16 mai 2018

Il y a 100 ans : Notre ville


Depuis quelques mois, une commission municipale s’occupe de faire disparaître les excroissances laides ou malsaines qui avaient poussé comme une végétation morbide sur Tamatave.
Nous souhaitons qu’elle réussisse et surtout qu’elle persiste sous l’impulsion active du chef de la province qu’assiste un sage conseil.
Mais le point de départ de cette conception n’est-il point erroné ? Abattre quelques masures, repousser l’invasion de Tanambao, racler les cours sales, quoi encore ?
Tout cela n’est que d’un jour. La saleté reviendra, l’indigène insouciant est tenace à la façon des parasites et des mollusques, la masure est la sanction des villes construites sans plan général, au jour le jour, dans la hâte fiévreuse de l’improvisation.
Nous avons une seule rue et des ruelles vite passées à l’état de simples venelles. La municipalité épuise chaque année ses ressources à relever les caillasses mal accrochées à ce sable mouvant ; il serait une meilleure affaire d’employer une fois pour toutes des crédits suffisants à la constitution de solides chaussées profondément empierrées, donnant ainsi un fond inébranlable, retenant mieux la macadamisation de surface.
Il en est de même des bâtisses.
Nous sommes embaraqués, nous ne sommes pas logés.
En dehors du danger si souvent renouvelé des cyclones, tout cela ne tient pas, tout cela est vieillot, vétuste ; nous y traînons une existence recroquevillée, grillés ou humidifiés alternativement, en contact avec la tellurie malsaine et il nous faut ajouter à notre nourriture quotidienne toute une variété de produits médicamenteux !
Or, la terre ferme n’est pas loin ; un service public de decauvilles nous apporterait à bon compte de bonnes pierres de fondation ; le gouvernement général, par une réduction spéciale des tarifs des transports, devrait faire arriver en abondance à la côte briques et tuiles de l’Émyrne ; nos forêts de l’Est  sont remplies d’excellents bois pour des pièces de charpente de tout repos et même des bardeaux qui sont tout indiqués pour les toitures dans cette région très pluvieuse.
Tout cela est faisable. Le fera-t-on ? Oui, si nous organisons une action municipale permanente, exclusive de toutes préoccupations de personnes et de circonstances particulières.
Tanio.
Le Tamatave


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