6 février 2016

Jain n'est pas couchée - et nous non plus


On n'en rajoutera pas dans le sentiment d'appartenance à un pays, une nation, un peuple, une île, Madagascar en un mot (d'autant que moi-même, bon...). Malgré tout, il est toujours plaisant de voir que la filière malgache (fine allusion publicitaire) produit parfois de jolis effets inattendus.
Ce soir, Laurent Ruquier reçoit, dans On n'est pas couché sur France 2, Christiane Taubira, Renaud Capuçon, Philippe Torreton, Jean Imbert et Jain. Et alors, me direz-vous, qu'est-ce que cela vient faire dans de l'actualité culturelle malgache plus souvent tournée vers le passé que vers le présent?
Jain est une jeune chanteuse française de Toulouse, elle a vingt-trois ans, son single "Come" a connu un joli succès l'année dernière (et en Pologne, bizarrement), bien servi par un clip réalisé avec talent mais aussi par une musique sautillante dont on retrouve les qualités dans son album sorti en novembre, Zanaka.
Ah! Zanaka, voilà qui vous évoque quelque chose, peut-être?
La mère de Jain est métisse franco-malgache, voilà, c'est dit, et il est donc assez naturel que son nom, parmi ceux des autres invités d'On n'est pas couché, ait retenu mon attention.
La vôtre aussi, peut-être? D'autant que l'émission de Ruquier, divertissement intellectuel (oxymore), offre à des personnalités venues d'horizons très divers l'occasion de dialoguer sur des sujets inattendus. On ne parlera certainement pas que de musique cette nuit avec Jain et je rêve de voir Yann Moix ou Léa Salamé s'interroger sur le sens de ce mot: Zanaka.

5 février 2016

Johary Ravaloson court et fait courir

Je cherche dans ma bibliothèque, et malheureusement ne retrouve pas, La Porte du Sud, la nouvelle publiée par Johary Ravaloson il y a une douzaine d'années, qui avait reçu le Prix de la nouvelle de l'Océan Indien. Je reprends donc ce que j'en écrivais à un moment où je l'avais sous les yeux.
Il y relate une course de dahalo (des voleurs de zébus) dans le sud de Madagascar, sur le plateau pelé de l'Horombe. Il s'agit presque, comme on le sait, d'un sport traditionnel qui n'exclut pas pour autant la violence, surtout quand il s'agit de s'emparer d'un troupeau et pas seulement de quelques têtes de bétail.
Avec ses complices, le narrateur remonte vers le nord, ils poussent les bêtes devant eux dans la poussière, formant un convoi furieux sous la menace des gendarmes à leur poursuite avec des hélicoptères. S'ils arrivent à La Porte du Sud, ils pourront entrer dans le massif de l'Isalo et décourager les poursuivants avant d'aller vendre leur cheptel au marché d'Ambalavao.
Le récit est nerveux, entrecoupé de cris pour encourager les zébus à avancer, de pauses pour avaler du riz salé et de la viande boucanée, et aussitôt ça repart, avec cette impression de vitesse qui affole et disperse le regard.
On retrouve, dans Vol à vif, les mêmes dahalo poussant les mêmes zébus volés à travers les mêmes paysages et dans la même direction, poursuivis par des gendarmes qui sont les mêmes aussi, ou d'autres, mais alors très semblables. Les qualités déjà signalées à propos de la nouvelle se retrouvent dans le roman qui en est, d'une certaine manière, une amplification plutôt qu'une redite.
Il fallait bien, pour aborder de nouveau un sujet dont l'actualité souvent tragique de Madagascar nous fournit des éléments épars que l'observateur moyen ne parvient pas à relier les uns aux autres dans une image globale, inscrire les gestes des voleurs dans une geste épique appartenant elle-même à un environnement social particulier à la région, à l'ethnie bara et à ses coutumes, aux dérives d'un monde qui semble tourner follement sur lui-même jusqu'à risquer l'écroulement par implosion non maîtrisée...
Un oiseau plane au-dessus de destins courant à perdre haleine vers des points de convergence auxquels les rencontres sont des chocs imprévisibles, surtout pour les personnages - car le lecteur, lui, en a anticipé au moins un. La violence appartient au quotidien de ces hommes qui auraient pu connaître d'autres vies si les circonstances en avaient décidé autrement. Mais le romanesque est, parfois, si proche du réel...
Je voudrais signaler une intéressante particularité dans la façon qu'a Johary Ravaloson d'écrire les noms malgaches. Il en fait une approximative transcription phonétique qui gêne un peu l’œil du lecteur habitué à rencontrer ces noms dans leur orthographe d'origine mais qui, probablement, aidera celui qui y est moins accoutumé à les "entendre", serait-ce mentalement, dans la proximité de l'élocution. Quelques exemples: Ihosy devient Yous, l'Isalo, Yshal, les Bara, les Baar, etc.
Voici en tout cas un roman profondément imprégné des traditions transmises, en même temps que les légendes qui les accompagnent, depuis des générations, et pourtant d'une brûlante contemporanéité. Il ne se contente pas de nous emporter dans sa course, il nous aide à comprendre ce monde singulier.

Le roman de Johary Ravaloson est présenté par son auteur ce samedi 6 février à 10 heures à l'Institut Français de Madagascar, Antananarivo.

3 février 2016

Il y a 100 ans : Générosité malgache

La générosité en faveur des œuvres de guerre est aussi grande à Madagascar que dans toutes nos colonies.
Un grand nombre d’indigènes des districts de Fénérive, d’Anivorano, de Foulpointe et des gouvernements d’Ivondro, de Tamatave, d’Ambodiriana ont fait don à l’Administration de lots de 35 balles de raphia, du poids total de 3 500 kilogrammes. Ce raphia est destiné aux ateliers de l’Œuvre de l’Assistance pour le Travail pour les réfugiés et militaires convalescents.
Les Fokonolona des 10 faritany du district d’Antsirabe ont volontairement versé 1 939 fr. 15.
D’autre part, les commerçants d’Antsirabe ont offert 442 fr. 05.
La première semaine du mois dernier, les indigènes de la région de Manjakandriana, parés de leurs habits de fête, vinrent en cortège, bannières en tête, verser au chef-lieu du district le produit des souscriptions malgaches recueillies pendant le mois d’octobre.
Les notables d’Arivonimamo ont, de leur côté, apporté en pompe à Tananarive 80 142 fr. 25.
Les Sakalava de la région de la Tsiribihina ont faite parvenir à M. le Gouverneur général une somme de 675 fr. destinée aux blessés de la guerre.

Souscription indigène

M. Garbit vient de recevoir une lettre des indigènes du gouvernement d’Amparihy (province de Farafangana) accompagnant le montant de leur souscription pour les victimes de la guerre, et rendant un hommage ému au garde principal Jaubertie qui, le premier, sut conquérir le cœur et le cerveau de ces grands enfants, et, depuis, tomba à la frontière, en servant glorieusement la France.
Détail émouvant : ces administrés reconnaissants ont demandé qu’une partie de leur souscription fût affectée à Mme Jaubertie. Tout cela est d’autant plus remarquable qu’il s’agit de gens qui, en 1904, étaient en révolte ouverte contre la France.
Les Annales coloniales

Le port de Tuléar

Un avis de la direction du port de Tuléar informe les navigateurs que la bouée n° 4, dite « du Microbe », de la passe sud du port, et dont la disparition avait été signalée par un avis inséré au Journal officiel du 25 septembre, a été remise en place.

Le Courrier colonial

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 46 titres parus à ce jour.

1 février 2016

Charles Renel, une nouvelle édition du «Décivilisé»

Il ne fait pas toujours bon montrer au pays colonisateur ce que les bien-pensants ne veulent pas savoir de leurs territoires lointains et quelles mœurs s’y pratiquent. Dans Romans-revue, où l’on lit, lèvres pincées et yeux furibards, toute une production littéraire où l’exotisme s’exacerbe en érotisme, Charles Renel est salué en décembre 1923 pour sa connaissance du pays et la qualité de la description qu’il en fait. Quant au « Décivilisé », il reçoit un jugement sans appel : « Le livre est mauvais : il a pour la vie sensuelle des noirs et pour les mœurs déplorables de ces pays des complaisances scandaleuses ; il fait bon marché des missions catholiques ; il prêche des idées fausses et injustes. » Romans-revue, faut-il le préciser, est une publication catholique qui revendique la propagande de la foi. L’incompatibilité est totale.
Il n’en va pas de même pour tous les lecteurs. Louis Payen consacrait le 25 août une bonne partie de sa chronique littéraire dans La Presse au nouveau roman de Charles Renel. Le jugement également sans appel, mais à l’inverse : « Il est remarquable. » Longuement décrit et résumé, le roman fait l’objet d’une analyse enthousiaste : « M. Charles Renel n’est pas tendre pour notre civilisation brutale et démoralisatrice ; son livre fait pénétrer une grande bouffée d’air frais et pur dans notre atmosphère empesée et si, à la fin, il arrache son héros à la douceur de sa vie malgache pour l’envoyer à la grande guerre, c’est pour nous mieux montrer à quoi aboutit notre fameuse civilisation. Il faut remercier M. Renel d’avoir écrit ce livre bien observé, d’une jolie couleur, d’un pittoresque attachant et d’un style imagé et net. »
Dans L’Homme libre, Paul Lombard parle en octobre d’un « livre puissant, abondant, bien posé en équilibre que un problème éternel ». Jugement probablement plus indépendant que celui de Rabaté dans Le Madécasse, journal publié à Tananarive. Il salue « le Maître » qui a écrit le roman, fournit les preuves de l’intérêt du livre (nous renonçons à le citer à ce sujet, tant c’est puéril, naïf ou flagorneur, tout cela à la fois peut-être) et ne manque pas de signaler que l’auteur du « Décivilisé » est Charles Renel, cela on le savait, mais aussi et surtout « notre sympathique Chef de Service de l’Enseignement ». Il est des éloges, en voici donc un, qui donnent moins envie de lire que certains éreintements, comme celui que nous citions plus haut.

Le « Décivilisé » est le quatrième titre de Charles Renel disponible, dans une nouvelle édition numérique, à la Bibliothèque malgache. Chaque ouvrage est proposé au prix de 1,99 € dans les librairies disposant d'un rayon numérique (et 6.000 Ariary à Madagascar, chez Lecture et Loisirs, au Tana Water Front).


Dans la même collection

Émile Blavet. Au Pays Malgache
Étienne Grosclaude. Un Parisien à Madagascar
Marius Cazeneuve. À la cour de Madagascar
Ida Pfeiffer. Voyage à Madagascar
Madagascar en 1914
Jean-Claude Mouyon. L’Antoine, idiot du Sud
Jean-Claude Mouyon. Carrefour
Jean-Claude Mouyon. Beko
Jean-Claude Mouyon. Roman vrac
Charles Renel. La fille de l'Île Rouge
Charles Renel. La coutume des Ancêtres
Charles Renel. La race inconnue
Madagascar en 1913

30 janvier 2016

Il y a 100 ans : Chevaux de Madagascar

(Du Mauricien.)
Il vient d’être reçu de Madagascar, par le vapeur Océanien, un fort joli lot de cobs et poneys qui valent réellement la peine d’être vus.
Ces animaux sont les produits des juments indigènes avec les étalons pur-sang barbes et anglo-arabes, introduits à Madagascar par le Gouvernement français qui, pour bien s’assurer que les juments sont saillies par les étalons introduits par lui, accorde une assez forte prime pour les produits et délivre en même temps à l’éleveur un pedigree.
Ces bêtes ont été choisies par le chef du service vétérinaire de Madagascar avec un soin tout particulier. Le Gouvernement lui-même, qui s’intéresse au développement de la race chevaline dans la Grande Île, a offert des facilités afin d’encourager l’exportation de ces animaux dans l’île voisine de Maurice. Nous ne pouvons que nous réjouir de voir un nouvel élément de commerce ajouter un trait de plus aux relations entre les deux pays.
Nous avons eu l’occasion de voir ces animaux et nous n’hésitons pas à dire qu’ils sont bien supérieurs, comme taille et comme formes, aux poneys que l’on reçoit généralement ici.
Si cette première opération  réussit, nous aurons, à notre porte presque, un pays pour nous ravitailler entièrement en bêtes de trait.
Nous recommandons à ceux de nos lecteurs que cette question intéresse d’aller voir ces bêtes à l’Établissement Bradshaw.
À la conquête, Madagascar ne possédait pas de chevaux, et les malins allaient jusqu’à dire qu’il n’y en aurait jamais à cause de l’ostéomalacie ??!! Ils ajoutaient même que cette nouvelle colonie était sans avenir, incapable de rien produire. Vingt ans après, Madagascar exporte non seulement des produits de toute nature, en quantité telle que les bateaux qui la desservent sont insuffisants à les enlever – leur fret retenu plusieurs mois à l’avance – mais notre île exporte encore des chevaux, et des chevaux appréciés, comme on peut le voir par l’extrait ci-dessus.
Cela se passe de commentaires.
Le Tamatave

Vanille

La campagne 1915-1916 est commencée. Nous avons reçu d’Antalaha par Sidon un premier lot de 38 caisses représentant 2 100 kilos net. Une partie a été dirigée sur New York.

La Dépêche malgache

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 42 titres parus à ce jour.

29 janvier 2016

Il y a 100 ans : Les forêts de la Côte Est et l’industrie mécanique du bois (2)

(Suite et fin.)
En passant, je me permets de signaler une lacune de ce décret : si l’on ne coupait que les bois de cette dernière dimension et au-dessus, on n’en couperait que très peu et l’exploitation des forêts deviendrait impossible.
Ce décret devrait être modifié ; la dimension de 1 m. 50 de circonférence pour les bois exotiques peut être maintenue, mais pour les autres bois on devrait adopter 1 mètre comme en France et permettre de couper les bois secs sur pied sans tenir compte de leurs dimensions.
J’ose espérer que les autorités compétentes voudront bien étudier cette question et la mettre au point.
Il serait temps que les pouvoirs publics prennent des mesures sévères pour arrêter le vandalisme des forestiers et fassent surveiller ces derniers qui souvent exploitent les forêts domaniales riveraines. De cette façon, avec une petite concession, ils arrivent à s’en créer une grande sans payer de redevance. Le moment est venu de protéger les forêts, car la guerre actuelle terminée, la France et la Belgique auront besoin d’une grande quantité de bois de toute nature.
Le Tamatave

Madagascar a fêté les victoires de Champagne et d’Artois

Nos victoires de Champagne et d’Artois ont été solennellement fêtées à Madagascar.
M. Garbit, gouverneur général, avait invité les populations, et particulièrement celle de Tananarive, à fêter l’heureux événement. Tous, colons et indigènes, ont loyalement répondu à ses désirs.
À Tananarive, une retraite aux flambeaux a clôturé les réjouissances.
Le Comice agricole d’Ambositra avait envoyé une adresse au gouverneur général pour marquer la joie ressentie par la population à la nouvelle de la victoire du général Joffre.
Le Courrier colonial

Cité à l’ordre de l’armée

Notre ancien et très estimé gouverneur général M. le général Gallieni, gouverneur militaire et commandant des armées de Paris, aujourd’hui ministre de la guerre, vient d’être cité à l’ordre de l’armée. Cette citation précise la part prise par le gouverneur militaire de Paris à la victoire de la Marne.

La Dépêche malgache

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 42 titres parus à ce jour.

27 janvier 2016

Il y a 100 ans : Les forêts de la Côte Est et l’industrie mécanique du bois (1)

Nous recevons d’un ami l’intéressante étude ci-après dont nous recommandons la lecture :
Les forêts de la Côte Est de Madagascar, comprises entre Tamatave au sud et Vohémar au nord, y compris la baie d’Antongil, sont certainement les plus riches de la Colonie en bois utilisables en France.
Elles contiennent, outre les bois exotiques, une grande quantité d’essences susceptibles d’être utilisées en menuiserie, ébénisterie et charpente.
Or ces forêts sont en grande partie concédées à des forestiers qui les exploitent d’une façon désastreuse.
Ils coupent à tort et à travers les arbres qui leur conviennent. Pour les abattre, ils commencent à couper tout ce qui les gêne autour des pieds ; les arbres, en tombant, écrasent sous eux et leurs branches une quantité de baliveaux et de jeunes pousses.
Et, qui mieux est, ils coupent au pied de l’arbre tombé une ou deux billes seulement et laissent à terre le reste de l’arbre et sa tête non ébranchée. Les éclats et les branches aussi bien que la partie du tronc abandonnée étouffent les jeunes pousses et empêchent les petits bois de monter.
Il faut compter que chaque arbre moyen ainsi abattu étouffe et à vrai dire détruit une moyenne d’un are de forêt.
Ces forestiers vont plus loin ; pour faire des pièces carrées, ils abattent des arbres de 60 à 80 centimètres de circonférence à hauteur d’homme, et font fabriquer ces pièces en place. Ordinairement, ces petits arbres sont de belle venue, ils ne choisissent d’ailleurs que les bonnes essences et les arbres les plus droits. Comme d’habitude, ils coupent une longueur au pied et laissent sur place le reste et les éclats.
Ces petits arbres pourtant sont là pour reconstituer la forêt, ces forestiers n’en tiennent aucun cas, tirant le plus de profit possible de leur concession sans se soucier du préjudice qu’ils causent.
Le décret forestier actuellement en vigueur est pourtant formel et défend de couper des arbres au-dessous de 1 m. 50 de circonférence à 1 m. 50 de hauteur.
(À suivre.)

Le Tamatave

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26 janvier 2016

Il y a 100 ans : La réunion des Corps constitués (2)

(Suite et fin.)
Pangalanes du Nord. – Les travaux commenceront l’année prochaine par Tamatave.
Usine de l’Ivoloina. – Plusieurs colons demandent à ce que diverses améliorations soient faites à l’usine de l’Ivoloina. – M. le Gouverneur Général abonde dans ce sens et dit que ces améliorations seront apportées dès que faire se pourra.
Question monétaire. – Le Chef de la Colonie dit qu’il fait des démarches pour la mise en circulation dans la Colonie des billets de 5 et 20 francs.
Congrès. – M. le Gouverneur Général songe à réunir un congrès à Tananarive où seraient représentés tous les intérêts économiques de la Colonie de façon à établir un programme général des travaux à effectuer dans l’Île.
Le port. – La construction du port de Tamatave est ajournée sine die, le Département y opposant des arguments sérieux.
L’exécution des travaux nécessiterait des emprunts actuellement difficiles ou très onéreux.
M. le Gouverneur Général dit qu’il a néanmoins proposé l’édification d’un mur de protection sur le récif de la Points Hastie afin de créer une sorte de darse pour abriter les chalands et embarcations.
Sur rade, des coffres seraient disposés, qui permettraient aux navires de mouiller aussi près que possible des quais.
Au T. C. E. – M. le Gouverneur Général annonce qu’à partir du 1er janvier, le tarif des voyageurs et 1ère et 2e sera sensiblement abaissé.
La Dépêche malgache

Le maintien de M. Garbit à Madagascar

Depuis plusieurs mois, des corps constitués de Tananarive et la presse locale ont pris l’initiative d’une pétition ayant pour objet la titularisation et le maintien de M. Garbit au gouvernement général de la Grande Île.
De leur côté, les colons adhérèrent avec enthousiasme à cette proposition qui, transmise dans les différents centres, recueillit la presque unanimité des colons français, admis seuls à y participer.
Le passé de M. Garbit nous paraît être – comme à ses administrés – une garantie assurée pour l’avenir de Madagascar, et nous sommes persuadés que le nouveau ministre tiendra à réaliser le vœu quasi général de toute une colonie, manifestation unique, comme le dit notre confrère, la Tribune de Madagascar, dans les annales coloniales.

Le Courrier colonial

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23 janvier 2016

Il y a 100 ans : La réunion des Corps constitués (1)

M. le Gouverneur Général a réuni, le vendredi 29 octobre, en l’Hôtel du Gouvernement, MM. les membres des Corps constitués de Tamatave : Commission municipale, Commission consultative, Comice agricole.
Principales questions traitées :
Bains. – Faute de renseignements précis sur ce premier point, nous laissons à notre collaborateur Sarah B. le soin d’en parler.
Vidanges. – Après les bains c’est le tour des vidanges. On se plaint que le service laisse beaucoup à désirer et se fait d’une façon très défectueuse. Pour remédier à ces inconvénients, un membre émet l’avis que la ville assure elle-même ce service comme cela a lieu à Saïgon.
M. le Gouverneur Général répond que pour le moment cette question ne peut être envisagée, mais qu’il appartient à la police de se montrer très sévère à l’égard des entrepreneurs qui n’observeraient pas les règlements en vigueur.
Éclairage. – En principe, la ville de Tamatave doit être éclairée à l’électricité, mais du fait de la guerre les deux sociétés Rochefortaise et Industrielle n’ont pas donné suite à leurs propositions.
M. le Gouverneur Général dit qu’il est disposé à examiner les offres qui lui seraient faites à ce sujet.
Fraudes. – Un membre demande s’il ne serait pas possible d’exercer une surveillance quelconque sur les denrées alimentaires qui sont mises en vente par une certaine catégorie d’épiciers peu scrupuleux ; chez eux, le vin n’est qu’une mixture et les conserves détériorées qu’on y trouve causent parfois des empoisonnements.
Le Chef de la Colonie répond qu’il avait soumis au Département un règlement d’administration publique sur les fraudes, mais que ce règlement ne lui avait pas été retourné.
Route de Melville. – Pour le moment, cette route ne sera pas poursuivie au-delà de Melville et les ponts de cette route seront mis en adjudication très prochainement.
On étudie actuellement un projet pour relier l’Ivoloina et peut-être l’Ivondro à Tamatave par le Ranomainty, au moyen d’un chenal.
Mahatsara. – Un colon signale que l’embarcadère de Mahatsara est peu praticable. – M. le Gouverneur Général dit que la chose provient de la baisse actuelle des eaux et qu’une marche de plus pourra y être ajoutée, mais qu’il ne peut être question d’y faire d’autres travaux.
(À suivre.)

La Dépêche malgache

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22 janvier 2016

Il y a 100 ans : Le carnet d’un boto de pousse-pousse

Samedi dernier, j’avais émis, auprès de qui de droit, l’idée de construire sur l’emplacement de feu notre port des villas confortables destinées à recevoir à Tamatave les passagers de marque. Cette proposition, je l’avais prévu, n’avait aucune chance d’aboutir, puisque venue d’en bas ; c’est ce qui est arrivé, il n’en a été tenu aucun compte.
Cependant, je n’ai pas perdu tout à fait mon temps ; nos dirigeants ont compris qu’à défaut de port, il fallait faire quelque chose susceptible d’atténuer auprès des habitants l’effet moral désastreux produit par le câblo du ministre. Dans une réunion de gros bonnets, la plupart incompétents, la question vient d’être étudiée.
Bien entendu, je n’assistais pas à cette séance et je ne le regrette pas, car il est toujours pénible de voir des gens peu habitués à un travail aussi passionnant se creuser le ciboulot par la chaleur que nous subissons actuellement.
Une de nos personnalités, qui devait avoir bien chaud, proposa un établissement de bains ; l’idée était lancée, nous aurons un établissement de bains ; cela nous permettra, sinon de loger nos invités, tout au moins de les nettoyer. Et comme les cabines ont été jugées inutiles, nous aurons en plus cet avantage indiscutable de pouvoir nous rincer l’œil en examinant leur anatomie.
Sarah B.

Aux Messageries Maritimes

L’affectation des paquebots mixtes à la ligne de l’Océan Indien devenant normale jusqu’à nouvel ordre, il a été établi un tarif spécial de première classe.
Les prix de passage en troisième et quatrième classes ne subissent aucun changement.
Ce nouveau tarif, exempt de la surtaxe de guerre de 20 %, a reçu son application à partir du Caucase parti de Tamatave le 13 septembre.
Prix de passage en première classe sur les paquebots mixtes de l’Océan Indien au départ de Tamatave pour : Marseille, 1 450 ; Aden, 950 ; Djibouti, 950 ; Mahé, 425 ; Mombassa, 700 ; Zanzibar, 700 ; Mayotte, 400 ; Majunga, 325 ; Nossi-Bé, 250 ; Diégo, 175 ; Sainte-Marie, 75 ; Réunion, 150 ; Maurice, 200.

La Dépêche malgache

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19 janvier 2016

Il y a 100 ans : Sorciers exploiteurs d’indigènes (2)

(Suite et fin.)
Ce ne sont pas eux, d’ailleurs, qui boivent, ce sont les esprits résidant en eux ; mais ce sont eux, néanmoins, qui finalement tombent ivres-morts.
Quant à l’assistance, elle est réduite à la portion congrue, c’est-à-dire à la limonade, seule boisson qui lui soit permise.
Il serait bon que les autorités de Madagascar se préoccupent de ce nouveau genre d’exploitation qui appauvrit des villages entiers au profit d’un syndicat de coquins et de fainéants.
Le Courrier colonial

Les frigos de Madagascar

Les besoins toujours plus grands de l’armée et du pays tout entier en viande frigorifiée à défaut d’importation de bétail sur pied a déterminé la création d’usines dans plusieurs de nos colonies.
Nous croyons savoir qu’à Madagascar, un important groupement financier aurait l’intention d’installer une usine frigorifique dans le sud de l’île.
On parle de Fort-Dauphin ou de Tuléar.
On sait d’autre part que l’ancien député conservateur de Briançon, M. Toy Riont, le richissime négociant marseillais, qui a d’importants intérêts dans la Grande Île, a organisé le fonctionnement de son usine de viandes frigorifiées, et s’est entendu avec M. Vouland, un spécialiste de la question, depuis de longues années installé à Avignon, qui en a pris la direction.

Le raphia et l’Allemagne

La Tribune de Madagascar publie le filet suivant :
Nos lecteurs n’ignorent pas que la plus grande partie du raphia de Madagascar était exportée en Allemagne, notamment sur Hambourg, par la fameuse maison O’Swald.
Ce n’était pas sans raison que les Allemands raflaient ainsi nos précieuses fibres. Une lettre envoyée du front par un colonial malgache a éclairci le mystère.
En prenant possession d’une tranchée ennemie, il vit que les obus boches étaient copieusement emballés dans des paniers en raphia qui les garantissaient ainsi des chocs et de la percussion.
Les messagers de mort pouvaient donc voyager sans danger pour ceux qui les manipulaient. Un dispositif ingénieux dégageait l’obus de son panier au moment de charger le canon.
Ce raphia, exporté de la Grande Île en grandes quantités et servant à l’emballage des obus, démontre une fois de plus que, depuis longtemps, l’Allemagne se préparait à la guerre.

Les Annales coloniales

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18 janvier 2016

Il y a 100 ans : Sorciers exploiteurs d’indigènes (1)

Avant l’occupation de Madagascar par la France, l’influence islamique s’était cantonnée dans l’archipel des Comores, où la maintenait la jalouse surveillance des Hovas. Depuis que nous avons ouvert aux Comoriens la porte de la Grande Île, de nombreux sorciers s’y sont donné carrière. Pratiques, avant tout, ils exploitent la crédulité des indigènes, habitués de longue date aux sortilèges de tout genre.
Ils ont inventé un rite nouveau qui ne ressemble au mahométisme que d’assez loin. C’est le tromba ou manongay. Le tromba est une sorte de possession diabolique qui s’acquiert par autosuggestion.
D’abord, les adeptes doivent s’interdire l’usage du porc, du vin et de l’alcool.
Un Malgache a-t-il une affaire litigieuse, un ennui, veut-il réaliser un désir, est-il malade et sa maladie tarde-t-elle à guérir ? Il va trouver le prêtre ou la prêtresse du tromba, qui d’abord lui fait déposer des arrhes.
Après quoi, l’officiant l’initie aux arcanes du tromba. Il persuade au patient qu’il est possédé du diable ou, plus généralement, de l’esprit d’un individu connu et récemment décédé ; le diable ou l’esprit a pour mission, soit d’expulser le mal dont il souffre, soit de le protéger et de donner une solution favorable à l’affaire qui l’inquiète. Quand le patient est suffisamment « envoûté », on l’amène dans une case où il doit assister à la danse du tromba et y participer lui-même.
Il est forcé de se livrer à des contorsions extraordinaires en poussant des grognements destinés à expulser le mal dont il souffre, et à se débarrasser de l’esprit qui le hante si l’influence de cet esprit n’est pas suffisamment bienveillante.
De temps en temps, la danse s’arrête et l’on procède à la cérémonie du Bandra. C’est l’offrande à l’esprit. Le malheureux patient doit remettre à l’officiant un pagne en soie rouge, une sagaie en argent, un bijou de valeur en or ou en argent ou des pièces d’or présentées dans une assiette blanche qui restent, bien entendu, la propriété du prêtre ou de la prêtresse.
La cérémonie se termine généralement par une absorption considérable d’alcool, offert par les fidèles, que les officiants s’entonnent à qui mieux mieux.
(À suivre.)

Le Courrier colonial

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 42 titres parus à ce jour.

14 janvier 2016

« Madame ô » Michèle Rakotoson

Michèle Rakotoson à Madagascar, ce sont les retrouvailles avec un monde qu’elle avait eu le temps d’oublier par sa vie d’avant, et qu’elle décrit comme s’il était tout à fait neuf, non sans humour.
Elle est, comme le dit le titre du livre où elle rassemble, pour l’essentiel, des chroniques parues dans la presse,Madame à la campagne. Mais il doit y avoir un décalage horaire entre sa campagne et ma ville, à moins qu’elle ait le sommeil profond, car elle entend chanter le coq à cinq heures et demie du matin, alors qu’il y a au moins une heure qu’il s’égosille chez mon voisin – car, oui, il y a aussi des coqs à la ville. Nous sommes à Madagascar, je vous le rappelle.
On ne risque pas de l’oublier en lisant Michèle Rakotoson quand elle se débat dans les singularités de la vie quotidienne insulaire. De cette île-là, de cette île-ci, en tout cas.
Les rapports avec les gens, nos semblables, occupent une bonne partie de ses histoires où l’on sent le vécu, à peine transposé quand le trait semble forcé. Et encore : c’est souvent à elle-même qu’elle s’en prend pour exercer l’ironie. Les personnages, certains d’entre eux, peuvent être moins humains qu’on en a l’habitude. J’ai déjà dit un mot du coq, il y a d’autres animaux. Il y a aussi, sujet de plusieurs aventures (car l’anecdote se hausse jusqu’à l’épique, parfois), Deudeuche. La capricieuse voiture qui se démonte et se remonte chez Rapasy, le mécanicien aux doigts d’or. Accordons à ce véhicule antique, mais bien dans le ton de nombreux congénères dans les rues de Tana et des environs, une existence propre et un caractère très marqué.
Comment une Malgache au pays éprouve quelques difficultés à se plier aux habitudes perdues – ainsi qu’aux nouveaux usages, car le temps ne passe pas sans modifier quelques éléments du paysage physique ou mental –, c’est un état des lieux somme toute rassurant pour qui vient d’ailleurs et ne rit pas aussi souvent dans la réalité que dans ces pages. Celles-ci aident donc à prendre du recul.

Michèle Rakotoson sera, avec son nouveau livre et en compagnie de Kemba Ranavela, enseignante et chroniqueuse, présente à l’Institut français de Madagascar (Antananarivo), ce samedi 16 janvier à 10 heures pour un forum littéraire.

13 janvier 2016

Il y a 100 ans : Dans la province de Moramanga

Un de nos correspondants de la Grande Île nous écrit pour nous faire part des impressions qu’il a ressenties lors d’une promenade dans la province de Moramanga, dont il a pu apprécier l’intensité de l’évolution économique.
Il a constaté d’abord au chef-lieu de judicieux travaux d’assainissement et d’embellissement ; ces travaux n’étaient pas encore achevés lors de son passage, mais ils se poursuivaient avec une activité tout à fait rassurante ; un marigot, riche en moustiques et en émanations pestilentielles, était sur le point d’être comblé ; un monticule qui obstruait la rue de la gare avait été aplani et ses déblais servaient au comblement de la mare à moustiques.
Un marché couvert s’édifiait à Ambohimandroso, et le « bazar » existant encore devait faire place à un square coquet, traversé par un boulevard aboutissant à la route d’Anosibe-Vatomandry.
Tous ces travaux sont exécutés par la main-d’œuvre pénale, les prestataires et la coopérative des artisans du Fokolona ; et d’après des plans conçus par l’administration locale, sans aucune assistance d’agents techniques.
En même temps, la Compagnie du lac Alaotra fait construire un beau bâtiment en pierre devant servir d’annexe au restaurant de la Compagnie.
Bref, la voirie met tous ses soins à exécuter la mise en viabilité de cet intéressant district de Madagascar.

Le repos hebdomadaire

Ayant à donner son avis sur l’application éventuelle de la loi sur le repos hebdomadaire dans la Grande Île, la Chambre consultative de Tananarive a pensé que la mise en vigueur de cette loi, même en la spécialisant aux employés européens, risquerait de porter dommage à l’industrie et au commerce, car les employeurs n’ont pas à leur disposition un personnel technique suffisant pour assurer les roulements.
En outre, la fermeture de certains magasins ne ferait que profiter aux Chinois ou aux autres maisons n’ayant pas d’employés ; d’ailleurs, les rapports entre employeurs et employés sont plus intimes, plus cordiaux que dans la métropole, et les congés y sont accordés plus facilement.
En résumé, l’avis de la Chambre consultative est que l’application à Madagascar de la loi sur le repos hebdomadaire serait préjudiciable aux intérêts de la colonie.

Le Courrier colonial

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12 janvier 2016

Il y a 100 ans : Monopolisons la production de l’or aux colonies

Majunga, 29 septembre 1915.
Monsieur le Directeur du Courrier Colonial,
Nous avons le regret de vous signaler les regrettables faits suivants qui se passent à Madagascar :
Nous avons tous appris dans notre île, fonctionnaires et colons français, l’appel du gouvernement métropolitain au sujet de l’or. Nous avons vu le splendide mouvement de nos parents, filles, femmes, vieillards, etc., etc. ; du petit ouvrier au rentier qui, dans un même élan patriotique, ont apporté leur obole.
Eh bien pendant ce temps-là, à Madagascar, qui est pays producteur d’or, ce métal précieux est acheté par des Indiens, fraudeurs invétérés, au nez et à la barbe de nos fonctionnaires qui ne s’inquiètent pas assez de cet état de choses.
Pour ne vous citer qu’un fait, à Majunga, qui est un des centres les moins producteurs de l’île, les Indiens ont acheté, depuis le commencement de la guerre, environ 400 kilogrammes d’or. Or, auparavant, ils en achetaient seulement 3 ou 4 kilogrammes par mois ! Selon toute vraisemblance, cet or a pris le chemin de Zanzibar ou de Dar el Salam, pour être, de là, mis à la disposition des Allemands, nos adversaires.
Cette situation a été signalée par nous à l’administration supérieure, il y a un mois et demi. Aucune mesure n’a encore été prise, et les Indiens continuent leur honteux trafic en ce moment si critique pour le pays.
Et pourtant, le gouvernement peut avec 3 400 francs en argent ou en billets acheter 1 kilogramme d’or, ce qui lui donne un bénéfice de 100 %.
Peut-être la machine administrative a-t-elle tout de même été mise en mouvement, et aurons-nous la consolation de voir paraître à l’Officiel, six mois après la paix, un décret conférant à la colonie le monopole de l’achat de l’or à Madagascar.
Nous comptons sur votre patriotique concours pour faire cesser cet état de choses inouï, qui est un défi à toutes les bonnes volontés françaises. Nous sommes prêts à vous donner tous renseignements utiles, prouvant malheureusement la vérité de ce que nous écrivons.
Veuillez agréer, etc.
Vive la France quand même !
G. Raulet.

Le Courrier colonial

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11 janvier 2016

Il y a 100 ans : Les tirailleurs malgaches

On nous écrit :
À l’heure où les événements se précipitent en Europe, il n’est pas possible que le gouvernement français ignore plus longtemps l’armée malgache.
Dans votre numéro du 20 octobre dernier, vous avez préconisé un envoi de 8 à 10 milliers de tirailleurs ; mais en réalité c’est 20 000 soldats malgaches que l’on peut expédier immédiatement en France. Un recrutement par voie d’engagements aura bientôt comblé les vides, ce qui permettra d’expédier d’autres troupes dans la suite.
Nous croyons savoir que M. Garbit a fait au ministre des propositions en conséquence ; on ne doit plus temporiser. La France a besoin de tous ses enfants aux heures graves qu’elle traverse. Madagascar est terre française et veut concourir à sa défense.
Les tirailleurs malgaches veulent aller se battre aux côtés de leurs frères sénégalais.
Pour le salut de la patrie, si minime soit la contribution de Madagascar, ce sera la goutte d’eau jointe à d’autres gouttes d’eau qui formeront le torrent chargé de repousser l’invasion.
Un tirailleur malgache.

Nouvelles des tirailleurs malgaches

Le Gouverneur Général a reçu de Majunga un télégramme du Commandant Galland qui donne des nouvelles de nos braves tirailleurs malgaches qui partent pour le front :
« Début voyage heureux, santé et moral de troupe excellents ; installation bonne ; très bonne nourriture. Officiers et troupes me demandent vous transmettre expression leur respect et promesse que vous serez content d’eux. »
Le Tamatave

L’Œuvre de l’Orphelinat aux Armées à Maroantsetra

Journées des 2 et 3 octobre.
On nous écrit :
L’astre du jour n’a pas été avare de ses beaux rayons, il a voulu rehausser de son éclat cette charmante fête et la recette à Maroantsetra a été fructueuse.
Les attractions ont été variées, à retenir surtout l’allégorie fort bien réussie, imaginée par le sympathique receveur des Postes : 4 personnages importants de la Province représentaient Guillaume, son rejeton, Franck Joseph et le Sultan. Ces 4 acolytes, sous des habits très bien appropriés, la chaîne au cou, allaient au châtiment dans un char conduit par une délicieuse république coiffée allègrement du bonnet phrygien ; marchait à ses côtés un officier anglais paraissant la garder fièrement.

La Dépêche malgache

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10 janvier 2016

Il y a 100 ans : Encore les tavy (2)

(Suite et fin.)
Le riz terminé sans en avoir gardé un grain pour sa provision de l’année, l’ouvrier, poussé par la faim, revient au chantier où, poussé par les engagements à remplir, je suis obligé de le reprendre.
Quand l’employé chargé de la perception des impôts se présente, il trouve que mon ouvrier est en retard de plusieurs mois, retard qu’il lui est impossible de payer d’un coup. Dans cette situation, l’ouvrier souvent déserte le chantier pour se réfugier dans la forêt, à l’abri du fisc ; de là un résulte clairement que pendant que l’Administration constate un déficit dans la rentrée des impôts, moi, de mon côté, je me trouve dans l’impossibilité, faute de main-d’œuvre, de donner à mon exploitation l’envergure qu’elle comporte.
Ainsi, grâce aux tavy, nous sommes tous les deux également lésés.
Mais il y a autre chose. Le chef de district qui, se conformant aux instructions de M. le Gouverneur Général, refuse le tavy aux indigènes gagnant largement leur vie et celle de leurs familles sur les chantiers voisins, voit sa circonscription désertée par des indigènes qui vont s’installer dans le district dont le chef, plus complaisant, leur permet l’usage des tavy.
Conclusion qu’il est à peine besoin de mettre en relief : perte sèche pour le fisc ; perte sèche pour nos richesses forestières ; perte sèche pour moi qui vois mon chantier abandonné.
Est-ce ce triple but que veulent atteindre les partisans des tavy ??…
Un prospecteur.
Le Tamatave

Les tavy

La récente circulaire de M. le Gouverneur Général sur les « tavy » aurait paraît-il été mal interprétée dans certaines provinces et, à la suite d’autorisations trop libéralement accordées, de nombreux indigènes auraient déserté, du jour au lendemain, les exploitations ou chantiers sur lesquels ils étaient employés pour se livrer à la culture du riz.
Ce fait ayant été signalé au Chef de la Colonie, on nous assure que de nouvelles instructions ont été données pour que les tavy soient complètement supprimés.
Nous donnons cette nouvelles sous toutes réserves.

La Dépêche malgache

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8 janvier 2016

Il y a 100 ans : Encore les tavy (1)

On nous écrit :
Dans votre vaillante feuille vous avez signalé les dommages incalculables que l’usage des tavy fait souffrir à notre richesse coloniale, et tout en félicitant M. Garbit des instructions précises qu’il a données pour mettre fin à cet usage, vous vous montrez pessimiste sur la façon dont ces instructions seront suivies, ajoutant que cet usage ancestral trouverait son appui et sa meilleure protection auprès de ceux chargés de le combattre. Sûrement vous ne pensiez pas dire aussi vrai.
Je vais vous conter ce qui se passe, moi qui vis au milieu d’eux et me sers d’eux comme ouvriers.
À chaque paie qui est faite à ces derniers, j’appelle un employé de l’Administration, qui, la paie terminée, perçoit de chaque ouvrier la quote-part d’impôt dont il est redevable envers le fisc.
Généralement, après quelques petites dettes payées au Chinois, il reste encore quelque argent à cet ouvrier, qui s’empresse de ne revenir au chantier que quand il a fini d’épuiser cette somme.
Les employeurs sont fait à cette coutume ancestrale elle aussi, et ils en prennent leur parti.
Mais voici venir l’époque des tavy. C’est pour eux une occasion de fêtes pendant lesquelles ils boivent du betsabetsa tant qu’ils ont de l’argent ou qu’on veut leur faire des avances. Malgré les instructions formelles du chef de la colonie, ils trouvent toujours un chef de district, au cœur assez sensible, qu’ils réussissent à attendrir en lui affirmant qu’ils mourront de faim si on leur refuse de faire un tavy. Alors, sans scrupule, ils mettront le feu à une grande étendue de forêt, pour planter en riz une surface grande comme un mouchoir de poche. Pendant que le riz pousse, ils vivront d’expédients, d’emprunts sur la récolte, et même de vols chez les voisins.
Dès que le riz commence à pouvoir être mangé, ils en feront une telle consommation qu’il n’en restera plus un grain à l’époque où il pourrait être récolté après maturité. Tout cela aura demandé de 4 à 5 mois pendant lesquels mon chantier aura été désert et mon exploitation gravement compromise. Pendant ce même temps, le fisc, comme sœur Anne, a regardé en vain si les fonds rentraient dans sa caisse.
(À suivre.)

Le Tamatave

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