2 mars 2015

Il y a 100 ans : Assassinat ou accident

Le 4 janvier décédait à Mananpotra, gouvernement de Seranantsara, district d’Andevoranto, le sieur R…, colon.
Le gouverneur indigène Rajoana, prévenu de ce décès, se rendit sur les lieux accompagné d’un médecin indigène pour les constatations et formalités d’usage.
Apercevant un browning de gros calibre qui se trouvait sur un meuble dans la chambre du défunt, Rajoana le prit et le fit fonctionner, une détonation se produisit aussitôt et le médecin atteint à l’abdomen tomba foudroyé.
Une sévère enquête s’impose, car dans la contrée on chuchote qu’il y a eu non pas accident mais crime, étant donné la mésintelligence qui existait entre le gouverneur et le médecin.

Le carnet d’un boto de pousse-pousse

Je ne suis pas allé inaugurer le railway de Moramanga, je n’en ai pas moins trinqué pour cela. Mon patron depuis quelques jours ne vivait plus, il avait eu vent d’un train spécial et d’un gueuleton que payait le Gouverneur à Moramanga. Le difficile était d’en être. Il a si bien manœuvré qu’il fut un des premiers invités, mais qu’est-ce que j’ai pris, que de balades pour arriver à ce résultat. J’ai eu 10 sous cadeau, chose toujours mauvaise puisque, si j’ai un cadeau, il me tombe vingt sous d’amende ensuite. À dix heures du soir j’avais conduit mon patron à la gare et le train s’ébranlait, une foule de recommandations m’avaient été données. Je devais me trouver là sans faute la nuit suivante à une heure indéterminée. Je n’y ai pas manqué, mais les forces humaines ont des limites, même chez les Malgaches.
Vers 4 heures du matin, au moment où je dormais profondément, un grand coup de pied quelque part me réveilla. C’était mon patron plus vaseux que jamais qui me signalait son arrivée. J’ai encaissé sans sourciller et j’ai eu mon franc d’amende pour n’avoir pas débarqué la valise du train. Voilà le seul souvenir que m’aura laissé l’inauguration du chemin de fer de Moramanga.
C’est le progrès qui passe, inclinons-nous.
Sarah B.

La Dépêche malgache

Madagascar en 1914 est en préparation, Madagascar en 1913 est disponible dans une édition numérique revue et corrigée.
Et la Bibliothèque malgache s'ouvre à de nouvelles collections, avec huit premiers titres disponibles sur la nouvelle page d'accueil du site.

1 mars 2015

Il y a 100 ans : La prohibition de l’absinthe

Un arrêté prohibant la vente de l’absinthe et de ses similaires est, dit-on, en préparation à Tananarive.
Cet arrêté ne serait mis en vigueur qu’après l’épuisement du stock qui se trouve dans la Colonie.
Les Petites Affiches de Majunga font, à ce sujet, le commentaire suivant qui ne manque pas de logique :
La décision n’aura son plein effet qu’après l’épuisement complet du stock de ces boissons existant dans la Colonie.
Quand ???
À la date de la promulgation de l’arrêté.
Alors qu’on le prenne sans tarder, en précisant, autrement on va embarquer à Marseille des caisses de pernod et les acheteurs diront, avec raison, à la Colonie : nous avons acheté sur la foi des traités, la marchandise est en route ou dans les eaux malgaches, elle doit donc être considérée comme étant en stock.
Cela durerait alors combien d’années. En attendant, on pourrait toujours interdire aux indigènes l’accès des débits de boisson, ce serait autant de gagné.
Cela est d’autant plus justifié que nous lisons dans le Dépêche malgache du 8 décembre :
Le Natal, arrivé hier de France, a débarqué à Tamatave :
1 359 colis divers, dont : 56 caisses de savon, 67 caisses de lait, 161 sacs de coke, de l’huile, de l’absinthe et des pâtes alimentaires.
Pas un sac ni une caisse de sucre pour notre port. Le Natal a pourtant débarqué à Diégo-Suarez un lot important de sucre qu’il avait pris aux Comores.
Les Annales coloniales

Nos troupes

Une partie des troupes de Tananarive arrivera à Tamatave lundi soir se rendant à…
La censure prohibant la publication des mouvements de troupes nous regrettons de ne pouvoir donner d’autres renseignements.
La Dépêche malgache

Le collège de jeunes filles de Tananarive

Les cours du collège de jeunes filles de Tananarive s’ouvriront le lundi 18 janvier.
Il est adjoint à l’externat un demi-pensionnat comprenant le repas de midi, le goûter de quatre heures et le bénéfice des études surveillées.
Cet internat sera ouvert en avril.
La directrice est à la disposition des parents pour renseignements et inscriptions, les lundis, mercredis et vendredis, de 9 à 11 heures et de 2 à 5 heures, Avenue Georges V, Faravohitra.

Le Tamatave

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27 février 2015

Il y a 100 ans : Autour de l’assassinat de M. Chabas

Il y a plus de trois mois que M. Chabas fut assassiné en pleine ville. Nous avons donné en son temps quelques détails sur ce crime en nous abstenant de tout commentaire pour ne pas gêner l’action de la justice.
Tout d’abord la presse locale nous fit savoir qu’à l’instruction les assassins avaient fait des aveux complets, depuis lors la justice a reconnu que les aveux des coupables étaient plus ou moins fantaisistes, qu’il y a de fortes présomptions, mais aucune certitude.
Les vrais assassins doivent être enchantés de ces renseignements car il leur suffira de nier pour ne pas être découverts et, malgré les fortes présomptions qu’il y a contre eux, ils savent parfaitement que le doute bénéficie toujours aux inculpés, car la cour criminelle ne condamne jamais un accusé, surtout un assassin, sur des coïncidences ou des conjectures.
Il est donc à craindre que le crime commis sur l’infortuné Chabas ne soit jamais découvert comme cela arrive quelquefois à Madagascar.

Imprudence

Ces jours-ci, le sieur R… décédait dans un village du district d’Andévorante, tout seul, sans parents, sans amis. Le gouverneur de Saranantsara et le médecin indigène de colonisation se rendirent sur les lieux pour faire leurs constatations.
Personne n’ayant voulu s’occuper des funérailles, ils allaient y procéder eux-mêmes et cherchaient dans une malle de quoi faire un linceul. Le gouverneur y trouva un revolver qu’il sortit, mania, un coup partit et le médecin tomba mort.
Comment se fait-il qu’un revolver soit toujours chargé alors qu’il ne devrait pas l’être ?
Le Tamatave

Pour enrayer la crise commerciale à Madagascar

La Chambre consultative du commerce et de l’industrie de Tananarive et le Comice agricole viennent d’adresser à M. Garbit leurs remerciements pour les mesures qu’il a prises afin d’enrayer la crise que subit le commerce de la Grande Île.
« Tout en conciliant les intérêts particuliers avec l’intérêt général, dit la Tribune de Madagascar, le nouveau gouverneur général semble vouloir aiguiller la colonie dans une voie où elle pourra retrouver et augmenter sa prospérité d’hier en facilitant son développement économique. »

Le Courrier colonial

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26 février 2015

Il y a 100 ans : Trois exécutions capitales à Ambositra

Les trois indigènes malgaches Rainizafindrina, Rainizafimamonjy et Pierre Ralaivony, qui avaient été condamnés à mort pour l’horrible crime commis par eux le 23 juillet 1914, à Sahamadio, ont été exécutés le 24 novembre dernier à Ambositra.
Une foule d’indigènes s’étaient rendus dès l’aube au champ de tir où avaient été dressés les poteaux d’exécution.
Le réveil des condamnés a été terrible : comme ils espéraient obtenir leur grâce, ils ont été pris d’une crise de désespoir que l’on eut beaucoup de peine à calmer.
Cependant ils reprirent leur calme et, après s’être entretenus avec les ministres de leurs religions (l’un d’eux était protestant, les deux autres catholiques), ils marchèrent courageusement au supplice.
Le peloton d’exécution était composé de quinze miliciens et commandé par M. Neaud, inspecteur de la garde indigène.

Les pensions du personnel de la garde indigène à Madagascar

Le personnel de la garde indigène à Madagascar a appris avec plaisir qu’une loi nouvelle, parue au Journal officiel le 29 décembre dernier, assimilait, pour les pensions militaires, les inspecteurs et gardes principaux au personnel du commissariat de la marine.
Les inspecteurs principaux et inspecteurs de 1re classe auront la même pension que les sous-commissaires de la marine, les inspecteurs de 2e classe celle d’aide-commissaire et les inspecteurs de 3e classe seront assimilés aux commis de marine.
Il y avait longtemps que le personnel du cadre des gardes indigènes réclamait cette mesure de justice.

Pour les mobilisés à Madagascar

Le gouverneur général par intérim de Madagascar vient de prendre une décision qui a été approuvée par tous dans la Grande Île : à titre temporaire et pendant la durée de la guerre, des billets réduits à quart de place sont accordés sur les chemins de fer et les automobiles, aux réservistes permissionnaires qui désirent se rendre, pour leurs affaires, à leur résidence ordinaire.
Ces billets sont délivrés sur le vu du titre de permission indiquant le motif du déplacement.
D’autre part, sur l’intervention de M. Garbit, l’agent général de la Compagnie Havraise Péninsulaire a promis d’accorder des billets de passage avec la même réduction à quart de place pour les réservistes qui auraient à se rendre par mer à leur domicile.

Le Courrier colonial

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25 février 2015

Il y a 100 ans : Étude économique sur Madagascar (2)

(Suite et fin.)
La dernière partie de la notice, qui est rédigée par MM. Renel, Bonnafous et Léon Jacques, fait ressortir l’œuvre sociale de la France en présentant des tableaux des services de l’enseignement, de l’assistance, des progrès de l’outillage économique et l’organisation financière.
C’est là un livre que devrait lire tout Français, car non seulement il fait connaître la Grande Île, mais aussi, – suivant les expressions même de M. Galtié, – il fait comprendre « l’œuvre considérable, prodigieuse, que la France sut accomplir à Madagascar après moins de vingt ans d’occupation, œuvre dont les résultats matériels ne le cèdent qu’aux résultats moraux, car il est moins difficile de conquérir un pays que de savoir – comme nous l’avons su faire là-bas – nous faire accepter et même aimer de la presque totalité de la population. »

Nouvelles appellations de rues à Tananarive

La Commission municipale de Tananarive, dans une de ses récentes séances, a décidé de donner à quelques places et rues de la ville les noms de pays alliés, de chefs glorieux ou de héros tombés sur le champ de bataille.
Les habitants de Tamatave demandent que leurs édiles suivent cet exemple, en s’inspirant des faits actuels pour « baptiser » certaines des voies et des places de la ville qui n’ont aucun nom. On « débaptisera » celles dont les noms ne signifient rien.
Il existe à Tamatave un boulevard désigné seulement par le n° 20 ; d’autres voies ont des noms dus uniquement à la fantaisie des habitants ; ainsi le square dit de l’ancien marché est appelé tantôt square Beckmann, ou de la musique, et n’a aucun nom officiel ; les jardins situés sur l’ancien cimetière sont coupés de voies également dépourvues d’appellations officielles.
Quant aux rues de l’Abattoir, de l’Hôpital Militaire, de la Batterie, de l’Artillerie, leurs noms n’ont plus aucune signification.
Ne pourrait-on profiter de cette guerre pour doter ces voies de communication de noms plus heureux ?

Le Courrier colonial

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24 février 2015

Il y a 100 ans : Étude économique sur Madagascar (1)

La notice sur Madagascar qui vient d’être publiée par Challamel et sous la direction de M. Loisy, à l’occasion de l’Exposition de Lyon, est une véritable encyclopédie, qui permet de se rendre très bien compte des différents problèmes économiques qui se posent pour notre belle colonie. Toutes les questions sont traitées par des spécialistes éminents qui ont développé chacune d’elles selon son importance et ont ainsi donné un livre bien composé, dont l’intérêt est encore augmenté par une documentation très complète et une riche illustration.
M. Garbit, dans une introduction très suggestive, a esquissé la personnalité même de la colonie, en quelques pages particulièrement saisissantes, et dont toutes les affirmations sont confirmées par les différentes études qui forment l’ouvrage, et sont notamment exposées avec plus de détails dans le chapitre d’histoire et de géographie, qui est dû à M. Aujas. Celui-ci a insisté particulièrement sur l’ethnographie et la démographie qui sont si intéressantes au point de vue colonial, et a terminé par un aperçu succinct de la faune de l’île, qui est, on le sait, curieuse et originale. M. Viguier a écrit un résumé de la géographie botanique, qui n’est pas encore complètement connue, mais dont il a pu donner une idée d’ensemble, faisant comprendre les études plus développées que MM. Fauchère et G. Carle ont consacrées à l’agriculture et aux améliorations agricoles, qui permettent d’étendre les cultures et d’augmenter les capacités économiques de la colonie. Les chapitres sur les forêts et l’industrie des pêches, de MM. Galtié, Fauchère et Gruvel, énumèrent les autres ressources que renferme Madagascar, et qui se sont aussi développées depuis 1895. De même, l’élevage – aussi bien des bovidés que du cheval, du porc et des moutons – a fait de grands progrès, ainsi que le fait ressortir le travail de M. Carougeau.
Et ce ne sont pas là les seules richesses de notre colonie. Dès sa découverte, elle a été réputée pour ses richesses minières que M. Rœhrich a étudiées d’après les travaux de MM. Lacroix et Bonnefond.
(À suivre.)

Le Courrier colonial

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23 février 2015

Il y a 100 ans : Le commerce allemand à Madagascar – La contrebande (4)

(Suite et fin.)
Les journaux nous apprennent que les Allemands, en France et même en Angleterre, sous le prétexte d’établir des industries sur divers points stratégiques, avaient ainsi construit des bâtiments dont les planchers étaient constitués par un épais béton, destiné à recevoir des canons de gros calibre, lors d’opérations de guerre et d’occupations qu’ils avaient prévues.
Serait-ce aux mêmes fins qu’ils auraient préparé les deux magasins de Tamatave ?
Tout vôtre.
J. M.
P.-S. – J’oubliais de vous dire que, la guerre terminée, si les maisons allemandes s’installent de nouveau à Madagascar, leur ancienne clientèle leur reviendra en masse plus nombreuse que jamais. Car c’est notre mentalité à nous, Français, de nous déprécier et de déprécier nos produits pour nous prosterner devant les produits étrangers et les maisons étrangères.
La preuve, l’administration nous l’a fournie tout récemment ici même, à Tamatave. Devant renouveler certains articles au Lazaret, elle a passé sa commande, dépassant 2 000 fr. dit-on, directement à une maison étrangère, sans se préoccuper si des maisons françaises tenaient le même article et sans même demander leur prix à ces dernières. Et cela se passe ainsi depuis… toujours !…
Pendant ce temps le ministre demande par quels moyens on pourrait protéger le commerce français contre la concurrence étrangère ? Poires nous étions, parce que poires nous sommes nés, et poires nous resterons !!…
Le Tamatave

Le commerce allemand à Madagascar

Le Tamatave du 6 janvier publie un article intitulé : « Le commerce allemand à Madagascar – La contrebande ». C’est de la plus haute fantaisie. Voici en quelques lignes les raisonnements du confrère : il s’agit de la maison O’Swald et Cie.
Produits importés d’Allemagne : 1 million
Produits exportés en Allemagne : 10 millions
Contrebande : 9 millions.
Pourquoi contrebande ? Ce mot est bien grave, ne semblerait-il pas plus logique de conclure que les 9 millions représentent le commerce de la maison O’Swald avec la France ?
Avant d’insinuer, cher confrère, il serait peut-être bon de vous renseigner pour qu’aucun doute ne puisse subsister.

La Dépêche malgache

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16 février 2015

Il y a 100 ans : Le commerce allemand à Madagascar – La contrebande (3)

(Suite.)
Ensuite c’est à nous qui connaissons le dessous des cartes que l’on vient conter pareille… chose ? Nous allons faire un petit calcul, car, comme argument, rien ne vaut l’éloquence des chiffres.
À un moment donné, c’est-à-dire au moment du séquestre, alors que la maison O’Swald prévenue des événements qui allaient se produire avait liquidé le plus possible ses existences, et placé ses marchandises le plus qu’elle a pu chez des clients et des amis, – cela, au vu et au su de tout le monde, – à ce moment, dis-je, le séquestre, sur inventaire, a trouvé que ce qui restait en magasin atteignait encore la respectable somme de 1 200 000 francs.
Si on ajoute à ce chiffre le montant des marchandises trouvées dans les autres maisons allemandes de la Colonie, on arrivera sans grand effort à un chiffre peut-être supérieur à six millions. D’où l’on peut conclure sans exagération aucune qu’avec les marchandises vendues dans le reste de l’année, l’importation allemande devait forcément atteindre les dix millions de l’exportation.
Le plus simple d’esprit et le moins versé en affaires vous dira comment ces neuf millions de kamelote allemande ont pu entrer dans la colonie sans passer par la Douane. C’est du reste le secret de polichinelle.
Quand un employé subalterne s’avisait… de quelque chose, vite, en haut lieu, on lui imposait silence en agitant le spectre de complications diplomatiques.
Si cela faisait un doute, le rapport qui a valu au consul Oehlerking sa décoration de l’Aigle noir le reconnaît de la façon la plus explicite. Il n’y a donc qu’à s’incliner et à reconnaître notre naïveté. La cause principale de la prospérité du commerce allemand à Madagascar, la voilà !… La contrebande !…
Je ne terminerai pas ma lettre sans vous signaler un fait qu’un voisin me fait remarquer.
Tout récemment, la maison O’Swald a fait construire, coup sur coup, deux grands magasins. L’un, sur le boulevard Galliéni, et l’autre, en face de la gare des marchandises, tous deux face au port. Le sol de ces deux magasins exhaussé au-dessus de la rue et du boulevard est constitué par un épais bétonnage.
(À suivre.)

Le Tamatave

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14 février 2015

Il y a 100 ans : Le commerce allemand à Madagascar – La contrebande (2)

(Suite.)
Tandis que le colon ou commerçant français, en colonie, ne reçoit qu’ennuis et vexations de la part d’une administration dont le rôle au contraire serait de le protéger, par contre le colon allemand en pays étranger est l’objet de la sollicitude et de l’appui de son gouvernement, ce qui du même coup lui vaut les égards et la bienveillance de notre propre administration.
Témoin, la maison O’Swald. Le directeur de cette maison était, en même temps, comme consul, le représentant attitré de son gouvernement, et à ce titre jouissait des prérogatives attachées à cette charge. Pas de fête, pas de réunion, pas de réception, pas de société où il n’occupât un des premiers rangs. Il en était de même pour ses employés, officiers de l’armée allemande. On a trouvé des vêtements d’officier dans leurs bagages, le jour où ils ont été internés. Sportsmans accomplis, ils figuraient parmi les fondateurs de toutes les sociétés de sport de Tamatave, quand ils n’en étaient pas les initiateurs.
Valseurs infatigables, ils étaient une ressource très appréciée et très recherchée par les maîtresses de maison. Encore à ces points de vue il en résultera un grand vide dans la société tamatavienne. C’était l’envahissement méthodique et continu de la kultur allemande, auquel, bonnes poires que nous étions, nous nous sommes si naïvement laissé prendre.
De même nous nous arrachions leur kamelote dont ils avaient si bien inondé notre place, qu’aujourd’hui que la source en est tarie, certains articles, que nous ne recevrons plus, je l’espère, font défaut sur le marché. Combien de commerçants soi-disant introducteurs, recevaient directement leurs marchandises à crédit de la maison O’Swald !!…
Alors même que leurs produits eussent, en Europe, coûté le même prix, ils arrivaient ici à meilleur marché, grâce à leur vapeur, le Zanzibar, qui venait régulièrement les approvisionner.
À ce propos, la statistique nous dit gravement et sans sourciller que l’importation allemande s’élevait seulement à un million de francs par an dans notre colonie, alors que l’exportation atteignait le chiffre de dix millions.
D’abord à quel commerçant fera-t-on croire que les Allemands à Madagascar importaient neuf millions en numéraire pour nous acheter nos produits ?
(À suivre.)

Le Tamatave

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13 février 2015

Il y a 100 ans : Le commerce allemand à Madagascar – La contrebande (1)

Cher Monsieur,
Je viens tenir la promesse que je vous ai faite de vous donner quelques renseignements précis sur le commerce allemand à Madagascar.
En haut lieu on s’est préoccupé de la place importante que tenait ce commerce tant dans nos colonies que dans la Métropole même, et on a demandé aux corps constitués quelles étaient les causes de sa prospérité et quels moyens pourraient être employés pour le supplanter par des produits français, et faire disparaître cette concurrence.
J’ai eu beau chercher dans les journaux pour voir si quelqu’un avait le courage d’indiquer la cause, – que l’on peut qualifier de principale, – de la prospérité du commerce allemand à Madagascar, personne n’en a soufflé mot. Ceux qui ne le savent pas n’ont rien dit par ignorance, et ceux qui le savent… n’ont rien dit non plus, parce qu’ils en ont profité, et qu’on ne dénonce pas un complice s’il n’y a pas, à le faire, un intérêt majeur. L’administration elle-même doit tout connaître, mais elle fait semblant d’ignorer, pour qu’on ne l’accuse pas… tout au moins de négligence.
La commission consultative de Tamatave a fait ressortir que la prospérité des maisons allemandes dans la Colonie était due à différentes causes.
D’abord elle vient du long et large crédit que ces maisons consentent à leurs clients. Cela est exact, et il est à remarquer qu’aucune maison française ne leur fait concurrence sur ce point. À telle fin que, les maisons allemandes disparues, bien des colons vont se trouver, ou, – pour être plus exact, – se trouvent à cette heure dans un cruel embarras, personne, ni même la Colonie, ne voulant leur avancer, ni un centime, sur les récoltes que, en raison des circonstances actuelles, ils ne peuvent vendre. À ce point de vue, très important, les maisons allemandes laissent un grand vide dans la Colonie, et il conviendrait que l’administration supérieure prît sans tarder des mesures pour obvier à cette gêne, qui pour beaucoup peut entraîner la ruine et la misère.
Cette facilité d’accorder des crédits et de faire des avances, les maisons allemandes la trouvent dans l’appui moral et pécuniaire que leur gouvernement, à l’inverse du nôtre, leur prodigue sans marchander.
(À suivre.)

Le Tamatave

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12 février 2015

Il y a 100 ans : Le carnet d’un boto de pousse-pousse

Depuis trois semaines, j’étais tranquille le soir. Mon patron n’allait plus au cinéma mais le soir de Noël je n’y ai pas coupé, ce vieux céladon tenait à revoir les attraits de Paris.
Comme d’habitude j’ai confié la surveillance de mon pousse à un copain et je suis entré à l’œil ; le service de surveillance n’existant pas, ce n’est pas bien difficile de passer inaperçu.
J’ai remarqué que l’armée est toujours bien représentée, j’ai pensé tout d’abord que c’était pour le service d’ordre, mais je crois m’être trompé car en fait d’ordre l’armée ne fait au cinéma que du potin et s’arroge les meilleures places. Du moment qu’elle paye c’est un droit. Il n’y a sans doute comme miramilas à Tamatave que des fils de famille qui peuvent se payer 44 sous de cinéma à chaque séance. Le civil et les officiers ne peuvent que s’incliner et admirer.
Le programme de Noël était admirablement choisi et de circonstance : Les bas-fonds de Paris. Les Moulins Rouge et de la Galette, l’Enfer, le rat mort, Tabarin et encore d’autres boîtes du même genre, en un mot tout le boulevard Clichy et une partie du Barbès. C’était délicat comme tout et bien des mamans regretteront, par ces temps troublés, de n’avoir pas amené leurs jeunes filles. J’ai fait comprendre à plusieurs copains que Paris ce n’était pas que cela.
Personnellement des séances comme celle-là ça me dégoûte et je crois bien que ce n’est pas avec des programmes aussi bien choisis que nous retrouverons la foule que l’ami Vallet avait su attirer à ses représentations hebdomadaires.
Sarah B.
Le crime de la rue de la Batterie

Mercredi après-midi a eu lieu, sur place, la reconstitution de la scène du crime.
Le nommé Thomas dit Petit Frère a maintenu les aveux qu’il avait déjà faits ; soit que c’est bien l’indigène Laurent qui a frappé M. Chabas d’abord d’un coup de bâton puis d’un coup de hache à la tête et que c’est sur son instigation que ce crime a été commis. Il désigne aussi ses complices, le dénommé Morange et un indigène qui serait en fuite.
Quant à Laurent et Morange, ils continuent à nier et disent être absolument étrangers au crime.
Malgré leurs dénégations, la justice estime que le doute n’est pas possible.

La Dépêche malgache

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11 février 2015

Il y a 100 ans : Épilogue d’une tragique affaire à Tananarive

Nous avons raconté en son temps la scène dramatique qui se déroula au prétoire de la justice de paix de Tananarive.
Un créole de la Réunion, M. Dupont, abandonné par sa maîtresse, une demoiselle Adrienne Legros, s’était livré à des sévices sur celle-ci. Elle l’avait assigné en justice de paix où elle s’était présentée en compagnie de son nouvel amant.
À cette vue, M. Dupont perdit tout sang-froid et abattit Mlle Legros d’un coup de revolver.
Traduit devant la cour d’appel de Tananarive pour coups et blessures ayant occasionné la mort sans intention de la donner, M. Dupont a été condamné à trois ans de prison.
Le substitut du procureur général, Deymes, soutenait l’accusation et la défense était présentée par Me Baudin.

Administrateur et sultan à Nossi-Bé

Nous avons annoncé dans notre dernier numéro que M. Sylvie avait pris possession de son poste d’administrateur de la province de Nossi-Bé.
À son arrivée, le 14 novembre, sur le Bosphore, le nouvel administrateur fut reçu par tous les fonctionnaires et par de nombreux colons qui étaient venus pour lui souhaiter la bienvenue.
Deux jours après, arrivait à son tour à Nossi-Bé, par le Persépolis, l’ex-sultan Saïd-Ali, qui continuait sa tournée de conférences commencée à Majunga.
Des Comoriens, des Anjouanais et des Hindous vinrent en assez grand nombre le recevoir.
Saïd-Ali donna plusieurs kabarys en province du chef de la province et du chef du district, faisant un grand éloge de la France, « berceau de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, etc., qui lutte victorieusement contre l’invasion des barbares »…
Si les auditeurs de l’ex-sultan avaient été capables de conceptions philosophiques, ils auraient pu poser à Saïd-Ali une question fort indiscrète : pourquoi n’avait-il pas, lui-même, appliqué ces principes sur lesquels il dissertait si bien, à l’heure où il était le potentat de la Grande-Comore ?

Le téléphone à Madagascar

Nous avons annoncé qu’un service téléphonique public était ouvert à Madagascar entre Tananarive, Tamatave et Majunga.
Ce service vient d’être établi de Tananarive à Antsirabe et à Fianarantsoa d’une part, et de ce dernier point à Mananjary, d’autre part.

Le Courrier colonial

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9 février 2015

Il y a 100 ans : Le carnet d’un boto de pousse-pousse

Dans la rue, mon patron est morose. Pensez donc, l’expédition n’a plus lieu ; par exemple il est guéri. Comme par enchantement, sa goutte a disparu et à ses nombreux amis il conte sa déception. Pensez donc, au moment où je me sentais dispos, plus d’expédition ! Vraiment, les pouvoirs publics sont bien coupables, le Gouverneur, le Général, les Anglais même, tout le monde en prend pour son grade ; je passe des heures devant les cafés à l’entendre expectorer ses mensonges. Il jacasse trop, son auditoire ne s’y trompe plus, on le voit bien au sourire des copains qu’il régale.
Moi non plus, je ne m’y trompe pas ; à la maison du reste, le ton change, et à la table familiale il ne peut dissimuler sa joie de voir la fameuse expédition pour des pays inconnus enterrée pour toujours dans des cartons aussi poussiéreux qu’administratifs. Avoir failli être mobilisé suffit à sa gloire.
Je croyais être tranquille pour longtemps quand, hier, il est tombé en arrêt devant l’affiche de vente du bateau-câble, l’appareil de T. S. F. est à vendre, de là à rêver de l’installer au bout du wharf il n’y a qu’un pas. Tamatave réclame à cor et à cri la T. S. F. Une pétition a circulé sur une table de café entre 4 apéritifs, elle a été de suite couverte de 4 signatures, les propriétaires des apéros. Malheureusement, à Tamatave, les pétitions pleuvent depuis quelque temps, les signataires se fatiguent et, malgré l’avantage qu’il y aurait de prévoir les cyclones, les naufrages, les Kœnigsberg, les baleines, etc., pas plus que les autres cette pétition n’aura d’effet ; il est vrai qu’elle peut toujours être signée « les commerçants de Tamatave », le résultat ne sera pas changé et comme d’habitude personne ne sera content.
Sarah B.
La Dépêche malgache

Bateau incendié en rade de Tamatave

Un violent incendie s’est déclaré dans les soutes à charbon du vapeur Djibouti, en rade de Tamatave.
Ne pouvant se rendre maître du feu, le capitaine songea un moment à couler son bateau ; mais l’équipage réussit à circonscrire l’incendie et, après de longs efforts, à l’éteindre.
Les dégâts matériels sont considérables.

Le Djibouti a pu, néanmoins, continuer son voyage sur la Réunion.
Le Courrier colonial

Madagascar en 1914 est en préparation, Madagascar en 1913 est disponible dans une édition numérique revue et corrigée.
Et la Bibliothèque malgache s'ouvre à de nouvelles collections, avec quatre premiers titres disponibles sur la nouvelle page d'accueil du site.

8 février 2015

Il y a 100 ans : Saïd-Ali conférencier

Le gouverneur général par intérim de Madagascar a judicieusement estimé qu’il était temps que Saïd-Ali essaie de gagner l’argent qu’on lui octroie si généreusement depuis plusieurs années. Il l’a envoyé en tournée chez ses coreligionnaires.
C’est ainsi que l’ex-sultan de la Grande-Comore a fait, le 12 novembre, aux musulmans de Majunga, une conférence dans les locaux de l’école.
L’administrateur en chef, M. Demortière, s’était lui-même dérangé pour expliquer aux auditeurs que Saïd-Ali venait s’entretenir avec eux des événements en cours.
L’ex-sultan expose que l’Islam devait demeurer étranger au conflit provoqué par la Turquie, à la suite des intrigues germaniques.
Ce conflit, a-t-il déclaré, n’intéresse à aucun degré la religion : c’est un acte purement politique provoqué par les agents du Kaiser qui ont trouvé en l’agitateur Enver Pacha un instrument docile des ambitions de l’Allemagne.
Seul donc le gouvernement turc doit être rendu responsable d’un état de choses créé par lui-même.
Saïd-Ali n’omettant jamais de se dire descendant de Mahomet, sa démonstration a été écoutée avec attention par son auditoire musulman qui a paru bien impressionné.
L’ex-sultan a quitté Majunga, le 14 novembre, sur le Persépolis pour aller continuer ses conférences à Morondava et à Nossi-Bé.

Un journaliste de Madagascar rappelé à l’activité

Le commandant en retraite V. Nicolas, directeur de l’Impartial de Diégo-Suarez, ayant été rappelé à l’activité sur sa demande, annonce qu’il abandonne momentanément la direction de son journal, après avoir pris toutes ses dispositions pour que celui-ci continue à paraître régulièrement.
Le commandant Nicolas a été affecté au 3e régiment de tirailleurs malgaches.

Le général Riou rentre en France

On nous écrit de Tananarive que le général Riou qui, depuis le début des hostilités, avait demandé à rentrer en France pour servir sur le front, vient de voir enfin réussir ses démarches : il prendra passage sur un des plus prochains paquebots.
Le commandement supérieur sera exercé, pendant la durée de la guerre, par le plus ancien colonel en service dans la colonie.

Le Courrier colonial

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7 février 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (11)

Lettre d’un colon
(Suite.)
Cette plaine, que vous qualifiez de stérile, ne produit-elle pas des arbres de la plus belle venue, et que l’on a plantés partout où la colonisation a pu pénétrer sans trop de difficultés ?
Sous ces arbres qui, – jusqu’à cette heure, ne comprennent presque exclusivement que des filaos et des eucalyptus, – sous ces arbres, dis-je, ne pousse-t-il pas une herbe drue, fine et tendre, dont les animaux sont très friands, et qui pousse avec vigueur, parce qu’elle trouve le sol bonifié par l’humus formé par les feuilles qui tombent des arbres, présentant ainsi un excellent pâturage ?
Or l’élevage n’est-il pas une des principales ressources de la colonie, et un élément puissant de prospérité ?
Et qui ne voit le bénéfice qu’il y aurait à engraisser, ici, tout près, les animaux destinés au frigorifique ou même à l’exportation sur pied ?
Ayant des troupeaux, les colons disposeraient de fumier abondant, leur facilitant la création de potagers et de cultures rémunératrices.
Quels délicieux cottages ne s’élèveraient pas alors dans cette plaine aujourd’hui désolée, improductive et inhabitable ?
Mais les filaos et les eucalyptus ne sont pas les seules essences qu’il faille cultiver.
Si nous nous donnions la peine de nous rendre compte de ce qui se passe dans les colonies voisines, même dans nos propres colonies, la Nouvelle-Calédonie par exemple, nous verrions qu’à Nouméa et dans ses environs, la service de colonisation plante à outrance, sur toutes les avenues, sur tous les coteaux dénudés, dans les terres les moins fertiles, un arbre qui pousse partout avec une grande vigueur, et se reproduit facilement et rapidement. C’est l’Algéroba.
Cet arbre, que le docteur Lebœuf a rapporté des îles Hawaï, où il a envahi de lui-même les endroits les plus arides et les plus incultes, est de la famille des légumineuses (Prosopis Judiflora). Il pousse avec une telle rapidité, qu’en moins de deux ans il atteint plus de 3 mètres de haut.
Il jouit d’une grande valeur agricole, parce que, comme toutes les légumineuses, l’Algéroba enrichit le sol où il croît, et qu’il fournit, en outre, des quantités énormes de gousses sucrées, dont les chevaux, les bœufs et les porcs sont très friands.
(À suivre.)

Le Tamatave

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5 février 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (10)

Lettre d’un colon
(Suite.)
Je vous disais que le drainage et l’assainissement de la plaine qui entoure la ville de Tamatave auraient dû être exécutés depuis longtemps, immédiatement après la conquête. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait ? Je ne perdrai pas mon temps à l’expliquer.
On ne peut nier que Tamatave soit le port de débarquement le plus important de l’île. C’est sur son quai qu’abordent les colons et prospecteurs qui se rendent sur les hauts plateaux et sur une bonne partie de la Côte Est.
Veulent-ils explorer la banlieue de Tamatave ? Impossible ! Pas un brin de route, pas même un chemin de fortune pour traverser les marais, lagunes et rivières qui partout barrent le passage. Par suite, pas de colonisation possible dans toute cette étendue. Et cependant, partout, dans toutes les colonies, c’est aux environs des villes, et surtout des ports de mer que la colonisation intensive se pratique avec le plus de succès.
Ici, à Tamatave, rien ! pas moyen de sortir de l’enceinte de la ville. Les colons qui se sont établis sur la route de l’Ivoloina, bien que possédant une belle voie de communication, voient leurs efforts colonisateurs paralysés par cette barrière infranchissable, la lagune, le marais !…
Ce ne sont que des terres sans valeur, s’écrie M. Lebureau, des sables qui ne permettent et ne permettront jamais aucune culture coloniale ; le café, le cacao et la vanille ne feront qu’y végéter sans donner de bénéfices. Par suite il est parfaitement inutile de perdre le temps et l’argent à les drainer et à les livrer à la colonisation.
Vrai !!
Ineffable M. Lebureau ! Une colonie d’une grande étendue comme celle de Madagascar, qui ne cultiverait que du café, du cacao et de la vanille, serait fatalement vouée à une ruine complète !
La vie économique d’un peuple exige bien d’autres produits qui tous ont leur importance et leur valeur relative, et qui tous contribuent à des titres divers au développement du pays et à sa prospérité.
(À suivre.)

Le Tamatave

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2 février 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (9)

(Suite.)
Quant aux œuvres d’art qu’on économiserait en suivant la route de Farafatra, c’est là une pure utopie, car cette route ne possède, à l’heure actuelle, aucun pont sérieux, méritant vraiment ce nom, pour franchir les nombreuses lagunes et cours d’eau qu’elle traverse. De ce côté-là encore, pas d’économies possibles.
Cette route desservirait les intérêts d’un plus grand nombre de colons ??
Mais M. Lebureau n’a pas la prétention, que je sache, de desservir les intérêts des colons de la région au moyen d’une seule et unique voie de communication.
À ce propos, le projet actuel d’une route de Tamatave à l’Ivondro fait-il partie d’un plan d’ensemble, embrassant les voies de communication de tout le pays et servant d’artère principale aux diverses ramifications qui s’étendraient de tout côté, ou bien n’est-ce qu’un bout de chemin lancé au petit bonheur, pour faire taire les colons qui réclament, à cor et à cri, des voies de communication, car s’il doit s’arrêter à Melville, on ne voit pas bien à combien de colons il pourra être utile.
On oublie qu’une route, partant de Tamatave et permettant de gagner l’intérieur jusqu’à la capitale, est absolument indispensable, et ne doit pas trop s’éloigner de la voie ferrée, afin de permettre, par exemple, les communications entre deux gares, aujourd’hui impossibles. Il faut aller jusqu’à Fanovana avant de trouver cette facilité. De cette localité à la côte, pas une gare n’est desservie par une voie de communication en permettant l’accès, la route qui part de Mahatsara, près d’Andévorante, s’en trouvant trop éloignée jusqu’à Fanovana.
Entre parenthèse, que dire de cette dernière route qui, malgré tant de millions qu’elle a coûtés, n’aboutit nulle part sur la côte. Un plan d’ensemble ne pourrait-il la rajuster à celle de Melville par le Fanandrana et la Ronga-Ronga ??
Mais revenons à nos moutons, c’est-à-dire à la route de Tamatave à Melville. Pour que cette route puisse pratiquement traverser la plaine, il faudrait, paraît-il, que les lagunes et marais qui couvrent en entier ladite plaine fussent desséchés.
À cette proposition, je vois, sur la tête de M. Lebureau, ses cheveux se hérisser d’horreur et d’effroi.
(À suivre.)

Le Tamatave

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31 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (8)

(Suite.)
Oui, par économie, et voici comment : de Tamatave au pied des coteaux, la nouvelle route suit le tracé de l’ancienne, dont il faut à peine compléter la plateforme, sans grands travaux d’art. Puis elle emprunte le dos d’une dune qui s’en va en ligne droite vers la rivière du Vorinkina ; la plateforme de cette partie sera également facilement construite, et la route, contournant ainsi au pied des coteaux, pourra desservir un plus grand nombre d’intérêts particuliers.
Une route coupant directement la plaine sur Melville serait sans doute plus courte de plusieurs kilomètres, mais elle traverserait plusieurs marais et lagunes dans une plaine aride et, en outre des travaux d’art qu’elle exigerait, la construction de sa plateforme serait plus coûteuse.
C’est donc une question d’économie qui prime tout.
Là, j’arrête mon interlocuteur.
Des économies de cette nature ? Nous en sommes coutumiers à Madagascar. Entre bien d’autres, je n’en citerai qu’une, bien typique, celle-là.
La voie du T. C. E., en montant vers Fanovana, s’est heurtée à une vallée, presque un ravin, large de 50 à 60 mètres au plus. Un pont était nécessaire pour la franchir, mais il devait coûter 60 000 francs.
Pour économiser cette somme, M. Lebureau a eu l’idée géniale de contourner la vallée, ce qui a occasionné à la voie un développement d’environ trois kilomètres en plus, dans une zone où le kilomètre a coûté plus de 200 000 francs. D’où il résulte que, pour économiser 60 000 francs, on en a dépensé plus de 600 000. Gribouille n’a jamais eu le génie de trouver celle-là.
Ici je crains bien que l’économie dont on parle ne soit de même nature.
On veut économiser sur la construction de la plateforme, ce qui est presque insignifiant, étant donné que cette plateforme pourrait être construite par la main-d’œuvre prestataire et pénitentiaire qu’il faudra bien, un jour ou l’autre, utiliser quelque part. En revanche, on ne pourra économiser sur la caillasse et l’entretien que nécessiteront plusieurs kilomètres en plus.
(À suivre.)

Le Tamatave

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29 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (7)

(Suite.)
4° Réglementer d’une façon plus pratique l’utilisation de la main-d’œuvre prestataire et pénitentiaire, cette dernière surtout.
N’est-il pas en effet ridicule et décevant de voir la colonie nourrir, vêtir et loger confortablement un indigène – et cela gratis, – sous le prétexte qu’il n’a pas payé ses impôts ?
Car le travail que, à cette heure, on exige de lui, en général est insignifiant, d’autant qu’avec les règlements actuels on ne peut, paraît-il, ni l’éloigner de la maison d’arrêt, ni le laisser sortir, sans une forte escorte absolument inutile en pays malgache.
Employés à des travaux utiles, ce serait, pour ces détenus, une école de travail, et pour la colonie une source de richesses.
Ils ne devraient, bien entendu, travailler que sous la direction de surveillants compétents et consciencieux. Il ne doit pas en manquer. Sans cela ils ne feraient que de la mauvaise besogne, ou n’en feraient pas du tout.
J’ai maintenant à vous dire un mot sur le tracé de la route de Tamatave à Melville que vous trouvez si parfait.
Venu à Tamatave en filanzana, j’ai eu l’idée de regagner ma propriété en suivant le piquetage qui indique le tracé de cette route (de Tamatave à Melville).
J’ai cru d’abord que mes bourjanes, pour se moquer de moi, me conduisaient à Farafatra. Mais pas du tout. Je n’ai pas tardé à me rendre compte que le piquetage suivait réellement cette ancienne voie, carrossable jadis, mais que, sous prétexte d’amélioration, d’aucuns ont rendue inutilisable.
Ce n’est qu’arrivé au village d’Ambodisine, au pied des coteaux de Farafatra, que le tracé de la route, par un angle presque aigu, tourne à gauche dans la direction de l’Ivondro en suivant parallèlement la ligne des eaux qui sépare ces coteaux de la plaine.
Le hasard me fait rencontrer une connaissance à qui j’exprime mon étonnement de voir cette route traverser la plaine d’abord du Sud-Est au Nord-Ouest, et ensuite entièrement du Nord au Sud, l’allongeant ainsi de plusieurs kilomètres sur le tracé plus ou moins direct de Tamatave à Ivondro.
Étant bien en cour, cet ami a pu m’indiquer que, si cela se faisait ainsi, c’était par pure économie.
Par économie ??
 (À suivre.)

Le Tamatave

Incessamment sous peu, le renouveau de la Bibliothèque malgache sur le terrain de l'édition, avec un titre déjà paru, mais remis en page de manière plus professionnelle, et très vite des nouveautés.