October 27, 2013

Il y a 100 ans : Exécution capitale (2)

(Suite et fin.)
En Indo-Chine on restait dans la tradition, mais à Madagascar la fusillade ne signifiait absolument rien, puisque le gouvernement hova mettait à mort les criminels avec des raffinements d’improvisation.
Les Malgaches se moquent absolument du peloton d’exécution.
J’en ai vu périr plusieurs sous les feux de salve. Ils étaient extraordinaires de sang-froid. Quant à la foule, elle trouvait le spectacle divertissant.
Le gouvernement général n’a qu’à exhiber la guillotine et la criminalité sera arrêtée pour longtemps.
La guillotine est un instrument de terreur et ceux qui en firent celui de la Révolution connaissaient à merveille la défroque humaine.
Si l’on veut faire des exemples à Madagascar, frapper l’imagination des indigènes, dresser devant eux l’épouvante du châtiment, il faut faire disparaître l’inutile décret présidentiel et appliquer la loi. Tamatave n’est qu’à trente heures de la Réunion.
Dans l’intérêt de la sécurité de tous les colons français, on peut bien nous demander notre guillotine. C’est un sinistre rattachement, on en conviendra, mais bien plus sinistre encore est la longue liste des victimes de MM. les assassins malgaches.
Ceux qui connaissent bien l’indigène, qu’il soit hova, betsimisaraka, antaimoro, sakalava, peuvent affirmer que seule la crainte d’un châtiment terrible doit arrêter leur élan dans la voie du crime.
Ces indigènes, on les a mis hors la loi. On leur accorde la mort des braves, celle du duc d’Enghien et du maréchal Ney, celle des martyrs de la Commune. Sans aller plus loin, on les met au même poteau que Rainibetsimisaraka, héros de l’indépendance madécasse que la France fit fusiller pour s’en débarrasser et qui tomba crânement sous nos balles, le chapeau en main, saluant d’un dernier et tragique défi nos officiers.
Chaque criminel malgache qui expie ainsi son forfait se campe en faible devant la justice des forts.
C’est une erreur que l’on commet. Elle nous est fatale depuis quinze ans.
Nous tenons à la disposition de nos voisins l’instrument de leur sécurité et nous leur faisons remarquer que si l’on pend en Angleterre, on pend aussi à Maurice.
XX.

Le Tamatave

Madagascar il y a 100 ans - Janvier 1913 est disponible :
en version papier (123 pages, 10 € + frais de port)
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1 comment:

  1. Les Malagasy savent mourir bravement, la tête haute.

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