23 juillet 2014

Il y a 100 ans : Le Gobelin de la Résidence de Tananarive

La colonie de Madagascar possède une superbe tapisserie de la manufacture des Gobelins qui se trouve dans la salle à manger du palais de la Résidence à Tananarive, c’est « la famille de Darius aux pieds d’Alexandre », d’après un superbe carton du peintre Le Brun. Cette tapisserie ayant environ 6 mètres sur 5 a été malheureusement tendue et clouée sur un châssis et ensuite vissée à un cadre. Celui qui a donné de pareils ordres devait totalement ignorer la valeur de cette œuvre.
De ce fait, cette tapisserie a eu sa bordure complètement abîmée par les mites. Aussi M. le gouverneur général, estimant qu’on ne pouvait laisser en cet état un Gobelin de pareille valeur, avait songé à l’envoyer depuis longtemps en réparation à Paris. Mais il fallait quelqu’un de compétent pour pouvoir faire enlever, sans accidents, cette précieuse tapisserie.
Profitant du séjour à Tananarive du peintre Supparo, M. Picquié chargea celui-ci, à titre gracieux, de s’occuper de cette délicate besogne. Le jeune artiste sut s’en acquitter très habilement ; il dirigea lui-même les travaux de déclouage ; et quand on pense que la cadre en palissandre, de l’épaisseur de 0 mètre 50, pesait à lui seul près de 400 kilogrammes, on juge que le travail n’a pas dû être facile.
M. Supparo a soigneusement emballé la tapisserie, enroulée autour d’un cylindre, dans une caisse doublée de zinc, et c’est ainsi qu’elle a pris le chemin de la capitale pour y subir les réparations que nécessite son piteux état.
Pour cacher la partie nue et attendre le retour à la Résidence de la tapisserie, cet artiste a été chargé par M. Picquié de placer au même endroit la superbe toile du peintre Fruc Lamy, le Printemps. Ce tableau, don de l’artiste, doit figurer au musée de Tananarive. Un châssis à clef a été exécuté pour cette grande toile qui a sensiblement les mêmes dimensions que la tapisserie. M. Supparo a fait continuer le lambris de la salle à manger, qui constitue en même temps le cadre de l’œuvre de Fruc Lamy ; aussi au dîner offert à la Résidence par M. et Mme Picquié, le 4 avril dernier, tous ont-ils été surpris du joli effet de la salle.

Le Courrier colonial


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22 juillet 2014

Il y a 100 ans : Naufrage sur la Tsiribihina

Une chaloupe à vapeur, montée par dix personnes, dont M. Ozoux, colon de la province de Morondava, a sombré, le 3 avril, dans la rivière Tsiribihina, à 1 kilomètre en amont de Sérinam, sur des fonds de 10 à 15 mètres.
Six personnes seulement ont pu être sauvées, dont M. Ozoux, grâce au dévouement du poste militaire de Sérinam qui accourut à la hâte, ayant à sa tête le capitaine Boyer.
Quatre indigènes, dont une femme et un enfant, se sont noyés.
Les sauveteurs n’avaient à leur disposition que de frêles pirogues et les opérations étaient particulièrement difficiles en raison de la profondeur de la rivière, de la violence du courant, et de la présence de nombreux caïmans. Deux corps seulement ont pu être retrouvés.

Deux circulaires de M. Picquié

La gestion des crédits du service local et la tenue de la comptabilité financière viennent de faire l’objet de deux circulaires, adressées par M. Picquié à ses subordonnés.
Certains chefs de circonscription ou de service n’exerçaient pas, en effet, toute la surveillance et le contrôle désirables sur les engagements de dépense et l’emploi des crédits mis à leur disposition ; parfois, même, ils dépassaient ces crédits sans en avertir le gouvernement général.
Le gouverneur général a rappelé les fonctionnaires intéressés à l’observation rigoureuse des règlements.

Madagascar à l’Exposition de Marseille

M. Carle, chef du service de la colonisation à Madagascar, délégué de cette colonie à l’Exposition nationale coloniale de Marseille, a fait connaître à nos compatriotes de la Grande Île qu’il recevrait jusqu’au 1er juillet prochain les offres de dessins, plans, croquis, esquisses, aquarelles, peintures, etc., se rapportant à Madagascar et destinés à permettre l’édification, la décoration intérieure et extérieure du pavillon de la colonie, la confection d’affiches, cartes postales et d’un album de types malgaches.
Des allocations de 500, 200, 100, 50 et 10 francs seront offerts aux auteurs des œuvres primées qui resteront la propriété de la colonie, sous réserve d’un certain nombre d’exemplaires qui seront remis à l’auteur en cas de tirage.
Le Courrier colonial


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21 juillet 2014

Il y a 100 ans : La crise du graphite à Madagascar (2)

(Suite et fin.)
La colonie elle-même n’est pas exempte de reproches dans la crise présente. L’autorisation d’exploiter a été accordée à tous les indigènes qui en ont fait la demande, sans qu’on exigeât aucune garantie : aussi le nombre de bornages a-t-il augmenté dans des proportions fantastiques : on en compte actuellement plus de 6 000, alors que la production de 1913 a été seulement de 6 319 tonnes. Une douzaine de gisements exploités consciencieusement auraient suffi pour assurer ce chiffre de production. Au contraire, ces exploitants de circonstance travaillent dans des conditions déplorables : ils sabotent les gisements et tirent cinq à dix tonnes d’un gîte qui en donnerait des centaines. C’est un gaspillage insensé des ressources minières du pays. Pour comble de malheur, de pareilles exploitations ne pourront être reprises à moins d’une remise en état fort onéreuse. Ces quelques tonnes ainsi obtenues sont vendues au rabais et déprécient les graphites mieux préparés.
Malgré tout, cependant, quelques mesures qui finiront par s’imposer remédieront au malaise actuel ; la crise présente n’est que crise de croissance.
La Croix

Le port de Tuléar

M. Lebrun, ministre des Colonies, vient de réglementer la pêche de la baleine sur les côtes de Madagascar. Ces mesures de protection plairont fort, car la baleine et l’éléphant sont les bêtes qui recueillent le plus grand nombre des suffrages de la sympathie humaine sur la surface du globe, – beaucoup plus que l’homme lui-même.
Tuléar deviendra un jour le centre de l’industrie qui exploite ces mammifères. Tuléar est une ville de grand avenir. Sa situation n’est pas sans présenter quelques désavantages dans un terrain menacé par l’invasion de dunes – danger qui se signale sous un aspect pittoresque dans un cimetière où de trois arbres plantés côte à côte, un a été complètement « submergé » par le sable, l’autre est enfoui jusqu’à mi-tronc, le troisième complètement libre. – Mais le gouvernement général de Madagascar, et la province de Tuléar, d’autre part, se sont ingéniés avec le plus grand mérite à mettre en valeur ce port.
De La Vie.

Le Courrier colonial


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4 juillet 2014

Il y a 100 ans : La crise du graphite à Madagascar (1)

On sait que le graphite est devenu, depuis trois ou quatre ans, un des principaux articles d’exportation de Madagascar. Ce produit minier, à peu près inconnu dans l’île pendant les premières années de la colonisation, a été révélé, peut-on dire, avec une opportunité providentielle. Le graphite de Ceylan, le meilleur du monde entier, s’épuise au point que l’exportation, qui était de 78 000 tonnes en 1902, est tombée à 27 000 tonnes en 1912. Or, le graphite de Madagascar présente des qualités égales à celui de Ceylan ; aussi les belles qualités de la grande île bien préparées se sont-elles vendues comme graphite de Ceylan. De plus, il est extrêmement abondant : les trois quarts de l’île en contiennent ; l’Ouest sédimentaire seul en est dépourvu. À ce point de vue, Madagascar peut donc envisager l’avenir avec confiance.
Et cependant, il y a une crise du graphite malgache : il ne se paye que les trois quarts ou les deux tiers de ce qu’il se payait jadis. Cette crise atteint rudement les exploitants, surtout ceux qui vendent leur graphite sur place.
Les causes de la crise sont complexes. Il n’y a pas, à proprement parler, de marché du graphite : il se vend indifféremment à Hambourg, Anvers, Rotterdam, Liverpool ou Londres. La vente se fait par des intermédiaires qui sont loin de s’interdire la spéculation. De plus, on a trop souvent exporté de Madagascar des produits insuffisamment préparés, contenant trop d’impuretés : cela a nui à la réputation du graphite de Madagascar, et l’on en a profité pour diminuer, non sans apparences de raisons, le prix d’achat aux producteurs. Pour obvier à ce mal, il faudrait créer, dans les principaux centres producteurs de l’île, des bourses de graphite, où les qualités seraient cotées après analyses par experts. De plus, les producteurs devraient s’associer, au lieu de rester isolés, pour entrer en communication directe avec les consommateurs et se passer des intermédiaires, si possible, ou au moins ne pas rester à leur merci. Cette association devrait faire, en Europe et aux Etats-Unis, les réclames nécessaires pour que les produits de Madagascar soient connus, et envoyer des échantillons dans les centres commerciaux.
(À suivre.)

La Croix


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3 juillet 2014

Il y a 100 ans : Une culture d’avenir à Madagascar

Les colons de Madagascar varient de plus en plus leurs cultures ; dans cette riche possession tropicale, le nombre des plantes susceptibles de donner des produits rémunérateurs est considérable.
Depuis assez longtemps, on avait cherché à y exploiter le géranium rosat qui réussit si bien à la Réunion ; mais c’est depuis peu d’années seulement que la culture du géranium y a pris une réelle importance : à Fianarantsoa, à Antsirabe, à Sabotsy, à Moramanga existent des plantations importantes de ce produit avec des distilleries destinées à en extraire les essences.
Ce parfum vaut de 70 à 80 francs le litre et les frais de culture et d’extraction sont minimes. Aussi ne saurait-on trop encourager l’exploitation de ce produit et en souhaiter l’extension à Madagascar.
Le géranium rosat, qui produit le parfum, se différencie de ses congénères par la petitesse de ses fleurs et l’odeur de ses feuilles. Celles-ci sont les seules, en effet, qui contiennent l’essence localisée dans les poils sécréteurs dont sont dépourvues les tiges et les fleurs.
À Madagascar, les régions qui conviennent le mieux à la culture du géranium sont celles où, pendant l’hivernage, la température moyenne est de 11 à 12° C., et où les quantités moyennes de pluie dépassent 700 millimètres. Il faut choisir les terres légères, saines, riches et un peu fraîches, en évitant les bas-fonds où les eaux se rassemblent.
La plante se multiplie par boutures constituées par les rameaux des pieds bien développés.
La méthode d’extraction du parfum consiste à distiller les feuilles avec de la vapeur d’eau, dans un alambic à double fond pour éviter une surchauffe qui nuirait à la qualité de l’essence en faisant adhérer les matières aux parois de l’appareil. Après distillation, l’essence s’obtient par décantation.
Le rendement varie selon la nature des terrains et les soins apportés à la culture : pour 1 kilogramme d’essence, il faut de 1 000 à 1 800 kilogrammes de feuilles, ce qui donne de 30 à 50 kilogrammes d’essence à l’hectare ; le bénéfice peut varier de 500 francs à 1 000 francs pour l’hectare.
On voit donc qu’il s’agit là d’un produit rémunérateur pourvu que l’on soit prudent et que l’on choisisse des terrains favorables.

Le Courrier colonial


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30 juin 2014

Il y a 100 ans : La gaieté française ne perd jamais ses droits

Si les tribulations d’un petit colon à Madagascar, que nous avons publiées récemment, sont attristantes parce qu’elles mettent trop souvent en évidence les regrettables discordes qui existent entre colons, elles montrent aussi que la vieille gaieté française ne perd jamais ses droits.
Cette faculté de s’amuser, même de ses propres déboires, est l’une des caractéristiques les plus encourageantes pour l’avenir de notre race, car elle prouve que nous ne perdons jamais courage.
Un prospecteur de Madagascar, qui se heurtait à de sérieuses difficultés pour se procurer la main-d’œuvre nécessaire, trouva un moyen ingénieux, sinon irréprochable, d’en… emprunter à son voisin. Il fit tout simplement courir le bruit que les galeries éboulées du dit voisin recélaient des travailleurs ensevelis et qu’il avait défendu de parler de cet incident pour ne pas s’attirer d’affaires.
Nous laissons ici la parole à l’intéressé, qui nous raconte dans les termes suivants les persécutions dont il fut victime à la suite de cette dénonciation calomnieuse :
« M. Qui-de-droit, dont je ne saurais dire si, en la circonstance, il a été léger… ou le contraire, fit immédiatement tout mettre en mouvement. Pendant deux mois, officier de police judiciaire, contrôleur des mines, miliciens, sévirent sur mon toby.
« Je voyais, mélancoliquement, mes hommes s’en aller un à un ; ce n’était pourtant pas pour cela que j’étais venu à Madagascar et que je paye exactement mes taxes et mes impôts !
« Enfin, ma galerie complètement déblayée à l’endroit de l’éboulement, on ne trouve pas le plus petit tibia de mulet, pas le plus petit os de mouton, dont on pût parler dans un rapport. L’invasion s’éloigne et je me frotte les mains ; je n’ai perdu que cent hommes à peine, deux mois de travail, et il ne me faudra guère plus de six mois pour ramener mes hommes dispersés…
« Allons, il n’y a pas encore trop de mal. »
Avouez que peu de métropolitains, fussent-ils animés de l’esprit parisien le plus sceptique et le plus gouailleur, auraient pris la chose aussi gaiement.
S’il s’était agi d’étrangers, l’incident aurait certainement eu des suites diplomatiques.

Le Courrier colonial


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28 juin 2014

Il y a 100 ans : Joyeusetés coloniales

Métropolitains, qui vous plaignez d’être incommodés par les mouches, puces, punaises et autres bestioles, en somme inoffensives quoique assez indiscrètes, que diriez-vous s’il vous fallait élire domicile dans la brousse, voire même dans certaines villes coloniales ? Alors, vous pourriez vanter en connaissance de cause les délices de la compagnie intime des moustiques, cancrelats, rats, etc., etc.
J’étais un soir à Tamatave l’hôte d’un colon bourbonnais qui avait aimablement sorti un matelas de son lit et l’avait étendu sur le sol à mon intention.
Un simple rideau de « nattes » nous séparait.
À peine étais-je allongé que le supplice commençait. Des cancrelats malodorants se livraient aux douceurs de la course à pied sur ma nuque et sur mon visage. Puis des bataillons de puces exécutaient de savantes manœuvres sur mon épiderme, vivant ainsi sur l’habitant, conformément à l’usage en temps de guerre.
Comme si ce n’était pas assez, je sentis bientôt des rats courir avec précipitation sur mon individu.
L’un d’eux, que je saisis au passage, me mordit cruellement.
Cette fois je n’y tins plus et me répandis en exclamations de colère.
Alors mon hôte placide me cria, tout somnolent :
— Ce n’est rien, ce sont les puces !
— Comment, les puces ! Oui, tout à l’heure ! Mais, maintenant, ce sont les rats !
— Ah parfaitement ! Eh bien ! ils ont peur des puces et ils se sauvent devant elles.
Là-dessus, j’entendis mon hôte se retourner pour reprendre paisiblement son somme que j’avais interrompu un instant.
Alors je fis comme les rats. Je me sauvai et j’oubliai bientôt, au bord de la mer, dans la contemplation d’un magnifique clair de lune, puces, rats et cancrelats qui se disputaient le champ de bataille, c’est-à-dire de mon malheureux matelas !
Chanteclair.
Le Courrier colonial

Nécrologie

On annonce la mort de M. Théodore Meyer, ministre plénipotentiaire de 1re classe, officier de la légion d’honneur, décédé à Versailles à l’âge de soixante-quinze ans. En 1880, consul et commissaire du gouvernement à Tananarive, il sut empêcher une grande puissance étrangère de s’installer à Madagascar.

L’Aurore


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27 juin 2014

Il y a 100 ans : Diégo-Suarez n’a pas de chance

Il vient encore d’être question de Diégo-Suarez, mais dans un sens combien différent de jadis !
On s’accordait à dire qu’il était facile de rendre inexpugnable cette merveilleuse rade, qu’elle était toute désignée pour servir de point d’appui à la flotte.
On avait effectué dans la partie basse d’Antsirane, que l’on dénomme le Cirque, des sondages, des études et établi des devis très précis pour y établir un bassin de radoub.
Le généralissime Joffre en sait quelque chose, puisque c’est lui qui a fait ces études.
Nous parierions même qu’il échangerait volontiers les étoiles qu’il porte aujourd’hui contre les galons qu’il avait alors.
Mais qui de nous ne voudrait rajeunir, même en sacrifiant des grades vaillamment acquis ?…
Le Cirque d’Antsirane semble, du reste, avoir été fait par la nature uniquement pour abriter un bassin de radoub.
Puis on envisagea – trop timidement peut-être – les moyens de fortifier Diégo du seul côté où il n’était pas naturellement à l’abri d’un débarquement, c’est-à-dire du côté d’Anamakia.
Afin d’aider les techniciens, des publicistes faisaient ressortir combien la France aurait tort de ne pas profiter de ce que lui offraient la nature et les circonstances pour établir dans l’océan Indien un port militaire offrant une sécurité incomparable.
Mais, aujourd’hui, les temps ont bien changé !
Diégo, point d’appui !
Mais pourquoi ?
Point d’appui de la flotte ?
Mais il n’y a plus de flotte.
La petite division navale que nous entretenions là-bas a été rapatriée.
On avait laissé quelques torpilleurs, probablement parce qu’ils n’avaient plus d’assez bonnes jambes pour se transporter ailleurs. Mais le cyclone du 24 novembre 1912 a eu le bon esprit de nous en débarrasser en les envoyant au fond de l’eau.
Passer ainsi d’un excès d’appréhensions et de précautions à un excès de confiance est bien la caractéristique de notre politique.
Espérons que l’avenir démontrera que nous n’avons pas été mauvais prophète. C’est notre sincère désir.

Le Courrier colonial


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20 juin 2014

Il y a 100 ans : Le marquage des bœufs à Madagascar

Les vols de bœufs, nous l’avons dit, se multiplient à Madagascar, et les voleurs opèrent surtout sur le bétail non marqué. Autrefois, ils n’y regardaient pas de si près ; mais ils se sont vite aperçus que même un remarquage soigné n’enlevait pas toute trace de la première marque qu’il était facile de retrouver.
Une affaire qui a récemment occupé les tribunaux de la Grande Île a montré les inconvénients du défaut de marquage. Il a fallu procéder à de longues enquêtes, à des expertises coûteuses ; quatre jugements ou arrêts successifs intervinrent, chacune des décisions rendues annulant la précédente. Et l’on n’est pas sûr que ce soit fini !
Le marquage des bœufs n’est pas obligatoire dans la Grande Île ; il est seulement recommandé comme une mesure de précaution utile. Peut-être devrait-on obliger les propriétaires à procéder à cette formalité peu coûteuse et qui aurait le double avantage d’assurer à leurs troupeaux une sécurité plus grande et d’éviter aux chefs de circonscriptions des pertes de temps considérables, des enquêtes compliquées.
On ne peut malheureusement se bercer de l’espoir que l’obligation du marquage supprimera les vols de bœufs ; mais ce serait un moyen efficace pour pincer les voleurs qui deviendraient plus prudents.

Automobiles et machines à écrire dans la Grande Île

Le nombre des voitures automobiles importées à Madagascar, pendant les deux dernières années écoulées, a été de 41, dont 18 en 1912 et 23 en 1913.
Pendant la même période, Madagascar a reçu 106 machines à écrire : 77 en 1912 et 26 en 1913.

Faux monnayeurs malgaches

La police de Tananarive a procédé au mois de mars à l’arrestation d’une bande de faux monnayeurs qui avaient établi leur quartier général à Ambohitrolomahitsy.
Au cours des perquisitions effectuées chez les inculpés, la police a trouvé une collection de creusets, moules, etc., servant aux opérations de cette bande.
Ils vont bien, nos sujets de la Grande Île.

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18 juin 2014

Il y a 100 ans : Pour une chandelle

Le broussard malgache devient sybarite ; aussi longtemps qu’il ne rencontrait à travers la campagne (!) ni un hôtel, ni même un vulgaire restaurant pour se mettre à l’abri des ardeurs du soleil ou des fraîcheurs, plus dangereuses encore, des nuits, il ne se plaignait pas ; aujourd’hui que des gîtes d’étapes se dressent un peu partout, il voudrait qu’ils soient « à l’instar » du Grand Hôtel du boulevard des Capucines !
Dans un gîte récemment créé à Mahatsinjo par l’administration, le voyageur trouvait un lit, des draps blancs, une moustiquaire, une table, tout ce qu’il faut pour les ablutions, enfin un bougeoir avec une chandelle dedans.
Les broussards du Congo ne sont pas près de jouir d’un pareil luxe en arrivant à l’étape.
Au début, dans la brousse de la Grande Île, tout allait bien ; l’administration allouait une royale subvention de 0 fr. 25 au blanchisseur pour savonner les draps et garnir les bougeoirs de chandelles ; au bout de quelques mois, en établissant son bilan, le pauvre blanchisseur s’aperçut qu’il en était de sa poche. Il réclama près de l’administration qui, reconnaissant le bien-fondé de ses doléances, l’autorisa désormais à tenir la chandelle… à la disposition des clients, mais contre trois sous pièce.
Les clients ne sont pas contents et réclament le maintien de la chandelle gratis.
Quand je vous dis que ces broussards malgaches sont d’insatiables sybarites !

Les Asiatiques à Majunga

Les Hindous ne se contentent pas d’envahir nos principaux centres malgaches, ils y accaparent certains genres de commerce ou d’industrie et prétendent ensuite imposer leurs conditions aux colons.
C’est ainsi qu’à Majunga, ils ont à peu près le monopole des transports et, comme il n’y existe pas de tarifs, ils imposent aux clients les prix que bon leur semble.
Commerçants et colons, fatigués de cet abus, ont décidé de rédiger une pétition qui circulait en ville au moment du départ du courrier, pour réclamer de l’administration l’établissement d’un tarif de transport qu’ils jugent indispensable.

Le Courrier colonial


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16 juin 2014

Il y a 100 ans : Canards malgaches

Il ne s’agit point de ce genre de canards qui prennent leur vol des salles de rédaction, ou voire même de salons moins professionnels. Non, le canard dont nous parlons est bien le parent du palmipède barbotant et braillard qui se dandine lourdement dans nos basses-cours. Toutefois, c’est un parent huppé, un parent aristocratique qui porte une chatoyante livrée.
Sur ses ailes étincellent deux miroirs, un bec jaune à pointe noire orne sa face, le bonnet, la nuque, le dos et la queue sont d’un beau vert, la gorge et les flancs oranges ; les parties inférieures blanches, les pattes noires.
Paré de couleurs aussi variées, il ne saurait manquer de plaire.
Il en paraît d’ailleurs convaincu.
Le cadre dans lequel se meut ledit canard n’est pas moins enchanteur ; jugez-en : ses ébats ont lieu au milieu de beaux lotus violets, parmi les « zourzours » aux panaches ondulants, qui, entre parenthèses, sont tout simplement le papyrus dont se servaient les Égyptiens pour écrire.
Sur les bords se dressent des « vihas » (sauges géantes), des « vacoas » (pandanus utilis), des « ravinalas » (arbres du voyageur) avec leurs immenses éventails toujours frissonnants.
Cette enchanteresse description à propos d’un canard, n’en est pas un elle-même ? Non, certes, lecteurs.
Elle peut à bon droit tenter la palette d’un artiste et nous sommes convaincu que M. Supparo en fera le sujet d’un de ses beaux tableaux.
Le Courrier colonial

Nécrologie

On annonce la mort de M. Théodore Meyer, ministre plénipotentiaire de 1re classe, officier de la légion d’honneur, décédé à Versailles à l’âge de soixante-quinze ans. En 1880, consul et commissaire du gouvernement à Tananarive, il sut empêcher une grande puissance étrangère de s’installer à Madagascar.
L’Aurore

Le commerce de Madagascar

Le mouvement du commerce général de Madagascar pendant le premier trimestre 1914 s’est élevé au total de 24 112 495 fr., dont 12 076 234 fr. à l’importation et 12 036 261 fr. à l’exportation.
C’est une augmentation totale de 1 634 714 fr. sur la période correspondante de 1913 : une plus-value de 1 million 414 597 fr. à l’importation et une de 225 117 fr. à l’exportation.

Les Annales coloniales


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13 juin 2014

Il y a 100 ans : Les frasques de M. Lebureau à Madagascar (3)

(Suite et fin.)
C’est cette haute conception de l’initiative personnelle, ce souci de ne pas tolérer l’intervention des « officiels » dans ses affaires qui fait le succès du colon anglais. Beaucoup de cadets de lords, voire même des miséreux « bons pour un shilling à Londres », vont s’établir aux colonies et reviennent millionnaires quelques années après sans avoir réclamé à l’administration autre chose que la protection de police due par tout État à ses ressortissants.
On cite le cas d’un cadet des ducs de Manchester qui, ayant perdu son douaire au jeu, obtint de son aîné 50 livres sterlings, soir 1 250 francs pour tout viatique.
Avec cette faible somme il prit passage à bord d’un paquebot d’émigrants et se rendit en Australie. À l’heure actuelle, il est l’un des plus puissants éleveurs du continent australien et ses domaines ont une valeur double, au moins, de ceux de son frère resté en Angleterre, qui sont pourtant considérables !…
Mais, et nous ne saurions trop insister sur ce point, si le colon anglais entend mener ses affaires à son gré, en revanche, il compte sur l’État pour le tirer d’affaire quand il est victime d’accidents de force majeure. Il existe même dans plusieurs grandes colonies anglaises un fonds spécial dénommé « Emergencies fund », destiné à venir en aide aux colons malheureux, pourvu que leur misère ne leur soit pas imputable.
En attendant que les revenus de nos grandes colonies laissent un excédent de recettes qui permettra de créer un « Fonds pour les imprévus », l’administration coloniale a le devoir de prêter assistance aux colons laborieux, de les aider à surmonter des difficultés temporaires quand ils ont fait leurs preuves et que les cyclones, par exemple, ont dévasté leurs exploitations.
Mais, pour que ce geste de générosité et d’équité soit efficace il faut qu’il soit spontané et surtout rapide ; il faut bouleverser les traditions de routine, chères à M. Lebureau, et, même s’il doit en faire une maladie, le contraindre à donner son aide au moment où elle a toute son utilité.
Paul Desloy.

Le Courrier colonial


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11 juin 2014

Il y a 100 ans : Les frasques de M. Lebureau à Madagascar (2)

(Suite.)
Et notre malheureux colon se demande si la première tranche du premier cinquième à rembourser au 31 décembre prochain ne lui sera pas réclamée avant qu’il ait en main l’insaisissable mandat ! Il paraît, d’ailleurs, que son cas n’est pas isolé, nos correspondants de la Grande Île signalent plusieurs autres cas de colons sinistrés en 1912, qui se trouvent dans la même situation.
Dans une administration aussi compliquée que celle d’une colonie de l’importance de Madagascar, il est impossible que le chef puisse avoir l’œil à tous les détails ; aussi considérons-nous comme un devoir de lui signaler les incidents de cette nature.
Le même colon a eu également à se plaindre d’autres services de la Grande Île, et il remarque à ce propos que plus on est loin du chef-lieu de la colonie, plus les doléances sont fréquentes contre l’administration.
Tout récemment il recevait une note impérative l’invitant à régler par « mandat télégraphique » un compte soi-disant demeuré en souffrance. Comme ce compte s’élevait à 600 ou 700 francs, le colon n’avait pas été, surtout dans sa situation actuelle, sans s’apercevoir du jour où il l’avait payé. Il en avait le reçu en règle depuis deux mois !
En d’autres circonstances il eût laissé aller la procédure jusqu’à la saisie, se réservant alors d’exhiber le document qui prouvait sa libération et de réclamer des dommages-intérêts auxquels il aurait eu droit sans conteste. Mais il craignit que ce bon tour joué à l’administration ne lui attirât des représailles et ne fît retarder encore la remise du mandat si impatiemment attendu.
Il se contenta donc de démontrer son erreur au chef du service intéressé qui, d’ailleurs, ne crut même pas devoir lui faire des excuses d’une pareille inadvertance.
Nous ne sommes pas pour cela de ceux qui voudraient voir le budget d’une colonie transformé en vache à lait au bénéfice des colons ; nous estimons, au contraire que la méthode de colonisation la plus rationnelle consiste à donner à ces derniers le sentiment de leur responsabilité, à leur faire comprendre la nécessité de l’initiative individuelle.
 (À suivre.)

Le Courrier colonial


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10 juin 2014

Il y a 100 ans : Les frasques de M. Lebureau à Madagascar (1)

Un ministre à qui un député reprochait de n’avoir pas tenu ses promesses, répondait : « J’ai donné des ordres, cher ami, mais les ministres ne sont pas toujours les maîtres chez eux, il y a les bureaux ! »
Ce n’est pas seulement en France que ces derniers entravent les meilleures initiatives : ils ont également introduit aux colonies leurs méthodes routinières et paperassières. Nous en avons eu un exemple mémorable lors de la catastrophe de la Martinique. Sans les envois des États-Unis, les sinistrés auraient pu mourir de faim avant d’avoir reçu les secours que la mère-patrie avait pourtant accordés avec générosité. Et bien que douze années se soient écoulées depuis lors, nous ne sommes pas bien sûr que la distribution des fonds souscrits en faveur des victimes du Mont Pelé soit terminée à l’heure actuelle.
Si ces retards attirent l’attention publique quand il s’agit d’aussi terribles catastrophes, ils frappent évidemment moins l’esprit lorsque les circonstances sont moins graves ; mais ils n’en causent pas moins de graves préjudices à nos possessions d’outre-mer et à ceux qui les mettent en valeur.
Et voici un exemple tout récent qui mérite d’être raconté :
Un colon du nord de Madagascar, victime du cyclone de novembre 1912, avait vu ses plantations dévastées. Sa concession était bonne, le sol fertile, il ne lui fallait qu’un petit capital pour se relever, remettre son domaine en état et attendre la prochaine récolte qui le tirerait d’une situation critique.
Il fait donc une démarche auprès de l’administration et réussit à obtenir la promesse d’un prêt hypothécaire, largement couvert par sa propriété.
Cela se passait en novembre 1913, un an après le cyclone : les formalités sont remplies aussi rapidement que le permettent les lenteurs bureaucratiques ; et l’hypothèque est prise le 7 février 1914. Il ne reste plus qu’à libeller le mandat et à le remettre à l’intéressé. Or, à la date du départ du dernier courrier, soit le 3 avril, il n’avait encore rien vu venir : certaines formalités ultimes, non remplies, s’y opposaient !
(À suivre.)

Le Courrier colonial


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9 juin 2014

Il y a 100 ans : Le P. Roblet de Madagascar (5)

(Suite et fin.)
On le gâtait, on l’appelait Tonton Roblet ; aux jours de fête, on lui faisait arborer ses décorations qu’il cachait sous son parapluie en traversant la ville. Les soldats du Fort-Duchesne, qu’il aimait à aller photographier, l’entouraient comme un grand-père, lui faisaient raconter ses histoires et s’indignaient qu’on ne lui gardât pas plus de reconnaissance. « Si c’est pas malheureux, disait un grand gaillard à médailles, d’oublier un savant bon-papa comme ça. »
Les Malgaches, eux, n’oubliaient pas quel avait été son rôle dans la conquête de leur pays, mais ne lui en gardaient pas rancune, sachant combien il les aimait. Un jour, à la revue du 14 juillet, à Tananarive, comme le bon vieillard, perdu dans la foule, se frayait difficilement un chemin, un ancien chef malgache s’écarta avec respect devant lui : « Passez, Père Roblet ; sans vous, tout ce monde ne serait pas là. »
Il vient de mourir à 87 ans d’âge, et dans sa cinquante-troisième année de Madagascar. Humble et grande figure qui disparaît, et dont les titres de gloire devant Dieu, plus précieux encore que ceux du savant devant les hommes, seront d’avoir été un sauveur d’âmes acharné. Nous n’avons pas le droit d’oublier ni les uns, ni les autres.
La Croix

Une affaire d’empoisonnement à Madagascar

La cour criminelle de Tananarive, dans son audience du 24 février, a jugé l’affaire d’empoisonnement dont Mlle Vella, sœur d’un de nos compatriotes, a été la victime.
La principale inculpée, la femme indigène Razafimalala, maîtresse de M. Vella, empoisonna au mois de mai dernier, Mlle Vella, afin de devenir seule maîtresse de maison et probablement de se faire épouser par M. Vella.
Le crime ayant été établi et l’inculpée ayant, du reste, fait des aveux, la cour l’a condamnée aux travaux forcés à perpétuité, ainsi que son complice, un nommé Bakaro, qui lui avait fourni le poison.
Deux autres indigènes, inculpés comme ayant servi d’intermédiaires entre les deux principaux coupables, ont été acquittés, la preuve de leur culpabilité n’ayant pu être suffisamment établie.

Le Courrier colonial


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6 juin 2014

Il y a 100 ans : Le P. Roblet de Madagascar (4)

(Suite.)
En 1895, alors que la guerre le chassait de Madagascar, on vit le P. Roblet traverser la France qu’il n’avait pas revue depuis 1862. Le ministre l’avait mandé ; on voulait avoir, se sa bouche et de celle du P. Colin, des renseignements qu’eux seuls pouvaient fournir.
Aussitôt après la prise de Tananarive, il repartit pour le pays qu’il aimait et d’où il ne devait plus revenir.
Depuis cette époque il résida à Tananarive, mais chaque année, malgré son grand âge, il s’en allait pour un mois ou deux visiter dans les montagnes de l’Ankaratra ses chrétientés d’autrefois, « retrouvant grands-pères les enfants qu’il baptisa, et ne retrouvant même plus dans l’herbe des talus les ruines de ses anciennes églises ».
Il avait certainement été le premier photographe de la grande île : il débuta aux temps héroïques des plaques au collodion qu’il devait faire lui-même, et traînait partout son volumineux attirail. Malgré ces difficultés rebutantes, il avait réuni un trésor de clichés, documents uniques, sur cette époque curieuse et inconnue de l’histoire malgache. Il y travailla jusqu’à la fin, car il eut toujours un faible pour cet art où il était passé maître ; ces derniers mois encore, presqu’aveugle, il faisait de la photographie, au jugé, et telle était son habitude qu’il réussissait. Il fut le dernier à profiter de ces trésors : ses collections ont été dépouillées des clichés les plus rares par les visiteurs peu discrets qui, sans vergogne, s’en attribuèrent le mérite.
Car nul plus que lui n’était accueillant. On aimait tant à visiter dans sa chambrette encombrée, ce vieillard fluet et si aimable qu’on trouvait toujours, la loupe à la main, penché sur une carte.
Le monde officiel, volontairement, l’oubliait lui et ses services. Il était de ceux envers qui la gratitude pèse, mais les Malgaches et bien des Européens le connaissaient et l’aimaient. Depuis si longtemps, on voyait sa maigre silhouette, l’appareil en bandoulière, passer dans Tananarive où, d’instinct, il recherchait les chemins casse-cou dont ses jambes avaient l’accoutumance : « Mais, Père Roblet, nous allons nous tuer ! – Bah ! Voilà cinquante ans que j’y passe. » Il semblait faire partie du paysage.
(À suivre.)

La Croix


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