January 31, 2013

Il y a 100 ans : A la dérive


Il n’y a pas que les bateaux de la Cie des Messageries qui s’échouent lamentablement : le bateau gouvernemental est à l’heure actuelle bien mal en point.
En vain M. Picquié a-t-il jeté du lest par la création de la Direction des Services civils et politiques, sa seule présence constitue un poids mort encombrant et néfaste.
Aussi bien, tout le monde s’en rend compte à l’exception de l’intéressé : la Chambre, le ministre se sont prononcés après les colons de Madagascar. Restait l’empiriste Mury, suprême et dernier espoir : ce médecin Tant mieux était suffisamment payé pour qu’il soit permis d’escompter un diagnostic favorable. Eh bien, Mury lui-même, après avoir longuement tâté le pouls du malade, l’abandonne à sa triste destinée. Il faut lire le Courrier Colonial du 24 décembre généreusement distribué aux frais de la colonie aux quatre coins de l’Île, pour se rendre compte de la désinvolture avec laquelle le fidèle Mury abandonne son petit grand homme :
« M. Picquié, y est-il dit, rentrera donc à l’époque qu’il a indiquée depuis longtemps, c’est-à-dire dans quelques mois. Il prendra alors une retraite bien gagnée »…
Et plus loin : « Augagneur, personne ne l’ignore, s’emploiera de toutes ses forces à faire nommer dans la Grande Île un de ses amis du Parlement, sur lequel il pourra compter pour reprendre là-bas une politique qui a subi un temps d’arrêt grâce à M. Picquié. »
Enfin le coup de pied de l’âne : « Évidemment l’administration de M. Picquié n’est pas sans mériter quelques critiques… Certaines des qualités, qui font un excellent inspecteur, deviennent parfois des défauts chez un gouverneur, tellement le rôle d’un administrateur et d’un contrôleur offrent de différences. »
Eh, mais nous n’avions jamais dit autre chose, nous qui n’étions pas payés pour chanter les louanges de Micromégas !
Qu’il s’en aille donc pour jouir, d’une retraite si bien gagnée ; tout retard serait aussi nuisible aux intérêts publics qu’à la réputation déjà fort compromise de M. Picquié.
Nous n’en voulons pour preuve que les dernières manifestations d’un pouvoir vacillant.
C’est ainsi que, pour anéantir l’effet d’une augmentation ministérielle des traitements douaniers dans l’ensemble des Colonies, M. Picquié vient d’avoir l’inspiration de réduire du tiers les remises allouées à Madagascar aux agents de la douane. C’est peut-être astucieux, mais combien mesquin et peu opportun ! Si les recettes de la Colonie progressent d’année en année c’est, en partie, grâce au zèle des agents modestes de l’administration des Douanes : et ce zèle sera récompensé par la réduction des remises ! On mettrait à pied le directeur d’une maison de commerce qui choisirait le moment d’une augmentation d’affaires pour rogner les remises de ses employés, et l’on aurait raison.
Second exemple : M. Picquié, qui a de loin en loin quelque idée géniale, a formé le projet de donner un statut aux associations religieuses de Madagascar. Le statut existait déjà dans la réglementation de son prédécesseur ; mais cela ne faisait pas l’affaire des missions. Il leur fallait un Concordat dans lequel, à l’instar du pape, elles traiteraient de puissance à puissance avec le Gouvernement de Madagascar. Dans ce but, un projet fut rédigé par le pape de la mission protestante française, M. Bianqui, paraphé par M. Picquié, et envoyé par ce dernier au Ministre qui le soumit à l’examen du Conseil d’État. Grave désillusion : le Conseil d’État vient de retourner le projet avec sa désapprobation.
Troisième exemple : À l’occasion du cyclone, un généreux élan de pitié pour les victimes souleva toute la Colonie ; tout Européen, anglais, grec, ou français, comme les indigènes, chacun tint à verser son obole.
Il ne serait venu à l’idée de personne, en présence surtout de l’indifférence gouvernementale, d’exclure de la distribution des secours telle ou telle victime, à raison de sa nationalité. Cette idée absurde a cependant germé dans le cerveau de notre Gouverneur : l’Administration vient d’émettre la prétention, à Nossi-Bé, d’exclure de la répartition des secours tous colons de nationalité étrangère.
Et cependant, dans la Métropole, Ministres français et anglais, notamment, échangent en toute occasion les assurances de solidarité les plus fraternelles. On nous câble que les sujets britanniques, justement indignés, ont adressé une protestation à M. le consul général Porter.
Nous n’aurons pas de complications diplomatiques, car M. Picquié se hâtera de désavouer ce qu’il a suggéré ou n’a su empêcher.
Qu’on ne croie d’ailleurs pas que notre étrange gouverneur se sentira atteint pour si peu dans sa dignité.
Il vient de s’abaisser, ainsi que nous l’avions précédemment relaté, à solliciter un certificat de bons services auprès de la population indigène.
À ce sujet, il n’est pas sans intérêt de signaler que le Comité indigène de secours aux sinistrés s’est révolté devant l’adresse qu’on présentait à sa signature, et où les rédacteurs salariés avaient jeté, comme par hasard, les critiques les plus perfides contre le précédent Gouverneur.
Quelle leçon ! M. Picquié, toutefois n’est pas homme à en profiter : à défaut des signatures de notables indigènes éclairés, il fait recueillir porte à porte, et sans distinction d’âge ni de sexe, les signatures de tous les pauvres diables terrifiés par des menaces ou éblouis par des promesses mirifiques.
À ceux qui ont des velléités de résistance, le code de l’Indigénat ; aux hésitants la promesse de voyager gratis de Tananarive à Tamatave dès l’inauguration du tronçon de Brickaville.
Et cette population, arrachée avec peine à l’influence néfaste des missions, se trouve plongée par les intrigues gouvernementales dans nos discussions politiques !
L’aberration est sans exemple : Vite qu’on nous débarrasse !
Le Progrès de Madagascar

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Janvier 1913.
L'ouvrage est disponible :
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January 30, 2013

Il y a 100 ans : La vie administrative


À l’Officiel du 21 décembre 1912 :
Par décision du 16 décembre 1912, M. Leclerc, commis des services civils, est nommé secrétaire de la commission chargée d’étudier un avant-projet de loi organique des possessions françaises autres que l’Algérie et la Tunisie, en remplacement de M. Paulin, élève-administrateur.
Un arrêté, pris en date du 4 décembre, et réglementant le droit de répression par voie disciplinaire des infractions spéciales à l’indigénat, dispositions qui abolissent et remplacent l’arrêté du 22 juin 1908 ayant un objet analogue. Sont considérées comme infractions spéciales à l’indigénat le refus de fournir les renseignements demandés à des agents de l’autorité administrative ou judiciaire, dans l’exercice de leurs fonctions ; actes irrespectueux ou propos offensants vis-à-vis d’un représentant ou d’un agent de l’autorité, même en dehors de l’exercice de es fonctions ; propos tenus contre la France et son gouvernement ; refus ou négligence apportés à obéir aux réquisitions faites en cas d’accident, tumulte, naufrage, inondation, incendie, insurrection, brigandage, pillage, flagrant délit, clameur publique ou exécution judiciaire.
Il est, d’après cet arrêté, également spécial à l’indigénat, de se voir poursuivi pour détention pendant plus de vingt-quatre heures, sans avis donné à l’autorité, d’animaux égarés ou de provenance inconnue ; pour avoir fumé l’opium ou le chanvre, ou tenu fumerie ; spécial à l’indigénat de mettre du retard dans le paiement des impôts, de tâcher d’être trop adroit à dissimuler ses propriétés imposables pour diminuer le montant des taxes ; spécial à l’indigénat d’altérer des pièces de monnaie en les grattant d’un trait pour les marquer et les reconnaître, et de faire des quêtes ou souscriptions en dehors des établissements régulièrement consacrés au culte.
Ces infractions et quelques autres, également spéciales à l’indigénat, sont passibles de 100 francs d’amende, ou de quinze jours de prison (maximum) ou des deux. En cas de non-paiement par les condamnés, l’amende est transformée en journées de travail pénal, au taux de 1 franc par jour.
Au même J.O. :
Un arrêté précisant qu’en raison du développement que prend la culture du cocotier et pour prévenir les vols, chaque envoi supérieur à 10 noix récoltées dans la colonie, doit être accompagné d’un laissez-passer indiquant l’origine, l’expéditeur et le destinataire de ces fruits.
Un arrêté relatif aux mesures à prendre contre l’invasion et la propagation des maladies des cocotiers, mesures qui concernent tout particulièrement les cocoteraies non closes.
Une circulaire rappelant que si les candidats à des emplois de l’administration indigène ne sont admis à ces examens que sous réserve de la production de diverses pièces énumérées par les règlements organiques du personnel indigène, les postulants appartenant au moment du concours à un cadre organisé de fonctionnaires, doivent être dispensés de la présentation de ces pièces qu’ils ont déjà fournies au moment de leur entrée au service.
Une circulaire supprimant les indemnités de route aux inspecteurs et gardes principaux de la garde indigène, à l’occasion des déplacements effectués par eux en qualité d’officier de police judiciaire, déplacements qui, déclare la circulaire, rentrent dans la catégorie des services incombant à la garde indigène.
Un arrêté portant organisation dans la commune de Tananarive de l’inspection sanitaire des viandes foraines et imposant ces viandes d’une taxe spéciale.
Un arrêté modifiant les limites de la commune de Diego-Suarez, de manière à distraire du territoire qu’elles englobent tous les terrains suburbains ainsi que la zone urbaine d’Anamakia et une partie de celle de Cap Diego.
Une commission est instituée à l’effet de procéder gratuitement à la visite des paratonnerres installés sur les bâtiments communaux et sur les maisons particulières de Tananarive, dont les propriétaires ou locataires en feront la demande.
Désormais, plus aucune catastrophe n’est à craindre.
M. Picquié a, une fois de plus, sauvé la Grande Île.
Un crédit provisoire de 1 million 522 879 fr. 63 est ouvert à l’ordonnateur du budget local au titre du chapitre 25 (dépenses d’ordre) du budget ordinaire de l’exercice 1912, en vue de l’avance, au titre du dit exercice, des provisions nécessaires au paiement des semestrialités des emprunts de 14, 46 et 15 millions, afférentes aux échéances des 25 février et 1er mars 1913.
Le conseil d’arbitrage d’Ambato­lampy est et demeure supprimé.
La juridiction du conseil d’arbitrage d’Antsirabe est étendue au territoire du district d’Ambatolampy.
Les bureaux de Tananarive, Ambositra, Andovoranto, Antsirabe, Betroka, Diego-Suarez, Fianarantsoa, Fort-Dauphin, Maevatanana, Mahanoro, Majunga, Mananjary, Nosy-Be, Tamatave, Tulear, Vatomandry, Maroantsetra, Mandritsara, Vohemar, Analalava, Farafangana, Anivorano sont admis à l’échange des mandats télégraphiques avec la France et l’Algérie.
Le poste de coupure de Rantabe est transformé en bureau postal et télégraphique auxiliaire de 3e catégorie et est rattaché au bureau de plein exercice de Maroantsetra.
Les Annales coloniales

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Janvier 1913.
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January 29, 2013

Il y a 100 ans : Commerce de Mananjary


Le mouvement du port de Mananjary a atteint, pendant le mois d’octobre 1912, 1 480 tonnes représentant une valeur de 1 070 000 francs. Les transactions effectuées dépassent de beaucoup en quantité et en valeur celles de chacun des mois de la même année.
Le total général du commerce de Mananjary s’élève ainsi, au 1er novembre, à 9 353 tonnes valant 7 343 000 francs. Il présente une augmentation de près de 1 000 tonnes et une plus-value de 2 100 000 francs sur les chiffres du mouvement commercial pendant toute l’année 1911.
Si l’on considère que ce dernier mouvement était supérieur de 15 % en tonnage et de 5 % en valeur à celui constaté en 1910, on n’a pas de peine à distinguer la progression et la régularité du développement commercial de cette région de Madagascar.
Pendant le mois d’octobre, les principaux articles à l’importation ont été les tissus qui figurent pour une valeur de 454 500 fr., les métaux et les ouvrages en métaux qui, avec les bois, entrent pour 40 000 francs dans le montant des achats.
Les produits qui ont alimenté les exportations sont : les peaux, 160 000 francs ; la graisse, 60 000 francs ; le riz, 45 000 francs ; le manioc et les haricots, 40 000 francs ; le café, 10 000 francs ; le graphite, 10 000 francs. Enfin, les expéditions de cire et de raphia se sont élevées à 18 000 francs.
La route de Mananjary est de plus en plus fréquentée par des véhicules de toute sorte qui transportent à la montée les ballots de toile, le sel, le vin, le pétrole, le ciment et qui descendent des hauts plateaux le riz, le manioc, les peaux, la graisse, le graphite.
Le développement de la province de Mananjary s’accusera encore d’une façon plus sensible avec l’ouverture des Pangalanes du Nord et du Sud qui permettront bientôt des relations faciles, directes et rapides vers Tamatave d’une part, vers Farafangana de l’autre.
La Quinzaine coloniale

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Janvier 1913.
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January 28, 2013

Il y a 100 ans : Une histoire amusante


Une amusante histoire nous arrive d’Algérie. Une usine frigorifique d’Arzew avait fait venir de Madagascar 72 zébus afin de les mettre d’abord à l’engrais et ensuite dans les établissements frigorifiques, pour être débités à la consommation.
Cette tentative était fort intéressante, en raison de la cherté de la vie, les zébus étaient bien meilleur marché que les bœufs qu’il faut importer de France. Mais il existe un arrêté du gouvernement général qui dispose que toutes les bêtes importées en Algérie doivent être abattues dans les cinq jours, et les malheureux zébus allaient être sacrifiés quand le préfet d’Oran, en raison de l’intérêt de cet essai, s’entremit auprès du gouverneur et obtint que les zébus continueraient à engraisser, sous la réserve que le troupeau resterait en observation et que les ruminants seraient soumis à la tuberculinisation.
Il paraît d’ailleurs que la viande de zébu est exquise, et elle coûte moitié moins que le bœuf.
Le Gaulois

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Janvier 1913.
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January 27, 2013

Il y a 100 ans : Les ponts sur le chemin de fer de Brickaville à Tamatave


Nous recevons de M. Lasnier, l’intelligent et sympathique entrepreneur de travaux publics, la rectification ci-après.
Nous la publions d’autant plus volontiers qu’elle renseigne nos lecteurs d’une façon positive sur l’état des travaux, leur prochain avènement à date fixe, et fait cesser la crainte qui s’était déjà manifestée de voir ajourner l’inauguration tant désirée par tout le monde de cette voie de Brickaville à Tamatave.
Pas un de nos lecteurs qui n’accueille cette nouvelle avec joie.
Tamatave, le 23 janvier 1913.
Monsieur le Rédacteur en Chef du Journal Le Tamatave,
Tamatave.
Cher Monsieur,
Je viens de voir dans votre numéro du 22 courant et dans la colonne des faits divers, un passage concernant nos travaux du pont de Nossi-Vé.
Les renseignements qui vous ont été fournis étant erronés, et ayant une nature susceptible d’inquiéter le commerce, je me permets de vous adresser la rectification ci-dessous en vous priant de bien vouloir l’insérer dans votre prochain numéro.
1° La pièce dont il est question n’a pas été perdue dans un lac de 15 m. de profondeur par les Messageries fluviales.
Elle est tombée dans l’Océan Indien, pendant le débarquement et par 18 m. de fond.
2° Son poids est de 180 kilog. Et non pas une tonne ; d’autre part elle n’est pas absolument indispensable.
3° Pour qu’il y ait de nouveaux retards il faudrait qu’il y en ait eu déjà.
Or nos délais s’achèvent le 5 février seulement et à cette date, malgré deux cas de force majeure dûment constatés par le Ministère des Colonies, la locomotive ne sera pas loin de pouvoir passer.
Veuillez noter que le pont de Brickaville dont le poids est de 1 000 000 kg, et qui est le plus important de la ligne, est achevé depuis décembre alors que notre délai courait jusqu’au 4 mars.
Daignez agréer, cher Monsieur, avec mes remerciements, l’assurance de ma parfaite considération.
F. Lasnier.
Le Tamatave

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Janvier 1913.
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January 25, 2013

Il y a 100 ans : Pour les Indigènes de Madagascar


J’ai été saisi bien souvent, depuis une année, des doléances des colons et des fonctionnaires de Madagascar. Ces plaintes, je les ai écoutées, et j’en ai gardé le récit pour moi, ne voulant point, par un scrupule que tout le monde comprendra, intervenir dans les affaires administratives de la Grande Île. Si des colons, des fonctionnaires s’estiment lésés, ils ont pour se défendre des recours variés.
Il n’en est pas de même des indigènes. Sans représentants en France, il leur est impossible de réclamer contre des mesures qui les léseraient, de se protéger contre l’esprit, les tendances générales d’une autorité peu favorable.
Je crains que le Gouvernement de Madagascar n’agisse pas toujours, à l’égard des indigènes, de manière à leur donner confiance. Il semble que, notamment, par ses procédés envers ceux qui se sont fait naturaliser, il s’efforce de montrer que l’accession au titre de citoyen français n’apporte pas à ceux qui l’obtiennent les satisfactions et les avantages qu’ils en avaient espérés. En veut-on un exemple ?
Un Howa, très dévoué à la France, docteur en médecine de la Faculté de Paris, d’une culture intellectuelle et morale l’assimilant complètement à l’un de nous, est naturalisé en 1909. Le voilà donc citoyen français, jouissant de tous les droits attachés à cette qualité.
Le Gouvernement de Madagascar le nomma médecin de colonisation par un arrêté identique à ceux désignant les Français d’origine pour le même service : traitement de 6 000 fr. par an, congé de six mois à passer en France après trois ans de fonctions. N’oublions pas, je le répète, que ce médecin est Français puisque naturalisé, qu’il a le titre de docteur délivré par une faculté française, qu’en France il jouirait de tous les droits et prérogatives attachés à sa nationalité et à son diplôme. J’ajoute qu’il a rempli son devoir, non seulement avec intelligence, mais avec zèle et dévouement.
Les colons d’Anjouan, à son départ de l’île où il servait, signèrent une pétition unanimement pour demander qu’il leur fût conservé.
En 1911, après les trois ans réglementaires, le Docteur R… demanda au Gouvernement général, s’appuyant sur les clauses de son contrat, le congé qu’il avait le droit de passer en France. Le congé lui fut refusé, sous prétexte qu’il était né à Madagascar. Or le droit au congé était formellement inscrit dans l’arrêté de sa nomination, et les fonctionnaires nés à la Réunion, et servant dans cette île (il en est de même aux Antilles), viennent passer leurs congés en France, s’il leur convient. Ni en principe, ni en fait ce refus n’était justifié.
Le Docteur R…, obligé pour des raisons personnelles de se rendre à Paris, partit avec sa famille, voyageant à ses frais.
Le temps de son congé fini, il demanda au Ministre des Colonies son passage pour aller reprendre ses fonctions à Madagascar. Le Gouvernement général, prévenu par câble, répondit par un refus. Le malheureux Docteur R… restait à Paris sans ressources, il s’embarqua à ses frais en 3e classe, alors que d’après les règlements, il devait voyager, lui et sa famille, en première classe, aux frais de la Colonie.
Le Ministre, éclairé sur la situation, voyant l’injustice des procédés du Gouvernement général de Madagascar, câbla, le paquebot étant en mer, à notre consul à Port-Saïd ; le Docteur R… et les siens furent placés en première classe, comme fonctionnaires.
Le Gouvernement général ne s’est pas incliné. Forcé de remettre en service le Docteur R…, il abaissa son traitement de 6 000 à 5 000 francs, sous prétexte qu’il est indigène ; mais, ce qui suit est autrement grave, il le fait poursuivre en restitution à la Colonie du coût de son passage de Port-Saïd à Sainte-Marie, soit 3 246 francs !
Le Docteur R… a voyagé en première classe, sur un ordre venu du Ministère, transmis officiellement par le Consul, et voilà que l’administration locale entend lui faire supporter les conséquences de cette décision. Le Ministre a reconnu les droits du Docteur R… M. le Gouverneur général ne se soumet pas, et poursuit une pitoyable vengeance. Il suffira, j’en suis certain, de signaler cet incident à M. Morel, pour qu’il suive l’exemple de son prédécesseur M. Lebrun, et défende un fonctionnaire méritant contre un véritable abus de pouvoir.
Je connais quelques histoires analogues qui ont ancré dans l’esprit des indigènes l’idée que le Gouvernement est défavorable aux naturalisés. Il importe que cette impression soit dissipée ; la naturalisation est un si puissant moyen d’établie la confiance entre indigènes et Français, qu’il serait d’une criminelle imprévoyance de la déprécier. On y arriverait vite s’il apparaissait que les naturalisés ne jouissent pas de la même considération, des mêmes droits que tous les Français.
La population de Madagascar, si longtemps défiante envers la France, – qui avait puisé cette défiance dans l’enseignement des méthodistes anglais, agents zélés et intelligents de la politique britannique quand elle prétendait nous disputer la Grande Île, – venait à nous, depuis quelques années, avec un empressement chaque jour plus marqué. Le décret permettant leur naturalisation avait mis le comble aux vœux des indigènes les plus intelligents. Il ne faudrait pas qu’une mesure, saluée par une explosion de reconnaissance et d’espoir, se transformât, par l’étroitesse des pratiques administratives, en une source de rancœurs et de déceptions.
Victor Augagneur
Député du Rhône,
ancien gouverneur général de Madagascar.
Les Annales coloniales

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January 24, 2013

Il y a 100 ans : Les événements et les hommes


Notre confrère le Progrès annonce sans gaieté que l’Hôpital militaire d’Isoavinandriana, dont on avait annoncé la suppression, restera et continuera (si l’on peut dire !) à fonctionner « provisoirement ».
C’est, assure-t-il, la preuve que l’Administration a l’âme bien dure, puisqu’elle n’hésite pas à ajouter aux souffrances des malades civils et militaires, la torture et l’horreur d’habiter encore dans ces honteux bâtiments qui étaient déjà insalubres il y a quinze années.
On se demande à bon droit comment nos médecins peuvent encore supporter d’exercer dans ces vieilleries, privés de tout le confort moderne. Cet hôpital est la honte de Madagascar, et surtout de Tananarive, la Ville lumière. À quoi bon tant de luxe d’un côté, s’il y a tant de misères de l’autre ?
On a renoncé définitivement à la construction d’un hôpital sur l’emplacement de l’ancien palais du Premier Ministre. Peut-être d’excellentes raisons ont-elles pu être invoquées à ce propos. Mais qu’importe ! si on ne construit pas là, que l’on construise ailleurs, mais qu’enfin on construise, et un hôtel qui ne ressemble pas à une morgue ou à tout ce qu’on voudra, sauf à un hôpital.
L’état de choses actuel est un véritable scandale, que rien ne saurait expliquer sous le règne de M. Picquié, car chacun sait que cet homme de bien (qui affirme à tout venant l’excellence de sa santé et qui prolonge d’autorité son séjour dans la colonie où il se porte comme un charme, grâce à la juvénile robustesse de sa constitution !), chacun sait, disions-nous, qu’il soigne sa précieuse – et valide ! – personne par de fréquentes cures à Antsirabe, où rien du confort moderne ne lui manque.
Que le bien portant M. Picquié ait donc pitié (aïe !…) des autres, des vrais malades !…
Les Annales coloniales

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January 23, 2013

Il y a 100 ans : Faits divers


Le pont du chemin de fer à Nossi-Vé

On sait qu’il ne manque qu’une travée au pont de chemin de fer à Nossi-Vé, pour être terminé.
Cette travée, arrivée de France récemment, était amenée sur les lieux, la semaine dernière, par les chalands des Messageries fluviales, lorsque en plein lac, une pièce la composant, du poids d’environ une tonne, mal amarrée sans doute sur le pont du chaland, glissa et… s’en fut au fond du lac, par quinze mètres de profondeur.
Il ne paraît pas facile de repêcher cette pièce.
Il faudra donc en demander une nouvelle à la maison de construction. Si on ne réussit pas à couler provisoirement une en fonte ici même, à Tamatave, ce sera un nouveau retard apporté à la livraison de la ligne Brickaville-Tamatave. Par suite l’inauguration en sera aussi retardée.

Tribunal correctionnel

Dans son audience du 21 janvier 1913, le Tribunal correctionnel et de simple police de Tamatave a prononcé les condamnations suivantes :
Marivo et Totomena, infraction à l’arrêté sur les vidanges, 5 francs d’amende chacun. M. X…, leur employeur, pénalement responsable.
Jaona et Semisaona, vol, 6 mois de prison chacun.

Un bon point à la police

Le Chinois Sin-Léon, auteur d’un vol commis au préjudice de son coreligionnaire Ah-Tawe, commerçant au village de Tanambao et tentative d’incendie volontaire de la boutique de ce dernier, a été arrêté la nuit dernière par les soins de la police.

Naissance

Nous apprenons un peu tard que Madame de Maillard, la femme de notre sympathique Administrateur-adjoint, avait heureusement mis au monde un superbe garçon qui a reçu le nom de Jean.
Le Tamatave envoie ses respectueuses félicitations aux heureux parents, et ses souhaits de bonheur au nouveau-né.

Le nouveau chef de service des P. T. T.

Parmi les passagers venant de France, et débarqués avant-hier à Tamatave, se trouve M. Valroff, le nouveau chef du service des P. T. T. à Madagascar.
Le Tamatave a l’honneur de lui souhaiter la bienvenue.
Le Tamatave

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January 22, 2013

Il y a 100 ans : Lettre de Vatomandry


Un honorable colon de cette localité nous adresse la lettre suivante que nous nous faisons un devoir de publier :
Vatomandry, le 12 janvier 1913.
Vous prenez dans vos colonnes la défense de la petite colonisation et vous vous élevez contre le péril chinois : « si on les laisse faire avant cinq ou six années, de puissantes sociétés chinoises deviendront maîtresses du sol de la grande île et pourront faire la loi… il ne faut pas que cela soit » dites-vous. Eh bien ! Cela sera, surtout si l’autorité place à la tête des provinces des fonctionnaires qui rêvent, comme à Vatomandry, l’anéantissement de la petite colonisation, favorisant par tous les moyens les gros colons et les célestes.
Dernièrement un Chinois demande une concession ; immédiatement, sans apposer les affiches réglementaires pour en informer le public et provoquer les légitimes oppositions, 24 heures après la réception de la demande, le chef de province était sur les lieux et concluait à l’octroi de la concession. Si c’eût été un Français, il aurait été obligé d’attendre 6 mois, si ce n’est un an et plus, et Dieu sait toutes les objections qu’on lui aurait faites.
On rêve l’anéantissement de la petite colonisation ; pour arriver à cette fin, non seulement on abreuve (ce qui n’est rien) de sarcasmes et de dédains les petits colons, mais on tient strictement la main au paiement des cartes de leurs employés, tout en laissant tranquilles ceux qui se recommandent du nom d’un gros colon, Sakaiza du patron. Comme conséquence, les indigènes quittent les premiers pour se réfugier chez le dernier. On va même jusqu’à violer la neutralité dans le recrutement de la main-d’œuvre, en faisant recruter par des fonctionnaires indigènes du gouvernement de Savaiza, région qui auparavant fournissait une grande partie des travailleurs employés chez les petits colons, des indigènes qui sont conduits sur les toby de la même personne : aussi les petits colons commencent à manquer de bras ; leurs plantations vont bientôt péricliter, et s’ils laissaient périr ils seraient sous peu acculés à la ruine. Heureusement qu’ils ont encore un peu de sang dans les veines ; en ce moment ils murmurent ; bientôt ils montreront les dents et si l’autorité supérieure n’intervient pas pour mettre un frein à ces fantaisies administratives, une clameur de colère sans précédent s’élèvera contre une administration si peu soucieuse de son devoir.
Un colon.
Le Tamatave

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January 21, 2013

Il y a 100 ans : Le tableau d'avancement


On nous écrit :
Tananarive, le 20 janvier 1913.
Monsieur le Rédacteur en chef,
Les promotions dans les Services locaux de la Colonie qui viennent d’être faites à l’occasion du premier janvier doivent rappeler aux élus de promotion de juillet dernier la mesure inique et préjudiciable dont ils ont été victimes de la part du Gouverneur Général actuel.
On se souvient que le Gouverneur Picquié était présent à Tananarive le premier juillet dernier et pouvait par conséquent faire les nominations à cette date. Il s’en garda bien et ce ne fut que le dix seulement que les promotions sortaient des cartons ; des ordres avaient été donnés de les y conserver jusqu’à cette date. Quels pouvaient donc être les motifs de ce retard ??? Parce que tout simplement deux jeunes commis de 3e classe des Services civils à Tananarive ne réunissaient l’ancienneté pour être promus que le dix juillet !!! Pour être agréable à deux enfants de la maison il fallait sacrifier l’intérêt de 103 (je dis bien cent trois) agents méritants !!!
Le Gouverneur Général pouvait faire remonter l’ancienneté de ceux-ci au premier juillet sans qu’il en coûte un centime de plus au Budget local, il n’a pas voulu le faire, pourquoi ?? C’est qu’alors les deux personnages importants qu’on voulait avantager auraient été primés pour la prochaine fois !! Remarquez d’ailleurs que les dernières promotions ont été faites à la date du 16 janvier pour compter du premier dudit, ce qui prouve qu’on aurait pu faire de même en juillet, mais, encore une fois, il fallait… protéger les… faibles !
Le préjudice causé à de nombreux agents est très sensible car beaucoup d’entr’eux pouvaient être proposés pour un nouvel avancement en janvier 1914 et figurer au tableau d’avancement ad hoc tandis qu’après cette injustice, ils ne le peuvent plus et sont obligés d’attendre au premier janvier 1915 au minimum avant de pouvoir prétendre à un avancement, c’est-à-dire un an plus tard.
Il me semble que lorsqu’on est si susceptible et que l’on ne veut pas être critiqué on ne se permet pas de semblables actes de bas favoritisme. – C’est mesquin et indigne du représentant d’un Gouvernement dit de Justice et d’Égalité
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Rédacteur en chef, l’assurance de mes sentiments dévoués.
Un adjoint des Services Civils.
Le Progrès de Madagascar

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Janvier 1913.
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January 20, 2013

Il y a 100 ans : Faits divers


Incendie mortel à Mahatsara

Mercredi dernier, 15 janvier, une étincelle échappée d’un foyer de la locomotive en service pour le ballast, a mis le feu à une baraque et à deux hangars se trouvant à côté de la voie et appartenant à M. Langelier, entrepreneur à la gare de Mahatsara, sur l’Ivondro.
Activé par un vent des plus violents, le feu a eu bientôt tout consumé sans qu’il ait été possible de l’éteindre.
En outre de tout son outillage d’entrepreneur, M. Langelier a perdu des pièces de menuiserie telles que portes-fenêtres, destinées à la gare de Mahatsara, madriers, bidons d’huile, d’essence pour peinture, etc.
Le montant des pertes s’élève de cinq à six cents francs.
M. Langelier ne saurait manquer d’être indemnisé par l’entreprise du T. C. E. auteur de cet incendie, bien qu’involontaire.

Acte de probité

Une serviette contenant une certaine somme d’argent a été trouvée devant la poste de la prison civile par le jeune Édouard Ramasy et déposée en ce jour aux épaves du commissariat de police.
Le Tamatave

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January 18, 2013

Il y a 100 ans : Bibliographie


Histoire du royaume Hova depuis ses origines jusqu’à sa fin, par le R. P. Malzac, de la Compagnie de Jésus. – Un fort vol. in-8, de 646 p. – Tananarive, Imprimerie catholique, 1912. – Prix : 5 francs.
Un des RR. PP. Jésuites de la mission de Tananarive, le R. P. Malzac, justement qualifié pour entreprendre cette tâche, vient d’enrichir la bibliographie malgache de cet ouvrage désiré par tous ceux qui s’intéressent à notre grande île africaine.
Ils sont peu nombreux ceux qui connaissent l’histoire véritable du royaume hova. Les points historiques concernent les relations du gouvernement de Tananarive avec les puissances européennes ont été traités avec ampleur par des historiens français ou anglais. Depuis la conquête de Madagascar par la France ont été publiés des ouvrages de valeur sur la législation hova. Mais aucune histoire complète n’avait encore paru pour faire connaître l’origine et le développement du royaume de l’Imerina qui a fini par avoir la prépondérance de l’île.
« Des documents nouveaux, fait remarquer l’auteur dans sa préface, nous ont mis à même de donner la série des rois hovas qui se sont succédé sur le trône et de tracer un ensemble de faits historiques qui se sont passés sous leur règne.
» L’éloge n’est plus à faire du Tantara ny andriana, ou Histoire des rois hovas, œuvre du P. Callet. Dans les quatre volumes publiés par la Mission catholique et réimprimés en deux volumes par l’imprimerie officielle, ce missionnaire a exposé longuement toutes les traditions locales qu’il a trouvées consignées dans des manuscrits anciens ou qu’il a entendues de la bouche de vieux hovas le plus au courant de l’histoire de leur pays.
» Les historiens français ou anglais fournissent des renseignements abondants sur beaucoup d’événements survenus à Madagascar depuis Radama Ier jusqu’à nos jours. Toutefois bien des faits n’ont été connus que des indigènes. Grâce aux récits faits de vive voix ou par écrit par des officiers hovas dignes de foi et témoins oculaires, nous avons pu mettre sous les yeux du lecteur ce qui s’est passé de plus saillant chez les Hovas dans les guerres soutenues ou entreprises par le gouvernement de Tananarive depuis la guerre franco-hova de 1883-1885. »
Les Missions catholiques

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January 17, 2013

Il y a 100 ans : Antsirabe


On nous écrit à la date du 8 janvier :
Il sera peut-être intéressant de signaler, par la voie du Progrès, certaines petites choses qui se passent actuellement :
1° Il y a quelque temps, un M. Robert (celui de la Tribune) de passage à Antsirabe, eut une altercation avec l’indigène faisant fonctions de receveur des automobiles et chef de station ici.
Après l’avoir assez maltraité, parce qu’il n’y avait pas de places disponibles pour lui et un Monsieur l’accompagnant, il finit par faire descendre des indigènes déjà installés dans l’auto et par se mettre à leur place.
Jusqu’à présent, rien à dire, en ce qui me concerne, car je suis, moi-même, d’avis que les indigènes, qui peuvent voyager à prix réduit dans les camions, doivent céder la place aux « Vazaha » en cas d’encombrement.
Mais ce M. de la Tribune fit bien remarquer, devant tout le monde, au receveur des autos, qu’il aurait de ses nouvelles, et il dut, en effet, porter une plainte ou faire une réclamation, car, depuis quelques jours, le receveur des Postes et Télégraphes d’ici, a reçu des ordres pour avoir à faire la police au passage des automobiles ici, et surtout au moment de leur départ.
Antsirabe était déjà réputé pour le cumul des fonctions, mais n’est-ce pas étrange que l’on charge un receveur des postes d’assurer un service d’ordre, quand la Province possède une garde indigène qui fait fonction officiellement de commissaire de police.
Puis, pourquoi ne pas afficher une bonne fois pour toutes, les règlements concernant le transport des voyageurs par les autos. Cela éviterait beaucoup de passe-droits et d’ennuis qu’ont souvent à subir les voyageurs payants, mais qui n’appartiennent pas à un journal gouvernemental ou qui ne sont pas dans les huiles !
2° À l’époque, quand M. Cavie était chargé du transport des courriers postaux, nous recevions nos courriers presque régulièrement. Quelques fois, il y avait quelques heures de retard, mais c’était tout et encore M. Cavie était-il mis à l’amende. Actuellement que nos courriers sont transportés par autos, c’est seulement l’exception quand nous le recevons le soir même. Généralement, c’est le lendemain matin seulement que l’on peut l’avoir et, depuis la saison des pluies, les camions ne nous arrivent que vers onze heures et nous n’avons notre courrier qu’à deux heures de l’après-midi.
Nous étions mieux servis avec le transport des courriers à dos d’hommes. Qu’on le rétablisse, si cela doit marcher si mal !
Nous avons bien fait, il y a un peu plus d’une année, une pétition demandant que le sac des lettres pour Antsirabe soit mis sur la voiture des voyageurs, faisant ressortir que ce sac ne dépassait jamais 50 kilogrammes, et que cela nous permettrait de répondre le soir même, en cas d’urgence, et d’expédier notre réponse par l’auto partant le lendemain.
Le Gouverneur Général nous fit répondre qu’il nous donnait satisfaction, mais cette satisfaction promise n’est plus de rigueur actuellement.
– Depuis le 23 ou le 25 décembre, le courrier est arrivé à Tananarive et les colis postaux ne nous sont pas encore parvenus !! Pourtant, hier, il y a eu une voiture qui est venue à vide de Tananarive, se rendant à Ambositra !
N’aurait-il pas été facile de charger cette voiture avec nos colis postaux au lieu de la laisser circuler à vide ? Du reste, depuis le 25 décembre, il y a eu de Tananarive pour Antsirabe, 4 courriers postaux qui sont arrivés, et nous aurions dû recevoir nos colis, mais je suppose que c’était trop demander au service des Postes de ne pas laisser en souffrance les colis déjà reçus à Tananarive pour le Sud. Le Sud ne compte pas ! L’on nous a déjà supprimé les autos spéciales des courriers de France qui ont, actuellement, à attendre, à Tananarive, le départ régulier d’une auto pour nous être envoyés !! N’y aurait-il pas moyen de porter remède à cet état de choses ?
3° L’administration a fait empierrer toutes les routes d’Antsirabe se trouvant dans le quartier habité par les indigènes. Tout cet empierrement a été fait avec de la main-d’œuvre pénale.
Or, actuellement, il existe encore quelques routes d’Antsirabe même, entre autres une partant du carrefour de la Résidence, et l’autre du carrefour près de la maison du Chef de District, et se rendant toutes les deux vers le chemin conduisant aux bains d’Antsirabe, qui ne sont pas empierrées. Ces routes sont pourtant très fréquentées et il y a même beaucoup d’Européens qui doivent s’en servir pour aller chez eux. Aucune n’est empierrée pendant que toutes celles du quartier indigène le sont ; et c’est à peine si l’on peut circuler avec l’eau et la boue qui y existent pendant cette saison.
Cependant, l’on a commencé à empierrer une route qui, elle, est tout à fait en dehors de la ville et ne sert qu’aux indigènes qui se rendent au marché de Sabotsy venant du nord.
Nous approuvons tout ce qui augmente le confort indigène et facilite les transactions ; mais encore ne faudrait-il pas que l’élément européen en fasse les frais.
Un colon.
Le Progrès de Madagascar

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January 16, 2013

Il y a 100 ans : Hôtel des Postes et Télégraphes à Tamatave


À maintes reprises, la presse a formulé des critiques soit sur l’immeuble occupé par les Postes et télégraphes, soit sur le service lui-même.
Durant son court passage à Tamatave, le chef de la colonie, justement préoccupé de ces critiques, et mettant en pratique l’axiome qui veut que pour être bien servi il faut se servir soi-même, s’est rendu en personne à l’Hôtel des Postes et télégraphes, sans que personne fût avisé de ses intentions, et y a procédé lui-même à son enquête.
C’est vraiment la seule manière, pour un chef de Colonie, de savoir réellement la vérité, et plût au ciel que cette manière put être toujours utilisée. Elle éviterait bien des erreurs, et réparerait bien des injustices.
Hôtel des Postes et télégraphes ! N’est-ce pas, cher lecteur, que ce mot pompeux : Hôtel, suggère à votre esprit l’idée de quelque chose d’esthétique, de gracieux, de confortable ? De quelle ironie n’est-il pas ici ?… Un Hôtel ? cette construction grossière, lourde, inesthétique, incommode, dans laquelle les travaux Publics et les constructeurs ont fait assaut d’incapacité de malfaçon et surtout de je m’enf… ichisme ! songez donc ! C’est la colonie qui payait ; on n’avait pas à se gêner !
Puis ils étaient au-dessus des lois et des règlements, au point qu’ils ne se sont pas seulement donné la peine de mettre leur construction en alignement sur la rue. Ah ! si un particulier avait commis pareille erreur ! Comme on se fut empressé de lui faire démolir son immeuble !
Mais ce sont surtout les locaux réservés aux colis postaux qui méritent d’être particulièrement signalés.
Un premier local a été construit sur la rue Blévec, il y a déjà quelques années, d’après un plan qu’on nous dit être venu directement du ministère. Il mesure 10 mètres sur huit et affecte la forme d’un tombeau romain, moins le style et les ornements.
Une porte étroite, dans un coin donnant sur la rue, permet au public l’accès d’un vestibule muni d’un guichet, dans lequel trois personnes peuvent presque contenir à l’aise.
Si les clients sont nombreux, ils ont toute la rue pour attendre leur tour.
Une autre porte ouvrant du côté de la Poste, permet l’entrée des colis et des employés. C’est tout comme ouverture !
Pas une fenêtre !! Par suite pas de lumière ! pas d’air respirable ! C’était bien un tombeau.
Pour vérifier les colis et passer leurs écritures, les employés n’avaient d’autre lumière que celle, assez diffuse, qui arrivait par les portes.
Il faut venir à Tamatave pour voir pareille chose. C’est vraiment le pays des aberrations.
Toutefois, à force de plaintes et de réclamations, les malheureux employés finirent par obtenir l’ouverture d’une fenêtre dans l’autre coin donnant sur la rue.
Encouragés par ce succès ils continuèrent leurs réclamations, et aujourd’hui ce local est pourvu de trois fenêtres, qui ne sont pas de trop pour éclairer une salle de 80 mètres carrés.
Mais à peine construit, ce local fut reconnu tout à fait insuffisant.
Il ne faut pas oublier que le bureau de Poste de Tamatave centralise tout le mouvement de colis et de valeurs, provenant ou à destination de toute la côte Est, y compris le plateau central, c’est-à-dire, de Fort-Dauphin, Fianarantsoa, Tananarive, à Maroantsetra, le mouvement des valeurs atteint une moyenne de 500 000 fr. par mois, à lui seul.
Alors on construisit, ou on utilisa, un autre local, situé dans la cour, presque double du précédent, mais simplement couvert et bordé en tôles de fer galvanisé. Il est pourvu également de deux portes assez étroites et de deux ou trois lucarnes tout à fait insuffisantes.
C’est dans ce local qu’à l’arrivée du courrier sont entassés, pour le tri, les centaines de sacs renfermant les colis.
On devine ce qui arrive.
Le soleil des tropiques, surchauffant les têtes, donne une idée, dans ce local, de ce qu’étaient les plombs de Venise. Étant donné l’état hygrométrique de l’air, ce local est transformé en véritable étuve dont la température varie entre 35 à 40 degrés.
(À suivre)
Le Tamatave

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January 15, 2013

Il y a 100 ans : L'accident d'auto du 20 décembre


(Des Petites Affiches.)
Un accident d’auto dans lequel l’administration semblerait avoir une large part de responsabilités et qui aurait pu avoir des conséquences mortelles pour les personnes qui avaient pris place sur cette voiture, pour se rendre de Tananarive à Maevatanana, s’est produit ces jours derniers à l’entrée même du village de Maevatanana. L’auto n° 3 qui quittait Tananarive le 11 au matin avait accompli sans encombre la plus grande partie de la route, lorsque, à quelques kilomètres de la dernière étape, Antanimbary-Maevatanana, le chauffeur livra son volant à l’aide qui l’accompagnait. Celui-ci lança alors la machine à une allure presque vertigineuse et, ayant aux abords d’un pont en assez mauvais état, fait une fausse manœuvre de volant, précipita dans le gouffre l’auto et tous ceux qu’elle contenait. Les passagers, ahuris, se virent, en l’espace rapide d’un éclair, étendus au milieu des débris informes de l’énorme machine roulante dont le moteur avait été heureusement arraché de la voiture, et projeté à une certaine distance, par suite de la violence du choc.
Par miracle, personne ne fut tué, mais, quelques-uns des voyageurs furent assez grièvement blessés et tous sérieusement contusionnés.
M. Bonnemaison, qui rentrait avec sa femme d’une tournée d’affaires de Tananarive, eut toutes les peines du monde à se sortir de dessous les énormes sacs de colis postaux qui étaient tombés sur lui, et se releva avec une fracture de la clavicule gauche, une côte brisée, l’oreille déchirée, l’omoplate endommagée et couvert de contusions.
Aussitôt debout, il chercha ce qui était advenu des autres voyageurs, et fut assez heureux de voir que les demoiselles Harel et les deux bébés qu’elles conduisaient, étaient déjà hors de l’auto, ce qui laissa suppose qu’aucune de ces quatre personnes n’avait subi de blessure grave, mais il n’en était pas de même pour Madame Bonnemaison, qu’il trouva étendue au fond de ce qui restait de la caisse de l’auto, et dans l’impossibilité de faire le moindre mouvement, écrasée qu’elle était sous les sacs postaux et les débris de la voiture.
Quoique grièvement blessé, M. Bonnemaison réussit après quelques efforts à sortir sa femme de la pénible position dans laquelle elle se trouvait, et si elle n’a eu, par un hasard providentiel, aucun membre brisé, elle se releva couverte de contusions et de meurtrissures très douloureuses.
Mlle M. Harel que l’on pouvait croire parfaitement indemne, avait cependant reçu un coup assez violent dans la région temporale droite, et était fortement contusionnée sur tout le corps.
Sa sœur, Mlle S. Harel, avait une blessure au bras et aussi des contusions à la hanche.
Une femme indigène qui avait pris place sur l’auto à Antanimbary, a eu la cuisse brisée et une grave blessure à la tête, et le chauffeur novice, cause de l’accident, fut relevé vomissant le sang et dans un état assez critique.
Les blessés indigènes furent aussitôt transportés à l’hôpital, et les Européens se dirigèrent à l’hôtel Batis, où disons-le, à la louange de ce praticien, le docteur Chollat-Trollet s’empressa de se rendre à leur appel, et de leur prodiguer les premiers soins que nécessitait leur état.
Nous avons dit que l’administration encourait en cette affaire, une responsabilité très grave, et cette responsabilité est dès maintenant établie par suite d’une déclaration qui a été faite par le chauffeur de l’automobile au Commissaire de Police de Maevatanana, en présence des victimes de l’accident et d’autres personnes accourues sur le lieu du sinistre, à une question à lui posée.
Il résulte de la réponse du chauffeur que l’accident est dû à une fausse manœuvre de son second, lequel tenait à ce moment le volant, quoique ne sachant pas conduire, et que ce serait à la suite d’ordres qui lui auraient été donnés par ses chefs, dans le but de permettre à cet élève chauffeur de faire son apprentissage, que le volant lui était quelquefois confié en cours de route.
Le Gouvernement qui assume la responsabilité de convoyer des voyageurs dans les voitures automobiles et qui se jouent ainsi de la vie de ces voyageurs, n’est rien moins que cynique, et si les victimes de ce cynisme s’adressent, comme nous croyons savoir qu’elles le feront, aux tribunaux pour obtenir réparation des dommages soufferts il est probable que la casse à payer pourrait bien être assez lourde.
Qu’en pense Monsieur le Gouverneur Général si cet ordre vient de lui, ou qu’il l’a signé sans le lire ?
C’est toujours le j’menfoutisme administratif.
La vie des gens pèse si peu dans leur balance.
Le Progrès de Madagascar

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