19 octobre 2017

Il y a 100 ans : Comice agricole (3)

(Suite.)
Après avoir pris connaissance des documents établissant, d’une façon péremptoire, les faits énoncés ci-dessus, le Comice agricole de Tamatave, à l’unanimité, a joint sa protestation indignée à celle des colons et des corps constitués de Mananjary, regrettant que des sanctions plus efficaces et plus sévères ne fussent pas appliquées aux auteurs de ces abus.
Car en somme, quel que soit le dommage qu’en éprouvent les colons et la colonie, les auteurs de ces abus, tenus pour irresponsables, jouissent de l’immunité la plus absolue.
De plus, dans la circonstance, pour que les colons voisins se soient émus, pour que les corps constitués se soient indignés et protestent, il a fallu que la victime des abus dénoncés fût une riche et puissante compagnie telle que la Lyonnaise.
Car ils sont légion, les modestes et malheureux colons victimes d’abus de toute nature, pour qui les voisins n’osent prendre parti, dans la crainte de se voir eux-mêmes englobés dans l’animosité des auteurs de ces abus.
Et quelles sanctions ont jamais été prises contre ces derniers, bien que leurs exploits (?…) puissent remplir des volumes ?
Pour ne citer qu’un exemple pris dans la Province même de Tamatave, l’administrateur Lagriffoul, ayant ruiné un colon, s’est vu condamné – par les tribunaux civils – à dix mille francs de dommages-intérêts. Quelle sanction a été prise contre lui par l’administration ?… On le donnerait en mille qu’on ne devinerait pas.
La colonie a payé les 10 000 francs et Lagriffoul a été gratifié de la croix de la Légion d’Honneur, et d’un poste d’avancement dans une colonie d’Afrique. Après cela, il n’y a plus qu’à tirer le rideau ! Et ainsi de même pour les autres.
L’occasion se présentera, sans doute plus tard, de relater d’autres abus, dont le récit ne peut trouver place dans ce compte rendu déjà trop long.
La discussion sur les incidents de Mananjary a amené sur le tapis la question de la main-d’œuvre, et autres questions qui s’y rapportent.
(À suivre.)

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 67 titres parus à ce jour.

18 octobre 2017

Il y a 100 ans : Comice agricole (2)

(Suite.)
Même les 250 femmes employées à la cueillette du café ont refusé de travailler, craignant tous de voir d’un moment à l’autre se renouveler de pareils faits. D’où il résulte un dommage considérable pour la Cie Lyonnaise.
Il convient d’ajouter qu’en envoyant des miliciens perquisitionner sur le domaine de cette Compagnie, l’administrateur Talvas est sorti de ses attributions, car ce domaine faisait partie d’un district ayant à sa tête un Administrateur chargé, lui, de la perception des impôts dans son district.
Les colons voisins, de même que la Chambre consultative et le Comice agricole de la Province, alarmés par de pareils agissements, ont protesté en termes très modérés auprès de l’administration supérieure, et demandé qu’une sanction prompte et efficace intervînt, non seulement pour que de pareils faits ne se renouvelassent pas, mais aussi pour rassurer les populations ouvrières qui, deux mois après, étaient encore sous l’impression de la panique de la première heure. Ils ont demandé que, d’abord, fussent éloignés de la Province les auteurs de ces faits. D’autant plus que, quelques jours avant l’attentat du 26 mai, l’administrateur Talvas avait tenu un « Kabary » aux indigènes voisins du domaine de la Cie Lyonnaise leur disant qu’il ne comprenait pas comment ils pouvaient aller travailler pour le compte de cette compagnie.
Tardivement, le caporal qui avait dirigé les perquisitions s’est vu infliger un mois de prison – qu’il n’a point fait. C’est un ancien ouvrier de la Compagnie, renvoyé pour indélicatesse.
L’administrateur Talvas, lui, l’auteur principal, pour toute sanction, a été envoyé, sur sa demande, à Nosy-Bé, comme Administrateur-Maire, en remplacement de l’administrateur Sylvie, un autre phénomène.
Quels crimes ont donc commis les Nosy-Béens pour qu’ils soient successivement gratifiés de pareils administrateurs ?
Sur sa demande !… quel délicieux euphémisme, et comme on sent là les trésors d’indulgence que réserve l’administration aux enfants terribles – j’allais dire tarés – qu’elle abrite dans son sein !…
 (À suivre.)

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 67 titres parus à ce jour.

17 octobre 2017

Le livre sur la peste à Madagascar (1898-1931) est arrivé


Sa mission à Madagascar est davantage politique que scientifique et Yersin n’est pas dupe. C’est la grande histoire de la colonisation. C’est l’image de la France qu’on l’envoie répandre, comme on enverra Lyautey la répandre au Maroc. Dans les gardes à vue au commissariat, se succèdent le dur et le gentil. Si la présence de Yersin ne suffit pas à convaincre les Malgaches on enverra Gallieni.
Et comme le Malgache fait sa mauvaise tête on envoie Gallieni.
Patrick Deville, Peste & choléra.
 
« Rien de plus désolant que l’histoire de la peste à Madagascar ! » L’expression ouvre un article de L’Aurore malgache en… 1931. Son auteur néglige pourtant de faire remonter la présence de la maladie à ses débuts, en 1898, et se limite à commenter dix années pendant lesquelles l’administration coloniale n’a pas réussi à éradiquer le mal.
On lit ce dossier en 2017, à un moment où la peste frappe une nouvelle fois Madagascar et où des communiqués quotidiens font le compte des décès, des cas avérés ou douteux, des guérisons. Venue du fond des temps (une manière bien peu scientifique de s’exprimer, certes), la peste est aujourd’hui encore une grande peur de l’humanité. Alexandre Yersin avait isolé le bacille de la peste en 1894, prolongeant immédiatement ses recherches par la mise au point d’un vaccin et d’un sérum. L’année suivante, il est envoyé à Madagascar pour y étudier des cas de fièvre bilieuse. Il ne croisera pas la peste sur la Grande Île, le bacille qui portera son nom attend qu’il n’y soit plus pour débarquer…
La chronologie est implacable.
Pendant trois années consécutives, la peste s’installe à Toamasina, ou Tamatave comme se nommait la ville côtière et portuaire pendant la colonisation : 206 décès en 1898, une quarantaine l’année suivante, huit seulement en 1900. La ville s’assainit, on brûle les maisons contaminées, il est possible d’espérer la fin de l’épidémie. Mais, surveillée à l’est, elle surgit à l’ouest en 1902 : 141 morts à Mahajanga (Majunga). Le Supplément commercial (Tamatave et Côte Est) du Journal officiel de Madagascar et dépendances et La Revue de Madagascar nous racontent les premiers épisodes, le Docteur Fontoynont, qui avait lui-même séjourné au lazaret d’Ivondro en 1899, donne un aperçu général des quatre contaminations presque consécutives.
En 1907, un hebdomadaire de Mahajanga, L’Action à Madagascar, est en première ligne pour décrire la nouvelle épidémie qui frappe la ville. Ses lecteurs ne doivent d’abord pas s’inquiéter outre mesure : « La population européenne et bourbonnaise n’a pas été atteinte jusqu’à ce jour : le fléau choisit ses victimes dans les quartiers où la malpropreté règne en souveraine maîtresse. » Mais les répits sont brefs et les craintes seront longues.
La prudence s’installe ensuite, la présence de la peste à Maurice crée une proximité désagréable qui annonce peut-être le pire. Mais, bon, le pire viendra de la grippe espagnole en 1919, c’est une tout autre histoire.
L’histoire de la peste recommence à Toamasina en 1921. L’épidémie est bubonique. Quand elle atteindra Antananarivo (Tananarive), elle se transformera en peste pulmonaire. Le journal Le Tamatave relate les événements, les Docteurs Goyon et Gouzien les analyseront avec le recul scientifique dans le Bulletin de la Société de Pathologie exotique.
En 1930, lors d’une nouvelle poussée de la maladie, un nouveau titre de presse est né, d’où venait la première phrase de cette présentation. Il s’appelle donc L’Aurore malgache, il est farouchement anticolonialiste et met en évidence les différences de traitement subies par les Malgaches non naturalisés français : elles s’apparentent à des brimades, les exemples abondent.
Ce dossier, qu’il fallait bien clore, ne nous conduira pas au-delà de 1931 avec, en guise de conclusion, des communications faites à la deuxième Conférence internationale et congrès colonial du rat et de la peste. L’histoire ne s’arrête pas pour autant, on le sait.
L’affaire est sérieuse, toutes les sources l’attestent. Le passé fournit-il des leçons pour notre temps ? Ce n’est pas certain : la science a évolué, heureusement. Mais la mémoire de la peste est inscrite aussi profondément dans les esprits que le « fléau » lui-même dans les organismes. En voici quelques témoignages.
2,99 € ou 9.000 ariary

16 octobre 2017

J-1 : La peste à Madagascar. 1898-1931

C'est demain que sort cet ouvrage numérique, et que je vous en donnerai la présentation complète ici. La fiche du livre est désormais sur le site de la Bibliothèque malgache.


La liste des libraires qui prennent les précommandes s'est un peu allongée (et il y en a probablement d'autres):
L'extrait du jour, publié par le quotidien Les Nouvelles, se trouve ici: La peste à Madagascar (1900). (D'autres sur cette page.)

Il y a 100 ans : Comice agricole (1)

Samedi dernier, 18 courant, le Comice agricole de Tamatave a tenu séance pour discuter diverses questions importantes qui lui avaient été soumises.
En premier lieu, il a été appelé à donner son avis sur les incidents si profondément regrettables qui se sont déroulés sur les chantiers de la Cie Lyonnaise à Mananjary, et que tous ici connaissent, mais que nos lecteurs d’Europe auront bien de la peine à croire véridiques.
Dans la nuit du 26 au 27 mai dernier, des miliciens en armes, sous les ordres d’un caporal, ont fait irruption dans les habitations des indigènes travaillant sur les plantations de cette Cie, et ont forcé ces derniers à sortir d’une façon si brutale qu’un enfant en bas âge a été écrasé et est mort. Cette opération a duré toute la nuit et ne s’est terminée qu’à l’heure où les ouvriers commençaient à se rendre au travail.
Le prétexte de cette inqualifiable agression a été de rechercher des « sans carte », c’est-à-dire des ouvriers en retard dans le paiement de leur impôt de capitation.
Or, sur 553 ouvriers, il n’en a été trouvé que 11 réellement en retard, arrivés depuis peu sur les chantiers pour y gagner l’argent nécessaire à payer leur impôt. Les autres étaient en règle avec le fisc, et beaucoup étaient même en avance dans le paiement de leur capitation.
Le motif réel n’a été autre que l’animosité que professait l’Administrateur Talvas, chef de la Province, contre M. Hardelet, directeur des plantations de la Cie Lyonnaise à Ampangarinamaro, où les faits se sont produits.
La cause première de cette animosité ?…
L’enquête officielle à laquelle il a été procédé par M. Vally, administrateur en chef, assisté d’un colon, M. Paris, n’a pu arriver à l’établir. Il semble que la tête de M. Hardelet ne plaisait pas à l’administrateur Talvas, et c’est tout, car à l’origine ils étaient en excellents termes.
Les suites de cette odieuse agression se sont immédiatement fait sentir. Les 553 ouvriers pris de panique se sont enfuis immédiatement dans la brousse ou pays voisins, et seulement 127 ont accepté de reprendre le travail ; les autres, à aucun prix, n’ont voulu y consentir.
(À suivre.)

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 66 titres parus à ce jour.

15 octobre 2017

J-2 : La peste à Madagascar. 1898-1931


Certains libraires l'annoncent déjà, disponible en précommande deux jours avant la date de mise en vente:


En revanche, je n'ai pas encore mis à jour le site de la Bibliothèque malgache, où la fiche de l'ouvrage sera bientôt en ligne (à J-1, je suppose)...

14 octobre 2017

Il y a 100 ans : L’industrie du graphite à Madagascar

D’après les conclusions de M. Bourdariat, présidant une séance de la Chambre des mines de la Grande Île, la production du graphite a suivi une marche ascendante malgré les difficultés dues aux circonstances actuelles : pénurie de main-d’œuvre que le recrutement intensif des indigènes a encore augmenté, nombreux vides laissés par la mobilisation dans le personnel des exploitations minières, manque de bateaux pour l’exportation des produits.
Les difficultés de transport coïncidant avec l’intensification générale des exploitations, provoquée par un pressant appel du gouvernement, pouvaient faire craindre, soit un accroissement dangereux des stocks existants déjà considérables, soit des arrivages très importants et saccadés sur les marchés de la métropole, d’où méventes. Grâce aux démarches pressantes et répétées de la Chambre des mines auprès des pouvoirs publics et du ministère des Colonies, cette crise a pu être écartée et la réduction du nombre des navires desservant Madagascar annoncée par le ministère des Colonies n’a pas atteint la proportion d’abord indiquée.
La Chambre des mines a pu également obtenir l’abrogation de l’interdiction d’exporter le graphite en Amérique. Aussi, l’exportation directe de cette substance minérale sur les États-Unis a-t-elle pu être reprise depuis septembre dernier, ce qui a eu pour résultat de régulariser les cours.
Le Courrier colonial

Les Dames de France à Tamatave

On nous écrit :
L’autre mardi, je me trouvais à la gare, au train du soir, au moment où se sont embarqués pour Tananarive des militaires venant du front.
« De fortes têtes ! » me dit à l’oreille un voisin se disant bien renseigné. Possible, mais français avant tout, ayant fait leur devoir sur le front, comme le témoignaient les nombreuses brisques et crois de guerre épinglées sur leurs vêtements. Et comme pour corroborer mon opinion, au moment où le train s’ébranlait, ils se mirent à crier : Vive la France !
Eh bien ! vous ne me croirez pas ; mais à ces soldats français, dont beaucoup paraissaient dans le plus grand dénuement, il n’a pas été offert le moindre subside, pas même une cigarette !…
Que font donc les Dames de France de Tamatave ? ou bien n’existent-elles plus par suite de la sacrée union qui règne par chez nous ?

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 66 titres parus à ce jour.

13 octobre 2017

Il y a 100 ans : Madagascar demande un service vétérinaire

On nous écrit de Tananarive :
Parmi les journaux de France, nous avons reçu un N° de la Presse coloniale du 25 avril dernier, contenant un article – d’ailleurs fort bien fait – signé de M. Carougeau, chef du service vétérinaire à Madagascar.
Nous ne vous cacherons pas que cette signature nous a fait plaisir. Nous nous sommes dit que puisqu’il y avait un chef de service vétérinaire, c’est que ce service existait. Ce qui nous a moins satisfait, c’est que la Presse coloniale a omis de nous dire où se trouvaient les bureaux dudit service. À Madagascar, on nous tient dans l’ignorance la plus complète sur ces organes si indispensables cependant à la vie de la Grande Île, et nous avons grand peur que, puisque l’article a été écrit à Paris, le service ne s’y trouve aussi.
Quand nous disons article, nous nous trompons ; c’est plutôt un exposé, un rappel du projet élaboré en 1910 dont nous n’avons plus entendu parler depuis.
Cependant, Madagascar produit et exporte aujourd’hui des chevaux que les Anglais savent apprécier, puisqu’ils nous les achètent. Nous n’en demandons pas tant à la France. Qu’elle nous dote seulement d’un service vétérinaire qui se manifeste à nous autrement que par un article dans un journal métropolitain.
Est-ce trop demander ?

La Banque d’émission de Madagascar

La Chambre consultative et le Comice agricole de Tuléar, réunis en assemblée commune pour discuter la question de la création d’une banque d’émission à Madagascar, ont déterminé les conditions que devrait remplir le nouvel établissement.
L’utilité à Madagascar d’une banque d’émission et les avantages qu’elle pourrait offrir ne peuvent être envisagés et discutés que si ladite banque accepte de rembourser au pair à Paris ses billets émis dans la colonie.

Peut-on dire ?

Peut-on dire que le poste de T. S. F. qui fonctionne au-dessus du palais de Manjakamiadana à Tananarive, et qui rend d’ailleurs des services, n’est qu’un poste intermédiaire, puisqu’il était primitivement destiné à Morondava ?
Peut-on dire que le poste à rayonnement étendu (de 12 à 15 kilow.) qui était promis à Tananarive fut retenu, en France même ?
Après tout, Madagascar n’a peut-être pas besoin de communiquer avec l’extérieur !

Le Courrier colonial

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 66 titres parus à ce jour.

12 octobre 2017

Il y a 100 ans : Pourquoi pas ?…

En présence du manque de bras qui sévit de plus en plus dans la Grande Île, notre confrère, la Tribune de Madagascar, émet une idée qu’il serait fâcheux de rejeter sans l’examiner attentivement… et la réaliser.
Notre confrère demande qu’en cette époque de restrictions et de privations, tous les citoyens aillent à pied à leurs affaires ou à leurs amusements et délaissent jusqu’à nouvel ordre tout mode de transport, sauf bien entendu les gens impotents ou réellement fatigués. Notre confrère a supputé que cette restriction rendrait disponible, rien qu’à Tananarive, un contingent de 1 500 à 2 000 bourjanes, tireurs de pousse-pousse ou porteurs de filanzana, tant officiels que privés, que l’Administration pourrait récupérer aussitôt pour les besoins de cette surproduction si indispensable à la Métropole et que M. Maginot réclamait dernièrement à la Conférence coloniale.
Un autre contingent pourrait être levé rien qu’en réquisitionnant les innombrables lazzaroni qui encombrent les trottoirs de la ville et dont la plus dure occupation est de s’allonger par terre, au soleil, pour chercher leurs « totos ».
Toutefois, après avoir émis cette idée, notre confrère ajouter qu’il faudrait apporter dans cette mesure la « manière », afin de ne pas passer d’un extrême à l’autre et de ne pas abrutir l’indigène par une trop grande sévérité après l’avoir laissé complètement croupir si longtemps dans sa paresse.

Curieuse opinion malgache

Notre confrère, le Bulletin de Renseignements coloniaux, nous fait connaître une curieuse opinion malgache.
Madagascar est fière des grands Français qu’elle a connus et qui se sont distingués dans la grande guerre. Les anciens Malgaches s’expriment ainsi dans leur langage imagé :
« Le Maréchal Joffre a pilé le riz, le général Gallieni l’a bien cuit ; les deux généraux Roques et Lyautey se sont distingués entre tous les autres généraux. Tous ont contribué à rendre les forces françaises irrésistibles sur terre et invincibles sur mer. »

Le Courrier colonial

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 66 titres parus à ce jour.

11 octobre 2017

Il y a 100 ans : Les colons malgaches se plaignent des Betsimisaraka

En dépit de ses grandes qualités d’administrateur, M. Garbit n’a pas encore obtenu de la Grande Île tout le rendement attendu ; il y a encore beaucoup à faire, et les colons espèrent que M. Merlin saura parfaire l’œuvre que M. Garbit laisse inachevée.
Le premier desideratum des Français de la Grande Île concerne la main-d’œuvre qui n’a pas « rendu » comme elle l’aurait pu et surtout comme elle l’aurait dû. On s’est beaucoup plaint de la paresse native des populations de l’Imerina et l’on a eu raison ; mais sur la Côte Est, il existe une région très fertile, où vit une population encore plus indolente et dont le farniente n’a guère paru, jusqu’à présent, inquiéter l’administration, malgré la crise toujours croissante de la main-d’œuvre. Cette portion de la colonie est la plus riche, la plus susceptible de rendement et c’est elle qui a répondu le moins aux espérances par le fait de la paresse des Betsimisaraka qui l’habitent.
Ils croupissent dans l’indolence la plus insigne, avec d’autant plus de sécurité que l’administration ne les a jamais réprimandés, aussi le découragement des colons sévit là plus que tout ailleurs ; des concessions qui paraissent magnifiques dans un avenir prochain ont dû être abandonnées, les travaux de la première heure, les dépenses qu’ils ont entraînées, les espérances qu’ils avaient fait naître, tout a été perdu. Les Betsimisaraka n’ont pas évolué malgré la conquête ; ils sont restés ce qu’ils étaient : fourbes, voleurs, menteurs et fainéants. Nos colons en ont fait la dure expérience et voilà pourquoi ils espèrent beaucoup en M. Merlin qui va, pensent-ils, rénover l’administration par trop paternelle vis-à-vis de certaines tribus.

M. Garbit

M. Garbit, gouverneur général de Madagascar et ancien lieutenant-colonel d’artillerie, rentré – comme on le sait – en France, rejoint, cette semaine, le front pour y exercer un commandement.

Le Courrier colonial

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 66 titres parus à ce jour.

10 octobre 2017

Il y a 100 ans : Le Général Nicol

Le Général de Division Nicol, qui vient prendre le commandement des troupes, est arrivé dans la nuit de lundi à mardi en rade de Tamatave par le Djemnah. Hier mardi à 8 h., il est descendu à terre, où les troupes de la garnison, environ 2 000 hommes, lui ont rendu les honneurs.
Aussitôt arrivé à l’Hôtel du gouvernement, il a reçu, ainsi que l’exige le Protocole, les corps constitués, le Tribunal, les représentants des puissances étrangères et les chefs de tous les services en résidence à Tamatave. Son affabilité a fait la meilleure impression sur tous ceux qui l’ont approché.

Le départ des courriers pour Madagascar

Les départs probables pour Madagascar, au cours des mois prochains, peuvent être établis approximativement de la manière suivante grâce aux renseignements que l’Union Coloniale Française a pu recueillir :
Juillet. Ville d’Oran, Eftikia Vergotti, Sydney, Caucase.
Août. Ville de Verdun, Ville d’Alger, Calédonien, Ispahan.
Septembre. Ville de Majunga, Ville de Bordeaux, El Kantara, Crimée.
Octobre. Trasos Montes, Ville de Marseille, Melbourne, Océanien.
Novembre. Eugène Grosos, Ville d’Arras, Havraise, Néra.
Décembre. Ville d’Oran, Ville de Verdun, Ville d’Alger, Natal, Sydney.
Toutes ces indications sont sous réserve des réquisitions possibles de l’État.

Le riz

Il y a, paraît-il, dans certaines zones de Madagascar, notamment à Majunga, des stocks de riz qui, amenés dans les régions où cette denrée fait défaut, serviraient à arrêter la crise qui sévit à cette heure. Nous croyons savoir que l’administration prend des mesures à cet effet.

Nouvelles militaires et maritimes

On nous a demandé pourquoi Le Tamatave ne publiait pas le mouvement des troupes ainsi que celui des bateaux sortant des ports de notre colonie qui les emportent vers l’Europe.
Outre que, dans l’intérêt de la défense nationale, cela est défendu, mais ayant dans le temps publié des informations de cette nature empruntées à des confrères de la Colonie, des journaux de la capitale qui ont voulu les reproduire se sont vus censurés et dans l’impossibilité de les publier, bien que les bateaux en faisant l’objet fussent depuis longtemps arrivés à Marseille.

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 66 titres parus à ce jour.

9 octobre 2017

Il y a 100 ans : Les feux de brousse dans la province de Farafangana

Par décision provinciale du 15 juin 1917 du chef de la province de Farafangana, approuvée par le Gouverneur Général, les incendies pour le renouvellement des pâturages sont autorisés de juillet à novembre et ne pourront être allumés à moins de 2 kilomètres des massifs forestiers et des plantations.
Les auteurs de feux de brousse allumés à l’intérieur de ces zones d’interdiction seront passibles des peines prévues par l’article 114 du décret du 28 août 1913, modifié par le décret du 23 septembre 1916, et par l’article 458 du Code pénal, s’il y échet.
En dehors des zones d’interdiction, les feux de brousse ne pourront être allumés que sur autorisation des chefs de district et de leurs délégués. L’autorisation ne sera accordée qu’à 500 mètres au moins des villages, cultures indigènes, travaux d’art, lignes télégraphiques, bouquets d’arbres importants et en général de tous points qu’il importe de protéger dans l’intérêt public.
Les feux dûment autorisés ne pourront être allumés que de jour, par temps calme ; les arbres ou bouquets d’arbres disséminés dans la brousse et en général toutes productions du sol, ainsi que tous ouvrages ou constructions qui devront être protégés devront être isolés de l’incendie par un défrichement circulaire d’une largeur de 30 mètres au minimum.
Toutes mesures nécessaires devront être prises pour empêcher la propagation de l’incendie. Le feu ne pourra être mis qu’après avis aux autorités indigènes locales, chefs de gros village, des quartiers de fokontany.
Les auteurs de feu de brousse allumés sans autorisation, en dehors des zones d’interdiction absolue, et ceux qui, dûment autorisés, ne se seraient pas conformés aux dispositions ci-dessus ou bien auraient par ces feux occasionné des dégâts seront, suivant les cas, passibles des peines et réparations civiles prévues ou visées par les articles 4 et 5, paragraphe 1er, de l’arrêté du 13 février 1907.

Journal officiel de Madagascar et dépendances

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 66 titres parus à ce jour.

7 octobre 2017

La peste à Madagascar

On ne va pas, ici, suivre au jour le jour l'actualité d'une épidémie qui réveille des peurs ancestrales et plonge un pays dans la stupeur. La vocation de la Bibliothèque malgache est plutôt de considérer le présent à la lumière du passé ou, si vous préférez, d'apporter aux lecteurs les expériences du passé afin qu'ils puissent, ou non, en tirer des leçons.
Dans cet esprit, un ouvrage consacré à La peste à Madagascar est en cours de réalisation et sera sous peu disponible à la vente, dans les formats numériques habituels, à un prix modéré malgré le temps et l'énergie qu'il aura mobilisés.


Dès aujourd'hui, et pendant quelques semaines, le quotidien Les Nouvelles en publiera des extraits. Les habitués du journal papier les trouveront à l'emplacement où ils lisaient, depuis quelques années, la chronique Madagascar il y a 100 ans - chronique qui reprendra ensuite ses droits. Les lecteurs sur Internet devraient trouver, chaque jour, un épisode de ce feuilleton tragique dans la page Elucubrations qui regroupe des chroniques issues des publications de NewsMada.

6 octobre 2017

Il y a 100 ans : La main-d’œuvre indigène (4)

(Suite et fin.)
En ce qui touche au conseil d’arbitrage, le colon possède un domicile fixe et des biens au soleil. L’indigène le trouve donc facilement. Mais, si c’est le colon qui veut poursuivre l’indigène, où le trouvera-t-il ? Et si par hasard il arrive à lui mettre la main dessus et à le faire condamner, sur quoi fera-t-il porter la condamnation et prendra-t-il les dommages intérêts qui lui sont dus ?
Le conseil d’arbitrage, sur la côte Est, du moins, n’est plus qu’une institution inique et contraire à toute justice, tant que l’indigène n’aura pas un état civil et un livret qui garantisse son identité.

Nouvelles de Sainte-Marie de Madagascar

27 juillet 1917
Dans la nuit du 21 au 22 juillet, le vapeur Sidon, commandant Lazarani, en levant son ancre pour appareiller, a eu des difficultés de hissage ; c’était une autre ancre accrochée à celle du Sidon qui, par son poids de 4 à 5 tonnes environ, occasionnait une certaine résistance. Mais le courageux personnel du bord fit monter l’ancre et l’attacha à l’avant du navire.
Le dimanche matin (22) à 6 heures, le 2e capitaine se rendit à terre auprès de M. J. Boyer, correspondant des M. M., pour avoir un chaland avec double équipage afin de recevoir ladite ancre et la transporter au barachois d’Ambodifotatra. Malgré le mauvais temps, le correspondant eut vite trouvé des journaliers pour armer le chaland et se rendre au long du Sidon.
À 5 heures de l’après-midi, cette masse de fer était installée dans l’embarcation et conduite au bassin du barachois.
À la connaissance de plusieurs personnes, cette ancre est celle du vapeur Melbourne, commandant Lévêque, tombée à la mer par suite de la rupture de la chaîne en faisant mouillage à 30 mètres de fond le 18 octobre 1914.
Une preuve de propriété pour la compagnie des M. M. : c’est exactement le bout de la chaîne de la longueur d’un demi-maillon resté avec l’ancre ainsi que le bon état qui témoigne du maximum de séjour sous l’eau, soit 3 années.
Un observateur.

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 66 titres parus à ce jour.

5 octobre 2017

Il y a 100 ans : La main-d’œuvre indigène (3)

(Suite.)
Ils sont donc des frères en état de minorité complète, ignorants et incapables de se conduire par eux-mêmes. Il nous incombe dès lors le devoir absolu de les éduquer et de les diriger.
Est-il permis à nos jeunes frères d’échapper aux devoirs que, dans leur propre intérêt, nous avons cru devoir leur imposer ? Personne ne l’admettra.
Même parmi ceux qui travaillent, à de rares exceptions près, le sans façon, on ne peut plus irrespectueux, avec lequel ils traitent leur patron, surtout lorsque celui-ci est un Européen, est à peine croyable. Entre eux, ils ne désignent ce dernier que par un sobriquet qui caractérise le défaut culminant qu’ils ont découvert en lui.
Qu’une observation faite par lui ne leur convienne pas, quelque justifiée qu’elle soit, ils le plantent là, quelque pressé que soit le travail, quelque dommage qui puisse en résulter pour leur patron, sans terminer le mois pour lequel ils se sont engagés, ni même quelquefois la journée commencée.
Bien mieux, si le bruit d’une fête arrive jusqu’à eux, ou si un enterrement passe dans le voisinage, – car un enterrement est pour eux une très grande fête où l’on se soûle et où l’on fait ripaille, – ils n’hésitent pas à planter là leur travail, sans crier gare et sans même avertir leur employeur.
Cela ne les empêche pas de venir aussitôt après réclamer insolemment le montant de ce qui leur est dû.
Et vite de vous exécuter, car sans cela le conseil d’arbitrage vous attend.
Le conseil d’arbitrage !!! Ah ! quel bon boulet nous a légué là le socialiste Augagneur. Ce n’est pas qu’en elle-même cette institution ne soit pas une admirable chose. Dans l’Émyrne et le Betsileo elle donne peut-être de bons résultats. Mais, appliquée dans le reste de la colonie, notamment sur la côte Est, où l’indigène n’a pas de domicile fixe, et change de nom plus souvent que de chemise, cette institution n’est plus qu’un déplorable anachronisme.
À ce sujet, il est à remarquer que l’administration centrale prend souvent des mesures englobant la colonie entière sans tenir compte des milieux, des différences de zones, de la mentalité malgache, et surtout sans consulter les intéressés. C’est une sorte de lit de Procuste, auquel tous doivent s’ajuster.
 (À suivre.)

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 66 titres parus à ce jour.

4 octobre 2017

Il y a 100 ans : La main-d’œuvre indigène (2)

(Suite.)
Tous sans doute n’ont pas des allocations pour entretenir leur paresse, mais les propriétés voisines des « vazaha » sont là, complantées de manioc ou autres denrées, et si quelques pieds, chaque nuit, viennent à manquer à l’orée de la brousse, les sangliers sont là, pour charger avec ce méfait. Ils ont bon dos et ne protesteront pas.
Du reste, ici même, dans le village de Tanambao et jusque dans les rues de Tamatave, ne trouve-t-on pas, à tous les coins de rue, des groupes de Malgaches en pleine force, déambulant, solennellement drapés dans leur lamba de propreté douteuse ?
Si par hasard vous cherchez des ouvriers, ne commettez pas l’imprudence de vous adresser à eux, car vous seriez singulièrement reçu. Et cependant ils sont sans domicile fixe, et surtout sans occupation d’aucune sorte, mais ils ont payé « la carte », ils sont donc en règle avec l’administration, bien qu’ils soient loin de l’être envers la société pour laquelle ils constituent une charge et même un danger, car c’est aux dépens d’elle qu’ils vivent.
Sous les anciens rois de l’Émyrne, les indigènes étaient astreints au travail ; aussi l’abondance régnait parmi eux. Mais M. Augagneur est venu, et malgré sa prudence et sa grande intelligence, croyant sans doute s’adresser à ses électeurs de la Croix-Rousse, il lui est échappé de formuler ce principe néfaste : Le Malgache est libre de ne pas travailler !
Cette formule a produit les résultats les plus déplorables et nous allons indiquer quels remèdes pourraient être apportés à ce mal.
Profitant de ce droit à la paresse qui lui a été reconnu, le Malgache en use et en abuse de la façon la plus déplorable et au grand préjudice de la colonisation.
Ils sont nos frères, ont bêlé quelques humanitaristes inconscients ; et nous ne devons former qu’une même famille. D’accord ; mais dans cette famille nous avons largement acquis le droit d’aînesse par plusieurs siècles de culture et de civilisation. Vouloir du jour au lendemain faire des indigènes, hier encore à l’état sauvage, nos égaux constitue une utopie, dont l’absurdité ne se discute même pas.
(À suivre.)

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 66 titres parus à ce jour.

2 octobre 2017

Il y a 100 ans : La main-d’œuvre indigène (1)

Un ami est venu nous conter ce qui suit avec prière de le porter à la connaissance de M. qui de droit. Nous nous empressons de lui donner satisfaction.
Il y a trois jours, je revenais de la brousse avec mes porteurs et mes bourjanes, lorsque, arrivés près de Tamatave, l’un de ces derniers tombe malade. Ayant remarqué un village tout proche, vers lequel d’ailleurs les sons d’une musique malgache attiraient notre attention, je conçus l’espoir d’y trouver une aide pour finir d’arriver à Tamatave, dont à peine deux kilomètres nous séparaient.
Dans la case où avait lieu le concert, j’ai trouvé une demi-douzaine de jeunes gens de dix-huit à trente ans qui, assis en rond sur des nattes, s’évertuaient à tirer de leurs instruments primitifs des sons plus ou moins harmonieux, destinés à frapper l’ouïe de deux dames qui devaient être les propriétaires de la case. Celles-ci, assez proprement vêtues, écoutaient avec une satisfaction visible le concert qui leur était donné.
Je demande un homme de bonne volonté pour nous aider à gagner Tamatave, l’affaire d’une demi-heure tout au plus, et en payant bien entendu. Un éclat de rire homérique accueillit ma proposition. Eux, travailler !…
Allons donc !… Et le plus dégourdi de la bande, s’exprimant en français assez correct, me fit connaître qu’ils étaient allés à l’école, par suite ils ne pouvaient se commettre à remplir l’office de bourjane, que pour son compte il briguait un emploi de planton, etc., etc.
Piqué au vif, j’ai pris des renseignements.
Ces dames avaient leurs maris ?… au front et à ce titre recevaient une allocation de la colonie, et ces Messieurs venaient les consoler de l’absence du mari, tout en prenant leur part dans l’allocation.
C’est là la moralité malgache la plus pure.
Réfléchissant, je me suis souvenu que tout le long du chemin, nous avions entendu des concerts semblables dans les villages que nous avions traversés. En revanche nulle part nous n’avions trouvé d’indigène travaillant son champ ou préparant son terrain pour une culture quelconque.
(À suivre.)

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 66 titres parus à ce jour.

1 octobre 2017

Il y a 100 ans : Vin d’honneur offert à M. Garbit à l’occasion de son départ de la Grande Île (2)

(Suite et fin.)
Nos meilleurs vœux et nos souhaits vous accompagnent, Monsieur le Gouverneur général, nos pensées vous suivront partout où vous irez et, arrivé là-bas, vous pourrez être fier de vos enfants malgaches ; vous pourrez dire en toute confiance à M. le Président de la République qu’en nous, la France a des enfants qui la chérissent, qui sont toujours prêts à répondre à son appel et qui sont disposés à donner pour elle jusqu’à leur vie.
« Avant de vous serrer la main et de vous dire au revoir, nous vous prions respectueusement de vouloir bien accepter, avec le renouvellement de nos vœux pour votre brûlante collaboration à cette grande lutte, cet humble souvenir (une plaquette en or représentant le drapeau et le canon), marque de l’amour filial de la population malgache de Tamatave reconnaissante de l’œuvre que vous avez accomplie à Madagascar. Ce petit souvenir, Monsieur le Gouverneur général, quand les accalmies du combat vous permettront d’y jeter un regard ou d’y consacrer une pensée, vous rappellera qu’à Madagascar et à Tamatave en particulier, vous avez des administrateurs, qu’à Madagascar, vous avez des Malgaches qui vous aiment et qui s’efforcent sans cesse de suivre vos précieux conseils pour bien mériter le titre aujourd’hui si glorieux d’enfants de la France.
« Enfin, nous levons nos verres, Monsieur le Gouverneur général, en votre honneur, en vous présentant nos souhaits de bonne santé, de bonne traversée, et dans l’attente de votre retour parmi ce peuple qui vous est sincèrement attaché et au milieu de vos œuvres commencées après avoir moissonné votre part de lauriers. Nous buvons aussi au triomphe de la glorieuse France et de ses Alliés, à nos braves et chers soldats de la République. Que votre arrivée en France, Monsieur le Gouverneur général, rapproche le moment si entendu : La victoire finale.
« Vive la France. Vive Monsieur le Gouverneur général. Vive le colonel Garbit. »

Le Courrier colonial

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 66 titres parus à ce jour.

30 septembre 2017

Il y a 100 ans : Vin d’honneur offert à M. Garbit à l’occasion de son départ de la Grande Île (1)

C’est avec un réel plaisir que nous reproduisons la harangue prononcée en l’honneur de M. Garbit par M. David Romananjo, notable indigène de Tamatave, à l’occasion du vin d’honneur qui lui fut offert lors de son départ de la colonie ; elle synthétise magistralement le rôle que M. Garbit a rempli dans son proconsulat et les regrets qu’il laisse parmi les colons.
« Monsieur le Gouverneur général, les fonctionnaires, les notables, les commerçants et toute la population malgache de Tamatave se sont réunis aujourd’hui pour vous exprimer leurs profonds regrets d’être privés de votre bienveillant appui par suite de votre départ imminent, vous qui êtes leur bienfaiteur, leur vrai Ray Aman-Dreny.
« Il nous est impossible d’énumérer aujourd’hui les bienfaits que vous avez prodigués à notre pays malgache, car tout en apportant le concours patriotique le plus large à la mère patrie, hommes, argent et produits nécessaires à la défense nationale, vous avez su améliorer sans cesse le sort de la population indigène et assurer la vie économique de la Grande Île. Vous nous avez toujours donné de bons conseils, vous nous avez toujours guidés dans notre loyalisme indéfectible envers la France, vous nous avez encouragés à la servir avec zèle en nous efforçant d’intensifier la production du sol qui est nécessaire aussi bien à la Métropole qu’à la colonie. Et nous n’oublierons jamais, Monsieur le Gouverneur général, que c’est grâce à vous que nos désirs exprimés dès le début des hostilités sont aujourd’hui réalisés : vous nous avez accordé la faveur glorieuse de nous mettre en ligne auprès des vaillants soldats français pour défendre la France, notre mère patrie.
« Nous sommes profondément attristés de votre départ, Monsieur le Gouverneur général, mais notre consolation est de savoir que vous avez demandé vous-même à participer à cette guerre, guerre après laquelle la France victorieuse se trouvera plus grande et plus sublime encore que ne l’avait faite son grand passé. Nous savons que vous avez insisté pour remplir ce devoir sublime, pour combattre pour le droit et la liberté, côte à côte avec vos illustres collègues et anciens camarades de Madagascar, à la tête de vos jeunes Malgaches qui sont sur le front.
(À suivre.)

Le Courrier colonial

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 66 titres parus à ce jour.