28 mai 2016

Il y a 100 ans : Les Affaires (10)

(Suite.)
Le Président. — Il est évident que contre vous nous n’avons pas de preuves.
(Et on le détient quand même !!!)
P. Venance. — Il n’y en a qu’un seul que j’aurais pu voir, c’est Michel Randria. Il n’est pas venu me voir. Conclusion, j’ai subi 50 jours de détention sur des : on dit.
N’ayant rien fait, pas même une imprudence, je m’inscris en faux contre tout témoignage qui serait apporté ici.
Le Président. — Il a été dénoncé par de nombreux accusés, mais sans preuves.
Me Favre. — Alors, le P. Venance n’a pas fait de traité avec le Japon.
P. Venance. — Je crois avoir à attendre longtemps la réponse du Mikado.
Me Favre. — Est-ce que ce ne sont pas les grands-parents du Père Venance qui cédèrent Nosy-Bé à la France ?
P. Venance. — Mais oui, nous avons toujours été considérés comme citoyens français, ma famille figure dans des annuaires comme française.
Le Président. — Vous avez suivi la campagne du Mazava.
P. Venance. — Oui, je suivais la littérature malgache, j’ai dit que ce journal était le mieux rédigé des journaux malgaches.
On peut dire après tout que si j’ai excité les gens à la révolte, c’était à la révolte contre le diable.
Le Président. — Michel Randria vous a compté parmi les chefs.
P. Venance. — Pourquoi donc n’est-il pas venu me voir quand il est venu à Tananarive ?
Me Baudin. — Constatons que c’est lui qui accuse le P. Venance et que deux accusés ont déclaré que le nom des religieux avait servi à recruter.
P. Venance. — Je n’ai plus rien à dire, sinon que mes parents sont morts à 80 et 75 ans, notoirement fidèles à la France.
Le Président. — On vous confrontera avec ceux qui vous ont dénoncé.
Mes Favre et Baudin. — Pourquoi pas tout de suite avec ceux qui sont ici ?
Le Président. — Non, plus tard, quand les témoins seront entendus, je n’établirai pas un tour de faveur au Père Venance.
Me Baudin. — Ce ne serait pas un tour de faveur, M. le Président.
En fin d’audience, avant que ne commençât le défilé des témoins, le Frère Raphaël et le Père Venance, à la barre, virent défiler devant eux ceux qui les avaient dénoncés. Ci-après le résultat exact de ces confrontations.
(À suivre.)

Le Tamatave

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27 mai 2016

Il y a 100 ans : Les Affaires (9)

(Suite.)
Toutes ses réunions sont présidées par les Pères. À propos de mon livre, c’est un volume qui réunissait des articles déjà parus. Ce sont des nouvelles dans le genre de celles de Pierre l’Ermite, de la Croix. On peut examiner ce livre, on ne trouvera rien. Il a d’ailleurs été examiné et on n’a rien trouvé.
On ménagea alors un coup de théâtre. On fit appeler Ratsimiseta et on lui demanda si j’étais en rapport avec la V. V. S. Confrontation négative.
Faire partie d’une société secrète, moi ! Conspirer contre l’État ! J’ai affirmé énergiquement que c’était à ce moment seulement que je connaissais l’existence d’une société Vy, Vato, Sakelika.
Le Président. — Il est de notoriété, à Fianarantsoa ou Ambositra, que vous étiez chef.
— Comment, chef ! alors que je n’ai vu personne, c’est un peu fort.
Si c’eût été de notoriété publique, il n’eût pas manqué de catholiques qui auraient eu vent de l’affaire et seraient venus en parler à mes supérieurs.
Je nie formellement avoir eu connaissance d’une société secrète.
— Vous avez été dénoncé par tous, c’est tout ce que je puis vous dire.
— Mon nom est très répandu, on l’a mis en avant pour recruter des adhérents. Je répète que, jusqu’au 8 janvier, ayant été mis en cellule, j’ai ignoré l’existence de la société Vy, Vato, Sakelika.
Les débats ont été clos jeudi soir à 5 h. Toutefois le jugement ne sera rendu qu’aujourd’hui ou demain. Le Tribunal aura d’abord à se prononcer sur la question d’incompétence soulevée par Me Lacaille sur conclusions formelles auxquelles se sont ralliés tous ses confrères.
Nous avons donc la perspective d’en voir de belles.
Incident
Me Baudin. — Comment se fait-il que le Docteur Rasamimanana qui fut dénoncé comme le P. Venance ait été laissé en liberté ?
Le Président. — Nous n’avons à nous occuper que des inculpés ici présents.
Me Baudin. — Pardon, deux hommes sont en même situation, ils subissent deux traitements différents.
Le Président. — Je ne vous donnerai pas d’explication, vous n’avez pas à m’en demander.
Me Baudin. — J’en tirerai ailleurs telles conséquences que de droit.
Le Président. — Enfin, Père Venance, on vous a dénoncé.
P. Venance. — Pardon, quel est le témoin qui affirma que j’étais chef ? On a dit : Peut-être, on dit…
 (À suivre.)

Le Tamatave

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23 mai 2016

Il y a 100 ans : Les Affaires (8)

(Suite.)
Là, on me demanda si je savais pourquoi j’étais arrêté.
Je répondis que non.
On me l’expliqua, je tombai des nues. Comment ! moi, ancien citoyen français, élevé par les Français, ayant fait toutes mes études françaises, moi que le gouvernement hova expulsa, j’aurais travaillé à restaurer un gouvernement qui m’avait mis dehors.
Tous mes faits et gestes ont été contrôlés par mes supérieurs qui ont été les témoins de mes actes.
On me mit en cellule.
Au commencement de janvier, j’ai été, comme les autres, appelé à Ambatovinaky devant le juge d’instruction.
« De qui est cette lettre, me dit-il. – C’était une lettre de mon frère, chef de gare à Mahatsara. – Que signifient ces expressions : Bénie soit ta bouche pour ce que tu m’annonces ? – Il s’agissait d’un avancement promis par son patron. »
Cette explication ne parut pas rassurer le magistrat. Quelques jours après, le juge d’instruction me fit savoir qu’il y avait une légère différence entre mon frère et moi. Dans la suite, on n’a pas insisté.
La deuxième lettre était la lettre du frère Jullien. Je n’ai plus à en parler, l’incident est clos. On me montra ensuite un carnet sur lequel il y avait des mots comme ceux-ci : Incendie, concession, côte. J’ai répondu qu’à mon dernier voyage en Belgique, je cherchais des fonds pour la mission, j’ai donné des conférences à Liège, Anvers, Arlon. J’avais pris quelques notes.
On me montra ensuite une pièce constatant que j’étais abonné au Mavaza. Sur ce point voici mon explication. Un numéro était tombé entre les mains de notre évêque ; il contenait des explications sur des proverbes malgaches.
Monseigneur me dit : « Je vais prendre un abonnement, cela pourra servir. » Un Père, en effet, achève un fort volume où un grand nombre de proverbes malgaches sont recueillis et commentés.
À propos de ce journal, j’ai fait remarquer qu’il était le mieux rédigé.
On me parla aussi de la Société Ste Cécile. Ce n’est pas une société, mais un simple patronage, groupe affilié à une société autorisée par M. le Gouverneur Général. Ce qui intrigua, c’étaient des initiales figurant sur les papiers. Elles signifiaient : garde générale du Sacré-Cœur. Cette association a été autorisée sous la surveillance des curés.
 (À suivre.)

Le Tamatave

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22 mai 2016

Il y a 100 ans : Les Affaires (7)

(Suite.)
Enfin les débats de cette Grrrrande affaire touchent à leur fin, sans qu’aucune lumière nouvelle, aucune clarté convaincante n’y ait été apportée, malgré tout le mal que s’est donné le Président du Tribunal.
À cette heure la sentence doit être rendue. Par conséquent nous pouvons d’ores et déjà exprimer notre pensée sans crainte de pouvoir être accusés d’avoir voulu influencer le Tribunal.
Eh bien ! après une instruction mal faite et incomplète, les débats ont démontré, chez ceux qui les ont dirigés, un parti pris, disons le mot, un sectarisme mal déguisé.
Comme preuve, nous donnons ci-après l’interrogatoire du P. Venance, qui édifiera nos lecteurs.
P. Venance Manifatra
Le Président. — Vous voilà devant le Tribunal, vous êtes accusé d’excitation à la révolte en vue de renverser le Gouvernement au profit d’un autre gouvernement dont vous auriez été l’un des chefs, le roi peut-être.
Le P. Venance. — Je suis né à Nosy-Bé, près de Hell-Ville, le 18 mai 1862. Depuis l’âge de raison, j’ai été élevé par des missionnaires français.
À 15 ans, j’étais à Tananarive où je fis mes études de latin et de grec. Je partis ensuite pour Bordeaux où je fus envoyé au collège Tivoli. En 1886, je suis revenu à Madagascar avec Mgr Cazet, je me suis mis aussitôt aux ordres de mes supérieurs qui me chargèrent d’élever la jeunesse. Je suis resté onze années au collège. Un certain nombre de mes élèves firent bonne figure dans l’administration.
En 1900, je retournai en Europe pour achever mes études théologiques, je restai 7 années en Espagne.
En 1913 [vers 1908 ?], je revins à Madagascar où je repris l’enseignement.
Je retournai en Europe, en Belgique, où je continuai mes travaux. Enfin, en 1902 [1912 ?], je revins exercer le ministère apostolique, ayant été ordonné prêtre.
Je suis très connu à Madagascar, j’ai beaucoup de relations, je ne suis pas étonné que mon nom ait une certaine valeur.
La veille de Noël, je venais d’exercer mon ministère. On me prévint que Mgr de Saunes me demandait. Chez mon évêque, je trouvai le Commissaire de police qui m’informa du double mandat dont il était porteur, mandat de perquisition, mandat d’arrestation.
On perquisitionna chez moi et on me conduisit à Antanimora.
(À suivre.)

Le Tamatave

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21 mai 2016

Il y a 100 ans : Les Affaires (6)

(Suite.)
Je ne sais s’ils étaient sanguinaires, mais ils étaient audacieux, puisque dans l’école, ils publiaient un journal clandestin dont nous publierons, en temps opportun, quelques échantillons.
On avouera que c’est tout de même un peu raide.
Nous devons signaler qu’au cours de ces dépositions, on a été amené à faire certaines constatations fâcheuses, armes faciles fournies à la défense.
Par exemple, à propos d’un des témoins entendus à Fianar, le juge d’instruction inscrit sur la feuille d’interrogation : Même déposition qu’un tel, alors que cette déposition diffère très sensiblement de celle à laquelle on convie le juge à se reporter.
C’est plus qu’une négligence, c’est une faute. Les réponses eussent-elles été absolument conformes qu’il eût fallu les consigner intégralement et les faire signer, après lecture, par l’intéressé.
Il en est d’autres que nous pourrions signaler. Ces lacunes ne sont point faites pour faciliter la tâche du directeur des débats.
D’autre part, et ce nous est un regret d’avoir à le signaler ici, il nous semble que certains inculpés pourraient avoir une attitude plus réservée que celle constatée par nous à certains moments.
Alors même que des témoins n’incitent pas à la gravité, il ne leur appartient pas de se laisser aller à une hilarité qui n’est point de mise.
Quelle que soit leur situation, qu’ils ne perdent pas de vue que l’affaire à laquelle ils sont mêlés est profondément affligeante. Pour rester dans la vérité, il faut dire que nombre d’entre eux conservent une attitude parfaitement correcte, que tous les auteurs devraient bien imiter.
L’audition des témoins continue.
Y aura-t-il quelque incident caractéristique ? Les uns disent non, d’autres oui. Nous avouons être de l’avis de ces derniers. Mais qu’y aura-t-il ?
C’est ce que nous saurons, à n’en pas douter, lorsque, aux accusés, le Président demandera s’ils n’ont rien à ajouter pour leur défense, à moins qu’auparavant, spontanément, quelque manifestation ne se produise, ce qui est parfaitement possible.
De la Tribune.
 (À suivre.)

Le Tamatave

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17 mai 2016

Il y a 100 ans : Les Affaires (5)

(Suite.)
Après la lecture de ce document, le Président fit appel à l’auditoire européen, l’invitant à ne manifester ni dans un sens ni dans un autre.
C’est donc contre les avocats-défenseurs des accusés que ces manifestations ont eu lieu, et ce sont des Européens qui en sont les auteurs.
Lundi, les témoins ont commencé à défiler. Ce ne sont pas des témoins, dit la défense, mais des co-accusés, du compartiment inférieur ajouterons-nous. C’est entendu, dit l’accusation, mais nous recueillerons leurs dires et en tirerons toutes conclusions utiles.
Les premiers, Rajohnson et Randrianasy, ont parlé de révolte, d’armes, de munitions, de Japonais, d’Américains et de beaucoup de choses qui soulevèrent les protestations de Ravelonahary et de Raboanary, particulièrement visés dans ces dépositions.
Accusations, démentis, sottises, tout cela s’entrecroisa pendant un certain temps. « Mon cher ami, dit Raboanary à Randrianasy, tu auras beau faire et nous accuser, tu ne t’en tireras pas. » Et le cher ami de taper dur sur Ravelonahiny, à sa droite, et sur Raboanary, à sa gauche.
Puis, on entendit Ramaroson, Rajoefara, le planton du Tribunal de Fianarantsoa, qui, lui aussi, eut maille à partir avec les mêmes, Ravelonahiny et Raboanary. Puis, Raharison, tailleur aussi insignifiant que possible, c’est un Sakelika pourtant, mais celui-là ne dit pas qu’on le menaça de mort s’il n’adhérait pas tout de suite à la société. D’autres, paraît-il, auraient été menacés (nous n’affirmons rien, nous ne disons que ce qui a été déclaré à l’audience). Voici Rabehasy, instituteur, qui était de la société secrète, mais qui eut des ennuis parce que cette société était secrète, qu’il fallait obéir aveuglément à des chefs inconnus…
Voici… Ah ! cela est plus grave ! S’il est vrai que la vérité sort de la bouche des enfants, ils nous en ont appris de belles. Lisez plutôt : « La société était anti-française. Le 31 décembre, on devait donner à chacun sa consigne et leur faire connaître le Vazaha qui serait confié à leurs soins… » Bref, Randriamanantoanino et Razafindrazaka, élèves de l’école d’Ambohijatovo, répétèrent tant de choses entendues, que le Président ne put s’empêcher de dire : « Ils étaient sanguinaires, les élèves de cette école ! »
(À suivre.)

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14 mai 2016

Il y a 100 ans : Les Affaires (4)

(Suite.)
Qu’en présence des constatations de ce matin, il serait contraire à toute équité et même à toute justice de le maintenir en prévention, alors que le motif de cette prévention a disparu.
Que, dans les circonstances présentes, il importe au plus haut point qu’aucune décision ne s’écarte des principes supérieurs au respect desquels le Tribunal entend rappeler les accusés.
C’est pourquoi ils vous prient, Messieurs, qu’il vous plaise ordonner la mise en liberté provisoire de Frère Jullien, de la Doctrine Chrétienne, accusé de participation à un complot contre la sûreté de l’État et dont l’innocence a été reconnue.
Et ce sera justice.
Le Tribunal en donne acte, et en fin d’audience il a rendu un jugement accordant la liberté provisoire du Frère Jullien.
L’audience du mercredi soir, c’est-à-dire la huitième audience, s’est terminée sur un incident qui ne fut pas sans causer une très vive émotion. Robin, Ravoangy, Randrimaheta, Ravelonahina furent aux prises et se lancèrent à la tête accusations et démentis.
Sauf erreur, aujourd’hui ou demain, nous pourrons voir se produire quelque coup de théâtre précis.
L’assistance était, hier après-midi, considérable.
L’audience fut levée à 17 h. 30.
Document
Au début de l’audience du 3 février, le Président lut la lettre suivante que lui adressèrent les avocats-défenseurs :
Monsieur le Président,
Nous avons appris de source sûre que des manifestations plus graves que les précédentes doivent avoir lieu aux prochaines audiences du Tribunal que vous présidez. Si ces faits se produisent, nous sommes décidés à requérir qu’il soit immédiatement dressé procès-verbal contre leurs auteurs quels qu’ils soient. Dans le cas, évidemment pas probable, où il ne serait pas fait droit à nos réquisitions, nous nous verrions obligés de quitter la salle d’audience. Ce ne serait pas sans regret que nous prendrions cette détermination, dont les graves conséquences ne sauraient vous échapper. Mais nous avons le devoir de défendre par les moyens dont nous disposons non seulement notre dignité, mais encore et surtout un des droits les plus sacrés que les nations civilisées s’honorent de respecter, celui de la défense de tout accusé devant la justice criminelle.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de nos sentiments dévoués.
 (À suivre.)

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13 mai 2016

Il y a 100 ans : Les Affaires (3)

(Suite.)
La séance prenait fin sur une embrassade générale et des serrements de main.
Les affiliés se dispersaient un par un, observant la même prudence qu’à l’arrivée.
À l’extérieur, les affiliés avaient un signe de reconnaissance, ils déboutonnaient leurs vestons et les reboutonnaient.
Ceux qui portaient le lamba l’écartaient de leurs épaules et le rejetaient négligemment.
Les sections n’étaient pas en relation les unes avec les autres et les affiliés étaient avisés par leurs chefs directs qu’ils ne verraient jamais. On se bornait à leur donner des noms ; les affiliés devaient donc croire sans voir.
D’après certains documents, certaines pièces, la Grande Puissance de cette association, celui qui personnifiait le Grand Chef, devait, au moment de l’action (!), se présenter aux yeux du peuple ébloui, porteur d’un énorme bracelet d’or et une plaque de même métal suspendue par une chaîne d’or.
Les affiliés, ajouterons-nous, correspondaient entre eux à l’aide d’un système assez bien imaginé, combinaisons de l’alphabet.
Jusqu’à la troisième audience, les interrogatoires des inculpés se suivent, identiques peut-on dire, d’une façon monotone.
Au cours de cette troisième audience, MMes Favre et Baudin demandent la liberté provisoire du Frère Jullien, contre qui n’est relevée aucune charge. Le Tribunal la refuse.
Alors, au début de la quatrième audience, MMes Favre et Baudin ont présenté au Tribunal la requête suivante :
Requête
À Messieurs le Président et Membres du Tribunal du 2e degré, siégeant au criminel.
Les soussignés ont l’honneur de vous exposer :
Que ce matin, à l’audience, il a été constaté que le Frère Jullien n’était point coupable de l’accusation qui pesait sur lui.
Que si, dans la lettre dont il est l’auteur, il existe des expressions blessantes pour des missionnaires, ces expressions ne pourraient constituer que des injures pour lesquelles le Frère Jullien n’est pas poursuivi, que, au surplus, le délit d’injures, existât-il, il ne serait passible que d’une peine légère, de beaucoup inférieure à la longue prévention qu’il a subie et en tout cas depuis longtemps prescrite.
 (À suivre.)

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7 mai 2016

Il y a 100 ans : Les Affaires (2)

(Suite.)
L’initiateur s’approchait du postulant et prononçait les sept serments qu’il devait répéter.
1° Devant Dieu, les ancêtres, les assistants et les quatre objets sacrés (arme, sang, terre, étoffe), je m’engage à aimer mon pays (Madagascar) par-dessus tout ce que j’ai de plus cher ici-bas (femme, enfants, fortune et amis) et à me révolter contre les Français.
2° Devant Dieu, les ancêtres, les assistants et les quatre objets sacrés (arme, sang, terre, étoffe), je m’engage à m’enrôler comme soldat pour la défense de la Patrie.
3° Devant Dieu, les ancêtres, les assistants et les quatre objets sacrés (arme, sang, terre, étoffe), je jure d’obéir aveuglément aux ordres des chefs.
4° Devant Dieu, les ancêtres, les assistants et les quatre objets sacrés (arme, sang, terre, étoffe), je m’engage à faire de la propagande et à répandre ces principes par tous les moyens en mon pouvoir.
5° Devant Dieu, les ancêtres, les assistants et les quatre objets sacrés, je m’engage à aimer tous les Malgaches sans distinction de race, à les secourir, s’ils sont dans le besoin, suivant ma fortune et mes moyens.
6° Devant Dieu, les ancêtres, les assistants et les quatre objets sacrés, je m’engage à prier Dieu au moins une fois par jour, pour le succès de l’entreprise.
7° Devant Dieu, les ancêtres, les assistants et les quatre objets sacrés, je m’engage à ne dénoncer aucun affilié et supporter le martyre plutôt que de parler. Si je viole mes serments, j’accepte d’être tué, que la terre s’entrouvre pour m’engloutir ainsi que mes descendants.
L’officiant, ces serments une fois prêtés par le nouvel adepte, trace sur le front de celui-ci les lettres symboliques V. V. S. en prononçant ces paroles : « Devant Dieu et la Société, je vous fais membre de la Société secrète. » Ceci fait, tous les assistants posent la main sur la tête du néophyte et les membres présidant la cérémonie entament une courte prière, en l’occurrence celle-ci : « Ô mon Dieu, voici un tel… qui aime sa Patrie, qui aime les Malgaches ses compatriotes, qui repoussera les Vazaha qui nous piétinent ; délivrez-nous du joug des Français qui ne nous conduisent pas dans la voie de la civilisation. Ô ancêtres, assistez-le, donnez-lui la paix s’il tient ses promesses et le malheur s’il trahit. »
 (À suivre.)

Le Tamatave

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6 mai 2016

Il y a 100 ans : Les Affaires (1)

Après la lecture de ce lumineux exposé, il est procédé à l’interrogatoire des prévenus ; nous ne donnerons de leurs déclarations que ce qui peut offrir quelque intérêt pour l’éclaircissement de l’affaire, en les résumant car elles se répètent toutes à peu de choses près. Les donner chacune à part, in extenso, serait d’une monotonie que nous voulons éviter à nos lecteurs.
De l’ensemble des déclarations reçues, il apparaît d’abord que l’initiation des adeptes avait lieu de la façon suivante :
Affiliation
Lorsqu’un indigène avait accepté de faire partie de la société secrète, il était convié, peu après, à assister à la réunion de la section à laquelle il allait appartenir.
Les réunions de ces sections s’ignorant entre elles, se tenaient rarement plusieurs fois de suite au même lieu. À Tananarive, on cite le quartier d’Anjohy, la rue Galliéni, les environs de Mahamasina, enfin, pour certaines sections, les dépendances de l’École de Médecine.
Les affiliés arrivaient, à l’heure fixée, les uns après les autres, évitant ainsi d’attirer l’attention des gens curieux et par suite des soupçons.
La séance ouverte, le néophyte se mettait à genoux la face tournée vers l’Est (Zorofirarazana).
Devant lui, sur une chaise, étaient placés trois objets :
Une hache ou toute autre arme tranchante ;
Un récipient contenant un peu de terre ;
Une soucoupe où avait été recueilli du sang provenant d’un volatile fraîchement tué.
Dans le Sud, à Fianarantsoa, à côté de ces trois objets figurait un morceau d’étoffe noire sur lequel était appliquée une croix blanche.
On donna de ces objets les significations suivantes : l’arme indiquait que l’affilié était prêt à donner sa vie pour la Patrie ; la terre, c’était le sol malgache ; la présence du sang signifiait que l’initié était prêt à verser son sang pour la Patrie ; enfin, l’étoffe noire synthétisait le deuil dans lequel se trouve plongée la Grande Île depuis l’occupation française.
« Nous verrons dans la suite si d’autres significations ne sont pas données à ces accessoires. »
(À suivre.)

Le Tamatave

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25 avril 2016

Il y a 100 ans : On plantera des niaoulis à Madagascar

Dernièrement, nous avons parlé des vertus antiseptiques et antimicrobiennes de la variété d’eucalyptus niaouli, spéciale à la Nouvelle-Calédonie.
Son action bienfaisante est d’autant plus indéniable qu’aux Nouvelles-Hébrides, les îles de Mallicollo et de Spiritu-Santo sont des centres fiévreux permanents ; à telle enseigne qu’une compagnie d’occupation envoyée par le gouvernement français dans la première de ces îles dut abandonner son poste au bout d’un mois, avec son effectif presque entièrement décimé par les miasmes paludéens. Or, bien que dépendances géographies et voisines de la Nouvelle-Calédonie, les Nouvelles-Hébrides n’ont pas le niaouli.
Mieux encore : la Nouvelle-Calédonie a des marais et des moustiques ; jamais, grâce à ses forêts de niaoulis, elle n’a connu les fièvres paludéennes, même parmi les agglomérations d’ouvriers travaillant aux travaux miniers ou à la construction des voies ferrées ; les malades des Nouvelles-Hébrides n’ignorent pas cette immunité, puisqu’ils viennent y refaire leur sang anémié.
On pourrait en dire autant des îles Loyalty : Maré et Lifou, au sud, ont le niaouli qui les exempte de la fièvre : Ouvéa, au nord, n’a pas le niaouli, mais en revanche, elle connaît le paludisme.
Il est donc fortement question de reboiser une partie des terrains dénudés de Madagascar, notamment les Hauts Plateaux, privés de l’humidité que l’arbre seul peut leur donner, en arrêtant le lavage du sol et en se dépouillant de ses feuilles pour former l’humus.
Mais nos confrères de la Grande Île mènent une campagne pour qu’on choisisse un peu plus rationnellement qu’on ne l’a fait jusqu’ici, les essences d’arbres destinés à reconstituer la forêt malgache. Oui, le reboisement s’impose, surtout dans les régions arides, desséchées par un soleil ardent qui stérilise chaque jour un peu plus un sol dur et calciné.
Et puisque le niaouli a fait ses preuves en tant qu’antifiévreux, notre confrère le Tamatave demande qu’on voie se multiplier au plus tôt les bosquets, les bordures et les digues de niaoulis, dont les feuilles, tombant à terre et se décomposant au contact de l’humus, dégageront leur huile essentielle, qu’entraîneront les pluies jusqu’aux bas-fonds marécageux où elle viendra tuer les miasmes paludéens.

Le Courrier colonial

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 48 titres parus à ce jour.

22 avril 2016

Il y a 100 ans : La défense nationale a besoin de graphite

Télégramme officiel n° 204
Tananarive, le 29 janvier 1916.
Gouverneur Général à Présidents Chambres Consultatives.
Besoins graphite pour défense nationale devenant de plus en plus pressants vous fais connaître que ce produit à destination Métropole recevra désormais priorité absolue à l’embarquement sur tous autres chargements je vous serais obligé en aviser intéressés de votre région et en même temps faire appel leur activité pour développement intensif production graphite.
Garbit.
Nous recevons à ce sujet la lettre suivante :
L’administration nous la baille belle et elle ne pouvait agir plus ironiquement à notre égard, en faisant appel, d’un côté, à notre activité pour le développement intensif de la production du graphite, et de l’autre en nous retirant le moyen d’obtenir ce développement de production, c’est-à-dire la main d’œuvre.
Alors que dans certaines provinces, telle celle de Vatomandry, les instructions de M. le Gouverneur Général sur les Tavy sont strictement observées, dans d’autres au contraire, telle une partie de la province de Tamatave, ces instructions sont scandaleusement méconnues. Là, les travailleurs sont tous partis aux tavy, brûlant des montagnes entières de forêts et laissant les chantiers déserts.

Objet trouvé

Une broche trouvée sur la voie publique a été déposée aux épaves du Commissariat de Police.
Le Tamatave

Les Chinois continuent à envahir la Grande Île

Madagascar est condamnée à l’immigration chinoise.
En vain, le gouverneur général prend des arrêtés pour expulser ces indésirables ; il y en aura toujours. Le mois dernier encore, quatorze célestiaux sont débarqués à Tamatave, amenés par un bateau qui venait de Maurice.
Les colons pensent avec raison que, si l’on accepte les Chinois des îles voisines, ce n’est vraiment pas la peine de se débarrasser des autres ; ces derniers, au moins, sont connus et plus faciles à surveiller.

Un contingent à Diégo-Suarez

On doit répartir, dans les différents casernements de Diégo-Suarez, un contingent d’Annamites, engagés volontaires.
Ce contingent ne comprend pas moins de 5 000 hommes.

Le Courrier colonial

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20 avril 2016

Il y a 100 ans : Les Affaires (3)

(Suite et fin.)
De là les ordres d’arrestation immédiats et simultanés tant à Tananarive qu’à Fianarantsoa et dans divers autres centres et la divulgation qui s’en suivit de cette affaire qui ne fut d’ailleurs apprise du public, avec une immense stupéfaction, que plusieurs jours après les arrestations dont la plupart, opérées discrètement, passèrent inaperçues.
Conçue sans statuts, cette Société dénommée : Vy vato sakelika (association forte et dure comme pierre et fer) qui avait un foyer initial au chef-lieu même de la Colonie, recrutait plus particulièrement ses adeptes parmi les individualités propres, de par leur situation personnelle, à rendre des services effectifs. Elles étaient reçues selon des cérémonies rituelles rappelant quelque peu celle de l’ancien Fatidra local.
Destinée à préparer le cœur et l’esprit des indigènes dans une seule et même idée d’indépendance et de rétablissement d’un nouveau Gouvernement malgache, cette société secrète dont l’appellation se traduisait par les lettres symboliques : V. V. S. était divisée en sections composées de moins de 20 membres et dirigées par un chef ou plutôt trésorier, chargé pour les besoins financiers futurs de recueillir 1 % des revenus, des émoluments ou des salaires de chaque membre.
L’initiation ou consécration pouvait s’effectuer en vue du développement intensif de l’association, en présence seulement de quelques membres ou même d’un seul sans que la présence d’un dignitaire à cette cérémonie fût essentielle.
Des sept serments à caractère tendancieux que prononçait l’adepte et de la prière qui s’en suivait, il se dégage nettement que celui-ci s’engageait sans réserves à poursuivre le soulèvement contre l’oppresseur, en l’espèce la France.
Se reconnaissant à des signes distinctifs, pénétrés de leur mission, les premiers membres de la « V. V. S. » ne tardèrent pas à développer, soit dans des réunions, soit par des kabary appropriés, où renaissait l’amour de la patrie, l’extension de cette société et à lui créer des ramifications qui au cours de ces derniers mois s’étendirent dans presque tous les grands centres de la Colonie.
C’est au moment où la France traverse une période difficile que la Justice est appelée à examiner la participation à ces événements de chacun des 41 indigènes déférés devant la Juridiction de céans.

Le Tamatave

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19 avril 2016

Il y a 100 ans : Les Affaires (2)

(Suite.)
Mais avant de procéder aux interrogatoires, M. le Président donne lecture de l’exposé ci-après, écouté dans le plus grand silence.
Exposé
Pour permettre à l’auditoire de suivre les débats qui vont s’ouvrir, il va être fait un exposé retraçant brièvement la genèse de l’affaire dite « Provocation à la révolte », sur laquelle le Tribunal du 2e degré de la province est appelé à statuer.
En septembre et octobre de l’année 1915, le Gouvernement de la Colonie, ainsi que l’Administration Provinciale, étaient avisés de l’existence d’une Société secrète en formation par des indigènes qui avaient été sollicités d’en faire partie et qui avaient cru devoir loyalement prévenir le Gouvernement. Les noms des principaux militants étaient notoirement connus et les renseignements recueillis de divers côtés en se recoupant avaient mis nettement l’Administration supérieure sur la trace du projet de complot, qu’elle se proposait d’éventer au moment propice lorsque les fils et ramifications auraient été déterminés avec précision. Mais les précautions prises par les affiliés qui ne se réunissaient jamais au même endroit ne permirent pas, malgré toutes les dispositions prises, de recueillir des preuves suffisantes du but que les membres de cette Association poursuivaient. La surveillance étroite exercée autour d’elle n’en fut que plus active et rétrécissait déjà le cycle de ses recherches, lorsque subitement, vers fin décembre, un indigène d’une province de l’intérieur sollicité et pressé d’entrer dans cette Société secrète se décidait, spontanément par un loyalisme exemplaire, à signaler les menées subversives dont il était l’objet et à faire des révélations détaillées.
Dès lors, la trame tissée patiemment par certains indigènes, désireux de recouvrer, pour des raisons que les débats mettront probablement en relief, l’indépendance d’une Nation malgache formée de l’unité de toutes les races de la Grande Île, était percée à jour.
Les arrestations faites à Ambalavao fin décembre obligèrent l’Administration à précipiter les événements, car dès ce moment les affiliés voyant leur Société découverte pouvaient se concerter pour égarer les investigations de la justice et faire disparaître certains éléments de culpabilité.
 (À suivre.)

Le Tamatave

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13 avril 2016

Il y a 100 ans : Les Affaires (1)

C’est dans la grande salle du palais de l’ex-premier ministre à Tananarive que siège le Tribunal qui doit juger ces affaires.
41 prévenus, tous indigènes, sont au banc des accusés :
Rajaobelina, commerçant.
Ravolohina, publiciste rédacteur du Fitarikandro.
Raboanary, ex-employé au Comptoir National d’Escompte.
Randretsa, tailleur lettré.
Ranaivojaona, commerçant, lettré.
Randrianaly, commerçant failli.
Ramanitra, receveur des autos.
Ramandriamanana, clerc d’avoué.
Randria Michel, médecin.
Rajoanah, Commis des Travaux Publics.
Ranjavola, Instituteur de la Mission Protestante Française.
Raharison, ancien Adjudant de la Garde Indigène.
Jullien, Frère de la Mission Catholique.
Ces treize premiers accusés ont comme circonscription d’origine Fianarantsoa.
Ratsimiseta, Rédacteur en chef du journal Le Fitarikandro.
Ramaolimiaso, Chef de Station du T. C. E.
Razafimbada, écrivain interprète des Affaires Civiles.
Rabemalanto, employé de commerce (Maison Gros et Darrieux).
Razafindrabeso, employé de commerce (Maison Gros et darrieux), déjà condamné, fut de ceux des indigènes exilés avec Ralambo au début de la déclaration de guerre.
Razaka, tailleur.
Rajaonera Samuel, commerçant.
Razafimahefa Louis, étudiant en médecine à Tananarive.
Ces neuf accusés ayant comme circonscription d’origine Tananarive.
Ratantely, menuisier.
Ramilijaona, photographe.
Jafetra Samuel, photographe domicilié à Tamatave.
Randriajafitrimo, journaliste, rédacteur en chef du Loharano.
Ramaromisa, instituteur à la Mission Protestante Française.
Rajoanarivo, Médecin de l’A. M. I.
Raphaël Raboto, Médecin de l’A. M. I.
Rason, étudiant en médecine.
Ratsimbazafy, étudiant en médecine.
Bonifasy Ramasy, étudiant en médecine.
Ivavoangy, étudiant en médecine.
Robin Joseph, étudiant en médecine.
Raphaël, Frère des Écoles Chrétiennes.
Venance, Père de la Mission Catholique.
Randriamahefy, Comptable à Tananarive.
Ravelojaona, Pasteur et Instituteur.
Razafimahefa, Maître d’École.
Rabary, Pasteur de la Mission Protestante Française.
(À suivre.)

Le Tamatave

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