13 janvier 2020

Il y a 100 ans : La chauve-souris (2)


(Suite.)
À cette époque, l’île était « déchirée », comme on dit dans les manuels d’histoire, par une véritable guerre religieuse entre protestants et catholiques. Elle avait pris la forme scolaire. Imaginez des fourmilières qui cherchent réciproquement à se voler leurs œufs. De temps en temps, les instituteurs protestants, dans les villages, faisaient un raid sur les écoles catholiques, et leur chipaient leurs élèves, qu’ils emmenaient dans leurs établissements, pour ainsi dire en esclavage. Mais, d’autres fois, c’étaient les instituteurs catholiques qui faisaient irruption dans les écoles protestantes, et y ravissaient, telles des larves inertes et innocentes, les candidats aux voluptés de l’alphabet et des quatre règles. Et ça n’en finissait pas ! Et les bons Malgaches, qui avaient pris, sous le gouvernement de leur bonne reine Ranavalo, des habitudes enracinées d’espionnage et de cafardage, passaient les trois quarts de leur temps à se dénoncer les uns les autres.
Un jour, le général Gallieni reçut, du village d’Ampasimbe – ça veut dire « l’endroit où il y a du sable tant qu’on en veut » – une de ces dénonciations. Un certain Rakoutou, paysan à son aise, y était accusé de se livrer à une propagande échevelée en faveur des protestants : comme quoi c’était un fauteur de troubles, bon à fusiller dans le plus bref délai, ou, tout au moins, à jeter sur la paille humide des cachots. Le général Galliéni fit ce qu’il faisait toujours : il envoya, pour enquête, la dénonciation, sans la lire, à l’officier du cercle dont dépendait  « l’Endroit-où-il-y-avait-du-sable-tant-qu’on-en-veut ».
Mais, à quelque temps de là, le général reçut du même lieu une autre dénonciation où un indigène était accusé de se livrer à une propagande malhonnête, autant que fougueuse, en faveur des catholiques ; comme quoi c’était un fauteur de troubles, bon à fusiller dans le plus bref délai, ou, tout au moins, à jeter sur la paille humide des cachots. Le général fit ce qu’il faisait un pareil cas : il renvoya, pour enquête, la dénonciation à l’officier-chef de cercle, etc.
(À suivre.)
Pierre Mille.
Le Petit Marseillais



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