26 avril 2015

Il y a 100 ans : À propos des pousse-pousse du Consul allemand

On nous écrit :
Ma question, – que l’on a qualifiée d’indiscrète, – au sujet des pousse-pousse des Allemands, a eu le don de faire du bruit dans Landerneau. Dans ma naïveté, j’aurais cru qu’il appartenait aux « séquestres » de répondre à cette question. C’est une dame, belle et charmante à n’en pas douter, qui, à leur place, se croit obligée de me renseigner sur un ton aigre-doux qui laisserait croire que ma question lui a causé quelque dépit. Qu’est-elle dans cette histoire, et que vient-elle faire dans cette galère ??… D’autant plus qu’elle joue de malheur quant à l’exactitude des renseignements qu’elle se croit obligée de me donner, elle, tierce personne.
En effet, le fameux pousse-pousse, – celui qu’on a vu circuler dans les rues, – (notre indiscrète le reconnaît) était depuis des mois au service d’un haut fonctionnaire, précisons – un haut magistrat, – qui, parti par le dernier courrier, s’est servi de ce véhicule pour se faire transporter sur le quai d’embarquement. Voilà comment ce pousse-pousse a été vu dans les rues.
Mais notre charmante indiscrète commet une… maladresse bien plus… originale. Elle déclare que ce pousse-pousse qu’on a vu circuler dans les rues de Tamatave est allé retrouver M. le Consul allemand dans sa princière demeure à Fort Duchesne.
Vous allez trop vite, Madame, dans vos affirmations. La vérité est qu’au lendemain de votre réponse dans les journaux de Tamatave, un employé de l’un des séquestres est allé demander à la gare combien coûterait le port d’un pousse-pousse jusqu’à Tananarive. Il n’était donc pas encore parti quand vous nous annonciez le contraire. C’est tout. Ah ! quelle belle occasion de vous taire, Madame, vous avez perdue là !!…
Quant à l’honorable et estimé journal Le Tamatave, qui a bien voulu publier mon indiscrète question, il lui importe peu, sans doute, de s’attirer la haine et les injures des gens dont il se croit obligé de flageller les vilenies. L’estime des autres doit lui suffire.

Le Tamatave

Madagascar en 1914 sortira le 1er mai, Madagascar en 1913 est disponible dans une édition numérique revue et corrigée.
Et la Bibliothèque malgache s'ouvre à de nouvelles collections, avec seize titres parus, à découvrir sur la nouvelle page d'accueil du site.

24 avril 2015

Il y a 100 ans : Événements et incidents à Diégo-Suarez (3)

(Suite et fin.)
Notre confrère l’Impartial ayant osé demander la lumière à ce sujet a vu son article interdit par notre administrateur local, sous prétexte d’un droit de censure inexistant et, par conséquent, à l’aide d’un de ces abus de pouvoir tendant à rétablir le régime du bon plaisir, si cher à M. Picquié.
En effet, nous avons tous vu, le 15 août 1913, en pleine nuit et en plein bal, un général faire envahir par la force armée le local privé du Cercle français, pour y faire arrêter un officier en rupture d’arrêts, ce qui tombait sous le coup des articles 184 et suivants du Code pénal : parmi les fonctionnaires et magistrats témoins de ce scandale, pas un n’a osé souffler mot contre cet abus d’autorité parfaitement caractérisé.
Depuis, le procureur-général Theulet s’est cru permis d’infliger arbitrairement quarante et quelques jours de prison préventive à notre confrère et ami, M. Chott, qui avait eu l’audace de réclamer justice ; les Annales Coloniales ont publié, à ce sujet, un vibrant article de M. Henri Cosnier, mais, à notre connaissance du moins, aucune sanction n’a été encore appliquée.
Aujourd’hui un personnage officiel, haut placé, jette la suspicion parmi nous en lançant jésuitiquement des accusations contre plusieurs des nôtres… et un représentant de l’Administration essaie d’étouffer l’affaire en interdisant la publication d’un article de journal réclamant la lumière, en violation de la Loi, car le décret du 22 août 1914, promulgué ici le 10 octobre, n’est pas applicable en l’espèce.
Où allons-nous ? deviendrons-nous véritablement les serfs de l’Administration, taillables et corvéables à merci, privés de la protection des lois cependant existantes ?
La méthode Picquié a-t-elle fait école et, lui parti, ses disciples, façonnés selon ses goûts, sont-ils parvenus, au perinde ac cadaver si prisé des jésuites ?
Sommes-nous donc revenus aux temps du Grand Roi, et pouvons-nous affirmer encore ici, en plein XXe siècle, ce qu’osait alors écrire notre immortel fabuliste, qui n’en fut cependant pas puni, car il ne vivait pas sous un régime pareil à celui de Madagascar :
Selon que vous serez puissant ou misérable
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Les Annales coloniales

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23 avril 2015

Il y a 100 ans : Événements et incidents à Diégo-Suarez (2)

(Suite.)
Malgré le marasme des affaires, signalons que les opérations entamées avant la guerre, et celles conclues depuis, se sont, en général, très bien terminées, et nous avons appris de notre banque que les paiements, surtout depuis la disparition du moratorium, s’étaient opérés ici avec une régularité et une abondance remarquables, que doivent nous envier bien d’autres villes de Madagascar dont les habitants se plaisaient, bien avant la guerre, à crier urbi et orbi que Diégo-Suarez agonisait.
*
* *
La bêtise et la méchanceté humaines ne manquent jamais l’occasion de se produire, quelles que soient les circonstances et les latitudes. La dernière, qui est toute d’actualité, vise une grosse Société française, comprenant dans son sein des associés étrangers mais neutres, aussi avantageusement connue ici qu’à Nosi-Bé et Majunga.
D’après les dires d’un personnage haut placé, inspecteur local des Services civils de la Colonie, cette maison serait un repaire d’espions allemands, ayant à son service une compagnie de navigation allemande se cachant sous pavillon neutre, et exerçant son triste métier avec la complicité de deux de nos concitoyens aussi connus qu’estimés de tous.
Rien que cela ! et c’est suffisant par le temps qui court pour nuire irrémédiablement aux victimes de pareilles accusations, toujours lancées en petit comité, mais n’en devenant pas moins rapidement publiques.
On s’étonne d’abord que ce dénonciateur n’ait pas plus tôt songé à dévoiler ces prétendues manœuvres, et n’ait saisi directement la justice comme c’était son devoir.
Pourquoi a-t-il attendu aussi longtemps après son départ de chez nous et s’est-il réservé de le faire très officieusement loin d’ici, à Majunga ?
La Société en cause ne veut pas ainsi se laisser calomnier, elle n’a pas la complaisance teutonne des gens de haute « kultur » vis-à-vis de l’autorité supérieure sacrée pour les Allemands et autres barbares : elle s’est déjà défendue, elle se défend et continuera. Nous sommes en mesure de pouvoir même affirmer que les personnes visées vont saisir leur ambassade, et elles auront bien raison !
(À suivre.)

Les Annales coloniales

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22 avril 2015

Il y a 100 ans : Événements et incidents à Diégo-Suarez (1)

(De notre correspondant particulier.)
Depuis le commencement de la guerre, le point d’appui de Diégo-Suarez, s’il est encore permis de lui donner sans rire ce qualificatif, a été le théâtre de nombreux événements et de quelques incidents regrettables.
*
* *
Nous avons pu assister, dès les débuts, à la préparation d’une colonne d’expédition vers des rivages demeurés inconnus, décidée par feu Micromégas-Picquié. À l’instigation de ce Napoléon en baudruche, une expédition fut en effet organisée. En conséquence, le Djibouti, de la Compagnie Havraise Péninsulaire, et le Melbourne, des Messageries Maritimes, furent aménagés à grand fracas, emplis de munitions et de vivres pour plusieurs mois de campagne, et finalement désarmés, quand les agents des Compagnies en cause demandèrent une réquisition en bon ordre, personne ne voulant en prendre la responsabilité, notre ex-Gouverneur général se dérobant le premier pour ne pas approuver les choses faites.
Il en a certainement coûté cher à la Princesse, mais le geste inachevé du responsable irresponsable demeurera peut-être, dans l’avenir, comme le plus magnifique de notre ex-fantoche, à moins qu’une enquête ne soit ordonnée pour remettre à point l’affaire et imputer à leur seul auteur le gaspillage insensé qui a été commis.
*
* *
Nous avons eu aussi les fantomatiques croisières du Kœnigsberg. On l’a craint pendant des mois sans le voir nulle part. Il paraît cependant qu’il osa se montrer devant Majunga, aux yeux d’un promeneur très matinal, qui voyait peut-être trouble, et que certains habitants de la ville ont cru bénévolement. Immédiatement, et de Tananarive, un compte rendu très romanesque fut expédié en France où il dut avoir un petit succès, malgré son invraisemblance, et qui fut démenti depuis, il faut le reconnaître. Le petit rufian-croquemitaine, venu à Dar-ès-Salam pour une exposition avec des munitions d’exercice, a jugé prudent de se laisser embouteiller dans une rivière de l’Afrique orientale, après avoir mis à mal le Pegasus désarmé. Surveillé par la flotte anglaise, il y vieillit sans doute avec ses souvenirs, mais sans probablement s’améliorer.
(À suivre.)

Les Annales coloniales

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21 avril 2015

Il y a 100 ans : Quousque tandem ?… (2)

(Suite et fin.)
L’éclairage de la ville laisse beaucoup à désirer et dans certains endroits il n’y en a pas du tout.
Combien de nos rues auraient besoin d’être rechargées ? Et des principales encore ! Quant aux trottoirs promis, il n’y faut pas compter, l’état déplorable de ceux existant donnant la mesure des soucis de nos gouvernants pour les pauvres bougres de gouvernés.
Un arrêté local a prescrit la clôture des propriétés, d’une façon générale, et bien des propriétaires ont été invités, jadis, à l’observation des règlements.
Depuis quelque temps cet arrêté semble tombé en désuétude. – La commune elle-même néglige de clore ses terrains, dont certains, situés en pleine ville, sont devenus de véritables dépotoirs publics, et le cas échéant se trouvent transformés en… Infandum !!! Caveant consules.
Un passant.

Le carnet d’un boto de pousse-pousse

Il y a 15 jours, j’avais émis l’idée qu’il serait possible d’envoyer du café à nos troupes du front. Dans ma pauvre tête de Malgache j’avais cru que cette idée ferait son chemin. Eh bien j’ai eu le regret de constater que ça n’a pas été entendu, malgré les prix avantageux du moment.
J’ai fait part de ma déception à mon copain qui est quelque chose dans l’Administration, il a ri de bon cœur. Un Malgache peut avoir une bonne idée, m’a-t-il dit, mais cela ne prendra jamais, il faut pour cela que la chose vienne d’en haut et non d’en bas. Si une grosse légume avait trouvé cela, l’affaire était dans le sac, en venant de toi c’était du temps perdu et ta bonne idée actuellement ne sera même pas reprise par un autre, pense mon cher qu’il n’en aurait pas la primeur.
Mon copain a une fois de plus raison, je m’en suis bien rendu compte lundi dernier quand un simple appel du curé de la paroisse a suffi pour emplir son temps d’une foule aux opinions les plus diverses. Enfin je me console, à défaut de café, nos soldats auront des prières. S’ils ne sont pas contents, c’est qu’ils seront bien difficiles.
Sarah B.

La Dépêche malgache

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20 avril 2015

Il y a 100 ans : Quousque tandem ?… (1)

Jusques à quand serons-nous dans la triste situation où nous nous trouvons actuellement ?…
Où allons-nous ?…
Grande récompense à qui pourra donner une solution satisfaisante aux deux points d’interrogation que nous posons ci-dessus !!!
En attendant, envisageons les choses telles qu’elles existent.
Tamatave est, sans contredit, la plus jolie cité de la Grande Île, n’en déplaise à ceux qui pensent ou pourraient penser le contraire.
Cependant, les Tamataviens sont loin d’être aussi heureux qu’ils devraient l’être.
Notre Édilité, absorbée par des questions d’un intérêt tout à fait personnel, laisse la barque tamatavienne s’en aller à la dérive, et ce n’est pas de sa faute si elle ne s’est pas encore brisée sur les récifs environnants. Les règlements urbains sont foulés aux pieds par ceux-là même qui devraient les faire respecter.
Trop de parade et pas assez d’action.
Nos rues sont jonchées de tas d’immondices dont l’enlèvement se fait irrégulièrement, et bien souvent deux fois vingt-quatre heures s’écoulent avant que les charrettes de l’entrepreneur fassent leurs rondes.
Au marché, chacun cherche à gruger le bon public, dans le ravitaillement de chaque jour. – On nous donne plus d’os que de viande ; les pesées sont loin d’être justes, les denrées de mauvaise qualité, et le reste à l’avenant.
Chez l’épicier du coin, c’est encore pire, tout est plus ou moins frelaté, depuis l’huile de pétrole jusques et y compris le beurre.
Ne parlons pas des boissons de toute sorte garnissant les étagères des Asiatiques ! Elles ménagent des surprises désagréables aux consommateurs de bonne foi.
Si l’on voulait bien appliquer les règlements en vigueur, avec mesure, avec tact, le mal pourrait être, sinon déraciné, du moins atténué d’une façon sensible ; les prix inabordables pourraient être réduits, et l’alimentation générale s’en ressentirait avantageusement.
Mais non, ce serait trop simple, partant trop beau, et nous ne pouvons guère l’espérer…
Pourquoi ? me direz-vous. Parce que…
Intelligenti pauca
(À suivre.)

La Dépêche malgache

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12 avril 2015

Il y a 100 ans : Cour criminelle de Tamatave (2)

(Suite et fin.)
Il râlait encore en ce moment mais il expira en quelques minutes des suites de l’hémorragie causée par les coups de couteau. Cette fois, Belalahy dit qu’ils avaient été tous les deux attaqués par des brigands et que lui seul avait pu se sauver. Il n’avoua la querelle qu’il avait eue avec son patron que lorsqu’on lui fit remarquer que les bagages étaient à cent mètres plus loin, et que l’argent était dans la poche de son patron ; des voleurs auraient emporté tout cela.
Il fut appréhendé et conduit à la prison de Tamatave. Interrogé sur ses aveux contradictoires, il répondit qu’il avait eu peur.
À l’audience, le ministère public, après avoir exposé les faits, déclara qu’il ne voyait aucune circonstance atténuante car la preuve de préméditation pouvait être fondée, puisque l’indigène connaissait la valeur de la somme que portait le Chinois et qui lui avait été remise en sa présence, puisque le crime s’était commis dans un endroit solitaire et couvert par les bruits des vagues, puisque l’indigène avait caché les bagages et faisait des déclarations contradictoires. De plus, les crimes s’étant multipliés depuis un certain temps, il fallait appliquer des peines sévères pour en arrêter le cours.
La défense fit remarquer qu’on ne devait pas regarder les circonstances qui avaient précédé mais celles qui avaient suivi le prétendu crime. L’attitude de Belalahy n’était nullement celle de quelqu’un qui a volé pour assassiner, s’il y avait eu préméditation, Belalahy n’aurait pas avisé le village, il se serait sauvé après avoir tout emporté, et il aurait pu le faire facilement par voie de mer. De plus, il n’avait aucun intérêt à assassiner son beau-père Tang-Ti, car un brillant avenir s’ouvrait devant lui. Si on voulait punir des criminels, il fallait punir ceux qui le sont réellement.
Enfin, le Chinois, étant l’agresseur, est aussi coupable que lui, et le Malgache qui a reçu des coups dont il porte encore la trace aurait pu tout aussi bien rester sur le carreau.
La cour, après avoir délibéré, a condamné Belalahy à 10 ans de travaux forcés pour coups et blessures ayant déterminé la mort.
Le Tamatave

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10 avril 2015

Il y a 100 ans : Cour criminelle de Tamatave (1)

Président : M. Jodia.
Assesseurs : MM. Covain, Raymond Négro et Jullien.
Lundi dernier, 15 février, avait lieu l’audience où se jugeait le crime d’homicide commis par l’indigène Belalahy sur la personne du Chinois Tang-Ti.
Voici les faits. Belalahy était le domestique de Tang-Ti qui lui-même était l’employé de Tang-Sen lequel a servi de témoin. De plus, la mère de ce Belalahy (âgé de 19 ans) est la ramatoa de Tang-Ti. Au mois d’octobre dernier, Tang-Ti avait été envoyé par son patron de Tamatave à un village situé à plusieurs journées, pour une affaire quelconque. À cet effet, Tang-Sen lui remit une somme de 75 francs plus les bagages que devait porter Belalahy, et cela en présence de ce dernier. Tang-Ti aurait voulu voyager en pirogue, mais Belalahy s’y opposa. Force lui fut d’aller à pied.
Ils se mirent en route et, quand la nuit fut venue, ils couchèrent dans un village. Le lendemain, ils repartirent à la pointe du jour et vers 10 heures ils arrivèrent dans une forêt voisine de la mer où le bruit des vagues se faisait entendre tout particulièrement. Là, Belalahy, fatigué, ralentit le pas. Le Chinois dut l’invectiver pour le faire aller plus vite, puis se mit à le houspiller avec son bâton. L’indigène exaspéré se retourna et une dispute s’ensuivit. Le Chinois lui porta à la tête deux coups de couteau qui furent sans danger. L’indigène en fit autant, mais le Chinois tomba évanoui sur le chemin. Effrayé, Belalahy transporta le corps de son maître dans un fossé, alla cacher les bagages à une centaine de mètres plus loin, et se rendit à un village voisin. Le chef, le voyant arriver tout sanglant, le pressa de questions, et Belalahy déclara qu’accablé par le poids des bagages, il était tombé sur des morceaux de bois aigus qui l’avaient mis dans cet état. Devant l’invraisemblance de cette déclaration, les habitants le ramenèrent dans la forêt d’où ils l’avaient vu arriver. Ils cherchèrent partout, et trouvèrent dans le dit fossé le Chinois étendu sur le dos, couvert de sang, les bras en croix, ayant sur sa poitrine son chapeau, son bâton et son parapluie.
(À suivre.)

Le Tamatave

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9 avril 2015

L’importation des bœufs de Madagascar compromise par les députés de la Réunion (4)

(Suite et fin.)
Nous laissons, d’autre part, à ceux qui désirent en savoir davantage, le soin de rechercher à quelles influences est due la présence au sein de la Commission d’un homme d’affaires qui ne s’était jamais occupé jusqu’ici de la question des bœufs de Madagascar et qui pourra bénéficier de toutes les indications fournies par des concurrents au cours des débats, pour faire établir, le cas échéant, des propositions utiles à lui-même et à ses associés.
Nous ne parlerons pas des allées et venues continuelles d’autres personnes, assez connues dans la Grande Île, que certains vont mettre très fréquemment, dans les couloirs de la Commission, au courant de ce qui se dit et se fait au sein de celle-ci. L’avenir nous dira si les hommes qui disent, trop haut, à l’heure actuelle, que l’État doit assurer seul l’importation des bœufs de Madagascar ne cherchent pas simplement à écarter au bénéfice d’amis les propositions sérieuses que l’initiative privée peut être tentée de faire aux services intéressés.
On éprouve un véritable découragement, une indicible tristesse à penser que des préoccupations aussi basses hantent, seules, l’esprit de quelques Français pendant que des milliers de nos compatriotes sacrifient sans hésiter, non seulement leurs intérêts, mais aussi leur existence pour assurer le triomphe de la Patrie.
Maurice Raoult.

Un nouveau service automobile à Madagascar

La voiture automobile que M. Picquié avait commandée pour faire le service du camp d’Ambre à Diégo-Suarez est arrivée à Madagascar par l’un des derniers paquebots venant de France.
Comme la route était précisément terminée depuis peu, cette voiture a immédiatement été mise en service ; elle effectue deux voyages par semaine d’Antsirane au camp et un par semaine sur la route des placers jusqu’à Sahankazo.
Quand la seconde voiture attendue sera parvenue à destination, le nombre des voyages pourra être sensiblement accru.

Le Courrier colonial

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8 avril 2015

Il y a 100 ans : L’importation des bœufs de Madagascar compromise par les députés de la Réunion (3)

(Suite.)
Suivant eux, le ministère de la Guerre, à qui on avait demandé d’envoyer un représentant, n’avait pas le droit d’en envoyer deux et ils demandaient, d’autre part, que l’unique représentant de la Guerre ne fût pas M. Mury. Or, selon toute vraisemblance, si le gouvernement fait venir des bœufs de Madagascar, c’est la Guerre qui passera des contrats avec des particuliers ou qui organisera elle-même cette importation. Ce n’est donc pas un, ni même deux, mais trois ou quatre représentants que le ministère de la rue Saint-Dominique aurait dû avoir dans cette Commission qui compte une quinzaine de membres.
D’aussi inqualifiables procédés se passent de commentaires. MM. Boussenot et Gasparin prouvent ainsi qu’ils veulent bien rendre service à Madagascar, mais à la condition qu’eux seuls en retirent avantage auprès des Malgaches. Pour y parvenir, ils n’hésitent pas à compromettre le succès de l’œuvre commune.
En effet, ils ne sont pas sans ignorer que les milieux administratifs se montrent très hésitants pour se lancer dans une pareille entreprise et que l’accord de tous les coloniaux est indispensable si on veut lui assurer le maximum de chances de succès. Or, notre directeur avait, non seulement éclairé la Commission sur bien des points, fait entendre des gens compétents, mais encore démontré aux services intéressés de la rue Saint-Dominique, plutôt sceptiques en la matière, qu’il fallait attacher une réelle importance à la question.
M. Francis Mury a trop de dédain à l’égard de ses adversaires pour ne pas continuer, sur tous les terrains, la campagne qu’il a commencée en faveur de l’importation des bœufs de la Grande Île, il y a sept ans ; mais les membres de la Commission, les administrations intéressées, qui connaissent et apprécient, comme elles le méritent, toutes ces mesquineries, inclineront inconsciemment à englober, dans la même sévérité de jugement, et le projet lui-même, et ceux qui en poursuivent la réalisation, non dans l’intérêt général, mais dans leur intérêt personnel. La responsabilité de MM. Boussenot et Gasparin sera ainsi fortement engagée en cas d’échec.
 (À suivre.)
Maurice Raoult.

Le Courrier colonial

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6 avril 2015

Il y a 100 ans : L’importation des bœufs de Madagascar compromise par les députés de la Réunion (2)

(Suite.)
Mais cette initiative n’a pas plu à tout le monde. MM. Boussenot et Gasparin, faisant preuve d’une intransigeance et d’une étroitesse d’esprit inconcevables dans les circonstances critiques que nous traversons et qui devraient déterminer chacun à ne se préoccuper que de l’intérêt général, ont trouvé mauvais que le directeur du Courrier colonial, organe qui, cependant, s’occupe spécialement de Madagascar, joue, au sein de la Commission, un rôle aussi important.
Tous deux – et ils le déclarent hautement – estiment que la Grande Île se trouve dans leur champ d’action et que les intérêts de cette colonie les regardent seuls. Ils n’admettent pas qu’une autre personne puisse être considérée, par nos compatriotes de Madagascar, comme ayant pu rendre service à ce pays.
Aussi entendent-ils orienter les travaux de la Commission comme leur intérêt personnel l’exige. En même temps qu’ils n’acceptent pas l’intervention d’adversaires de leurs idées, ils ne veulent pas non plus que celles-ci soient soutenues par des hommes dont ils redoutent la concurrence dans la Grande Île, et qui pourraient se targuer d’avoir été utiles à cette colonie.
L’intransigeance dont font preuve ces deux singuliers républicains a même amené M. Gasparin à émettre de telles appréciations sur des fonctionnaires faisant partie de la Commission, qu’il s’est fait vertement rabrouer par le directeur de l’Agriculture, M. Berthaut. Mais cette sévère semonce, que toute l’assistance, sauf bien sûr M. Boussenot, a estimée complètement méritée, n’a pas assagi les représentants – avant la lettre – de Madagascar.
Dépités de voir, au sein de la Commission, notre directeur, qui y avait été envoyé officiellement par le ministère de Guerre, en raison de sa compétence spéciale en la matière, ils se sont livrés auprès du département de l’Agriculture, et en dehors de la Commission et de son président, qui se déclare indigné de pareilles manœuvres, à toutes sortes d’intrigues pour obtenir que M. Francis Mury ne fût plus convoqué à la Commission.
 (À suivre.)
Maurice Raoult.
Le Courrier colonial

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5 avril 2015

Il y a 100 ans : L’importation des bœufs de Madagascar compromise par les députés de la Réunion (1)

L’importation des bœufs de nos colonies répond à une si réelle nécessité que la grande presse métropolitaine s’en préoccupe. C’est ainsi que le Journal et nombre de nos confrères parisiens ont reproduit l’article que le Courrier colonial publiait à ce sujet, vendredi dernier.
La Commission, chargée de la recherche des moyens susceptibles de permettre la réalisation de cette idée, a entendu, dans ses dernières réunions, deux communications qui ont permis à ses travaux de faire un grand pas.
La première a été faite par un des plus importants bouchers de la Villette. Ce spécialiste est venu déclarer à la Commission que le bœuf malgache est d’excellente qualité et qu’il n’y a, à ce point de vue, aucune différence entre la chair de cet animal et celle de ses congénères de la métropole.
Ce boucher, qui acheta jadis une partie des bœufs amenés en France par Rey, parlait en connaissance de cause. Il ajouta même qu’il avait entamé des pourparlers pour faire venir chaque mois 1 500 bœufs de la Grande Île.
La seconde communication a été faite au nom d’une société qui s’est déjà préoccupée, il y a quelques années, de transporter des bœufs vivants de Madagascar. Le directeur de cette société a soumis à la Commission un projet minutieusement étudié et s’est déclaré prêt à amener en France le nombre d’animaux nécessaire dans des conditions de prix très raisonnables s’il pouvait compter sur le concours du gouvernement pour faciliter cette grosse entreprise.
Ces deux communications qui, de l’aveu du président, M. le sénateur Pauliat, sont jusqu’ici les plus sérieuses que la Commission ait entendues, ont été provoquées par notre directeur, M. Francis Mury, qui s’est évertué maintes fois, au cours de ces dernières années, pour faire établir entre la Grande Île et la France un commerce d’importation de bœufs vivants, a estimé de son devoir de signaler à la Commission les personnes avec lesquelles il s’était trouvé jadis en relation à ce sujet et qu’il estimait capables de mener à bien une aussi grosse entreprise. Le président l’en a chaleureusement félicité devant tous les membres de la Commission.
(À suivre.)
Maurice Raoult.

Le Courrier colonial

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2 avril 2015

Il y a 100 ans : Les bœufs de Madagascar viendront en France (3)

(Suite et fin.)
Mais cette importation, même pratiquée sur une vaste échelle, ne parviendrait pas à épuiser les ressources en bovidés que la Grande Île offre à la métropole. Un bateau de 5 000 à 6 000 tonnes pouvant transporter mille cinq cents animaux, deux mille au grand maximum, on se rend compte du nombre de bateaux et de voyages qui seraient nécessaires pour amener en France un million de bœufs.
Il faut donc, de toute nécessité, se préoccuper d’installer le plus rapidement possible dans cette colonie de vastes établissements frigorifiques qui permettront de remplir les cales des navires, aménagées à cet effet, de carcasses frigorifiées pendant que les parties supérieures seront occupées par des bœufs vivants. Il n’est pas exagéré de dire que chaque bateau pourra alors transporter six mille bêtes, ce qui diminuera singulièrement le nombre de bateaux et de voyages nécessaires.
Évidemment, on ne peut pas songer à créer des installations frigorifiques dans la Grande Île en moins d’une année, mais malheureusement on n’est pas du tout certain que la guerre sera terminée dans ce délai et d’autre part le troupeau métropolitain se trouvera assez réduit pour que l’on puisse affirmer, dès maintenant, la nécessité de le ménager pendant plusieurs années après la guerre, afin de lui permettre de se reconstituer.
Il est donc d’une sage administration que l’État édifie, à Madagascar, les établissements frigorifiques nécessaires, ou mieux qu’il encourage l’industrie privée à les créer, ce qui serait préférable à tous les points de vue.
C’est certainement dans cette voie que la Commission, dont nous avons parlé, lui conseillera de s’engager, en lui demandant d’organiser ou de faciliter, dès maintenant, le transport, en France, des milliers de bœufs que la Grande Île sera heureuse de fournir à la métropole pour lui donner une nouvelle preuve de son attachement.
F. M.

Le Courrier colonial

Madagascar en 1914 est en préparation, Madagascar en 1913 est disponible dans une édition numérique revue et corrigée.
Et la Bibliothèque malgache s'ouvre à de nouvelles collections, avec seize titres parus, à découvrir sur la nouvelle page d'accueil du site.

1 avril 2015

Jean-Claude Mouyon, quatre (et une) fois

Au moment où no comment® éditions réédite, sur papier, Roman Vrac, premier roman de Jean-Claude Mouyon, la Bibliothèque malgache reprend en édition numérique les quatre fictions d'un écrivain pour qui le grand Sud de Madagascar était non seulement un lieu de vie mais aussi - et surtout - une source d'inspiration. Auteur de pièces de théâtre et radiophoniques, Jean-Claude Mouyon a été journaliste et s'est consacré à l’écriture dans le sud-ouest de Madagascar où il avait posé son sac. Il est mort le 22 décembre 2011.

Roman Vrac - Il faut les voir ces perdus de l’existence, Tai Be, l’Archi, LR, Caca Citron, le narrateur et tant d’autres… les voir pour croire en leur destinée au fin fond de nulle-part-sur-rien dans le sud squelettique de Madagascar. En prise directe avec le quotidien de leurs amis autochtones et la réalité abrupte d’un pays à la fois magique et désespérant. Une relation passionnelle. Ces trois courts romans réunis sous le titre générique de Roman Vrac, drôles, mordants, tragiques, reflètent les affres mais aussi les joies que connaissent les étrangers du monde entier. Et comme dit l'autre, si on n'est pas entrés dans l'histoire on reste becs et ongles bien ancrés dans la vie. Et qu'on se marre!

Beko ou La nuit du Grand Homme - Pratiqué dans les régions Sud de Madagascar, le beko est un chant polyphonique a capella généralement interprété par un groupe d’hommes, nommés sahiry, composé d’un récitant et de choristes. Perpétué depuis la nuit des temps par les ethnies du Grand Sud, le beko fait résonner sa litanie répétitive et gutturale durant les nuits où amis et famille du défunt sont réunis devant des feux et des bassines de rhum pour accompagner l’esprit du mort dans sa marche vers l’Est, là où vivent les ancêtres. Beko, le roman, n’est en rien une explication ethnologique du culte des ancêtres mais l’appropriation d’un fait social et culturel qui m’a permis de bâtir une fiction à partir de la structure rythmique et narrative d’une cérémonie revisitée en présence de ses acteurs : Grand Homme, le défunt ; les sahiry ; les vivants. Sur le thème d’une histoire policière inspirée d’un fait divers réel, Beko ou La nuit du Grand Homme se veut aussi un chant, une musique à la fois tendre et violente dédiée à l’extrême Sud de Madagascar et aux hommes libres qui y vivent, ceux qui souffrent mais ne pleurent jamais. (Jean-Claude Mouyon)

Carrefour - Carrefour est un livre bref, mais sa petite centaine de pages est bourrée de dynamite. Il se passe au cœur du cœur d'une ville dont le nom n'est pas donné (mais il est sur toutes les lèvres), c'est-à-dire près d'une gare routière, à la fin d'une route nationale que croise une rue plus locale grouillant de vie. Particulièrement ce jour-là, puisque s'y déroulent en même temps la préparation d'une campagne électorale et l'arrivée d'un reggaeman de réputation internationale. Jean-Claude Mouyon lâche les mots au rythme d'une mitrailleuse. Il multiplie les situations improbables. Et son humour fait mouche à chaque page. On sort de Carrefour essoufflé et heureux d'avoir vécu des moments inoubliables. Voici comment l'auteur présente lui-même son texte: Cette histoire je l'ai voulue joyeuse, jouissive, violente, excessive, habitée d'une tendre tristesse proche de la désespérance paradoxalement heureuse d'une population admirable. C'est l'histoire de la vie d'un carrefour sublime sans rond-point ni sens interdit où tout semble permis. Un carrefour fréquenté par des riverains exubérants qu'on n'invitera jamais à celui de l'Odéon ni au rond-point qui mène à l'Élysée. Mais là n'est pas le propos. Quoique… Ici aussi les personnages existent, le pays et les événements également mais ne comptez pas sur moi pour dénoncer qui que ce soit. Ainsi va la vie…

L'Antoine, idiot du Sud - Les trois courts textes qui constituent la trilogie de L’Antoine, idiot du Sud ont pour particularité d’être en apparence inachevés. Disons qu’ici l’auteur s’est amusé à jeter les bases de ce qui aurait pu constituer un seul roman, à jeter des fils et brouiller les pistes pour au final laisser le lecteur face à une œuvre abandonnée à son propre devenir. Un personnage et ses proches. Le Sud. Le quotidien. Trois ingrédients récurrents dans chacune de ces histoires qui sont autant de déclinaisons d’une idée romanesque reposant sur un unique socle. L’idée étant d’en avoir plusieurs et d’en proposer autant… Le concept aurait pu se dérouler à l’infini dans une série intitulée « Les aventures d’Antoine » mais trois longues nouvelles ou trois courts romans, au choix, c’est déjà bien suffisant, non ? Puisse la présence d’Antoine (dit l’idiot du Sud) tisser un lien de complicité avec ses lecteurs lesquels, je crois le savoir, ne sont avares ni de sens de l’humour ni de celui de gravité. Merci. Je vous laisse car Baba vient d’ouvrir. (L'auteur)

6,99 euros le volume
Beko ou La nuit du Grand Homme est disponible en édition papier dans toutes les bonnes librairies de Madagascar
BekoCarrefour et L'Antoine sont disponibles en édition papier, sur commande, chez Lulu

31 mars 2015

Il y a 100 ans : Les bœufs de Madagascar viendront en France (2)

(Suite.)
Or, maintes fois, on a prétendu qu’on ne pouvait espérer vendre la chair des zébus malgaches aussi avantageusement que celle des bovidés métropolitains. C’était là évidemment une opinion propagée par les éleveurs français qui ne reculaient devant aucun moyen pour empêcher l’établissement d’un mouvement régulier d’importation des bœufs de la Grande Île en France.
Cependant, il ne faudrait pas attacher une importance prohibitive à l’augmentation des frais de transport des zébus malgaches. En effet, les principaux bouchers de la Villette sont convaincus qu’une hausse considérable sur les bœufs se produira au mois de mars prochain et ne pourra qu’augmenter en raison des demandes incessantes de l’administration militaire. Il est donc permis de penser qu’en dépit de l’élévation du fret, le prix de vente des bœufs de Madagascar ne dépassera pas celui des bœufs de la métropole.
Si même il était quelque peu supérieur, l’obligation de sauvegarder le cheptel français déterminerait le gouvernement à subir cette légère majoration. Il estimerait certainement de son devoir de faire ce sacrifice qui empêcherait par ailleurs la population civile de voir la viande atteindre des prix inabordables pour elle.
Mais nous croyons savoir que si les armateurs français ne peuvent mettre à la disposition de l’État les bâtiments nécessaires pour assurer ces transports, s’il est également malaisé de trouver ces navires à l’étranger, le gouvernement a la possibilité de se les procurer dans nos ports. Nous ne saurions en dire plus, car cette idée, que nous nous proposons de lui exposer, soulève des questions assez délicates et sera d’autant plus facile à réaliser qu’elle n’aura pas été trop divulguée.
Sa mise en application ferait disparaître la seule sérieuse difficulté qui peut empêcher aujourd’hui l’importation des zébus de la Grande Île. En effet, leur prix de revient dans la métropole serait certainement au-dessous du prix de vente des bœufs français et contribuerait à atténuer, dans de certaines proportions, la hausse redoutée des cours de la viande.
 (À suivre.)
F. M.

Le Courrier colonial

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30 mars 2015

Il y a 100 ans : Les bœufs de Madagascar viendront en France (1)

La campagne que notre directeur avait entreprise dans la Petite Gironde et dans ce journal en faveur de l’importation des bœufs de Madagascar, et qui avait rencontré de sérieuses résistances, notamment de la part des éleveurs français, commence à porter ses fruits.
Aujourd’hui, d’autres personnalités joignent leurs efforts à ceux de M. Francis Mury, afin de faire aboutir cette question si importante pour la conservation du cheptel français, et il semble bien qu’on va enfin aboutir.
La Commission réunie au ministère de l’Agriculture se montre favorable à cette importation.
De renseignements, qui ont été apportés par des fonctionnaires et des colons de la Grande Île, il résulte que le nombre de six millions de bœufs, indiqué par notre directeur dans le numéro du 29 janvier comme existant dans la colonie, est largement dépassé. Le chiffre de dix millions a même été prononcé et confirmé par diverses personnes.
Il n’est donc pas exagéré de dire, comme nous l’avons fait, que Madagascar peut fournir un million de bœufs à la métropole.
Mais comment les amener en France ? Là est toute la difficulté. Les deux usines frigorifiques existant à Tamatave et à Majunga fournissent à la Guerre le maximum de leur production, et il ne faut pas songer à installer d’autres usines en moins d’un an. L’importation du bétail vivant paraît donc s’imposer. Or, il est difficile de charger plus de 1 500 bœufs, 2 000 au maximum, sur un vapeur de 5 000 à 6 000 tonnes. On voit le nombre considérable de bâtiments qu’il faudrait affecter à ces transports à un moment où les navires se font rares et où le fret atteint des taux invraisemblables.
Alors qu’il y a trois mois on pouvait espérer un prix moyen de transport de 100 francs par animal, les exigences des armateurs atteignent, dépassent même 200 francs, ce qui met, pour le moment, la viande de bœuf malgache à un prix trop élevé pour que la boucherie civile puisse l’utiliser.
C’est d’autant plus regrettable qu’elle se déclare prête à le faire. Chose intéressante à signaler, elle considère cette viande comme n’étant pas inférieure à celle du bœuf métropolitain et n’hésite pas à dire qu’elle ne ferait pas de différence de prix entre les deux.
(À suivre.)
F. M.

Le Courrier colonial

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29 mars 2015

Il y a 100 ans : Engrais chimiques

En vue de faciliter l’exportation de certains produits de Madagascar, il a été envisagé dans la colonie, à titre de fret de retour, de phosphates de chaux d’Algérie ou de Tunisie.
Étant données les conditions dans lesquelles s’effectueraient ces opérations, ces phosphates bénéficieraient de tarifs de transport extrêmement réduits et seraient livrés à des prix extrêmement bas.
Dans le cas où les agriculteurs de l’île s’intéresseraient à cet engrais chimique, la colonie pourrait être disposée à centraliser les ordres et à passer une commande globale.
Les personnes de la région que la question intéresserait sont priées d’adresser leurs observations, et de faire connaître, le plus tôt possible, leurs besoins éventuels au Comice agricole de Tananarive.
Les prix et conditions de livraison seront indiqués ultérieurement.
Le Comice agricole insiste auprès des planteurs pour qu’ils usent, dans la plus large mesure, de l’offre ainsi faite. En dehors de l’intérêt majeur que présente, pour l’agriculture, l’emploi des phosphates de chaux, les colons de Madagascar ne doivent pas perdre de vue que chaque tonne de cet engrais qui sera importé dans le pays permettra l’exportation d’un poids à peu près correspondant de nos produits à des conditions très avantageuses.
D’autre part, la Chambre d’Agriculture de Madagascar a été saisie d’une proposition d’importation à Madagascar de nitrate de chaux de Norvège, titrant environ 13 % d’azote et 25 à 30 % de chaux (avec garantie d’un minimum de 12,75 % d’azote) au prix d’environ 275 francs la tonne, aux principaux ports de l’île.
Les personnes que cette question intéresserait sont priées de s’adresser à la Chambre d’Agriculture, à Tananarive, et de lui faire connaître, le plus tôt possible, leurs besoins éventuels.

Le courrier pour la France

À la suite de son accident à la Réunion, le Yarra a dû rentrer dans le bassin de radoub de Maurice. Il n’en sortira pas avant le 20 février. Son départ de Tamatave est par suite reporté à une date qui sera ultérieurement fixée.
Le courrier pour la France et l’Europe, qu’il devait prendre le 3 février, sera expédié par l’Eugène Grosos de la Cie Havraise, dont le départ de Tamatave est annoncé pour le 8 courant.

Le Tamatave

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28 mars 2015

Il y a 100 ans : Le carnet d’un boto de pousse-pousse

Depuis que mon patron, qui lit consciencieusement l’Officiel chaque semaine, sait qu’il ne manquera plus de sucre, la sortie en étant permise de la Réunion, sa bonne humeur est revenue, il est maintenant capable de penser aux autres, les soldats sur le front font l’objet de toute sa sollicitude. Mais quoi faire pour eux, il a bien pensé à leur envoyer des passe-montagne ou des chaussettes mais il y a renoncé, il y a longtemps que l’idée en est venue à d’autres ; l’œuvre de l’Automobile Club ne le tente pas non plus, c’est trop anonyme pour lui, alors il réfléchit, avant la fin de la guerre, il nous aura sans doute sorti quelque chose de bizarre qui pourrait bien cependant lui rappeler les palmes ou le poireau.
Eh bien mon patron, moi qui ne suis pour vous qu’une bête de somme, j’ai une idée et je vous la confie. Le café n’est pas rare à Tamatave, il n’est même pas cher actuellement et nos braves soldats sur le front en manquent peut-être. Pourquoi ne pas leur en envoyer ? Vous appellerez votre œuvre comme vous voudrez : « Le Café du poilu », par exemple.
Les planteurs se feront un devoir en même temps qu’un plaisir de vous apporter leur obole en nature ; d’autres, qui n’ont pas de plantations, se contenteront d’offrir des espèces. Voilà mon idée, elle en vaut bien une autre, j’espère qu’elle sera accueillie favorablement par les patriotes de Tamatave. Nos poilus auront du café.
Sarah B.
La Dépêche malgache

Tamatave s’embellit

Mais oui ! malgré la crise dont tout le monde souffre, malgré la guerre qui est la cause de cette crise, Tamatave continue à s’embellir. Après avoir remblayé l’extrémité de la rue Bertho qui communique avec le boulevard Galliéni, la main-d’œuvre pénitentiaire est en train de niveler à cette heure le grand boulevard Poincaré.
Nos lecteurs n’ont pas oublié que ce boulevard plus large que long se détache à angle droit du boulevard Galliéni, au bord de la mer, pour aboutir… au boulevard militaire, en longeant les immeubles Baillet.
C’est plaisir à voir les condamnés, – oh ! pas pour de gros crimes, – déambuler flegmatiquement, sans se presser, – à la façon des péripatéticiens, – du point où ils prennent leur sable, au trou qu’il y a à combler.
Il fait si chaud !!…

Le Tamatave

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27 mars 2015

Il y a 100 ans : La question des sucres

Cette question qui, dans ces temps derniers, a fort préoccupé les habitants de la Grande Île, vient d’être fort heureusement résolue grâce à l’énergique insistance de M. Garbit, qui a fini par obtenir du Département la levée de l’interdiction d’exportation qui pesait sur les sucres de la Réunion. Le premier bateau arrivant ici nous en apportera une provision consignée à la maison Albert Blay, représentée à Tamatave par M. Loïs Rayeroux, le commerçant si avantageusement connu. M. Garbit peut compter sur la reconnaissance de nos estomacs.
Voici la copie du Télégramme Officiel n° 677 rendant compte de cette solution.
Tananarive, le 28 janvier 1915.
Gouverneur Général à toutes circonscriptions :
Veuillez informer les commerçants intéressés de votre circonscription que le Ministre des Colonies vient d’autoriser la reprise de l’exportation des sucres de la Réunion pour Madagascar.
Garbit.
De son côté, la Chambre consultative publie l’avis suivant :
Le Président de la Chambre consultative a l’honneur d’informer Messieurs les commerçants que le Ministre des Colonies vient d’autoriser la reprise de l’exportation des sucres de la Réunion pour Madagascar. Dans ces conditions il n’y a plus lieu de modifier la surtaxe douanière.
Tamatave, le 31 janvier 1915.

Au jardin d’essai

Nos lecteurs se souviennent qu’un crédit de 30 000 francs avait été alloué pour établir au jardin d’essai une usine destinée à la préparation du café et à laquelle la force motrice doit être fournie par la rivière de l’Ivoloina.
Les colons de cette région ont la satisfaction de voir que les travaux ont été menés rapidement par l’ingénieur qui en était chargé, et déjà, bien que l’eau ne circule pas encore dans le canal, ce dernier est terminé, pourvu de son vannage et de ponts pour permettre de le franchir sur divers points.
Les colons de l’Ivondro n’ont pas attendu une usine de ce genre de la part de l’initiative officielle. Chacun d’eux, ou à peu près, possède son usine particulière et quelques-unes sont aussi perfectionnées que puisse l’être celle de l’Ivoloina, telles que celles de MM. Grenard, Borgeaud, etc.

Le Tamatave

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