23 octobre 2014

Shenaz Patel à Madagascar

La Mauricienne Shenaz Patel a publié, cette année, Paradis Blues, un texte bref et percutant. Elle est surtout connue pour son roman, Le silence des Chagos, paru en 2005. On ne peut évidemment la réduire à ces deux livres et une occasion est donnée aux Tananariviens (ou aux curieux de passage) de la découvrir mieux ce samedi 25 octobre à 10 heures à l'Institut français de Madagascar lors d'une rencontre animée par Magali Marson. En attendant ce rendez-vous, et en guise de préparation, quelques mots sur les deux ouvrages cités...



Parmi les épisodes silencieux de l’histoire des hommes, ces épisodes dont on ne parle guère et qui font à peine la matière de quelques notes en bas de page dans de rares livres, le destin des anciens habitants de Diego Garcia mériterait une attention plus soutenue.
Dans les années 1960, l’île Maurice, jusqu’alors possession britannique avec quelques autres îles de l’océan Indien, dont Diego Garcia (pourtant située à 2000 kilomètres de Maurice), dans l’archipel des Chagos, se préparait à l’indépendance. Les Américains passèrent un accord avec les futurs ex-propriétaires afin d’installer à Diego Garcia une base militaire qui a, depuis, beaucoup servi. Il y avait un problème : l’île n’était pas déserte et ses habitants encombraient. Problème résolu avec plus de volonté que de diplomatie : le dernier voyage du bateau qui ravitaillait les îliens servit à les éloigner d’un lieu destiné à un usage plus rationnel. Car, enfin, a-t-on idée de laisser prospérer, sur une petite terre dont la géopolitique a décidé de l’importance, une population qui pouvait se contenter de pêche et de cueillette pour vivre simplement ?
De cette déportation collective et pourtant contemporaine, la Mauricienne Shenaz Patel a fait un roman dans lequel les faits ne sont présents qu’en filigrane – mais sont présents, avec indignation. Elle s’attache plutôt à quelques figures dont elle retrace la déchéance imposée par les grands stratèges qui ne se soucient évidemment pas des individus. Parmi elles, Charlesia est une égarée, attachée au port où elle avait débarqué comme par un cordon dont elle seule ne sait pas qu’il est rompu depuis longtemps.
Le silence des Chagos enferme, dans de subtiles vibrations, tout ce qu’on ne dit pas, ou peu, sur le sujet. Traduit les colères rentrées et les désirs essoufflés. Le retour vers Diego Garcia est presque impossible, cela n’empêche pas d’y rêver encore et toujours. De faire vivre en soi le souvenir. Et peut-être même de le transmettre, pour que d’autres, plus tard, réussissent à retourner sur la terre des ancêtres.
Mais les Américains ont signé, en 1966, pour cinquante ans. Et leur « bail » est renouvelable vingt ans…


Les pays tropicaux n’apportent pas toujours le bonheur à ceux qui y vivent. Moins encore aux femmes. Celle-ci raconte une existence de contraintes. La famille, le couple, le travail, tout passe à la moulinette du désespoir. Certaines cherchent des contacts en Europe. La narratrice ne compte que sur elle-même pour sortir de la cage où la société l’a enfermée. Une écrivaine mauricienne dit l’envers du paradis que les touristes voient dans son île. 

22 octobre 2014

Il y a 100 ans : Un séjour à Madagascar de 1822 à 1825 (10)

(Suite et fin.)
« Tout cela fut sans aucun effet, tant les préjugés des gens étaient enracinés dans leur esprit. Les membres de la députation continuèrent à attendre, espérant quelque chose de plus de la part du missionnaire ».
« M. Jeffreys leur fit alors observer que, s’ils n’étaient pas satisfaits de sa réponse, ils pouvaient s’adresser aux juges et au roi à Tananarive. “Si l’ordre lui était donné par ces hautes autorités d’observer le repos du vendredi il n’y résisterait pas, mais alors il chercherait un autre endroit où il lui serait loisible de travailler comme il lui semblait bon”. Ce dernier argument parut les toucher, ils craignaient la colère du prince, s’ils forçaient l’Européen à quitter la région ».
« Pourtant, continue le récit de Mme Jeffreys[1], ils montèrent à Tananarive, et allèrent consulter les magistrats ; accompagnés d’un de ces derniers, ils se dirigèrent vers le palais, et ayant présenté le don usité en pareille circonstance, ils développèrent leur requête. Quand ils eurent fini, le roi, souriant, leur rendit leur cadeau et leur dit : “Retournez chez vous et laissez l’Européen agir en paix, il a bien le droit d’observer le jour qu’il lui plaît”. »
« Nous fûmes très heureux de l’attitude du roi et remerciâmes le Seigneur dans la main de qui sont les cœurs des princes. Mais en dépit du peu de succès de la démarche faite, l’ascendant des prêtres sur les esprits est tel, qu’on condamna à mort les trois hommes qui avaient travaillé chez nous au jour interdit. Cela nous jeta un instant dans une grande angoisse ; pourtant, comme nous savions que les sacrifices humains n’étaient plus permis par la loi, nous espérâmes qu’ils n’oseraient pas mettre leur sentence à exécution. Nous apprîmes plus tard que ces hommes avaient imploré publiquement le pardon de l’idole, acceptant d’être livrés à la mort s’ils recommençaient à travailler le vendredi ».
Ces quelques détails, sans être bien nouveaux, apportent quelques précisions au sujet de coutumes anciennes déjà connues, et ont, en tous cas, l’attrait que présente toujours un témoignage direct. C’est à ce titre que nous avons cru devoir les signaler à l’attention de ceux qui s’intéressent à l’ethnographie malgache.
G. Mondain.
Bulletin de l’Académie malgache



[1] Page 158.


L'intégrale en un livre numérique (un volume équivalant à 734 pages d'un ouvrage papier), disponible en deux endroits:
  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - sans couverture: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €

21 octobre 2014

Il y a 100 ans : Un séjour à Madagascar de 1822 à 1825 (9)

(Suite.)
« Un jour le village se rassemble pour une de ces sortes de proclamation publique connues sous le nom de Kabary. M. Jeffreys s’y rend comme il le faisait d’habitude : tout le monde se disperse. Un peu inquiet de cette marque de défiance, le missionnaire rentre chez lui. Derrière lui un des principaux du village arrive et l’informe qu’on a décidé de faire un service solennel en l’honneur de l’idole, afin d’apaiser la colère qu’elle a ressentie en le voyant lui et ses serviteurs travailler avec des outils de fer le vendredi. Le dimanche d’après personne ne vint au culte : la terreur semblait s’être s’emparée des gens ».
« Le jeudi suivant, raconte Mme Jeffreys[1], trois des ouvriers employés au nivellement de notre jardin exprimèrent le désir de travailler le lendemain, vendredi (jour sacré)[2]. M. Jeffreys leur répondit qu’il les laissait libres de faire ce qu’ils voulaient. Le lendemain ils vinrent et travaillèrent toute la journée ».
« Le samedi matin, quatre des chefs de village vinrent en députation, nous saluèrent avec force discours où se mêlaient les noms du roi, de sa mère, de sa famille, de M. Jeffreys et des siens, et nous déclarèrent enfin que le vendredi étant leur jour sacré, ils ne faisaient jamais rien avec un outil de fer ce jour-là. Ayant vu que M. Jeffreys travaillait lui-même ce jour-là et surtout qu’il avait fait travailler des indigènes, ils venaient lui faire des observations à ce sujet : le temps était mauvais depuis quelque temps, le vent violent, et l’oracle avait déclaré que tout le riz serait perdu et les maisons brûlées, si l’on continuait à employer la bêche le vendredi ».
« M. Jeffreys répondit qu’il avait vécu plusieurs mois à Tananarive, et que là, ni lui ni ses compagnons n’avaient reçu aucun ordre du roi, ni des nobles, ni des magistrats, touchant certains jours sacrés ; envoyé à Ambatomanga par Radama, il n’en avait reçu non plus aucune instruction sur l’observation du vendredi… Il chercha ensuite à raisonner avec eux et à leur montrer l’absurdité qu’il y avait à supposer que le travail du vendredi pût avoir quelque influence sur le vent ou le feu ».
(À suivre.)
G. Mondain.
Bulletin de l’Académie malgache



[1] Page 155.
[2] Sur ce jour sacré de l’idole d’Ambatomanga, voir Idées religieuses des Hova avant l’introduction du christianisme, page 95.


L'intégrale en un livre numérique (un volume équivalant à 734 pages d'un ouvrage papier), disponible en deux endroits:
  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - sans couverture: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €

20 octobre 2014

Il y a 100 ans : Un séjour à Madagascar de 1822 à 1825 (8)

(Suite.)
« Rien là de surprenant d’ailleurs quand on considère la puissante influence qu’ont les prêtres sur l’esprit des gens et le fait que ces croyances sont la source même des revenus des gardiens d’idoles. Le prêtre demande toujours un tribut aux propriétaires des champs qu’il protège[1]. Il exige très souvent qu’un bélier noir soit sacrifié, et qu’on répande son sang sur une pierre spéciale, tandis qu’il se réserve pour lui la chair. »
« Un jour[2], tandis que nous habitions encore tout près de la maison de l’idole, on entendit au loin la grêle arriver… “Ne vous effrayez pas, dit un indigène, la grêle ne peut arriver ici à cause du Dieu”. “Nous n’en croyons rien, dîmes-nous, aussi nous allons nous réfugier en bas car le toit est trop mauvais ; vous pouvez rester ici si vous voulez”. Nous quittâmes la place ; quelques minutes après l’orage fut sur nous, et le pauvre garçon fut tout heureux de venir nous rejoindre. “Eh bien, que pensez-vous de cela, dit M. Jeffreys… Votre Dieu est parti ?” “C’est bien de la grêle, répondit-il, je suppose que l’idole est fâchée de ce que vous soyez ici et dites du mal d’elle”. Et il nous quitta irrité ».
« L’idole[3] est aussi un charme contre le feu. Les indigènes ont l’habitude de suspendre un morceau de bois sacré dans leurs maisons, pour se protéger contre l’incendie ».
Nous citerons enfin un dernier trait tiré du petit livre de Mme Jeffreys, nous permettant d’en abréger sensiblement le récit.
(À suivre.)
G. Mondain.
Bulletin de l’Académie malgache



[1] Actuellement, il en est toujours de même : à deux heures à l’Est d’Ambatomanga vit un de ces gardiens d’idole qui reçoit annuellement une vata de riz de tout chef de famille de la région censée protégée de la grêle, sans compter les cadeaux de volaille ou d’argent. Il reçoit bon an mal an environ 1 200 francs à 1 500 francs en nature ou en espèces. Le riz n’est pas dû si la grêle tombe.
[2] Page 148.
[3] Page 149.


L'intégrale en un livre numérique (un volume équivalant à 734 pages d'un ouvrage papier), disponible en deux endroits:
  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - sans couverture: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €

18 octobre 2014

Il y a 100 ans : Un séjour à Madagascar de 1822 à 1825 (7)

(Suite.)
« Le Dieu et sa femme[1] étaient de même grandeur : tous deux peints en noir et ressemblant à nos poupées, mais pas si polies ; deux petits morceaux d’argent formaient les yeux ; une tache rouge et blanche indiquait la place du nez et de la bouche. Leur cou et leur corps étaient couverts de petites pièces de bois, enfilées comme des perles, toutes de différentes grandeurs ».
« Quand je voulus toucher l’idole, l’homme m’en empêcha disant : “N’y touchez pas, sinon le Dieu cesserait d’être saint”… »
« M. Jeffreys lui demanda l’utilité des morceaux de bois suspendus sur le corps du Dieu et de sa femme. Il répondit que c’étaient des remèdes contre les coups de feu, contre la grêle et le danger d’incendie… »
« Un matin[2] que les soldats habitant notre village étaient appelés par le roi, je vis un des chefs entrer dans la case de l’idole pour acheter un morceau de bois sacré ; la porte se referma derrière lui. Un de nos domestiques écouta à la porte et nous rapporta que le chef avait prié l’idole de le protéger lui et ses hommes de tout danger pendant la guerre, et qu’il avait fait emplette d’un des morceaux de bois attachés au corps de l’idole, pour écarter les balles sur le champ de bataille ».
« Voici comment on procède en cas de grêle[3]. Quand le mpisorona[4] ou prêtre aperçoit un nuage menaçant, il attache un morceau de bois sacré au haut d’une longue perche, et sortant de la maison, considère les progrès de l’orage, en secouant la perche dans la direction du nuage, comme s’il espérait que ses menaces pouvaient arrêter la tempête dans sa marche. Bien que l’inutilité de ces pratiques ait plusieurs fois été démontrée par le fait de la tombée de la grêle juste à l’endroit qu’on prétendait protéger, le peuple semble peu disposé à abandonner sa foi dans ses superstitions. »
(À suivre.)
G. Mondain.
Bulletin de l’Académie malgache



[1] La description de cette idole d’Ambatomanga, que les indigènes appellent Rahodibato, a été faite d’après les traditions des gens de l’endroit dans notre livre sur Les idées religieuses des Hova avant l’introduction du christianisme, page 85.
[2] Page 145.
[3] Page 147.
[4] Écrit par Mme Jeffreys, Panousourana.


L'intégrale en un livre numérique (un volume équivalant à 734 pages d'un ouvrage papier), disponible en deux endroits:
  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - sans couverture: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €

17 octobre 2014

Il y a 100 ans : Un séjour à Madagascar de 1822 à 1825 (6)

(Suite.)
« Je l’arrêtai et lui dis : “Vous devez être grandement honorée d’avoir à garder le Dieu chez vous ; naturellement vous vous estimez à l’abri de toute calamité”. “Certainement, répliqua-t-elle, notre maison ne peut prendre feu, et la grêle ne peut atteindre le sommet de ce rocher ; nous-mêmes sommes préservés de toute maladie mortelle, tant que le Dieu demeure chez nous”. “Vraiment, dis-je, ce Dieu doit être quelque chose de bien étonnant. Je suis souvent peu bien ; pensez-vous que je trouverais quelque soulagement si l’idole était portée chez moi”. “Vous voulez vous moquer, car vous ne croyez pas en notre Dieu… Mon mari est furieux contre le vôtre, parce qu’il parle contre notre Dieu chaque dimanche”. “Qu’il ne se fâche pas, repris-je, mais qu’il vienne parler avec M. Jeffreys. Dites-moi qui a fait le ciel et la terre ?… Est-ce votre Dieu ?…”. “Non, mais le Dieu qui habite au-dessus des cieux… Nous prions notre Dieu seulement de nous envoyer la pluie et de nous préserver de la grêle… Notre Dieu et sa femme sont en bois, mais ils ne peuvent jamais brûler”. “Pourrions-nous, M. Jeffreys et moi, voir cette idole ?”. “Je demanderai à mon mari, mais je ne pense pas qu’il vous le permettra ; en tous cas, on ne peut venir la voir que le vendredi, qui est son andro fady (ou jour de repos), car c’est le seul jour où l’on sorte le Dieu de sa boîte”.
« À ma grande surprise, le vendredi suivant, la femme vint nous inviter à voir ses fétiches… Nous trouvâmes dans la case l’homme, sa femme, quatre enfants, six moutons, un cochon et plusieurs poules, entassés dans une misérable pièce… Espérant voir quelque chose d’extraordinaire, nous regardions de tous côtés, sans rien apercevoir. Nous demandâmes où était le Dieu. L’homme étendu sur sa natte et qui n’avait pas bougé à notre entrée, se leva alors et nous montra l’idole… »
(À suivre.)
G. Mondain.

Bulletin de l’Académie malgache


L'intégrale en un livre numérique (un volume équivalant à 734 pages d'un ouvrage papier), disponible en deux endroits:
  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - sans couverture: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €

16 octobre 2014

Il y a 100 ans : Un séjour à Madagascar de 1822 à 1825 (5)

(Suite.)
« En ce qui concerne[1] l’état de l’âme après la mort, les Malgaches paraissent avoir des idées assez confuses. Quelques-uns croient à son immortalité, mais non aux rétributions futures. Un pauvre homme, tout cassé par l’âge, vint, un dimanche soir, chez nous et nous parla des cultes que nous faisions. Il se déclarait charmé du chant, mais il désirait des éclaircissements sur ce qui avait été dit des récompenses et des châtiments attendant l’âme au-delà du tombeau. “Je ne demande pas mieux que de vous instruire sur ce point, dit M. Jeffreys, mais je voudrais d’abord connaître votre opinion sur cette âme des hommes”. “Il répondit qu’il ne savait guère qu’en penser : les opinions là-dessus sont très diverses ; selon les uns, toutes les âmes s’en vont sur une grande montagne non loin d’ici, où elles demeurent de longues années avant d’en pouvoir sortir librement ; selon d’autres, elles vont dans le vent, errant avec lui de place en place. Quand le vent mugit, c’est que les âmes des morts se disputent”. “Mais croyez-vous personnellement à la survivance de l’âme, reprit M. Jeffreys ? ”. “Oui, répondit-il, car l’âme ne peut pas mourir”[2] ».
Ce qui est peut-être le plus digne d’être recueilli dans ce chapitre sur les superstitions malgaches, ce sont les détails donnés sur l’idole particulière d’Ambatomanga.
« Peu de temps[3] après notre arrivée à Ambatomanga[4], où nous avions été fixer notre résidence sur le désir du roi, j’appris, dit Mme Jeffreys, que dans une maison voisine de la nôtre se trouvait l’idole du lieu, et je cherchai à la voir. La case où se tenait le fétiche s’appelait Tranon’Andriamanitra[5] ou maison du Dieu. Un soir, juste après le coucher du soleil, la femme de celui qui vivait dans cette remarquable demeure vint à passer, portant son enfant sur le dos. »
(À suivre.)
G. Mondain.
Bulletin de l’Académie malgache



[1] Page 134.
[2] Le texte malgache de cette réponse est donné dans la relation : Tsy mety maty ny fanaky.
[3] Page 139.
[4] Orthographié : Ambatoumanga.
[5] Orthographié : Tranou Anadriamanitra.


L'intégrale en un livre numérique (un volume équivalant à 734 pages d'un ouvrage papier), disponible en deux endroits:
  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - sans couverture: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €

15 octobre 2014

Il y a 100 ans : Un séjour à Madagascar de 1822 à 1825 (4)

(Suite.)
« Alors les gens, furieux, grondèrent en excitant leurs chiens. Ce fut une fuite éperdue de tous les garçons, excepté un seul, Ratsarahoby[1], qui, bien que terrifié, resta près du missionnaire, expliquant aux gens que ce dernier ne leur voulait que du bien et qu’il était l’ami du roi. Cette dernière affirmation parut les calmer un peu, et ils laissèrent le missionnaire et son compagnon s’en aller sans autre difficulté ».
*
Un chapitre du petit livre de Mme Jeffreys est intitulé Superstitions des Madécasses. Nous en traduisons les passages les plus saillants.
« De la réponse[2] que les indigènes font invariablement aux questions qu’on leur pose sur la création des hommes ou l’origine des choses, on peut nettement conclure qu’ils croient en un Dieu créateur qu’ils appellent Zanahary[3] ou Dieu suprême. Mais ils ne paraissent avoir aucune idée de lui adresser un véritable culte ; ils ne le prient pas, et ne lui offrent pas de sacrifices ».
« Nous avons pu voir[4] qu’ils invoquent et font des offrandes aux morts. Mais pensent-ils vraiment que les morts peuvent les aider en quoi que soit, ou ont-ils simplement la pensée que leurs morts étant particulièrement aimés du Dieu suprême, il est bon de les honorer (en cette qualité de favoris du prince du ciel), c’est ce que nous n’avons jamais pu tirer au clair dans nos conversations avec les gens ».
« Les Malgaches[5] supposent que les âmes des défunts errent pendant un temps plus ou moins long autour de leur tombeau ou de leur dernière maison d’habitation, dans un état d’agitation particulière ; pour les calmer il faut procéder à une cérémonie particulière qu’on appelle Manao afana[6] : on sacrifie à cet effet sur la tombe un ou plusieurs taureaux, suivant la richesse des gens ; puis on plante une grande perche où l’on suspend les cornes des animaux sacrifiés, la paix du mort étant supposée être en proportion de la quantité des crânes ainsi exposé  ».
(À suivre.)
G. Mondain.
Bulletin de l’Académie malgache






[1] Mme Jeffreys orthographie ce nom Ratsaraube.
[2] Page 129.
[3] Mme Jeffreys écrit ce mot Zanhare.
[4] Page 130.
[5] Page 133.
[6] Orthographié dans le texte Manou afany.



L'intégrale en un livre numérique (un volume équivalant à 734 pages d'un ouvrage papier), disponible en deux endroits:
  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - sans couverture: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €

14 octobre 2014

Il y a 100 ans : Un séjour à Madagascar de 1822 à 1825 (3)

(Suite.)
« Plusieurs Malgaches façonnent l’or et l’argent[1] et en font des chaînes et des bracelets pour les poignets et les chevilles ; les hommes les portent au poignet gauche et à la cheville droite ; les femmes au poignet droit et à la cheville gauche[2]. Un de ces artisans exécuta, au moyen de pièces de monnaie d’argent que nous lui confiâmes, une cuillère et une fourchette d’argent pour notre fils aîné, et s’en tira fort bien ».
Mais les renseignements les plus intéressants que nous pouvons glaner dans le livre de Mme Jeffreys concernent les idées religieuses primitives des Hova.
On est parfois tenté de considérer les Malgaches comme sceptiques et indifférents en matière de culte et de religion. Ce n’est pas l’impression que nous laisse le récit de l’aventure suivante dont M. Jeffreys fut le héros, peu de temps après son arrivée[3].
« M. Jeffreys ayant appris qu’il y avait dans un village voisin des objets supposés sacrés, des “Andriamanitra” (ou Dieux) comme les appelaient les indigènes, prit avec lui plusieurs de ses élèves les plus âgés, afin d’aller visiter cet endroit. En montant la colline au haut de laquelle était le village en question, tous les garçons ôtèrent leur chapeau, et insistèrent pour que M. Jeffreys en fit autant, en lui disant que le village était sacré, et que les gens seraient furieux de voir quelqu’un garder son chapeau et ses souliers en y arrivant. M. Jeffreys ne crut pas devoir acquiescer à cette requête. Les enfants ne purent cacher leur inquiétude, mais continuèrent pourtant à avancer. Mais à l’entrée du village, quelques habitants apparurent, sur quoi les garçons jetèrent leurs chapeaux qui roulèrent le long de la pente, et supplièrent de nouveau M. Jeffreys d’ôter chapeau et souliers, “car, dirent-ils, nous sommes tout près de la demeure de l’idole”. Deuxième refus de la part du missionnaire. »
 (À suivre.)
G. Mondain.
Bulletin de l’Académie malgache



[1] Page 176.
[2] Il y a là un détail curieux que nous ne croyons pas avoir rencontré ailleurs.
[3] Page 123.


L'intégrale en un livre numérique (un volume équivalant à 734 pages d'un ouvrage papier), disponible en deux endroits:
  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - sans couverture: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €

13 octobre 2014

Il y a 100 ans : Un séjour à Madagascar de 1822 à 1825 (2)

(Suite.)
Le dit billet était une lettre de félicitations envoyée à M. Jeffreys à l’occasion de la naissance d’un de ses enfants, au début de l’année 1823. L’écriture en est ferme et bien formée, plutôt meilleure que celle que nous présente le cahier d’exercices français du même roi conservé au musée de Tananarive. Le prince s’était certainement appliqué pour la circonstance.
Voici le contenu de ce billet dont nous respectons l’orthographe :
« Sa majesté le roi Radama prie Monsieur Géfréls de vouloir bien accepter le petit cadeau que je lui envoi (sic) pour sa nouvelle nourice (sic). C’est avec plaisir que j’apprend (sic) que madame est accouchée d’un petit créole de Madagascar ».
Bon ami,
Radama.
*
Dans le coin de la lettre se trouvait l’énumération des pièces de volaille et autres animaux envoyés par Radama comme don de bienveillance au nouveau-né, savoir : huit poules, huit « cannards » (sic), huit oies, deux moutons.
*
M. J. Jeffreys fut placé à Ambatomanga et y commença une œuvre. Il fut certainement le premier européen qui ait vécu d’une façon suivie dans ce village, où s’arrêtaient les voyageurs venant de la côte afin d’attendre du roi d’Imerina la permission de s’avancer vers la capitale.
Une des choses qui le frappèrent, lui et sa femme, dès leur premier contact avec les indigènes de la région où ils s’étaient établis, ce fut l’habileté manuelle manifestée par un bon nombre de ceux qui les entouraient.
« Les indigènes[1], dit M. Jeffreys, voient peu d’objets sans essayer de les imiter. Un homme avait longuement contemplé mon peigne, il me demanda à la fin de le lui prêter ; et, à ma grande surprise, le lendemain, non seulement il vint me rendre l’objet, mais encore m’en montra deux autres qu’il avait fabriqués. Leur facture était bien encore un peu grossière, mais pour un premier essai fait avec des outils non appropriés le résultat était vraiment remarquable. Peu de temps après on se mit à en fabriquer pour la vente ».
 (À suivre.)
G. Mondain.
Bulletin de l’Académie malgache



[1] Page 174.


L'intégrale en un livre numérique (un volume équivalant à 734 pages d'un ouvrage papier), disponible en deux endroits:
  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - sans couverture: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €

11 octobre 2014

Il y a 100 ans : Un séjour à Madagascar de 1822 à 1825 (1)

Les coutumes des Malgaches se sont beaucoup transformées pendant le siècle qui vient de s’écouler. Le contact avec la civilisation, les efforts des missionnaires, la diffusion des idées européennes sont venus modifier plus ou moins profondément, et dans une mesure qu’il est toujours assez difficile d’évaluer, les habitudes et les modes de penser des habitants des hauts plateaux.
Pour qui veut pénétrer dans ce qu’était la vie malgache primitive, les sources où il lui est loisible de puiser sont assez rares. Pour bien des sujets on en est réduit à une tradition unique pour laquelle l’indispensable contrôle manque. Aussi est-il utile de chercher à recueillir toutes les observations qui ont pu être faites avant que l’influence extérieure et étrangère ait réellement eu le temps d’agir. Les notes qu’ont pu laisser les voyageurs ou les missionnaires ayant eu l’occasion de demeurer un temps plus ou moins long parmi les Merina d’avant 1820 ou 1825 ne peuvent être, à cet égard, que de précieux documents destinés à s’éclairer les uns les autres.
Or, en 1827, a été publié à Southampton, en Angleterre, un petit volume, très peu connu, renfermant le récit de la courte carrière à Madagascar du missionnaire J. Jeffreys, arrivé en Imerina en juin 1822 et mort en mer, en retournant à Maurice, le 4 juillet 1825, à l’âge de 31 ans. Ce volume a été écrit par la veuve du missionnaire, sur les notes de son mari et les siennes propres, dès son arrivée en Angleterre. Une grande partie de cette relation n’avait d’intérêt que pour les amis particuliers du défunt, et n’en présente plus pour nous. Mais certains passages relatant des traits de mœurs malgaches nous ont paru, au point de vue ethnographique, utiles à conserver.
*
Au début du livre se trouve reproduit, en fac-similé, un petit billet de Radama Ier, écrit en français, et qui peut donner une idée des progrès que ce curieux prince avait fait dans cette langue grâce aux leçons du sergent Robin.
(À suivre.)
G. Mondain.

Bulletin de l’Académie malgache


L'intégrale en un livre numérique (un volume équivalant à 734 pages d'un ouvrage papier), disponible en deux endroits:
  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - sans couverture: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €

10 octobre 2014

Il y a 100 ans : Les crocodiles malgaches (12)

(Suite et fin.)
D’ailleurs, qu’il soit dieu ou simple mangeur d’homme ou de chien, le caïman tient une grande place dans la sorcellerie et le folklore malgache. Beaucoup de sorciers, mâles et femelles, sont vadim-boay, c’est-à-dire époux de caïman, et ils ont alors de bien curieuses relations avec leur compagnon à cuirasse. Ils lui apportent des friandises, dansent devant lui, lui tiennent de longs discours et, bref, font tant et si bien que ces deux êtres si disparates semblent finir par se connaître, ce dont le sorcier ou la sorcière ne manque pas de tirer une grande considération. D’après ces sorciers, certains de ces caïmans porteraient souvent, comme les grands serpents de nos légendes, une chose de grande valeur enchâssée sur la tête. Mais cette chose, ici, n’est plus un diamant : c’est une pépite, car nous sommes en plein pays de l’or, ou une simple perle de verre (peratra qui, jadis, pour les ancêtres malgaches, avait plus de valeur que l’or même).
En résumé, le crocodile malgache est un être peu gracieux, qui dépare les rivières de l’île de coups de gueule aussi intempestifs que mal séants. C’est, certes !  la tare la plus volumineuse de cette terre malgache si paisible et ses manières sournoises, sa férocité, les nombreuses victimes qu’il fait tous les ans commandent impérieusement de le détruire par tous les moyens possibles. Mais ceci accordé, on me permettra d’ajouter que cet animal est, par contre, intéressant à plus d’un titre. Il fait partie intégrante du paysage malgache et, quand il aura disparu, l’île aura perdu un des derniers cachets d’exotisme tropical qui lui restent encore. Sa disparition privera les grandes rivières boueuses, les lacs et les étangs d’un de leurs grands charmes : le mystère, et l’on ne pourra plus évoquer sur leurs bords, en surveillant les gestes de ces brutes puissantes, ces scènes, des époques passées où tons les êtres, comme aujourd’hui hélas ! mais avec plus de beauté, vivaient en paix les uns des autres !
Perrier de la Bathie.

Bulletin de l’Académie malgache


L'intégrale en un livre numérique (un volume équivalant à 734 pages d'un ouvrage papier), disponible en deux endroits:
  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - sans couverture: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €