19 juillet 2017

Il y a 100 ans : Mauvais temps à Vatomandry (2)

(Suite et fin.)
Mais, là où il y a eu de plus grands dégâts, c’est dans les campagnes : les vanilleries surtout, dans lesquelles les arbres d’abri ont fait un véritable massacre.
Nous envisageons, dès ici, une grande diminution sur la récolte prochaine qui promettait cependant d’être importante. On peut compter une réduction de 50 % au moins.
Les plantations de riz ont également beaucoup souffert ; car elles avaient été déjà fortement endommagées par les grandes crues de ces temps derniers.
L’année 1917 ne s’annonce donc pas bien prodigue pour les planteurs. Et il y a lieu de prévoir, dès maintenant, la famine très prochaine. Surtout si l’on envisage de près la pénurie de la main-d’œuvre qui devient de plus en plus difficile.
D’un autre côté, les exploitations de graphite ont également subi de grosses pertes par les digues et les constructions des toby enlevées.
Ces installations deviennent incontestablement très difficiles à refaire à cause de la pénurie de la main-d’œuvre. Si l’Autorité Supérieure ne prescrit pas des instructions sérieuses sur l’obligation imposée aux indigènes de travailler d’une façon continuelle, c’est la fin de toutes les entreprises à brève échéance.
Un vieux colon.
Le météore a donc parcouru presque toute la colonie, car de Tananarive on nous écrit que là aussi il a exercé ses ravages.
Le Tamatave

Morts au champ d’honneur

Iola, capitaine d’infanterie coloniale, dont la citation et le décès ont été publiés au J. O. des 11 novembre et 27 décembre 1916, était le gendre de M. et Mme Raufast, domiciliés à Majunga.
Mouchet (André-Constant), sergent fourrier au 30e bataillon de tirailleurs sénégalais. – Tué à l’ennemi le 5 octobre 1916 au moulin de Gradesnica (Serbie).
M. Mouchet était adjoint des services civils de Madagascar.
Mulsant (Camille), sous-lieutenant au 33e d’artillerie. – Tué dans la Somme, à l’âge de 19 ans, le 15 octobre 1916.
M. Mulsant (Camille) était le neveu de M. de Fontbrune, administrateur des colonies.

Journal Officiel de Madagascar et Dépendances

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 64 titres parus à ce jour.

17 juillet 2017

Il y a 100 ans : Nouvelles de Sainte-Marie de Madagascar (2)

(Suite et fin.)
Le Sidney, qui a mouillé ce matin sur notre rade venant de Diégo-Suarez, va lever l’ancre ce soir pour Tamatave ; le temps nous fait donc défaut aux colons, aux planteurs et aux habitants de l’île, pour adresser une pétition à notre distingué et bienveillant Gouverneur Général de Madagascar, pour le supplier de faire rétablir, – de toute impérieuse nécessité, – l’ancien itinéraire des annexes Bagdad et Sidon pour des escales mensuelles aller et retour Diégo, Ste-Marie, Tamatave ; au retour, Tamatave, Ste-Marie sur Diégo.
Nous signalons de plus à Monsieur le Gouverneur Général que, sur la population de cinq mille âmes, il y a encore cinq cents détenus de la maison de force et de correction qu’il faut nourrir, que sans le Bagdad ou le Sidon, le fournisseur actuel ne trouvera aucun transport de Tamatave à Ste-Marie pour les fournitures de riz.
Que le journal Le Tamatave nous vienne en aide dans cette circonstance, en publiant nos appels à qui de droit.
Un vieux colon.

Mauvais temps à Vatomandry (1)

D’un autre côté, un ami de Vatomandry nous fait de sa région le navrant tableau ci-après :
Depuis le 4 au soir, nous traversons une période de grosses averses qui n’ont pas manqué de faire gonfler et déborder les rivières alors qu’elles n’avaient pas encore repris leur cours normal depuis les dernières grandes crues.
La journée du 5, temps à grains fréquents ; mais dès le commencement de la nuit, le vent souffle et ne tarde pas à prendre une tournure inquiétante. On se fait la réflexion : « Si cela dure, nous sommes perdus. »
En effet, le 6 au matin, on constate déjà pas mal de dégâts :
1° À l’Assistance médicale, la toiture de la Maternité est complètement enlevée (construction nouvelle en maçonnerie couverte de tôle) ; une grande partie de la « varangue » (en tôle) des bureaux du médecin inspecteur est également enlevée.
2° À la Douane, la toiture (tôle) du hangar débarcadère en partie enlevée.
3° L’abattoir complètement écrasé.
4° Au Marché, l’une des constructions en chaume également écrasée.
5° Quelques cases indigènes et de gros arbres brisés ou déracinés.
(À suivre.)

Le Tamatave

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16 juillet 2017

Il y a 100 ans : Nouvelles de Sainte-Marie de Madagascar (1)

11 février 1917.
Les nouvelles ci-après que nous recevons de notre correspondant de Ste-Marie, et que nous nous empressons de publier, viennent confirmer de tout point ce que nous disons dans l’article précédent.
D’après ces nouvelles, aux voiliers perdus, il faut ajouter le Star.
Notre petite colonie, dans les journées des 5 et 6 février courant, vient d’être visitée par un terrible météore qui a été d’une violence extrême et n’a rien de comparable avec les autres cyclones depuis un demi-siècle. Les arbres fruitiers, les girofliers sont en grande partie renversés, déracinés, brisés par le vent de Nord-Est. Les vanilleries détruites en majeure partie et la récolte pendante aura au moins la moitié de perdue.
Girofle. – On peut être certain que la récolte de cette année n’atteindra pas dix tonnes. Pour les années prochaines, 1918 et 1919, ce seront les mêmes déficits. Ce ne sera donc qu’en 1920 que les jeunes girofliers rapporteront.
Vanille. – La récolte de la vanille cette année sera aussi en déficit de moitié sur 1916 et ce n’est qu’en 1919 que les dégâts seront réparés. Avant cette époque, nous n’avons pas à compter sur des résultats rémunérateurs ; il faudra donc refaire les plantations. On se souviendra longtemps de cette grande calamité.
À ces pertes, il faut ajouter maintenant les plantations de manioc, anéanties par le vent, les cases des indigènes renversées dans les villages et, sur l’arbre à pain qui a assuré aux Malgaches pour deux mois leur nourriture, il ne reste plus le moindre fruit sur pied.
Le riz. – Le riz manque complètement sur place et, les côtiers ayant disparu, il manque absolument tout moyen de ravitaillement pour recevoir des riz de Tamatave, Fénérive ou Maroantsetra. Donc, disette complète. Chez les commerçants, plus de riz, plus de farine, plus de sucre ; en un mot, ils sont entièrement dépourvus de marchandises alimentaires ; cela à la suite de la perte des deux voiliers Star et Frégate qui étaient chargés en plein à Tamatave à la date du 3 février pour transporter à Ste-Marie les vivres alimentaires qui nous faisaient défaut ; ces deux voiliers ont coulé en plein sur rade de Tamatave.
(À suivre.)

Le Tamatave

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14 juillet 2017

Il y a 100 ans : Les cyclones et le cabotage sur la côte Est (2)

(Suite et fin.)
Il s’agirait d’établir en face de la douane un bassin-abri où pourraient être amarrés les remorqueurs et tous voiliers ou bateaux servant au cabotage. Tous les hommes sérieux se sont préoccupés de cette question, et notamment notre actuel Gouverneur Général, plus compétent en cette matière que ses prédécesseurs.
Comment serait construit ce bassin-abri et quel en serait le prix ?
Ces questions ont été étudiées et résolues par les ingénieurs ayant procédé aux études du port.
Il suffirait d’un empierrement ou jetée en pierres sèches, partant de la tête à Miot et contournant le récif; il suffirait à arrêter les vagues déjà brisées par le récif lui-même. La preuve de son efficacité et de sa résistance vient d’être fournie par le morceau de jetée en pierres sèches lancée sur le récif en face de la gare du T. C. E.
Non seulement cette jetée a parfaitement résisté à la violence des vagues, mais encore, malgré son peu d’étendue, elle a abrité suffisamment les remorqueurs et les chalands qui se sont trouvés sous son action. Il suffirait donc de la prolonger jusqu’à la tête à Miot, en contournant le récif. D’après les ingénieurs précités, son coût n’atteindrait pas 200 000 fr. Ce chiffre pourrait même être réduit de moitié de la façon suivante :
La colonie étant propriétaire des carrières de pierre, le T. C. E. pourrait construire un embranchement rejoignant la plus rapprochée de la voie et les blocs de pierre seraient ainsi transportés sans transbordement de la carrière directement sur la jetée. L’économie serait considérable, et cet embranchement viendrait à propos pour aider à la construction du port qui, chaque jour, s’impose davantage.
Mais ce sur quoi nous insistons avec la dernière énergie, c’est sur la nécessité de construire ce bassin-abri dans le plus bref délai. C’est là encore une fois, au haut chef, une question d’humanité à tout prix. Les colons et industriels établis sur la côte Est ont besoin d’être ravitaillés et par suite d’écouler leurs produits. Leur construire une route le long de la côte est une chose à laquelle on ne peut songer. Elle coûterait dix fois ce que peut coûter le bassin-abri proposé, et son entretien serait désastreux, sans jamais pouvoir rendre les services que rendra ce dernier.
Qu’on y pense donc, et au plus tôt !

Le Tamatave

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13 juillet 2017

Il y a 100 ans : Les cyclones et le cabotage sur la côte Est (1)

Les arbres enlevés, les toits réparés et les rues délivrées de l’épaisse couche de feuilles et débris de toute sorte qui les jonchaient, la ville de Tamatave a repris son aspect au point de faire douter que, il y a huit jours à peine, elle a été effleurée par l’aile sinistre d’un cyclone.
Mais, pour garder intacte cette vision, il ne faut point se rendre sur les quais où les réalités apparaissent dans toute leur horreur. Là, le spectacle est navrant.
Avant le passage du météore, la rade était agrémentée par la présence de plusieurs voiliers qui, amarrés de ci de là dans leur mouillage, se balançaient gracieusement sous la brise comme de grands oiseaux de mer.
Aujourd’hui, plus rien ; le mouillage est désert et les débris des malheureux voiliers, déchiquetés par les vagues, jonchent l’enrochement qui protège le boulevard Galliéni.
C’est là un désastre de conséquences plus considérables que ce qu’on serait porté de croire tout d’abord.
Sans doute quelques-uns de leurs propriétaires, dont c’était l’unique moyen d’existence, sont ruinés. Sans doute encore le Wharf a subi par eux de sérieux dommages. Mais tout cela est secondaire, car le véritable dommage, le plus important, ce sont les colons et industriels établis le long de la côte qui l’ont subi. C’était par ces voiliers, faisant le cabotage, qu’ils recevaient la vie et écoulaient leurs produits. Ils n’ont point d’autre voie de communication. Aujourd’hui, ils sont, pour ainsi dire, sans relations avec le reste de l’Univers, condamnés presque à mourir de faim au milieu de leurs riches produits. Sans doute, attirés par l’appât du gain, il se trouvera des industriels pour reconstruire des voiliers ; mais cela ne peut être fait du jour au lendemain, et d’ici là…
L’Administration se préoccupe-t-elle d’assurer à ces nouveaux venus dans la rade de Tamatave plus de sécurité que n’en ont trouvé ceux qui viennent de disparaître ?
Ce serait cependant très facile, et tant au point de vue humanitaire qu’au point de vue du développement de la prospérité de la Colonie, ce serait urgent, et qui plus est, ce serait peu coûteux.
 (À suivre.)

Le Tamatave

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12 juillet 2017

Il y a 100 ans : Le cyclone (2)

(Suite et fin.)
Au-delà du Wharf, le mur de soutènement assez récemment construit, et destiné à protéger le boulevard Galliéni contre les avances de la mer, s’est effondré sur une cinquantaine de mètres. Le météore a commis là l’indiscrétion d’étaler sans pudeur à tous les yeux la façon dont les travaux publics autrefois étaient exécutés. Le mur dont s’agit a sur certains points l’épaisseur d’un carton reposant sur du sable. C’est sous la haute direction de M. Vidaud, l’éminent ingénieur du Service régional d’alors, que ce travail a été exécuté.
Il faut convenir que ce haut fonctionnaire Zaptatout possédait de réelles aptitudes… aquatiques. C’est ainsi, entre autres, qu’il avait converti la rue Amiral Pierre en une cascade de la rue Laborde à la rue Lambert, cascade précédée d’un lac, délice des canards, sur lequel peuvent naviguer des pirogues, allant de cette dernière rue au jardin public. C’est du reste le même Zaptatout qui demandait, effaré, à quoi pouvaient servir des chambres d’eau dans une usine hydraulique.
Au-delà du mur ci-dessus, la mer a continué à ronger, sur divers points, le boulevard Galliéni, notamment à la Pointe Tanio où, le boulevard enlevé, elle s’est avancée dans les terres sur une longueur d’environ 200 mètres, emportant une partie d’une maison appartenant aux T. P. et mettant en péril le phare et la bouée lumineuse qui le précède.
En ville, les dégâts, quoique nombreux, n’ont pas atteint la même importance. Des toits enlevés tout ou partie, procurant aux habitants la surprise d’une douche en pleine nuit, surprise que d’aucuns auront eu la mauvaise grâce de trouver désagréable. Un fait curieux à noter : c’est que le météore paraît avoir spécialement exercé sa rage sur les bâtiments publics. Malfaçons !… s’écriera quelque grincheux. – Oh ! pas du tout, simple malice, pure facétie de mauvais goût de la part du météore, voilà tout.
De nombreuses branches d’arbres ont été cassées, et même un certain nombre d’arbres ont été déracinés, - le sol n’est composé que de sable, – et quelques-uns se sont donné le luxe d’écraser les toits des immeubles qui les avoisinaient, ou de couper les fils télégraphiques – jeux innocents de la part d’un météore, car, – fait digne de remarque, – il n’y a eu à déplorer la perte d’aucune vie humaine, ni même aucun accident sérieux.

Le Tamatave

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11 juillet 2017

Il y a 100 ans : Le cyclone (1)

Dès les derniers jours de la semaine précédente, une chaleur lourde, une atmosphère chargée d’électricité, et une baisse barométrique considérable faisaient prévoir une perturbation atmosphérique prochaine. En effet, le 5, l’observatoire de Tananarive signale le passage probable d’un cyclone au nord de l’Île dans la région de Vohémar. Mais déjà dans la nuit du 5 au 6, un vent d’une grande violence arrive sur Tamatave, et ne tarde pas à souffler en tempête. Il continue avec furie pendant toute la journée du 6, et ne fléchit que vers 9 heures du soir. Des trombes d’eau l’ont accompagné tout ce temps, ce n’est toutefois que dans la nuit du 7 au 8 qu’il cesse à peu près complètement.
Bien que Tamatave ne se soit pas trouvé dans l’axe même du cyclone qui a évolué plus au nord, il en a eu cependant la queue ou la tête ; par suite, les dégâts occasionnés ont été nombreux, et quelques-uns très importants, notamment dans la rade.
Là, en effet, six des voiliers ancrés dans leur mouillage ont été arrachés de leurs ancres et projetés sur les enrochements qui protègent le boulevard Galliéni avec une telle violence, par chaque lame qui arrivait, qu’ils y ont été brisés et réduits littéralement en miettes. Les débris rejetés par la mer jonchent l’enrochement.
Ces voiliers sont : Juliette à la Cie Marseillaise ; Persévérance à M. Hoareau de Foulpointe ; Sultana à Mahmoudh Mall, indien ; Marsouin à M. Maigrot ; Gibelle à un Malgache ; et La Frégate à M. Nadeau.
À ces voiliers il faut ajouter l’Albatros, chaloupe à vapeur au batelage du Commerce qui a été coulé sur place.
Un dernier voilier, la Marie-Thérèse, appartenant à MM. Goldoni et Déchamp, a été s’échouer sur le sable de la Pointe Tanio ; peut-être pourra-t-il être renfloué.
Les deux steamers en rade, le Caucase des M. M. et l’affrété par l’Amirauté anglaise, ont pu se réfugier à temps dans le mouillage à l’abri de l’îlot Prune.
Le Wharf a également souffert. Sous les coups de bélier répétés que lui ont porté les voiliers enlevés par l’ouragan, plusieurs piliers ont été endommagés et même brisés. Ce sont là des dégâts importants et difficilement réparables, ces piliers se trouvant en eau profonde.
(À suivre.)

Le Tamatave

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10 juillet 2017

Il y a 100 ans : Séance de l’Académie malgache (4)

(Suite et fin.)
Sur les terrasses planes de la dépression d’Ankazobe, les affleurements rocheux manquent totalement : il en est ainsi, ce semble, sur tous les sols jadis couverts par les eaux ; la transformation latéritique les a atteints profondément. Par contre, dans les vallées actuelles, entaillées graduellement jusqu'à une profondeur de 30 à 35 mètres, à mesure que le niveau des eaux s’abaissait en aval, le gneiss apparaît par places : tel est le seuil rocheux d’Andriambikinina, qui semble avoir été jadis et est encore le principal obstacle à l’écoulement des eaux. Si le service de colonisation arrive à abaisser et à élargir ce seuil, qui retient les eaux et produit leur stagnation dans le fond des vallées actuelles, il aura supprimé une des causes principales de l’insalubrité relative de la région. Alors peut-être un jour viendra où la population, aujourd’hui fort clairsemée, se multipliera dans cette dépression d’Ankazobe, et ces terrains, qui semblent jouir d’une certaine fertilité, pourront se couvrir de cultures.
Le secrétaire rend compte des documents reçus depuis la dernière séance. Il présente des fossiles envoyés par Rakotoarivony, instituteur officiel à Ankirihitra, et transmis par M. l’administrateur, chef de la province de Maevatanana ; une collection d’oiseaux et de mammifères faite dans la forêt tanala par les préparateurs du Musée et une importance collection d’insectes recueillie dans la région Antsihanaka par des indigènes opérant pour le compte de l’Académie.
L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 18 heures.
Bulletin de l’Académie malgache

Les permis de recherche à Madagascar

Par décret du 22 janvier 1917, publié au Journal officiel du 28, le permis de recherches n° 164, du 12 juillet 1913 (pour mines autres que les mines d’or, de métaux précieux et de pierres précieuses ayant donné lieu à la déclaration de bornage n° 4779) appartenant à la Société Cymrodorion dont le siège social est à Ambositra (Madagascar) est renouvelé pour un an, à compter du 12 juillet 1916.

Le Courrier colonial

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9 juillet 2017

Il y a 100 ans : Séance de l’Académie malgache (3)

(Suite.)
Les surfaces plates, témoins aujourd’hui fragmentés du principal niveau antérieur des eaux (1 225 mètres d’altitude), accusent cet ancien état de choses. Les eaux venant du S.-E. par l’Andranobe et ses affluents furent arrêtées là à des hauteurs progressivement décroissantes par les chaînons rocheux de l’ouest, avant de trouver une issue vers l’Ikopa.
En second lieu, remarquable est la disposition des reliefs montagneux qui forment comme le cadre de cette dépression. À l’ouest, c’est une série de chaînons orientés N.-N.-E. dont le premier et le plus saillant est l’Ambatomalaza (1 550 mètres d’altitude maximum). Le mont Angavo, à la silhouette si accidentée et si pittoresque, continue ces chaînons vers le nord et ferme par sa falaise abrupte la dépression de ce côté. À l’est au N.-E., s’étend, parallèlement au cours de l’Andranobe, dans une direction N.-N.-O., le long chaînon, appelé Tsiafabalala dans sa partie sud : moins haut dans son ensemble que les chaînons de l’ouest, mais remarquable par sa longueur (20 à 25 kilomètres) et par sa direction rectiligne, il a l’aspect d’un mur au-dessus de la vallée. Son prolongement, le mont Babay, est traversé par la route de Majunga eu kilomètre 108.
À l’arrière de ce chaînon de Tsiafabalala Babay, à l’E. et au N.-E. d’Ankazobe, une longue ligne très saillante (plus de 1 000 mètres d’altitude), quoique moins régulière, ferme complètement l’horizon : c’est le rebord abrupt du plateau froid et nu de Manankazo. La route de Majunga escalade péniblement ce plateau à force de détours et de circuits sur un parcours de 7 kilomètres.
Quant à la dépression elle-même d’Ankazobe, dominée par ces hauts reliefs, l’étude stratigraphique du terrain montre qu’elle résulte probablement de l’effondrement d’un anticlinal en pointe ou en angle. Ce serait en petit la reproduction du phénomène qui a créé la forêt d’Alsace entre les Vosges et la Forêt-Noire. L’effondrement de la clef de voûte de l’anticlinal a dû avoir lieu, au moins pour la partie occidentale, par fractures parallèles : de là vient que les sept ou huit sources que M. Pomiés a signalées dans son intéressante étude hydrographique d’Ankazobe sont orientées suivant trois directions parallèles entre elles et à la faille saillante du massif d’Ambatomalaza.
 (À suivre.)

Bulletin de l’Académie malgache

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8 juillet 2017

Il y a 100 ans : Séance de l’Académie malgache (2)

Suite de la séance après une trop longue... séquence sans Internet.
(Suite.)
Un autre membre fait remarquer que la loi de Baer n’est guère admise par les géologues actuels, car sa valeur absolue, donnée par le calcul, est très petite et ne saurait compenser la pesanteur. En réalité, le cours d’eau cherche toujours la ligne de plus grande pente et son effort sur les obstacles naturels qu’il rencontre est porté tantôt sur sa rive droite, tantôt sur sa rive gauche. Dans le cas des cours d’eau du nord-ouest de Madagascar, les rivières sont déviées vers le S.-E.-N.-O. par la rencontre après les grès liasiques assez friables des terrains jurassiques plus résistants. Les eaux longent les causses et ne les traversent qu’à la faveur d’une dépression du plateau. Quand les rivières débordent, elles ont naturellement tendance à aller où la gravité les pousse, c’est-à-dire vers l’ouest.
M. Carle présente une note du R. P. Colin sur le cyclone du 26 décembre. Ce très intéressant travail est destiné à être publié dans la Revue Agricole et Vétérinaire du mois de janvier.
Il présente également un plan en relief de Tananarive et environs dû à l’un des agents de son service, M. Pomiés. Cette planche est la première d’une série qui embrassera, en un grand plan de quatre mètres sur trois mètres, toute la région centrale de l’Imerina et permettra de se faire une idée exacte du relief si chaotique de cette région. Il s’agit là d’un travail considérable exécuté pour le compte de l’Académie malgache et destiné à figurer parmi les collections géologiques, où il constituera certainement une des principales curiosités[1].
Le P. Muthuon rend compte d’une excursion faite dans la région d’Ankazobe. Quand, venant du sud, on approche d’Ankazobe, divers traits de configuration physique du sol arrêtent le regard. Tout d’abord, c’est la situation de la petite ville, création du général Lyautey : ses maisons, noyées en quelque sorte dans un massif verdoyant d’eucalyptus, reposent presque à l’extrémité septentrionale d’une dépression, qui fut manifestement l’emplacement d’un lac.
(À suivre.)
Bulletin de l’Académie malgache



[1] La mort a malheureusement empêché M. Pomiés de réaliser son projet.

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29 juin 2017

Il y a 100 ans : Séance de l’Académie malgache (1)

Présidence de M. le Dr Fontoynont.
Étaient présents : Mme Hodgkin, MM. Dr Standing, Chazel, De Guise, Guédès, R. P. Dubois, R. P. Muthuon, R. P. Cadet, Rajaofera, Rasamimanana, Maisonneuve, Lamberton.
Excusés : MM. Hesling, Sharman, Dr Villette.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Le président donne lecture de la correspondance comprenant diverses lettres de M. Lacroix. Notre savant collègue nous signale que les eaux des sources minérales de Sainte Marie de Marovoay contiennent un sel purgatif exploitable. Il nous signale également l’intérêt qu’il y aurait à rechercher si le mot malgache « vatodidy » désigne une seule espèce minérale ou si c’est un terme générique appliqué à toutes les roches qui se taillent facilement.
L’Académie décide de faire recueillir dans les diverses provinces des échantillons de « vatodidy » qui seront ensuite envoyés à M. Lacroix pour étude.
M. le Dr Fontoynont dépose sur le bureau et offre pour les collections du Musée une batterie de fusil qui porte la date de « 1835 ». Elle serait donc antérieure à la création des usines de Mantasoa par Laborde. Il serait intéressant de rechercher où elle a été fabriquée.
Il est donné lecture d’une communication de M. Fraud au sujet de la capture de la Mahajamba. Notre collègue était chef du district de Port-Bergé au moment où se produisit cet événement géographique. Il eut lieu vers mars 1903, et il fut causé par les pluies diluviennes qui tombèrent à deux reprises cette année-là. La crue de la Mahajamba déploya et emporta une colline qui séparait le lit de la Mahajamba de celui de la Kamoro. D’autre part, M. Fraud voit dans ce phénomène un cas de la loi de Baer qui veut que, dans l’hémisphère sud, les fleuves coulant vers l’équateur rongent constamment leur rive gauche. Tout en reconnaissant le grand intérêt de la communication de M. Fraud, M. Carle fait remarquer qu’il a visité le lieu où s’est faite la capture et qu’il n’a vu aucune trace de colline. Il semble qu’un nouvel examen des lieux, par un géologue, serait indispensable pour trancher cette question.
(À suivre.)

Bulletin de l’Académie malgache

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 62 titres parus à ce jour.

28 juin 2017

Il y a 100 ans : L’avenir de Madagascar (11)

(Suite et fin.)
Ces textes impliquent sournoisement, mais clairement toutefois, que le dit décret doit avoir nun effet rétroactif.
Or, notre Code civil, dans son titre préliminaire sur la publication, les effets et l’application des lois en général, dit textuellement dans son article 2 : « La loi ne dispose que pour l’avenir ; ELLE N’A POINT D’EFFET RÉTROACTIF. »
Mais, dans notre colonie de Madagascar, M. Lebureau, plus fort que la loi, plus fort que le code, s’assied dessus et légifère à sa convenance. Industriels, mes amis, vous êtes prévenus.
Puis l’on s’étonnera que colons et industriels n’affluent pas aux colonies ! C’est le contraire qui aurait lieu de surprendre.
Pour expliquer cette chose regrettable, on s’empresse d’ajouter : « Le Français n’est pas colonisateur. »
Permettez, M. Lebureau ! Cette affirmation est trop générale, elle ne concerne que l’administration française, notre administration qui, en matière de colonisation, ne possède ni principes, ni méthode, ni esprit de suite, ni expérience, ni assez d’hommes compétents.
Quant au Français en lui-même, colon ou industriel, il possède à un degré très élevé des qualités éminemment colonisatrices : initiative, activité, courage, intelligence et par-dessus tout esprit débrouillard.
Qui n’admire dans tous les pays étrangers, notamment dans les pays d’Amérique, la riche colonisation française. C’est que nos compatriotes y ont trouvé partout une liberté très grande et des facilités complètes pour y exercer leur activité en même temps que bienveillance et même appui de la part des autorités.
Le Général Galliéni lui-même, bien que puissant colonisateur, a été impuissant à vaincre la force d’inertie et le mauvais vouloir de M. Lebureau qu’on lui a envoyé, cadre d’Europe. On reste stupéfait à voir la quantité d’instructions sages et pratiques données par lui, mais qui sont restées lettre morte, M. Lebureau ayant pris sur lui de ne pas les exécuter.
Donc, avant de faire l’inventaire de ce qu’on peut faire dans la colonie de Madagascar et d’y appeler colons et industriels, commençons par leur en rendre l’accès abordable, en supprimant les trop nombreuses entraves qui, pour le moment, lui en interdisent l’entrée. Souvenons-nous que c’est dans les colonies que se trouve l’avenir de la France.

Le Tamatave

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26 juin 2017

Il y a 100 ans : L’avenir de Madagascar (10)

(Suite.)
« En cas de contestation, ajoute l’article, et à défaut d’entente amiable, il serait statué par le Conseil du Contentieux de la Colonie » !!!
Le Conseil du Contentieux ! Sais-tu, brave industriel, de qui ou de quoi il est composé ? Je vais te le dire.
Il comprend six membres, dont cinq – tu as bien lu, cinq sur six – sont tout ce que M. Lebureau possède comme fine fleur. Honnêtes ? Absolument. Instruits ? Savants même ? Comme pas un ; mais qui, sur les questions industrielles, doivent, en général, posséder autant de notions que l’enfant qui vient de naître.
Le sixième membre est un colon intelligent et honnête lui aussi, mais qui en fait de connaissances industrielles doit être à la hauteur de ses collègues. Puis que veux-tu qu’il fasse contre cinq, surtout s’il veut ménager le renouvellement de son mandat ? et surtout encore contre cinq gaillards convaincus que c’est arrivé et que, bien mieux qu’au pape, le don de l’infaillibilité leur a été octroyé. Du reste, tous les six ont les yeux constamment fixés sur la girouette pour savoir d’où tourne le vent. Avec cela, l’industriel est fixé sur la nature de la sentence qui le frappera.
Par contre, s’il est frère ou ami, il peut sauter les pieds joints par-dessus tous les règlements, dispositions ou décrets qui s’effaceront devant lui pour lui permettre de faire ce qui lui plaira.
Avant le décret du 3 juin 1913, certains industriels avaient obtenu, dans un esprit plus large, des concessions de prise d’eau qui échappaient à la main-mise de M. Lebureau. Cela ne pouvait être, car ce dernier en eût séché de dépit. Aussi le décret du 3 juin 1913 contient, dans son article 21, les deux subtils alinéas suivants :
« Art. 21. – Les propriétaires des ouvrages et établissements de toute nature soumis à l’autorisation en vertu du présent décret et existant au jour de sa publication, seront tenus de faire diligence dans un délai de deux ans, à compter de cette date, pour obtenir l’autorisation exigée par le dit décret.
« Toutefois, s’il s’agit d’établissements ou d’exploitations antérieurement autorisées par l’Administration, le délai ne courra que de la mise en demeure adressée à chaque propriétaire, et sa durée ne sera que d’un an. »
(À suivre.)

Le Tamatave

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24 juin 2017

Il y a 100 ans : L’avenir de Madagascar (9)

(Suite.)
Le tabac. – Par son climat et la nature de ses terres, Madagascar peut produire des tabacs dont la qualité égalerait ceux de Cuba et des Philippines. Il est désolant autant que douloureux de constater avec quelle brutalité cette industrie a été tuée dans l’œuf. C’est encore une convenance personnelle qui en a été la cause. Il fallait à tout prix libérer d’une concurrence qui ne pouvait qu’être funeste les tabacs importés d’Algérie par les grands électeurs des Étienne et des Thomson. Et on n’a pas hésité à sacrifier Madagascar.
Là aussi, M. Lebureau, desserrez vos entraves.
Nous pensions avoir épuisé l’aride et fastidieuse question de l’utilisation des eaux de Madagascar par l’industrie, mais les nombreuses et vives observations qui nous ont été faites nous obligent à y revenir.
Développer dans notre colonie les diverses et nombreuses industries auxquelles elle se prête serait élever sa prospérité pour le moins à la hauteur de celle qu’atteignent les colonies ou les pays neufs les plus riches et les plus avancés.
Mais ce serait pour M. Lebureau l’abomination de la désolation. Aussi a-t-il eu soin d’y jeter son Holà ! et de préparer de telles entraves qu’à les remarquer un industriel sérieux s’empressa de s’en éloigner, pour échapper à une tyrannie aussi odieuse, en même temps que ruineuse et déprimante.
L’industriel calcule les dépenses qu’il peut faire en se basant sur les bénéfices possibles à réaliser. C’est ainsi que doit procéder un père de famille honnête, consciencieux. La législation en main, M. Lebureau lui dira : « Vous ferez les dépenses qu’il me plaira de vous imposer et de la manière qui me conviendra. »
Nous ne saurions assez répéter que M. Lebureau, le ZAPTATOUT, aussi ignare que malintentionné, n’a aucune préparation et ne possède aucune compétence pour remplir ce rôle tyrannique, et pendant 30 ans il tiendra le malheureux industriel, ainsi qu’il est stipulé dans le même article ci-dessous.
Il est vrai que, pour déguiser ce vol manifeste, car c’en est un, l’article 21 du même décret, dans son troisième alinéa, stipule qu’une indemnité pourra être allouée à l’industriel ainsi évincé.
Ah ! Le bon billet qu’a La Châtre !
 (À suivre.)

Le Tamatave

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23 juin 2017

Il y a 100 ans : L’avenir de Madagascar (8)

(Suite.)
Et si, malgré tout, ce dernier finit par installer son industrie, il n’est jamais qu’un étranger, un intrus dans son usine que le moindre caprice peut arrêter et, mieux que cela, faire démolir et disparaître. Voyez ce qu’édicte, dans son troisième alinéa, l’article 19 du décret du 3 juin 1913 : « Les ouvrages, terrains, bâtiments et engins de toute sorte déterminés au cahier des charges comme constituant des dépendances immobilières de la concession FONT PARTIE DU DOMAINE PUBLIC » !!!
Donc, c’est bien dans une sorte de socialisme d’État que vient s’annihiler l’industriel conduit à Madagascar par sa mauvaise étoile.
Il serait trop long de relever une par une toutes les entraves dont on l’entoure, nous ne pouvons que demander avec la plus grande énergie que ces entraves soient supprimées avant que de songer à développer à Madagascar les industries aussi diverses que nombreuses auxquelles, par ailleurs, notre colonie offre tant de facilités.
Le sucre. – Dans son câblo du 21, Havas nous annonce que le ministre du ravitaillement a invité les préfets à mettre en vigueur la carte-sucre. Cette denrée si nécessaire à l’alimentation est donc rationnée en France et constitue une question de la plus grande actualité qui préoccupe autant les consommateurs que les pouvoirs publics. À l’heure actuelle, la France ne fabrique plus assez de sucre pour sa consommation, et au cours de l’année qui vient de s’écouler, elle a dû en importer 532 751 tonnes contre une exportation de 134 935 tonnes, soit un déficit de 397 786 tonnes, ou en chiffres ronds 400 000 tonnes.
Or, tout le monde sait avec quelle facilité et quelle richesse pousse la canne à sucre à Madagascar. À l’époque de notre conquête, plusieurs fabriques de sucre étaient en pleine prospérité tant sur l’Ivondro que sur l’Ivoloina. Mais des convenances politiques ou personnelles les ont tuées, et on peut en contempler encore les ruines imposantes. Cependant quels services ne rendraient-elles pas à la France actuellement, si elles fonctionnaient encore !…
Allons, M. Lebureau, un bon mouvement ; lâchez les liens qui entravent cette industrie qu’un peu plus de liberté rendrait sous peu des plus florissantes, et encouragez les initiatives qui se manifestent.
(À suivre.)

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21 juin 2017

Il y a 100 ans : L’avenir de Madagascar (7)

(Suite.)
M. Augagneur, aussitôt avisé, trancha la question dans les 24 heures.
Mais le force d’inertie de M. Lebureau n’a pas de limites. Forcé de s’exécuter, il répond : « Vos plans sont incomplets. »
L’industriel demande en quoi.
« Pas d’explications à vous donner. Ils sont incomplets ; refaites-les. »
Refaits, vous les présentez à nouveau.
« Vos plans ne sauraient être approuvés, tant ils sont absurdes. »
?…
« Comment, vous le demandez ? Vous mettez dans votre usine des chambres d’eau… C’est pour prendre des bains ? »
Le malheureux ignorait que ces chambres d’eau étaient destinées à recevoir des turbines.
Un autre demande :
« Combien d’eau prendrez-vous à la rivière ? »
« Mais, le cas échéant, tout ce qu’elle pourra donner. »
« Cela, jamais nous ne pourrions le permettre ! Y pensez-vous ? Que deviendraient les populations situées au-dessous de votre usine ? » (Les expressions amont et aval lui étaient inconnues.) « Elles n’auraient plus d’eau pour boire et leurs animaux mourraient de soif. »
L’homme à l’omniscience, « Zaptatout », ignorait que cette eau, toute cette eau, devrait être restituée sur l’heure à la rivière, en la forçant à passer par les auges des turbines et fournir ainsi la force motrice désirée.
Tout ce que dessus est authentique et nous pouvons donner les noms des fonctionnaires et industriels qui y sont visés. Pour abréger, nous passons sur d’autres incidents tout aussi édifiants.
Et c’est à de tels… personnages que la législation confie la direction et le contrôle de l’utilisation de la houille blanche à Madagascar.
Ce n’est pas tout.
Nous ne saurions assez insister sur la situation, pour le moins singulière, dans laquelle la législation sur la matière met l’industriel. Ce dernier apporte ses capitaux, sa science, son expérience, mais c’est un agent n’ayant aucune préparation pour cela, et qui, d’ailleurs, n’aspire qu’à une chose, faire le moindre effort possible, c’est, dis-je, cet agent qui lui imposera sa manière de voir et sa volonté sur la nature, la forme et la dimension des travaux à exécuter, heureux si par ses exigences et ses vexations il peut déterminer l’industriel à aller se faire pendre ailleurs.
 (À suivre.)

Le Tamatave

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18 juin 2017

Il y a 100 ans : L’avenir de Madagascar (6)

(Suite.)
L’industriel qui veut s’en servir se heurte à une sorte de socialisme d’État qui le jette pieds et poings liés entre les mains de M. Lebureau et celui-ci le tient en lisière sous sa direction et son contrôle absolu. Or, l’ignorance, l’outrecuidance et le mauvais vouloir de M. Lebureau, en général, ont acquis à ce dernier une réputation universelle. Et, suprême ironie, l’industriel, l’homme de science et d’expérience, ne peut se mouvoir que sous sa coupe, obligé, pour ainsi dire, de se faire son homme-lige.
Que la Colonie se réserve la propriété absolue de toutes les eaux de Madagascar, sans que leur aliénation puisse jamais être permise, passe encore.
Qu’en accordant une autorisation de prise d’eau, elle fasse toutes réserves utiles quant aux droits des tiers et aux dommages que la retenue des eaux pourrait causer aux propriétés riveraines, rien de plus juste.
Mais qu’un agent ignare qui, de sa vie, n’a vu une prise d’eau, encore moins une usine quelconque, vienne imposer sa manière de voir à un homme d’expérience connaissant bien son métier, il n’y a que dans notre pays où l’on puisse admirer une chose aussi… paradoxale (soyons modérés).
De par la législation en la matière, l’industriel est obligé, dans un délai fixé, de soumettre ses plans et devis à l’approbation de M. Lebureau. Mais si l’industriel doit soumettre ses plans dans un délai fixe, aucun délai n’est imposé à M. Lebureau pour les examiner, de sorte que si l’industriel n’est pas persona grata et n’a pas montré… patte blanche, ou graissé les rouages, il attendra longtemps, – des mois, des années, – des nouvelles de ses plans. Quand, lassé d’attendre, il ira, respectueusement, en référer à M. Lebureau dans son cabinet, il entendra celui-ci lui répondre d’une voix mielleuse :
« Désolé, mon cher Monsieur ; mais j’ai 73 affaires à étudier avant la vôtre. Patience ! votre tour viendra. »
Malheureusement pour M. Lebureau, l’industriel qui attendait depuis deux heures dans la salle d’attente l’avait entendu faire une réponse identique aux réclamants qui l’avaient précédé. Il avait pour chacun 73 affaires à étudier avant la sienne (authentique).
(À suivre.)

Le Tamatave

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