La liberté, pour certaines personnes, consiste à ne tenir compte que de leur bien-être, de la prospérité de leurs affaires ; à faire ce qu’on veut ou plutôt ce qui passe par la tête de quelques meneurs, sans s’inquiéter des conséquences.
Il y a une question bien autrement importante. Certes, s’il y a aujourd’hui pour tous les Français de Madagascar une nécessité manifeste, impérieuse, c’est celle d’éviter les agitations, les mobilités ; de donner l’appui moral le plus absolu au gouvernement local qui porte dans ses décisions, comme il l’a montré depuis plus de six mois, un esprit résolu et ferme en même temps que libéral, très préoccupé d’introduire dans son administration la simplicité et l’économie.
 (À suivre.)

Le Tamatave

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May 20, 2015

Il y a 100 ans : Autour de la mobilisation (1)

Sous ce titre, nous trouvons, dans le dernier numéro de la Tribune, un remarquable article que nous publions ci-après, bien assurés d’être agréables à nos lecteurs.
Pour tout ce qui porte un cœur français, le premier devoir, à l’heure présente, est de marcher joyeusement sous les drapeaux au premier signal de l’autorité militaire. Certes, la population de Madagascar peut en rendre témoignage, elle a, pour la défense nationale, accompli généreusement tout ce que l’honneur lui prescrivait. Mais notre nature de Français est ainsi faite que, dévoués à la patrie, notre premier mouvement est de nous engager à titre de volontaire, mais le second est de regarder si le voisin en fait autant. Nous supportons, nous aimons les charges les plus dures, quand elles ne souffrent pas d’exception.
Pour réaliser cette égalité devant le sacrifice commun, le Gouverneur Général a agi de la manière la plus équitable ; il a résolu fort sagement, on le sait, le problème des exemptions nécessaires. Les supprimer entièrement est chose impossible. Dans les colonies, la mobilisation qui consisterait – comme l’entendent certains esprits absolus – à convoquer indistinctement tous les hommes des classes appelées, équivaudrait à l’arrêt complet de toute vie économique. Et, sans envisager les conséquences inadmissibles à l’égard de nos populations indigènes, une mesure aussi radicale serait absolument contraire aux instructions formelles du Département qui prescrivent d’accorder des sursis, par décision individuelle, dans les cas jugés nécessaires pour le maintien de la vie matérielle et administrative de la Colonie.
L’agriculture et, en certains cas, l’industrie sont aussi nécessaires à un pays que l’armée ; elles font même partie de la défense nationale. Ce n’est pas tout, une vaste contrée comme Madagascar, peuplée de plus de trois millions d’aborigènes, qui serait privée de son administration et de sa police, peut être considérée comme un foyer dont les habitants débiles, femmes, enfants, vieillards, ne peuvent se passer de leur chef et de leur père nourricier. Une fabrique fermée par suite du départ d’un indispensable patron ou d’un agent technique est assimilée à une famille abandonnée sans pain.
(À suivre.)

Le Tamatave

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May 19, 2015

Il y a 100 ans : Cour criminelle de Tamatave : Assassinat de M. Chabas (4)

(Suite et fin.)
Thomas Joseph, dit petit frère, est entendu le premier. Il confirme, dans ses points essentiels, les déclarations et les aveux faits par lui à l’instruction. Les quelques lacunes ou variantes restrictives qu’on a pu y remarquer s’expliquent facilement. Le soir du 3 octobre, en se rendant sur les lieux, les assassins, pour se donner du cœur sans doute, ont fait de nombreuses stations chez divers mastroquets chinois où, chez chacun d’eux, ils ont bu plusieurs coups de sec. Le crime accompli, ils ont encore bu, dans la salle à manger de la victime, de l’absinthe pure, les uns avec du sucre, les autres sans sucre. Quoi d’étonnant que Thomas Joseph, dont la constitution est loin d’être robuste, n’ait pas, sur certains points de détail, des souvenirs bien précis.
Mais ce crayon fatal, ce crayon vert taillé des deux bouts, ce crayon reconnu par Thomas père, ne vient-il pas étrangement souligner les aveux hésitants de Thomas Joseph et leur imprimer un caractère indéfectible de vérité ?
C’est ce qui a amené une conviction absolue dans les esprits.
Les interrogatoires des accusés terminés, la cour procède à l’audition des témoins. Cette audition a pris l’audience du soir du jeudi, et les deux audiences du vendredi, matin et soir.

Épilogue de l’affaire Chabas

La Cour criminelle a condamné Laurent Marcel, Morange Gaston, Thomas Joseph, détenus, et François, dit Francis, en fuite, à la peine des travaux forcés à perpétuité.
Lezoma a été acquitté.
Le Tamatave

La chaleur à Tamatave

Durant la troisième semaine de février, la chaleur a été intolérable à Tamatave, causant une sécheresse intense. C’est la première fois qu’une pareille température a pu s’observer.
Le jeudi 18, un vent chaud du nord-ouest a soufflé avec violence ; à l’ombre, le thermomètre a atteint jusqu’à 36° par endroits ; l’air était irrespirable, et les objets que l’on touchait provoquaient la sensation qu’on les sortait d’un four.

Le Courrier colonial

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May 18, 2015

Il y a 100 ans : Cour criminelle de Tamatave : Assassinat de M. Chabas (3)

(Suite.)
Pour le moment, les assassins se sont retirés paisiblement, sans que les voisins ou les passants aient soupçonné quoi que ce soit, et rien remarqué d’insolite. Ce n’est que le lendemain à la pointe du jour que des ouvriers venus pour leur travail ont découvert le cadavre de la victime, donné l’éveil et avisé la justice.
Durant un long mois, l’information s’est traînée sans résultat, lorsque le magistrat instructeur eut l’idée de présenter le fameux crayon vert, laissé par les bandits sur la table de la victime, au Mauricien Thomas, père de l’un des accusés, Thomas Joseph, dit petit frère. Thomas père reconnut ce crayon comme lui appartenant et comme ayant été prêté par lui à son fils Joseph. Ce dernier, en présence de cette déclaration, a fini par entrer dans la voie des aveux, et c’est ainsi qu’ont été connus les auteurs ainsi que les circonstances du crime.
Le Hova, Laurent Marcel, qui paraît être l’instigateur principal de ce crime, était depuis sept ans au service de M. Chabas, dont il avait su capter la confiance, au point que celui-ci le chargeait souvent soit de recouvrements, soit de chargements importants à la poste. Il savait donc où M. Chabas plaçait son argent. Il savait encore que ce dernier devait aller dimanche matin à la campagne qu’il possédait dans la brousse, et qu’il devait emporter une somme importante pour y payer des ouvriers. Tout cela explique la sécurité et la précision avec laquelle les assassins ont procédé. De plus, un gros chien de garde a été enfermé par ces derniers dans un atelier pour se mettre à l’abri de ses crocs. Cette opération n’a pu être effectuée que par quelqu’un particulièrement connu de ce chien. Cela est évident.
À l’ouverture de l’audience, – après que les formalités d’usage ont été remplies, et que lecture a été donnée par le greffier de l’acte d’accusation, – le ministère public prend la parole et requiert qu’il plaise à la cour de prononcer défaut contre le Malgache Francis, dit François, en fuite. Il est fait droit à sa requête.
Après quoi, la cour procède à l’interrogatoire des accusés.
(À suivre.)

Le Tamatave

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May 16, 2015

Il y a 100 ans : Cour criminelle de Tamatave : Assassinat de M. Chabas (2)

(Suite.)
Après avoir comploté leur crime quelques jours avant, le samedi soir 3 octobre 1914, les accusés dénommés ci-dessus ont attendu aux environs de la place Duchesne que M. Chabas fût rentré de la promenade qu’il avait l’habitude de faire chaque soir après le souper. Il était aux environs de neuf heures quand M. Chabas a regagné son domicile. Les accusés l’ont suivi dans la cour sous prétexte d’un travail à exécuter et, après un bref échange de paroles, ils l’ont frappé en pleine figure avec des morceaux de bois équarris. Chabas, étourdi et voulant sans doute gagner la rue pour appeler au secours, a trébuché sur un tas de madriers sur lesquels il est tombé. C’est alors que Laurent, l’un des agresseurs, lui a asséné sur le sommet de la tête plusieurs coups d’une hache lourde qui ont provoqué une mort instantanée.
L’instruction a établi depuis que cette hache avait été volée le 4 juin précédent à l’usine frigorifique de la Société Rochefortaise par Morange.
Le crime accompli, les assassins ont dépouillé la victime de sa montre avec chaîne en argent, des valeurs qu’elle pouvait avoir sur elle, ainsi que des clefs de son appartement, dont ils se sont servis pour pénétrer dans ledit appartement, sis au premier étage. Mais avant de monter, ils ont recouvert le cadavre de copeaux, débris de bois, vieilles toiles, etc. Pendant ce temps, l’un des accusés, Lezoma, faisait le guet dans la rue.
Dans l’appartement, ils ont fracturé une armoire et une petite malle, dans lesquelles ils ont pris 4 000 et quelques cents francs en or, ainsi que trois cents francs en argent et divers bijoux. Dans la malle, ils ont laissé 2 500 fr. en billets de banque, formant une liasse ; dans un tiroir d’une table, qu’ils n’ont pas songé à ouvrir, ils ont également laissé environ 500 fr., partie en or, partie en argent.
Après quoi, tranquillement, ils ont mangé et bu. Puis, voulant sans doute dépister la justice, ils ont trouvé plaisant d’écrire, sur un grand morceau de papier laissé sur la table, une phrase donnant à entendre que l’auteur du crime n’était autre que l’excellent agent de la sûreté Ahmadi. Cette phrase a été écrite avec un crayon vert, taillé des deux bouts, et ce crayon a été laissé sur le papier. C’est ce qui les a perdus.
 (À suivre.)

Le Tamatave

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May 11, 2015

Kidd le pirate, son trésor et Washington Irving

L'information a fait le tour du monde en quelques heures, la semaine dernière. Le trésor du Capitaine William Kidd aurait été retrouvé. On a vu, à cette occasion, combien ce genre d'histoire passionnait encore. Les légendes de pirates et la littérature ont en effet toujours fait bon ménage, puis le cinéma a poursuivi le travail d'imprégnation auprès d'un large public. Kidd le pirate tel que le décrivit Washington Irving, son trésor (réel ou imaginaire) tel que les Américains en ont rêvé sur leur sol, tel est l'objet de ce livre numérique qui vient de paraître (au prix modique de 1,99 euros). En voici la préface.

Il est loin, le temps où les chasseurs de trésors opéraient dans la discrétion, soucieux de préserver le fruit de leurs recherches. Celles-ci, coûteuses quand elles les entraînent dans de longues expéditions sous-marines, sont maintenant financées par des chaînes de télévision comme Discovery Channel. Barry Clifford, archéologue américain né il y a 70 ans au Cap Cod, fort d’une découverte majeure en 1984 – l’épave du Whydah, coulé plus de deux siècles et demi auparavant avec une fortune à bord – travaille ainsi pour une société de production qui réalise des films sur ses travaux.
October Films avait obtenu, le 20 mars 2015, l’autorisation de tourner, pendant six semaines, un film documentaire dans les fonds proches de l’île Sainte-Marie de Madagascar. Cette autorisation a été retirée moins d’un mois après, quand le ministère de la Culture et de l’Artisanat a eu vent de l’utilisation d’une motopompe par l’équipe de Barry Clifford. L’engin est en effet peu susceptible de servir pour réaliser de belles images mais se révèle en revanche très utile pour des fouilles musclées. L’UNESCO alertée, les travaux sur site se sont cependant, semble-t-il, poursuivis puisqu’ils ont débouché sur la mise au jour d’un lingot d’argent d’une cinquantaine de kilos. Barry Clifford croit qu’il appartient au trésor de William Kidd, un pirate dont le navire, l’Adventure Galley, avait coulé dans ces eaux à la fin du 17e siècle. Et à la recherche duquel l’archéologue américain s’était déjà lancé lors de deux autres expéditions en 1999 et 2000.
Malin, et probablement coutumier des divergences d’intérêts dans les mers où il plonge, Barry Clifford a mis sa découverte en scène : le bloc d’argent sorti de l’épave a été présenté au public le jeudi 7 mai. Le président de la république malgache, Hery Rajaonarimampianina, avait fait le déplacement pour l’occasion, en compagnie des ambassadeurs des États-Unis et de Grande-Bretagne. Brigitte Rasamoelina, ministre de la Culture, et l’UNESCO sont d’un faible poids face au prestige du moment.
Aux riches heures de la piraterie traditionnelle, Madagascar, avec ses presque 5 000 kilomètres de côtes et ses baies sans nombre, a été, essentiellement sur la côte est, c’est-à-dire du côté où se trouve l’île Sainte-Marie, un point d’attache familier aux forbans, corsaires et boucaniers de tout poil. On trouve encore, dans certains villages, des cimetières dits « des pirates » où l’état des tombes, aux inscriptions généralement illisibles, laisse une belle place à l’imagination. Daniel Defoe avait ainsi situé à Madagascar, à la fin du 17e siècle, une république utopique créée par des pirates et baptisée Libertalia, dont les chercheurs s’accordent à penser qu’elle relève de la fiction. Mais dont des passionnés cherchent encore les traces dans le nord de l’île. Aujourd’hui, Libertalia est, plus prosaïquement, le nom d’une bière locale lancée, il y a quelques années, par une publicité télévisée simulant un abordage…
Tout n’est cependant pas fictif dans les relations entre Madagascar et les pirates et la figure du Capitaine William Kidd s’est inscrite dans l’histoire de la flibuste. Condamné à la peine capitale en 1701 à Londres, pour meurtre et piraterie, il a été pendu cette année-là, le 23 mai. Deux fois : à la première tentative, la corde s’était rompue. Son procès et sa vie sont documentés avec précision, un ouvrage de Cornelius Neale Dalton paru en 1911 reproduisant les pièces d’un dossier particulièrement lourd.
Né, selon ses propres dires, à Dundee (Écosse) en 1645, William Kidd est devenu pirate dans les Caraïbes. L’équipage franco-anglais de son bateau se mutine, rebaptise le bâtiment Blessed William et place Kidd au poste de capitaine. Écumeur de mers, s’enrichissant de ses prises, il se retrouve à Boston en 1695, avec la réputation qu’on devine. Ce qui incite le gouverneur Bellamont, nommé depuis peu, à lui confier une mission de nettoyage dans des mers où le commerce était rendu difficile par la présence des… pirates. « Il faut être fripon pour attraper les filous », commente l’écrivain Washington Irving dans un récit où il résume la vie de Kidd.
Mais, fripon un jour, fripon toujours : du côté des Indes occidentales, le voici qui se remet à attaquer d’autres navires, jouant le rôle du voleur plutôt que celui du gendarme pour lequel il avait été engagé. Sa carrière se termine en 1698 à Sainte-Marie de Madagascar, avec la perte de son bateau et de sa fortune. Quoique, s’agissant de celle-ci, les rumeurs les plus folles ont couru à propos de l’endroit où il l’aurait cachée après l’avoir sauvée.
Toujours est-il qu’il rentre alors, comme si de rien n’était, satisfait de son travail, à Boston où les informations sur ses exploits l’ont précédé. Il est arrêté et renvoyé vers l’Angleterre, pour connaître la fin que l’on sait.
Ce n’est pas terminé : il est devenu une figure mythique à travers Edgar Allan Poe ou Robert Louis Stevenson qui se sont inspirés du personnage. Tandis que Barry Clifford continue à fouiller les épaves.
Washington Irving (1783-1859), déjà cité, a utilisé le personnage de Kidd dans Tales of a Traveller, une suite d’essais et de nouvelles publiée en 1824 sous le pseudonyme de Geoffrey Crayon. M. Lebègue d’Auteuil se chargeait immédiatement de les traduire en français, « sous les yeux de l’auteur », ce qui justifierait les libertés prises avec le texte original. (Nous nous sommes donc permis, sans remords, de rétablir l’orthographe de quelques noms propres en suivant Irving plutôt que Lebègue d’Auteuil, et de moderniser quelques graphies.)
Les trois nouvelles réunies ici – encore la première a-t-elle plutôt la forme d’un bref essai – montrent la place occupée par William Kidd dans l’imaginaire américain de l’époque, une vingtaine d’années après sa mort.

May 10, 2015

Il y a 100 ans : Cour criminelle de Tamatave : Assassinat de M. Chabas (1)

Le jeudi 15 avril courant, la Cour criminelle de Tamatave a siégé pour juger les assassins de M. Louis Chabas. Elle était présidée par M. Siguier, président du Tribunal, ayant comme assesseurs MM. Covain, Reymond, Ruffat et Poux. M. Azénor, procureur de la République, occupait le siège du ministère public.
Au banc de l’accusation étaient 1° Joseph Thomas, dit petit frère, 2° Morange Gaston, dit Faustin, – ces deux premiers, créoles originaires de Maurice ; 3° Laurent Marcel, hova, et 4° Lezoma, betsimisaraka ; le 5e Francis, dit François, était en fuite.
Au banc de la défense se trouvaient Me Bérard défendant Thomas Joseph ; Me Nativel pour Morange et l’avocat Eugène Dupuy pour les deux Malgaches, ses compatriotes.
Inutile de dire qu’un public des plus nombreux avait tenu à assister aux débats de cette affaire qui avait si fortement émotionné la population de Tamatave. En effet, cet assassinat, suivi de vol, avait été consommé en pleine ville, dans une habitation entourée de voisins, presque à l’entrée de la nuit, à une heure où la circulation dans les rues était encore intense. Ce double crime avait exigé de ses auteurs une audace sans égale, et une connaissance parfaite des lieux ainsi que des habitudes de la victime.
Aussi les soupçons se sont-ils portés immédiatement sur quelques-uns des nombreux ouvriers qu’employait la victime, soupçons que l’instruction est venue confirmer, car les accusés sont tous des ouvriers actuels ou anciens de Chabas.
La population européenne de Tamatave, au milieu de l’horreur que lui a inspiré ce crime, a éprouvé une véritable satisfaction à voir que parmi ses auteurs ne se trouvaient que des Malgaches et des créoles mauriciens dans les veines desquels prédomine largement le sang ancestral des Cafres.
Voici comment les faits se sont passés, d’après les dires de l’un d’eux, Thomas Joseph, dit petit frère, qui a été amené à faire connaître la vérité à la suite de circonstances indiquées plus loin.
(À suivre.)

Le Tamatave

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May 9, 2015

Il y a 100 ans : Le crime de la rue de la Batterie (6)

(Suite et fin.)
Aux déclarations de Thomas, ses co-inculpés ont posé des dénégations ; Morange, son grand ami, n’a cessé de nier toute participation au double crime.
Laurent Marcel ne nie pas avoir connu Thomas. Mais il soutient qu’il n’a entretenu ce dernier d’aucun projet criminel et qu’il n’a nullement participé à l’assassinat. Lezoma a également protesté de son innocence. Toutefois, les déclarations si nettes et si précises de Thomas qui accuse Morange, Laurent, Lezoma et François, en s’accusant lui-même, dont il sait parfaitement toute la gravité, méritent de fixer l’attention au point de ne laisser aucun doute sur la culpabilité de ces individus.
Malgré d’actives recherches, François ou Francis n’a pu être retrouvé.
En conséquence, sont accusés :
1. – Laurent Marcel, Gaston Morange, Joseph Thomas et François ou Francis, ce dernier en fuite, d’avoir à Tamatave, le 3 octobre 1914, et en tout cas, depuis un temps non prescrit, volontairement donné la mort au sieur Louis Chabas, et ce, avec préméditation et, en outre, cette circonstance que le crime a précédé celui de vol ci-après spécifié ;
2. – Lezoma, d’avoir dans les mêmes circonstances de temps et de lieu avec connaissance, aidé ou assisté les susnommés dans les faits qui ont préparé ou facilité le crime d’assassinat ci-dessus spécifié ou dans ceux qui l’ont consommé ;
3. – Laurent Marcel, Gaston Morange, Joseph Thomas, Lezoma et François ou Francis, d’avoir dans les mêmes circonstances de temps et de lieu, ensemble et de concert, frauduleusement soustrait au préjudice du sieur Louis Chabas, une certaine somme d’argent et divers objets mobiliers, d’une valeur indéterminée, et ce la nuit, dans une maison habitée, en réunion, avec, en outre, ces circonstances qu’ils étaient porteurs d’armes apparentes et que la dite soustraction frauduleuse a été commise à l’aide d’effraction intérieure et de violence.
Faits qui constituent les crimes d’assassinat, de complicité d’assassinat par aide ou assistance, et de vol qualifié, prévus par les articles ci-dessus du Code pénal.
Fait au Parquet général à Tananarive, le 6 mars 1915.
Le Procureur général p. i.
Signé : Dessaigne.

La Dépêche malgache

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May 8, 2015

Il y a 100 ans : Le crime de la rue de la Batterie (5)

(Suite.)
Joseph Thomas, dit Petit Frère, n’avait pas eu le premier l’idée du crime. Il lui fut proposé par le Malgache Laurent Marcel, avec qui, peu de temps auparavant, il s’était lié, et qui, étant au service du sieur Chabas depuis sept ans, connaissait parfaitement la maison et les habitudes de son maître.
Le samedi soir, 3 octobre 1914, à 7 heures, cet indigène dit à son nouvel ami qu’il avait à faire, le soir même, vers 9 heures, chez son patron, et qu’il comptait bien sur Thomas, ainsi que sur Gaston Morange, dit Faustin. Dès ce moment, la mort du sieur Chabas était décidée.
À l’heure dite, Laurent, Morange et Thomas se trouvaient réunis, place Duchesne. Ils virent passer Chabas, qui rentrait chez lui. Quelques instants après, les trois bandits pénétraient dans la cour de l’immeuble, où les attendait déjà, caché dans un coin, un Malgache du nom de François ou Francis.
Le sieur Chabas allait monter l’escalier conduisant à son appartement, quand la bande se précipita sur lui. Pendant ce temps, un indigène du nom de Lezoma faisait le guet. La victime se débattit, essaya de crier mais, sous l’empire de la frayeur, elle ne put articuler aucun son. Le sieur Chabas, néanmoins, continua à lutter contre ses agresseurs. Près de la sortie, Morange, Laurent et François le frappèrent à la tête et sur le corps, à l’aide d’une bûche et de deux morceaux de bois trouvés à terre. Étourdi, il tomba et c’est à ce moment que Laurent lui asséna, sur le crâne, deux coups de hache, qui déterminèrent instantanément la mort. Le corps fut ensuite placé par Laurent et François dans la position où il fut découvert le lendemain.
Conduits par Laurent qui avait dépouillé la victime de ses clefs, de sa montre dont s’empara Morange, et de quelque menue monnaie trouvée dans les poches, la bande gagna l’appartement où, après s’être servi de l’absinthe, elle procéda à la visite des meubles, en fractura certains, s’empara d’une certaine somme, pièces d’argent et d’or, et emporta également divers objets mobiliers.
(À suivre.)

La Dépêche malgache

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May 7, 2015

Il y a 100 ans : Le crime de la rue de la Batterie (4)

(Suite.)
Le Procureur général près la Cour d’Appel de Madagascar et Dépendances,
Vu la procédure suivie contre les nommés :
1. – Laurent Marcel.
2. – Morange Gaston.
3. – Thomas Joseph dit Petit Frère.
4. – Lezoma.
5. – François ou Francis.
Vu l’arrêt de la Chambre des mises en accusation, daté du 5 mars 1915, portant renvoi des susnommés devant la Cour criminelle de Tamatave, sous les accusations d’assassinat, de complicité d’assassinat et de vol qualifié ;
Vu les décrets du 9 juin 1896 et 9 mai 1909.
Vu l’article 241 du Code d’Instruction criminelle ;
Expose que de la procédure résultant les faits suivants :
Le 4 octobre 1914, vers 5 heures du matin, la Justice était avisée que le sieur Louis Chabas, entrepreneur des Travaux publics, venait d’être trouvé, dans la cour de sa maison d’habitation, rue de la Batterie, à Tamatave.
Le Parquet se transportait immédiatement sur les lieux. Le cadavre reposait sur des madriers. Il était dissimulé sous des copeaux, et recouvert de deux tabliers de pousse-pousse, ainsi que de deux cintres en bois ; de la matière cérébrale s’était répandue sur le sol.
Le médecin-légiste constatait que la rigidité cadavérique était complète. Le visage portait de nombreuses traces de coups et la partie postérieure du crâne était le siège de plaies, faites à l’aide d’une hache. Le rapport conclut à un assassinat, commis la veille au soir, vers 9 heures ou 9 heures et demie.
La visite de l’appartement et les diverses investigations opérées sur les lieux ne tardaient pas à démontrer que le vol avait été le mobile du crime et que les assassins devaient être en nombre. Plusieurs arrestations furent effectuées parmi les indigènes suspects, au service du sieur Chabas, et parmi des individus de la ville, avec qui ces derniers pouvaient être en relations.
L’information se poursuivait, depuis un mois, sans résultat, lorsque le magistrat instructeur eut l’idée de présenter au sieur Thomas, père de l’un des inculpés, un crayon trouvé sur la table de la victime et saisi comme pièce à conviction. Il déclara que l’inculpé Joseph Thomas, son fils, s’en était emparé. Questionné à son tour, celui-ci reconnut également le crayon, et aussitôt il entra dans la voie des aveux.
 (À suivre.)

La Dépêche malgache

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May 6, 2015

Il y a 100 ans : Le crime de la rue de la Batterie (3)

(Suite.)
2. – Contre Lezoma, d’avoir, dans les mêmes circonstances de temps et de lieu, avec connaissance, aidé ou assisté les susnommés dans les faits qui ont préparé ou facilité le crime d’assassinat ci-dessus spécifié ou dans ceux qui l’ont consommé ;
3. – Contre Laurent Marcel, Gaston Morange, dit Faustin, Joseph Thomas, dit Petit Frère, Lezoma, et François ou Francis d’avoir dans les mêmes circonstances de temps et lieu, ensemble et de concert, frauduleusement soustrait au préjudice du sieur Louis Chabas une certaine somme d’argent et divers objets mobiliers, d’une valeur indéterminée, et ce, la nuit, dans une maison habitée, en réunion, avec, en outre, ces circonstances qu’ils étaient porteurs d’armes apparentes et que la dite soustraction frauduleuse a été commise à l’aide d’effraction intérieure et de violence ;
Attendu que ces faits constituent les crimes sanctionnés par les articles 295, 296, 297, 302, 304, 379, 382, 384, 385, 393, 394, 396, 59 et 60 du Code pénal.
Par ces motifs,
Déclare suffisamment établis, à la charge de Laurent Marcel, de Gaston Morange, dit Faustin, de Joseph Thomas, dit Petit Frère, et de François ou Francis, le crime d’assassinat, à celle de Lezoma, le crime de complicité d’assassinat par aide ou assistance, et à celle de Laurent Marcel, de Gaston Morange, dit Faustin, de Joseph Thomas, dit Petit Frère, de Lezoma et de François ou Francis, le crime de vol qualifié ;
Prononce leur mise en accusation et ordonne leur renvoi devant la Cour criminelle de Tamatave, à raison de ces faits, pour y être jugés conformément à la loi.
En conséquence, ordonne que par tout huissier ou agent de la force publique, les susnommés seront pris au corps, conduits dans la maison de Justice établie près la dite Cour criminelle et écroués sur les registres de la dite maison.
Ordonne que le présent arrêt sera exécuté à la diligence de M. le Procureur général.
Fait à Tananarive, le vendredi 5 mars 1915, en la Chambre du Conseil de la Cour d’Appel de Madagascar, à 17 heures.
(À suivre.)

La Dépêche malgache

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May 5, 2015

Il y a 100 ans : Le crime de la rue de la Batterie (2)

(Suite.)
Gaston Morange avait gardé ce crayon et, le soir du crime chez M. Chabas, il l’avait passé à Laurent Marcel qui écrivit une phrase en langue malgache et en créole sur un papier saisi comme pièce à conviction. Joseph Thomas poursuivit ses aveux, et retraça la scène du crime ; il reconnut avoir participé à ce meurtre dont Laurent Marcel avait été l’instigateur. Il avoua qu’ayant prémédité la mort du sieur Chabas, Laurent Marcel, Gaston Morange, un Malgache, François ou Francis qui ne put être retrouvé, et lui avaient attaqué la victime pendant que Lezoma faisait le guet ; que, lorsque Chabas eut été assassiné, ils montèrent tous ensemble dans l’appartement de la victime qu’ils dévalisèrent après y avoir bu et mangé.
Les individus dénoncés par Joseph Thomas protestèrent de leur innocence, mais leurs dires sont formellement contredits par les déclarations précises de Joseph Thomas ainsi que par les charges relevées contre eux par l’information.
Attendu, en conséquence, que, par ordonnance de règlement en date du 28 janvier 1915, le magistrat instructeur a déclaré qu’il existait, contre les susnommés, charges suffisantes d’avoir à Tamatave, le 3 octobre 1914, commis avec préméditation un homicide volontaire, sur la personne du sieur Louis Chabas.
Attendu, en ce qui concerne Lezoma, que l’information révèle qu’il s’est, en l’espèce, rendu coupable, non du crime d’assassinat, mais de celui de complicité du dit crime par aide et assistance.
Par ces motifs,
Réformant sur ce point l’ordonnance de règlement susvisée, déclare n’y avoir lieu à suivre contre Lezoma, du chef d’homicide volontaire avec préméditation ci-dessus spécifié ;
Attendu d’autre part que de l’information résultent charges suivantes :
1. – Contre Laurent Marcel, Gaston Morange, dit Faustin, Joseph Thomas, dit Petit Frère, et François ou Francis, ce dernier en fuite, d’avoir à Tamatave, le 3 octobre 1914, et, en tout cas, depuis un temps non prescrit, volontairement donné la mort au sieur Louis Chabas, et ce, avec préméditation, et en outre, cette circonstance que le crime a précédé le vol, ci-après spécifié ;
 (À suivre.)

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May 3, 2015

Il y a 100 ans : Le crime de la rue de la Batterie (1)

La Chambre des mises en accusation,
Vu la procédure suivie contre les nommés Laurent Marcel, Morange Gaston, dit Faustin, Thomas Joseph, dit Petit Frère, Lezoma et François ou Francis, inculpés d’assassinat, de complicité d’assassinat et de vol qualifié ;
Vu les réquisitions de M. le Procureur général :
Attendu que de l’information soumise à la Cour résultent les faits suivants :
Le dimanche 4 octobre 1914, les domestiques du sieur Louis Chabas, entrepreneur à Tamatave, trouvaient ce dernier mort à sa maison sise rue de la Batterie.
L’autorité judiciaire fut immédiatement prévenue.
Le corps de Chabas fut retrouvé recouvert de copeaux humides et de divers objets. Les premières constatations démontrèrent que la victime, après avoir été assommée à coups de bâton, avait été frappée avec une hache trouvée enfoncée et recouverte dans le sable à quelques mètres du cadavre.
L’expertise médicale établit que la mort remontait à plusieurs heures et que le meurtre avait dû être commis la veille au soir vers 9 heures (3 octobre).
La visite de l’appartement de la victime révéla que le vol qui avait dû suivre l’assassinat avait été le mobile du crime, et qu’en outre les coupables devaient être en nombre.
Plusieurs arrestations furent opérées parmi les indigènes suspects au service de la victime, ainsi que parmi les indigènes en relations avec ces indigènes. L’information se poursuivant depuis un mois lorsque le magistrat instructeur présenta à un témoin, le père de l’inculpé Joseph Thomas, dit Petit Frère, un crayon saisi comme pièce à conviction, qui avait été abandonné sur la table de la salle à manger de Louis Chabas et qui avait servi aux assassins à écrire quelques mots.
Le crayon fut spontanément reconnu par le père de Thomas comme lui appartenant.
L’inculpé Joseph Thomas déclara que cet objet appartenait bien à son père et il entra aussitôt dans la voie des aveux. Il reconnut avoir prêté ce crayon à Gaston Morange pour copier les télégrammes.
(À suivre.)

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May 2, 2015

Il y a 100 ans : À la Chambre consultative de Mananjary

D’ardentes discussions ont eu lieu entre les membres de la Chambre consultative de Mananjary qui se trouvaient en face d’un crédit de 20 000 francs pour exécuter environ 700 000 francs de travaux. Question ardue, et que le sphinx n’eût jamais osé poser à Œdipe. Il s’agissait de la route d’Ampazimazava.
Vous nous direz qu’au Parlement français, de pareils problèmes n’épouvantent pas nos députés, mais il faut excuser les membres de la Chambre de Mananjary qui sont encore trop arriérés pour engager des dépenses qu’ils ne sont pas assurés de couvrir.
D’autant plus que cette route de Mananjary-Ampazimazava ne serait jamais qu’un tronçon de route. Et la Chambre consultative a insisté pour le crédit soit employé pour la section de Tsiatosika.
L’assemblée passa ensuite à la discussion du projet de bac et de pont de Tsaravary. La question se résout à ceci : bac ou pont. Mais ni le bac ni le pont n’existent. Il n’y a pas de crédits suffisants pour acheter le bac, et le pont ne peut être construit qu’en bois. Un membre ayant fait observer qu’un pont coûterait un peu plus cher que le bac, l’assemblée a passé outre, le pont devant être plus pratique que le bac.
On a discuté ensuite plusieurs questions intéressantes au premier chef.
Moyens de communication entre Madagascar et la métropole ; entretien des routes ; aménagement des ponts d’embarquement ; prudence dans l’emploi des crédits (on n’est pas en France) ; création de banque de crédit agricole industriel ; facilité de l’escompte pour les commerçants ; création de jardins d’essai ; études scientifiques de la faune et de la flore madécasses, et application sévère des lois contre les fraudeurs, ainsi que suppression des droits de douanes sur certaines matières.
Avant de lever la séance, les membres de la Chambre consultative ont demandé la création d’une police à Mananjary pour réprimer l’audace de plus en plus grande des malandrins.

Une crue, un pont emporté

Une crue de l’Ombifotsy, à Madagascar, provoquée par des pluies tombées en abondance, a emporté le pont métallique situé au kilomètre 40 de la route de Miarinarivo.
Le courant était si impétueux qu’il a renversé les piles du pont, et la route s’est trouvée obstruée sur une certaine longueur.

Le Courrier colonial

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