31 mars 2013

Rijasolo, le jour et surtout la nuit

J'ai découvert Rijasolo par ses photographies. Superbes et vraies. Mais je ne l'avais pas encore rencontré quand j'ai écrit la préface de Madagascar, nocturnes. La rencontre s'est faite un peu plus tard, quand il a fait ce qu'il appelle, dans son jargon de photographe, un "shooting portrait" pour le roman que je sortais dans la même maison d'édition. C'était bien - la rencontre, et les photos aussi.
On le retrouve sur RFI.


CAP OCÉAN -31/03- MADAGASCAR Rijasolo
(05:40)

14 mars 2013

Il y a 100 ans : L’arrivée à Tananarive


L’arrivée à Tananarive fut plus heureuse que celle de Tamatave ; le train n’avait guère plus de 2 h. ¼ de retard, que les personnes qui attendaient passèrent d’autant plus gaiement qu’elles restèrent longtemps dans l’obscurité.
Tout pour l’extérieur, tout pour frapper l’œil, attirer l’attention ; tel était le mot d’ordre ; aussi la gare ruisselait-elle de lumière sur la façade, mais, à l’intérieur, c’était la nuit.
Enfin le train entra en gare à la vitesse pédestre de son principal voyageur, Dieu qu’il allait lentement, et Micromégas parut ; il avait sa figure des mauvais jours, est-ce pour cela que personne ne le salua ? Toujours est-il qu’il traversa la gare au milieu d’une foule compacte dont le silence était impressionnant, monta dans sa voiture, et fila sans qu’un cri ait été poussé, même celui de Vive la République, qui eût été encore un hommage à lui rendre et que la population tananarivienne lui a même refusé.
Mais, après son départ, cette morne tristesse fut vite transformée en gaieté, d’abord par la retraite, ensuite par la panne des colis de Micromégas.
Car, cette fois, Micromégas avait pris ses précautions et ses approvisionnements furent, à l’arrivée, dirigés sur la Résidence, dans un tombereau traîné par une mule pensionnaire du palais.
Or, quand celle-ci vit apparaître un de ses amis de la résidence, elle se débattit pour le retrouver, cassa harnais et brancard et courut le rejoindre.
Pendant ce temps-là, les bagages restèrent sur place, sous l’œil vigilant d’un boto.
Ne croirait-on pas à un vaudeville à la lecture de toutes les péripéties de cette inauguration. Quel beau metteur en scène qu’est Micromégas !
Le Progrès de Madagascar

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13 mars 2013

Il y a 100 ans : Le banquet de Brickaville


Le banquet du 6 mars a réuni environ 90 personnes dont 20 hovas, 14 baras et pas plus de 40 fonctionnaires. Les colons étaient donc peu nombreux. Nos lecteurs savent la cause de cette abstention tant à Tananarive qu’à Tamatave. M. Picquié pouvait être tranquille : aucun sceptique n’assistait à son battage.
Ci-dessous nous publions quelques notes de notre correspondant particulier.
Service et menu à la hauteur, mais chaleur épouvantable que l’absence de glace a rendu plus sensible encore.
Au champagne, discours :
Le Directeur des Travaux Publics fait l’historique du chemin de fer, met en valeur les avantages qui en sont résulté pour le commerce et ceux qui en résulteront du fait de son prolongement jusqu’à Tamatave.
Il élogie les deux gouverneurs généraux, M. Augagneur, auteur du prolongement sur Tamatave, et M. Picquié, promoteur du prolongement sur Antsirabe.
Il développe les principes de l’Étatisme qui ont guidé la Colonie dans l’exploitation du T. C. E. et il souhaite qu’elle continuera à les appliquer quand il s’agira d’exploiter le port de Tamatave. Les 6 250 000 fr. qui ont été demandés pour la construction du chemin de fer Brickaville-Tamatave ne sont pas dépensés. Il reste fr. 300 000 qui sont réservés pour la gare de Tamatave.
Le Gouverneur Général répondit immédiatement.
Il commença par couvrir de fleurs le Directeur des travaux public, les Officiers du génie qui étudièrent et construisirent le tronçon inauguré. Il s’appesantit sur les services éminents rendus par l’arme du génie à la Colonie de Madagascar et rappela le souvenir du colonel, depuis général, Roques et du colonel Ozil.
Il exposa que sa politique à Madagascar n’a été que la continuation de celle de ses éminents prédécesseurs Gallieni et Augagneur. Il fit connaître également que le général Gallieni avait laissé la Colonie avec un commerce de 50 millions, Augagneur 67 millions et que sous lui, le commerce avait dépassé 100 millions.
Il déclara que la Colonie sera bientôt dotée d’un beau port à Tamatave, pendant que le rail sera poussé jusqu’à Antsirabe, que Majunga aura aussi son port, que Tamatave aura sa voie de communication sur Ambatondrazaka ; que les routes construites maintenant ne seront plus empierrées pour y faire circuler les autos ; mais qu’elles seront exploitées par des tramways jusqu’au moment où le trafic y sera devenu suffisant pour y faire circuler une voie ferrée d’un mètre.
M. le Général Riou ayant, au nom de l’autorité militaire, remercié le Chef de la Colonie des compliments adressés aux officiers du génie en service à Madagascar, MM. Frappart et Baillet ont pris la parole ; ils sont d’accord pour constater que Madagascar est en croissance de développement économique visible pour les plus incrédules et les plus sceptiques. Monsieur Baillet en remercie tous les Gouverneurs Généraux qui se sont succédé à Madagascar. M. Frappart tient à exprimer sa reconnaissance à M. Picquié de tout ce qu’il a fait pour la Grande Île, et de ce qu’il a promis de faire pour elle (!!!).
Le Consul Britannique manifeste en termes choisis et dans le langage de Mme de Sévigné, sa joie des immenses progrès qu’il constate de jour en jour. Il élogie le Gouvernement de la République et son représentant à Madagascar.
Rasanjy lit en français un long long discours – discours vieux jeu malgache.
Un Chef Bara fait un petit kabary en malgache. Il est heureux d’être là, de constater ce qu’il a vu. Il prie le Gouverneur Général de prendre acte que lui et ses camarades ne songent plus au passé qu’ils désirent voir oublier par tout le monde et que dorénavant ils marcheront dans la voie du bien, du progrès et tutti quanti.
L’assistance écoute sans doute avec le plus grand plaisir l’ultime déclaration de M. Picquié, que la colonie « exploitera elle-même le port de Tamatave » ; qu’il est du reste ennemi de toute conception et du principe des monopoles. Dont acte.
Sur ce, ban général des invités mis en gaîté. Le départ effectué un peu en retard, n’a permis au train gouvernemental d’arriver à Tamatave qu’à sept heures.
(Du Journal de Tamatave)
Le Progrès de Madagascar

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12 mars 2013

Il y a 100 ans : Inauguration du chemin de fer de Brickaville à Tamatave


Une croyance populaire veut qu’une entreprise ne réussisse bien qu’autant que ses commencements auront été durs et auront éprouvé des difficultés. À tel point que, sacrifiant à ce préjugé, dans les noces juives, par exemple, la plus jeune sœur de l’un des époux est chargée, à la fin de la cérémonie, de jeter à terre un vase ou un verre, et s’il se brise en mille morceaux, le bonheur futur des nouveaux mariés est assuré.
Nous en tenant à cette croyance, nous pouvons affirmer hautement que l’avenir du Chemin de fer qui vient d’être inauguré sera des plus brillants. Pour prédire cela nous avons en plus d’autres motifs bien plus sérieux, dont le principal est le développement prodigieux que prend la colonie. C’est là un pronostic qui ne trompe pas et ne peut pas tromper.
Nous reportant à la croyance populaire ci-dessus, les augures de prospérité n’ont pas manqué au nouveau chemin de fer.
Qu’on en juge.
La Réunion avait été invitée à nous envoyer des Délégués pour assister aux fêtes. Ceux-ci ont pris passage sur le Djemnah qui devait arriver à Tamatave le 4 courant. Or un ras de marée a embouteillé ce paquebot dans le Port de la Pointe des Galets, à moins que… mais non ! Nous sommes, il est vrai, sans nouvelles de lui, mais il faut bien espérer que la série noire à laquelle les M. M. viennent de payer une si large contribution, est enfin terminée.
Encore une fois, si nous avions la ta télégraphie sans fil, nous saurions à quoi nous en tenir sur leur compte, et si des secours leur étaient nécessaires, nous aurions pu leur en envoyer ; dans tous les cas nous serions rassurés.
Et d’un.
Les invités de Tananarive devait nous arriver à 7 h. 52 le mercredi soir 5 courant.
Après la tentative de boycottage tentée par nos quatre mousquetaires, la population entière de Tamatave, en manière de protestation, s’était portée aux abords de la nouvelle gare, gracieusement illuminée, pour fêter et Monsieur Picquié et les personnes distinguées qui l’accompagnaient.
Eh bien ! il a fallu que le plus vulgaire des accidents vînt se mettre en travers, et le train officiel n’est arrivé à Tamatave qu’à quatre heures du matin le lendemain. De nombreux habitants de Tamatave ont eu la constance d’attendre jusqu’au milieu de la nuit, ne voulant pas manquer l’occasion de saluer le cortège officiel.
Voici ce qui était arrivé.
Dans la journée, un train de service remontant vers Brickaville avait rencontré une vache arrêtée sur la voie, en deçà d’Ankarefo.
La machine, n’ayant pu être arrêtée à temps, heurta l’animal qui fut tué, mais elle-même, du choc, fut renversée sur le côté droit, laissant malheureusement son arrière engagé sur les rails. La circulation restait interrompue et les voyageurs du train officiel durent rester à la gare d’Ankarefo, où une large hospitalité leur fut offerte… à la belle étoile, et sur le frais gazon, heureusement sec. Par hasard il faisait beau temps.
Les secours n’arrivèrent que dans la nuit, et à la clarté de quelques lanternes, on dut établir une voie latérale raccordée à la voie principale pour permettre aux trains de circuler.
Et de deux.
Le programme des fêtes portait que le train des invités partirait de Tamatave le jeudi 6, à 8 heures du matin.
Malgré les fatigues de la veille et le très court repos qu’avaient pu prendre les voyageurs de Tananarive, le train des invités s’ébranlait à 8 h. précises.
En approchant d’Ankarefo les voyageurs purent contempler les victimes de la veille, du moins la locomotive étendue sur le flanc, et à peu de distance, sur une pelouse, contemplant d’un air atone ce qui se passait, un jeune veau noir réclamant sa mère d’un cri plaintif. Pauvre orphelin !
Mais la voie ferrée, entre la lagune d’Ampanotomisy et la mer, nous réservait des surprises d’un autre genre, histoire de rompre la monotonie d’un long voyage à travers la brousse déserte.
C’était la mer qui, sur plusieurs centaines de mètres, déferlait par-dessus la dune étroite, (quelques mètres à peine) qui la sépare de la voie ferrée, et qui par endroits, dégarnissait les rails, et par d’autres les noyait sous les sables.
Une équipe d’ouvriers a réussi à mettre les choses en état, et avec une bonne demi-heure de retard nous sommes enfin arrivés au buffet de Brickaville, où nous attendait un succulent repas, royalement servi par M. Martel de Tananarive, qui ne pouvait faillir à sa longue réputation.
Dire qu’on n’y a pas fait honneur serait une inexactitude énorme ; il ne faut pas oublier que les voyageurs de la capitale n’avaient dîné la veille que d’une banane chacun, frugalité compensée par le confortable de la salle où ils se trouvaient et la splendeur de l’éclairage que leur fournissait, gratis, un ciel bien étoilé.
Après le repas, nous avons été régalés par une série de discours, tous de haute volée, surtout celui de Monsieur le Gouverneur Général et qu’ont savouré et chaleureusement applaudi tous ceux qu’intéressent, peu ou prou, les choses de la colonie et sa prospérité.
Comme ils ont traité des questions de très haute importance et dans un moment solennel pour Madagascar, nous ne voulons pas les dénaturer par un simple résumé ; nous tâcherons de les donner, in extenso, dans notre prochain numéro.
Le retour à Tamatave s’est effectué dans les mêmes conditions et avec les mêmes péripéties que l’aller, avec cette différence qu’après le bon repas servi par Martel, nous avons pu contempler, sans impatience, les beautés que présente la mer irritée et les vagues énormes qui venaient déferler jusque sous les wagons.
En résumé, – abstraction faite de la chaleur qui s’était mise de la partie sans qu’on l’invite, –cette fête a été on ne peut mieux réussie, et Monsieur le Gouverneur Général a tout lieu d’en être fier. Dans les témoignages de sympathie qui lui ont été prodigués il a trouvé une large compensation aux quatre abstentions des obstructionnistes de Tamatave et aux quatre abstentions de Tananarive, qui, elles, ne visaient pas M. Picquié et dans les motifs desquelles nous n’avons pas à intervenir.
Viator.
Le Tamatave

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5 mars 2013

Il y a 100 ans : Le Coche et la Mouche


Le public tananarivien n’ignore pas que M. Picquié avait préparé une mise en scène aussi ingénieuse que brillante pour exalter sa falote personnalité lors de l’inauguration du tronçon Brickaville-Tamatave.
Dans ce but, la presse officieuse avait commencé à le louer pour l’achèvement d’une voie conçue, entreprise et imposée par le prédécesseur exécré. Qu’il nous soit permis, à ce sujet, de rappeler que M. Augagneur eut à lutter, non seulement contre le Cie des Pangalanes, exaspérée d’entrevoir la fin prochaine d’un fructueux monopole, mais encore contre le ministre lui-même dont le siège avait été habilement fait par les monopoliseurs.
Il se produisit alors des scènes d’un haut comique : le ministre circonvenu envoyait dépêches sur dépêches, dénonçant au Chef du Contrôle financier l’entreprise du Gouverneur tenace ; et le Chef du Contrôle faisait en toute circonstance des représentations respectueuses et désespérées : « La route entreprise est la plateforme d’une voie ferrée », criait M. Lebureau. « C’est une route, répondait, impassible, le Gouverneur ; personne n’a le droit de changer ce qualificatif. »
Et, en fait, la voie entreprise resta route jusqu’au jour où elle devint plateforme par l’autorisation de l’achèvement du T. C. E.
Cette autorisation ne fut arrachée que par le renouvellement du mandat législatif à l’ancien Gouverneur de Madagascar : l’interpellation était en perspective, M. Lebureau capitula, et la Colonie put enfin développer l’entreprise si courageusement commencée.
Combien sont lointaines ces luttes homériques : Lebureau a émigré du ministère des Colonies et c’est lui qui, au gouvernement de Madagascar, préside actuellement à la distribution des menues et grandes consolations réservées à la Cie des Pangalanes !
Mais revenons à nos moutons : conscient de la grandeur du résultat atteint, M. Picquié avait imaginé de s’en attribuer le mérite.
Il avait fait battre la grosse caisse, et, comme pour donner raison au proverbe qui veut qu’il n’est festins que de gens chiches, il annonçait des réjouissances extraordinaires : invitations aux corps constitués de Tananarive et de Tamatave, voire même à quelques rares habitants de la Réunion, banquets à Brickaville, à Tamatave, à Tananarive, et, pour achever l’apothéose, un dîner à la Résidence (!), représentation théâtrale, courses hippiques, sans oublier le mât de cocagne.
Restait à payer la carte.
À cet effet, Micromégas, qui avait pris l’initiative des invitations et de l’ordonnance des fêtes, fit appel au public sous couvert d’un Comité des fêtes.
Et ce brave Comité des fêtes, composé des délégations de corps constitués ou non constitués comme la Philarmonique et l’Estudiantina, commença par emboîter le pas.
Mais advint que M. Picquié voulut forcer son talent, chose toujours périlleuse : à son instigation les délégués de quatre groupes, Chambre Consultative, Comice Agricole, Commission Municipale et Chambre des Mines se réunissent le 28 février afin de désigner le porte-voix de la population.
Des indiscrets, des colons toujours enclins à l’émancipation, eurent l’exorbitante prétention de vouloir indiquer le caractère du discours : manifestation économique, exaltation des forces vives de la Colonie, peu ou point d’encens officiel et de circonstance.
Là-dessus, beau tapage et des invectives rappelant les fameuses apostrophes : « Qui t’a fait comte ? – Qui t’a fait roi ? »
Du coup, une scission se produisait, deux des groupes refusaient de s’associer, les yeux fermés, à une pure manifestation officielle. Et la combinaison tout entière tombait à l’eau.
Nous sommes avisés que les mêmes incidents se sont déroulés sous une forme peu différente à Tamatave et que le résultat fut le même : les représentants qualifiés des deux centres refusent d’apporter à M. Picquié un mérite qui ne lui appartient pas.
Et voici qu’à la dernière heure un appel sur affiches tricolores est fait aux hommes de bonne volonté : c’est la Sultative qui marche sous cette bannière indépendante. On peut être assuré qu’un nombre respectable de fonctionnaires répondra à l’appel gouvernemental et soulignera de bravos nourris les harangues officielles.
Quant à l’immense majorité des Colons, pour qui la vie est autre chose qu’un enchaînement de fêtes, elle célébrera le très gros événement qu’est l’aboutissement du Chemin de fer à la mer par la glorification de notre jeune et ardente Colonie, ce qui vaudra infiniment mieux que le pénible repêchage d’un Gouverneur disqualifié.
Le Progrès de Madagascar

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4 mars 2013

Il y a 100 ans : Les événements et les hommes


Ils auraient tort de se plaindre à Madagascar.
On leur offre, sinon le tabac à l’œil, tout au moins le parfum gratuit.
Voici, en effet, ce que nous lisons dans notre excellent confrère le Progrès :
« Parmi les nombreux privilèges que s’arroge notre Gouverneur, celui d’évacuer ses vidanges en plein jour et à toute heure de la journée, au nez des passants, n’est pas le moins désagréable.
» Cependant, nous ne sommes plus à l’époque où le pot de chambre de Ranavalo était respectueusement salué de ses fidèles sujets, en dépit ou même à cause de son contenu.
» Un peu plus d’égard pour le public ne gâterait rien en la circonstance. »
Les Annales coloniales

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27 février 2013

Il y a 100 ans : Notre devoir envers les enfants métis


Note préliminaire (et inhabituelle) : le principe de cette série d'articles puisés dans la presse de 1913 consiste à les réimprimer tels qu'ils sont parus, sans commentaires - à chaque lecteur de se faire sa propre opinion sur le climat de la colonie. Aujourd'hui, j'ai quand même fait, en guise de réaction personnelle : Oups ! Et je n'ai pas réussi à le garder pour moi...
Le ministre des Colonies, dans une circulaire parue il y a quelques mois, a attiré l’attention des autorités coloniales, sur la situation des enfants métis. Dans un esprit d’humanité et, peut-être aussi, de dignité, il a rappelé les pères européens à leurs devoirs envers leurs enfants nés de femmes indigènes. À défaut des pères, la collectivité française devrait prendre soin des métis. 
Ces prescriptions, inspirées par des sentiments généreux, méritent le respect dû à leurs intentions : elles seraient d’un effet regrettable si les métis, grâce à leur influence, se multipliaient.
Je ne me lasserai pas de soutenir que le métissage est une plaie de nos Colonies, et une des plus graves. Au lieu de favoriser les unions entre Français et femmes indigènes, l’esprit public doit s’efforcer de les combattre, et l’administration ne rien faire pour les rendre plus fréquentes, pour les légitimer indirectement.
Il est évident que, si le métis, sous prétexte qu’il a dans les veines une dose de sang français, devient un être privilégié au regard des indigènes, que si, à défaut de son père, il trouve, par la seule raison de son origine, une protection exceptionnelle, les inconvénients du concubinage avec les femmes indigènes seront grandement atténués, ces unions prendront un caractère presque légal.
Sous le couvert de l’intérêt qu’il porte à ses enfants de couleur, le Français, colon ou fonctionnaire, pourra étaler, sans retenue, son ménage indigène ; peu à peu l’opinion s’accoutumera à cette exhibition. Le mal, considérable quand il est relativement inavoué, dissimulé, ne connaîtra plus de bornes s’il lui est permis de se montrer au grand jour.
L’union avec les femmes indigènes, sous la forme du mariage légitime ou du concubinage, est, en tous points, fâcheuse pour l’avenir, de notre colonisation. L’administration doit être, à cet égard, plus sévère que les missionnaires.
Préoccupés uniquement du côté moral et religieux, les prêtres des divers cultes ne proscrivent que le concubinage, en opposition avec les lois divines. Pour le supprimer, ils poussent au mariage, contribuant ainsi à multiplier, à consacrer des liens qu’il faudrait briser au lieu de les consolider.
Je crains, qu’en plaçant les métis à part, dans la société coloniale, en les mettant sous la protection de l’administration, le ministère des Colonies renforce l’action des missionnaires, que désormais les unions de Français et de femmes indigènes, provoquées par l’instinct, soient renforcées par l’action combinée des missionnaires et des règlements administratifs.
Il n’était certes pas besoin de cette collaboration des lois civiles et religieuses, aux manifestations des sympathies de nos compatriotes pour les femmes de nos coloniaux.
L’administration ne doit pas connaître, encore moins constituer, une classe de métis. Qu’elle soit obligée de considérer comme Français les enfants de couleur, issus d’un mariage régulier ou reconnus légalement par un Français, c’est à quoi il faut limiter son droit et son devoir. Mais qu’elle arrive à séparer des indigènes, à traiter d’une façon spéciale l’enfant d’une femme du pays, parce que cet enfant est de teint plus clair que ses congénères, passe pour issu d’un père français ou européen, qui ne s’est pas soucié de le reconnaître, c’est dépasser le but.
Dans quelques années, avec ce beau système, nous aurons partout une caste de déclassés. À demi instruits, à demi élevés à l’Européenne, les métis ne seront ni des indigènes, ni des Européens.
S’estimant, en raison de leur origine, en raison de leur semi-instruction, de leur semi-éducation, au-dessus des indigènes, ils voudront les dominer.
Les indigènes, fixés sur leur valeur réelle, souffrant de leurs prétentions, les haïront et de cette haine une part retombera sur les Français, rendus responsables des méchancetés, des violences commises par les métis.
 Vis-à-vis de l’Européen, le métis conscient de ce qui lui manque pour en être l’égal, n’éprouve que des sentiments de jalousie, d’humiliation, prompts à s’exaspérer. La classe des métis interposée entre les indigènes et les colons, sera un élément de désunion, les isolera l’une de l’autre, s’efforçant de les opposer.
Si le métis, au contraire, demeure indigène, suivant le statut de sa mère, il sera perdu dans la masse. Ses défauts natifs ne se manifesteront point probablement, parce qu’une semi-éducation européenne ne les aura pas développés, ne les aura pas révélés. Et puis, ce qui est de première importance, les métis n’auront pas été réunis, formés en une classe, ayant des aspirations particulières, des intérêts distincts.
D’ores et déjà, alors que dans nos colonies nouvelles, les métis sont encore trop peu nombreux pour constituer cette caste qui, dans l’avenir, pourra être dangereuse, les unions avec les femmes indigènes ont de multiples inconvénients.
Si quelques colons ont pu, grâce aux femmes du pays, se procurer plus aisément de la main-d’œuvre en utilisant leurs relations et leur expérience, les administrateurs, les fonctionnaires civils et militaires, subissant leur influence, ont souvent commis de lourdes fautes et de véritables iniquités.
Les femmes indigènes, grâce à l’autorité conquise sur le chef de poste, le garde de milice, en lui donnant des renseignements faux ou tendancieux, sont parvenues souvent à faire la fortune de leur famille, à ruiner leurs ennemis.
Qui dira le nombre des faux complots dénoncés par la ramatoa ou la congaï, les pauvres diables arrêtés, condamnés sur ses indications ? Qui dira les conséquences, formidables pour la paix d’une région, des mesures prises par un fonctionnaire sous le coup des rapports de sa femme indigène ? Que de petits Assuérus, dans la brousse, se soumettent aux désirs d’une Esther noire ou jaune !
On pourrait multiplier les exemples montrant à quel avilissement arrivent des hommes, après quelques années d’une vie isolée, sous la domination de ces Égéries de couleur.
Débarrasser le fonctionnaire de l’emprise de la femme indigène, réduire le nombre des métis, serait une œuvre saine. Qui l’entreprendra ?
Voilà qui devrait tenter les féministes. Il y a en France tant de femmes célibataires qui, épouses de fonctionnaires aux colonies, feraient à la fois leur vie, et rendraient à leur pays un véritable, un immense service !
Victor Augagneur.
Député du Rhône.
Ancien ministre.
Des Annales coloniales.
Le Progrès de Madagascar

Le temps me manque pour terminer l'édition de Madagascar il y a 100 ans. Février 1913, où ce texte aurait dû paraître avec les précédents.
Mais Janvier 1913 reste disponible :
en version papier (123 pages, 10 € + frais de port)
en version epub (4,99 €).
Et je réfléchis à un volume qui regrouperait, de manière moins exhaustive, l'actualité et les commentaires de 1913. On en reparlera.

26 février 2013

Il y a 100 ans : Situation budgétaire au 30 novembre 1912


La situation financière de la colonie de Madagascar pour l’exercice 1912 présentait, au 30 novembre dernier, les résultats suivants :
Montant des recouvrements : 29 057 350 francs
Montant des dépenses :         22 248 570 francs
L’excédent des recettes, soit : 6 808 780 francs
accuse une augmentation de 600 000 francs sur l’excédent de l’an dernier.
Les recettes effectuées jusqu’au 1er décembre dépassent de 2 528 000 francs celles recouvrées pendant la même période de l’exercice 1911.
Les recettes du chemin de fer s’élèvent à 1 664 900 francs en augmentation de 500 000 francs sur l’an dernier. Les dépenses qui s’élèvent à 19 300 000 francs sont supérieures de 1 750 000 fr. à celles de l’an dernier. Ce dépassement est le résultat des dépenses faites par la colonie pour l’amélioration de son outillage économique.
La Quinzaine coloniale



Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Février 1913.
(A paraître dans quelques jours)
Janvier 1913 est disponible :
en version papier (123 pages, 10 € + frais de port)
en version epub (4,99 €).

25 février 2013

Il y a 100 ans : Produits de la forêt et de la brousse à Madagascar


Parmi les nombreux produits naturels dont le général Galliéni a fait commencer l’étude dès son arrivée à Madagascar, on peut citer en ne s’occupant que des plus intéressants, c’est-à-dire en portant l’attention seulement sur ceux qui donnent déjà lieu à un important mouvement commercial : le caoutchouc, la gomme copal, le crin végétal, la cire d’abeille, les essences forestières et les écorces tannantes de palétuvier.
On trouve du caoutchouc d’excellente qualité dans presque toutes les forêts de Madagascar.
Ce caoutchouc provient de lianes, d’arbres ou d’arbustes.
Les principales lianes fournissant une gomme d’excellente qualité sont : le Landolphia Perrieri, connu par les indigènes sous le nom de Piralahy, c’est-à-dire, mot à mot, « caoutchouc mâle » ; le Landolphia sphaerocarpa, appelé par les Malgaches Piravavy, mot signifiant « caoutchouc femelle » et le Landolphia Madagascariensis, désigné sur place sous le nom de Voahena.
Les deux premières sortes se rencontrent surtout dans le Nord-Ouest et dans l’Ouest.
La troisième est abondante, principalement dans toutes les parties du versant oriental.
L’extraction du caoutchouc liane, telle qu’elle est pratiquée par les Malgaches, entraîne le sectionnement de tous les rejets dépassant la grosseur du doigt.
Ces rameaux sont coupés, au moyen de la hachette indigène (antsibe), en fragments de 50 à 60 centimètres de long, puis disposés verticalement au-dessus d’un récipient quelconque, dans lequel s’écoule le latex qu’on recueille, finalement, soit dans une petite marmite en fonte, soit encore, plus simplement, dans un entre-nœud de tige de bambou ou dans un fragment de calebasse. La coagulation est faite, en général, au moyen d’un peu d’acide sulfurique étendu d’eau, de jus de citron ou de fruits de tamarin.
Parmi les arbres, on doit mentionner les « guidroa » et les « hazondrano » appartenant au genre Mascarenhasia ; puis l’« intisy » (Euphorbia intisy), plante croissant dans l’Extrême-Sud, dans une région dont la végétation possède l’aspect le plus étrange et dont on peut difficilement se faire une idée en Europe.
Les plantes de cette contrée, dont le port diffère totalement de tout ce que nous avons l’habitude de voir dans la zone tempérée, semblent complètement privées de feuilles et sont, pour la plupart, entièrement couvertes d’épines nombreuses et acérées rendant les déplacements dans la brousse particulièrement pénibles et douloureux.
1° L’intisy est curieusement désigné à Madagascar sous le nom caractéristique de « caoutchouc sans feuilles ». Il a été déterminé et décrit par Drake del Castillo, en 1899, époque à laquelle j’ai rapporté en France, pour la première fois, de nombreux documents photographiques et échantillons concernant l’Euphorbia intisy que j’avais eu la bonne fortune de recueillir, en 1868, dans la région du Fort Dauphin.
Les exportations de caoutchouc malgache ne dépassaient guère 400 tonnes en 1896. Elles sont montées, progressivement, à près de 600 tonnes en 1903, ont dépassé 850 000 kg en 1904, 1 125 tonnes en 1910 et 801 000 kg en 1911.
2° Gomme copale : ce produit, employé dans la confection des vernis, est tiré d’un grand arbre abondant sur la côte orientale, l’Hymmenea verrucosa (Tandroho des Malgaches). La gomme copale se présente sous l’aspect de masses jaunes plus ou moins foncées, presque transparentes chez les échantillons de très belle qualité.
Les exportations sont assez variables et ne paraissent pas suivre une marche régulière. Elles atteignent environ 20 000 kg par an (21 151 kg en 1911).
3° Le raphia : le raphia est un grand palmier très ornemental fournissant une fibre très employée en Europe, par les horticulteurs, et dont on commence à se servir pour faire des étoffes d’ameublement.
Le raphia se rencontre sur une grande partie du versant oriental, ainsi que dans le Nord-Ouest et dans l’Ouest. On ne le trouve ni dans l’Extrême-Nord ni dans l’Extrême-Sud de Madagascar. Dans le Centre, il en existe seulement quelques spécimens isolés.
Ce que nous appelons la fibre de raphia n’est pas autre chose que l’épiderme supérieur des jeunes feuilles que l’on coupe peu avant leur épanouissement.
Les usages locaux du raphia sont innombrables. On en fait des vêtements, des coiffures et des instruments de pêche. Avec la nervure médiane des feuilles qui atteignent jusqu’à 12 m. de long, on confectionne des échelles et des filanjanes (sorte de chaise à porteur). On se sert également de ces nervures pour établir des charpentes légères. On consomme enfin le bourgeon terminal de ce palmier qui constitue un excellent chou palmiste.
Le raphia brut constitue un des importants produits naturels de Madagascar. En 1896, les exportations de raphia ont à peine atteint 1 584 tonnes. Depuis 1905, elles dépassent 4 000 tonnes par an et se sont élevées à plus de 6 300 tonnes en 1911. À ce chiffre il convient d’ajouter les exportations de tissus de raphia ou rabanes qui, actuellement, atteignent 70 000 francs par an (exportations de 1911).
Crin végétal : à côté du raphia il faut citer le crin végétal, fibre très employée en brosserie, qui est fournie en abondance par des palmiers croissant sur le versant Est. Madagascar en exporte 40 à 70 tonnes par an (69 824 kg en 1911).
Cire d’abeille : parmi les produits de la forêt et de la brousse, la cire d’abeille se classe au rang de ceux qui donnent lieu aux exportations les plus importantes. La cire d’abeille récoltée à Madagascar provient exclusivement des ruches sauvages. La récolte en est faite par les indigènes. On en trouve dans presque toutes les forêts. Les exportations de ce produit accusent, depuis dix ans, une progression assez rapide. Elles ne dépassaient guère 191 tonnes en 1896 et ont atteint 531 000 kg en 1910.
Bois : à signaler enfin que Madagascar exporte une certaine quantité de bois, surtout de l’ébène, du palissandre, et des bois rouges analogues à l’acajou. Les forêts de la Colonie renferment une foule d’essences très intéressantes, mais encore insuffisamment connues et dont l’exploitation est souvent rendue difficile, sinon impossible, à cause de l’insuffisance des moyens de communication. Comme presque partout, on s’est surtout intéressé aux bois durs qui sont très abondants dans l’île. Certains résistent aux clous. Il semble aujourd’hui qu’il serait aussi très utile de chercher à employer les bois tendres et légers dont l’exploitation serait bien plus facile. Contrairement à ce que l’on croit en général, ces bois pourraient peut-être recevoir d’importantes applications en Europe. L’accroissement des exportations de bois de Madagascar est surtout lié au développement des voies de communication qui a été l’une des principales préoccupations du général Galliéni pendant les dix ans qu’il a passés à la tête de cette colonie. Cette question est liée également à celle de l’abaissement du fret qui, pour permettre le commerce des produits encombrants et d’une valeur intrinsèque relativement faible, doit être aussi réduit que possible. Depuis quelques années, Madagascar exporte entre 250 000 et 350 000 francs de bois par an.
Ecorces tannantes : il reste à mentionner, pour terminer, les écorces tannantes de palétuvier qui, depuis quelques années, figurent parmi les exportations de Madagascar. Cet article est surtout expédié en Allemagne.
Dans le Nord-Ouest et dans l’Ouest les réserves de ce produit, dont le Jardin colonial s’est beaucoup occupé, sont extrêmement abondantes.
La première exportation a eu lieu en 1902 ; il s’agissait d’un simple échantillon ne dépassant guère une tonne.
En 1905 les envois sont montés à 136 820 kg. En 1911 ils se sont élevés à plus de 53 000 tonnes.
À côté des écorces de palétuviers il faudrait encore citer les cocons du ver à soie sauvage, les pailles de chapellerie, etc., mais le cadre forcément restreint de cet article nous oblige à mentionner simplement ces articles sans nous y arrêter.
Les exportations des produits de la brousse accusent donc de grands progrès ; mais il importe, en même temps, d’appeler l’attention sur un danger sérieux qu’on s’efforce de restreindre le plus possible dans les colonies étrangères, mais dont on ne s’occupe peut-être pas assez chez nous. Je veux parler des feux de brousse pratiqués sur une si grande échelle à Madagascar et qui, si l’on n’y prend garde, pourront anéantir, peu à peu et sans profit, tout le stock de richesses naturelles renfermées dans les forêts malgaches.
Il ne faut pas songer à interdire brusquement la pratique des feux de brousse. Vouloir agir sans transition pourrait avoir les conséquences les plus désastreuses ; mais il importe, à tout prix, d’enrayer peu à peu la coutume d’incendier la brousse et la forêt en montrant aux indigènes comment ils peuvent éviter d’avoir recours à cette pratique désastreuse.
D’un autre côté on ne saurait trop recommander aux fonctionnaires coloniaux d’user de toute leur influence et de toute leur autorité sur les populations indigènes pour qu’on ne saigne pas à blanc les caoutchoucs exploités et pour qu’on n’abatte pas inutilement des plantes utiles.
Dans les pays chauds, on a rarement le respect des plantes. Les indigènes y abattent et massacrent souvent des arbres sans raison. Il appartient à l’administration de s’efforcer de corriger cette coutume déplorable.
Ém. Prudhomme.
Ingénieur Agronome, Directeur du Jardin colonial.
La Nature

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Février 1913.
(A paraître dans quelques jours)
Janvier 1913 est disponible :
en version papier (123 pages, 10 € + frais de port)
en version epub (4,99 €).

24 février 2013

Cinq romans pour une conférence

Le mercredi 27 mars à 15 heures, Jean-Marie Seillan donnera une conférence à l'IFM: L'image de Madagascar dans le roman français d'aventures coloniales autour de 1900.
Il vous reste un mois pour lire les ouvrages (presque tous) qu'il utilisera dans son analyse. La Bibliothèque malgache s'est coupée en cinq pour vous...

J'ai rassemblé cinq romans pour les mettre, au format PDF (versions 8 et supérieures d’Acrobat Reader), à la disposition des lecteurs.
Trois d’entre eux ont été réédités par la Bibliothèque malgache électronique (et gratuite) :
  •      Paul d’Ivoi. Le sergent Simplet à travers les colonies (1895)
  •          Adolphe Badin. Une famille parisienne à Madagascar avant et après l’expédition (1897)
  •          Léo Dex et M. Dibos. À travers Madagascar insurgée 1901)


Le roman d’Adolphe Badin existe aussi sous forme de livre papier, à commander chez Lulu (199 pages, 14,71 € + frais de port).
Celui de Léon Dex et M. Dibos est disponible sous la même forme chez Lulu (228 pages, 14,96 € + frais de port) ainsi que dans les principales librairies de Madagascar avec les illustrations reprises de l’édition originale (environ 40 000 Ariary).



Deux autres romans sont repris des numérisations de qualité très moyenne effectuées par la Bibliothèque Nationale de France :
  • Eugène Parès. Une famille française à Madagascar (1901)
  • Louis Boussenard. Voyages et aventures de Mademoiselle Friquette (1898), sous la forme du feuilleton paru en 1896 et 1897 dans le Journal des voyages et des aventures de terre et de mer
Enfin, un dernier titre est resté inaccessible :
  • Jean Drault. Chapuzot à Madagascar (1896)
Le "pack" des cinq livres est téléchargeable gratuitement sous la forme d'un fichier ZIP de 24,1 Mo.

Bonnes lectures.

17 février 2013

Il y a 100 ans : Faits divers


Le 18 février jour de fête

À l’occasion de l’entrée en fonctions de M. Poincaré, comme Président de la République, Monsieur le Gouverneur Général de Madagascar et Dépendances, a décidé que les bureaux, écoles, magasins, chantiers et ateliers de la Colonie seront fermés pendant la journée du 18 courant.
De plus les établissements publics seront pavoisés et illuminée.
(Communiqué.)

Le Président du Tribunal de Majunga

Par arrêté du 30 janvier dernier, M. Roul de la Hellière, procureur de la République à Diégo-Suarez, a été nommé, provisoirement, juge-président du Tribunal de 1re instance à Majunga.
Magistrat pondéré, M. de la Hellière n’a laissé que d’excellents souvenirs à Tamatave qu’il a habité longtemps, et où nous serions heureux de le voir revenir.

Jugement réformé

M. Albert Comty ayant fait appel d’un jugement rendu contre lui par le Tribunal Correctionnel de Tamatave, a été acquitté par la Cour d’appel à la date du 13 courant.

Les courses

La Société d’encouragement pour l’amélioration des races de chevaux à Madagascar prépare une réunion de courses pour le 8 mars prochain, à l’occasion de l’inauguration du chemin de fer.

Deux nouveaux cyclones au large de Madagascar

Nos lecteurs se souviennent du cyclone du 24 novembre qui désola le nord de Madagascar. Au mois de janvier deux autres cyclones ont sévi dans l’Océan Indien. En voici les parcours :
1er cyclone : il a passé le 9 non loin de Mayotte, le 10 au sud-ouest de cette île dans le canal de Mozambique et longeait la côte de Morondava. Enfin le 13 il passait au sud de Fort-Dauphin.
2e cyclone : celui-ci passa le 12 au nord de la Réunion, puis il tourna l’île dans la direction du nord-ouest entre la Réunion et Mananjary, mais plus près de la Réunion, enfin passa le 14 au sud de la Réunion.
Ces deux cyclones simultanés ont amené à Tananarive une grande quantité de pluie.
Du 8 au 14 janvier on a compté à l’Observatoire d’Ambohidempona 276 millimètres d’eau.

Le Tamatave

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Février 1913.
(A paraître dans quelques jours)
Janvier 1913 est disponible :
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15 février 2013

Il y a 100 ans : Une heureuse mesure


De la Tribune :
Les parents européens de Tananarive sont dans la joie. Un décret, publié dans le dernier numéro de l’Officiel de la Colonie, donne satisfaction à l’un de leurs plus vifs et plus légitimes désirs.
Depuis plusieurs années déjà, ils demandaient à ce que leurs enfants, après avoir suivi les cours réguliers du collège de Tananarive et franchi les différents degrés de l’enseignement secondaire, puissent obtenir sur place, sans être obligés d’effectuer le voyage, long et onéreux, de Madagascar à la Réunion, un diplôme de fins d’études correspondant au baccalauréat de nos Facultés de France.
Ce vœu était d’autant plus légitime que le niveau des éludes au collège de Tananarive était, d’année en année, plus élevé. Les élèves arrivés à la classe préparatoire au baccalauréat se trouvaient en général dans d’excellentes dispositions et munis d’une culture parfois supérieure à celle de la plupart des élèves de nos lycées et collèges de France.
Malheureusement, les frais à faire pour s’en aller chercher à la Réunion la consécration officielle étaient considérables et jusqu’à présent, beaucoup de parents – colons principalement – hésitaient à les engager ou parfois même se trouvaient dans l’impossibilité absolue de le faire. Il en résultait que des jeunes gens, intelligents et instruits, ne pouvaient obtenir le diplôme grâce auquel ils auraient obtenu, dans la colonie, une situation en rapport avec leur savoir.
Le nouveau décret, en instituant à Madagascar un brevet de capacité correspondant au baccalauréat, met fin à cette situation regrettable et ouvre largement la voie des études supérieures à toutes les intelligences et à toutes les activités.
Le jury chargé d’examiner les candidats présentera les mêmes conditions d’indépendance et de savoir que les jurys d’examen métropolitains. Les membres seront, en effet, choisis parmi les professeurs titulaires du collège, dont chacun connaît, à Tananarive, la science et les qualités pédagogiques, parmi les fonctionnaires civils, licenciés ès-lettres ou ès-sciences, enfin, parmi les docteurs en médecine et les élèves des grandes écoles.
L’éclectisme de ce choix constituera la meilleure des conditions d’impartialité et les candidats reçus auront pleinement mérité le diplôme qui leur sera délivré.
Comme en France, il y aura à Tananarive deux sessions d’examen : l’une à la clôture, l’autre au commencement de l’année scolaire. D’autre part, les jeunes gens munis du brevet de capacité pourront l’échanger contre le diplôme de bachelier de l’enseignement secondaire sous la condition d’acquitter, au compte du trésor public, les droits exigés en France des candidats au même titre. En plus, ils devront justifier qu’à l’époque où ils se sont présentés devant le jury d’examen colonial, ils résidaient depuis un an au moins à Madagascar ou encore qu’ils sont fils de fonctionnaires en exercice à Madagascar.
Le décret contient bien une pierre assez sérieuse d’achoppement, mais il est à penser que les Facultés de France useront rarement de la latitude qui leur est laissée.
Il est dit, en effet, dans le décret que la Faculté à laquelle le lauréat s’adressera pour l’échange des diplômes pourra, si elle juge les compositions insuffisantes, se refuser au dit échange. Dans ces conditions, le porteur du brevet de capacité devrait subir à nouveau, devant la Faculté métropolitaine, les épreuves du baccalauréat.
Nous avons la conviction que les Facultés de France n’useront pour ainsi dire jamais du droit qui leur est concédé par le décret.
Verbis.
Le Tamatave

Extrait de Madagascar il y a 100 ans. Février 1913.
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14 février 2013

Il y a 100 ans : Une défaite


On est officiel ou on ne l’est pas, la Tribune se sent atteinte chaque fois que nous touchons à l’un des oints de Micromégas. Il s’agissait en l’espèce du Chef de Service Régional, M. Martin, dont nous avions signalé l’une des petites manœuvres sournoises inspirées par le vieillard atrabilaire qui nous gouverne.
Et la Tribune y va de son petit couplet contre le prédécesseur de M. Picquié, l’homme qui eut le tort de déclarer la guerre aux missionnaires et flibustiers.
Elle entreprend de nous démontrer qu’à l’époque l’on ne se gênait pas plus que maintenant, et que tous les chefs du Service Régional se valent.
Ce n’est pas très fort, mais c’est toujours ça et, par les temps qui courent, on ne saurait se montrer bien difficile sur la morale officielle.
Donc en 1910, raconte la Tribune, un bailleur de fonds du Progrès (entre parenthèses, il ne l’est devenu que deux ans plus tard) eut l’idée d’acheter 4 pompes au Service du chemin de fer qui, ne trouvant plus à les utiliser, était bien aise de s’en débarrasser. Or, chose extrêmement grave, après les avoir achetées au service du chemin de fer, cet entrepreneur consentait à les louer au service Régional au prix de 3 francs par jour pour l’épuisement des eaux dans la construction d’une pile de pont de la Manandona.
M. Martin, qui a fouillé pour sa défense personnelle les archives de son service, fait une confusion voulue entre la date de l’achat, 1908, et celle de la construction de la fameuse pile, 1910.
Et cela lui permet de sous-entendre que son prédécesseur a fait preuve d’incurie ou de complaisance en laissant acheter par un particulier des pompes nécessaires au service deux ans plus tard !
Mais continuons : la location dura 341 jours, soit à raison de 3 fr. par jour la somme totale de 3 069 francs.
Ce prix de 3 fr. par jour était bien un prix doux, quoi qu’en dise notre confrère et la meilleure preuve en est que le Service du Chemin de fer avait précédemment fait aux entrepreneurs, et sur ses mêmes pompes, un prix de location de 4 francs, prix que logiquement le Service Régional eût dû payer au Service du Chemin de fer si celui-ci ne s’en était débarrassé.
Voilà donc un entrepreneur qui a eu le tort de demander 3 francs de location d’un outillage qui lui avait été précédemment loué à lui-même 4 francs, et un chef de service qui n’a su prévoir l’utilisation d’un matériel deux ans avant le commencement de l’entreprise !! C’est évidemment fort grave et l’on voit bien que les méninges du rédacteur occasionnel de la Tribune ne se ressentent d’aucune fatigue.
Cependant, une chose nous étonne : puisque le chapitre des économies administratives le touche à ce point, pourquoi n’avoir pas relevé le coûteux étalage de la publicité officielle faite dans la Tribune ? Ce serait assurément une économie de 600 francs par mois ; or, cette dépense somptuaire n’a d’excuse ni dans les travaux ni dans l’intérêt publics.
Qu’en pense le directeur de la Tribune ?
Le Progrès de Madagascar