18 avril 2014

Il y a 100 ans : L’esclavage indigène à Madagascar

Nous avons déjà parlé des déboires des petits colons livrés dans la brousse aux exactions des chefs de village, qui font ou laissent détruire les récoltes de nos compatriotes, qui leur suppriment toute main-d’œuvre, etc. Il nous faut montrer aujourd’hui comment les gros propriétaires indigènes, puissants par le souvenir de leur haute situation sociale d’antan ou même les fonctions qui leur sont actuellement confiées par l’administration française, en abusent pour se réserver une main-d’œuvre qui se fait de plus en plus rare pour le colon européen.
La plupart pratiquent l’usure, et obligent leurs débiteurs à travailler pour se libérer ; seulement comme les intérêts grossissent rapidement, la libération tarde à venir. En réalité, c’est sous une forme détournée, le régime de l’esclavage qui se perpétue.
Il est certain que si le colon européen usait de pareils procédés, il ne tarderait pas à tomber sous le coup de la loi. Pour l’indigène, l’autorité ferme les yeux, sous prétexte qu’il faut respecter les usages locaux !
Cependant, quand ces usages tendent à maintenir des pratiques abusives que nous avons cru devoir abolir, quand ils portent une atteinte directe aux progrès de la colonisation, il est impossible de les tolérer.

Européens et Indigènes

À Madagascar, le respect de l’Européen va s’affaiblissant de jour en jour et les colons se voient de plus en plus traités avec une cavalière désinvolture par nos sujets.
Un confrère de Madagascar cite à ce sujet plusieurs faits caractéristiques.
Cependant, qui donc a enseigné à l’indigène à tirer parti des ressources de son sol, qui lui en a fourni les moyens, qui lui a trouvé des débouchés pour les écouler, qui ? si ce n’est l’Européen ?
Triste constatation : ceux qui manquent à la plus élémentaire déférence sont précisément ceux-là mêmes qui nous doivent le plus. Nous voulons parler de ces indigènes que nous avons instruits, de ceux dont nous avons eu la naïveté de faire des employés et pour qui la civilisation consiste surtout dans la blancheur des vêtements.
Le Courrier colonial


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17 avril 2014

Il y a 100 ans : Les déboires du petit colon

Nous avons déjà signalé les difficultés auxquelles se heurte le petit colon quand il s’installe à Madagascar.
Pour le Malgache, le petit colon est, en même temps, l’ennemi et la vache à lait. Le produit de la terre cultivée par le vazaha doit lui revenir au moins en partie. Cette commode confusion entre le « tien » et le « mien » permet à l’indigène de prendre ce dont il a besoin chez ce « fournisseur ». Il surveillera les bananiers et emportera les régimes dès qu’ils seront à point ; il ira à la ramée dans ses bois, et si les branches mortes ne lui suffisent pas, il n’hésitera pas à mettre la cognée dans les arbres.
On cite le cas de ce colon qui, ayant dû s’absenter de sa terre pendant quelques jours, vit à son retour ½ hectare de son bois, qu’il avait laissé couvert de hautes futaies, transformé en champs de riz ; le mpiadidy du village y avait tout simplement mis le feu pour y semer l’appétissante graminée.
Quand le colon se plaignit au chef de district de ce sans-gêne vraiment excessif, celui-ci lui donna ce bénévole conseil.
— Eh ! bien, laissez mûrir le riz et récoltez-le à sa place ; cette solution le touchera plus qu’aucune intervention administrative ou judiciaire et vous coûtera moins cher !
Si le colon veut planter à son tour, ses champs de riz, de maïs, de haricots risquent d’être envahis aussitôt qu’ensemencés par les volailles domestiques du voisinage ; poules, canards, pigeons s’y abattent au grand dam des jeunes pousses qui sont absorbées avec avidité par ces pillards emplumés.
Si le petit colon se résigne, il a la paix ; s’il regimbe, il a tout le village sur le dos ; on cherche à lui jouer mille tours, et, comme personne ne laisse sa carte de visite, il est fort en peine pour savoir à qui s’en prendre.
Ce sont là les déboires inévitables des débuts en matière de colonisation ; il ne faut pas les prendre trop au tragique. Cependant, l’administration devrait étendre sa protection sur les jeunes colons car ils risquent de se décourager et de tout abandonner quand ils ne se sentent pas soutenus par l’autorité.
Le Courrier colonial


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16 avril 2014

Il y a 100 ans : Chinoiseries judiciaires coloniales

On s’amuse ou l’on s’indigne – selon son tempérament – des chinoiseries administratives ou autres dont tout contribuable ou justiciable est victime en France.
Il n’en va pas autrement, hélas ! dans nos possessions.
Un colon français de Madagascar se voyait récemment convoqué d’urgence par le chef d’une province voisine, agissant en qualité de juge d’instruction, pour venir déposer, comme témoin, dans une affaire civile.
Notre colon, respectueux de la loi et de ses représentants, rassemble ses bourjanes, fait astiquer son filanzane et se met en route ; soit une journée de voyage, deux journées de séjour hors de chez lui, une journée pour le retour ; au total, quatre jours d’absence.
Avant de réintégrer ses pénates, notre compatriote va trouver le greffier et lui demande de taxer ses frais.
— C’est huit francs par jour, lui dit le greffier.
— Comment, huit francs, mais mon voisin, qui s’est déplacé l’année dernière dans les mêmes conditions que moi, a touché douze francs !
— Oui, mais il a témoigné dans une affaire « criminelle », tandis que vous n’avez été témoin que dans une simple affaire « civile » ; le tarif de déplacement est différent.
— Fort bien, répond notre colon ; alors je vais demander à l’administration de faire prendre d’urgence un arrêté fixant des tarifs différents pour les bateliers et les porteurs suivant qu’ils auront affaire à des témoins au civil ou au criminel.
Le chef de la province a sans doute jugé prudent de ne pas soumettre au chef de la colonie un vœu aussi subversif, et le criminel continuera à rapporter 4 francs de plus par jour aux témoins que le civil. Mais nos lecteurs estimeront certainement avec nous que cette inégalité est choquante et qu’il importe de la faire disparaître au plus vite.

Le courrier de Madagascar n’a pas de chance

On se souvient que le précédent départ du courrier de Madagascar et de la Réunion a été retardé par la grève des mécaniciens.
Le Djemnah, qui devait prendre la mer hier, n’a également pas pu partir, mais pour une autre cause.
Un incendie, dont on ignore l’origine, a éclaté à son bord, si bien qu’il ne pourra se mettre en route que lundi.
Vraiment nos compatriotes de Madagascar et de Bourbon sont bien malchanceux.

Le Courrier colonial


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15 avril 2014

Il y a 100 ans : La surveillance des Antaimoro dans la Grande Île

On sait que le district d’Ambilobe constitue, depuis deux ans, un district autonome.
La région se trouvait infestée de nomades Antaimours, venus de la province de Farafangana, qu’attirait l’appât de l’or, et qui venaient chercher sur les placers des salaires plus élevés que ceux qu’ils pouvaient trouver dans leur pays.
Ils formaient des bandes qui inquiétaient trop souvent le pays, attaquant les convois d’or et spoliant les habitants.
Pour assurer la sécurité du pays, M. le gouverneur général a distrait cette région du territoire de Diégo-Suarez et lui donné son autonomie. Elle est parcourue en tous sens par des patrouilles qui sont reliées entre elles et se joignent à celles des provinces voisines.
L’administration a, en outre, réglementé le déplacement des Antaimours qui, en quittant leur province pour le nord, doivent se munir d’un livret d’identité. Ils le remettent à l’autorité du lieu où ils comptent travailler, et l’administration, en échange, leur donne un reçu qu’elle reprend en rendant le livret à l’intéressé lorsqu’il quitte les lieux.
Obligé de présenter, à toutes réquisitions, soit le livret ou le reçu, l’Antaimoro déraciné peut ainsi être surveillé de près.
Ces mesures ont été très efficaces, aujourd’hui le calme est revenu dans le district d’Ambilobe et la sécurité y est complète.
Le Courrier colonial

Le budget de Madagascar

Le budget de Madagascar pour 1914, qui vient d’être approuvé par le département des colonies, a été fixé aux chiffres suivants :
Budget local, 37 324 286 francs ;
budget du chemin de fer de Tananarive, 3 404 598 fr. ;
budget de l’assistance médicale indigène, 1 777 981 fr. ;
soit un total de 42 506 865 fr.
Dans l’ensemble, le budget de Madagascar s’élève, pour 1914, à 42 506 865 fr., soit une augmentation de près de 6 millions de francs sur 1913.
Au 31 mai 1913, l’actif de la caisse de réserves s’élève à 15 354 283 fr.

Le Gaulois


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14 avril 2014

Il y a 100 ans : Quelques détails sur les inondations à Madagascar

De notre correspondant de Tananarive :
Au moment du départ du courrier, c’est-à-dire au commencement de février, nos compatriotes de Madagascar étaient toujours dans l’anxiété.
Toute la plaine des Betsimitatra était encore inondée. À Tananarive, on pouvait se croire au fond d’un vaste golfe et l’on craignait de voir beaucoup de fièvres au printemps.
Le gouverneur général a montré dans ces circonstances la plus grande activité.
Il s’est rendu le 30 janvier sur les bords de l’Ikopa à Andohatapenaka et à Nosizato, pour voir si les travaux d’aveuglement des brèches qui s’étaient produites avaient été effectués et si les mesures nécessaires étaient prises pour empêcher la rupture des points menacés.
La population indigène a été vivement touchée de la sollicitude de M. Picquié.
Dans la même journée, le gouverneur général s’est porté sur la route de Majunga et a constaté que la boue et la vase l’avaient rendue impraticable aux automobiles.
Les jours suivants, il est retourné à Andohatapenaka pour vérifier l’exécution des ordres de détail qu’il avait donnés sur place, puis sur la route de Majunga.
Le 4 février, M. Picquié est allé visiter les travaux destinés à assurer la circulation provisoire sur le remblai du pont de Tsiafahy, emporté en partie par l’inondation. Il a constaté qu’une réfection complète était indispensable ; de là, il s’est rendu sur la route de Miarinarivo, coupée par les eaux : un bac provisoire assurait les communications.
M. le gouverneur général a prescrit de nouveau de faire le nécessaire pour que la circulation normale soit rétablie sans retard sur les routes reliant Tananarive aux diverses régions de l’île.
Dans toute la colonie on signale des dégâts. Ambositra a particulièrement souffert ; les routes secondaires de cette province, même les plus solides, se trouvent dans un état lamentable ; il était impossible d’y circuler.
On aura du reste une idée de la violence des pluies tombées dans la région de Tananarive lorsqu’on saura que sur une surface de 12 kilomètres carrés, prise comme champ d’expérience, il est tombé 7 812 500 mètres cubes d’eau pendant le mois de janvier, soit, par jour, 260 416 tonnes d’eau en moyenne.

Le Courrier colonial


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13 avril 2014

Il y a 100 ans : L’exposition de Marseille

Le 7 février 1914, M. Picquié a signé une circulaire relative à l’exposition nationale de Marseille en 1916.
Plusieurs Gouverneurs de colonies en ont fait autant, – et si, de cette circulaire, nous détachons les deux passages suivants, c’est qu’ils nous semblent au moins… légèrement contradictoires.
« Toute notre politique actuelle à Madagascar doit tendre vers le commerce libre ; le pays possède, en effet, des sols fertiles, un sous-sol qui a montré en maints endroits sa valeur, une population intéressante, un climat très supportable, des voies de pénétration déjà suffisantes et de jour en jour plus nombreuses ; ces conditions ne peuvent-elles permettre au commerce de vivre et de se développer ? »
« C’est le moment d’exposer à la mère patrie ce que, après 20 ans d’occupation, malgré l’éloignement, un sol difficile, des communications maritimes défectueuses autant qu’insuffisantes, un climat tropical, une main-d’œuvre peu abondante, quelques milliers de Français ont fait d’une de ses plus récentes conquêtes. »

Ordures… ménagères

Dieu sait si cette question a fait couler de l’encre à Paris, et si, pendant une quinzaine entière tous les journaux de toutes les nuances politiques ont discuté sur le fait de savoir si les ordures ménagères devaient être matinales ou nocturnes – et si l’on devait en encombrer le trottoir au moment où les gens riches sortent du théâtre, ou bien au moment où les pauvres bougres se rendent à leur travail.
On a estimé plus démocratique, sans doute, la première solution, si bien qu’aujourd’hui, pour peu que vous sortiez tardivement du restaurant où vous avez dîné, vous rentrez chez vous le long d’un trottoir où fleurissent les poubelles.
Paris n’est point seul à se plaindre de la… voirie et de ses… parfums.
Voici ce que nous découpons dans le Journal de Madagascar, qui se publie à Tamatave :
« Les habitants de la place Duchesne se plaignant qu’on procède au nettoyage et à l’enlèvement de la tinette de l’urinoir qui se trouve sur cette place à huit heures du soir, alors qu’ils sont encore à table.
« L’Administration ne pourrait-elle pas faire ce qu’elle impose aux entrepreneurs de vidanges, soit de ne commencer ces opérations qu’après dix heures ? »
Autres cieux… mêmes mœurs !…

Les Annales coloniales


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10 avril 2014

Il y a 100 ans : Madagascar ou Paraguay? (3)

(Suite et fin.)
Tout s’exécuta dans le plus grand ordre. Mgr de Saulnes fit ouvrir une enquête par le R. P. Poirrier, supérieur des jésuites de Fianarantsoa, c’est-à-dire du Père X…, l’homme au pistolet. Le R. P. Poirrier, « en qui on peut avoir toute confiance », dit Mgr de Saulnes et accepta l’administration de Madagascar, conclut au déplacement du Père X…, qui dut transporter son pistolet pas trop loin, à huit jours de Fanjakana, lieu de ses exploits. Il pourra, dans le même district, mais un peu à l’abri de la surveillance directe exercée par le chef de poste, exercer son saint ministère et ses talents de tireur.
Cette histoire donne une haute idée de la fantaisiste administration qui dirige Madagascar. Voilà une congrégation, non reconnue en France, dont les membres sont expulsés. À Madagascar, le Gouverneur général traite avec cette congrégation de puissance à puissance, reconnaît, par ses rapports officiels avec elle, son existence, soustrait un de ses membres à la justice de droit commun pour un délit de droit commun, attribue à la congrégation une juridiction disciplinaire : c’est véritablement énorme ! Par une aberration dont les conséquences dommageables se font sentir chaque jour, le ministre des Colonies a pris un décret sur la police des cultes à Madagascar qui reconnaît implicitement les missions. Ce n’était pas suffisant : aujourd’hui, c’est la congrégation des jésuites qui est reconnue officiellement dans la Grande Île.
L’apaisement, jusqu’à la capitulation, est devenu un objet d’exportation.
Victor Augagneur,
Député du Rhône,
Vice-président de la Chambre.
Les Annales coloniales

On se plaint du T. C. E. à Madagascar

Les divers éboulements, occasionnés par les éboulements et les pluies que nous avons déjà signalées, ont causé bien des désagréments à nos compatriotes de Madagascar.
C’est ainsi que, faute d’un chef de train européen, les voyageurs se sont vus obligés de passer une nuit entière dans une misérable cabane aménagée tant bien que mal, le train ayant été arrêté par un éboulement non loin de Tamatave.
Le chef de train, qui était un indigène, n’ayant aucune qualité pour faire rebrousser chemin au convoi jusqu’à la plus proche station, les voyageurs durent rester sous la pluie, attendant le bon désir de la direction du T. C. E.

Le Courrier colonial


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8 avril 2014

Il y a 100 ans : Madagascar ou Paraguay? (2)

(Suite.)
Les jésuites ne n’entêtèrent pas : ils dressèrent dans l’enclos, à côté de la Vierge, un fady semblable à celui d’en face. C’est cette association de l’Immaculée et du symbole phallique que montre ma photographie.
Il paraît que la combinaison a en partie réussi : les pèlerines suivent d’abord le cérémonial nécessaire pour vaincre la stérilité et la Vierge, de cette dévotion relative, prend ce qui reste.
Par l’ancienneté de leurs établissements, l’importance de leurs propriétés, la complaisance excessive de certains administrateurs, par leur tolérance en matière de dogme et de mœurs, les jésuites ont acquis sur les habitants une influence considérable. Ils se considèrent comme des sortes de féodaux et cet état d’esprit explique, si étonnant qu’ils paraissent, les faits que je vais rapporter.
Ayant besoin de bois pour construire des ponts, le chef du poste de Fanjakana ordonna, certains jours, aux indigènes, de couper les arbres dans la forêt. À peine au travail, ils se trouvèrent en face du Père… (nommons-le X…, pour ne pas nous attirer quelque fâcheuse affaire), très influent, depuis longtemps à la tête de la mission. Le chef de poste, informé, étudie la carte et, convaincu que le bois est propriété domaniale, que la mission ne possède sur lui aucun droit, réitère ses ordres ; les indigènes se mettent en devoir de les exécuter. De nouveau, le Père X… se dresse devant eux, injurieux, violent, et, pour les obliger à cesser le travail, les menace avec un pistolet.
Le chef du district dépose une plainte contre le jésuite.
Que pensez-vous qu’il advint ? En France, le doux pasteur eût été poursuivi pour menaces de mort et au moins pour port d’arme prohibée. À Madagascar règne un régime tout différent. Le Gouverneur général ne transmit pas la plainte au Parquet, il la communiqua à – je vous le donne en mille – à Mgr de Saulnes, jésuite, coadjuteur d’un autre jésuite, l’évêque de Tananarive, Mgr Cazet.
L’affaire était soustraite à la juridiction de droit commun ; elle devenait administrative, inter-administrative, veux-je dire : l’administration du Gouverneur général passait le dossier à l’administration de la Compagnie de Jésus.
(À suivre.)

Les Annales coloniales


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7 avril 2014

Il y a 100 ans : Madagascar ou Paraguay? (1)

Il ne suffisait pas, à l’administration actuelle de Madagascar, d’avoir établi un Concordat pour ce pays où aucun lien légal n’avait jamais existé entre les Églises et l’État : elle reconnaît la Congrégation des jésuites.
Vous imaginez que j’exagère ? Écoutez cette véridique histoire qui se passe à Fanjakana, chef-lieu de poste administratif dans la province de Fianarantsoa.
La mission des fils de Loyola s’est toujours occupée, avec prédilection, du statut éternel des Betsileos. Ce sont de si bonnes gens, des êtres si laborieux et si dociles ! Des tempéraments de choix pour des ouailles.
Leur ardeur à cultiver les rizières est une bénédiction pour la mission très intéressée aux biens de la terre ; une soumission de chiens fidèles met ces indigènes à la discrétion des Pères. Pourvu que leurs catéchumènes entretiennent congrûment les temples et leurs pasteurs, pourvu qu’ils soient assidus aux offices, les révérends ne se montrent point trop chatouilleux sur le dogme. Convaincus, en quoi ils apparaissent profonds psychologues, que les indigènes ne comprennent rien de rien à l’Évangile ou à la Bible, qu’ils gardent, au fond de leurs âmes obscures, des tendresses pour les superstitions ancestrales, ils font bon ménage avec les superstitions persistantes des convertis.
Je possède une photographie bien intéressante, parce que révélatrice, de la large tolérance de certains apôtres de Madagascar.
Dans les environs de Fianarantsoa, non loin des lieux où nous allons nous arrêter un instant, se dressait une pierre, sorte de menhir, à laquelle les indigènes attribuaient des vertus éminentes. Les épouses stériles venaient frôler la pierre plantée par les ancêtres, et ne tardaient pas à devenir mères.
En face de ce lieu de pèlerinage, les jésuites élevèrent une statue à la Vierge de Lourdes, vantant sa puissance et comptant lui amener la clientèle allant à un monument évidemment diabolique. L’entreprise périclita : quoique chrétiennes et baptisées, les femmes betsileos continuèrent à apporter leurs vœux à la pierre bénie, l’oignant de graisse et de miel.
(À suivre.)

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5 avril 2014

Il y a 100 ans : L'hygiène au marché de Tamatave

Ce sont des riens, mais ils sont exquis et tout semble aller au mieux pour l’hygiène sous le règne du délicieux M. Picquié. Lisez plutôt cet extrait du Journal de Madagascar, qui se publie à Tamatave :
Au Marché. – Une dame se proposait d’acheter, hier, un morceau de bœuf au marché, mais lorsqu’elle vit que le boucher jetait sans le moindre papier, sans la moindre feuille de « ravinala », la viande dans une balance dont les plateaux étaient dégoûtants de saleté et recouverts de vert de gris, elle s’en est allée écœurée. Il y avait de quoi ! Aux autres étals, c’était queussi-queumi.
Que fait le Conseil d’hygiène et ceux qui sont préposés à la surveillance du marché ?
Attend-on un empoisonnement pour appliquer les règlements ?
N’avons-nous pas assez de ces mouches bleues qui élisent domicile, la nuit, dans les buen retiro municipaux d’en face et qui, le jour venu, se promènent sur la viande et un peu partout ? Faut-il maintenant qu’on nous intoxique avec de l’oxyde de cuivre ?
Comme cela, les administrés et contribuables qui ne sont pas tombés victimes de Picquié ou de ses idées y passeront tout de même, et Micromégas, enfin tranquille, régnera en repos sur un vaste cimetière.

La vie administrative

Le mercredi 20 janvier, la Commission municipale de Tamatave s’est réunie sous la présidence de M. Berthies, Administrateur en chef, maire de Tamatave.
L’ensemble du budget a été approuvé, sauf les modifications suivantes pour les recettes : Subvention de la Colonie en remplacement du 1/10 sur la taxe de consommation. La prévision porte sur 86 190 francs, au lieu de 56 884 francs.
Pour les dépenses, elles sont ramenées comme suit : fêtes publiques, 3 090 fr. au lieu de 4 000 ; alignement de la ville, 7 500 fr. au lieu de 15 000 ; dépenses imprévues, 555 fr. au lieu de 1 000. On passe ensuite à la question des vidanges et la Commission, municipale émit le vœu que le service des vidanges fût confié à un seul et même entrepreneur auquel la Commune allouerait une subvention après appel à la concurrence.
Les dépenses pour l’hospitalisation, à Tamatave, des malades indigents se sont élevées en 1913 à 16 466 francs 62.

Les Annales coloniales


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4 avril 2014

Il y a 100 ans : Colonies pénitentiaires à Madagascar

M. Picquié, toujours préoccupé des mesures propres à développer la colonisation à Madagascar, vient de prendre une heureuse initiative ; il se propose d’organiser des camps de travaux publics, des villages de condamnés groupés en chantiers dans les régions semi-désertiques de la colonie où la population indigène ne s’est pas encore fixée et où la colonisation européenne n’a pu jusqu’ici porter son effort faute de main-d’œuvre et de voies de communication. Toute la zone moyenne de la Grande Île, notamment celle qui sépare l’Imerina des plaines de l’Ouest et du Sud, se trouve dans ces conditions. Des circonstances historiques et politiques seules l’ont laissée inhabitée. Mais elle est loin d’être infertile.
Il y a le plus grand intérêt à y attirer la population travailleuse de l’Imerina et à assurer d’autre part des communications faciles et régulières entre les Hauts Plateaux et les centres côtiers importants, préparant ainsi les voies à la colonisation européenne.
Les camps de condamnés, installés dans ces régions, seraient ensuite cédés aux émigrants, venus dès l’ouverture des nouvelles routes. C’est ainsi que M. Picquié a l’intention de créer un premier chantier au sud d’Ambalavao dans la zone inhabitée qui sépare le Betsileo du pays Bara.
La grande voie de communication qui doit relier Fianarantsoa à Tuléar d’une part et à Betroka d’autre part atteindra Ambalavao à la fin de l’année et l’installation de chantiers permettra de la pousser jusqu’aux premières vallées Bara pendant que seront poursuivis des travaux d’irrigation et de mise en culture en vue du peuplement.
Un second chantier sera installé entre Betafo et le Betsiriry dans le même but : création d’une voie de communication entre Antsirabe et le pays Sakalava, vers la Tsiribihina, développement de l’émigration vakinankaratra dans ces régions.
Ce projet qui tend à des résultats si pratiques et si utiles à la colonisation fait honneur à l’esprit d’initiative de M. Picquié et montre avec quelle sollicitude il envisage les problèmes que son administration est appelée à résoudre.

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3 avril 2014

Il y a 100 ans : Cyclone à Madagascar

Un télégramme du Gouverneur général de Madagascar au Ministère des Colonies nous a appris qu’un violent cyclone vient encore de s’abattre sur la Grande Île, dans la nuit du 2 au 3 mars. La région nord-est, comprenant les districts de l’île Sainte-Marie, de Maroantsetra, d’Antalaha et de Vohémar, a été particulièrement éprouvée. Un raz-de-marée a balayé toute la côte au nord de Tamatave.
Les dégâts sont importants. Dans l’île Sainte-Marie les plantations giroflières sont en partie détruites. À Maroantsetra, la plupart des édifices sont endommagés, les casernements de la garde indigène et les bâtiments scolaires ont été renversés, ainsi qu’un grand nombre de cases. Les lignes télégraphiques sont coupées et les communications par route sont momentanément interrompues.
À Antalaha, les édifices publics ont beaucoup souffert, ainsi que les vanilleries en voie de création.
Le long de la côte, les boutres et les diverses embarcations servant au cabotage ont subi de graves avaries ; les goëlettes Marsouin et Jeanne-d’Arc ont sombré ; leurs équipages ont heureusement pu être sauvés, à l’exception du patron indigène du Marsouin qui s’est noyé.
Seize indigènes ont disparu, emportés par l’inondation, mais on ne signale jusqu’ici aucun accident parmi les Européens.
L’administration a pris d’urgence les mesures nécessaires pour parer au plus pressé.
Cette fréquence des cyclones dans la Grande Île devient vraiment inquiétante. Il y a cinquante ans seulement, ce fléau y était presque inconnu ; depuis quelques années, leur retour semble périodique et il y en a même parfois plusieurs par an. Le régime météorologique de la mer des Indes s’est évidemment modifié ; c’est donc une situation nouvelle dont il faudra tenir compte pour l’avenir.
D’après les indications de la dépêche de M. Picquié, c’est la courbe du cyclone qui a dû toucher Madagascar dans sa progression du N.-E. au S.-O. ; il est à craindre dans ces conditions que la seconde branche de la trajectoire, du N.-O. au S.-E., se soit dirigée sur la Réunion et Maurice, où elle a pu toutefois arriver dans sa période de décroissance, surtout si le météore était d’un diamètre réduit.

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2 avril 2014

Il y a 100 ans : Les services que rendra Antsirabe

Les renseignements qui nous parviennent de Madagascar au sujet d’Antsirabe, la jolie ville d’eaux que M. Picquié a créée de toutes pièces, sont des plus encourageants.
Connues depuis quelques années à peine, les vertus curatives des eaux d’Antsirabe commencent déjà à jouir d’une réputation solide qui se répand non seulement à travers la Grande Île, mais encore à Maurice, dans l’Afrique du Sud et même à la Réunion qui possède cependant des sources rivales.
La petite ville d’Antsirabe, naguère encore pauvre village grillé par le soleil sur un plateau dénudé, est aujourd’hui une fraîche oasis ombragée de verdure et entourée de bosquets touffus de création artificielle. Tout autour, où ne se voyaient, naguère encore, qu’herbes desséchées et grises, s’étendent aujourd’hui des champs de blé, de maïs, de manioc, des bois d’eucalyptus, etc.
Une route magnifique, bordée de beaux arbres, y conduit, et dans quelques années le chemin de fer la reliera à Tananarive. Le climat y est d’une douceur et d’une salubrité renommées.
Ce n’est pas encore Vichy ni le Mont-Doré ; mais le touriste y trouve des logements confortables à bon marché, très suffisants pour un séjour de quelques semaines.
D’ailleurs, les attraits extérieurs compensent largement la modeste apparence des « villas » ; Les excursions dans les pittoresques montagnes qui entourent Antsirabe, la visite du lac de Tritriva, les promenades aux environs, la chasse aux perdreaux, aux bécassines et aux canards sauvages sont des distractions qui rendent très agréables le séjour d’Antsirabe. Ceux qui recherchent des émotions plus fortes peuvent trouver dans la chasse aux caïmans les surprises et les émotions désirées.
Dans l’esprit de son fondateur, Antsirabe favorisera le développement du tourisme avec son mouvement commercial accoutumé, et servira également de lieu de repos, de station de convalescence pour les colons et les fonctionnaires de la côte, anémiés par les lourdes chaleurs tropicales, qui ne peuvent se payer le luxe d’un voyage en France ou à la Réunion.
À l’un et à l’autre point de vue, Antsirabe rendra d’inappréciables services. Nous faisons donc des vœux pour son rapide développement.

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1 avril 2014

Il y a 100 ans : Les inondations à Madagascar

Les pluies torrentielles tombées à Madagascar, dues notamment aux effets lointains de deux cyclones évoluant dans le canal du Mozambique, ont causé aux habitations, aux récoltes et aux voies de communication des dégâts importants qu’un câblogramme, mentionné ici, a brièvement annoncés, il y a trois semaines.
Tout autour de Tananarive, les rivières ont débordé et les vallées se sont trouvées changées en immenses lacs.
Les digues, trop basses, ont vite été noyées et ont même cédé en plusieurs endroits.
À Tananarive même, plusieurs maisons mal construites se sont effondrées, causant des accidents de personnes ; le mur de soutènement de la cour du palais du premier ministre s’est écroulé.
La voie ferrée de Brickaville à Tananarive a été coupée par une série d’éboulements successifs qui ont interrompu la circulation des trains.
Tananarive a manqué par suite de bois et de charbon.
On a pu assurer le transbordement des voyageurs et des courriers qui n’ont pas subi de retards trop importants.
Sur les routes de l’Ouest, du Nord et de Miarinarivo, les inondations ont rendu la circulation extrêmement difficile.
La route de Fianarantsoa à Mananjary a été plus atteinte et la circulation normale s’est trouvée interrompue assez longtemps, moins cependant que sur la route du Sud où le remblai qui conduit au pont de Tsiafahy a cédé sous la pression des eaux et a été, en partie, emporté. Il faudra un mois environ pour pouvoir rétablir la circulation.
Heureusement les travaux du chemin de fer d’Antsirabe n’ont pas été trop endommagés ; les dégâts sont de minime importance.
Presque toutes les rivières côtières ont débordé et le jardin d’essais d’Ivoloina a été complètement submergé.
Au moment du départ du courrier on ne signalait pas encore de dommages considérables dans les provinces.
Les deux tremblements de terre qui ont été ressentis dans la province de Betroka, à Beninetra et que nous avons annoncés dans notre numéro de mardi dernier, n’ont heureusement causé aucun accident.
Tout de monde a fait son devoir, devant la perspective d’un désastre possible.
À Tananarive, la troupe réquisitionnée depuis la première heure a prêté son précieux concours. Officiers et soldats, de l’avis unanime, ont été admirables de dévouement.

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31 mars 2014

Il y a 100 ans : La population augmente à Madagascar

On prétend généralement que la population indigène n’augmente pas ou n’augmente que dans des proportions infimes à Madagascar. Or, il paraît qu’en réalité la population de la Grande Île s’accroît et même d’une manière très sensible.
Si l’on considère, par exemple, le pays Betsimisaraka, les statistiques établissent que le coefficient d’accroissement annuel y est actuellement de 35 p. 1 000 alors que dans des pays neufs et à développement rapide il atteint à peine 15 p. 1 000. Sans doute des esprits insuffisamment avertis s’étaient imaginés qu’avec le rétablissement de la sécurité des personnes et des biens, l’accroissement du bien-être, conséquences naturelles de notre occupation, allait coïncider un accroissement extrêmement rapide de la population indigène.
C’est que ces personnes oubliaient que le principal obstacle à l’accroissement de la population n’est pas tant la mortalité des adultes, résultat des guerres ou des troubles politiques du pays, que la disparition constante d’une grande quantité d’enfants en bas âge dues à des causes, également constantes, telles que défaut d’hygiène, maladies héréditaires, ignorance et habitudes de vie des populations, causes que de laborieux efforts, soutenus pendant de longues années, arriveront peut-être à supprimer.
On a également perdu de vue que le développement des voies de communication entraînait d’abord l’émigration des régions surpeuplées vers d’autres restées inhabitées, d’où diminution apparente d’un côté compensée par des augmentations ailleurs, mais qui restent inaperçues.
Quoi qu’il en soit, cette prétendue stagnation de la population n’existe pas. Des esprits superficiels qui s’étaient imaginé que notre occupation allait provoquer un véritable pullulement de la race ont peut-être été déçus d’espérances chimériques. Ce qui reste acquis et prouvé par les recensements les plus récents et les plus dignes de foi, c’est d’abord que la population augmente sensiblement ; c’est ensuite que la mortalité infantile, assez élevée dans la colonie, ne l’est pas plus que dans les pays d’Europe, de civilisation avancée, où la lutte sanitaire est engagée depuis de longues années et avec des moyens d’action infiniment supérieurs.

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30 mars 2014

Il y a 100 ans : Le Service Rural de la Capitale

Sœur Saint-Jean-Berchmans nous écrit d’Amparibé :
« De grâce, chez amis des Missions catholiques, ne traitez pas d’importune la petite religieuse missionnaire qui, dans la perspective de son chantier en arrêt parce que sa bourse se vide, trouve la hardiesse de recourir encore une fois à votre générosité, qu’elle sait être inépuisable.
« Il y a quelques mois, je poussais un cri d’immense détresse, demandant à la Providence l’emplacement de hangar que je destinais à mes chers petits laïques. En réponse, je reçus largement le prix du terrain et, le cœur débordant de joie, je me mis immédiatement à l’œuvre. Le hangar Saint-Jean-Berchmans prit bientôt forme.
« Hélas ! nous n’étions pas au bout de nos peines ! Habituées à construire des cases en pleine brousse, nous n’avions aucune idée du “Service Rural de la Capitale”. Une lettre de M. l’Agent Voyer nous renseigna sur ce point… et nos travaux furent suspendus ! On veut nous faire bâtir une vraie maison. Pour cela, il nous faut des briques en quantité (or une seule brique revient à 2 centimes), des tuiles pour le toit (et une tuile coûte 25 centimes), des bois pour la charpente, les portes, les fenêtres, etc.
« C’est insensé ! Et pourtant nous devrons passer par là ou abandonner la belle œuvre d’Amparibé, c’est-à-dire l’évangélisation de nos intéressants laïques et l’ouvroir de persévérance pour cette fourmilière de jeunes filles indigènes, qui ici se perdent irrévocablement au sortir même de l’école chrétienne !
« À la pensée de la possibilité d’une telle solution, nos cœurs se serrent douloureusement ! Est-il possible que le Bon Dieu laisse périr une œuvre qu’il a favorisée de vrais miracles ? Non. Il ne peut le vouloir et vous non plus, chers lecteurs, vous ne pouvez accepter semblable perspective. C’est pourquoi je vous tends la main de nouveau en vous disant, confiante : “Envoyez-nous, ne fût-ce chacun qu’un cent de briques (2 francs), car le seul espoir de nos cœurs dévorés d’anxiété est celui qu’exprime le proverbe populaire : ‘Les petits ruisseaux font les grandes rivières !’ ” »

Les Missions catholiques


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29 mars 2014

Il y a 100 ans : Un tremblement de terre dans le sud de Madagascar

On signale de Betroka que deux secousses sismiques d’une durée de 30 secondes chacune se sont fait sentir, le 30 janvier, entre midi 30 et 1 heure dans le sud-ouest de Madagascar. Aucun accident n’a été constaté.
Notre colonie de l’océan Indien qui est en bordure d’une grande faille de l’écorce terrestre est fréquemment affectée par des tremblements de terre.
Mais il n’est pas sans intérêt de remarquer que c’est très exceptionnellement que ces phénomènes ont des conséquences graves et que la somme des dégâts qu’ils occasionnent à Madagascar sont infimes en comparaison de ceux constatés dans tant d’autres régions du globe, sans en excepter les pays d’Europe.

Les eaux minérales d’Antsirabe

Les travaux que M. le gouverneur général Picquié a fait exécuter pour la captation des eaux thermales d’Antsirabe viennent de donner un premier résultat. À la suite d’un sondage de 30 mètres effectué dans la vallée où sourdent les eaux actuellement utilisées, soit pour les bains, soit pour l’usage interne, l’eau a jailli sur un nouveau point à une hauteur de 4 mètres au-dessus du sol. D’après les renseignements qui nous ont été communiqués, d’autres résultats seraient sur le point d’être obtenus, prouvant que la captation des eaux thermales d’Antsirabe en vue de leur exploitation dans un but thérapeutique est chose parfaitement réalisable.
L’administration de M. Picquié s’est montrée trop active en la circonstance pour que nous n’ayons pas la certitude qu’elle achèvera rapidement le travail si heureusement conduit.

Médecins indigènes à Madagascar

Un décret paru avant-hier à l’Officiel a modifié le décret du 7 mars 1904, réglementant l’exercice de la médecine indigène et de la profession de sage-femme indigène dans la Grande Île.
À l’avenir, les indigènes pourvus du diplôme de médecin délivré par l’école de médecine indigène de Tananarive et les sages-femmes se trouvant dans les mêmes conditions, qui bénéficieront ultérieurement de l’accession aux droits de citoyen français, conserveront le droit d’exercer leur profession au titre indigène.

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