17 février 2017

Il y a 100 ans : À propos de la mission Fillon qui vient inspecter Madagascar

On nous écrit :
L’arrivée de cette mission a été annoncée à grand bruit. Comme dans Molière, des missions on en a mis partout, jusque dans les cuirs ! C’est sans doute la façon élégante de pratiquer les économies tant recommandées par nos gouvernants. De mauvaises langues prétendent que ces missions sentent l’embusqué d’une lieue.
Le véritable but de cette mission serait-il de chercher des poils sur les œufs à notre gouverneur général, ou simplement de donner aux amis des emplois grassement rétribués avant que… avant que les événements n’aient renvoyé à la vie privée ceux qui les ont nommés, comme d’ailleurs c’est l’habitude de tous les ministères qui croient sentir leur fin prochaine.
Voici d’ailleurs des renseignements dont nous fait part un ami, et qui peuvent avoir quelque relation avec ce qui est dit ci-dessus.
Tout le monde sait qu’un certain groupe de députés, tout comme certains sénateurs, ont tenté de renverser le gouvernement, ou tout au moins, en faisant beaucoup de bruit, d’accrocher un ministère. Mais ils n’ont réussi ni dans l’une ni dans l’autre de ces honorables entreprises.
L’un d’eux, mais non des moins braillards, et qui cherche de quoi satisfaire son immense appétit, s’est pris tout d’un coup d’un intérêt des plus vifs pour notre belle colonie.
Jusqu’à l’heure présente, nos colonies quelles qu’elles fussent n’étaient pour lui qu’une grosse erreur économique et il ne prenait aucune part aux questions les intéressant.
Mais voilà que subitement comme Clovis il se met à adorer ce qu’il avait brûlé, et parcourant fiévreusement les couloirs de la Chambre et du Sénat il sollicite avec intérêt de quiconque peut lui en donner des renseignements précis sur Madagascar. Quel est son climat ? Les Européens s’en accommodent-ils ? Peut-on y circuler en auto ? Quelles sont ses ressources ? etc., etc.
Cette soudaine conversion ne vous paraît-elle pas… louche, même suspecte, et n’aurait-elle pas quelque rapport avec la mission Fillon ? C’est du moins ce qu’il a paru à l’ami qui nous en avise.
Mais Madagascar, sous la main intelligente et énergique qui la conduit, se développe actuellement de telle façon qu’on hésitera à lui infliger un temps d’arrêt ou de recul en lui donnant un dirigeant de cet acabit.

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 57 titres parus à ce jour.

14 février 2017

Il y a 100 ans : Les colonies de l’Indochine, l’A. O. F. et Madagascar vont être inspectées

De la Presse Coloniale :
Nous apprenons que deux nouvelles grandes missions d’inspection vont partir prochainement en Afrique Occidentale et à Madagascar. À Madagascar, le chef de la mission sera M. Fillon. Il a été chargé par le ministre de faire un rapport sur les conditions dans lesquelles s’est créé, organisé, le complot dont nous avons rendu compte il y a quelques semaines – les Sakelika.
En Afrique Occidentale, le chef de la mission qui est M. Picanon, inspecteur général, procédera également à une étude des événements qui se sont déroulés au Haut-Sénégal et Niger, événements très graves et qui ont nécessité l’envoi de forts contingents de troupes dans la région de San. Cette région n’est d’ailleurs pas complètement pacifiée. Le contact est maintenu entre nos troupes et les rebelles, et toute action énergique et décisive est remise après les hostilités.
Dans notre précédent numéro, nous avons annoncé qu’une mission se rendrait en Indochine. C’est M. Phérivong qui en sera le chef.

Service des douanes, bureau de Tamatave

Relevé des produits du cru exportés :
1° par Eugène Grossos du 28 septembre 1916 : graphite, 736 946 kg. ; corindons, 132 018 ; béryl, 1 763 ; rafia, 114 888 ; crin végétal, 7 943 ; riz, 727 121 ; haricots, 44 323 ; manioc brut, 229 066 ; farine manioc, 406 838 ; tapioca, 86 530 ; peaux, 12 376 ; saindoux, 112 472 ; charcuterie, 2 486 ; suif, 24 116 ; boyaux salés, 2 829 ; café en fèves, 14 362 ; cacao, 3 532 ; rabanes, 702 ; vétiver, 580 ; fécule manioc, 335 647 ; total, 2 996 488 kg.
2° par Louqsor du 28 septembre 1916 : graphite, 124 189 kg. ; corindons, 66 149 ; cristal de roche, 838 ; conserves de viandes, 61 480 ; peaux, 80 016 ; suif, 65 408 ; cire, 3 055 ; riz, 507 224 ; farine manioc, 193 488 ; haricots, 18 415 ; café, 2 907 ; rafia, 38 450 ; crin végétal, 515 ; piassava, 5 150 ; kola, 456 ; caoutchouc, 614 ; graines à ensemencer, 4 ; total, 1 158 358 kg.
Tamatave, le 5 octobre 1915.
Le receveur,
Coustures

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 57 titres parus à ce jour.

12 février 2017

Il y a 100 ans : Terrible accident de motocyclette

Lundi dernier, 25 courant, dans la matinée, des indigènes passant avec une charrette sur la route de Tamatave au Jardin d’Essai, et arrivés au-delà du pont au niveau de la propriété Vaudagne, ont trouvé le corps d’un homme étendu tout de son long en travers de la route. À quelques pas, sur le bord du chemin, gisait aussi une motocyclette. L’homme était sans connaissance et avait perdu beaucoup de sang par une blessure à la tête sur le côté du front. Les indigènes l’ont hissé sur leur charrette et porté à l’hôpital.
Le blessé n’était autre que M. Tissié, le très sympathique vétérinaire militaire en service à Tamatave, que tout le monde entoure ici d’une profonde estime.
Comment ce terrible accident s’est-il produit ? Nous le saurons quand le blessé pourra parler, car il était seul quand il a eu lieu. Son état s’est beaucoup amélioré, ce dont nous nous réjouissons avec ses nombreux amis qui tout d’abord avaient éprouvé de vives inquiétudes à son sujet.

Faux bruit

Dimanche dernier, cinq pêcheurs montés sur une barque à voile et se dirigeant vers la haute mer ont été perdus de vue à quelque distance de la côte, et le soir n’ont pas reparu. Nul doute, ils avaient chaviré, et tous étaient noyés.
Voici que deux jours après, on fait connaître qu’entraînés par les vents et les courants, ils avaient dû suivre jusqu’à Fénérive où ils avaient enfin pu débarquer sains et saufs.
Nous partageons la joie de leurs familles qui pendant deux jours avaient vécu dans les transes les plus cruelles.

Encore les tavy

Dans son numéro de dimanche dernier, 24 courant, un journal local signale qu’envers et contre toutes les instructions possibles, les indigènes de la province de Moramanga ont été autorisés, par leur administrateur en chef, à faire des tavy.
Nous n’avons pas encore eu l’occasion de nous assurer si le fait est exact. Toutefois, suivant un colon qui habite cette région, étant donnée la mentalité du… phénomène qui administre cette province, la chose est fort possible.
Mais l’administration supérieure a toutes facilités pour vérifier l’exactitude des faits dénoncés. S’ils sont exacts, nous ne doutons pas qu’ils ne soient châtiés avec toute la sévérité qu’ils méritent.
Il serait temps d’en finir avec ces usages funestes.

Le Tamatave

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8 février 2017

Il y a 100 ans : Produit malgache de la «Kultur» française (2)

(Suite et fin.)
Quand donc notre inepte manière d’éduquer les Malgaches se résoudra-t-elle à faire d’eux des hommes utiles et non des déclassés ?
Sans morale et sans connaissances utiles, sachant toutefois suffisamment lire pour se gaver l’intelligence de romans à 4 sous, ces malheureux dévoyés constituent pour la société un très grave danger.
En France, le poète a pu dire que quand une école s’ouvre, c’est une prison qui se ferme. Ici, c’est tout le contraire qui est la vérité. Quand nous voyons s’ouvrir tant d’écoles sans instruction professionnelle, et de plus sans morale et sans Dieu, nous constatons avec une profonde tristesse que ce n’est pas seulement une prison qui s’ouvre, mais le bagne lui-même.
Il serait grand temps d’y remédier.

Tribunal correctionnel

Dans son audience de flagrant délit du 27 septembre courant, le Tribunal correctionnel de Tamatave a condamné le nommé Lemariaka, dit « Raboko », à six mois de prison pour vol de cinq bouteilles d’acide sulfurique.
Le malheureux croyait avoir fait une provision d’absinthe !!
Le Tamatave

Les graphites de Madagascar

La question des graphites de Madagascar vient d’être résolue à la satisfaction des intéressés.
Nos lecteurs se rappellent que ces graphites restaient frappés d’interdiction pour leur importation en Amérique, alors que les graphites de Ceylan y étaient couramment expédiés et revendus à des prix très avantageux.
M. Henry Bérenger, sénateur de la Guadeloupe et président de la Commission consultative coloniale au ministère des Colonies, avait été, on sait, saisi de la question et était immédiatement intervenu auprès des pouvoirs publics.
Le ministre des Colonies vient de lui faire connaître par lettre que la question a été résolue à la satisfaction de tous, grâce à une entente intervenue entre les producteurs, les industriels français fabricants de creusets et le sous-secrétariat des munitions.
La solution adoptée concilie aussi bien les intérêts de la défense nationale que ceux de la colonie et de l’industrie métropolitaine.

Les Annales coloniales

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6 février 2017

Il y a 100 ans : Produit malgache de la «Kultur» française (1)

Beau garçon, 27 ans environ, vêtu avec soin, parlant et écrivant correctement le français, né il ne sait plus où, tel est notre Malgache qui dit s’appeler Rabazanany, et avoir reçu au baptême le prénom d’Alphonse (mais sans casquette à trois ponts).
Une première fois à Majunga, le 12 septembre 1911 – car il est lettré, – ledit Alphonse déclare avoir été condamné, pour vol, à un an de prison, sous le nom de Rainizanary : mais pris d’un accès de spleen, il s’est évadé le 23 mai suivant.
Cette même année 1912, exploitant la culture française qu’il avait reçue, il se dit créole, portant le nom de Aoudy Léon, et se fait condamner à Tananarive à six mois de prison pour vagabondage. Il s’évade encore trois mois après.
Les grandes villes ne lui réussissant pas, il se rend dans le centre plus modeste de Maevatanana où, en 1913, il écope, pour vol, de deux ans de prison sous le nom précédent de Rainizanary et est envoyé à Nossy Lava.
On devine que son profond amour pour le grand air, l’espace, la liberté, le font s’évader de nouveau, pour venir s’échouer à Aniverano où, le 18 août dernier, il ne lui échoit que dix-huit mois de prison, mais cette fois sous le nom vierge qu’il prétend être le sien, de Rabazanany Alphonse.
Sa mauvaise étoile l’a conduit ainsi à la maison d’arrêt de Tamatave, où par malheur notre excellent Malgache s’est trouvé d’abord nez à nez avec le zélé et intelligent inspecteur indigène qu’est Razafy Jean-Baptiste, par qui il a été reconnu, et ensuite avec le fin limier de police qu’est le gardien chef de la maison d’arrêt, l’inspecteur Bringard par qui il a été indentifié, grâce au service anthropométrique qu’il applique avec le plus grand soin d’ailleurs, comme nos lecteurs le savent, et lui a habilement soutiré ces aveux. M. l’inspecteur Bringard est coutumier de ces arrestations importantes et de ces identifications anthropométriques.
Mais rassurez-vous, cher lecteur. Dans quelques mois, notre Alphonse se présentera chez vous comme cuisinier, planton ou homme de confiance.
(À suivre.)

Le Tamatave

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5 février 2017

Il y a 100 ans : Carnet d’un boto de pousse-pousse

Dans Mademoiselle Fifi, ce chef-d’œuvre, Guy de Maupassant nous a montré des officiers prussiens faisant venir de la ville voisine, dans le château qu’ils occupent et détériorent lentement, des filles pour se distraire, et l’un de ces officiers finalement poignardé par une de ces filles indignées.
Maupassant, qui avait vu les boches de 1870 à l’œuvre chez nous en avait gardé l’exécration et son conte célèbre est une marque au fer rouge marquée au front de l’armée allemande.
Depuis 1870, les boches ont fait des progrès. Crever les tableaux de famille à coup de revolver dans les châteaux occupés, faire s’asseoir des hétaïres à la table des châtelains, porter devant les femmes qui, pour être des catins, n’en sont pas moins des Françaises, des toasts à la gloire de l’Allemagne, qu’est-ce que cela à côté de ce qui vient de se passer à Lille.
Écoutez :
« Il y avait, à Fives, une de ces maisons qu’il est convenu d’appeler hospitalières. Toutes les pensionnaires, expulsées en pleine nuit, formaient un groupe où la tristesse ne dominait pas. Vous pensez si l’inconscience de ces femmes leur faisait accepter avec philosophie ce nouvel avatar ! Le colonel chargé de diriger la réquisition eut une idée vraiment drôle : il se fit désigner cinq jeunes filles appartenant aux meilleures familles de Lille et les confia à ces malheureuses. Et, de compagnie, les jeunes filles et les… autres défileront, musique en tête, dans les rues de la ville, sous les quolibets des soudards qui reconnaissaient au passage les femmes de mauvaise vie et le leur montraient à leur manière. »
Voyez-vous d’ici la face congestionnée du colonel boche s’épanouissant à l’idée de faire une « ponne blague », une blague à l’allemande ! Vraiment il y a quelque chose qui révolte et qui déconcerte et l’âme boche est un abîme vertigineux de laideur et d’abjection.
De quelles représailles, de quel châtiment ferons-nous payer tant de sadiques abominations ?
Hélas ! l’âme française se refuse aux réciprocités. « Surtout, a dit une femme de Lille, surtout que nos soldats ne nous vengent pas par de tels actes ; ce serait souiller notre beau nom de Français. »
Non certes nous ne nous vengerons pas « comme ça ». Mais quel horrible fardeau que l’honneur.
Intérim.

La Dépêche malgache

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20 janvier 2017

Il y a 100 ans : Le savon à l’huile de caïman

Ce n’est pas du crocodile qu’on pourrait dire, comme d’un certain animal vêtu de soies : Tout en est bon depuis les pieds jusqu’à la tête ! Cependant, sans parler de son rôle religieux dans l’antique Égypte, ni de ses larmes dont il est fait une assez grande consommation, sa peau nous donne des portefeuilles, et voici que le Journal officiel de Madagascar et dépendances nous révèle une autre utilité du saurien au rictus féroce.
Un chimiste vient de présenter au gouverneur général de la colonie un savon de sa composition, à base d’huile de crocodile, et le Journal officiel décrit la composition et la fabrication de ce produit qui paraît appelé à un vif succès ; mélangé avec du graphite amorphe, abondant à Madagascar, mais que sa faible valeur commerciale empêche d’exporter, le nouveau savon donne un lubrifiant de très bonne qualité qui pourrait être utilisé pour le graissage des wagonnets de l’administration et des particuliers.
Il sera plus difficile de l’introduire dans les cabinets de toilette des élégantes de Madagascar, car, il faut bien l’avouer, l’huile de caïman a une forte odeur sui generis. Mais le cas est prévu ; le parfum trop accentué pourrait être masqué par l’addition, soit de phénol, soit de feuilles d’eucalyptus finement broyées.
« À blanchir la tête d’un nègre, on perd son savon », dit le proverbe ; mais qui sait ? le savon à l’huile de caïman le fera peut-être mentir.
Journal des Débats politiques et littéraires

Carnet rose

Nous sommes heureux de faire connaître à nos lecteurs que Madame Maury, femme du sympathique directeur de la voirie de Tamatave, vient de mettre heureusement au monde un superbe garçon qui a reçu le nom de Jean.
Par les temps douloureux que nous traversons, c’est avec satisfaction que la France doit enregistrer la naissance de ses futurs défenseurs. Pour notre compte nous adressons au nouveau-né nos meilleurs souhaits de bonheur, et prions ses heureux parents d’agréer nos plus vives et cordiales félicitations.

Le Tamatave

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19 janvier 2017

Il y a 100 ans : Encore la question des graphites (2)

(Suite et fin)
Tandis que nos graphites ont plus de facilités, par la voie anglaise, d’être expédiés aux États-Unis, pays relativement neutre, mais nullement allié, où ils peuvent servir indistinctement à la fabrication des munitions destinées aux alliés aussi bien qu’à leurs ennemis.
La prohibition d’exporter nos graphites ailleurs qu’à Marseille porte bien pour prétexte de réserver à la France et à ses alliés les stocks qui leur sont nécessaires. Mais ce n’est là que… une formule d’autant plus odieuse que, sous le couvert de patriotisme, elle n’a réellement d’autre but que de favoriser un monopole, un courtage éhonté, car il nous est impossible, encore une fois, d’expédier directement nos produits soit en Russie, soit au Japon.
Cependant, étant donnée l’importance de sa production, en fait de munitions, ce dernier pays serait pour nous un excellent client.
Quant à la Russie elle-même, son marché ne serait point à dédaigner. Un de nos amis a reçu, de Moscou même, une demande de 500 tonnes de graphite par mois. Mais comment les expédier ? Pour envoyer seulement un échantillon de ce minerai, il lui a fallu, comme l’on dit, la croix et la bannière. Un envoi régulier et important devient par suite impossible.
Il nous paraît donc de toute logique et de toute équité que la demande d’exportation vise, d’abord et avant tout, les pays alliés. Là du moins nous serons sûrs que nos produits ne serviront pas à nos ennemis et, tant au Japon qu’en Russie, ils s’ouvriront un marché sur lequel, grâce à leur prix de vente, ils concurrenceront très avantageusement les graphites de Ceylan ou d’ailleurs.
Qu’on y avise donc, et le plus vite possible.

Réhabilitation

Une lettre venue du front nous fait connaître que P…, l’ex-employé des Douanes que nous avons tous connu, se trouve actuellement sur le front. Après avoir purgé sa peine jusqu’au dernier jour, P…, au début de la guerre, s’est engagé dans un bataillon d’Afrique, et aujourd’hui, au front, dans les toutes premières lignes, avec le grade d’adjudant, il cherche une occasion, qui ne saurait lui manquer, de se distinguer par une action d’éclat, et de conquérir ainsi ses droits à une brillante réhabilitation.
Nous ne saurions qu’applaudir à sa noble aspiration, et lui souhaiter les meilleures chances.

Le Tamatave

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17 janvier 2017

Il y a 100 ans : Encore la question des graphites (1)

Dans sa séance du 26 août dernier, la Chambre des Mines de la Colonie, entre autres questions des plus intéressantes, s’est occupée de l’interdiction d’exporter aux États-Unis le graphite de Madagascar.
Nous avions déjà signalé le grave préjudice causé par cette interdiction aux exploitants de graphite de la colonie, et nous avions fait connaître les causes peu avouables de cette interdiction. La Chambre des Mines insiste sur la gravité de ce préjudice ; mais elle passe sous silence les causes que nous avions dénoncées.
Patriotiquement, elle fait ressortir que tous les exploitants de graphite sont parfaitement d’accord pour réserver, – d’abord et avant tout, – à la France et à ses alliés les stocks qui leur sont nécessaires. Il est à peine besoin de dire que nous sommes tous d’accord sur ce point.
Mais où notre manière de voir diffère considérablement de celle de la Chambre des Mines, c’est lorsque celle-ci déclare que la France et ses alliés n’absorbent qu’une faible partie de notre production. Elle ajoute que par suite les exploitants de la colonie devraient donc pouvoir légitimement disposer du surplus de leur production, et la Chambre des Mines ne voit d’autre pays d’exportation que le pays neutre des États-Unis.
Que fait-elle des alliés ? Nous mettons de côté l’Angleterre qui, par ses colonies, produit à elle seule de quoi fournir du graphite à toutes les autres nations.
Nous mettons également de côté l’Italie qui ne peut être pour nous un acheteur important.
Mais que dites-vous de la Russie et du Japon ? Ce sont des alliés ceux-là, et même des alliés des plus sérieux. Ils en donnent une preuve palpable à l’heure présente. Dans le Japon, 1 200 usines, occupant plus de 100 000 ouvriers, fournissant depuis longtemps, et exclusivement, aux Russes les munitions qui leur ont permis de réparer leurs désastres et de reprendre leur marche en avant.
Cependant, malgré la certitude que nos graphites ne serviraient pas à nos ennemis, il nous est impossible de leur en livrer une seule tonne.
(À suivre.)

Le Tamatave

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14 janvier 2017

Il y a 100 ans : Les douanes à Tananarive

Une heureuse mesure, qui correspond au développement des transactions commerciales sur les Hauts Plateaux, vient d’être prise par le Chef de la Colonie. Un entrepôt réel des douanes est créé à Tananarive, à compter du 1er août 1916.
Désormais, les commerçants pourront laisser à l’entrepôt les stocks de marchandises passibles de droits de douane et de consommation. Ces droits ne seront acquittés qu’au fur et à mesure des retraits qui, avec les facilités de fractionnement, pourront n’avoir lieu qu’après vente ferme. De plus, pour les liquides en fûts, les droits n’étant perçus que sur les quantités sortant d’entrepôt, tous les déchets et pertes seront exonérés, par ce seul fait, des taxes qui, autrefois, grevaient plus lourdement les quantités livrées aux consommateurs.
Le délai d’entrepôt est de deux ans, mais il peut être prolongé sur la demande du déposant, par autorisation spéciale du service des douanes. Quant au tarif de magasinage, il a été fixé aussi bas que possible. Il comporte un droit unique calculé sur la valeur de la marchandise, d’après la déclaration du déposant. Ce droit, qui est de 0 fr. 25 par cent le premier mois, augmente d’une taxe égale, chaque mois, jusqu’au quatrième, puis seulement de 0 fr. 10 par mois du 5e au 24e inclus. Au-delà de ce délai, il est de 3 fr. 50 pour cent francs et par mois. Enfin, les déposants peuvent assurer leurs colis moyennant une taxe de 0 fr. 10 pour cent payable tous les six mois.
De vastes locaux ont été construits spécialement pour l’entrepôt réel, dans l’enceinte de la gare de Tananarive. Le bâtiment principal, réservé aux marchandises ordinaires, a été établi en bordure d’un quai desservi par deux voies ; il occupe une superficie de 510 m2. Un magasin annexe situé au fond de la cour de la petite vitesse est destiné à l’emmagasinement des matières inflammables ou dangereuses.
En somme, cette institution nouvelle, qui répond aux vœux du commerce, est une excellente réalisation dont le besoin se faisait sentir depuis l’ouverture de la voie ferrée entre Tamatave et Tananarive. Les avantages que le commerce local peut en tirer son inappréciables ; il convient, en le félicitant, de remercier M. le Gouverneur général de la décision qu’il vient de prendre.

Les Annales coloniales

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13 janvier 2017

Il y a 100 ans : Madagascar s’inquiète de l’avenir (4)

(Suite et fin.)
La production annuelle de riz madécasse est supérieure à un demi-million de tonnes et pourrait facilement être plus que doublée. L’Indochine, dont de vastes régions sont impropres à la culture du riz, n’a-t-elle pas un rendement moyen d’environ 2 500 000 tonnes ?
Nos compatriotes de la Grande Île sont inquiets de ce que l’avenir leur réserve. Ils se rendent compte que non seulement la métropole aura besoin d’immenses ressources financières pour effacer toute trace de la guerre, mais que de nouvelles colonies, conquises sur les Germains, viendront accroître notre empire d’outre-mer. Alors ils se demandent s’ils n’éprouveront pas plus de difficultés encore qu’avant le 2 août 1914 pour trouver l’argent nécessaire.
Que nos colons se rassurent cependant. Après la guerre, il n’y aura plus en France de gens assez peu patriotes pour placer leurs capitaux à l’étranger. Or, la richesse de notre pays est infinie ; après la guerre, l’argent sortira de terre comme par enchantement et nos colonies en auront leur large part.
Maurice Raoult.

Le cheptel colonial et la métropole

De La Vie :
Le gouvernement de Madagascar et celui de l’Afrique occidentale ne pourraient-ils faire ce qu’une commune, ou un syndicat des communes, fait en France ?
L’exploitation du cheptel colonial, qui est destiné à âtre exporté à l’état de viande frigorifiée, les y conduira inévitablement un jour, car ils ne pourront laisser l’initiative privée établir au gré de sa fantaisie, dans les ports, les tueries où l’abattage de milliers de bêtes, sous le ciel tropical, constituerait un danger pour la santé publique.
Pourquoi ne pas commencer dès maintenant à agir ? Ces gouvernements ont déjà prouvé trop de valeur pour attendre des fautes commises avant de penser à mieux faire. En prenant cette initiative aujourd’hui, ils enrichiraient leur colonie et empêcheraient peut-être la ruine du troupeau français.
Ils le peuvent sans faire acte commercial.
Quel essor une telle initiative ne donnerait-elle pas à nos colonies agricoles ! et quel concours pour enrayer la crise économique qui nous menace ?

Le Courrier colonial

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12 janvier 2017

Il y a 100 ans : Madagascar s’inquiète de l’avenir (3)

(Suite.)
On aurait tort de redouter quelque mauvais vouloir chez le paysan malgache : en effet, aux premiers temps de notre occupation, quand nous croyions devoir faire montre d’autorité, nous nous aperçûmes vite que l’indigène, exception faite pour le Sakalave, se montrait soumis et déférent envers le maître du pays : on lui disait que le « Fanjakana était son père et sa mère », qu’il allait apporter la richesse dans l’île, il le croyait. On lui disait de faire des routes, d’élever des maisons, il s’y prêtait docilement.
Ces indigènes, dépourvus d’initiative, aiment être dirigés ; il est donc facile d’orienter leurs cultures dans le sens désiré.
Le choix des terrains, les essais et le sélectionnement des espèces, etc., doivent être l’œuvre des colons, guidés par les jardins d’essais de la colonie.
Aussi bien, le plus difficile est-il fait aujourd’hui où les vastes rizières des régions côtières donnent des produits justement appréciés.
Pourquoi faut-il que l’essor de notre belle colonie soit entravé par le manque d’argent ? Que n’obtiendraient nos colons vaillants et tenaces si des capitaux abondants venaient soutenir leurs efforts ?
La prospérité de la Cochinchine, grâce à son riz, montre ce que Madagascar est en droit d’espérer de l’extension de cette culture, en dépit de l’élévation du fret et de la rareté des navires.
Le riz de nos colonies d’Extrême-Orient vient jusqu’à Bourbon qui, normalement, ne devrait pas aller chercher si loin un produit qu’elle a si près d’elle. L’Indo-Chine n’y perdrait rien, les débouchés du riz étant illimités.
Ce qui devrait encore encourager les capitaux à prendre la direction de la Grande Île, c’est la situation extrêmement avantageuse de cette colonie, placée à l’intersection de ce que les Anciens appelaient les grandes routes maritimes du monde, parce qu’elles facilitaient les transactions commerciales. Madagascar se trouve à l’un des principaux carrefours.
À quoi sert cette place privilégiée si Madagascar ne peut en profiter, si les navires qui viendront faire escale après la guerre n’y trouvent rien à charger ?
(À suivre.)
Maurice Raoult.

Le Courrier colonial

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 57 titres parus à ce jour.

9 janvier 2017

Il y a 100 ans : Madagascar s’inquiète de l’avenir (2)

(Suite.)
Il serait oiseux de toujours répéter que, jusqu’à présent, nos colons n’ont pu compter que sur eux-mêmes, ce qui évidemment est une excellente chose, mais à la condition que ni la mauvaise volonté administrative, ni l’insuffisance du crédit ne viennent décourager les bonnes volontés et annihiler les initiatives.
Peut-on accuser nos producteurs de riz de n’avoir pas fait tout ce qui était nécessaire pour conquérir les marchés susceptibles d’écouler leurs récoltes ?
Nullement certes : au début, le riz malgache méritait de graves reproches ; il contenait une notable quantité de débris pierreux, fort désagréables quand ils entraient en contact avec les dents des consommateurs. En outre, ce riz était un mélange de variétés trop souvent médiocres qui ne pouvait soutenir la concurrence avec les excellents riz d’Extrême-Orient.
Mais précisément, producteurs et industriels de la Grande Île, reconnaissant l’exactitude de ces critiques, se sont efforcés d’améliorer leurs récoltes par la sélection des espèces et, en même temps, de les débarrasser de toutes les impuretés qui les dépréciaient.
Aidés en cela par l’administration, ils ont réussi à établir un type de riz tout à fait satisfaisant pour la clientèle qui s’offrait.
Aujourd’hui, au point de vue de la qualité, il n’y a plus guère que le riz des hauts plateaux qui demande encore à être amélioré, mais, comme nous le disions l’autre jour, c’est à la routine indigène qu’il faut s’en prendre. Il faut éduquer les cultivateurs malgaches, leur faire comprendre qu’ils ont tout intérêt à renoncer aux variétés trop rustiques qui ne trouvent pas preneur à l’étranger pour adopter des espèces à la fois préférées des acheteurs et susceptibles de fournir un grand rendement, ce qui intéresse par-dessus tout l’indigène. Ainsi les usines de la Grande Île pourront présenter à l’exportation un produit beaucoup plus uniforme.
 (À suivre.)
Maurice Raoult.

Le Courrier colonial

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6 janvier 2017

Il y a 100 ans : Madagascar s’inquiète de l’avenir (1)

Nos correspondants de Madagascar, qui constatent l’importance prise par les importations de riz indo-chinois aux Philippines, se plaignent à juste titre que l’on ne se soit pas suffisamment préoccupé suffisamment en haut lieu de procurer de pareils débouchés au riz de la Grande Île.
Si l’on estime que les colons malgaches sont trop intéressés dans la question pour être vraiment impartiaux, nous ferons appel à des témoignages étrangers, comme celui de M. Porter, consul anglais, qui séjourna longtemps à Madagascar et connaît admirablement notre colonie. Ce fonctionnaire éminent a maintes fois déclaré que la culture du riz dans la Grande Île prenait une grande extension et que ce produit trouverait un débouché tout indiqué dans les territoires de l’Union sud-africaine, où il était très apprécié, notamment au Natal et au Transvaal.
Madagascar possède encore une précieuse clientèle à Bourbon où ses expéditions de riz ont doublé en quelques années et à Maurice où elles ont triplé. Voici déjà trois marchés assurés, représentant pour la Grande Île le même avantage que les îles Philippines pour l’Indo-Chine, la proximité, qui permet de lutter avec avantage contre la concurrence. L’avenir s’annonçait donc magnifique pour Madagascar sans cette affreuse guerre qui a ajourné la réalisation de ses plus légitimes espérances. C’est d’autant plus fâcheux qu’aujourd’hui, le riz est devenu un aliment mondial, dont la consommation, suivant les statistiques, dépasse même celle du blé.
Madagascar, dont les régions propices à la culture de ce produit se transformaient aisément en immenses rizières, traverse ainsi une crise dont la pénurie des moyens de transport accroît singulièrement la gravité. Elle exporte encore, mais combien peu, alors qu’elle pourrait fournir bien davantage, notamment à la mère patrie.
Tous ceux qui connaissent la Grande Île savent qu’elle deviendra rapidement un véritable grenier d’abondance le jour où la métropole ne lui dispensera pas trop avaricieusement les concours financiers indispensables à son développement.
(À suivre.)
Maurice Raoult.

Le Courrier colonial

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3 janvier 2017

Il y a 100 ans : La crise de la monnaie

On nous écrit :
Tout le monde à Tamatave se plaint de la rareté de la monnaie d’argent, surtout des pièces de cinq francs. Je viens vous faire connaître de quelle façon ces pièces-là disparaissent de la circulation, afin que, par l’intermédiaire de votre vaillante feuille, à votre tour, vous le signaliez en haut lieu.
Tous les jours, sur la place de Tamatave, des Hovas et des Indiens et un ou deux Français que je pourrais nommer, raflent, moyennant une légère prime, la monnaie de toute nature, et toutes les pièces de cent sous qu’ils peuvent découvrir. Chaque semaine cette rafle atteint le chiffre respectable de 100 à 120 000 francs. Par le courrier du mardi soir, cette somme est portée à Tananarive, où elle est mise à la disposition des prospecteurs et négociants moyennant une prime de 2 et demi %. À tel point que les commerçants sont dans l’obligation de majorer d’une pareille somme de 2 et demi % les articles qu’ils vendent, lorsque ceux-ci leur sont payés en papier-monnaie.
C’est là une spéculation honteuse et antipatriotique au suprême chef ; mais il est parfaitement inutile de parler patriotisme à de tels spéculateurs. C’est, pour eux, un mot vide de sens, et qu’ils ne comprennent pas. Je ne me fais pas une idée des mesures qu’on pourrait prendre pour mettre fin à cet odieux commerce.
D’aucuns opinent qu’il serait possible d’imposer le cours forcé aux billets de banque. À mon avis, ce serait une très mauvaise opération qui discréditerait complètement cette précieuse monnaie. On pourrait peut-être procéder d’une autre manière, et, par exemple, démonétiser toutes les pièces de cinq francs sans exception, en accordant aux détenteurs un délai de six mois par exemple pour remettre leurs pièces soit au Trésor, soit aux caisses publiques, passé lequel délai, ces pièces n’auraient plus cours et ne seraient plus reçues. Je gage qu’il ne faudrait pas longtemps pour voir les caisses du Trésor regorger de pièces de cinq francs.
C’est ainsi d’ailleurs qu’après la conquête on a procédé pour la monnaie coupée.
Voilà mon idée. Que celui qui en aura une meilleure la donne, car la situation est intenable, et exige un prompt remède.

Le Tamatave

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1 janvier 2017

Il y a 100 ans : Les tavy (2)

(Suite et fin.)
Mais voilà ! En montagne, il suffit de mettre le feu à la forêt – plus elle est épaisse, mieux elle est brûlée – puis, sans autre préparation, on y sème le riz, et alors l’indigène a devant lui plusieurs mois de doux farniente, qu’il passe couché sous une cahute, occupé à agiter des épouvantails destinés à éloigner les oiseaux que son riz tenterait.
Tandis que dans la plaine, il faudrait qu’il se donne la peine de remuer la terre et de détruire les mauvaises herbes. Le rendement serait sans doute supérieur ; mais cela le laisse indifférent, pourvu que la fatigue soit moindre. C’est là l’unique raison d’être des « tavy ».
Il est donc excessivement facile de les supprimer radicalement ; en même temps que les auteurs directs en soient punis, ainsi que les chefs de village et les chefs de canton responsables, que les chefs de district soient aussi sévèrement châtiés, et on en aura radicalement fini avec cet usage désastreux.

Les fraudeurs à la douane

Dans son numéro de dimanche dernier, un journal local nous fait connaître « qu’une fraude aurait été découverte ces jours derniers, et que le délinquant n’en serait pas à son coup d’essai. »
Nous allons mettre les points sur les i ; car le manège dure depuis trop longtemps et il faut que cela finisse.
Le fraudeur est un métèque, un Indien du nom de Hossen Moosahee Ditto, commerçant de notre place. Si fraude consiste à déclarer tissus écrus le contenu des balles qu’il reçoit et qui ne contiennent que des tissus imprimés en couleurs.
La différence de prix est telle que les maisons françaises voyaient depuis longtemps s’accumuler leurs stocks d’indiennes sans espoir de les vendre à cause du bas prix auquel le fraudeur pouvait les livrer. Et cela dure depuis des mois, au vu et au su de tout le monde.
Il est donc à souhaiter dans cette occasion que l’Administration des Douanes se montre des plus rigoureuses, d’autant plus qu’elle n’est peut-être pas à l’abri de tout reproche.
Dans le cas où la solution donnée par elle à cette affaire ne répondrait pas au désir que nous venons d’exprimer, nous nous verrions dans la pénible obligation de mettre les points sur les i d’une façon plus précise. A bon entendeur salut !
Il faut absolument que les commerçants français soient protégés contre les fraudeurs métèques.
L. B.

Le Tamatave

La Bibliothèque malgache en général et son animateur en particulier vous souhaitent le meilleur pour 2017, dont on me dit que ça y est, nous y sommes.

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29 décembre 2016

Il y a 100 ans : Les tavy (1)

Cette chronique était la millième à paraître dans Les Nouvelles.
Cette vieille question revient encore sur le tapis et plus que jamais elle est d’actualité.
Les instructions données pour mettre fin à ce fléau – car c’en est un – ont beau être aussi nombreuses que formelles, rien n’y fait. Ces instructions sont lettre morte pour certains chefs de districts. Non seulement ils n’en tiennent aucun compte mais encore – selon l’expression pittoresque de l’un d’eux, chef d’un grand district – ils s’asseyent dessus.
Lorsqu’une nouvelle circulaire leur parvient, dès qu’ils en ont constaté l’objet, sans même la lire, ils la déposent dans un carton à ce destiné, où reposent celles qui l’ont précédée, et avec un geste ironiquement cérémonieux ils ajoutent : « Une de plus aux oubliettes » (authentique).
Le préjudice énorme, autant qu’irréparable, que les « tavy » causent à la richesse forestière de la colonie ?… Qu’est-ce que cela peut bien leur faire ?… Les protestations des corps constitués, comices agricoles, chambre des mines, etc. ? Ils s’en moquent !
Les instructions formelles qu’ils reçoivent à ce sujet ?
Comme nous venons de le dire, ils s’asseyent dessus !
Rien ne vaut pour eux la douce satisfaction d’être agréables aux noires Dulcinées qui leur prodiguent leurs faveurs enveloppantes. Pourraient-ils refuser quelque chose à leurs enivrantes supplications ? Un petit « tavy » pour leur papa, leur frère, leur cousin, leur oncle, leur neveu, et aussi leur amant de cœur car il est notoire qu’un seul ne réussit jamais à les satisfaire et que chez elles… les collatéraux abondent. On ne peut leur refuser une aussi mince faveur !
Donc, ce ne sont pas les indigènes, auteurs directs des « tavy », qui devraient être châtiés. Après tout ils sont en règle puisqu’ils y ont été autorisés. Mais on devrait tomber sérieusement sur ceux qui donnent de telles autorisations. À noter qu’il y a des districts où aucun « tavy » n’est pratiqué, par la raison bien simple que le chef ne les a pas autorisés.
Qu’on ne vienne pas nous rabâcher que, s’il ne peut pas faire de « tavy », l’indigène mourra de faim. Cela est complètement faux ! Il y a partout des plaines immenses et marécageuses, où le riz – certaines qualités – pousserait admirablement avec un rendement bien supérieur à celui du « tavy ».
(À suivre.)

Le Tamatave

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