1 avril 2015

Jean-Claude Mouyon, quatre (et une) fois

Au moment où no comment® éditions réédite, sur papier, Roman Vrac, premier roman de Jean-Claude Mouyon, la Bibliothèque malgache reprend en édition numérique les quatre fictions d'un écrivain pour qui le grand Sud de Madagascar était non seulement un lieu de vie mais aussi - et surtout - une source d'inspiration. Auteur de pièces de théâtre et radiophoniques, Jean-Claude Mouyon a été journaliste et s'est consacré à l’écriture dans le sud-ouest de Madagascar où il avait posé son sac. Il est mort le 22 décembre 2011.

Roman Vrac - Il faut les voir ces perdus de l’existence, Tai Be, l’Archi, LR, Caca Citron, le narrateur et tant d’autres… les voir pour croire en leur destinée au fin fond de nulle-part-sur-rien dans le sud squelettique de Madagascar. En prise directe avec le quotidien de leurs amis autochtones et la réalité abrupte d’un pays à la fois magique et désespérant. Une relation passionnelle. Ces trois courts romans réunis sous le titre générique de Roman Vrac, drôles, mordants, tragiques, reflètent les affres mais aussi les joies que connaissent les étrangers du monde entier. Et comme dit l'autre, si on n'est pas entrés dans l'histoire on reste becs et ongles bien ancrés dans la vie. Et qu'on se marre!

Beko ou La nuit du Grand Homme - Pratiqué dans les régions Sud de Madagascar, le beko est un chant polyphonique a capella généralement interprété par un groupe d’hommes, nommés sahiry, composé d’un récitant et de choristes. Perpétué depuis la nuit des temps par les ethnies du Grand Sud, le beko fait résonner sa litanie répétitive et gutturale durant les nuits où amis et famille du défunt sont réunis devant des feux et des bassines de rhum pour accompagner l’esprit du mort dans sa marche vers l’Est, là où vivent les ancêtres. Beko, le roman, n’est en rien une explication ethnologique du culte des ancêtres mais l’appropriation d’un fait social et culturel qui m’a permis de bâtir une fiction à partir de la structure rythmique et narrative d’une cérémonie revisitée en présence de ses acteurs : Grand Homme, le défunt ; les sahiry ; les vivants. Sur le thème d’une histoire policière inspirée d’un fait divers réel, Beko ou La nuit du Grand Homme se veut aussi un chant, une musique à la fois tendre et violente dédiée à l’extrême Sud de Madagascar et aux hommes libres qui y vivent, ceux qui souffrent mais ne pleurent jamais. (Jean-Claude Mouyon)

Carrefour - Carrefour est un livre bref, mais sa petite centaine de pages est bourrée de dynamite. Il se passe au cœur du cœur d'une ville dont le nom n'est pas donné (mais il est sur toutes les lèvres), c'est-à-dire près d'une gare routière, à la fin d'une route nationale que croise une rue plus locale grouillant de vie. Particulièrement ce jour-là, puisque s'y déroulent en même temps la préparation d'une campagne électorale et l'arrivée d'un reggaeman de réputation internationale. Jean-Claude Mouyon lâche les mots au rythme d'une mitrailleuse. Il multiplie les situations improbables. Et son humour fait mouche à chaque page. On sort de Carrefour essoufflé et heureux d'avoir vécu des moments inoubliables. Voici comment l'auteur présente lui-même son texte: Cette histoire je l'ai voulue joyeuse, jouissive, violente, excessive, habitée d'une tendre tristesse proche de la désespérance paradoxalement heureuse d'une population admirable. C'est l'histoire de la vie d'un carrefour sublime sans rond-point ni sens interdit où tout semble permis. Un carrefour fréquenté par des riverains exubérants qu'on n'invitera jamais à celui de l'Odéon ni au rond-point qui mène à l'Élysée. Mais là n'est pas le propos. Quoique… Ici aussi les personnages existent, le pays et les événements également mais ne comptez pas sur moi pour dénoncer qui que ce soit. Ainsi va la vie…

L'Antoine, idiot du Sud - Les trois courts textes qui constituent la trilogie de L’Antoine, idiot du Sud ont pour particularité d’être en apparence inachevés. Disons qu’ici l’auteur s’est amusé à jeter les bases de ce qui aurait pu constituer un seul roman, à jeter des fils et brouiller les pistes pour au final laisser le lecteur face à une œuvre abandonnée à son propre devenir. Un personnage et ses proches. Le Sud. Le quotidien. Trois ingrédients récurrents dans chacune de ces histoires qui sont autant de déclinaisons d’une idée romanesque reposant sur un unique socle. L’idée étant d’en avoir plusieurs et d’en proposer autant… Le concept aurait pu se dérouler à l’infini dans une série intitulée « Les aventures d’Antoine » mais trois longues nouvelles ou trois courts romans, au choix, c’est déjà bien suffisant, non ? Puisse la présence d’Antoine (dit l’idiot du Sud) tisser un lien de complicité avec ses lecteurs lesquels, je crois le savoir, ne sont avares ni de sens de l’humour ni de celui de gravité. Merci. Je vous laisse car Baba vient d’ouvrir. (L'auteur)

6,99 euros le volume
Beko ou La nuit du Grand Homme est disponible en édition papier dans toutes les bonnes librairies de Madagascar
BekoCarrefour et L'Antoine sont disponibles en édition papier, sur commande, chez Lulu

31 mars 2015

Il y a 100 ans : Les bœufs de Madagascar viendront en France (2)

(Suite.)
Or, maintes fois, on a prétendu qu’on ne pouvait espérer vendre la chair des zébus malgaches aussi avantageusement que celle des bovidés métropolitains. C’était là évidemment une opinion propagée par les éleveurs français qui ne reculaient devant aucun moyen pour empêcher l’établissement d’un mouvement régulier d’importation des bœufs de la Grande Île en France.
Cependant, il ne faudrait pas attacher une importance prohibitive à l’augmentation des frais de transport des zébus malgaches. En effet, les principaux bouchers de la Villette sont convaincus qu’une hausse considérable sur les bœufs se produira au mois de mars prochain et ne pourra qu’augmenter en raison des demandes incessantes de l’administration militaire. Il est donc permis de penser qu’en dépit de l’élévation du fret, le prix de vente des bœufs de Madagascar ne dépassera pas celui des bœufs de la métropole.
Si même il était quelque peu supérieur, l’obligation de sauvegarder le cheptel français déterminerait le gouvernement à subir cette légère majoration. Il estimerait certainement de son devoir de faire ce sacrifice qui empêcherait par ailleurs la population civile de voir la viande atteindre des prix inabordables pour elle.
Mais nous croyons savoir que si les armateurs français ne peuvent mettre à la disposition de l’État les bâtiments nécessaires pour assurer ces transports, s’il est également malaisé de trouver ces navires à l’étranger, le gouvernement a la possibilité de se les procurer dans nos ports. Nous ne saurions en dire plus, car cette idée, que nous nous proposons de lui exposer, soulève des questions assez délicates et sera d’autant plus facile à réaliser qu’elle n’aura pas été trop divulguée.
Sa mise en application ferait disparaître la seule sérieuse difficulté qui peut empêcher aujourd’hui l’importation des zébus de la Grande Île. En effet, leur prix de revient dans la métropole serait certainement au-dessous du prix de vente des bœufs français et contribuerait à atténuer, dans de certaines proportions, la hausse redoutée des cours de la viande.
 (À suivre.)
F. M.

Le Courrier colonial

Madagascar en 1914 est en préparation, Madagascar en 1913 est disponible dans une édition numérique revue et corrigée.
Et la Bibliothèque malgache s'ouvre à de nouvelles collections, avec douze premiers titres disponibles sur la nouvelle page d'accueil du site.

30 mars 2015

Il y a 100 ans : Les bœufs de Madagascar viendront en France (1)

La campagne que notre directeur avait entreprise dans la Petite Gironde et dans ce journal en faveur de l’importation des bœufs de Madagascar, et qui avait rencontré de sérieuses résistances, notamment de la part des éleveurs français, commence à porter ses fruits.
Aujourd’hui, d’autres personnalités joignent leurs efforts à ceux de M. Francis Mury, afin de faire aboutir cette question si importante pour la conservation du cheptel français, et il semble bien qu’on va enfin aboutir.
La Commission réunie au ministère de l’Agriculture se montre favorable à cette importation.
De renseignements, qui ont été apportés par des fonctionnaires et des colons de la Grande Île, il résulte que le nombre de six millions de bœufs, indiqué par notre directeur dans le numéro du 29 janvier comme existant dans la colonie, est largement dépassé. Le chiffre de dix millions a même été prononcé et confirmé par diverses personnes.
Il n’est donc pas exagéré de dire, comme nous l’avons fait, que Madagascar peut fournir un million de bœufs à la métropole.
Mais comment les amener en France ? Là est toute la difficulté. Les deux usines frigorifiques existant à Tamatave et à Majunga fournissent à la Guerre le maximum de leur production, et il ne faut pas songer à installer d’autres usines en moins d’un an. L’importation du bétail vivant paraît donc s’imposer. Or, il est difficile de charger plus de 1 500 bœufs, 2 000 au maximum, sur un vapeur de 5 000 à 6 000 tonnes. On voit le nombre considérable de bâtiments qu’il faudrait affecter à ces transports à un moment où les navires se font rares et où le fret atteint des taux invraisemblables.
Alors qu’il y a trois mois on pouvait espérer un prix moyen de transport de 100 francs par animal, les exigences des armateurs atteignent, dépassent même 200 francs, ce qui met, pour le moment, la viande de bœuf malgache à un prix trop élevé pour que la boucherie civile puisse l’utiliser.
C’est d’autant plus regrettable qu’elle se déclare prête à le faire. Chose intéressante à signaler, elle considère cette viande comme n’étant pas inférieure à celle du bœuf métropolitain et n’hésite pas à dire qu’elle ne ferait pas de différence de prix entre les deux.
(À suivre.)
F. M.

Le Courrier colonial

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29 mars 2015

Il y a 100 ans : Engrais chimiques

En vue de faciliter l’exportation de certains produits de Madagascar, il a été envisagé dans la colonie, à titre de fret de retour, de phosphates de chaux d’Algérie ou de Tunisie.
Étant données les conditions dans lesquelles s’effectueraient ces opérations, ces phosphates bénéficieraient de tarifs de transport extrêmement réduits et seraient livrés à des prix extrêmement bas.
Dans le cas où les agriculteurs de l’île s’intéresseraient à cet engrais chimique, la colonie pourrait être disposée à centraliser les ordres et à passer une commande globale.
Les personnes de la région que la question intéresserait sont priées d’adresser leurs observations, et de faire connaître, le plus tôt possible, leurs besoins éventuels au Comice agricole de Tananarive.
Les prix et conditions de livraison seront indiqués ultérieurement.
Le Comice agricole insiste auprès des planteurs pour qu’ils usent, dans la plus large mesure, de l’offre ainsi faite. En dehors de l’intérêt majeur que présente, pour l’agriculture, l’emploi des phosphates de chaux, les colons de Madagascar ne doivent pas perdre de vue que chaque tonne de cet engrais qui sera importé dans le pays permettra l’exportation d’un poids à peu près correspondant de nos produits à des conditions très avantageuses.
D’autre part, la Chambre d’Agriculture de Madagascar a été saisie d’une proposition d’importation à Madagascar de nitrate de chaux de Norvège, titrant environ 13 % d’azote et 25 à 30 % de chaux (avec garantie d’un minimum de 12,75 % d’azote) au prix d’environ 275 francs la tonne, aux principaux ports de l’île.
Les personnes que cette question intéresserait sont priées de s’adresser à la Chambre d’Agriculture, à Tananarive, et de lui faire connaître, le plus tôt possible, leurs besoins éventuels.

Le courrier pour la France

À la suite de son accident à la Réunion, le Yarra a dû rentrer dans le bassin de radoub de Maurice. Il n’en sortira pas avant le 20 février. Son départ de Tamatave est par suite reporté à une date qui sera ultérieurement fixée.
Le courrier pour la France et l’Europe, qu’il devait prendre le 3 février, sera expédié par l’Eugène Grosos de la Cie Havraise, dont le départ de Tamatave est annoncé pour le 8 courant.

Le Tamatave

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28 mars 2015

Il y a 100 ans : Le carnet d’un boto de pousse-pousse

Depuis que mon patron, qui lit consciencieusement l’Officiel chaque semaine, sait qu’il ne manquera plus de sucre, la sortie en étant permise de la Réunion, sa bonne humeur est revenue, il est maintenant capable de penser aux autres, les soldats sur le front font l’objet de toute sa sollicitude. Mais quoi faire pour eux, il a bien pensé à leur envoyer des passe-montagne ou des chaussettes mais il y a renoncé, il y a longtemps que l’idée en est venue à d’autres ; l’œuvre de l’Automobile Club ne le tente pas non plus, c’est trop anonyme pour lui, alors il réfléchit, avant la fin de la guerre, il nous aura sans doute sorti quelque chose de bizarre qui pourrait bien cependant lui rappeler les palmes ou le poireau.
Eh bien mon patron, moi qui ne suis pour vous qu’une bête de somme, j’ai une idée et je vous la confie. Le café n’est pas rare à Tamatave, il n’est même pas cher actuellement et nos braves soldats sur le front en manquent peut-être. Pourquoi ne pas leur en envoyer ? Vous appellerez votre œuvre comme vous voudrez : « Le Café du poilu », par exemple.
Les planteurs se feront un devoir en même temps qu’un plaisir de vous apporter leur obole en nature ; d’autres, qui n’ont pas de plantations, se contenteront d’offrir des espèces. Voilà mon idée, elle en vaut bien une autre, j’espère qu’elle sera accueillie favorablement par les patriotes de Tamatave. Nos poilus auront du café.
Sarah B.
La Dépêche malgache

Tamatave s’embellit

Mais oui ! malgré la crise dont tout le monde souffre, malgré la guerre qui est la cause de cette crise, Tamatave continue à s’embellir. Après avoir remblayé l’extrémité de la rue Bertho qui communique avec le boulevard Galliéni, la main-d’œuvre pénitentiaire est en train de niveler à cette heure le grand boulevard Poincaré.
Nos lecteurs n’ont pas oublié que ce boulevard plus large que long se détache à angle droit du boulevard Galliéni, au bord de la mer, pour aboutir… au boulevard militaire, en longeant les immeubles Baillet.
C’est plaisir à voir les condamnés, – oh ! pas pour de gros crimes, – déambuler flegmatiquement, sans se presser, – à la façon des péripatéticiens, – du point où ils prennent leur sable, au trou qu’il y a à combler.
Il fait si chaud !!…

Le Tamatave

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27 mars 2015

Il y a 100 ans : La question des sucres

Cette question qui, dans ces temps derniers, a fort préoccupé les habitants de la Grande Île, vient d’être fort heureusement résolue grâce à l’énergique insistance de M. Garbit, qui a fini par obtenir du Département la levée de l’interdiction d’exportation qui pesait sur les sucres de la Réunion. Le premier bateau arrivant ici nous en apportera une provision consignée à la maison Albert Blay, représentée à Tamatave par M. Loïs Rayeroux, le commerçant si avantageusement connu. M. Garbit peut compter sur la reconnaissance de nos estomacs.
Voici la copie du Télégramme Officiel n° 677 rendant compte de cette solution.
Tananarive, le 28 janvier 1915.
Gouverneur Général à toutes circonscriptions :
Veuillez informer les commerçants intéressés de votre circonscription que le Ministre des Colonies vient d’autoriser la reprise de l’exportation des sucres de la Réunion pour Madagascar.
Garbit.
De son côté, la Chambre consultative publie l’avis suivant :
Le Président de la Chambre consultative a l’honneur d’informer Messieurs les commerçants que le Ministre des Colonies vient d’autoriser la reprise de l’exportation des sucres de la Réunion pour Madagascar. Dans ces conditions il n’y a plus lieu de modifier la surtaxe douanière.
Tamatave, le 31 janvier 1915.

Au jardin d’essai

Nos lecteurs se souviennent qu’un crédit de 30 000 francs avait été alloué pour établir au jardin d’essai une usine destinée à la préparation du café et à laquelle la force motrice doit être fournie par la rivière de l’Ivoloina.
Les colons de cette région ont la satisfaction de voir que les travaux ont été menés rapidement par l’ingénieur qui en était chargé, et déjà, bien que l’eau ne circule pas encore dans le canal, ce dernier est terminé, pourvu de son vannage et de ponts pour permettre de le franchir sur divers points.
Les colons de l’Ivondro n’ont pas attendu une usine de ce genre de la part de l’initiative officielle. Chacun d’eux, ou à peu près, possède son usine particulière et quelques-unes sont aussi perfectionnées que puisse l’être celle de l’Ivoloina, telles que celles de MM. Grenard, Borgeaud, etc.

Le Tamatave

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25 mars 2015

Il y a 100 ans : Encore le poste d’Ivondro (2)

(Suite et fin.)
À ce sujet, si l’on n’a pas cru devoir consulter les colons, bien qu’ils soient les premiers intéressés, a-t-on du moins consulté le chef du poste que son expérience et sa connaissance du pays rendent plus apte à formuler une opinion plus autorisée et plus indépendante que la nôtre ?
Nous ne le croyons pas.
Par quel motif agit-on sans prendre son avis, si même le nôtre n’a pas de valeur ? Encore une fois quels motifs exigent ce transfert ?
La Cie des Messageries françaises fonctionne toujours et a toujours ses ateliers à Ivondro.
Le canal terminé, elle aura encore plus de trafic qu’à l’heure actuelle, car n’ayant plus à supporter les frais de transbordement elle pourra soit déposer ses marchandises dans le port même de Tamatave, soit y charger celles importées à destination de l’intérieur, à meilleur compte qu’aujourd’hui.
Donc, nous aussi, nous en appelons de M. le Gouverneur Général mal informé à M. le Gouverneur Général mieux informé, assurés d’avance qu’il étudiera cette question avec le soin, la hauteur de vues et l’impartialité qu’il apporte en toutes choses. En vous remerciant à nouveau, nous avons l’honneur de vous saluer.
*
* *
À notre humble avis la solution serait dans la création d’un poste dans les hauts du fleuve, tout en laissant le poste actuel là où il se trouve, à Ivondro même.

Crédits agricoles

De la Tribune :
Il est bruit que l’on étudierait au Gouvernement Général la possibilité de créer une caisse de prêts agricoles.
Si cette information se confirme et si le projet se réalise, M. le Gouverneur Général Garbit peut être assuré de la reconnaissance des colons, qui ne la lui marchanderont pas.
Le Tamatave

Le lait

L’Administrateur-Maire a l’honneur d’informer Messieurs les commerçants que l’exportation du lait condensé de France sur Madagascar est autorisée.

Suicide

On a repêché aujourd’hui, au bout du Wharf, le cadavre de M. Delord.
Il ressort des premiers renseignements recueillis sur place que M. Delord depuis quelque temps déjà manifestait l’intention de mettre fin à ses jours : c’est à la suite de chagrins intimes qu’il aurait commis cet acte de désespoir.

La Dépêche malgache

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24 mars 2015

Il y a 100 ans : Encore le poste d’Ivondro (1)

Monsieur,
Vous avez bien voulu publier notre première protestation, ce dont nous vous remercions profondément, et ce qui nous engage à venir demander de nouveau l’hospitalité des colonnes de votre journal.
Nous nous demandons quel est l’homme assez peu réfléchi qui a conçu l’idée de transporter le poste d’Ivondro à l’embouchure de Fanandrana, et l’a suggérée à M. le Gouverneur Général ? Quel motif a pu le guider ?
Ivondro est un centre qui, bien que très éprouvé à ce moment-ci et subissant une crise pénible, n’en résiste pas moins, et est appelé à des jours de prospérité dès que le canal d’Ivondro à Tamatave sera livré à la circulation. Ivondro en effet se trouve au point d’intersection de ce canal avec les magnifiques voies fluviales formées par le fleuve de l’Ivondro lui-même et ses affluents, ainsi que par les lagunes et les canaux se prolongeant vers le sud et formant une splendide artère de plusieurs centaines de kilomètres. Et dès que ces voies fluviales, auxquelles on travaille à cette heure et dont l’exécution n’est plus qu’une affaire de jours, seront livrées à la circulation, si le poste d’Ivondro n’y existait pas, il faudrait sans retard en y créer un.
Ivondro, encore une fois, est un centre, peuplé, et où le poste qui s’y trouve dispose de nombreux et commodes bâtiments.
Au Fanandrana, il n’y a rien ; il n’y a même pas de place pour un centre à établir autour du poste. Même, si nous sommes bien renseignés, le terrain sur lequel devait être bâti le poste est encore à acheter.
Si en transférant le poste ailleurs on a eu l’intention d’assurer un meilleur service, c’est auprès de la gare de Mahatsara qu’on aurait dû le transporter. Mais là non plus il n’y a pas de place pour un centre, et on s’en est fort peu préoccupé quand ce point a été choisi pour y construire la gare.
Puis, au point de vue de la sécurité, c’est surtout la circulation des indigènes qu’il faut prévoir. Or, dès que le canal d’Ivondro à Tamatave sera terminé, c’est vers ce canal que tous convergeront avec leurs pirogues pour porter leurs produits à Tamatave, ou même, – il faut bien le dire, – pour écouler aussi par là les produits de leurs vols. Donc c’est à l’entrée de ce canal que le poste pourra faire besogne utile.
(À suivre.)

Le Tamatave

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23 mars 2015

Charles Renel, inoxydable écrivain de référence

On a toujours envie de revenir à Charles Renel, un des fonctionnaires coloniaux à avoir le plus écrit sur Madagascar. Charles Renel (1870-1925) y est resté présent puisqu’une école porte toujours son nom à Mahajanga, sur la côte ouest. Il fut directeur de l’enseignement dans la Grande Île au début du vingtième siècle. À côté du plus célèbre, Le décivilisé, citons La coutume des ancêtres, La fille de l’Île Rouge, L’oncle d’Afrique ou La métisse, ainsi que des Contes de Madagascar.
La Bibliothèque malgache, qui avait déjà réédité certains de ses livres, repasse les plats dans les formats devenus les plus populaires chez les lecteurs d'ouvrages numériques (epub et mobi), avec des versions une nouvelle fois corrigées. Mais, cette fois, payantes (bien qu'à prix modérés: moins de 2 euros le volume).
La race inconnue, édité en 1910 chez Grasset, est un recueil de nouvelles qui mêle l’inspiration du conte traditionnel à l’observation de la vie quotidienne des colons français de son époque.
Un affrontement est au cœur du roman La coutume des ancêtres : celui qui oppose la tradition et la nouvelle religion importée par les vazaha, le protestantisme. Deux petits villages proches de Tananarive ont fait des choix différents. Et le jeune Ralahy, dont le père possède une idole sacrée, souffre des deux côtés. La première jeune fille avec laquelle il a fait l’expérience de l’amour a été chassée selon la coutume parce qu’elle était stérile – elle vivra ensuite dans la capitale avec un vazaha. La seconde, fille du surveillant du temple dans le village voisin, est empêchée par son père de fréquenter un incroyant.
À cette trame sentimentale s’ajoutent des fléaux naturels ou humains ainsi que de multiples péripéties, au cours desquelles Ralahy fera un long voyage vers l’Ouest…

21 mars 2015

Il y a 100 ans : Six millions de bœufs à Madagascar (4)

(Suite et fin.)
Une autre combinaison, peut-être préférable, consisterait à laisser toute la charge de l’entreprise à ceux qui offriraient de l’assumer, l’administration militaire achetant les animaux en France un prix déterminé d’avance.
Enfin la Guerre pourrait se charger de tout et amener les bœufs sans passer par aucun intermédiaire. Alors le prix de revient de la viande serait certainement plus élevé.
Quelle que soit la solution qui sera adoptée, l’entreprise ne saurait réussir sans le concours effectif des ministres de la Guerre et des Colonies, prescrivant aux autorités locales d’user de tous les moyens de persuasion dont elles disposent pour amener les indigènes à fournir les animaux nécessaires.
Dans les conjonctures actuelles, les rivalités, les jalousies, les faiblesses que ce journal n’a cessé de déplorer ne sont plus de mise. La France a besoin de toutes ses ressources et de toutes celles de ses colonies pour faire face au plus redoutable péril qui ait jamais menacé son existence.
Fonctionnaires, colons, exportateurs doivent avoir un seul objectif : la Patrie.
Les circonstances font que Madagascar peut lui être d’un puissant secours par ses inépuisables ressources en bovidés. Ce sera la juste compensation des sacrifices qu’a faits la métropole pour assurer la rapide mise en valeur de cette colonie. N’hésitons donc pas à puiser largement dans les immenses troupeaux de la Grande Île. Les millions que les indigènes recevront en échange de leurs bovidés resteront au moins en terre française au lieu d’aller enrichir les éleveurs de l’Amérique du Sud ou d’autres pays étrangers.
F. M.
Le Courrier colonial

Du pain sur la planche

Les Tamataviens vont avoir pour quelque temps du pain sur la planche. En effet l’administration va faire vendre demain aux enchères 60 000 kgs de très belle farine provenant d’Australie. La mise à prix est de 392 frs les 1 000 kgs, ce qui revient approximativement à 0 fr. 40 le kg. Avis aux amateurs.

Le Tamatave

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19 mars 2015

Il y a 100 ans : Six millions de bœufs à Madagascar (3)

(Suite.)
Certes, le concours de l’administration locale sera indispensable pour décider les indigènes à céder une partie de leurs bœufs, car il n’y a pas de longues années qu’ils se sont laissés tenter par cette vente, cependant rémunératrice, mais nous connaissons trop les sentiments patriotiques du gouverneur général intérimaire, M. Garbit, pour douter qu’il mettra toute son autorité au service d’une pareille entreprise. Il saura démontrer aux indigènes qu’il s’agit de venir en aide à la mère patrie, et les Malgaches feront avec joie ce petit sacrifice, sacrifice d’amour-propre seulement, bien entendu, car ils recevront évidemment un prix suffisant de leurs bovidés.
Comment les amènera-t-on en France ?
Les expériences faites à bord des bâtiments de la Compagnie Havraise Péninsulaire prouvent que des installations, en somme rudimentaires, suffisent pleinement. Mais aujourd’hui où il s’agit de transporter des milliers de bœufs, il est indispensable de consacrer des navires entiers à ces chargements. Or, on ne saurait mettre des animaux vivants dans les cales. Il convient donc d’amener en France à la fois des bœufs sur pied et des bœufs frigorifiés. Ces transports mixtes permettront seuls d’utiliser toute la place disponible dans les navires et de réduire les dépenses qui seraient trop élevées si les cargaisons ne comprenaient que des bœufs vivants.
Ces transports seront-ils effectués par des entreprises privées ou bien par l’administration militaire ?
La question est délicate et il sera du devoir de la commission, réunie à cet effet, de l’examiner attentivement.
Un système mixte pourrait être envisagé, surtout si l’entreprise privée qui assurera ces transports se trouvait dans l’impossibilité de réunir le nombre de bâtiments nécessaire. Elle se chargerait d’amener les bovidés au port d’embarquement, de mettre, par une nourriture appropriée, en état d’effectuer ce long voyage, ceux qui seraient transportés vivants, d’abattre et de préparer ceux qui seraient expédiés frigorifiés, d’embarquer sur les bateaux le personnel nécessaire pour soigner les animaux vivants, etc. Le gouvernement fournirait les bateaux et prendrait livraison des bœufs à l’arrivée.
(À suivre.)

F. M.
Le Courrier colonial

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17 mars 2015

Il y a 100 ans : Six millions de bœufs à Madagascar (2)

(Suite.)
Bref, en dépit de démarches multiples, des encouragements du syndicat des bouchers parisiens, d’une campagne de presse, à la tête de laquelle se trouva toujours le Courrier colonial, il ne fut pas possible d’organiser l’importation des bœufs de Madagascar en France.
La guerre actuelle remet cette grosse question sur le tapis. Certes, le troupeau français pourra suffire pendant de longs mois aux besoins considérables de nos armées, mais il est incontestable qu’il risque de s’appauvrir si l’on n’use pas des abondantes ressources en bovidés de nos possessions d’outre-mer.
Une commission, créée ces jours derniers par M. Fernand David, ministre de l’Agriculture, est chargée d’étudier les meilleurs moyens d’assurer la participation de Madagascar au ravitaillement de la métropole en viande de boucherie.
Il faut espérer que cette Commission, à la différence des commissions ordinaires, remettra à bref délai son rapport et proposera toutes mesures utiles après avoir entendu les spécialistes dont l’expérience doit éclairer sa bonne volonté. Il faut agir vite, très vite. Si l’on s’était préoccupé plus tôt, comme il convenait, de ce gros problème, la France aurait déjà pu recevoir des milliers de bœufs malgaches dont l’arrivée aurait ralenti la diminution du troupeau métropolitain. Le jour où l’on aura décidé d’utiliser cette précieuse ressource et où l’on disposera des bâtiments nécessaires pour assurer le transport des animaux, il s’écoulera trois mois avant que le premier chargement arrive en France. Il n’y a donc pas un instant à perdre.
Or, les renseignements que nous possédons, confirmés d’ailleurs par la remarquable étude économique que vient de publier, sur Madagascar, l’ancien chef de cabinet de M. Lebrun aux colonies, M. Loisy, prouve que le nombre des bovidés de cette colonie dépasse actuellement six millions de têtes. Il n’est donc pas exagéré de prétendre que la métropole pourra demander peu à peu à la Grande Île un million d’animaux sans que le troupeau de la colonie soit trop appauvri par un pareil prélèvement.
(À suivre.)
F. M.

Le Courrier colonial

Madagascar en 1914 est en préparation, Madagascar en 1913 est disponible dans une édition numérique revue et corrigée.
Et la Bibliothèque malgache s'ouvre à de nouvelles collections, avec huit premiers titres disponibles sur la nouvelle page d'accueil du site.

16 mars 2015

Il y a 100 ans : Six millions de bœufs à Madagascar (1)

J’étais à Tananarive, il y a six ans, chargé d’une mission économique par le ministre des Colonies, lorsqu’arriva dans la capitale malgache un de ces hardis colons dont le nombre décroît tous les jours, probablement parce que leur énergie n’est pas toujours vue d’un très bon œil.
Ce colon, Lucien Rey, avait parcouru quelques centaines de kilomètres à travers la brousse, poussant devant lui un troupeau de magnifiques bœufs qu’il voulait, disait-il, amener en France. Une pareille témérité stupéfia l’administration et même la plupart des colons. Je fus un des rares Européens qui eurent foi dans le succès de cette audacieuse tentative et encouragèrent Rey à la tenter.
Nous avions raison car son troupeau, transporté par chemin de fer à Brickaville, de là à Tamatave sur un bateau des Pangalanes, puis chargé sur un steamer de la Compagnie Havraise Péninsulaire, débarquait à Marseille quarante-cinq jours après et arrivait à la Villette sans qu’un animal manquât à l’appel et dans un état si satisfaisant que les bouchers parisiens, stupéfaits, trouvaient ces zébus presque trop gras.
La preuve était faite, les bœufs de Madagascar pouvaient être amenés en France et contribuer à l’alimentation de nos concitoyens. Un mouvement commercial très important allait donc s’établir entre la métropole et sa colonie et contribuer pour une large part à la prospérité de la Grande Île.
Ces légitimes espérances ne se réalisèrent malheureusement pas. Rey, comme presque tous les novateurs, fut récompensé par la plus complète indifférence de son initiative qui avait absorbé la totalité de ses modestes ressources. Il retourna désabusé et ruiné à Madagascar.
D’autres tentatives, cependant, suivirent celle-ci. Plusieurs échouèrent parce que les convoyeurs n’avaient pas une expérience suffisante des bœufs de la Grande Île. Ces insuccès furent exploités par les éleveurs français, inquiets d’une concurrence qui pouvait les contraindre à modérer leurs exigences sur le marché métropolitain.
(À suivre.)
F. M.

Le Courrier colonial

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15 mars 2015

Il y a 100 ans : Le poste d’Ivondro

Nous recevons de M. Sophie, l’honorable commerçant d’Ivondro, la lettre suivante que nous nous empressons de publier :
Monsieur,
Au nom des propriétaires, colons et habitants du village d’Ivondro, nous venons vous prier de défendre notre cause dans votre estimable journal contre le projet de transport du poste de police d’Ivondro sur le Falandrana.
À ce qu’il paraît, le Gouverneur, lors de sa visite ces temps derniers sur la rivière d’Ivondro, sur la demande de quelques colons, a promis un poste de police. Au grand regret des propriétaires du village d’Ivondro, nous avons appris que le géomètre doit délimiter le terrain sur lequel on doit bâtir ou transférer notre poste du village de l’Ivondro sur le Falandrana, et non en créer un nouveau comme nous l’avions cru d’après les promesses du Gouverneur. Le poste du village d’Ivondro domine et commande l’entrée et la sortie de la rivière comme Gibraltar, la Méditerranée et comme Aden et Suez, la mer Rouge. À abolir ce poste, les vols et les crimes vont se multiplier à Tamatave, car le passage de la rivière sera libre.
Pis encore avec le projet du canal !!! Les voleurs vont profiter du canal pour transporter leur butin, sachant qu’il n’y a plus de poste.
Cher Monsieur, je vous serais reconnaissant de défendre notre cause si convenable et si juste. Nous vous en serons reconnaissants.
J’ai l’honneur de vous saluer.
Timoléon Sophie.
Nous partageons la manière de voir de M. Sophie, et nous reviendrons un de ces jours sur cette très importante question.

Les ponts de l’Ivolina

Un journal local avait demandé qu’on équarrît et qu’on rabotât les madriers qui forment le plancher des ponts de l’Ivolina. On s’est mis à l’œuvre pour remédier à cet état de choses, mais le remède a été pire que le mal. En effet les madriers ont été rabotés mais replacés à l’envers et ceux qui étaient vieux furent remplacés par des poutres non équarries. De sorte que la surface de ces planchers offre des saillies et des interstices sur lesquels les pousse-pousse ne passent que très difficilement, et dans lesquels les chevaux risqueraient de se casser les pattes. Les piétons eux-mêmes doivent prendre des précautions pour qu’il ne leur arrive pas d’accidents.
Nous espérons que cela n’est que provisoire.

Le Tamatave

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14 mars 2015

Il y a 100 ans : Le Railway Moramanga-Lac Alaotra (2)

(Suite et fin.)
Tout y est de nature à favoriser l’élevage : le pays n’est qu’une plaine immense, merveilleusement fertile, et qui de sitôt ne se verra occupée en entier par les propriétés ou les fermes ; les indigènes sont beaucoup plus actifs et travailleurs que ceux de la côte tout en possédant les autres qualités de ces derniers.
Les éleveurs y trouveront de beaux profits surtout à l’heure actuelle où par suite de la guerre les bestiaux ont doublé de prix. Ce n’est pas tout. Par suite des opérations de guerre on a été obligé de se procurer des animaux soit pour être consommés, soit pour servir d’animaux de trait, de bêtes de somme ou pour la cavalerie ; de plus les journaux coloniaux de France affirment que celle-ci compte sur Madagascar pour s’y procurer ce dont elle a besoin en fait de bestiaux. Que faut-il davantage pour engager des colons à faire de l’élevage où tous trouveront leur profit ?
Tout cela nous porte à faire la réflexion que beaucoup ont déjà faite et que le Tamatave a exprimé plusieurs fois : c’est que notre colonie recèle des richesses bien plus considérables que celles que possèdent bien des pays considérés aujourd’hui comme riches, mais pour lesquelles on ne s’est pas préoccupé des moyens de les extraire. Ah ! si pour faire prospérer Madagascar le gouvernement français avait fait le dixième des efforts qu’ont fait différents gouvernements d’Amérique soit du Nord, soit du Sud, quelle abondance ne règnerait pas dans le pays !!

Faux bruits

Dans plusieurs lettres reçues par le dernier courrier et adressées à nous et à un de nos amis, diverses personnes de la métropole ayant des relations avec Madagascar nous ont demandé s’il était vrai, comme le bruit courait là-bas, que la plupart des maisons de commerce de Tamatave avaient fermé leurs portes. Il leur a été répondu, comme il est juste, que, à l’exception de deux ou trois, toutes les maisons de commerce ou agences de Sociétés continuaient leurs affaires tout comme auparavant malgré la crise que par suite des événements a dû nécessairement subir le commerce local, laquelle crise est en proportion moins considérable que celle qui a été subie en France.
Il serait assez curieux de savoir quelle peut bien être la source de bruits si étranges.

Le Tamatave

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12 mars 2015

Il y a 100 ans : Le Railway Moramanga-Lac Alaotra (1)

Enfin ! une région de plus, celle du Lac Alaotra, vient d’être mise en communication avec Tamatave, c’est-à-dire avec l’Europe. C’est toujours autant de gagné sur la nature sauvage contre laquelle nous luttons. Mais cette province de Moramanga a ceci de particulièrement intéressant, c’est que c’est un pays de plaines, et par conséquent favorable à l’élevage des bestiaux qui est très difficile dans les autres régions qui nous avoisinent par suite des accidents du terrain. C’est une porte de plus que possède Tamatave pour sortir du cercle étroit formé de toutes sortes d’obstacles qui l’enserrent de tous côtés.
La région ne comptait guère que des indigènes et fort peu de colons. Cette nouvelle voie sera de nature à en attirer une grande quantité, lorsqu’on s’apercevra des avantages particuliers qu’offre la région tant au point de vue du climat que de ses productions.
Les voies de communication sont le facteur le plus important de la prospérité d’un pays. En effet, qu’est-ce qui a pu rendre l’Amérique du Nord si riche ? Dès que des immigrants venaient s’installer là-bas, on les réunissait par groupes et le chemin de fer les transportait eux et leurs maisons en bois avant même que le village fût fondé, car une gare et un poste quelconque désignaient l’emplacement du futur village. Par conséquent, la voie était construite avant le village où elle devait aboutir.
Assurément, nos ressources et l’état de notre terrain ne nous permettent pas de faire de même ; d’autant plus que l’immigration est excessivement restreinte par suite de l’ignorance où en sont les Français de l’état de leurs colonies.
Il faut espérer que grâce à ce railway cet état de choses s’atténuera, car les avantages que cette région offre au colon sont faits pour le séduire. Elle possède en effet la fertilité du sol qui entoure Tamatave, sans en avoir les inconvénients. Le terrain y est plat, le climat plus tempéré et très salubre. Les frigorifiques auront là de quoi se pourvoir si l’élevage passe en d’autres mains que celles des Malgaches, car le pays s’y prête bien plus que la plus fertile des plaines d’Amérique.
(À suivre.)

Le Tamatave

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10 mars 2015

Il y a 100 ans : Suppression d’une province

Depuis assez longtemps il était question de supprimer la province d’Andevoranto, dont les divers districts, par leur situation excentrique, se rattachaient mal à leur chef-lieu.
Un arrêté du gouverneur général, en date du 2 décembre, a réalisé ce projet : la province d’Andevoranto est supprimée et remplacée par une nouvelle province dont le chef-lieu est Moramanga.
Cette province comprend les districts de Moramanga et d’Aniverano, de l’ancienne province d’Andevoranto, et du district d’Ambatondrazaka, détaché de la province de Tamatave.
Par contre, le district d’Andevoranto est rattaché à la province de Tamatave.

Un congrès à Tananarive

Un grand nombre de chambres consultatives de Madagascar ont émis des vœux tendant à la réunion dans la capitale de la colonie d’un congrès du commerce.
Pour répondre à ces vœux, M. Garbit a adressé aux corps constitués de Madagascar une circulaire où, tout en approuvant le principe du congrès, il juge que sa convocation, en ce moment, serait de peu d’utilité pratique. Elle se heurterait à des difficultés nombreuses résultant de l’absence forcée d’un grand nombre des membres des assemblées intéressées.
De plus, M. Garbit voudrait donner plus d’ampleur au projet.
En effet, les problèmes à résoudre sont vastes et visent à la fois les voies de communication, les moyens de transport et le régime douanier.
Le gouverneur général a invité, en terminant, les assemblées en cause à lui indiquer les questions intéressantes rentrant dans l’un des trois ordres de faits indiqués, afin que l’on puisse déterminer les conditions du fonctionnement du congrès, dont la date sera fixée dès que les circonstances seront redevenues normales.

Le câble de Madagascar à la Réunion

On sait que le câble entre la Réunion et Madagascar se trouvait rompu depuis plus de six mois. On n’avait pas jugé à propos de le réparer pendant la guerre, la région étant menacée par les corsaires allemands, et le câble pouvant être rompu une seconde fois.
Aujourd’hui, où la mer des Indes est purgée de navires allemands, la réparation du câble a été décidée. Le vapeur spécial Sherard-Osborn, venant de Zanzibar, est arrivé à Tamatave le 12 décembre dans ce but.
Dès le 14, il commençait ses travaux et ne tardait pas à raccorder les tronçons rompus.

Le Courrier colonial

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8 mars 2015

Il y a 100 ans : Le rail Moramanga-Lac Alaotra (4)

(Suite et fin.)
Le chef de la tribu des Bezanozano souhaite également la bienvenue au Gouverneur Général et lui assure son dévouement et celui de tout son peuple.
Tout le monde prit ensuite la route qui montait au village d’Amboasary qu’on visita, puis on redescendit à la gare prendre le train pour rentrer à Moramanga.
Partis à 1 h. 20 de l’après-midi de Moramanga, nous y fûmes de retour à 6 h. 05 le soir.
À 6 h. 10, M. le Gouverneur et ses invités de Tananarive regagnèrent la capitale et nous reprîmes à 7 h. 20 le train spécial pour Tamatave.
À 4 h. 10 du matin, nous arrivions en gare un peu fatigués mais enchantés de notre pittoresque voyage.
Charlert.

Le carnet d’un boto de pousse-pousse

La question des sucres n’est pas encore résolue, mon patron ne peut digérer sa déception au sujet de l’innommable produit envoyé des Comores pour remplacer le sucre à Madagascar. Il balade une pétition chez tous ses copains, mais sans le moindre succès ; ceux-ci plus prévoyants ayant fait leurs provisions en temps utile.
Il n’y a encore que moi qui trinque dans cette affaire en alignant des kilomètres par une chaleur exagérée. Il y en a par exemple à qui les oreilles doivent tinter ; l’Administration, depuis le Ministre jusqu’au dernier sous-fifre, prend quelque chose pour son rhume et je vous assure que les injures qu’il vomit n’ont rien de sucré.
Il y a bien un petit endroit à Tamatave où on trouverait encore quelques caisses de sucre, un copain m’a donné le tuyau ; mais il paraît que c’est la camelote des Boches et que l’Administration ne veut rien savoir pour le vendre de crainte d’empoisonnements.
Sarah B.
La Dépêche malgache

Le district d’Antalaha est ruiné

Le district d’Antalaha, jadis très florissant, est ruiné, depuis la guerre, du fait de la monoculture. On y avait fait, cette année, environ 30 tonnes de vanille, ce qui aurait représenté à peu près 900 000 francs, mais depuis les hostilités, les planteurs ne peuvent trouver ni acquéreurs sur place, ni établissements de crédit voulant leur consentir une avance quelconque.
La majeure partie de ces planteurs traitaient en compte courant avec la maison allemande O’Swald et Cie de Tamatave et le règlement se faisait à la vente de la récolte.

Les Annales coloniales

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