22 janvier 2020

Il y a 100 ans : Au boulevard d’Ivondro


Voulez-vous avoir une séance de cinéma à l’œil ? Vous n’avez qu’à aller tous les soirs aux abords de la Rochefortaise et vous y verrez des scènes d’un comique très réussi qui pourraient rivaliser avec celles de Rigadin. Un homme se tient à la porte pour fouiller les bourjanes qui sortent.
Quelques-uns ne trouvent pas cette opération de leur goût, et s’y prêtent en maugréant ; croient-ils peut-être qu’on suspecte leur honorabilité ? D’autres prennent la chose en riant et en profitent pour gambader et gesticuler comme des pantins. L’un d’eux avait poussé la complaisance pour faciliter les recherches jusqu’à enlever complètement ce qui lui servait de costume.
D’autres, enfin, doivent trouver la chose agréable. On ne comprendrait pas autrement l’insistance qu’ils mettent à prolonger l’opération. Seulement pour les regarder faire il sera bon de s’être muni à l’avance d’un flacon d’eau de Cologne ou mieux d’un ozonateur, car à certains moments l’odeur qui se dégage de l’usine devient telle que la situation n’est plus tenable. C’est sans doute pour parfumer les promeneurs du boulevard d’Ivondro que la Rochefortaise exhale tous les soirs ses odeurs les plus pénétrantes.
On connaît la statue de Bartholdi à New York : « La Liberté éclairant le monde. » C’est une statue colossale tenant un flambeau, lequel n’est autre qu’une lampe électrique servant de phare à l’entrée du port. Nous proposons à Bartholdi un nouveau sujet de statue : « La Rochefortaise parfumant la ville de Tamatave ».
On représenterait une vieille sorcière vidant de haut un seau d’ordures.
Mais consolons-nous, nous n’en aurons pas pour longtemps, car M. Bolet, administrateur délégué de la Rochefortaise à Tamatave, et la personne qui l’accompagne vont partir par la Ville de Marseille et emporter toutes ces mauvaises odeurs avec eux. Nous leur souhaitons un bon voyage et un heureux séjour exempt des senteurs dont a eu à souffrir l’appareil olfactif des Tamataviens.
Le Tamatave



Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 84 titres parus à ce jour.

14 janvier 2020

Il y a 100 ans : La chauve-souris (3)


(Suite et fin.)
Quelques jours plus tard, il reçut de ce militaire administrateur une lettre officielle à peu près ainsi conçue : « Mon général, vous m’avez communiqué deux dénonciations. Dans l’une, un indigène est accusé de troubler l’ordre public en excitant la population de l’Endroit-où-il-y-a-du-sable-tant-qu’on-en-veut contre les protestants ; dans l’autre, un indigène de cette même localité est signalé comme ameutant les villageois contre les catholiques. Il n’aura pas échappé à votre haute perspicacité, mon général, qu’il s’agit, dans les deux cas, du même indigène, le nommé Rakoutou, un cultivateur qui a du bien. En conséquence, et considérant que ces deux imputations en sens contraire paraissent dénoter chez le susdit Rakoutou une impartialité voisine de l’indifférence en matière religieuse, qualité bien rare, en ce moment, chez mes administrés, j’ai cru à propos de nommer M. Rakoutou maire de l’Endroit-où-il-y-a-du-sable-tant-qu’on-en-veut, et je vous demande de vouloir bien confirmer cette nomination ».
Le général Galliéni rit comme une petite folle : et voilà comment ce brave Rakoutou devint maire. Je suppose qu’il l’est toujours, à moins que le Seigneur, depuis, l’ait appelé au nombre de ses élus.
Ce précédent peut servir à nos fonctionnaires d’Alsace et Lorraine : quand ils verront un semi-boche dénoncé comme boche par les vrais Alsaciens, mais boudé par les autres boches comme ayant des sympathies françaises, ils en pourront conclure que celui-là se fiche de tout. Cependant, je n’irai pas jusqu’à le nommer maire.
Pierre Mille.
Le Petit Marseillais

Le bassin-abri

Ce bassin-abri tant demandé et tant attendu est enfin en voie de construction.
Espérons qu’on y travaillera jusqu’à ce qu’il soit achevé, et qu’aucun requin ne viendra mettre obstacle à l’exécution des travaux, ni surtout provoquer leur suspension.
Le Tamatave

Bibliographie

M. le Gouverneur général Garbit publie une conférence sur l’Effort de Madagascar pendant la guerre, au point de vue finances, économique et militaire. (Challamel, éditeur.)
Le Mercure de France


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13 janvier 2020

Il y a 100 ans : La chauve-souris (2)


(Suite.)
À cette époque, l’île était « déchirée », comme on dit dans les manuels d’histoire, par une véritable guerre religieuse entre protestants et catholiques. Elle avait pris la forme scolaire. Imaginez des fourmilières qui cherchent réciproquement à se voler leurs œufs. De temps en temps, les instituteurs protestants, dans les villages, faisaient un raid sur les écoles catholiques, et leur chipaient leurs élèves, qu’ils emmenaient dans leurs établissements, pour ainsi dire en esclavage. Mais, d’autres fois, c’étaient les instituteurs catholiques qui faisaient irruption dans les écoles protestantes, et y ravissaient, telles des larves inertes et innocentes, les candidats aux voluptés de l’alphabet et des quatre règles. Et ça n’en finissait pas ! Et les bons Malgaches, qui avaient pris, sous le gouvernement de leur bonne reine Ranavalo, des habitudes enracinées d’espionnage et de cafardage, passaient les trois quarts de leur temps à se dénoncer les uns les autres.
Un jour, le général Gallieni reçut, du village d’Ampasimbe – ça veut dire « l’endroit où il y a du sable tant qu’on en veut » – une de ces dénonciations. Un certain Rakoutou, paysan à son aise, y était accusé de se livrer à une propagande échevelée en faveur des protestants : comme quoi c’était un fauteur de troubles, bon à fusiller dans le plus bref délai, ou, tout au moins, à jeter sur la paille humide des cachots. Le général Galliéni fit ce qu’il faisait toujours : il envoya, pour enquête, la dénonciation, sans la lire, à l’officier du cercle dont dépendait  « l’Endroit-où-il-y-avait-du-sable-tant-qu’on-en-veut ».
Mais, à quelque temps de là, le général reçut du même lieu une autre dénonciation où un indigène était accusé de se livrer à une propagande malhonnête, autant que fougueuse, en faveur des catholiques ; comme quoi c’était un fauteur de troubles, bon à fusiller dans le plus bref délai, ou, tout au moins, à jeter sur la paille humide des cachots. Le général fit ce qu’il faisait un pareil cas : il renvoya, pour enquête, la dénonciation à l’officier-chef de cercle, etc.
(À suivre.)
Pierre Mille.
Le Petit Marseillais



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4 janvier 2020

Il y a 100 ans : La chauve-souris (1)


Il y a encore des choses qui ne vont pas très bien en Alsace-Lorraine. Il ne faut pas s’en étonner : après quarante-huit ans de séparation et de domination étrangère pour ces deux provinces, c’est un miracle qu’il n’y en ait point davantage. Donnons donc à Millerand le temps de se débrouiller… et puis, l’Alsace-Lorraine aura des députés. Ça serait bien extraordinaire si, seuls des députés de toute la France, ceux de nos chères provinces ne savaient pas réclamer.
Il y a les cheminots de Lorraine qui ne savent que l’allemand et se mettent en grève pour qu’on leur accorde des chefs qui parlent allemand. Je ne leur donne pas tout à fait tort, par la même raison que j’ai toujours, comme tout le monde, réclamé, pour nos colonies, des fonctionnaires qui parlent la langue indigène. C’est naturel et nécessaire. Dans vingt ans, les cheminots de Lorraine parleront français. Mais, en attendant...
Il y a les instituteurs alsaciens-lorrains qui se plaignent de ne pas recevoir les mêmes traitements que les nouveaux instituteurs venus de France.
Il y a les industriels alsaciens-lorrains qui demandent des wagons ou des autorisations d’exportation, et l’administration de Paris ne leur répond pas plus qu’à tous les autres industriels français : mais ça les étonne davantage parce qu’ils en avaient perdu l’habitude.
Enfin, il y a la fameuse, l’éternelle question de savoir qui, parmi les immigrés allemands en Alsace-Lorraine, doit être considéré comme un Boche définitif et indésirable, ou comme un candidat au moins possible à la qualité d’Alsacien-Lorrain. Et ça, vous savez, c’est compliqué : sur quelle base établir l’appréciation ; quel est le moins mauvais critérium ?
Moi, je l’ignore, naturellement. Mais je me rappelle pourtant une petite aventure qui advint à Madagascar, du temps que Galliéni en était gouverneur général, et ceci pourrait procurer quelques lueurs à nos fonctionnaires, dans les provinces recouvrées, sur la façon de se conduire en pareil cas.
(À suivre.)
Pierre Mille.
Le Petit Marseillais



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27 décembre 2019

Il y a 100 ans : Tenons-nous bien


On n’avait encore vu à la Colonie que des journalistes pour rire, on verra ce que c’est qu’un journaliste pour de bon.
Le Tamatave et toute sa famille peuvent s’attendre à recevoir sur le dos la plus terrible volée de bois vert qu’on ait jamais reçue. Il verra ce qu’il en coûte de jouer avec le feu, c’est-à-dire de badiner sur ce que dit l’Action. Aussi son rédacteur en chef, M. Virelay, va-t-il trousser de main de maître de ces articles foudripétants comme lui seul sait en faire, à l’adresse du propriétaire du Tamatave qui n’en pourra mais.
Celui-ci n’aura d’autre ressource que celle de lamper deux ou trois verres de whisky pour se consoler, il y aura de la diffamation, – que sais-je, – on y dévoilera les choses les plus horribles jusque-là tenues plus ou moins cachées, qui s’étaleront comme de la pourriture au soleil. Naturellement, le propriétaire du Tamatave poursuivra, mais comme l’auteur de l’article contre le Maskar sera, paraît-il, insolvable pour la circonstance, l’autre n’en tirera pas un rouge liard, et en sera pour ses frais qui s’élèveront à 5 ou 6 000 frs.
Donc, résultat : l’auteur de l’article sur la Maskar aura daubé raide et ferme sur le compte du Tamatave, et lui aura fait perdre de l’argent.
Mais je crois que le pauvre homme s’illusionne, car nous ne lui ferons pas l’honneur de le poursuivre ni même de lui répondre ; et tout ce qu’il pourra dire ou même imaginer et inventer sur notre compte ne sera jamais que des glapissements de roquet auprès de ce que nous avons déjà lu et entendu. Il y a donc lieu de présumer qu’il en sera pour sa peine.

Chronique locale

Jeudi soir à 8 heures, plusieurs habitants de Tamatave n’ont pu manger ; que leur était-il donc arrivé ? Ils s’étaient trouvés dans le périmètre odorant de la Rochefortaise qui devait préparer à ce moment une de ces cuisines excentriques dont elle a fait respirer l’odeur à ses voisins. Il y en a qui prétendent que ces mauvaises odeurs sont dues aux détritus jetés à la mer et qui, ramenés par les vagues sur le rivage, s’y décomposent. Quoiqu’il en soit, on a toujours à en supporter le parfum.
On nous reproche d’insister sur ce point ; c’est que la mauvaise odeur de jeudi soir était assez forte pour qu’il vaille la peine d’en faire mention.
Le Tamatave


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26 décembre 2019

Il y a 100 ans : L’avenir de la motoculture aux Colonies (2)


(Suite et fin.)
À notre avis de vieux planteur, les tracteurs à treuil sont à employer de préférence : ils laissent moins de fourrières aux bouts du champ labouré, ils peuvent être placés sur les chemins d’exploitation et toute la force de leurs moteurs est employée pour l’outil de travail. Il est aussi à considérer que dans les cultures en plaine, de nombreux canaux de drainage gêneraient beaucoup les tracteurs à traction directe (sauf ceux à chenilles) et que, dans les terrains en pente, les tracteurs à treuil placés sur les chemins permettraient tous les travaux, tandis que les tracteurs directs ne pourraient gravir ces pentes tout en remorquant la charrue.
Les tracteurs pour travaux courants ont une force de 10 à 30 HP, mais il en existe de plus faibles pour la culture des plantes faites en sillons espacés de 50 centimètres à 1 m. 50 par binage, sarclage ou léger labourage. Tous ont une poulie qui, avec courroie, peut actionner les machineries d’une ferme.
1° Conduite des moteurs. – Il suffit de connaître le moteur d’automobile pour être à même de conduire un tracteur quelconque ; quelques pièces de rechange sont nécessaires, ainsi qu’un ouvrier mécanicien pour les réparations.
2° Carburant. – Le carburant par excellence est de l’essence de pétrole ; mais, coûtant en ce moment 1 f. 25 le litre, il reviendrait à près de 2 francs aux colonies, ce qui serait trop cher, les tracteurs consommant de 25 à 30 litres de carburant par hectare labouré. Il faudrait donc préférer l’emploi de tracteurs marchant au pétrole lampant après quelques minutes de mise en marche à l’essence ; nous verrons plus tard qu’il en existe ayant fait leurs preuves. Mais ce qui pourrait résoudre avantageusement ce point important, ce serait l’usage de l’alcool provenant de la distillation des mélasses ou du manioc, à condition que le gouvernement en permette l’emploi avec dénaturant n’abîmant pas les cylindres et en l’exonérant de tous droits. Cet alcool pourrait se vendre 0 fr. 50 à 0 fr. 60 le litre et les colons auraient ainsi un carburant bon marché qui pourrait leur permettre l’emploi de moteurs mécaniques pour le labourage et tous les travaux de ferme.
Henri Touchais.
Le Tamatave



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22 décembre 2019

Il y a 100 ans : L’avenir de la motoculture aux Colonies (1)


La motoculture serait-elle d’une application possible et pratique dans les colonies françaises ? Sans hésitations nous répondrons par l’affirmative, car si la main-d’œuvre y est moins chère qu’en France elle y est plus rare, si les bœufs y sont relativement bon marché, ils rendent peu en force et en travail, à peine un tiers d’hectare par jour, tandis qu’avec les engins de culture mécanique, le rendement peut être, suivant la profondeur de défoncement ou du labour, de 1 à 8 hectares par journée de dix heures. Nous avons vu fonctionner à Aix, dans des terres dures et sèches, divers appareils de la traction mécanique, tous ont fait de bon et rapide travail et nous ne doutons pas que les trop rares sucriers de la Réunion, les planteurs de café, manioc, vanille, trouveraient avantage à labourer leurs terrains en employant des motoculteurs.
Les plantations coloniales n’ont pas besoin d’un défoncement à 60 centimètres comme on doit le faire en France pour la vigne ; un labourage de 25 à 30 centimètres serait suffisant pour la canne à sucre ; 20 à 25 centimètres pour le manioc ; 20 centimètres pour la vanille ; des charrues à trois et quatre socs suivis de scarificateurs prépareraient facilement, en une seule passe, les terres à cultiver avec une grande économie de temps et de main-d’œuvre. Mais le rendement des moyens mécaniques étant d’autant plus grand qu’ils s’appliquent à de plus grands espaces, il est essentiel d’avoir à traiter de grandes surfaces pour que l’amortissement du matériel puisse se faire dans de bonnes conditions ; la chose est facile, si plusieurs planteurs voisins se réunissent pour acheter et se servir du même appareil.
Ils se différencient par le mode de remorque des outils de travail (traction directe ou traction à câble) ; la source d’énergie est l’essence de pétrole, l’alcool ou le pétrole. Les tracteurs à traction directe sont d’un prix plus abordable vu leur simplicité ; leur infériorité réside dans le fait que l’appareil nécessite la dépense d’une partie de l’énergie de son moteur pour son déplacement et aussi que l’exécution les labours est mise à la merci du terrain qui doit être plat ou en très légère pente.
(À suivre.)
Le Tamatave



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18 décembre 2019

Quatre écrivains malgaches vus par Jean-Louis Cornille

Après Le murmure des îles indociles, Jean-Louis Cornille donne, aux mêmes Éditions Passage(s), un nouvel ouvrage dont le sujet nous touche de près : Lémures, sous-titré Hantologie de la littérature malgache en français. Hantologie, une coquille ? Que nenni ! Pour l’auteur, les écrivains étudiés dans son essai sont littéralement hantés par la littérature française – ou traduite en français. Qu’ils s’en imprègnent comme Rabemananjara ou Rabearivelo, qu’ils la bousculent comme Raharimanana, qu’ils la tiennent à distance comme Ravaloson, elle est le point de repère constant.
Le livre s’ouvre sur la Lucarne de Raharimanana, son premier recueil de nouvelles (mot que Cornille place, à juste titre, entre guillemets, tant l’imprégnation poétique est forte), on reviendra au même écrivain avec, précisément, Revenir (comme Ulysse), avant la « So(r)tie » et après avoir traversé les vers de Rabemanjara, les romans de Rabearivelo, les nuits de Ravaloson.
Le choix est (volontairement) restreint, l’essayiste a malgré tout fait du chemin depuis son livre précédent, il y a deux ans – il reconnaît volontiers ici qu’il lui restait, à l’époque, beaucoup de lectures à découvrir et il s’est bien rattrapé. Mais les cinq chapitres sont fouillés, bourrés de références extérieures (l’inflation de celles-ci est un passage obligé, probablement, pour un universitaire) parfois tordues avec enthousiasme pour coller au propos. C’est très conscient : « Nous sommes tantôt le chien qui ne lâche pas son os, tantôt le pou qui s’incruste sous le poil de la bête. » Pareille justification fait pardonner ce qui semble quand même, de temps à autre, une entreprise de brouillage plutôt que d’élucidation.
Superposer une nouvelle de Le Clézio à une autre de Raveloson, est-ce encore lire celle de l’écrivain malgache ? Poser la question n’est pas y répondre, d’autant moins que les liens créés avec d’autres œuvres révèlent un goût très sûr dans les choix littéraires. Cette nouvelle de Le Clézio, par exemple, « Villa Aurore », tirée de La ronde et autres faits divers est lumineuse et puissante. La fréquentation des chiens « féraux » par Jean Rolin a donné le splendide Un chien mort après lui. Du coup, voici de belles pistes ouvertes pour les lecteurs et lectrices désireux d’élargir leurs horizons.
Et puis, ce que l’essai pourrait avoir de lourdeur universitaire est compensé par de belles éclaircies dont Jean-Louis Cornille pourrait prendre conscience afin de donner, un jour peut-être, une étude plus dégagée des contraintes, dans le genre de ces lignes (on aurait pu en citer d’autres) : « Les livres, qui ne s’écrivent jamais seul, se parlent par-dessus nos têtes, conversent à notre insu, tels des fantômes : nul n’est à l’abri de leurs visitations. Un texte s’avère toujours plus intelligent que celui qui s’en proclame l’auteur et qui ne fait en réalité souvent qu’en accompagner le dire secret. »

17 décembre 2019

Il y a 100 ans : Question et solution


Il est curieux de constater combien longtemps dure la discussion des questions traitées ici à la colonie. Dès qu’on en met une sur le tapis, ce n’est pas de sitôt qu’elle recevra une solution. Telles sont les questions élaborées par les corps constitués et qui reviennent régulièrement dans chacune de leurs délibérations. On voit ces questions prendre différents aspects et différentes formes : ce sont les mêmes que l’on traite sous un jour tout nouveau.
Parmi ces questions figure celle des gouverneurs. La Colonie de Madagascar, paraît-il, est triste, elle est veuve de son gouverneur titulaire et elle le pleure.
Or, pour discuter qui serait ce gouverneur titulaire que de flots d’encre n’a-t-on pas versés, que de propos échangés, de canards lancés, de discussions interminables. Au fait, quoique privée de son gouverneur titulaire, la Colonie ne s’en porte pas plus mal, qu’en semble-t-il ? En effet, le rôle d’un gouverneur, aux colonies, ne consiste guère qu’à se conformer aux instructions ministérielles, qui ne sont pas, toutes sans exception, conformes à la logique et au sens commun, quelques-unes même vont directement à leur encontre, et le gouverneur général, intérimaire ou titulaire, est obligé, bon gré mal gré, de s’y rapporter ; si la mesure prise a des résultats désastreux, il est bien entendu que c’est à lui qu’on s’en prendra, tandis que l’auteur d’une mesure qui se trouvera être heureuse en revendiquera hautement la paternité.
Un gouverneur général peut-être ainsi considéré comme le paravent du ministre derrière lequel celui-ci s’abrite. Celui que nous possédons nous suffit, quel besoin avons-nous d’en chercher un autre, puisqu’il gouverne à la satisfaction de tous, et que tout le monde est d’accord pour qu’il soit conservé. Il n’y a qu’à nous le laisser, tout simplement.
Il est vrai de dire que nous aurons la satisfaction de le garder longtemps, car on sait que rien ne dure comme ce qui est provisoire.
Le Tamatave



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16 décembre 2019

Il y a 100 ans : Pour la mise en valeur de la Grande Île (4)


(Suite et fin.)
Mes hésitations ont disparu quand j’ai lu les déclarations ci-dessus.
L’histoire nous dira plus tard ce que vous avez fait, et ce que vous n’auriez pas dû faire, pendant les premières années de la guerre à Marseille.
Mais, malgré votre habilité et votre « souplesse » auxquelles je me plais à rendre hommage, je ne crois pas que vous puissiez vous-même entraîner à votre suite, surtout après le tableau que vous venez de faire de Madagascar, des industriels sérieux, qui n’ont pas l’habitude comme on dit dans notre vieille région dauphinoise de « travailler pour le roi de Prusse ». Madagascar a un climat un peu rude, mais non aussi meurtrier et impossible à supporter que vous voulez bien le dire.
C’est un pays dont il ne faut pas cacher les mauvais côtés, mais où il y a beaucoup à faire. Nous le discuterons, si vous le voulez.
Reposez-vous à Vichy, Monsieur le Gouverneur Schrameck, vous en avez grand besoin. Les administrateurs coloniaux de carrière et les officiers qui connaissent à fond Madagascar se chargeront bien de diriger ce pays en votre absence ; et il ne s’en trouvera pas plus mal.
Et je me surprends, en terminant, à méditer vos paroles profondes :
« Que l’on balaie les spéculateurs d’abord, et les incompétents ensuite, et Madagascar sera ce qu’il doit être un des plis beaux fleurons de notre domaine colonial. »
M. du Peloux.

Bonne nouvelle pour nos producteurs de caoutchouc

De L’Information :
Des indices significatifs se sont manifestés la semaine dernière sur le marché du caoutchouc à Londres. On a commencé à monter, et il est certain que l’Europe Centrale cherchera à satisfaire ses besoins en caoutchouc. L’expérience a prouvé que les fabrications artificielles ne donnent pas de résultat appréciable.
Enfin, la quantité d’automobiles circulant en France et dans le monde entier est destinée à augmenter considérablement. La consommation va donc progresser dans des proportions extraordinaires, et le moment approche où les expéditions se feront plus facilement, l’amirauté anglaise ayant rempli ses obligations les plus impérieuses. Il est donc naturel que la spéculation commence à escompter l’avenir et la fermeté des valeurs de caoutchouc semble s’inspirer des raisons les plus valables.
Le Tamatave


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15 décembre 2019

Il y a 100 ans : Pour la mise en valeur de la Grande Île (3)


(Suite.)
Mais, M. le Gouverneur Général, est-ce la critique de l’administration de vos prédécesseurs que vous entreprenez ? Et vous-même, qu’êtes-vous donc allé faire là-bas ?
Ceux qui connaissent l’autorité que vous confèrent vos fonctions s’étonneront d’entendre dans votre bouche de simples récriminations contre un état de choses qu’il dépend de vous de modifier ou d’améliorer.
Vous ne devez pas manquer d’énergie. Tous les étudiants de ma génération savent avec quelle maestria, alors que vous étiez secrétaire de M. Lépine, Préfet de Police, vous manœuvriez contre les joyeux habitants du Quartier latin, à Paris, les terribles « brigades centrales » d’alors.
Cette énergie se serait-elle émoussée depuis, notamment lors de votre passage à la préfecture des Bouches-du-Rhône ?
Je me souviens d’un article paru dans un journal colonial publié en France, il a y quelques semaines, dans lequel son auteur, un parlementaire connu, demandait qu’on vous confiât un milliard et demi pour la mise en valeur de la grande île où vous venez de vous promener.
Est-ce cet emprunt que vous venez chercher à réaliser ?
Vous classez-vous donc parmi les compétences que vous réclamez pour l’exploitation industrielle et commerciale de Madagascar ?
Vous avez fait dans l’Administration une carrière rapide, qui a étonné beaucoup de vos collègues. Mais croyez-vous avoir, au point de vue industriel en particulier, les qualités pouvant vous permettre d’apprécier à leur juste valeur les hommes et les organismes nécessaires à la mise en valeur des richesses de l’île malgache ?
Beaucoup de Marseillais qui vous ont approché pendant votre séjour à la Préfecture des Bouches-du-Rhône en doutent ; vous me permettrez de me joindre à eux.
Autant j’ai confiance dans les hommes de valeur que sont les gouverneurs actuels de nos possessions africaines, les Résidents généraux au Maroc et en Tunisie, ou M. Sarraut, l’éminent Gouverneur Général de l’Indochine, dans ces hommes de vieille race française qui, comme les Doumer et les Galliéni, ont su et savent encore donner une vigoureuse impulsion au développement économique des Colonies qu’ils administrent, autant j’hésitais jusqu’ici à croire que vous puissiez faire œuvre utile à Madagascar.
(À suivre.)
Le Tamatave



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14 décembre 2019

Il y a 100 ans : Pour la mise en valeur de la Grande Île (2)


(Suite.)
« Une seule ligne relie Tananarive à Tamatave. Deux autres sont en formation, l’une vers le sud, l’autre vers le nord, et la main-d’œuvre étant difficile à recruter, et en général défectueuse, les travaux marchent lentement, très lentement.
« Ce qu’il nous faut, c’est une compréhension meilleure des intérêts généraux. Le bétail et les mines sont les deux grandes ressources de l’île.
« Il y avait aussi les forêts, mais elles ont été en partie dévastées. On a découvert des gisements de cuivre, de fer et de charbon, mais ce qui importe est leur exploitation par des gens compétents. Il faut un personnel technique, un cadre de colons instruits et sérieux au lieu de gens qui cherchent à faire de la spéculation et des affaires. Il est pénible de voir d’anciens marchands de cartes postales, par exemple, accaparer de riches terrains houillers et attendre tranquillement l’offre du prix fort pour s’en dessaisir. La spéculation est un microbe infectieux qui a pénétré partout, là-bas comme ici. En Europe, on résiste tant bien que mal, là-bas on en meurt.
« Que l’on balaie les spéculateurs d’abord et les incompétents ensuite et Madagascar sera ce qu’il doit être, un des plus beaux fleurons de notre domaine colonial. »
En terminant, le Gouverneur Général parle avec émotion de l’attachement des indigènes pour la France. Il rappelle la promptitude avec laquelle les volontaires ont répondu à l’appel qui leur fut adressé et avec quel enthousiasme ils sont venus coopérer à la défense du territoire de la mère-patrie.
La Dépêche coloniale du 7 août 1919

Cette interview, publiée dans le plus grand journal colonial français, me laisse rêveur.
Vraiment, si je ne m’étais pas reporté aux premières phrases de cet article, j’aurais pensé lire les doléances d’un industriel ou d’un colon malheureux de la Grande Île, ou les critiques d’un confrère bien renseigné et mécontent, échappées aux griffes de la censure.
Il faut vivre au milieu des incohérences actuelles pour trouver de pareilles phrases dans la bouche d’un gouverneur général parlant du pays qu’il administre :
« Que l’on balaie les spéculateurs d’abord, et les incompétents ensuite, et Madagascar sera ce qu’il doit être, un des plus beaux fleurons de notre domaine colonial. »
 (À suivre.)
Le Tamatave



Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 83 titres parus à ce jour.

13 décembre 2019

Il y a 100 ans : Pour la mise en valeur de la Grande Île (1)


Des Alpes industrielles :
M. Schrameck, Gouverneur Général de Madagascar, vient de rentrer en France. En congé régulier, il va se reposer en Vichy pendant quelque temps, après avoir conféré avec le ministre des Colonies.
Interviewé à son arrivée à Marseille, M. Schrameck a parlé de Madagascar avec beaucoup d’enthousiasme ; il a monté moins de satisfaction en ce qui concerne l’administration et la mise en valeur de la grande colonie qu’il gouverne.
— Madagascar, a-t-il déclaré, est un pays admirable, d’une incomparable richesse tant au point de vue agricole qu’au point de vue minier.
D’un voyage à travers la Grande Île, il a rapporté cette impression que la première et la plus urgente réforme à faire était l’organisation complète d’un service médical et d’un service d’hygiène. Les médecins manquent, il faut de toute nécessité les attirer dans ce pays où trop de gens succombent faute de soins.
— La grippe espagnole, dit-il, a fait 30 000 victimes et les corps pourrissaient sur la voie publique, dans l’impossibilité où nous nous trouvions de pouvoir les faire enterrer.
« Des enfants vont encore tout nus par habitude et aussi dans l’impossibilité où sont les parents de se procurer un tissu convenable. Avec cela, insuffisamment nourris, ils dépérissent et succombent sous les effets néfastes du paludisme que propagent les marais encore non asséchés. Sur les hauts plateaux, c’est la bronchite qui fait dans leurs rangs des ravages considérables. »
Organisation d’un service médical, création d’un service d’hygiène ; à ces réformes une autre réforme est liée : celle de l’enseignement professionnel. C’est par là qu’on arrivera à une meilleure utilisation de la main-d’œuvre ; c’est par là qu’on habituera progressivement les indigènes à des recherches de confort qui amélioreront sensiblement et leur santé morale et leur santé physique.
Parlant ensuite de la situation économique du pays, M. Schrameck déclare :
— Madagascar manque de l’outillage nécessaire pour la mise en valeur d’un territoire aussi immense ; pas de routes, peu de chemins de fer.
(À suivre.)
Le Tamatave



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12 décembre 2019

Il y a 100 ans : Les bois de Madagascar


Du Journal d’Agriculture tropicale :
La Commission Sénatoriale des Finances et la Commission Sénatoriale des Colonies, réunies au Ministère sous la présidence de M. le Ministre des Colonies, ont donné leur adhésion au compte spécial de 40 millions voté par la Chambre, pour l’importation en France des bois coloniaux, en provenance principalement de Madagascar et de l’A. O. F.
Ces deux Commissions ont reconnu la nécessité de la création en France de ce marché, qui peut être assuré d’un débouché pendant de longues années, en raison de la pénurie des autres bois et des ravages faits dans le domaine forestier français. Espérons que ces quelques années seront suffisantes pour démontrer aux industriels français que les bois de nos colonies présentent toutes les qualités des autres jusqu’ici employés et provenant de l’étranger. Il serait également à souhaiter que cette décision pût hâter et préciser l’inventaire des richesses forestières de Madagascar, inventaire moins précis et moins étudié que ne l’a été jusqu’ici celui de l’A. O. F.
N.D.L.R. Ce domaine forestier dont parle le Journal d’Agriculture tropicale n’est autre que la fameuse forêt de l’Est qui va du Nord au Sud de l’île et qui n’est exploitée qu’en deux ou trois endroits seulement et sur une étendue très minime. Préciser l’inventaire des richesses qui y sont contenues est chose fort difficile car la végétation est si dense qu’il est impossible d’y pénétrer. Cette forêt qui renferme des arbres de 60 mètres de haut est désignée sur les cartes géographiques sous le nom de « forêt inconnue et inhabitée », quelles surprises nous réserve-t-elle quand on en aura rendu son intérieur accessible ? Chose qui ne pourra avoir lieu que lorsque la route et la T. C. E. passèrent à côté.

Bains de mer

Comme la saison chaude approche, les bains de mer vont devenir de plus en plus fréquentés. Aussi devenait-il opportun de faire réparer les cabines qui étaient fort délabrées et dont quelques-unes même avaient servi de buen retiro à des indigènes. La population de Tamatave saura gré à M. l’Administrateur-Maire de cette mesure heureuse et qui s’imposait.
Le Tamatave


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6 décembre 2019

Il y a 100 ans : Les résultats acquis à Madagascar (2)


(Suite et fin.)
La construction des canaux des pangalanes est à pousser jusqu’à Farafangana. L’étude des conditions de navigabilité fluviale est à faire.
D’autre part, des travaux d’adduction d’eau et d’aménagement des principaux centres urbains sont indispensables. Certains, tels que ceux de Tamatave sont déjà décidés.
Des décisions sont également prises pour l’extension des œuvres d’enseignement public.
C’est, pour les Européens, l’agrandissement des lycées ainsi que la création d’un enseignement pratique et professionnel ; pour les indigènes, la création d’une école professionnelle à Tananarive et l’extension des sections d’apprentissage des écoles régionales, notamment de celles de charpentiers de marine.
Les charges que l’exécution de ces travaux échelonnés sur un certain nombre d’années entraînera pour la colonie seront de peu de poids par rapport au profit qu’elle doit en tirer. L’augmentation et la meilleure utilisation de la main-d’œuvre, la rapidité désormais obtenue des transports et de la manutention, le moindre coût de ses opérations accroîtront sensiblement, au profit de tous ceux qui travaillent, la quantité de la production et la valeur des produits.
Les réformes déjà réalisées par les indigènes dans maintes régions sur leurs exploitations ou dans leurs industries témoignent qu’ils n’apprécieront pas moins que les Européens les avantages à attendre des progrès à accomplir et tous comprendront l’inéluctable nécessité, pour trouver les ressources indispensables, de réviser les taxes et impôts auxquels ils sont assujettis.
La taxe d’assistance médicale sera uniformisée à 3 francs.
L’impôt sur les bœufs devra être augmenté en principe et varié entre 1 fr. 50 et 2 francs.
Les patentes seront modifiées en tenant compte des indications fournies par les chefs de province et de district.
Nous pouvons avoir toute confiance en la modération qui présidera à ces transformations que les indigènes accepteront sans difficulté si elles sont opérées comme le désire le Gouvernement Général.
Le Tamatave



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2 décembre 2019

Il y a 100 ans : Les résultats acquis à Madagascar (1)


Des Annales coloniales :
Les instructions de M. Schrameck aux chefs de province et de district autonome relatives à la révision des textes instituant des impôts directs, droits d’enregistrement et de justice indigène, sont précédées de l’exposé suivant de la situation actuelle des travaux et organisations dont l’achèvement donnera à la colonie l’outillage économique qui lui permettra de soutenir, sur les marchés du monde, la concurrence étrangère.
Une école vétérinaire, une école forestière vont s’ouvrir. Elles fourniront le personnel qui contribuera, avec cadre européen à assurer, d’une part, la conservation du cheptel, d’autre part, l’exploitation raisonnable de la forêt.
La constitution à bref délai de la Banque d’émission qui se prépare au département sur les données que nous avons établies ; à côté, le concours que nous avons accordé à la création du crédit mutuel agricole, des coopératives des consommations et qui n’attend, pour se matérialiser, que l’approbation ministérielle prochaine, ces moyens imminents de crédit et d’économie offrent à la colonisation, si elle sait, d’autre part, employer comme il convient les nombreux indigènes que nous avons placés en apprentissage en France, un avenir de fécond développement.
L’outillage, jusqu’à ce jour réduit pour les transports à grand rendement à l’unique ligne du T. C. E. avec son embranchement vers Ambatondrazaka, doit s’augmenter notamment de la construction et de l’aménagement des ports de Tamatave et Majunga, de l’achèvement de la voie ferrée Tananarive-Antsirabe, de la création de la ligne de chemin de fer Betsileo-côte Est, de celle du lac Alaotra à Majunga dont le tracé est à la veille d’être fixé, de l’embranchement du nord ; de routes à caractéristiques de voie ferrée dont l’étude est en cours et qui relieront au centre les régions du sud-ouest et du sud-est.
En outre, un programme de construction d’un réseau routier nouveau est établi pour l’ensemble de la Colonie.
(À suivre.)
Le Tamatave



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30 novembre 2019

Il y a 100 ans : Bassin-abri et port (2)


(Suite et fin.)
Le dispositif de ce bassin-abri s’explique par la direction du courant qui suit le littoral, contourne la Pointe-Hastie, et passe devant les magasins de la Douane suivant la direction Sud-Est à Nord-Ouest.
Quand le bassin sera construit, ce courant se heurtera contre le côté du bassin limité par la jetée de 200 m et prendra une autre direction.
Pour s’abriter, les voiliers disposeront d’un espace allongé à peu près quadrangulaire d’une longueur de 5 ou 600 mètres, limité à l’ouest par la portion de bord de mer qui va des ateliers de marine jusqu’en face de la douane, et à l’est par la bande de terre-plein qui ira jusqu’à la tête Amiot. Le terre-plein embrassera donc la portion de littoral allant des ateliers de marine à la jetée de 200 m.
Ce bassin-abri serait une « amorce » du futur port si celui-ci devait être construit à la Pointe-Hastie. En effet, une fois le bassin achevé, il serait possible en comblant jusqu’au récif l’espace qui se trouvera devant la ligne allant de la tête Amiot à la jetée devant la gare. C’est-à-dire en agrandissant vers le Nord-Est le terre-plein du futur bassin-abri lorsque celui-ci serait achevé.
On veut réduire le personnel des fonctionnaires. Dans le service des Travaux Publics, pareille mesure sera impossible à réaliser vu que le personnel actuel, qui ne manque pas de compétence, est déjà insuffisant à mener de front les multiples travaux qui doivent être exécutés le plus rapidement possible, si on ne veut pas que notre région et notre ville puissent mériter le qualificatif d’arriérées.

Décentralisation

La Commission de décentralisation a tenu une séance plénière le 24 à Tananarive. On y a décidé que la Colonie serait divisée en 10 régions subdivisées en 74 districts. Le service judiciaire sera organisé sur de nouvelles bases et les attributions judiciaires des administrateurs seront diminuées. On y a étudié aussi les rapports que devaient avoir les services administratifs avec les autres services. Enfin la commission s’est entendue avec le Général Commandant supérieur en vue de répartir les forces militaires en s’adaptant à la nouvelle organisation territoriale.
Le Tamatave


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