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22 mai 2010

En librairie : Beniowski et les autres

Ce n'est pas à proprement parler une nouveauté, puisque les Mémoires et Voyages de Beniowski avaient été publiés en 1999 aux Editions Noir sur Blanc en trois volumes que nous retrouvons ici en un seul tome. Mais il s'agit évidemment d'une réédition importante - la Bibliothèque malgache a d'ailleurs à son catalogue deux livres sur ce personnage qui a marqué l'histoire de Madagascar.
Maurice Auguste Beniowski devint, après la publication de ses Mémoires et Voyages en 1790, le type même de l’aventurier haut en couleur, célèbre dans toute l’Europe centrale. La présente édition a été établie par le spécialiste Edward Kajdański. On suit les tribulations du prisonnier politique après sa fuite d’un pénitencier russe. Le premier tome relate son voyage vers l’exil à travers la Sibérie, qui le conduit sur la péninsule du Kamtchatka; en 1770, il y organise une révolte des déportés qui se solde par la prise d’un navire sur lequel il s’embarque à destination des mers du Grand Nord. Le second tome retrace le voyage de cinq mois qui mène Beniowski du détroit de Behring aux îles Aléoutiennes et Kouriles, puis à Macao. Le dernier volume est consacré à son séjour à Madagascar, où des indigènes le couronnent «grand roi» et où il se bat contre la France aux côtés des tribus qui refusent la colonisation.
Maurice Auguste Beniowski, fils d’un général de l’armée autrichienne, est né en Hongrie en 1741. Cet intrépide s’évade de la prison russe où il est enfermé pour avoir participé à la lutte des nobles polonais contre la Russie au sein de la confédération de Bar en 1768. Contemporain de Cook et de La Pérouse, il compte au nombre des premiers Européens à avoir navigué en mer de Behring et au large du Kamtchatka. Il s’illustre aux côtés des Malgaches dans leur combat pour la liberté, mais tombe sous les coups d’une expédition française en 1786.
On peut feuilleter le livre ici.

Josyane Lemercier Belliard est née à Toliara en 1951 et a vécu à Antananarivo jusqu'en 1975. Pharmacienne et scénariste, elle publie Madagascar. Le sang d'une colonie (1890-1948).
En mai 1958, Siarana, jeune métisse malgache de 15 ans, défile dans les rues de Paris pour réclamer la libération des prisonniers politiques dont trois députés malgaches incarcérés en France. Au retour de la manifestation, elle supplie Marc, son père, de lui parler de sa mère Cimandefa tuée accidentellement lors des événements insurrectionnels de 1947. Marc raconte.
Lors de ce récit passionnant, l'Histoire prend corps à travers la vie d'un couple mixte: Marc, jeune Français, photographe et correspondant d'un journal de l'île de la Réunion et Cimandefa, jeune femme malgache, étudiante en médecine. En même temps que leur histoire d'amour, nous découvrons l'histoire de la conquête et de la colonisation et plus particulièrement la réalité de la vie à Madagascar de 1939 à 1947.

Gaston Moussion est né en 1930. Ce Vendéen de formation agricole obtient un doctorat en Sciences biologiques. Il participe à plusieurs programmes de développement au Cameroun et Madagascar. En métropole, il devient fonctionnaire au Ministère de l’Agriculture, Service de la Protection des Végétaux et consultant phytosanitaire en environnement. Titulaire du Mérite agricole, il est actuellement à la retraite. Il a écrit, sous le nom de Gaston Chevallier, A Madagascar, quand la terre meurtrie devient généreuse.
Une trop courte période à Madagascar consacrée à l’amélioration de la production agricole dans un contexte humain aux coutumes ancestrales fortement enracinées. L’activité consistait à conserver un contact quasi-permanent avec le paysan malgache, lui prouver que l’on pouvait améliorer les cultures traditionnelles par des méthodes modernes dans une terre sensible à l’érosion… Il fallut ménager toutes les susceptibilités avec le souci de comprendre l’esprit malgache afin de lui transmettre le message du progrès. N’est-ce pas lui offrir la ligne lui permettant de pêcher toute la vie pour le nourrir, lui et sa famille? Croire à ce principe chinois, la misère actuelle aurait été plus facile à supporter.

Dans un autre registre, Véronique Pasquier a dirigé la rédaction d'un guide pratique destiné aux investisseurs, Madagascar. L'essentiel d'un marché.
Malgré les crises qui périodiquement secouent le pays, Madagascar constitue un centre d'intérêt pour beaucoup d'entreprises et de très nombreux Français. C'est d'abord un pays agricole, avec un paysannat qui lentement fait évoluer ses méthodes tout en restant dans la tradition. Les richesses du sol et du sous-sol sont avérées, de grands projets suscitent de nombreux contrats de sous-traitance. Une industrie de main d'œuvre spécialisée arrive à se constituer dans les secteurs de la mode et des technologies de l'information et de la communication. Les relations avec les autres entités de l'Océan Indien se développent; la région a le français en partage, et même si les différences d'une île à l'autre sont importantes, de nombreuses entreprises de services pourront vous assister (avec des succursales ou des correspondants sur les marchés principaux). Malgré les incertitudes de l'heure, il faut venir, trouver les opportunités, profiter des nombreux réseaux de contacts existant. Cet ouvrage décrit l'environnement. secteur par secteur, donne de nombreuses adresses, essaie de faire partager une expérience de terrain, pour se préparer aujourd'hui et identifier déjà les bons interlocuteurs lorsque cette crise politique se terminera.

Enfin, il faut signaler la réédition du plus culturel des guides de Madagascar, dont je me souviens qu'Antoine Gallimard l'avait lui-même présenté à Antananarivo en 1999 lors de sa sortie.
Des clefs pour comprendre
... un peuple dont la relation au monde et la vie quotidienne sont régies par le respect des ancêtres, liens entre Dieu et les vivants et garants de l'ordre et du bonheur terrestres ; une civilisation bâtie sur la riziculture et l'élevage bovin, qui perpétue de riches traditions artisanales...
Des itinéraires à parcourir
Découvrir Madagascar en 5 circuits de visite ; apprécier la diversité de la faune et de la flore en se promenant dans les parcs naturels...
Les informations pratiques
De A à Z, tous les renseignements utiles pour préparer et réussir son voyage ; une sélection d'hôtels et de restaurants; les adresses et les horaires d'ouverture des lieux à visiter.

13 mars 2009

Le temps des touristes, c'est pour quand ?

Il faut du temps pour préparer un livre. Même la réédition d'un livre. Mars, c'est en principe (ce serait en principe, si ce qui arrive à Madagascar n'était pas en train d'arriver), le bon moment pour lancer les versions mises à jour des guides destinés à accompagner les touristes dans leur découverte de la Grande Ile.

Certains éditeurs spécialisés dans le tourisme s'y prennent même avant d'autres, et je crois avoir déjà signalé, il y a quelque temps, la nouvelle version du Guide du routard Madagascar, disponible depuis janvier et réalisée sous la houlette de Philippe Gloaguen, comme tous les ouvrages de la collection.
Une valeur sûre, en tout cas, même si l'on peut reprocher aux auteurs de suivre une ligne un peu trop stricte qui les amène notamment à exagérer les conseils de prudence, comme si Madagascar était, une sorte de jungle de laquelle il convient de se méfier.
J'ai parfois entendu des restaurateurs ou des hôteliers, ici ou là, se plaindre de la légèreté avec laquelle les enquêteurs venaient vérifier les données de l'année précédente. Je ne donne pas nécessairement tort aux restaurateurs ou aux hôteliers. Mais je comprends que le passage annuel, destiné à infléchir légèrement les avis et à vérifier les prix, généralement en hausse, se fasse un peu plus rapidement que la première visite. Du moins les rédacteurs du Guide du routard prennent-ils la peine de revenir sur les lieux où ils sont déjà allés, et on ne peut pas en dire autant de tous les guides.

Dans la même maison, mais dans un esprit différent, voici aussi, à paraître à la fin du mois prochain, un Guide évasion dans lequel la priorité n'est pas d'indiquer les bonnes adresses et de fixer les budgets repas.
Je ne peux mieux faire que de vous indiquer les grandes lignes sur lesquelles ce livre est construit:
Nos auteurs vous emmènent à Madagascar :
- un avant-goût pour construire votre voyage : les sites essentiels (les îles de Saintes-Marie et Nosy Be, le parc de l’Isalo, l’allée des baobas, les tsingy…), des visites thématiques (les paysages spectaculaires, les marchés et l’artisanat…), et des programmes selon la durée de votre séjour.
- des articles pour sentir l’« île rouge » aujourd’hui : les merveilles naturelles, l’identité malgache...
- des itinéraires pour visiter ce qui compte : Tananarive, les Hautes Terres, le Grand Sud, les côtes Ouest et Est, le nord du pays…
- des conseils pour découvrir les parcs naturels, des adresses de charme…
- des repères pour comprendre l’histoire du pays, une bibliographie détaillée.
- 25 itinéraires, plus de 350 adresses.
Enfin, et à paraître dans quelques jours, un nouvel ouvrage de Didier Mauro, Madagascar, sur lequel je reconnais avoir peu de détails, sinon ces quelques lignes qui semblent concerner toute une collection:
Un guide pour apprendre à mieux connaître une autre culture et adopter des règles de vie spécifiques au pays visité.
J'y reviendrai si l'occasion se présente.

18 janvier 2009

En librairie : un guide, un roman, un essai

La saison touristique se prépare, les guides publient leurs mises à jour - je suppose que d'autres suivront dans les semaines qui viennent. Le millésime 2009 de l'incontournable (comme on dit) Guide du Routard Madagascar vient donc d'arriver en librairie. Je ne sais trop ce qui y a été modifié, il faudrait se livrer à une comparaison approfondie avec la version précédente. La présentation du livre, sur le site marchand auquel renvoie le Guide du routard, est en tout cas assez classique:
Madagascar est une île à part ! La cinquième plus grande île du monde, l'île-continent, l'île Rouge... toutes ces images cachent en fait le sanctuaire d'une nature unique au monde, une mosaïque de peuples issus de migrations proches et lointaines.
À « Mada », la variété des paysages, des hommes et de leurs origines donnent le ton. À l'intérieur du pays, les fleuves charrient la latérite rouge comme de gigantesques veines, tandis que les collines et les maisons traditionnelles de pisé font tout le charme rafraîchissant des Hautes Terres. Sur la côte est, la pluie, les vents et le souvenir lointain des pirates européens confèrent à cette verte nature une histoire à la Joseph Conrad. Plus au sud, sous un soleil de plomb, les hommes et leurs zébus peinent à subsister dans des paysages qui virent au bush épineux semi-désertique. Dans l'Ouest lointain, Majunga affiche clairement son influence musulmane, tandis que la savane piquetée de baobabs rappelle l'Afrique. Et puis, à la pointe nord, Diégo-Suarez conserve les traces du dernier avant-poste de la colonisation française.

Maryvette Balcou publie de son côté un premier roman au titre curieux: Le raccommodeur de poussières (Editions La Cheminante). Voici ce qu'en dit Sylvie Darreau, de la maison d'édition, pour donner envie de le lire:
A travers tous les médias, notre société occidentale expose la mort sous toutes ses coutures, comme un épouvantail, pour inciter la volée de moineaux que nous sommes devenus à picorer de plus en plus au jardin d’Eden de la Consommation. Dans son roman, Maryvette Balcou ose faire parler la mort pour rendre à la vie sa vibration originelle, avec son florilège de sensations, sentiments et significations les plus authentiques. D’une île à l’autre, l’énigmatique raccommodeur de poussières entreprend un voyage de reconquête d’un sens à donner à sa vie.
De sa Sicile natale où la mort lui parle de son passé, au présent de sa villégiature à Madagascar, Azzo remet sa vie en jeu en pénétrant au cœur d’événements naturels et sentiments humains les plus forts. Arrivée abrupte dans la capitale, traversée des paysages magnifiques, découverte de la pauvreté et de la détresse ambiantes, rencontre avec des hommes et des femmes simples, confrontation avec la maladie, adoption, cyclone, histoires d’amour sont autant d’étapes à franchir avant de revenir à l’essentiel : faire le deuil du passé pour pouvoir de nouveau tisser l’avenir.
Le style naturel et extrêmement riche de l’écriture, ainsi que le choix des mots les plus justes, décrivent les lieux, les atmosphères, les relations humaines que tous les amoureux de la Grande Ile reconnaîtront et que les néophytes désireront découvrir.
L’écho entre la Sicile et Madagascar se change en un dialogue de la mort avec la vie qui donne tout son sens à cette dernière, avec pour finir un retour aux traditions ancestrales des hommes qui permet un deuil salvateur, contre tous les écueils de la mélancolie. Dialogue entre deux îles, si proches et en même temps si éloignées, où il est aussi question de l’appartenance à une terre et à sa langue…
Un roman initiatique qui laisse une marque indélébile dans la mémoire du cœur et de l’âme.

Pour en terminer aujourd'hui, je signale aussi la publication, aux Editions Karthala, d'un ouvrage dirigé par Giulio Cipollone, Christianisme et droits de l'homme à Madagascar.
L'affirmation des droits de l'homme est souvent perçue dans les sociétés traditionnelles comme une victoire de la modernité sur l'oppression du groupe. Mais il est rare qu'on en recherche l'origine dans l'impact provoqué par le christianisme. C'est à quoi pourtant se consacre cet ouvrage. Partant de l'histoire particulière de la région Alaotra-Mangoro, les auteurs étendent leurs investigations à l'ensemble de Madagascar, en montrant comment la religion chrétienne a modifié la compréhension et la pratique des droits humains, jusqu'à devenir un élément constitutif de l'identité nationale.
Les différentes contributions ont été rédigées par des catholiques et de protestants, des laïcs et des clercs, tous malgaches.
Elaboré dans le contexte de la célébration du premier baptême, le 21 juin 1907, sur le territoire du futur diocèse d'Ambatondrazaka, ce livre voudrait être le pionnier d'une plus large exploration du thème Christianisme et droits de l'homme - que ce soit à Madagascar, en Afrique ou ailleurs.
L'enjeu, qui touche au dialogue des cultures, est décisif en ces temps de mondialisation triomphante. Parce que l'universalité abstraite des droits de l'homme est remise en cause au nom de l'irréductible singularité de chaque peuple. Et parce que le christianisme est suspecté de ne s'intéresser qu'au spirituel, au détriment de l'homme concret, inséré dans sa société particulière. A ce double défi, ce livre apporte quelques éléments de réponse.