29 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (7)

(Suite.)
4° Réglementer d’une façon plus pratique l’utilisation de la main-d’œuvre prestataire et pénitentiaire, cette dernière surtout.
N’est-il pas en effet ridicule et décevant de voir la colonie nourrir, vêtir et loger confortablement un indigène – et cela gratis, – sous le prétexte qu’il n’a pas payé ses impôts ?
Car le travail que, à cette heure, on exige de lui, en général est insignifiant, d’autant qu’avec les règlements actuels on ne peut, paraît-il, ni l’éloigner de la maison d’arrêt, ni le laisser sortir, sans une forte escorte absolument inutile en pays malgache.
Employés à des travaux utiles, ce serait, pour ces détenus, une école de travail, et pour la colonie une source de richesses.
Ils ne devraient, bien entendu, travailler que sous la direction de surveillants compétents et consciencieux. Il ne doit pas en manquer. Sans cela ils ne feraient que de la mauvaise besogne, ou n’en feraient pas du tout.
J’ai maintenant à vous dire un mot sur le tracé de la route de Tamatave à Melville que vous trouvez si parfait.
Venu à Tamatave en filanzana, j’ai eu l’idée de regagner ma propriété en suivant le piquetage qui indique le tracé de cette route (de Tamatave à Melville).
J’ai cru d’abord que mes bourjanes, pour se moquer de moi, me conduisaient à Farafatra. Mais pas du tout. Je n’ai pas tardé à me rendre compte que le piquetage suivait réellement cette ancienne voie, carrossable jadis, mais que, sous prétexte d’amélioration, d’aucuns ont rendue inutilisable.
Ce n’est qu’arrivé au village d’Ambodisine, au pied des coteaux de Farafatra, que le tracé de la route, par un angle presque aigu, tourne à gauche dans la direction de l’Ivondro en suivant parallèlement la ligne des eaux qui sépare ces coteaux de la plaine.
Le hasard me fait rencontrer une connaissance à qui j’exprime mon étonnement de voir cette route traverser la plaine d’abord du Sud-Est au Nord-Ouest, et ensuite entièrement du Nord au Sud, l’allongeant ainsi de plusieurs kilomètres sur le tracé plus ou moins direct de Tamatave à Ivondro.
Étant bien en cour, cet ami a pu m’indiquer que, si cela se faisait ainsi, c’était par pure économie.
Par économie ??
 (À suivre.)

Le Tamatave

Incessamment sous peu, le renouveau de la Bibliothèque malgache sur le terrain de l'édition, avec un titre déjà paru, mais remis en page de manière plus professionnelle, et très vite des nouveautés.

28 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (6)

(Suite.)
Qu’en dites-vous, cher Monsieur ? Et croyez-vous que la mentalité de M. Lebureau, comme vous l’appelez, se soit modifiée depuis que les lignes ci-dessus ont été écrites ? Moi, je ne le crois pas.
Pour ne pas perdre le temps en digressions oiseuses, voici, à mon humble avis, ce qu’il conviendrait de faire :
1° Laisser longtemps dans le même poste, tout en leur donnant de l’avancement, sur place, les fonctionnaires, tout au moins les chefs de Province, pour qu’ils aient la responsabilité bien définie de ce qui aura été bien fait ou mal fait dans leur circonscription et qu’ils n’aient pas le réflexe de rejeter sur leur prédécesseur la faute de ce qui aura été mal fait, ou pas fait du tout.
2° Faire établir un plan d’ensemble bien discuté, après l’avoir soumis à l’avis des colons intéressés, et le suivre méthodiquement jusqu’à complète réalisation.
3° Ce plan d’ensemble serait étudié par les T. P. puisqu’il y a, dites-vous, des employés des T. P. qui ne demandent qu’à travailler.
Mais, pour des études de cette nature, ces employés ne devraient dépendre que du chef de la Province et ces études devraient être soumises simplement à l’approbation du gouverneur général, sans attendre le contrôle et la discussion des bureaux de la Direction des T. P., à qui je nie toute compétence pour statuer sur des études faites dans des conditions, pour des besoins, et sur des terrains que ces bureaux ne peuvent connaître.
D’ailleurs, surchargés comme ils le sont, grâce à une centralisation à outrance, ces bureaux ne peuvent expédier avec la rapidité voulue les dossiers qui leur sont soumis et qui, par cela même, souffrent des retards les plus préjudiciables.
Donc, décentralisez, Monsieur le Gouverneur Général, décongestionnez les services ! Vous réaliserez ainsi une économie de temps et d’argent. Et le vent, à l’heure actuelle, – il ne faut pas l’oublier, – souffle aux économies !
C’est d’ailleurs le système anglais. Il est bien permis de prendre à nos alliés ce qu’ils ont de bon, c’est-à-dire l’esprit de suite qui nous manque.
(À suivre.)

Le Tamatave

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26 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (5)

(Suite.)
La construction de la route de Tamatave à l’Ivondro d’abord, et à… quelqu’autre part ensuite, bien que de toute première nécessité, est une œuvre de longue haleine. Sera-t-elle continuée sans interruption ? J’en doute, et à l’appui de mon dire je vous donne ci-après l’opinion d’un grand journal de la capitale que j’ai découpée dans le temps et qui vient ici comme marée en carême.
Je copie à votre intention :
*
Aux colonies comme en France
Ce que l’on reproche le plus à notre régime politique, c’est l’instabilité ministérielle ou plutôt la fâcheuse manie qu’ont nos ministres de prendre systématiquement le contre-pied de ce qu’ont fait leurs prédécesseurs.
Cette déplorable manie, hélas très humaine, sévit également aux colonies. Là ce sont surtout les petits fonctionnaires qui en sont atteints. Hors de France, on devient facilement mégalomane et les plus humbles agents de l’administration se considèrent comme des rouages fort importants.
C’est un spectacle amusant, pour nos colons, de voir toute la peine que se donnent des chefs de district, par exemple, pour démontrer l’incapacité de leur prédécesseur et leur propre valeur.
— Vous savez, X… ? C’est un camarade, je ne veux pas le bêcher ; mais enfin, il était fait pour être administrateur comme moi pour être pape. Et puis, paresseux ! Il n’en fichait pas une secousse.
— Mais enfin, il faut être solidaires entre camarades, aussi, vous comprenez, je ne veux pas lui faire de tort et je vais réparer ses gaffes ; j’en ai bien pour six mois. Après cela, vous verrez que mon district sera le modèle des districts, etc.
Quand cet homme précieux s’en va à son tour, son successeur tient le même langage à son sujet, recommence à tout bouleverser, s’attaque de préférence aux meilleures mesures prises par l’autre, toujours dans le but de faire du district le modèle des districts.
Ce manque d’esprit de suite n’est pas moins fâcheux chez les petits fonctionnaires que chez nos ministres.
Il serait bon que nos gouverneurs réagissent contre de pareils errements dont souffrent les colonies.
(À suivre.)

Le Tamatave

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24 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (4)

(Suite.)
Le service des travaux publics devra d’ailleurs, autant que possible, établir à l’avance les études et projets qui me seraient alors transmis, avec le rapport précité, en même temps que les plans de campagne des fokonolona.
Je désire que les prescriptions ci-dessus soient rigoureusement observées. Vous voudrez bien m’accuser réception de la présente circulaire.
H. Garbit.
*
Nous avons tout lieu de croire que cette circulaire n’aura pas le sort de ses devancières, et que ses prescriptions seront cette fois scrupuleusement suivies.
M. Lebureau en effet a eu, jusqu’ici, l’habitude à la réception de l’une d’elles, de la classer délicatement, sans même la lire, dans le casier qui leur est réservées, en disant avec le sourire superbement je m’enf…iste qui le caractérise : « Des circulaires !! ce qu’il y en a ! Nous serions frais s’il fallait les suivre à la lettre ! Aussi, je m’assieds dessus !… »
Seulement, cette fois, cette circulaire porte au dernier alinéa une recommandation expresse que M. Lebureau fera bien de méditer et qui est la suivante : Je désire que les prescriptions ci-dessus soient rigoureusement observées.
Or M. Garbit n’a pas l’habitude d’écrire pour le simple plaisir d’aligner des mots. Il tiendra la main à l’exécution de sa circulaire. Et quelle main ! « Une main de fer dans un gant de velours. »
Par suite les colons auront lieu d’être satisfaits.
*
Nous publions ci-après la lettre d’un colon sur cette même question de voies de communication, lettre qui vient jeter son grain de sel sur cette matière.
Monsieur le Directeur du Tamatave,
Colon au-delà de l’Ivondro, c’est vous dire que je lis avec intérêt, je puis même dire avec avidité, les articles que le Tamatave et le Journal de Madagascar publient sur cette question de routes et de canaux dont la solution se fait attendre depuis si longtemps, et que malgré votre optimisme nous ne sommes pas près de voir résolue ; c’est moi qui vous le dis… À moins que la poigne de notre nouveau gouverneur général sur laquelle vous comptez… Mais n’anticipons pas. Laissez-moi d’abord vider mon sac.
(À suivre.)

Le Tamatave


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23 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (3)

(Suite.)
Du reste voici intégralement cette circulaire :
Tananarive, le 26 novembre 1914.
Le Gouverneur Général de Madagascar et Dépendances à Messieurs les chefs de province et de district autonome.
Chaque année, certains travaux concernant les routes secondaires sont exécutés par les soins de l’administration provinciale soit au moyen des fonds de rachat de prestation, soit à l’aide de la main-d’œuvre pénale ou prestataire, soit encore sur les crédits alloués au plan de campagne pour les routes secondaires.
Dans le but d’assurer un emploi judicieux aussi bien de la main-d’œuvre que des crédits précités, j’ai l’honneur de vous faire connaître que j’ai décidé, qu’à l’avenir, tous les travaux à exécuter sur les routes secondaires ne pourront être entrepris sans avis et même, le cas échéant, étude préalable du service des travaux publics.
Pour les nouvelles routes à établir ou pour les rectifications à apporter à celles existantes, le tracé devra être étudié par un agent technique.
De même, les ouvrages d’art quelconques, à établir sur des routes nouvelles, ou ceux à reconstruire sur des routes existantes, devront faire l’objet d’un projet à établir par le service technique.
Enfin, toutes les fois qu’il sera possible de le faire, la main-d’œuvre pénale ou prestataire sera mise à la disposition du service des travaux publics qui assurera directement l’exécution des travaux.
Lorsque le service technique ne pourra pas disposer de l’agent que vous lui demanderez en vertu des instructions qui précèdent, vous devrez me rendre compte du fait en m’adressant toutes propositions utiles pour l’exécution des travaux dans les meilleures conditions possibles en faisant connaître en même temps si le travail en cause présente un réel caractère d’urgence et ne peut pas être remis.
En vue de gagner du temps, vous voudrez bien, avant de me le transmettre, communiquer le plan de campagne des travaux des fokonolona au chef de service régional de votre région en le priant de faire connaître son avis dans un rapport qui devra spécifier notamment la date vers laquelle il sera en mesure de faire étudier, par un de ses agents, chacun des travaux énumérés ci-dessus figurant au plan de campagne.
(À suivre.)

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20 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (2)

(Suite.)
Notre confrère termine son article par cette phrase : « Route ou canal, il faudrait pourtant se décider. »
Nous ne partageons pas cette modeste résignation, et nous disons, nous, – bien haut – : Route et canal sont d’urgente nécessité, et c’est par une aberration impossible à expliquer, que jusqu’à cette heure ils n’ont pas été construits.
Il ne faut pas d’ailleurs croire que route et canal font double emploi ; c’est là une erreur grossière. Chacun d’eux dessert des intérêts absolument différents.
La route dont le tracé a été excellemment dessiné par M. Iribe, avant son départ, traverse une zone éloignée du canal, et par ce fait cette zone ne saurait attendre aucun service de la reconstitution de la voie fluviale.
Cette route desservira donc les intérêts particuliers des colons installés sur son tracé jusqu’à son débouché sur l’Ivondro. C’est tout.
Il est enfin de toute évidence qu’une unique voie de communication ne saurait suffire à desservir une immense zone.
Le canal de son côté desservira la contrée qui de Tamatave s’étend jusqu’à Vatomandry et au-delà, et à qui la route de Tamatave à Melville ne saura, au grand jamais, être de quelque utilité. Et cette contrée est digne du plus grand intérêt, étant l’une des plus prospères de la colonie, et devant qui s’ouvre le plus bel avenir.
*
Notre dernier article ayant pour titre : « La route de Tamatave à Melville » était à peine écrit que nous parvenait le Journal Officiel de la Colonie du 28 novembre écoulé. Ce journal, à la quatrième page, publie une circulaire de M. le Gouverneur Général, du 26 novembre, au sujet des travaux exécutés sur les routes secondaires.
L’utilisation de la main-d’œuvre prestataire et pénitentiaire, que nous avions si timidement indiquée, y est formellement prévue et ordonnée. Nous avons fait connaître de quelle valeur elle pouvait être dans la région. On voit par suite quels résultats précieux on est en droit d’attendre des prescriptions édictées par M. Garbit.
(À suivre.)

Le Tamatave


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17 janvier 2015

Il y a 100 ans : La route de Tamatave à Melville et le canal de Vatomandry à Tamatave (1)

Dans son numéro de dimanche dernier, notre confrère du Boulevard du Cimetière donnait à ses lecteurs une nouvelle qui nous a causé autant de surprise que d’inquiétude.
Il annonçait, en effet, que « l’administration serait disposée à ajourner le projet de route de Tamatave à Melville, sous le prétexte que les Pangalanes du Sud devant un jour exister, il y aurait peut-être intérêt à ce que la navigation fût continuée sans interruption jusque dans le port de Tamatave. »
Nous avions lieu de supposer notre confrère bien renseigné. On comprend donc l’émotion des habitants de l’Ivondro si mal lotis en voies de communication. Depuis combien d’années ne sont-ils pas bernés par des promesses, des études même qui, bien que consciencieusement faites, ont été régulièrement rejoindre leurs devancières dans les cartons à oubliettes ? Car il est de règle que tout chef de service, en prenant son poste, jette au panier les plans et projets de son prédécesseur.
Mais il ne nous semblait pas possible que sous l’administration actuelle de pareils errements pussent être suivis. Aussi, étant allés aux renseignements, avons-nous la satisfaction de pouvoir déclarer à nos lecteurs qu’il n’en est rien, que les études de la route de Tamatave à Melville sont poussées avec toute l’activité possible par un homme expérimenté, intelligent, consciencieux, en un mot à la hauteur de sa tâche, comme il s’en trouve quelquefois dans l’Administration, même dans celle des T. P. Cet homme cependant – M. Ozoux – n’est qu’un surveillant remplissant avec compétence les fonctions de conducteur des T. P.
De plus, les travaux de la première section de cette route, dont les études sont terminées, seront mis en adjudication dès le mois de janvier de l’année qui va commencer.
Donc, en même temps que les colons de l’Ivondro – ou du moins une très faible partie d’entre eux, – recevront un commencement de satisfaction, de nombreux ouvriers trouveront à s’employer et à gagner leur vie, ce qui est à apprécier en ce temps de crise où le commerce et l’industrie sont paralysés.
(À suivre.)

Le Tamatave


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15 janvier 2015

Il y a 100 ans : Les Allemands à Madagascar (2)

(Suite et fin.)
Le Journal de Tamatave imprimait, en effet, des doléances à leur sujet.
« Nous avons assisté, hier matin, au départ de la baleinière du port qui, gracieusement mise à la disposition de Messieurs les goinfres de l’îlot Prune, leur porte, tous les jours, de nombreuses et délicates provisions.
« Il a été chargé, dans celle de samedi, 6 soubiques de légumes frais et de viandes, 2 sacs de pain.
« Nous avons même remarqué qu’on avait le soin d’emballer certains produits dans des journaux locaux, voire même dans l’Officiel ; sans doute, pour permettre à ces intéressants prisonniers de guerre de se tenir au courant des événements qui se déroulent en Europe. »
Cependant, quelques jours plus tard, les ménagères de Tamatave reprenaient le sourire, des ordres ayant été donnés pour qu’à l’avenir les denrées alimentaires mises en vente au « Bazar » soient vendues à la population avant d’être livrées à la personne chargée d’approvisionner les Allemands.
À l’îlot Prune, le calme ne régnait pas, Boches et Autrichiens se reprochant leurs diverses défaites – preuve évidente qu’ils recevaient les nouvelles !
Sur ces entrefaites, la peste se déclara à Maurice, et le gouvernement général décida de débarrasser l’îlot Prune des hôtes qui y étaient internés, de façon à laisser le lazaret à l’entière disposition des voyageurs appelés à y purger une quarantaine.
Le chef du service de sûreté générale, M. Bastel, fut désigné par le chef de la colonie pour présider au transfert des Boches de l’îlot Prune au Fort-Duchesne, à Tananarive, où ils resteront internés jusqu’à la fin des hostilités.
De leur côté, les Petites Affiches de Majunga se plaignent de ce que les Allemands détenus dans leur ville soient des prisonniers pour rire, nourris par un hôtelier qui se fait un devoir et un plaisir de leur fournir tout ce qu’ils demandent avec le visa du commandant de la place.
Comme on aurait pu s’y attendre, c’est par une grossièreté que ces messieurs ont reconnu un tel excès d’indulgence : ils ont demandé des saucisses de Strasbourg et du papier hygiénique français.
Notre confrère proposait l’envoi d’un rouleau de papier émeri. En tout cas, la limitation au nécessaire sans douceurs nous semblerait logique et justifiée.

Les Annales coloniales


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13 janvier 2015

Il y a 100 ans : Les Allemands à Madagascar (1)

On pourrait faire une rubrique « les Allemands à Madagascar », car vraiment les Boches y ont amplement occupé l’administration, le public et la presse, de leurs encombrantes personnes.
Trois Allemands, dont deux agents de cette maison O’Swald à laquelle M. Picquié s’était borné, au début des hostilités, à interdire le commerce des spiritueux, et un propriétaire de cinéma, nommé Neumann, sont arrivés de Mananjary à Tananarive.
Les deux premiers ont été dirigés sur Tamatave ; le troisième a été incarcéré à la maison d’arrêt, sous l’inculpation d’espionnage.
Ensuite les agents et le personnel des maisons O’Swald et D.O.A.G. et quelques autres sujets allemands furent internés au lazaret de Katsépé, sous la surveillance d’un peloton de tirailleurs commandés par un lieutenant.
« Là, ces messieurs eurent, paraît-il – nous citons la Tribune –, même tous les accessoires nécessaires permettant à des célibataires d’endurer privation de leur liberté, sans compter le reste.
« Après la visite du curieux Kœnigsberg, fantôme affolé en quête de charbon, on transféra l’escouade allemande à la prison civile où elle trouva, dit-on, le moyen de se procurer les cablos. Sur cette situation, une enquête ne serait peut-être pas inutile, l’audition des sous-officiers gardiens mettrait bien des choses au point.
« Nous comptons sur l’administration supérieure pour réprimer les fautes commises, et il y en eut, affirme-t-on. »
Le lieutenant chargé du transfert de ces bonshommes à la prison de Majunga entreprit de les surveiller sérieusement.
Cependant, un autre noyau d’Allemands trouvait moyen de continuer ses petites affaires, s’il faut en croire la Tribune, dont voici encore le texte :
« Nossi-bé.
« Messieurs les Allemands ne pouvant s’occuper de leurs petites affaires ont, paraît-il, trouvé complaisance chez un ancien fonctionnaire, lequel opère les recouvrements pour le compte de ces Messieurs.
« Ajoutons que l’accueil réservé à ce mandataire pensionné de l’État ne serait pas toujours sympathique.
« Ne pourrait-on le rappeler à la pudeur. »
D’autres Boches et Autrichiens, enfin, étaient internés à l’îlot Prune.
Et ceux-là ne désespéraient pas moins que les autres la population française de Madagascar.
(À suivre.)

Les Annales coloniales


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12 janvier 2015

Il y a 100 ans : M. Garbit à Madagascar (2)

(Suite et fin.)
Il a eu pour chacun un mot aimable ; il s’est félicité d’être appelé à prendre la direction du gouvernement de l’île, et a rappelé, non sans émotion, qu’il avait fait ses débuts dans la colonie à laquelle il est profondément attaché et où il compte bien terminer sa carrière.
Il a donné l’assurance que tous pouvaient compter sur sa bienveillance et son esprit d’équité, et a promis aux colons de leur accorder toutes les satisfactions compatibles avec l’intérêt général.
Il a enfin affirmé que, sans plus tarder, il allait se mettre à l’œuvre pour s’efforcer de redonner au pays tout son essor économique, un moment enrayé par les événements actuels, et a terminé par un vibrant appel à l’apaisement si nécessaire aujourd’hui aussi bien à Madagascar qu’en France.
Ce premier contact entre le nouveau gouverneur général et ses administrés a laissé à ceux-ci la meilleure impression.

Départ de troupes de Madagascar

Le 26 octobre dernier, un détachement de réservistes européens et de nombreux médecins militaires ont quitté Tananarive pour la France.
À la gare se trouvaient le gouverneur général Garbit, le général commandant supérieur des troupes et une foule nombreuse qui a acclamé les partants.
Au moment où s’ébranlait le train, la fanfare du 1er régiment des tirailleurs malgaches a joué la Marseillaise.
Un nouveau détachement de troupes blanches, comprenant des hommes de l’active et des volontaires de la réserve, se préparait à se rendre sur le théâtre des opérations.

Le téléphone entre Tananarive et Majunga

Dès son arrivée à Madagascar, M. Garbit s’est préoccupé, d’accord avec le chef du service des postes et télégraphes, d’étendre le service téléphonique entre diverses villes de la colonie en utilisant les lignes déjà établies.
Des essais ont été tentés qui ont été reconnus satisfaisants et le service téléphonique est rétabli depuis la fin du mois dernier entre Tananarive, Tamatave et Majunga. Le public est autorisé à communiquer entre ces villes, de onze heures du matin à deux heures de l’après-midi.
C’est une initiative dont les habitants de la Grande Île sont reconnaissants au nouveau gouverneur général.

Le Courrier colonial


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11 janvier 2015

Il y a 100 ans : M. Garbit à Madagascar (1)

Les colons de la Grande Île ont fait le meilleur accueil à M. Garbit.
La Tribune fait observer que le nouveau gouverneur général n’est pas un inconnu à Madagascar, où il a déjà fait l’intérim de gouverneur général, et su se montrer à la hauteur de sa tâche. Il n’aura donc pas à commencer l’apprentissage de ses nouvelles fonctions.
M. Garbit, au dire de notre confrère, continuera l’œuvre de M. Picquié. Puisqu’il est certain aujourd’hui que la sécurité de la Grande Île n’est pas menacée, M. Garbit va porter tous ses efforts vers le rétablissement de la vie économique du pays.
Sa première mesure dans cet ordre d’idées sera de lever partiellement l’interdit qui frappe l’exportation du riz et de l’autoriser au profit de la Métropole, de Bourbon et de Maurice.
Il n’utilisera le papier-monnaie qu’à la dernière extrémité, afin de ne pas jeter la perturbation dans les transactions des colons et des indigènes. Déjà, il s’est mis en rapport avec le C. N. E. P. pour la reprise des achats d’or par cet établissement.
La question de l’assurance du fret au départ de Madagascar pour la France, celles de la banque, des transports maritimes, seront également étudiées avec soin par M. Garbit.
Les travaux du chemin de fer d’Antsirabe seront continués et un projet d’ensemble des travaux pour toute la colonie sera envisagé.
Le colons souhaitent aussi que le gouverneur général par intérim, qui a su réaliser, à Bourbon, une union qui paraissait paradoxale, saura mener à bien une œuvre semblable à Madagascar par l’accord étroit qui doit exister entre fonctionnaires et colons, en faisant disparaître toute cause d’antagonisme au moment où la Mère Patrie donne un si magnifique exemple d’unité nationale.
Ce vœu semble avoir reçu un commencement d’exécution au cours de la réception donnée à la Résidence par le nouveau gouverneur général, le mercredi 21 octobre dernier.
Entouré des fonctionnaires de son cabinet civil et des officiers de son cabinet militaire, M. Garbit a fait le plus aimable accueil aux autorités civiles et militaires, aux corps constitués, au barreau, au personnel des missions et aux colons accourus à son appel.
(À suivre.)
Le Courrier colonial


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10 janvier 2015

Il y a 100 ans : Le « Kœnigsberg » devant Majunga

Le dernier courrier de Madagascar nous apporte le récit de la menace de bombardement du fort de Majunga par le croiseur allemand Kœnigsberg.
Ce croiseur, actuellement de l’escadre de l’Océan Indien qui se trouve embouteillée dans la rivière Rufidji, en face de l’île Mafia, sur la côte de l’Afrique Orientale allemande, s’est présenté devant Majunga et a demandé, sous menace de bombardement, à la ville de se rendre.
Le commandant des forces françaises a fait répondre qu’il avait comme otages vingt employés de commerce allemands et qu’à chaque coup de canon tiré par le croiseur, il ferait tomber une tête de ces otages.
Le croiseur a peu après disparu !…
Les Annales coloniales

Le carnet d’un boto de pousse-pousse

Mon patron reçoit l’Officiel de Madagascar, cela me procure l’occasion de le lire à l’œil. Sur le dernier numéro, j’ai vu avec plaisir la réponse du Ministre de la Marine à notre Gouverneur Général au sujet de la manifestation patriotique du 1er novembre.
Les habitants de Madagascar, français ou malgaches, ont le droit d’être fiers ; la Métropole a en effet toujours choyé notre pays, nous avons toujours eu des Gouverneurs choisis, des hommes remarquables qui en ce moment où les responsabilités sont énormes, se trouvent au premier plan de la défense nationale.
Augagneur, Joffre, Galliéni, voilà des noms qui sonnent agréablement aux oreilles malgaches ! Quelle Colonie pourrait se flatter d’avoir possédé semblable trinité ?
Maintenant je comprends le rappel de notre ex-Gouverneur Général que pendant quatre années une feuille bien informée de la capitale malgache qualifia d’éminent. Cette fois encore la Mère Patrie nous avait envoyé le dessus du panier et aujourd’hui que la France est envahie, un grand homme de plus n’est pas de trop.
Mais où va-t-il maintenant porter son activité ?
Commandant en chef des armées ?… Non ! la place est prise et le Général Joffre la tient avec certaine compétence. Président de la République ? du Conseil ? Ministre ?… Non plus, les cadres sont au complet.
Je cherchais la solution vainement quand un boto de mes amis qui a travaillé quatre jours chez un administrateur me l’a donnée. Monsieur Picquié sera Gouverneur des Invalides.
C’est encore un secret, que personne n’en parle.
Sarah B.

La Dépêche malgache


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9 janvier 2015

Il y a 100 ans : Le carnet d’un boto de pousse-pousse

Tout de monde crie la misère, en traînant ma bagnole j’entends toute la population se lamenter, la vie augmente. Sans être versé dans les questions économiques j’ai pu comprendre que c’est encore la guerre qui nous vaut cela.
J’ai examiné qui avait le plus à se plaindre. Tout ce qui est commerçant a augmenté ses prix, les épiciers les premiers ont proclamé que le système de vendre à petit bénéfice était désormais désuet et ils profitent du manque d’arrivages pour exhumer des coins de leurs magasins des produits innommables qu’ils vendent comme marchandises fraîches. – Les Indiens, marchands de tissus, vendent moins, mais à quels prix, ceux-là n’y perdront rien soyez-en certains, pour eux la qualité du client suppléera toujours à la quantité. – Des grosses entreprises comme les Messageries ont-elles-mêmes augmenté leurs tarifs. Il est vrai que les voyages sont longs, mouvementés et que les voyageurs ont maintenant l’aisance des coudes. – Les fonctionnaires, je n’en parle pas, quand ils paieraient un sou de plus les choux et les carottes, leurs grosses prébendes leur permettront toujours de joindre les deux bouts.
Ceux qui n’y arriveront plus, par exemple, c’est toujours les mêmes, toujours les petits, pour eux le travail est rare et l’argent petit.
Tout cela prouve que, quoi qu’il arrive, le monde sera toujours divisé en deux catégories : les repus et les purés.
Sarah B.
La Dépêche malgache

Avis au public

Le public est prévenu que le train postal descendant (partant de Tananarive à 15 h. 40 le mardi qui précède le départ de Tamatave du courrier pour la France) prend les voyageurs au départ de Tananarive et en cours de route dans les mêmes conditions que les trains de voyageurs ordinaires.
Le train postal montant, expédié de Tamatave aussitôt la fin des opérations postales, et sans horaire fixe, peut prendre également les voyageurs inscrits à l’avance et se trouvant en gare au moment du départ ou du passage du train, dans la limite des places restant disponibles dans la voiture mixte dont le milieu est réservé à la poste.

Le Tamatave


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6 janvier 2015

Il y a 100 ans : À propos de nos boto

La Dépêche malgache étudiait tout dernièrement la question de l’identité des boto ; photos, cartes, présentations à la police, rien n’y manquait. Il est certain qu’il y a là quelque chose à faire. Malheureusement, rien ne ressemble plus à un Malgache qu’un autre Malgache et pour ma part, chaque fois que j’ai eu des patrons amateurs photographes, je n’ai trouvé sur leurs plaques sensibles que quelque chose d’uniforme et de noir comme si l’appareil avait été braqué dans un tunnel. Avec cela tous se plaignaient du prix de revient de ces petites horreurs. La méthode Bertillon aurait du bon, mais pour cela il faut être outillé et notre police ne doit pas compter beaucoup de spécialistes ayant fait des études dans ce sens.
Toujours sans emploi, j’ai eu le temps de creuser la question et je crois avoir trouvé une partie de la solution du problème.
Mon système est simple et tout le monde y trouverait son compte, l’employeur, l’employé et même l’Administration. Il suffirait pour cela de créer à la police ou ailleurs un bureau de placement. Les indigènes sans emploi mais qui comme moi ne demandent qu’à turbiner s’y feraient inscrire et c’est là que le vazaha viendrait les chercher. Je suis bien certain que les boto sans carte n’iraient pas s’y frotter, pas plus que les assassins introuvables du malheureux Chinois de la place Bienaimée.
Chaque employeur paierait une faible redevance qui suffirait largement à rémunérer le fonctionnaire indigène investi de la direction de ce bureau.
Ce serait au moins 50 % des indigènes qui viendraient se mettre d’eux-mêmes dans la gueule du loup. La police pourrait donc s’occuper un peu plus des autres.
Voilà mon idée, je la donne pour ce qu’elle vaut, sachant bien que personne ne s’en servira puisqu’elle n’a pas germé dans le cerveau d’un rond de cuir étoilé.
Ixe.

Chronique locale

Nuisance
Le service de la Voirie ne pourrait-il faire exhausser le niveau du Boulevard du Cimetière, à la jonction de ce boulevard avec la rue de la Colonne ?
À cet endroit, cette artère est transformée en lac dès qu’il pleut.
Vol
La police a arrêté jeudi l’indigène qui avait volé des lapins chez Mme N… et qui était allé les vendre à Mahatsara.

La Dépêche malgache


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