22 janvier 2018

Il y a 100 ans : La question des cuirs dans la Grande Île (1)

On en parlera, grand’mère, sous le chaume bien longtemps, disaient les enfants en contemplant la redingote et le petit chapeau de l’« Autre ». La question des cuirs à la Grande Île semble ambitionner la même renommée car depuis près de deux ans que la Commission de l’Intendance effectue ses réquisitions, le mécontentement des colons et des commerçants de Madagascar ne fait que croître et embellir.
Nous avons tenu nos lecteurs au courant des diverses phases de cette question, et nous avons même publié ici la lettre d’une des hautes personnalités de la colonie qui, n’ayant à prendre parti ni pour l’Intendance ni pour les commerçants, était bien placée pour en connaître et en parler avec impartialité. Le témoignage de notre distingué correspondant ne fut pas, d’ailleurs, favorable à l’Intendance, parce que les réquisitions étaient faites sans méthode et surtout sans économie. Nous nous sommes également fait l’écho du commerce local, indisposé par la façon dont on voulait méconnaître ses intérêts les plus légitimes, et qui ne demandait, somme toute, rien qui ne fut admissible.
Une fois de plus, nous allons rapporter ici ses desiderata ; peut-être finira-t-on par les prendre en considération dans la métropole puisqu’à la colonie, il n’en est tenu aucun compte.
Tout d’abord, les commerçants demandent la liberté, comme avant, des transactions locales, et que l’exportation des cuirs réquisitionnés soit limitée à la France. On se rappelle qu’une bonne partie des cuirs recollés (n’ayant pu être exportés pour une raison ou pour une autre) avait été envoyée à Maurice. De fait, il est inadmissible qu’on prive de ses cuirs la Grande Île pour les envoyer dans l’île voisine ; d’autre part, puisque le gouvernement réquisitionne tous les cuirs susceptibles d’être utilisés pour les besoins de la Défense Nationale, pourquoi ces cuirs ne sont-ils pas partis pour la France ?
Le commerce malgache pense qu’il serait plus sage de ne réquisitionner que les cuirs reconnus vraiment nécessaires – afin de ne pas encombrer comme on l’a fait les docks de Majunga où ils s’avarient – et laisser les commerçants acheter les cuirs rejetés qu’ils expédieraient eux-mêmes, comme autrefois, sur les marchés anglais et italiens où on l’habitude de les travailler.
(À suivre.)

Le Courrier colonial

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 71 titres parus à ce jour.

14 janvier 2018

Il y a 100 ans : Vanille et vanilline (4)

(Suite et fin.)
Cette année, elle promet d’être aussi bonne. Il ne semble donc pas que les cours de 17 à 19 francs le kilogramme, pratiqués l’an dernier aux conditions de Paris pour les lots de bonne qualité, puissent s’élever si la vanilline continue à entrer en France, si le Mexique peut toujours nous expédier ses produits.
Au cas où l’interdiction que nous réclamons serait appliquée, nos colons auraient la satisfaction d’écouler rapidement leur récolte à des cours qui seraient un peu plus rémunérateurs, sans atteindre toutefois ceux qu’ils ont connus il y a quelques années.
Le consommateur français ne s’apercevrait guère de la différence, et une culture coloniale particulièrement intéressante ne risquerait pas de perdre de son importance.
Nous voulons espérer que M. René Besnard, dont nous connaissons toute la bonne volonté, s’emploiera pour faire cesser une situation si préjudiciable à nombre de ses administrés.
Que l’on n’invoque pas ici les difficultés de transport. Amener les vanilles du Mexique ou celles de nos colonies, c’est exactement la même chose.
Quant à la vanilline, les 750 000 francs d’or qu’elle fait sortir annuellement de France valent bien que l’on accorde à nos colons, sur nos bateaux, l’infime place nécessaire pour envoyer dans la métropole leur récolte de vanille.
Jean Peyraud.

Le coup d’œil des Malgaches

Les qualités de race des Malgaches, l’acuité de leur vue, la subtilité de leur ouïe et de leur odorat, leur souplesse et l’habileté qu’ils déploient à ramper sans bruit, les rendent particulièrement aptes au métier de patrouilleur. Mais, surtout, ils excellent au lancement des grenades. Il ne faut pas oublier que, pasteurs de troupeaux pour la plupart, ils ont accoutumé de ramener les bêtes qui s’écartent en leur jetant un caillou et ils arrivent à une précision telle que le caillou atteindra très exactement et souvent de fort loin le point visé, la corne droite du bœuf, par exemple… Tirailleurs, ils se servent de leurs grenades avec la même virtuosité que, pasteurs, leurs cailloux.

Le Courrier colonial

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13 janvier 2018

Il y a 100 ans : Vanille et vanilline (3)

(Suite.)
Suivant les dernières statistiques que nous avons consultées, il entre encore annuellement en France plus de 5 000 kilogrammes de cette mixture chimique au prix de 150 francs le kilogramme.
C’est donc 750 000 francs d’or qui sortent pour que la malfaisante vanilline puisse entrer.
Est-ce admissible ? Alors que tant de choses dont l’utilité ne saurait être contestée ne peuvent plus être achetées à l’étranger, parce qu’il faut ménager nos ressources en or, la vanilline continue à jouir d’un régime de faveur.
Il faut croire que les rois de la chocolaterie sont bien puissants !
Cependant, ce n’est pas un secret pour personne que la vanilline nous vient d’Allemagne par des voies plus ou moins indirectes. Même en temps de guerre, les usines boches réussissent à introduire chez nous cette drogue dont les effets nocifs ne sont même plus discutés !
Nous demandons avec insistance aux Pouvoirs Publics de mettre fin à ce scandale, de réserver l’or de la France pour un meilleur usage, d’interdire rigoureusement l’importation de la vanilline.
En même temps, ils rendraient service à nos colons dont la vanille trouverait des débouchés à des prix qui ne seraient pas tout à fait des prix de famine.
D’autre part, ne doit-on pas interdire l’introduction en France des vanilles du Mexique ? À vrai dire, nous savons qu’il en est question, mais il faudrait se hâter de prendre cette mesure, car ici encore, c’est notre or qui s’en va à l’étranger sans aucune nécessité, puisque les vanilles de nos colonies sont d’assez bonne qualité pour que les consommateurs puissent se passer des vanilles du Mexique. Celles de la Réunion notamment peuvent rivaliser avec elles.
Et puis, quand bien même nos vanilles coloniales seraient un peu moins finement parfumées que leurs concurrentes du Mexique, les nez les plus délicats ne doivent pas oublier que nous sommes en temps de guerre et qu’ils peuvent bien faire quelques sacrifices aux dépens de leur nerf olfactif !
Précisément, la récolte de la vanille a été très abondante l’an dernier, elle fut même au-dessus de la normale tant à Bourbon qu’à Madagascar et aux Comores.
(À suivre.)
Jean Peyraud.

Le Courrier colonial

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10 janvier 2018

Il y a 100 ans : Vanille et vanilline (2)

(Suite.)
La tôle manque, alors construisons des navires en bois, comme le fait l’Angleterre. Rien qu’en Cochinchine, il est possible de construire des navires à l’arsenal de Saïgon, aux chantiers des Messageries Fluviales, aux ateliers de construction mécanique de la Société de dragages de Mytho dont le directeur général, M. Dessoliers, est mobilisé en France.
En Annam, le port de Cam-Ranh, œuvre de l’actif marquis de Barthelemy, se prêterait également à la mise en chantier de bateaux de petit tonnage.
Madagascar, la Réunion, les Antilles, l’A. O. F., l’A. E. F., Cap Lopez en particulier, peuvent également construire des navires si le sous-secrétaire d’État aux transports maritimes, M. de Monzie, qui y paraît d’ailleurs résolu, demande à ces colonies de le faire.
Ainsi se créerait cette flotte marchande coloniale que nous réclamons depuis si longtemps avec tous les esprits avertis. Jamais elle ne fut plus nécessaire, jamais aussi l’occasion ne fut plus favorable pour doter nos possessions d’outre-mer des moyens de transport indispensables à leur développement.
Pour mieux faire toucher du doigt à nos lecteurs l’acuité de la crise des transports entre la métropole et nos lointains territoires, nous laisserons de côté les doléances de nos colons dont les produits sont encombrants et occupent une place considérable dans les cales des navires, pour ne nous occuper que des lamentations des planteurs de vanille dont les produits – tout le monde le sait – exigent le minimum de place à bord.
Or, la vanille elle-même de la Réunion, de Madagascar, des Antilles, de Tahiti, etc., ne peut être amenée en France, ou, si elle l’est, elle arrive avec une telle lenteur que les producteurs éprouvent de ce fait le plus sérieux préjudice !
Cependant, la vanille est une des cultures particulièrement précieuses de notre empire d’outre-mer ; de toute nécessité il faut la protéger, l’encourager.
Or, le croirait-on ? La rivale de la vanille, la vanilline, ce produit essentiellement boche contre lequel le Courrier Colonial mène depuis bientôt dix ans une inlassable campagne, a conservé chez nous tous ses débouchés d’avant-guerre.
 (À suivre.)
Jean Peyraud.

Le Courrier colonial

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8 janvier 2018

Il y a 100 ans : Vanille et vanilline (1)

Dans son dernier numéro, ce journal s’est fait l’écho des doléances de nos colons, invités à surproduire par l’administration, alors que les rares navires envoyés par la métropole ne peuvent même pas enlever une production normale.
Produits du sol et produits du sous-sol sont comme sœur Anne : ils ne voient jamais rien venir !
Le ministre du ravitaillement, M. Maurice Long, – nom qui semblait le prédestiner à ce poste ingrat, – annonçant à la Chambre qu’il réduisait le nombre des bateaux assurant les transports entre Madagascar et la France, ajoutait qu’il comptait sur le patriotisme de nos colons pour les empêcher de se plaindre d’une pareille mesure.
Nos compatriotes auraient tort de se lamenter, car leurs lamentations seraient sans résultat. Ils le savent et ne perdront pas leur temps en jérémiades quand bien même ils ne sauraient que faire de leurs loisirs.
Mais ils ne s’attendaient vraiment pas à voir leur patriotisme mis à l’épreuve de cette manière. Ils étaient décidés à venir par tous les moyens possibles en aide à la métropole ; leur activité, leur dévouement, leur expérience étaient à son service, et alors qu’ils étaient si bien disposés, on leur dit de rester inactifs par patriotisme !
Ne faites rien, ne produisez rien, voilà l’effort qui est demandé à nos possessions d’outre-mer quand tous les coloniaux et nombre de métropolitains sont d’accord pour affirmer que la métropole ne pourra subsister qu’avec l’existence de ces lointains territoires. Le blé, l’orge, le riz, le maïs, le manioc, le sucre qu’ils doivent produire en abondance pour suppléer à l’insuffisance de la production de la mère patrie semblent devenus quantité négligeable, si l’on en croit M. Maurice Long.
Voilà qui est bien fait pour encourager nos colons et attirer vers nos possessions les immigrants et les capitaux qui leur seront indispensables après la guerre.
Les bateaux se font rares. Soit. Que l’on se hâte alors d’en construire dans toutes nos colonies possédant le bois et la main-d’œuvre nécessaires.
(À suivre.)
Jean Peyraud.

Le Courrier colonial

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6 janvier 2018

Il y a 100 ans : Les tirailleurs malgaches (2)

(Suite et fin.)
Le bataillon vient, cette fois, de monter tout entier dans le sous-secteur nord du bois de Quiney. À cette occasion, beaucoup d’indigènes, qui faisaient partie de la S. H. R., ouvriers ou conducteurs, ont demandé à quitter la section pour monter en ligne avec leurs camarades, parce qu’ils veulent « gagner la croix de guerre et puis aller après à Paris ». Ceci rappelle qu’en arrivant à Soissons, un Malgache, fusilier-mitrailleur, qui voyait qu’au lieu de participer comme combattant à l’offensive, on l’employait à casser des cailloux sur les routes, a déserté le bataillon et est allé, le 16 avril au matin, se présenter, avec son fusil-mitrailleur, au colonel commandant le ne colonial, pour lui demander de l’utiliser, lui et son fusil.

Le pain de riz

Dans une intéressante étude sur le riz de Madagascar, M. Petré établit la composition et la valeur chimique du blé comparée avec le riz de la Grande Île et celui de Saïgon ; il conclut à la possibilité de l’admission de 10 à 15 % de farine de riz dans la fabrication du pain, sans qu’il en résulte le moindre inconvénient pour la santé publique.
La presse locale demande que ces considérations soient prises en valeur (étant donné les difficultés que l’Administration rencontre pour se procurer de la farine) et qu’on intensifie la culture du riz dont la farine aura un placement assuré.
Nos lecteurs se souviennent vraisemblablement que notre directeur avait eu déjà cette idée et qu’il avait énergiquement préconisé cette addition du riz au blé de froment, sans aucun succès d’ailleurs.
Souhaitons que nos confrères de la Grande Île soient plus heureux car notre colonie de l’océan Indien ressemble à sa métropole. Ce ne sont pas les excédents de farine qui l’encombrent.


À Majunga

À Majunga, un Indien de Marovoay, employé de commerce, augmentait sa matérielle en prenant une « petite commission » sur le change des billets de banque.
S’étant fait prendre flagrante delicto au moment où il faisait payer un change pour un billet de 50 francs, il a été condamné à 1 500 francs d’amende et à l’affichage du jugement à Majunga, dans chaque district et dans chaque canton de la province.

Le Courrier colonial

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5 janvier 2018

Il y a 100 ans : Les tirailleurs malgaches (1)

On sait que, parmi les bataillons que le recrutement de Madagascar fournit actuellement sur notre front, les uns combattent, les autres sont uniquement employés comme bataillons d’étapes. Un de ces bataillons a été constitué au camp de Saint-Raphaël, conformément à la décision ministérielle du 8 décembre 1916, et dès le 4 avril 1917, joyeux et plein d’entrain, il quittait le camp pour être dirigé vers la zone des armées. Il débarqua à Soissons et fut mis du 10 au 30 avril à la disposition du génie et de l’artillerie pour des travaux routiers et des manutentions de matériel et de munitions.
Tandis que le reste du bataillon devait être employé au ravitaillement des unités d’assaut, une de ces compagnies fut désignée avec la compagnie de mitrailleuses, pour participer aux attaques contre le canal de l’Aisne et voie ferrée de Soissons-Laon. Les deux compagnies furent engagées, le 5 mai, par le colonel du R., sous les ordres de qui elles avaient été placées ; elles s’élancèrent, comme à l’exercice, à l’assaut de la tranchée « Aviatik » qui leur avait été assignée comme objectif, l’atteignirent, mais ne purent s’y maintenir, notre progression sur le mont des Singes ayant été arrêtée par des mitrailleuses allemandes qui n’avaient pu être réduites. Quelques jours après, le bataillon de tirailleurs malgaches attaché à la … D.I. fut de nouveau employé par moitié en ligne et par moitié pour le service routier et les ravitaillements.
Les services rendus depuis cette date par le bataillon malgache ont été reconnus par le général commandant le D.I. dans son ordre du 13 août 1917.
« Au moment où le bataillon de tirailleurs malgaches va quitter le D.I., le général de division tient à lui exprimer ses regrets de se séparer d’une belle troupe qui lui a donné toute satisfaction.
« Par leur tenue, leur attitude, leur discipline, leur bonne volonté au travail, les tirailleurs malgaches n’ont mérité que des éloges et les unités mises en secteur ont tenu très honorablement le front qui leur a été confié.
« Le général est persuadé que le bataillon continuera à rendre d’excellents services partout où on l’emploiera et il lui adresse son adieu, avec les meilleurs souhaits pour tous. »
(À suivre.)

Le Courrier colonial

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2 janvier 2018

Il y a 100 ans : La question du riz à Madagascar

Nos lecteurs se souviennent-ils que nous leur avions parlé de l’initiative de certains colons qui, pour remédier à la pénurie du riz dans la Grande Île, avaient pris les mesures nécessaires pour en faire venir d’Indochine ? Par ailleurs, deux maisons de la colonie avaient manifesté l’intention de faire venir 5 000 tonnes de riz de notre France d’Asie ou de l’Inde britannique, afin d’enrayer la hausse constante du précieux aliment.
À ce sujet, notre confrère la Tribune de Madagascar écrit que la réussite de cette tentative ne pourra se réaliser effectivement que par une intervention pécuniaire du gouvernement pour résoudre la crise du fret.
La question du riz est devenue si aigüe dans la Grande Île que le premier acte de M. Merlin, le nouveau gouverneur général, a été de chercher à remédier à cette situation.
Comme il paraît que dans certaines régions, notamment à Majunga, il y a des stocks de riz, on envisage leur transfert dans les districts où le riz fait défaut, ce qui arrêterait sensiblement la crise actuelle.
Cette question du riz a eu sa répercussion – inattendue – sur le tronçon de voie ferrée déjà posé à Tsiafahy.
L’impossibilité de se procurer le matériel nécessaire pour pousser le rail jusqu’à Antsirabe justifiait en quelque sorte cette mesure, mais la rareté du riz a conduit l’administration à reporter les rails enlevés à la ligne Moramanga-Alaotra.
Jusqu’ici cette région a été considérée comme devant produire intensivement le riz le jour où les prix des transports seront abaissés ; elle pourra donc de la sorte intensifier ses cultures vivrières et contribuer à l’alimentation des tobys où toute une armée d’ouvriers travaillent aux carrières de graphite.
Cette mesure qui, un moment, a pu inquiéter les colons ayant des intérêts dans la vallée d’Ambatolampy, n’empêche nullement l’administration de s’intéresser à leurs droits puisqu’elle se préoccupe actuellement de se procurer le matériel nécessaire à la ligne d’Antsirabe ; mais la question du riz imposait en quelque sorte cette opération.
En outre, quels qu’aient été les frais qu’elle a occasionnés, peu considérables d’ailleurs, il est assuré qu’ils seront vite récupérés par le rendement du fret qui descendra de la région du lac Alaotra.

Le Courrier colonial

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1 janvier 2018

Il y a 100 ans : La perception des impôts dans la brousse

Dans sa séance du 20 août, le Comice agricole de Tananarive s’est joint au Comice agricole de Mananjary pour demander que la perception des impôts s’effectue sur les tobys et les plantations d’une façon régulière et légale ; il a été également demandé que les miliciens ne soient pas en service dans leur district d’origine.
De son côté, le Comice agricole de Tamatave avait formulé les mêmes desiderata et joint une protestation indignée à celle des colons et des corps constitués de Mananjary. Tout ceci afin d’éviter les invasions nocturnes d’agents de perception lâchés en meutes sur des camps d’ouvriers.
Que s’était-il donc passé ?
Peu de chose : un acte illégal.
Voici les faits rapidement résumés :
Dans la nuit du 26 au 27 mai dernier, des miliciens en armes sous les ordres d’un caporal (ancien ouvrier de la Compagnie Lyonnaise renvoyé pour indélicatesse) firent irruption dans les habitations des ouvriers de cette compagnie à Ampagarinamazo et les firent sortir avec… douceur. Le prétexte de cette « mission » était de rechercher les « sans-carte », c’est-à-dire les ouvriers en retard dans le paiement de leur impôt de capitation.
Or, sur 553 ouvriers qu’emploie la Compagnie Lyonnaise, il ne s’en est trouvé que 11, arrivés tout nouvellement au chantier et qui s’étaient précisément engagés pour payer leur taxe. Ces faits ne pouvaient donc justifier aucunement l’inqualifiable agression de la milice, mais s’il faut en croire l’opinion générale, il s’agit là d’un fonctionnaire, mécontent de la compagnie et qui voulait se venger.
Et voilà pourquoi les comices agricoles de Tananarive, de Tamatave et de Mananjary ont exprimé les doléances exposées plus haut. Avouons qu’elles sont justifiées.
Le Courrier colonial

Santé et assistance médicale

Par décision du 28 septembre 1917, l’exercice de la médecine est interdit pendant quatre mois au médecin indigène Rakotomanga (Titus), qui s’est rendu coupable de manquements professionnels graves.
Par décision du 29 septembre 1917, l’exercice de la médecine est interdit pendant quinze jours au médecin indigène Ratrimosalama, pour manquements professionnels et négligence dans son service.

Journal officiel de Madagascar et dépendances

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31 décembre 2017

30 (dernier épisode) - La peste à Madagascar (1931)


La peste à Madagascar (3)

(Suite et fin.)
Dans les débuts, lorsque l’Administration les obligeait ou les invitait à se faire vacciner contre la peste, ils se rendaient en foule à la vaccination. Mais actuellement qu’ils ont constaté que la vaccination antipesteuse n’est exigée que des indigènes seulement et encore de ceux qui ne sont point naturalisés, les Européens, les Arabes, les Hindous, les Chinois en sont exempts, que sur cent cas de mortalité par la peste, il y a rarement un cas atteignant les étrangers, dans leur simplicité, ils se disent : qu’est-ce que c’est que cette vaccination ? Nous préserve-t-elle de la peste ou nous donne-t-elle la peste ? Nous, qui sommes vaccinés, nous sommes seuls atteints tandis que les étrangers qui ne sont jamais vaccinés n’en sont jamais atteints.
Grâce à ces prescriptions maladroites inaugurées à Madagascar et appliquées uniquement aux indigènes non naturalisés, la méfiance règne actuellement au sein de la population malgache. Doux mais désabusés, ils regardent tout avec méfiance.
Lorsque l’épidémie de grippe s’est déclarée à Madagascar en 1919, tout le monde fut atteint, Européens, Hindous, Chinois, Arabes et Malgaches ; la grippe n’a pas choisi spécialement une race de préférence à une autre. Voilà une véritable épidémie. Les mesures sanitaires furent appliquées à tout le monde sans exception et bien vite la grippe a disparu totalement.
Actuellement, la peste persiste depuis dix ans. Que chacun tâche d’en découvrir les motifs.
Devant le piteux résultat obtenu pour vaincre la peste, en présence de la méfiance croissante des indigènes, pour l’honneur de la science médicale française et le bon renom de la France, nous invitons l’Administration de Madagascar :
1° Si la peste n’existe pas, à supprimer toutes les mesures sanitaires qui ne revêtant la plupart du temps que la forme de brimades et de vexations à l’égard des indigènes.
2° Si la peste existe réellement, à appliquer à tout le monde, sans exception, les mesures sanitaires et prophylactiques : Européens, Chinois, Hindous, Arabes, Malgaches naturalisés ou non, et non point aux indigènes non naturalisés seulement.
Auguste.
L’Aurore malgache

Vendredi 18 septembre 1931.

Extrait de La peste à Madagascar 1898-1931, un livre numérique de la Bibliothèque malgache disponible dans toutes librairies proposant un rayon ebooks (2,99 €) et, à Antananarivo, à la Librairie Lecture & Loisirs (9.000 ariary).

29 décembre 2017

29 - La peste à Madagascar (1931)


La peste à Madagascar (2)

(Suite.)
Au début de l’apparition de la peste, les villes déclarées contaminées étaient mises en quarantaine immédiatement. Européens, Asiatiques, Africains, Malgaches, marchandises, animaux étaient soumis au même régime de mesures sanitaires contre la peste. Ceux qui étaient à l’intérieur de la zone contaminée ne pouvaient sortir ; ceux qui se trouvaient à l’extérieur de cette zone ne pouvaient y entrer. Bref, personne n’avait le droit de franchir le cordon sanitaire. En même temps, la vaccination antipesteuse était obligatoire pour tout le monde.
Mais, bientôt, on trouva que ces mesures étaient trop sévères, gênaient les Européens et les assimilés ainsi que le commerce, et vite un changement s’opéra dans les règlements sanitaires, au grand ébahissement des indigènes. Voici quelques exemples.
Quand une région est déclarée contaminée, il est bien établi un cordon sanitaire, mais uniquement pour les Malgaches non encore naturalisés. À ces indigènes, il faut un certificat de vaccination antipesteuse et toutes sortes de formalités administratives pour sortir de la zone contaminée. Quant aux Européens, Asiatiques, Arabes, etc., absolument aucune formalité n’est exigée d’eux.
Actuellement, à la gare de Tananarive, par exemple, aucun indigène non naturalisé ne peut se faire délivrer un billet de chemin de fer sans être muni d’un certificat de vaccination antipesteuse et de passeports administratifs.
Un Malgache et un Chinois voyagent dans le même wagon, le contrôleur demande au Malgache ses passeports et ne demande absolument rien au Chinois, à plus forte raison à un Européen.
Très souvent, on expédie des bœufs et des porcs dans des wagons à la gare de Tananarive sur d’autres destinations. On n’exige aucun passeport sanitaire pour le transport des bœufs et des porcs. Il est donc certain que ces animaux sont mieux considérés que les indigènes. On les considère comme les Européens et les assimilés ou encore les Malgaches naturalisés.
Les Malgaches, toujours dociles, s’empressent d’obéir aux prescriptions administratives.
Auguste.
(À suivre.)
L’Aurore malgache

Vendredi 18 septembre 1931.

Extrait de La peste à Madagascar 1898-1931, un livre numérique de la Bibliothèque malgache disponible dans toutes librairies proposant un rayon ebooks (2,99 €) et, à Antananarivo, à la Librairie Lecture & Loisirs (9.000 ariary).

28 décembre 2017

28 - La peste à Madagascar (1931)


La peste à Madagascar (1)

Rien de plus désolant que l’histoire de la peste à Madagascar !
D’après les communications officielles, elle fit son apparition pour la première fois à Tamatave, en avril 1921 ; un mois après elle était à Tananarive, puis s’étendit à tout Madagascar.
Depuis dix années qu’elle est dans notre pays, on dirait qu’elle va s’y fixer définitivement. Depuis le début, on n’a constaté que des cas isolés : en la comparant aux épidémies de peste qui ont sévi dans d’autres pays, on se demande vraiment si la peste existe à Madagascar.
En 1912, en Chine, l’épidémie de peste fit une véritable hécatombe. Il en fut de même à Bombay, en 1897. Les épidémies de peste ont été constatées à Marseille, à Saint-Louis de Sénégal, en Égypte ; mais partout, on a pu l’enrayer complètement et, dans ces pays, la peste n’existe plus qu’à l’état de souvenir.
Ce n’est qu’à Madagascar seulement que la peste demeure invincible, du moins selon les communiqués officiels qui ne manquent jamais d’enregistrer les morts dans les colonnes des journaux.
Des docteurs diplômés de France sont dans toutes les grandes villes de Madagascar, et des médecins diplômés de Tananarive existent un peu dans toute la brousse. Pourquoi donc cette épidémie de peste persiste-t-elle toujours dans le pays, depuis dix ans ? Est-ce la science française qui a pu enrayer définitivement la peste à Marseille et dans d’autres régions, et est-ce que cette science est ignorée de nos docteurs et médecins actuels ? Ou plutôt, nos praticiens, à Madagascar, n’auraient-ils pas la même aptitude que leurs aînés ? On sait que les docteurs européens et indigènes ont la même valeur-diplôme que leurs devanciers. Il reste à savoir s’ils ont la même valeur professionnelle et la même conscience.
Sans vouloir entrer dans la discussion de savoir si la peste existe ou n’existe pas, car les quatre cinquièmes des Malgaches n’y croient pas, nous nous bornerons tout simplement à faire passer sous les yeux des lecteurs les mesures que l’on emploie à Madagascar pour combattre la maladie n° 9.
Auguste.
(À suivre.)
L’Aurore malgache

Vendredi 18 septembre 1931.

Extrait de La peste à Madagascar 1898-1931, un livre numérique de la Bibliothèque malgache disponible dans toutes librairies proposant un rayon ebooks (2,99 €) et, à Antananarivo, à la Librairie Lecture & Loisirs (9.000 ariary).

27 décembre 2017

27 - La peste à Madagascar (1931)


La peste par conviction

Le samedi 28 novembre 1930, une jeune fille, du nom de Razanabelo, âgée de 14 à 15 ans, tomba malade. Son oncle, Rakotovao, accompagné de sa femme, Razanamaro, demeurant à Morarano, quartier de Mahazoarivo, conduisit la malade chez le médecin Rabe-Régis, à l’ouest du lac Mahazoarivo. Après la consultation, le médecin dit aux parents de la jeune fille : « Son cas est grave, faites-la soigner à l’hôpital indigène de Befelatanana. » Puis, il en rendit compte au bureau d’hygiène. Mais la jeune fille mourut tandis qu’on la transportait à l’hôpital de Befelatanana. Ses parents firent rapporter le corps à la maison.
Le lendemain matin, dimanche 29 novembre, Rakotovao fit appeler le médecin. Arrivèrent à la maison mortuaire MM. Bouvier, inspecteur de police, le docteur commandant Faucon d’Ambotofotsileky, l’infirmier Rajaona, des prisonniers, etc., etc.
Le docteur commandant entra dans la maison pour examiner la morte.
Il ressortit au bout d’un moment en disant à l’inspecteur qu’il ne trouvait pas le bubon dont avait parlé le médecin Rabe-Régis. Il retourna auprès du cadavre, et s’écria de nouveau : « Je ne trouve rien.»
Alors on se demanda, puisque le docteur n’avait pas trouvé de bubon, qu’allait-on faire du corps de Razanabelo. Pour répondre à cette question, on décide d’attribuer quand même le décès à la peste (sans qu’il ait été fait aucune analyse de sang).
La maison fut désinfectée, le mobilier et tous les effets furent brûlés ; le corps fut confié aux prisonniers jusqu’à l’endroit où se trouvaient les autos de service. Rakotovao, sa femme Razanamaro, son beau-frère Rakotovao furent internés au lazaret d’Ambohimiandra où ils furent isolés pendant dix jours, les bœufs et les animaux de basse-cour furent confiés aux voisins.
Mais, jusqu’à présent, les habitants ne sont nullement convaincus que la malheureuse jeune fille soit morte de la peste, puisqu’aucun médecin n’a reconnu cette maladie. Il est vrai qu’il y a eu peste par conviction.
C’est par des procédés de ce genre que l’on dissuade les Malgaches de l’existence véritable de la peste à Madagascar, et qu’on les entretient dans la conviction que la peste, dans ce pays, n’est qu’une peste politique, à l’usage des autochtones non naturalisés seuls.
L’Aurore malgache

Vendredi 1er mai 1931.

Extrait de La peste à Madagascar 1898-1931, un livre numérique de la Bibliothèque malgache disponible dans toutes librairies proposant un rayon ebooks (2,99 €) et, à Antananarivo, à la Librairie Lecture & Loisirs (9.000 ariary).

26 décembre 2017

26 - La peste à Madagascar (1930)


Où les Européens et assimilés sont officiellement considérés comme réfractaires à la peste (2)

(Suite et fin.)
Évidemment, les membres de la mission se contentèrent de rigoler en guise de réponse car tous, sauf Maître Foissin, appartiennent à cette catégorie de Français de deuxième zone dits sujets.
Il fallut donc trouver un autre expédient pour pouvoir sortir légalement de ce cordon sanitaire spécial, établi uniquement pour les autochtones.
J’intervins alors en offrant de délivrer des certificats médicaux pour mes camarades, car je suis médecin.
Mais une question se pose d’elle-même : pourquoi le service de santé de la colonie a-t-il pris une pareille mesure sanitaire qui est à la fois absurde et criminelle et qui ne rime à rien ?
Je dis que c’est une mesure tout à fait absurde, car la véritable peste atteint tout aussi bien les Européens et les indigènes qui vivent ensemble. La couleur de l’épiderme ne constitue pas un rempart contre les maladies microbiennes.
D’autre part, je dis que c’est une mesure criminelle, car il se peut fort bien que des Européens ou des indigènes citoyens français atteints d’une peste pulmonaire, par exemple, voyagent dans une même auto avec des indigènes munis des certificats médicaux lesquels, on le sait, ne constituent pas des garanties contre le danger de contamination. Bien entendu, on leur permettra tous de franchir le cordon sanitaire, les Européens et assimilés à cause de leur statut politique, tandis que les indigènes, en raison de leurs certificats médicaux. Donc, il peut s’en suivre un triple crime !
1er crime : c’est de laisser librement une personne déjà contaminée sortir d’un foyer de peste, parce que cette personne est censée réfractaire à la peste à cause de son statut politique ;
2e crime : c’est d’exposer au danger de contamination des indigènes crédules auxquels ont fait croire officiellement que le contact avec les Européens et assimilés provenant d’un foyer de peste n’est pas dangereux et que la vaccination anti-pesteuse est efficace pour protéger contre la peste.
3e crime : c’est de laisser une population indemne se mettre en contact avec des personnes munies des certificats médicaux mais déjà contaminées par des Européens et assimilés atteints de peste.
Ravoahangy.
L’Aurore malgache
Vendredi 28 novembre 1930.

Extrait de La peste à Madagascar 1898-1931, un livre numérique de la Bibliothèque malgache disponible dans toutes librairies proposant un rayon ebooks (2,99 €) et, à Antananarivo, à la Librairie Lecture & Loisirs (9.000 ariary).

20 décembre 2017

25 - La peste à Madagascar (1930)


Une idée sur la peste (2)

(Suite et fin.)
Des notables idiots (il faut remarquer d’ailleurs qu’on ne choisit ces notables qu’à cause de leur idiotie) m’ont confié : « Les Malgaches ne doivent pas se plaindre de ces vaccinations et passeports, car cette mesure, ont-ils ajouté, prouve, une fois de plus, l’amour qui anime les corps constitués, les pouvoirs publics et tout ce qu’il peut y avoir de haute ou de basse autorité dans le pays à l’égard des Malgaches, en veillant sur leur santé, tandis qu’ils dédaignent les vazahas, les Chinois, les Indiens, etc., dont la santé est le cadet de leur souci. Ceux-ci sont des grands enfants maditra (méchants) que le Fanjakana ne protège pas comme les petits enfants indigènes, sujets français, bien doux, bien soumis. »
Et voilà les imbécillités que nous sortent ces nullités lamentables de notables, choisies par le Gouvernement Général de Madagascar.
À la suite de raisonnements de ce degré de crétinisme, Le Malagasy – Sûreté Générale se permet de nous traiter de plus dangereux que la peste !
Nous sommes certainement pour les mauvais fonctionnaires et les mauvais colons plus dangereux que la peste officielle ne l’est pour la santé publique.
Jules Ranaivo.

Où les Européens et assimilés sont officiellement considérés comme réfractaires à la peste (1)

[Extrait de « Notre voyage à Manakara », partie IV.]
Notre auto stoppa sur l’injonction des miliciens du cordon sanitaire, lesquels nous firent la déclaration suivante : « Les Européens et les chauffeurs peuvent passer, mais les autres voyageurs doivent nous présenter au préalable des certificats médicaux, sinon ils seront reconduits à Ambositra (c’est-à-dire à 100 kilomètres de là).
Un des membres de la mission, qui voulut savoir si les indigènes citoyens français n’étaient pas dispensés de cette formalité sanitaire absurde, leur répliqua : « Nous sommes tous des Français, est-ce que nous pouvons passer ? — Montrez-nous alors vos papiers d’identité, rétorquèrent les miliciens, pour que nous puissions savoir que vous êtes bien des citoyens français, car nous avons tout simplement reçu la consigne formelle de n’empêcher de passer que les sujets français non munis de certificats médicaux. »
(À suivre.)
Ravoahangy.
L’Aurore malgache

Vendredi 28 novembre 1930.

Extrait de La peste à Madagascar 1898-1931, un livre numérique de la Bibliothèque malgache disponible dans toutes librairies proposant un rayon ebooks (2,99 €) et, à Antananarivo, à la Librairie Lecture & Loisirs (9.000 ariary).

19 décembre 2017

24 - La peste à Madagascar (1930)


Une idée sur la peste (1)

Les vaccinations anti-pesteuses et les passeports sanitaires exigés des sujets français dits indigènes, seulement, dénotent vraiment un régime esclavagiste. Le Malagasy – Sûreté Générale qui nous qualifie de plus dangereux que la peste dont seuls les indigènes supportent toutes les mesures vexatoires avoue implicitement par là que cette peste n’existe pas, ou du moins n’existe pas telle qu’on veut bien nous le faire croire.
La vraie peste, d’après nous, pourrait bien exister, et dans ce cas, les mesures de protection ne doivent pas frapper uniquement les sujets français autrement cela ne devient plus qu’une mauvaise plaisanterie, et une arme de persécution entre les mains d’une administration sans scrupules. Comme la véritable peste ne fait aucune distinction de personnes, et frappe tout le monde, indigènes français, Indiens, Chinois, créoles de toutes les colonies, etc., les mesures d’hygiène doivent être générales et égales pour tous, vaccinations, passeports sanitaires, etc. Une commission, qui réunirait des représentants de chaque catégorie de la population, fonctionnerait en permanence pendant toute la durée de l’épidémie, et désignerait les personnes que le manque de propreté rendrait susceptibles des mesures d’hygiène d’exception.
Ainsi, il y aura plus d’ordre, plus de discipline et surtout plus de justice pour tout le monde.
Les mesures prises actuellement ne visent que les sujets français, dits indigènes, sans distinction, en faisant supporter par cette seule catégorie de la population le poids de la peste, sans que les corps constitués aient élevé, jusqu’ici, la moindre protestation, alors que ces représentants des intérêts généraux (pour rire) savent très bien que parmi les sujets français dits indigènes, il y en a qui sont certainement plus propres que certains vazahas, principalement les Asiatiques, lesquels sont exempts, de droit, de toutes les vexations engendrées par cette fameuse peste.
Naturellement, les sujets français, dits indigènes, en présence de l’odieux indigénat, n’ont qu’un seul droit, celui de se taire… ou d’aller en prison.
(À suivre.)
Jules Ranaivo.
L’Aurore malgache

Vendredi 28 novembre 1930.

Extrait de La peste à Madagascar 1898-1931, un livre numérique de la Bibliothèque malgache disponible dans toutes librairies proposant un rayon ebooks (2,99 €) et, à Antananarivo, à la Librairie Lecture & Loisirs (9.000 ariary).

18 décembre 2017

23 - La peste à Madagascar (1930)


La peste de Tamatave jugée par le bon sens des indigènes

Le public de Tamatave est en émoi. Il y a de quoi, et en voici les raisons : le 23 octobre dernier, une femme indigène venant de Tananarive, logée dans une boulangerie européenne de Tamatave, avec son mari et d’autres employés indigènes, fut déclarée suspecte de peste, et dirigée aussitôt sur l’hôpital de la Pointe-Tanio. À la date du 24, elle y décéda.
La boulangerie fut immédiatement fermée, le mari de la femme décédée ainsi que toute la famille et les autres employés indigènes furent consignés dans la boulangerie, transformée ainsi en lazaret improvisé… Mais la vente du pain continuait tous les jours devant la porte sous la vérandah.
Le public fit naturellement des réflexions peu indulgentes pour l’administration de Tamatave et chercha vainement à éclaircir cette affaire.
« Comment, se demanda-t-il, à juste titre ! On fait livrer à la consommation le pain fabriqué dans une boulangerie contaminée par la peste ! N’est-ce pas le meilleur moyen de propager les germes de la peste à travers la ville ? Faut-il croire, comme il s’agit d’une boulangerie européenne, que cette boulangerie, comme tout ce qui est européen, se trouve réfractaire à la peste, administrativement parlant ? Seuls, les indigènes qui manipulaient le pain pouvaient avoir le microbe de la peste. Mais quant au pain lui-même, comme c’est la propriété d’un Européen, les microbes ne se permettent pas de passer sur le pain… ce en quoi, ils ont évidemment raison. De cette façon, grâce à l’intelligence du bacille de la peste, toute production européenne se trouve immunisée de plein droit. Quelle brave peste… ou quelle vaste plaisanterie.
D’autre part, dans les environs de la rue de Tananarive, le 26 octobre dernier, la peste a été déclarée dans une maison indigène, tous les occupants de cette maison ainsi que ceux d’une autre maison se trouvant à plusieurs mètres de distance ont été jetés au Lazaret ; boutiques et maisons d’habitation furent hermétiquement fermées, tout fut arrêté. Il n’en fut pas de même à la boulangerie, car il y a toujours à Madagascar deux poids et deux mesures, les uns pour les Européens, les autres pour les indigènes.
L’Aurore malgache

Vendredi 7 novembre 1930.

Extrait de La peste à Madagascar 1898-1931, un livre numérique de la Bibliothèque malgache disponible dans toutes librairies proposant un rayon ebooks (2,99 €) et, à Antananarivo, à la Librairie Lecture & Loisirs (9.000 ariary).

15 décembre 2017

22 - La peste à Madagascar (1921)

La peste

La peste tend à disparaître de Tamatave. Avant-hier, il n’y avait ni cas nouveau, ni décès. Hier, deux cas seulement, dont un tirailleur qui avait été vacciné et qui actuellement va aussi bien que possible. Le second cas est un commandeur des canaux du Nord.
On persiste à croire que si, dès le début de l’épidémie, le vaccin était arrivé en quantité suffisante, le fléau serait en ce moment-ci complètement enrayé.
Le principal foyer d’infection où il y a eu le plus de cas de peste est le village d’Antanamakoa près de Tanio, aussi l’Administration a décidé de brûler complètement les cases de ce village et d’en construire de nouvelles, mieux aérées et plus confortables. Ce travail coûtera au Fanjakana 20 000 francs environ.
Étant donné la décroissance de la peste à Tamatave, un grand nombre de personnes voudraient voir lever la quarantaine ces jours-ci. En supposant qu’il ne se produise plus de cas, la quarantaine ne pourra être supprimée que lorsque les immeubles contaminés auront été désinfectés ou brûlés.
Le Tamatave
Samedi 26 mars 1921.

Le cordon sanitaire

On va enfin le reporter plus loin ; il va englober les régions de Melville et de l’Ivoloina, ce qui permettra aux affaires de reprendre en partie, et tirera beaucoup de gens de leur isolement.

On ne passe pas

Plusieurs indigènes ayant tenté de franchir le cordon ont été arrêtés par les sentinelles apostées. D’autres auraient réussi à le passer en cachette.
Le Tamatave
Mercredi 30 mars 1921.

Les bienfaits de la peste

La population tananarivienne a une frousse bleue de la peste de Tamatave. Or il existe des gens à Tamatave qui souhaitent que la peste dure tout comme pendant la guerre certains fournisseurs de l’État auraient désiré que les hostilités ne prissent jamais fin.
C’est que, par suite du cordon sanitaire, les indigènes, obligés de gagner leur vie à Tamatave même, viennent en foule demander du travail aux vazaha qui ont de la main-d’œuvre tant qu’ils en désirent et dont quelques-uns se voient obligés de refuser du travail.
Il est vrai de dire que cet encerclement a des inconvénients d’un autre côté.
Le Tamatave

Samedi 2 avril 1921

Extrait de La peste à Madagascar 1898-1931, un livre numérique de la Bibliothèque malgache disponible dans toutes librairies proposant un rayon ebooks (2,99 €) et, à Antananarivo, à la Librairie Lecture & Loisirs (9.000 ariary).