23 août 2014

Il y a 100 ans : Muflerie d’exportation

La muflerie, puisqu’il faut l’appeler par son nom, ne gîte pas seulement chez nos tyranneaux de France. Nos missionnaires du Betsileo, à Madagascar, en savent quelque chose. Qui voudra s’édifier là-dessus n’a qu’à lire dans le dernier numéro du bulletin Chine, Ceylan, Madagascar le récit de l’arrivée de Mgr Givelet. Trains qui n’arrivent pas ou arrivent un jour en retard, gouverneur général de Tananarive qui ne digne pas recevoir – ce n’est pas son jour ! –, administrateurs goujats qui s’emparent dans l’auto publique des places réservées au vicaire apostolique et à son compagnon, départ d’Antsirabe précipité pour déconcerter l’accueil des populations, procession de bienvenue interdite sur le chemin au-devant du prélat à Fianarantsoa, ses bagages déposés par erreur à la station précédente pour qu’il fût sans mitre ni crosse, avouez que ces caprices du hasard et cet enchaînement de contretemps si bien calculés dénotent chez quelques énergumènes de la colonie une dose peu commune de sectarisme.
Mais à quoi bon cet appel : depuis quelques lustres, la muflerie n’a-t-elle pas pris logement avec le ministère des Colonies, 27, rue Oudinot, après en avoir chassé les Frères ? Étonnons-nous donc que la muflerie soit un article d’exportation !
La Croix

Découverte d’un riche gisement aurifère dans la région de Diégo-Suarez

Le 22 mai, la colonie française de Diégo-Suarez se réjouissait de l’heureuse nouvelle que venait de recevoir le sympathique président de la Chambre consultative, M. Mortages.
Un télégramme venait, en effet, de lui annoncer que les recherches entreprises dans la plaine de Bérésiki avaient abouti à la mise au jour d’un gisement aurifère d’une richesse incroyable, suivant l’expression même des ingénieurs.
Il y a quelque temps, ces mêmes ingénieurs avaient mis au jour un gîte renfermant 400 kilogrammes du précieux métal, et ils n’avaient même pas songé à claironner partout cette nouvelle, alors que certaine société aurifère, dont il a été maintes fois question ici, se montre infiniment moins scrupuleuse.
Cette nouvelle découverte montre une fois de plus que les richesses minières de la région de Diégo-Suarez ne le cèdent en rien aux richesses agricoles.

Le Courrier colonial


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22 août 2014

Il y a 100 ans : Les scandales continuent à Madagascar (3)

(Suite et fin.)
D’autre part, M. B… est originaire des Antilles. Or, il est dans la Grande Île deux personnes qui ont voué aux Français nés aux colonies, aux créoles, une haine féroce. La première est M. le Procureur général Teulet qui ne pardonne point à l’honorable M. Michel, créole lui aussi et Procureur général de l’Indochine, de l’avoir supplanté pour ce poste auquel il eut la présomption de prétendre ; le second est M. Dessaigne qui a conservé un pénible souvenir de son contact avec un confrère créole à Tahiti.
Il fallait donc une occasion pour se débarrasser de M. B… On la fit naître. Et, pour l’exploiter, les courtisans ne ménagèrent point leur concours.
M. le Gouverneur Général Picquié et M. le Procureur général Teulet ont commis là, une fois de plus, un révoltant abus de pouvoir. Ces deux hommes, dont on voit depuis quelque temps les noms associés dans tous les scandales dont Madagascar est le théâtre, ont besoin d’être énergiquement rappelés au respect du droit et du devoir. Il est temps que prennent fin les exploits regrettables de ces deux amateurs d’histoires.
M. Teulet, à Madagascar, comme en Indochine, comme en Nouvelle-Calédonie, a complètement donné la mesure de son insuffisance et de son inaptitude aux fonctions qu’il exerce. Persistera-t-on à lui accorder une confiance qu’il ne mérite pas et à lui laisser prendre des responsabilités qui le dépassent ? Cela serait plus qu’imprudent.
M. Picquié conduit notre belle colonie à la ruine par le désordre, l’anarchie et la délation. Quand Madagascar en sera-t-il délivré ?
Henri Cosnier,
Député de l’Indre.
Les Annales coloniales

Accident d’automobile à Madagascar

M. Delayen, le propriétaire minier bien connu à Madagascar, a été victime d’un accident automobile dont les conséquences ont été heureusement moins graves qu’on aurait pu le craindre.
Il a reçu les premiers soins à Maevatanana, puis a été transporté à l’hôpital de Tananarive.
Son état s’étant rapidement amélioré, il est parti pour Isoavinandriana où il compte passer un mois pour achever sa convalescence.
Nous lui souhaitons un prompt et complet rétablissement.

Le Courrier colonial


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21 août 2014

Il y a 100 ans : Les scandales continuent à Madagascar (2)

(Suite.)
La délation est organisée et encouragée ; la justice est bâillonnée et le bon plaisir règne en maître.
Il n’est pas exagéré de dire qu’une sorte de petite terreur, occulte, hypocrite et sournoise pèse en ce moment sur Madagascar grâce au Gouverneur Général Picquié. Et son premier, son plus fidèle lieutenant, son plus zélé collaborateur n’est autre que le plus haut magistrat de la colonie, le Procureur général Teulet qui, sans vergogne, jongle avec la loi dont il est le représentant.
J’ai déjà, dans le numéro des Annales Coloniales du 31 mars 1914, parlé de l’histoire invraisemblable de ce magistrat, M. B…, qui, lors de ses précédents séjours à Madagascar, n’avait laissé que d’excellents souvenirs. Ce magistrat rentrait dans la colonie prendre possession du poste auquel il venait d’être nommé, accompagné de sa jeune femme. À son passage à Diégo-Suarez, il fut l’objet, de la part d’un commis des postes, de provocations calculées et réitérées suivies de voies de fait. Sans entrer dans le détail des faits il semble si bien résulter des documents de l’enquête que le coup était machiné, que dans cette affaire on voit apparaître tous les comparses habituels à la solde du Gouverneur Général.
Selon le but désiré, on traduisit non pas l’agresseur mais M. B… devant la Cour d’appel, on permit à divers témoins d’apporter des allégations dont la fausseté a été établie ensuite devant la Cour…
Le magistrat en question, M. B…, fut donc – ce qui, encore, était un ordre – poursuivi et condamné. Je ferai simplement remarquer que M. B… fut poursuivi en vertu de l’article 311 du Code pénal alors qu’il n’avait jamais frappé et qu’au contraire il l’avait été, ainsi qu’il résulte formellement de tous les témoignages cités par l’accusation. Je souligne le mot accusation car M. B… fut délibérément mis dans l’impossibilité de se défendre. Je regrette de ne pouvoir signaler ici tous les procédés invraisemblables et perfides dont MM. Teulet et Dessaigne, pour ne citer que ceux-là, usèrent vis-à-vis d’un fonctionnaire dont le seul tort était de ne pas plaire à M. Picquié. On le lui dit, d’ailleurs, sans ambages.
 (À suivre.)
Henri Cosnier,
Député de l’Indre.

Les Annales coloniales


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20 août 2014

Il y a 100 ans : Les scandales continuent à Madagascar (1)

Avec un acharnement, une ténacité, une méthode et un esprit de suite dignes d’une meilleure cause, et qui n’ont d’égale que l’inexplicable complaisance de ceux qui le laissent poursuivre en paix son œuvre néfaste, M. le Gouverneur Général Picquié achève de désorganiser Madagascar, d’y semer le trouble et la haine, et de se rendre odieux à tous, lui et ses complices.
À maintes reprises, les lecteurs des Annales Coloniales ont été à même d’apprécier les actes de ce haut fonctionnaire dont le maintien au poste élevé qu’il occupe est un véritable défi à l’opinion publique. Tout récemment encore, je signalais les procédés scandaleux dont on avait usé envers un colon parfaitement honorable, et dont le seul tort était d’avoir été l’ami du prédécesseur de M. Picquié. D’autres faits analogues se sont produits. L’un d’entre eux mérite d’une façon toute particulière d’être connu du public. Il met en pleine lumière une fois de plus les tares de l’administration de M. Picquié, dont les caractéristiques sont la malveillance, l’arbitraire et la déloyauté. Ce nouveau scandale met au surplus en scène les mêmes comparses, dont j’ai déjà souligné le rôle équivoque ou franchement détestable, et parmi lesquels il faut, en première ligne, citer M. le Procureur général Teulet, chef du Service judiciaire dans la Grande Île.
Le but poursuivi par M. Picquié est avant tout de détruire, tant qu’il le pourra, l’œuvre républicaine de notre ami Augagneur et l’une de ses principales préoccupations consiste à marquer la haine qu’il éprouve pour tous ceux, fonctionnaires ou colons, qui servirent la politique bien française de son prédécesseur. Ces faits, en outre, montrent de manière évidente que M. Picquié se sert, pour satisfaire ses ressentiments, d’agents provocateurs prêts à toutes les besognes, et qu’il trouve parmi certains fonctionnaires et même chez de hauts magistrats, de trop dociles exécuteurs. Il existe, rappelons-le une millième fois, à Madagascar, une sorte de camarilla à la solde de l’actuel Gouverneur Général, marchant au doigt et à l’œil, prenant le mot d’ordre, abdiquant toute conscience professionnelle, pour rendre possible l’accomplissement de vengeances misérables.
(À suivre.)
Henri COSNIER,
Député de l’Indre.

Les Annales coloniales


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19 août 2014

Un auteur de la Bibliothèque malgache a inspiré Lautréamont

Jean-Jacques Lefrère, spécialiste de Lautréamont et de ses Chants de Maldoror, vient de signaler un emprunt (un de plus, il y en a d'autres) enfoui par l'écrivain dans la masse tumultueuse de son grand livre, chef-d'oeuvre de la littérature du 19e siècle.
Je vous renvoie au détail de son article pour tout savoir du fait divers raconté par Le Figaro du 12 septembre 1868, et du passage des Chants de Maldoror directement pompé sur l'article du quotidien.
Plagiat, donc. Aujourd'hui, Lautréamont aurait probablement utilisé Wikipedia, comme Michel Houellebecq et tant d'autres. (N'en prenons pas prétexte pour insérer le signe = entre les noms de Lautréamont et de Houellebecq, je m'en voudrais si cette proximité était mal interprétée.)
Mais pourquoi donc prendre la peine de vous parler de cela, qui semble devoir n'intéresser que les lecteurs les plus sourcilleux des sources attribuées à leurs auteurs préférés?
Parce que l'auteur de l'article paru dans Le Figaro s'appelle Emile Blavet, une vieille connaissance de la Bibliothèque malgache. Il est venu faire un tour chez nous en 1896, dans la foulée de la conquête de l'île par la France, a séjourné deux mois à "Tananarive" et dans les environs après le voyage terrestre obligé de Tamatave à Tana, puis en en rapporté un récit de voyage, Au pays malgache, publié en 1897 et réédité sous forme de livre électronique gratuit par la Bibliothèque malgache.
Curieux détour, n'est-ce pas, pour affirmer que Lautréamont s'est inspiré d'un auteur de la Bibliothèque malgache. Mais le fait est là, irréfutable.
Il n'entraîne cependant pas comme conséquence que lire Emile Blavet serait un peu lire Lautréamont...

Il y a 100 ans : L’avenir de Diégo-Suarez

La décision récemment adoptée de terminer et de rendre utilisable le bassin de radoub de Diégo-Suarez a été accueillie avec joie par les colons de la région. Quand ce bassin sera terminé, ses dimensions permettront d’y recevoir de très gros navires.
Il en résultera forcément un mouvement important, car les escadres européennes n’hésiteront plus à vernir séjourner dans les eaux de Madagascar, certaines d’y trouver les moyens de s’y faire réparer, ce qui n’est pas le cas actuellement.
Mais il est indispensable que le bassin de radoub de Diégo-Suarez soit doté d’un outillage complet, donnant aux plus grosses unités la certitude de trouver des ateliers en mesure de procéder aux réparations les plus importantes qu’une escadre puisse avoir à effectuer en cours de route.
S’il est vrai que l’on doive trouver là un des éléments principaux de la prospérité future de Diégo-Suarez, il serait imprudent, cependant, de négliger les autres, notamment l’agriculture et l’élevage qui restent les bases de la richesse de Madagascar comme de tous les autres pays.
La mise en rapport des immenses et fertiles régions qui s’étendent dans le nord de la Grande Île vaudrait mieux pour la prospérité de Diégo-Suarez que la découverte de dix mines d’or sur le plateau d’Antsirane. Avec une réglementation intelligente, Madagascar pourrait, en quelques années, décupler son cheptel et sa production agricole.
Étant donné la disproportion énorme existant entre les exportations actuelles de la Grande Île et ce qu’elle pourra exporter plus tard, il n’est pas exagéré de dire que sa production, à tous égards, est encore à l’état rudimentaire.
Certes, Madagascar ne peut du jour au lendemain donner son maximum de production ; mais il y a, dans notre belle colonie de l’océan Indien, un champ d’activité immense qui appelle toutes les activités et toutes les énergies.

Les foires à Madagascar

Par arrêtés insérés au Journal officiel de Madagascar du 2 mai, la foire annuelle de Betafo aura lieu désormais les derniers lundi et mardi de juin, et celle d’Ambohimasina les premiers lundi et mardi de septembre.
La foire annuelle d’Antsenavolo a eu lieu les 7 et 8 juin.
Enfin, un arrêté a autorisé à Ambovombe, province de Fort-Dauphin, la création d’une foire qui a eu lieu les 8 et 9 mai.

Le Courrier colonial


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18 août 2014

Il y a 100 ans : Les magasins du Louvre suppriment leurs succursales de Madagascar

Une tentative intéressante, généralement ignorée, avait été faite à Madagascar par les Grands Magasins du Louvre.
Ils avaient créé à Tananarive et à Tamatave deux succursales ; celle de Tananarive était particulièrement importante.
Alors qu’elles existaient depuis un certain nombre d’années, elles viennent de disparaître toutes deux.
Un grand négociant de Tananarive, M. Navarre, s’est rendu acquéreur de ces agences.
Il est regrettable que les Grands Magasins du Louvre n’aient pas obtenu des bénéfices suffisants pour avoir le désir de rester à Madagascar. La situation eût peut-être été plus satisfaisante s’ils avaient eu à la tête de ces succursales une direction moins disposée à se mêler aux luttes locales. Les agents en retirent parfois des avantages personnels, mais les établissements qui leur sont confiés en pâtissent.
Le Courrier colonial

Moins d’élèves et plus de dépenses à Madagascar

En 1898, 195 514 élèves étaient formés dans les écoles privées, catholiques ou protestantes, les seules alors existantes.
Pas de budget de l’instruction publique, sauf une allocation de 20 000 francs aux écoles des Frères.
En 1912, 54 048 élèves fréquentent les écoles officielles, 31 866 vont aux écoles privées. Total : 85 914 élèves.
Le budget s’élève à 963 471 francs pour l’enseignement officiel, les écoles privées étant laissées à leurs seules ressources.
Voilà le bilan de l’athéisme scolaire à Madagascar. Le 23 novembre 1906, un décret de M. Augagneur, gouverneur général, fermait 900 écoles libres sur 1 200 ; d’où résultat au bout de six ans : l’enseignement français est donné à 109 400 Malgaches de moins et le budget de la colonie est grevé de 943 471 francs de plus par les dépenses scolaires.
C’est donc là-bas comme dans la métropole : l’irréligion engendre l’ignorance et le gaspillage. A ceux qui voudront s’édifier sur la question, nous signalons les Études des Pères Jésuites du 5 juin, qui contiennent un article suggestif sur les missions de Madagascar. On y verra comment le gouvernement français sacrifie les intérêts essentiels à son programme de déchristianisation.

La Croix


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16 août 2014

Il y a 100 ans : Troupes théâtrales indigènes

Madagascar a ses artistes indigènes.
Le chef d’une de ces troupes porte un nom imposant : il s’appelle Rainizanamanga-Betsinjaka. Seul de sa troupe, il va en pousse-pousse. Les autres vont à pied. Dam ! le réseau ferré malgache ne s’étend pas encore assez loin pour desservir toutes les localités où doit se transporter la troupe !
Les artistes sont d’ailleurs hiérarchisés et spécialisés comme en Europe ; des quatorze sujets qui la composent, le principal est naturellement le jeune premier, qui se parfume à la vanille, s’attife élégamment et esquisse des effets de torse comme ses collègues parisiens ; la forte chanteuse lui fait vis-à-vis, la chanteuse légère, la basse et la duègne évoluent de leur côté en compagnie des danseuses de genre.
La troupe de Rainizanamanga connaît les mortes-saisons de telles localités et leurs époques de recettes. Son répertoire, un peu rudimentaire, se compose de drames indigènes et de vaudevilles français adaptés à la mentalité malgache. D’ailleurs le programme se modifie selon que la salle est composée de Sakalaves, de Betsimisarakas ou de Hovas. Quand la troupe joue devant un public qui ne comprend pas la langue employée, la pantomime prend plus d’importance.
Les artistes malgaches sont appelés à participer à la plupart des fêtes, même officielles, de la Grande Île. Ils se rappellent encore avec joie la fête organisée par le comité de Madagascar au Palais de la Reine, qui leur a rapporté gros.
Ils provoquent également leurs compatriotes amateurs en des concours de chants et de danses et c’est tout juste si ces concours ne se terminent pas par des bagarres.
Afin de les éviter, le jury distribue force ex-æquo, et chacun s’en va content d’être le premier !
Les Malgaches sont fiers de leurs artistes nationaux.
C’est tout juste s’ils ne demandent pas des subventions au bénéfice de ces derniers.

Création d’un service des archives à Madagascar

Un service des archives et de la bibliothèque du gouvernement général à Tananarive vient d’être créé par un arrêté de M. Picquié, dans le but d’assurer la conservation de tous les documents d’ordre historique et administratif intéressant Madagascar et ses dépendances.
M. Even, sous-intendant en retraite, a été choisi pour diriger ce nouveau service. C’est là un choix excellent.

Le Courrier colonial


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15 août 2014

Il y a 100 ans : Tananarive et ses industries (2)

(Suite et fin.)
L’art de la dentelle, pratiqué de tout temps dans la Grande Île, a pris une extension considérable à Tananarive, depuis quelques années ; les femmes qui s’y adonnent ont modifié et perfectionné leurs modèles ; les métiers européens qu’elles ont adoptés leur ont permis de sortir des vieux types routiniers ; dans le district d’Ambohimanga, plus d’un millier de dentellières travaillent sur commande, et des commissionnaires expédient leurs dentelles sur les marchés d’Europe.
Les voies de communication, totalement inexistantes avant l’occupation française et qui se créent partout, à l’heure actuelle, surtout depuis l’arrivée de M. Picquié, ont aidé puissamment au développement économique de la région ; chemins de fer, automobiles, voitures et charrettes à bœufs sillonnent la province, portant les produits du pays vers les centres d’exportation.
Toute la région centrale de Madagascar fait preuve d’ailleurs aujourd’hui d’une vie industrielle intense qui ne fera que s’accroître.
Sous l’intelligente impulsion de son gouverneur général, Madagascar se développe rapidement, si bien qu’au triple point de vue économique, industriel et agricole, cette île prendre place, un jour prochain, parmi les grands pays producteurs du monde.

Un livre illustré sur les Hovas

C’est celui que le lieutenant Sarramon, docteur des troupes coloniales, va faire paraître, ayant pour titre L’Hygiène pratique à l’usage des Hovas. Avant de quitter Tananarive, le lieutenant Sarramon a confié son œuvre au peintre Supparo, le fondateur de l’École des beaux-arts, qui s’est chargé de faire exécuter les illustrations par ses élèves.
On sait que M. Supparo, comme illustrateur, a été le collaborateur de Francis de Croisset, Willy, Carpentier, Félicien Champsaur, Oscar Méténier, Delphi, Fabrice, etc., etc., et qu’il possède un remarquable talent dans ce genre de dessin.
Il sera tiré de l’ouvrage trois exemplaires originaux, dont deux seront offerts à M. Albert Picquié, gouverneur général de Madagascar, et un au docteur Henry Gallay, directeur des services sanitaires de Madagascar.
L’ouvrage doit être envoyé à Paris pour y être richement relié. Dès qu’il nous sera parvenu, nous en rendrons compte à nos lecteurs.

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14 août 2014

Il y a 100 ans : Tananarive et ses industries (1)

Les industries, tant européennes qu’indigènes, prennent à Tananarive un développement remarquable. La plupart des branches de l’industrie européenne y sont représentées à des degrés divers.
On sait que la capitale de la Grande Île est alimentée en eau et en lumière électrique par une belle usine du dernier modèle ; les glacières se sont multipliées au fur et à mesure qu’augmentait la population européenne.
Là ne s’arrête pas l’essor de l’activité industrielle ; toutes les industries secondaires des villes sont exercées à Tananarive, soit par des Européens, soit par des indigènes.
Ces derniers n’ont pas seulement conservé leurs métiers d’autrefois ; ils les ont perfectionnés grâce à notre concours.
L’industrie des chapeaux de paille, par exemple, si essentiellement malgache, a été portée à un degré de perfection remarquable ; au lieu de s’en tenir aux chapeaux en écorce de zourzour que produisait presque exclusivement la Grande Île autrefois et qui, vendus quelques sous, servaient de couvre-chefs pour le travail des champs, tant aux ouvriers qu’aux colons, les artisans malgaches se sont mis à fabriquer des chapeaux de luxe genre Panama. Ils emploient non seulement la fibre de raphia, mais encore diverses plantes des marais, aux fibres délicates et fines ; ils ont substitué des formes nouvelles et élégantes aux anciennes formes. Ces chapeaux, envoyés en France, s’écoulent très facilement. Le chiffre de ces exportations dépasse 1 000 000 de francs par an.
Les indigènes fabriquent également des poteries en terre rouge, industrie qu’ils tiennent des Européens et dans laquelle ils font chaque jour des progrès ; de même ils apportent un soin plus artistique à la confection de leurs rabanes, de leurs nattes et des divers articles de sparterie qu’ils ont produit de tout temps ; ils sculptent le bois et la corne ; ils fabriquent du savon et des bougies, des tuiles et des briques ; des meubles très élégants avec les bois précieux qui abondent dans leurs forêts. Madagascar arrive peu à peu à produire, pour sa consommation locale et même pour l’exportation, une foule d’articles qu’autrefois cette île devait demander à l’extérieur.
(À suivre.)

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13 août 2014

Il y a 100 ans : Les méfaits des sorciers de Madagascar

En dépit des progrès de notre civilisation dans la Grande Île, malgré tous nos efforts pour mettre un terme aux escroqueries des sorciers, tant ombiasy que sikidy, leur influence n’a guère diminué chez les indigènes.
Voici une récente histoire de bœufs qui va donner une idée des procédés de ces dangereux charlatans.
Un Malgache, en se mariant, avait donné à sa femme deux bœufs en dot ; celle-ci les confia à son père, habitant un village éloigné d’une demi-journée à peine de leur résidence.
Peu de temps après, ils apprirent que les deux bœufs avaient disparu. Le frère de la femme était venu leur en apporter la nouvelle. Le ménage, très affecté, se hâta de se rendre sur les lieux pour essayer de retrouver les animaux. N’y pouvant parvenir, il s’adressa à l’ombiasy.
Celui-ci conduisit le mari et la femme, accompagnés du frère de cette dernière, devant le troupeau paternel.
— Mais les voici vos bœufs, s’écria-t-il, montrant le troupeau ; je les vois là, devant moi.
Les autres eurent beau écarquiller les yeux, ils ne voyaient que les bœufs du père et du frère, mais pas les leurs.
L’ombiasy paraissait stupéfait ; puis il s’écarta un instant, se recueillit et comme sous le coup d’une subite inspiration :
— Je sais, dit-il à la femme, pourquoi ni toi ni ton mari vous ne pouvez voir vos bœufs ; tu as commis une faute à l’égard de ta mère en n’en sacrifiant pas un à ses mânes quand ton mari te les a donnés. Tant que tu n’auras pas réparé cette faute, tu ne les reverras pas.
Les malheureux, convaincus de l’exactitude de cette histoire, s’empressèrent d’acheter un autre bœuf, fourni d’ailleurs par l’ombiasy lui-même, de le sacrifier aux mânes irrités de la belle-mère et, ayant pu « revoir » leurs bestiaux, de rémunérer largement l’ombiasy ; celui-ci, d’ailleurs, partagea avec le frère, son complice.
Dans tous les pays du monde, de tels procédés constituent des escroqueries et sont punis par les lois.
Il serait nécessaire qu’à Madagascar des exemples sévères y mettent un terme.

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12 août 2014

Il y a 100 ans : Médecins civils et militaires aux Colonies

Il vient de se passer à Tananarive une véritable ignominie.
Depuis sept ans, l’Institut Pasteur de Tananarive est dirigé par un civil, le Docteur Salvat, pharmacien de 1ère classe, docteur en médecine, licencié ès-sciences, sur le point de passer sa thèse de doctorat, ancien élève de l’Institut Pasteur de Lyon et ancien chef du laboratoire de pathologie générale.
Aucun médecin de l’armée ne possède des titres égaux.
Depuis sept ans, le Docteur Salvat se livre à un labeur acharné, avec une conscience scrupuleuse, un zèle connu de tous. Avec un personnel réduit, des crédits modestes, il a fait face à toutes les nécessités de son service. Réservant toutes ses facultés et tout son temps à sa fonction, il n’a jamais fait de clientèle.
Ses travaux scientifiques sont nombreux. Il a éclairé la pathologie des mycoses si nombreuses et si graves à Madagascar. Ses études prolongées sur la rage, bientôt publiées dans ses thèses de doctorat, sont appelées à avoir un grand retentissement.
De l’utilité pratique de son action je ne citerai qu’un exemple.
La rage est très fréquente à Madagascar. En sept ans, le Docteur Salvat a traité par les injections 809 mordus, avec un seul décès. C’est la meilleure statistique connue je crois : 0,12 %.
Le vaccin jennerien, préparé à Tananarive, est supérieur à celui de toute autre provenance. Au Harrar les virus envoyés de France, d’Indochine avaient toujours échoué : depuis trois ans le service de santé de l’Abyssinie s’approvisionne à Tananarive.
Or, le mois dernier, le Docteur Salvat a appris brutalement qu’il cesserait, en août, de diriger l’Institut Pasteur et qu’il y serait remplacé par un médecin militaire. C’est une injustice abominable : c’est une perte pour la colonie. Cette sanction ne doit pas être exécutée.
Dans mon prochain article, je montrerai avec quelle duplicité, par quelles complicités calculées et perfides, pour ne pas dire plus, du service de santé, de l’Inspection et du Gouvernement Général, on a tenté d’exécuter le Docteur Salvat.
Victor Augagneur,
Député du Rhône, Vice-Président de la Chambre.
Les Annales coloniales


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11 août 2014

Il y a 100 ans : Poissons et paludisme

On signale les dangers de la destruction systématique des poissons par les indigènes dans certains cours d’eau de Madagascar.
Le poisson est, on le sait, grand destructeur d’anophèles, larves du moustique ; il compte donc parmi les agents les plus actifs contre le paludisme, dont le moustique est le véhicule ordinaire.
Les récentes inondations ayant détruit un grand nombre de rizières, les indigènes se nourrissent actuellement surtout de poissons. Il n’y aurait pas à leur en faire un reproche s’ils en pêchaient juste pour leur consommation ; mais ils le gaspillent, en employant la nasse qui enlève de l’eau beaucoup plus de poissons qu’il ne leur en faut. Chaque jour, une bonne partie de leur pêche inutilisée pourrit ainsi et ne peut servir qu’à faire du fumier. Il en résulte que cette année les moustiques fourmillent littéralement.
Il serait facile, cependant, d’interdire la nasse comme engin de pêche.

La question du pétrole à Madagascar

De temps en temps, on fait courir le bruit que d’importants gisements de pétrole auraient été découverts à Madagascar.
Nous croyons devoir mettre nos lecteurs en garde contre ces nouvelles, qui ont trop souvent un caractère tendancieux et sont lancées pour favoriser les spéculations de certains gros brasseurs d’affaires de l’Afrique du Sud.
Évidemment, des recherches sont faites depuis quelque temps, dans la région de Maroabaly, près d’Ankavandra, province de Morondava ; nous avons signalé nous-mêmes la découverte par les prospecteurs, à 100 mètres de profondeur, de grès pétrolifères ; mais on n’a pas encore trouvé de pétrole liquide, susceptible de faire l’objet d’une sérieuse exploitation.
Ces fausses nouvelles sont regrettables à tous égards ; elles inspirent, en effet, de la méfiance pour les industries malgaches en général, et risquent d’éloigner les capitalistes qui pourraient favoriser le développement des entreprises dans la Grande Île.
Or, nombre d’entreprises agricoles et minières, à Madagascar, ont besoin d’argent à l’heure actuelle pour prendre l’essor qu’elles sont en droit d’espérer.
Il faut donc bien prendre garde d’effaroucher les capitaux, par de fausses nouvelles de cette nature.

Le Courrier colonial


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10 août 2014

Il y a 100 ans : L’avenir de l’agriculture à Fort-Dauphin

La province de Fort-Dauphin, sur laquelle se porte peu l’attention, est, cependant, l’une de celles de Madagascar qui offrent le plus de ressources à l’agriculture.
La station d’essais de Nampohana produit actuellement du café, du thé, du girofle, de la vanille, dans des conditions telles que leur rendement sur une grande échelle serait certainement rémunérateur.
Le district d’Isaka est l’une des régions les plus favorisées de la province ; le créateur de la concession d’Émeraude, M. Conchon, après de très beaux débuts, fut assassiné pendant la révolte de 1901 et, depuis lors, cette magnifique propriété attend un nouveau concessionnaire et des capitaux pour donner un beau rendement.
L’expérience a prouvé que, dans toute cette vallée de la Fanjahira et dans les territoires environnants, le café, la vanille, le girofle, le manguier, le letchi prospèrent admirablement.
À Manantantely existe une très belle plantation d’agave, dont les fibres en échantillons envoyées en France ont été très bien cotées : 60 000 pieds sont en plein rapport ; 25 000 autres restent à planter. Comme Zoakar, Manantantely attend des capitaux pour assurer sa mise en valeur.
Les indigènes cultivent le riz, le manioc, le maïs, l’arachide.
Enfin le versant est de la chaîne côtière est riche en essences précieuses et en nombreux bois d’ébénisterie.
Les ruches abondent également dans les forêts, malheureusement les indigènes enfumaient jusqu’ici les abeilles pour recueillir la cire. Depuis peu, ils ont fini par comprendre qu’on pouvait récolter celle-ci sans détruire les ruches.
L’exploitation rationnelle et méthodique de la cire pourrait être également une source d’importants bénéfices dans toute cette province.

La route de Mananara

Le gouverneur général de Madagascar, qui s’intéresse vivement à la route en construction destinée à relier, à travers la vallée de la Mananara, la riche région d’Ambatondrazaka et du lac Alaotra au chemin de fer de Tananarive à la Côte Est, a voulu s’assurer lui-même de l’état d’avancement des travaux. Le 15 avril dernier, il a parcouru en automobile la nouvelle route jusqu’à Amalabe, et est revenu dans la soirée à Tananarive après avoir visité les différents centres de la région.

Le Courrier colonial


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9 août 2014

Il y a 100 ans : Les douaniers de Tamatave protestent

On va construire une caserne pour douaniers à la Pointe-Hastie, et déjà, comme les gardes républicains, à Paris, l’année dernière, les douaniers de Tamatave se plaignent des inconvénients du casernement. Ces braves gens, qui ne sont plus des bleus, dont beaucoup même sont pères de familles, souffriront d’une désagréable promiscuité. Le travail terminé, ils aimeraient être chez eux en famille, se délasser de leurs fatigues ; or, ils vont se trouver en plein caravansérail.
De plus, le nombre de « pièces pour ménages » étant limité, ne se mariera pas qui voudra. Il faudra attendre le départ, la retraite ou la mort d’un camarade pour convoler à son tour. Encore sera-t-il prudent de prendre son numéro !
Les célibataires prendront leurs repas en commun, et c’est là un autre motif de récriminations. Ce corps étant recruté un peu dans toutes les provinces de France, voire même aux colonies, le maître-queue aura fort à faire pour donner satisfaction au Bordelais qui aime le bon vin, au Marseillais qui se délecte d’aïoli et au créole qui préfère le riz et la rougaille. Fera-t-on la cuisine au beurre, à l’huile ou au saindoux ? Cruelle énigme !
On parle d’envoyer dans les postes isolés, c’est-à-dire dans la brousse, le surplus des ménages ; ils seront loin de tous secours médicaux, privés des ressources que fournissent les grands centres.
Qu’un enfant vienne à tomber malade et voilà un grave sujet de préoccupation pour le père dont le service ne pourra qu’en souffrir.
Il paraît que ce projet de caserne a pour cause une question d’économie : le bâtiment de la Pointe-Hastie coûtera, il est vrai, 45 000 francs, mais permettra de supprimer l’indemnité de logement. Nous ne croyons pas qu’il soit digne de l’État de lésiner ainsi sur le dos de fonctionnaires méritants.
Il paraît, d’ailleurs, que M. Picquié n’y serait pour rien ; l’initiative de cette décision reviendrait au chef du Service des Douanes, récemment rentré en France. Elle n’a pas une bonne presse à Tamatave.

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8 août 2014

Il y a 100 ans : La comptabilité des commerçants hindous à Madagascar

Une circulaire, toujours en vigueur à Madagascar, exige que les livres de comptabilité soient tenus en français ou en malgache.
Dans les villes, les commerçants ont dû se conformer à cette règle pour éviter les contraventions. Mais, dans la brousse, il n’en est pas de même et les boutiquiers tiennent leurs livres dans leur propre langue, hindoue, chinoise ou autre.
Aussi, dès qu’un litige se produit, on se trouve en face de complications inextricables. Ces soi-disant livres de comptabilité se composent de notes n’ayant aucun rapport avec ce que nous appelons une « tenue de livres » ; elles ne sont, d’ailleurs, le plus souvent lisibles que pour celui qui les a écrites.
Alors il se passe ceci : un indigène est allé trouver un commerçant hindou ; il lui a acheté des lambas ou lui a emprunté de l’argent sur sa prochaine récolte de riz ; le commerçant a griffonné quelque chose sur son cahier et l’indigène y a mis sa croix.
La récolte faite, il l’a vendue à un autre.
L’Hindou l’appelle devant le juge de paix. Le Malgache nie avoir reçu du prêteur, et celui-ci montre son livre. Personne n’y comprend rien, une croix n’est pas une signature et le contrat n’a aucun témoin. Le juge est perplexe, et il finit par renvoyer les parties dos à dos.
Ainsi, dans l’intérêt même des commerçants, il faudrait exiger qu’ils aient des livres régulièrement tenus en français ou en malgache et qui puissent faire foi en la justice.
Ceux qui sont réfractaires à cette règle sont les usuriers, experts dans l’art de masquer leurs opérations derrière les irrégularités de leurs grimoires illisibles.
Le Courrier colonial

Les droits des Saintmariens

Le 6 mai dernier, la cour d’appel de Tananarive a rendu son arrêt dans l’affaire des Saintmariens.
La cour a admis que les Saintmariens n’ont point perdu par le décret de 1909 la jouissance de leurs droits civils et que ces droits ne sont pas incompatibles avec leur statut personnel.
Par contre, elle a décidé que l’existence de ce statut personnel est incompatible avec les droits politiques accordés aux citoyens français.
Cet arrêt donnera-t-il satisfaction aux Saintmariens ?

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