17 novembre 2006

Citation / 4 (Le Clézio)

Non seulement Le Clézio est un écrivain que j'admire depuis longtemps, mais en outre il a une manière de tourner autour de Madagascar qui me séduit. On sait que ses racines partiellement mauriciennes font de lui un familier de notre région du monde. Il a un jour imaginé un personnage de marin malgache (dans Hasard ou Angoli Mala, je crois - je ne sais plus dans lequel de ces deux textes qui constituaient un seul livre).
Dans son dernier livre, il relate un voyage à Raga, une île de Vanuatu baptisée en français l'île de la Pentecôte. On est loin de Madagascar, géographiquement du moins. Car, par certains aspects, la proximité est évidente. C'est d'abord la rencontre avec une femme, Charlotte Wèi Mantasuè:
Quand je suis arrivé au couvent de Melsissi, j'ai rencontré une femme d'environ quarante ans, petite et maigre, avec une masse de cheveux frisés et un visage intelligent. L'air d'une Malgache plutôt que d'une Mélasienne, avec son teint cuivré, ses pommettes hautes et ses yeux en amandes.

J.M.G. Le Clézio, Raga. Editions du Seuil, 2006, page 28
Un peu plus loin, la proximité se manifeste par la langue locale:
Lorsque, en 1980, après de longues luttes, l'archipel des Nouvelles-Hébrides a accédé à l'indépendance en prenant le beau nom de Vanuatu, le système traditionnel du troc s'est trouvé menacé par la rémunération en devises: on a créé une nouvelle monnaie, le vatu (en langue d'Efaté, "la pierre").

Idem, page 39
A l'intention de ceux qui tomberaient par hasard sur ce blog sans rien connaître de Madagascar, précisions qu'en malgache, pierre se dit vato, et que cela se prononce vatou.
La parenté linguistique s'affirme une deuxième fois:
La vieille femme le regarde un instant sans répondre, puis elle dit simplement: "Mat". Lélé est morte.

Idem, page 102
En malgache, mort se dit maty, avec la même prononciation...
Enfin, parlant des îles et de leurs véritables propriétaires, Le Clézio écrit:
Ceux qui possèdent les îles sont ceux qui les ont nourries de leur sueur et de leur sang, qu'ils soient créoles venus d'Afrique ou de Madagascar, Indiens ou Chinois descendants des travailleurs agricoles ou Français et Bretons fuyant la famine après la Révolution, et qui ont lentement construit leur nouvelle patrie.

Idem, page 122
Ce que j'appelle "tourner autour de Madagascar"...

2 commentaires:

  1. Bonjour, juste une petite remarque : les habitants du Vanuatu et ceux de Madagascar sont issus de la même vague migratoire qui, il y a quelques 6000 ans, s'est déplacée de la région de Taiwan pour gagner (en pirogues) de nombreuses îles du Pacifique (pas forcément désertes), à l'Ouest, et, à l'Est, Madagascar. Les linguistes appellent ces migrants, les "autronésiens".
    C'est ce nom qui désigne aussi la famille des centaines de langues parlées par ces gens, dans le Pacifique et à Madagascar. D'où sans doute l'explication des similitudes entre les mots "pierre" et "mort" par exemple.

    RépondreSupprimer
  2. Oui, le flux migratoire, comme on ne disait pas encore à l'époque, est à l'évidence responsable de cette proximité linguistique.
    Merci de l'avoir rappelé.

    RépondreSupprimer