11 décembre 2017

19 - La peste à Madagascar (1921)


Le mal qui répand la terreur

La peste, ou du moins ce qu’il était convenu d’appeler de ce nom, est en décroissance à Tamatave, à en juger d’après les bulletins sanitaires.
Les autorités ont pris avec énergie les mesures qu’on prend en pareille circonstance. Un cordon sanitaire englobant les régions de l’Ivondro et de l’Ivoloina a été établi ; 300 tirailleurs sont venus de Tananarive pour le renforcer. Des avis que tout le monde lisait attentivement ont été affichés en ville pour indiquer les mesures individuelles que chacun devait prendre afin de se protéger. Une inspection minutieuse des habitations sera faite en vue de vérifier s’il n’y existe pas de foyer propre à la multiplication des microbes. Des mesures seront prises en vue d’assurer normalement le ravitaillement de la population. Un lazaret sera établi à Ivondro où se tiendra un docteur et où les gens devant se rendre à Tananarive resteront 5 jours en observation.
Le pot peste est un nom générique désignant différentes maladies de nature essentiellement épidémique. Le mal débute par un malaise général, anéantissement qui force le malade à s’aliter, puis surviennent de la fièvre, des vomissements, de la diarrhée, des hémorragies, parfois des convulsions. Vers la fin de la maladie, si le malade n’a pas succombé auparavant, se montrent des engorgements ganglionnaires ou bubons aux aisselles, au cou, etc. Les taches rouges ou pétéchies annoncent une terminaison funeste. Contre cette maladie, il n’existe guère de remède efficace. On peut toujours prévenir la maladie au moyen d’injections virulentes.
Les individus de race blanche passent pour avoir contre ce fléau une immunité plus grande que les gens de couleur.

Situation sanitaire du 9 au 10 mars à 8 heures du matin.
Cas nouveaux : Européens, créoles, asiatiques, néant ; Indigènes hospitalisés à Tanambao, 3
Décès : Européens, créoles, asiatiques, néant ; Indigènes hospitalisés à Tanambao, 1 ; en dehors de l’hôpital à Antanamakoa, 1

Du 10 mars 8 heures du matin au 11 mars 8 heures du matin.
Cas nouveaux : Européens, assimilés et asiatiques, néant ; Indigènes hôpital indigène, 2
Décès : Européens, assimilés et asiatiques, néant ; Indigènes, hôpital indigène, 2 ; ambulance militaire, 3
Le Tamatave

Samedi 12 mars 1921.

Extrait de La peste à Madagascar 1898-1931, un livre numérique de la Bibliothèque malgache disponible dans toutes librairies proposant un rayon ebooks (2,99 €) et, à Antananarivo, à la Librairie Lecture & Loisirs (9.000 ariary).

8 décembre 2017

18 - La peste à Madagascar (1914-1915)


On a craint la peste à Tamatave

Nos compatriotes de Tamatave ont éprouvé une émotion bien légitime vers la mi-mars.
Le bruit s’était en effet répandu qu’un cas de peste venait d’être constaté dans la boutique d’un Chinois.
Le dernier courrier de Maurice avait amené plusieurs fils du Céleste Empire qui, avec les autres passagers, avaient été envoyés en quarantaine dans l’îlot Prune.
Or, rien de suspect ne s’étant révélé au cours de cette quarantaine, les nouveaux débarqués avaient été autorisés à séjourner dans la ville.
Les deux jours suivants, le Chinois en question vint passer la visite médicale à la mairie, mais le troisième jour on ne le vit pas.
Le médecin se rendit aussitôt à son domicile, et le trouva malade. Un certificat du docteur d’Emmerez, le déclarant atteint d’insolation, ne fut pas jugé suffisant, et le médecin municipal le fit immédiatement enlever de crainte qu’il fût atteint de la peste.
Les porteurs, les garde-malades et tous ceux qui avaient approché le malade furent immédiatement désinfectés, ainsi que la case où il avait séjourné.
Enfin on reconnut, avec un véritable soulagement, que sa maladie n’avait rien de commun avec la peste.
Cet incident a eu, du moins, pour effet de tirer de sa léthargie la commission d’hygiène de Tamatave. Elle va s’occuper de faire disparaître nombre de tanières infectes où vivent entassés d’innombrables Asiatiques, qui causent de légitimes inquiétudes à nos compatriotes.
Le Courrier colonial
Mardi 28 avril 1914.

Marchandises de Maurice

Il a été reçu de Maurice par le Djemnah des grains secs, du poisson salé et des ingrédients.
Est-il prudent d’admettre l’introduction, sans la moindre désinfection, de ces sortes de marchandises qui proviennent de l’Inde et qui ont séjourné à Maurice alors que la peste sévissait dans cette île ?
La Dépêche malgache
Samedi 3 avril 1915.

La peste à l’île Maurice

Le vice-consul de France à Port-Louis fait connaître à Madagascar que, du 26 décembre 1914 au 1er mars 1915, il a été constaté à l’île Maurice vingt cas de peste, dont dix-neuf se sont terminés fatalement.
Le dernier cas de cette maladie a été reconnu le 15 janvier dernier.
Les patentes de santé délivrées par ce poste sont ainsi libellées : « L’état sanitaire du pays est satisfaisant. »
Les Annales coloniales

Samedi 15 mai 1915.

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7 décembre 2017

17 - La peste à Madagascar (1914)


Madagascar et la Réunion menacés de la peste

Les mesures de défense que nos colonies de Madagascar et de la Réunion sont obligées de prendre contre les provenances pesteuses de l’île Maurice deviennent vraiment onéreuses. Récemment encore, quatre personnes venant à la Réunion par un paquebot des Messageries Maritimes, il fallut débarquer à un débarquement en haute rade, conduire les suspects au lazaret, etc. L’île Maurice, grâce à l’insouciance de l’administration britannique, est devenue le rendez-vous de toutes les pestes asiatiques : le déboisement, l’absence de mesures prophylactiques contre les innombrables Hindous, toujours sales, toujours malsains, et toujours plongés dans les cours d’eau réduits, en été, à des filets bourbeux parce qu’aucune ombre ne les protège contre les rayons du soleil, ont fait de cette colonie, considérée autrefois comme un sanatorium, l’un des points les plus dangereux du globe au point de vue sanitaire.
L’administration anglaise, qui depuis la conquête en 1810, a l’idée fixe d’anéantir l’élément français existant dans l’île, et de la transformer en une dépendance de l’Inde, ne fait rien, ou presque rien, pour enrayer le mal.
La peste a éclaté à la Réunion, elle a été jugulée en trente jours. À Madagascar, l’administration n’a pas hésité à faire incendier plusieurs immeubles pour enrayer un commencement de peste importé de l’île Maurice.
Mais la menace reste constante, et nos compatriotes de la Réunion et de Madagascar réclament la suppression du service des Messageries Maritimes entre leurs îles et Maurice. Il faudra bien en venir là si nos amis, les Anglais, continuent à se livrer avec tant de sollicitude à la culture des microbes en vue de l’exportation.
Le Courrier colonial
Mardi 13 janvier 1914.

Nouvelles et informations

Le vice-consul de France à Port-Louis fait connaître que du 28 décembre 1913 au 13 février 1914, il a été constaté à l’île Maurice vingt-neuf cas de peste bubonique dont dix-neuf se sont terminés fatalement et un cas mortel de pneumonie pesteuse.
Durant cette période, il n’a été reconnu aucun cas de variole.
Journal officiel de Madagascar et Dépendances

Samedi 28 février 1914.

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6 décembre 2017

16 - La peste à Madagascar (1907)


Situation sanitaire

Il paraît que c’est très sérieux : la peste a officiellement quitté nos murs. Ce qui le prouve péremptoirement, c’est qu’un ancien membre de la Commission sanitaire s’est empressé d’y rentrer, après trois mois de prudente absence. Il n’a pu s’empêcher de sourire quand, en plein centre du quartier général de l’épidémie, il retrouva intacte la légendaire masure frappée d’alignement, où gîtera longtemps encore son foyer domestique, malgré la colère motivée, dit-on, de grincheux voisins. Un Chinois, constitué gardien du premier étage de l’immeuble et de ses dépendances, a bien eu l’excellente attention de mourir de 29 courant et personne ne doutait que notre excellente Commission de salubrité saurait s’en émouvoir. Mais une méticuleuse autopsie a scientifiquement démontré que le cadavre de cet Asiatique était indemne du moindre microbe pesteux. Il en a été de même pour un Arabe, marchand d’opium au bazar. Quarante jours plus tôt, c’eût été une autre affaire !
C’était l’époque mémorable où l’on envoyait précipitamment au lazaret des pestiférés : une femme enceinte qu’un policier avait signalée comme atteinte d’une grosseur suspecte ; deux bourjanes trouvés ivres-morts sur la voie publique ; un pauvre petit gosse porteur d’un engorgement à l’aine, conséquence de la piqûre de son pied par une arête de poisson ! Il suffisait alors qu’un malade eut craché sur le plancher poussiéreux d’une maison pour que celle-ci et toutes ses voisines fussent condamnées à une impitoyable destruction… N’est-ce pas l’histoire exacte de la démolition du quartier Antoni ?
Si les temps sont changés, il faut nous en réjouir, que diable ! et ne pas s’arrêter à de futiles doléances aussi inutiles que rétrospectives !
Le Docteur Tant Pis et le Docteur Tant Mieux nous donnent l’exemple des sages conciliations ; ils sont pour une fois tombés d’accord et le Conseil d’hygiène a pu, enfin, demander par dépêche au Gouvernement Général la levée de la quarantaine et la suppression du cordon sanitaire. On attend d’un moment à l’autre la bonne nouvelle.
Dernière heure. – La quarantaine a été levée, à compter du dimanche 3 novembre.
L’Action à Madagascar (Majunga)

Samedi 2 novembre 1907.

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5 décembre 2017

15 - La peste à Madagascar (1907)


Bulletin de la peste

L’état sanitaire s’est si subitement et nettement amélioré qu’il est enfin permis d’entrevoir la fin prochaine de l’épidémie. Aucun nouveau cas n’a été enregistré depuis dimanche et les esprits les plus pessimistes commencent à se tranquilliser. Les commissions d’hygiène et de salubrité, avec un zèle utile encore qu’il ne soit pas unanimement approuvé, redoublent de précautions pour nous épargner une reprise du fléau. Vingt-cinq constructions sordides qui étaient une lèpre pour notre cité ont été condamnées cette semaine.
Ceci ne nous dispense aucunement, bien au contraire, de présenter quelques critiques de détails étranges qui nous sont signalés.
Il paraît que les effets de literie ayant servi à des malades européens entrés en traitement, voire même décédés à l’hôpital, au compte de la peste, n’ont pas été détruits. On se serait bénévolement contenté de les passer à l’étuve de désinfection, après une promenade en voiture dans les rues de la ville et un stationnement d’environ une journée sur la voie publique !!! Il nous est même affirmé que le véhicule employé au transport des cadavres… et malades, depuis le début de l’épidémie, n’a jamais été désinfecté.
L’autorité militaire, embarrassée pour caserner les 280 tirailleurs sénégalais arrivés par le Mangoro en supplément d’effectifs, a été obligée de faire camper sous des abris en feuillage une partie du contingent de la garnison, d’autant qu’il a fallu procéder récemment au Rova à des mesures de salubrité.
Cet état de choses, qui menace de durer jusqu’à l’époque des pluies, est on ne peut plus déplorable et on ne sait trop comment y remédier, même provisoirement.
Il est écrit que, tout en nous trouvant sur place, nous n’aurons pas la joie d’être les premiers à annoncer la fin de la peste et à rassurer nos familles de la Métropole.
On lit en effet dans le Petit Journal de Paris, à la date du 28 août, la grosse nouvelle que voici :

Fin d’une épidémie
Tananarive, 27 août.
« L’épidémie de peste qui sévissait à Majunga a complètement disparu. »

Il est impossible de battre un pareil record d’informations ! Mais qui diable, à Tananarive, a eu intérêt à faire les frais de ce câblogramme de divination anormale ?
L’Action à Madagascar (Majunga)

Samedi 5 octobre 1907.

Extrait de La peste à Madagascar 1898-1931, un livre numérique de la Bibliothèque malgache disponible dans toutes librairies proposant un rayon ebooks (2,99 €) et, à Antananarivo, à la Librairie Lecture & Loisirs (9.000 ariary).

4 décembre 2017

14 - La peste à Madagascar (1907)


Bulletin de la peste

Cette semaine a été particulièrement fatale. On a enregistré des victimes de l’épidémie dans tous les quartiers et faubourgs de Majunga, y compris le Camp du Rova, demeuré indemne jusqu’alors. La statistique signale douze cas, dont deux Européens, et huit décès. Pareille recrudescence du mal semble avoir jeté un peu d’affolement dans les commissions et conseils sanitaires. L’incohérence et le désarroi des mesures prises commencent à être vivement commentés par le public.
Nous nous garderons bien d’émettre à la légère une opinion mais il nous paraît qu’après deux mois d’expériences et de tâtonnements, certaines fautes d’incurie ou d’impéritie ne devraient plus être commises comme au début du fléau.
Il est inconcevable qu’on n’ait pas encore trouvé le moyen d’arroser les rues au moins à l’eau de mer, ni songé à améliorer le service des vidanges qui n’a jamais été aussi exécrable. D’autre part, les employés à la désinfection continuent dangereusement pour la masse à aller manger et coucher à leur guise et sans plus de précautions dans les quatre coins de la ville. Faute de cases d’isolement aménagées pour Européens au lazaret d’Amboboka, les malades de cette catégorie sont toujours traités à l’hôpital. Il ne faut donc pas s’étonner que tout aille de mal en pis.
Nous croyons savoir qu’une notable partie de la population prépare une supplique de protestation à l’adresse du Gouvernement général où sera posée, en même temps qu’une demande de crédits très opportune, la question de la prohibition de l’immigration asiatique.
Enfin, des malandrins se livrent avec trop de liberté aux exploits les plus audacieux. Ils ouvrent de nuit tous les parcs du bétail de boucherie qu’ils chassent en dehors du cordon sanitaire à la merci de complices avisés et mettent ainsi en danger le ravitaillement de Majunga.
Il serait temps de réprimer énergiquement tous ces désordres.
L’Action à Madagascar (Majunga)

Samedi 21 septembre 1907.

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3 décembre 2017

13 - La peste à Madagascar (1907)


Lettre d’Analalava

L’Action du 10 août dit avec justesse qu’à l’occasion de l’épidémie, la haute administration n’a pas hésité à s’engager dans de terribles responsabilités.
Celle-ci n’ignorait pas, en effet, que plusieurs boutres avaient quitté la rade de Majunga avec patente nette les 25, 26 ou 27 juillet, bien que l’attention des médecins eut été appelée, au moins dès le 23 du même mois, sur des cas suspects de peste.
Je vous signale entre autres le boutre Oussény appartenant à l’Indien Abdallah Achimo qui s’en vint tranquillement de Majunga à Analalava trois ou quatre jours après la première victime connue de l’épidémie. Il était chargé d’Asiatiques, hommes, femmes et enfants qui fuyaient le fléau avec leurs bagages pour se réfugier chez leurs amis et congénères d’ici.
Quand les services d’Analalava furent enfin prévenus officiellement, tous avaient déjà débarqué, en même temps que les marchandises contaminées, et donnaient en ville d’alarmantes nouvelles de Majunga !
L’autocrate Totor Ier, en quittant Majunga le 28 juillet sur La Rance, sans tenir compte des règlements d’utilité publique, a prouvé, une fois de plus, son outrecuidant esprit de despotisme. En toutes circonstances et au mépris des plus graves responsabilités, il impose avec cynisme ses capricieuses volontés. Le ministre de la Marine et le ministre des Colonies devraient bien appliquer la peine du talion à ce gouverneur qui donne de si fâcheux exemples de manquements à l’ordre général quand il poursuit avec la plus implacable et parfois la plus inhumaine des sévérités les anodins écarts des petits employés placés sous sa coupe.
N’a-t-il pas imposé, au surplus, avec sa morgue coutumière et impériale, son fils, l’aiglon, sous-officier en activité de service, à la table du commandant de La Rance ? Beau sujet de méditation, en vérité, pour ceux qui n’ont pas oublié les rigueurs de la discipline, ni désappris les règles formelles de la hiérarchie militaire : un sous-officier admis à prendre ses repas aux côtés d’un capitaine de frégate, commandant d’un navire de l’État !!! Les officiers du bord n’ont-ils pas été légitimement mortifiés, devant tout l’équipage, d’une si brutale entorse aux convenances usuelles ?
K. Bondos,
Sapeur mineur à Analalava.

L’Action à Madagascar (Majunga)

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2 décembre 2017

12 - La peste à Madagascar (1907)


Isolement fictif et désinfection capricieuse

À la date du 18 août, un nouveau protestataire du lazaret de Katsépé nous prie d’insérer les réflexions suivantes :
« Je suis à me demander, avec mes compagnons d’infortune, si la quarantaine qu’on nous a fait subir n’est pas une fumisterie de mauvais goût. En tout cas, cela ne paraît pas sérieux pour un sou. »
Les personnes qui avaient accompli leur stage d’observation du 13 au 17 inclus étaient réputées immaculées et pouvaient par suite se diriger sur un autre point non contaminé, hors du périmètre du port de Majunga. Or, de nouveaux cas suspects sont venus, le 17 au soir, qui sont entrés de suite en communication avec ceux qui allaient être émancipés le lendemain. Était-il impossible d’empêcher les poignées de main et les accolades entre les deux groupes ? Évidemment non ; non seulement rien n’a été fait pour contrarier ces relations mais les derniers internés mangeaient le soir même en compagnie et à la même table que les anciens ; certains arrivants cohabitaient dans les mêmes locaux que les partants !
Parmi ces derniers, une dame racontait le fait suivant ; l’étuve de Majunga venait de retenir à la désinfection un petit paquet contenant du linge de nuit et de rechange qui sortait du blanchissage, tandis que personne ne s’était inquiété des vieux vêtements de laine et coton qu’elle portait au même moment !
D’autre part, un négociant étranger a été victime de la plus imprévue des mésaventures. On sait que, pour chaque repas pris en dehors de la période réglementaire, les pensionnaires du lazaret sont tenus d’établir un bon. Notre homme, dont l’argent de poche tirait à sa fin, eut l’idée d’acheter pour six sous de pain et une bouteille de Vichy, afin d’économiser un repas avant de s’embarquer. Grande fut sa surprise de se voir impérieusement mis en demeure de régler intégralement ce déjeuner qu’il n’avait pas pris et pour lequel le cantinier n’avait reçu aucun bon. Les protestations de l’intéressé et les nôtres ne purent arrêter ce coup de carte forcée !
Faites d’avance des trous à vos ceintures ; mais gardez-vous bien d’apporter des lunettes à verres grossissants, vous pourriez avoir mal au cœur.
Un voyageur affamé.
L’Action à Madagascar (Majunga)

Samedi 24 août 1907.

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1 décembre 2017

11 - La peste à Madagascar (1907)


La peste

Samedi dernier, 3 août, on a enfin commencé la période des mesures énergiques. Depuis, toute case contaminée et dont la désinfection n’est pas jugée praticable par la Commission de salubrité est rasée de fond en comble. Les meubles vermoulus, les vieux effets d’habillement et de literie et tous les détritus, matières ou objets suspects de pouvoir véhiculer les germes morbides sont impitoyablement voués à l’incinération sur les places publiques, soigneusement gardées. Aussi n’a-t-on constaté cette semaine aucune recrudescence inquiétante de l’épidémie. En moyenne, deux ou trois cas au plus se déclarent quotidiennement et un ou deux décès seulement les suivent.
Si les médecins avaient été pourvus de sérum frais, la peste aurait déjà été vaincue. Figurez-vous que l’hôpital ne possédait que du sérum de 1902, dont on n’osa pas se servir, et celui que Tananarive vient d’envoyer date de… 1903 !!! La haute administration a de terribles responsabilités à endosser. Signalons en passant qu’un Anglais qui fut empêché de partir avec son boutre le 28 juillet, à sept heures du matin, par l’autorité sanitaire – alors que le Gouverneur Général put quitter la rade le même jour à 9 heures – intente un procès à la colonie, procès susceptible de complications diplomatiques.
La population européenne et bourbonnaise n’a pas été atteinte jusqu’à ce jour : le fléau choisit ses victimes dans les quartiers où la malpropreté règne en souveraine maîtresse.
MM. les Indiens se sont empressés d’organiser, contre les précautions d’ordre public, un système de réaction qui veut être ingénieux et qui n’est que criminel. Dès qu’un des leurs tombe malade, tous ses congénères, comme lui-même, observent un religieux silence. Quand le mal leur paraît irrémédiable, le patient quitte sa demeure et se traîne dans quelqu’endroit public où la police vient le ramasser tandis que des parents et amis charitables s’évertuent à cacher ses effets et son mobilier.
Quand la victime décède avant de pouvoir évacuer son habitation, les mêmes parents et amis cherchent même à faire disparaître et enterrer subrepticement le cadavre ! La police est sur les dents pour déjouer ces misérables combinaisons.
L’Action à Madagascar (Majunga)

Samedi 10 août 1907.

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30 novembre 2017

10 - La peste à Madagascar (1901)


Fin de l’épidémie de peste

J’avais raison de vous dire dans ma dernière correspondance que l’épidémie de peste de Tamatave touchait à sa fin, puisque, le 3 novembre, aucun autre cas n’ayant été constaté depuis une période de douze jours, un arrêté du gouvernement général replaçait la ville sous le régime de la patente nette et levait le cordon sanitaire. On peut se féliciter de la bénignité qu’a revêtue cette fois la terrible maladie, et l’on est fondé à espérer que, les travaux d’assainissement devenant de plus en plus complets, nous pourrons, dans un avenir prochain, considérer l’éventualité de sa réapparition comme définitivement écartée. N’étaient les proportions redoutables que risque, à un moment donné, de prendre une pareille épidémie, on serait tenté de trouver exagérées les précautions prises pour l’enrayer. C’est tout au plus, cette fois, si on a enregistré à Tamatave une douzaine de cas, dont certains même sont restés douteux ; c’est là beaucoup moins de victimes assurément que n’en fait la banale malaria, surtout aux mois chauds de décembre, janvier et février.
L’île Maurice est, au point de vue sanitaire, bien plus mal partagée que nous ; car une information récente de notre consul à Port-Louis signalait que, du 13 au 27 octobre dernier, 117 cas de peste bubonique avaient été constatés, dont 65 suivis de mort. Cette situation tient vraisemblablement à ce que l’élément asiatique éminemment exposé aux atteintes de la maladie est fort nombreux à Maurice. La main-d’œuvre sur les plantations est exclusivement composée d’Indiens et de Chinois. Les Célestes sont, en outre, répandus, comme commerçants et boutiquiers, dans toute l’étendue de la petite île ; enfin, les relations fréquentes avec l’Inde suffisent, malgré toutes les mesures sanitaires qu’on ait pu prendre, à expliquer l’acharnement avec lequel le fléau sévit ; il faut d’ailleurs tenir compte aussi que Maurice est, pour son riz, tributaire de l’Inde, et que cette denrée est le véhicule le plus propice à la propagation de la peste.
La Revue de Madagascar

Jeudi 10 janvier 1901.

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28 novembre 2017

09 - La peste à Madagascar (1900)


La peste

Depuis quelques semaines, des cas de peste avaient été signalés à La Réunion et à l’île Maurice, et l’état sanitaire de Tamatave se maintenant dans une situation très normale, malgré deux ou trois cas douteux constatés à une assez longue distance les uns des autres, on s’était pris à espérer que l’année 1900 nous laisserait indemnes. Mais, ces jours derniers, plusieurs cas s’étant produits, très rapprochés les uns des autres, il n’a plus été permis de douter. Un arrêté a donc été pris, à la date du 12 octobre, pour replacer le port de Tamatave sous le régime de la patente brute et prescrire en même temps la formation d’un cordon sanitaire.
C’est un cas constaté sur une Européenne, qui a permis malheureusement de ne plus conserver aucun doute sur le caractère de l’affection. Des instructions très complètes ont été annexées à l’arrêté du 12 octobre pour réglementer jusque dans leurs détails les mesures à prendre contre l’épidémie ; ces mesures sont de deux catégories, selon qu’elles visent les communications avec l’extérieur ou avec l’intérieur de l’Île. Si on considère que, cette année, la maladie a fait son apparition un peu tardivement, et que, depuis un an, de grands et importants travaux ont été exécutés pour l’amélioration de l’hygiène publique, on a lieu de supposer qu’au fur et à mesure que l’on ira, les épidémies de peste seront de moins en moins à redouter.
Toutefois, on ne saurait compter sur la disparition complète et prochaine ; il est en effet scientifiquement constaté que la peste, là où elle sévit une première fois, y prend pied pour plusieurs années, contrairement au choléra qui passe et disparaît ; il faudra donc à Tamatave lutter encore et user des mesures les plus radicales. J’ajouterai que les hôpitaux sont abondamment pourvus de sérum anti-pesteux, dont l’efficacité n’est plus à démontrer et que les Européens, quoique vivant dans un milieu contaminé, n’ont pas de grosses craintes à concevoir, surtout si, aux premières atteintes du mal, ils prennent la précaution élémentaire d’appeler un médecin et de consentir à se laisser inoculer, ce que ne font pas la plupart des indigènes ou créoles, qui ne recourent à l’intervention éclairée d’un docteur que lorsque le malade est à toute extrémité.
La Revue de Madagascar

Lundi 10 décembre 1900.

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27 novembre 2017

08 - La peste à Madagascar (1900)


Mesures contre la peste

Quelques cas de peste bubonique ayant été officiellement constatés à l’île Maurice, on se demande si l’épidémie ne va pas sévir de nouveau à Madagascar. C’est, en effet, à la même époque que les épidémies de 1898 et 1899 éclatèrent, et l’on se demande avec anxiété à Tamatave si, encore une fois, le port ne sera pas obligé de s’isoler et de cesser toutes communications avec l’extérieur.
En prévision d’une nouvelle apparition du fléau à Tamatave, le Gouverneur général a donc appelé auprès de lui le docteur Vaysse, médecin en chef des colonies, directeur du service de santé, lequel, de concert avec le conseil sanitaire de Tamatave, aura à examiner l’opportunité qu’il y aurait à établir un lazaret, soit à l’île aux Prunes, soit à la Pointe Tanio. Le docteur Vaysse mettra son séjour dans le grand port de la côte Est à profit pour étudier d’une façon approfondie les mesures qui restent à prendre dans l’intérêt de l’hygiène publique.
Il est bon de dire que la ville de Tamatave a déployé, depuis dix-huit mois, de louables efforts en vue d’améliorer cette situation. De vieux quartiers, d’anciennes masures, véritables foyers pestilentiels, ont été en grand nombre rasés, et ont fait place à des artères spacieuses, propres et aérées ; en de nombreux points, des nappes marécageuses ont été comblées ; enfin, un important outillage, étuves à désinfection, chalets d’isolement et maisons démontables, destinés à l’organisation d’un lazaret d’observation des voyageurs, sont également arrivés de France, et seront définitivement mis en place, dès que M. le docteur Vaysse se sera prononcé sur le choix du terrain où il convient d’installer le lazaret. Cet établissement, organisé un peu à la hâte, à l’île aux Prunes, l’année dernière, a déjà rendu de grands services, bien qu’il n’eut qu’un caractère tout à fait provisoire. Il faut ajouter que le service médical de Madagascar dispose, dès maintenant, d’une certaine provision de sérum de Yersin et que, même au cas où le fléau ferait à Tamatave une troisième apparition, ce qui est d’ailleurs fort possible, la population blanche de la ville n’aurait à peu près aucune crainte à concevoir.
La Revue de Madagascar

Mercredi 10 octobre 1900.

Extrait de La peste à Madagascar 1898-1931, un livre numérique de la Bibliothèque malgache disponible dans toutes librairies proposant un rayon ebooks (2,99 €) et, à Antananarivo, à la Librairie Lecture & Loisirs (9.000 ariary).

20 novembre 2017

07 - La peste à Madagascar (1899)


Situation sanitaire de Tamatave (3)

(Suite et fin.)
Un lazaret, installé à Ivondro, permet aux voyageurs à destination des différents points de la ligne d’étapes de faire la quarantaine de cinq jours nécessaire pour la sortie du cordon sanitaire.
Les personnes entrées à ce lazaret sont : MM. Purcell et Pritchard, prospecteurs ; Mlle Hirlimann, institutrice ; M. Prunet, instituteur ; Timoléon et Stéfano, commerçants grecs ; Baudin, Lesueur et Lapaeque ; M. Fontoynont, médecin et sa femme ; le capitaine Violand et son ordonnance ; Tonnelier, Jean-Louis, Seymour, Fernand et Joseph.
Le lazaret de l’Île aux Prunes, qui est réservé aux personnes quittant Tamatave par mer, est occupé par MM. Bourges, écrivain des affaires civiles et Cerceau, comptable, sa femme et un enfant qui purgent une quarantaine de 5 jours pour pouvoir prendre La Ville d’Alger, qui doit les transporter à Vohémar.
Il y a 9 jours que pas un seul cas de peste n’a été signalé ; il est donc à peu près certain que la quarantaine, n’ayant plus de raison d’être s’il n’y a plus de cas, sera levée incessamment.
En tous cas, les mesures à prendre pour éviter le retour de cette épidémie sont surtout des mesures de propreté individuelle, des cases et des cours.
Les tinettes devront être désinfectées avec une solution de sublimé au 1/1000 ou de chaux.
Les cas d’épidémie doivent être déclarés par les habitants au commissariat de police.
Les rats étant considérés comme le principal propagateur de la maladie, l’avis engageant les habitants à Tamatave à détruire ces animaux est toujours en vigueur. – Les rats pris au piège devront être tués par l’eau bouillante et envoyés de 7 heures à 9 heures du matin et de 3 heures à 5 heures du soir à l’agent chargé de les détruire par le feu, au lieu situé entre l’abattoir et la ligne de chemin de fer, au bord de la mer, derrière le village d’Ampassimazava.
Une somme de 0,25 franc sera remise pour chaque rat rapporté. Il est bien recommandé de ne pas toucher les rats.
L’administrateur en chef-maire prie instamment la population à faire tous ses efforts pour la destruction des rats.
Journal officiel de Madagascar et dépendances
Supplément commercial (Tamatave et Côte Est)

Mercredi 20 septembre 1899.

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19 novembre 2017

06 - La peste à Madagascar (1899)

Situation sanitaire de Tamatave (2)

(Suite.)
À la suite de ces 4 cas, M. l’Administrateur en Chef a fait afficher le 15 septembre l’avis suivant dans la ville :
AVIS
Conformément aux instructions de M. le Gouverneur Général et sur avis de la Commission d’hygiène, le cordon sanitaire sera, à partir du 15 septembre 1899, établi aux limites suivantes :
Au Sud, la limite à Ivondro suit la rive droite du bras du fleuve, sur lequel se trouvent les propriétés Chantepie, Bucquet, Clarenbach jusqu’à la propriété Dupuy, appelée Androhovola.
À l’Ouest et à partir de cette propriété, le limite suivra la crête des montagnes jusqu’à Soanirana et Vohitrambato ; se dirigera de ce dernier village sur Mahanoro, en deçà de l’Ivoloina, pour s’infléchir ensuite vers l’ouest du côté de la propriété « l’Avenir et la Chance. ».
Au Nord, la limite sera la rive gauche de l’Ivoloina, de façon à englober dans son enceinte Vohidotra, le Jardin d’Essais et la propriété « l’Avenir ».
Aucune personne ni aucune marchandise, ne pouvant franchir le nouveau cordon pour sortir de Tamatave.
Les contraventions seront poursuivies conformément aux dispositions de la Loi du 3 mars 1822 et du décret du 31 mars 1897.
Tamatave, le 15 septembre 1899.
L’Administrateur en Chef,
R. de  Beeckman.
L’établissement de ce cordon a surtout pour but d’isoler le foyer de l’épidémie  et de ne pas exposer la colonie entière à être mise en quarantaine.
Le cordon sanitaire est établi à l’aide de 100 miliciens encadrés.
Plusieurs des principaux commerçants et colons de la ville de Tamatave ayant adressé par télégramme une protestation à M. le Gouverneur Général, pour le prier de revenir sur sa décision qui allait paralyser le commerce local, M. le général Pennequin a répondu aux signataires qu’il prenait le plus vif intérêt à la situation créée au commerce de Tamatave par la nouvelle épidémie, et qu’ils pouvaient compter sur toute sa sollicitude pour la protection de leurs intérêts par une bienveillante application des règlements sanitaires, mais qu’il était de son devoir de faire tous ses efforts pour empêcher l’extension du fléau dans les autres ports de la colonie.
 (À suivre.)
Journal officiel de Madagascar et dépendances
Supplément commercial (Tamatave et Côte Est)

Mercredi 20 septembre 1899.

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18 novembre 2017

05 - La peste à Madagascar (1899)


Cordon sanitaire

Conformément aux instructions de M. le Gouverneur Général et sur avis de la Commission d’hygiène, le cordon sanitaire sera, à partir du samedi 11 février, reporté aux limites suivantes :
Au Sud la limite reste à Ivondro, suit la rive droite du bras du fleuve sur lequel se trouvent les propriétés Chantepie, Bucquet, Clarenbach jusqu’à la propriété Dupuy appelée Androhovola.
À l’Ouest et à partir de cette propriété, la limite suivra la crête des montagnes jusqu’à Soanierana et Vohitrambato, se dirigera de ce dernier village sur Mahanoro en deçà de l’Ivoloina pour s’infléchir ensuite vers l’Ouest du côté de la propriété l’Avenir.
Au Nord la limite sera la rive gauche de l’Ivoloina de façon à englober dans son enceinte Vohidotra, le Jardin d’essais et la propriété l’Avenir.
Aucune personne ni aucune marchandise ne pourront franchir le nouveau cordon pour sortir de Tamatave.
Les contraventions seront poursuivies conformément aux dispositions de la loi du 3 mars 1822 et du décret du 31 mars 1897.
Journal officiel de Madagascar et dépendances
Supplément commercial (Tamatave et Côte Est)
Mercredi 8 février 1899.

L’épidémie s’achève

Le dernier cas de peste a été constaté le 3 février et la guérison du dernier cas remonte au 13 du même mois.
Du 31 janvier à ce jour, des indemnités, partie en à compte, et partie en totalité, représentant une somme de 5 730 francs ont été payées à 75 personnes nécessiteuses, pour la plupart, propriétaires d’immeubles contaminés et détruits.
Journal officiel de Madagascar et dépendances
Supplément commercial (Tamatave et Côte Est)
Mercredi 1er mars 1899.

Situation sanitaire de Tamatave (1)

Depuis quelques jours, quatre décès attribués à la peste bubonique ont été constatés dans la population de Tamatave.
Voici exactement la situation des décès survenus à la suite de cette maladie depuis le 24 juillet, jour de l’apparition du 1er cas, à ce jour :
24 juillet. – La Victoire Paul, âgé de 5 ans, né à Maurice.
6 septembre. – Lalanne Eliska, âgée de 37 ans, née à Maurice.
11 septembre. – Charles François, 11 ans, né à La Réunion.
12 septembre. – Marie-Louise Sade.
Depuis le 12 septembre, aucun cas.
(À suivre.)
Journal officiel de Madagascar et dépendances
Supplément commercial (Tamatave et Côte Est)

Mercredi 20 septembre 1899.

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17 novembre 2017

04 - La peste à Madagascar (1898)

Marche de l’épidémie à Tamatave

2 décembre 1898 : 6 cas dont 2 décès.
4 décembre : 3 cas confirmés, 4 suspects et 4 décès.
5 décembre : 1 cas, 3 décès.
6 décembre : 6 cas confirmés, 1 décès.
7 décembre : 4 cas confirmés, 5 décès dont un Chinois et 4 indigènes.
8 décembre : 6 cas, 5 décès.
Le Journal officiel de la Colonie du 6 décembre donne des instructions à MM. les Commandants de Cercle et Administrateurs au sujet de l’épidémie actuelle.
Le Maire de Tananarive a, par une décision locale, prescrit les mesures suivantes en ce qui concerne le Chef-lieu :
Propreté et aération des habitations, cabinets, désinfection à la chaux ; création d’un service médical permettant de s’assurer de l’état de propreté des différentes parties de la ville ; obligations aux habitants de déclarer sans délai les cas d’épidémie de leur connaissance ; les malades seront transportés au Fort Duchesne et leurs habitations seront désinfectées ou incendiées, s’il s’agit de cases en paille, les effets et la literie seront brûlés. Les règles d’hygiène à observer sont les suivantes :
Ablutions corporelles le plus souvent possible, désinfection des habits et de la literie.
Éviter les excès de toutes sortes.
Description des symptômes de la maladie : abattement du malade, mal de tête, frissons, fièvre, selles et vomissements fétides, agitation, délire, du 2e au 4e jour apparition des bubons.
Les rats et les souris étant propagateurs de la peste il faut les détruire par tous les moyens possibles ; il est recommandé de les incinérer sur place en ayant soin de ne pas toucher aux cadavres.
Les autorités locales sont chargées de l’exécution de cette prescription dans tous les centres de l’île et les habitants devront les aider par tous les moyens en leur pouvoir.

Nécrologie

M. de la Haye Duponsel est décédé le 3 de ce mois, victime de la maladie épidémique qui sévit en ce moment.
M. Duponsel, originaire de l’Île Maurice, habitait Madagascar depuis 8 ans ; associé de M. Trouchet, il était une notabilité commerciale de Tamatave, très connu et très aimé, sa mort a causé dans notre ville une légitime émotion.
Journal officiel de Madagascar et dépendances
Supplément commercial (Tamatave et Côte Est)

Samedi 10 décembre 1898.

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15 novembre 2017

03 - La peste à Madagascar (1898)

La peste bubonique à Tamatave (3)

(Suite et fin.)
Le courrier et les agents à destination de Tananarive seront dirigés directement sur cette ville, la route de Majunga sera du reste, en raison des circonstances, utilisée le plus possible pour le transport du personnel et du matériel civil et militaire. À cet effet une grande partir des porteurs de l’Administration employés sur la route de Tamatave seront envoyés à Majunga et il serait avantageux que le commerce de la capitale, dans son propre intérêt aussi bien que dans l’intérêt général, abandonnât la route de Tamatave pendant toute la durée de la quarantaine qui isole désormais ce dernier port du reste de l’île.
Les mesures prises à Tamatave pour combattre les premières atteintes du fléau sont des plus rigoureuses mais elles se justifient par l’intérêt supérieur du salut public et par l’impérieuse nécessité d’employer tous les moyens pour sauvegarder les autres régions de la colonie contre toute contamination. C’est ainsi que sur l’avis du conseil sanitaire de Tamatave, il a été décidé qu’en raison de l’absence de tout autre moyen efficace de désinfection, les locaux, les objets de literie et les vêtements des personnes atteintes par le mal seraient brûlés. En outre l’Administration se préoccupe d’installer sur l’île aux Prunes, en rade de Tamatave, un ou deux pavillons d’isolement pour y faire séjourner en observation pendant un certain temps les colons, les officiers et fonctionnaires qui désireraient rentrer en France. L’ensemble des dispositions qui ont été prises aussi rapidement que possible, l’activité et le dévouement qu’a déployés le corps médical de Tamatave dès que les premiers cas suspects ont été constatés permettent d’espérer que l’épidémie pourra être enrayée et circonscrite.
M. le docteur Lidin, Directeur du service de santé, a quitté, le 28, Tananarive, se rendant à Tamatave pour examiner la situation sur place et se rendre compte du caractère réel de l’épidémie.
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Supplément commercial (Tamatave et Côte Est)

Samedi 3 décembre 1898.

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14 novembre 2017

02 - La peste à Madagascar (1898)

La peste bubonique à Tamatave (2)

(Suite.)
Complétant les indications qui avaient été transmises la veille, M. l’Administrateur de Tamatave télégraphiait le 25 novembre ce qui suit : « Depuis hier un nouveau cas un décès et ce matin un cas à Tanambao qui n’a pas encore été constaté, deux suivis de décès et six autres décès qui peuvent être attribués à la même cause. Il est impossible jusqu’à présent de retrouver le point de départ de la contamination. »
Le 26 un nouveau décès et trois nouveaux cas étaient signalés soit au total seize cas dont treize indigènes et trois créoles parmi lesquels treize ayant été suivis de décès dont un de créole. Dès que ces informations sont parvenues à Tananarive, M. le Gouverneur Général a pris les mesures les plus rigoureuses en vue de localiser le fléau, s’il est réellement confirmé que l’on se trouve en présence de la peste bubonique et d’empêcher autant que possible sa dissémination dans l’île.
Le comité d’hygiène de la colonie à Tananarive et le conseil sanitaire à Tamatave se sont réunis dans la journée du 26 novembre pour examiner la situation et proposer au chef de la colonie tous les moyens propres à étouffer l’épidémie. À l’issue de la séance du comité d’hygiène, M. le Gouverneur Général a pris un arrêté dont le texte a été affiché simultanément à Tananarive et à Tamatave et dans tous les postes de la ligne d’étapes aux termes duquel les villes de Tamatave et d’Andévorante ainsi que la région qui les sépare ont été mises en quarantaine.
Les convois montant de personnels et de marchandises seront arrêtés à Andévorante et les convois descendant ne pourront pas dépasser Mahatsara. Toutefois cette mesure ne s’applique qu’aux porteurs constituant ces convois afin que ceux d’entre eux qui auraient pu être contaminés pendant leur séjour à Tamatave ne puissent ni regagner l’Imérina ni communiquer avec les bourjanes provenant du plateau central. D’autre part, des ordres ont été adressés à M. l’Administrateur en chef à Majunga pour que le courrier ainsi que les officiers et fonctionnaires arrivant de France par le paquebot du 2 décembre soient débarqués dans ce port à l’exception du personnel appelé à servir à Nossi-Bé et à Diégo-Suarez.
(À suivre.)
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Samedi 3 décembre 1898.



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13 novembre 2017

01 - La peste à Madagascar (1898)

Le quotidien Les Nouvelles, à Antananarivo, où paraît quotidiennement la chronique Madagascar il y a 100 ans dont vous retrouvez une partie ici (et davantage dans les livres numériques parus ou à paraître) a publié une série d'extraits de l'ouvrage La peste à Madagascar 1898-1931 que revoici, pour une série de 31 chroniques puisées dans la presse du passé. L'histoire de précédentes épidémies de peste telle qu'elle s'est racontée par le pouvoir colonial, les scientifiques et les journalistes...
La peste bubonique à Tamatave (1)

Les renseignements fournis par le service médical de Tamatave paraissent établir que les décès survenus dans la population indigène de Tamatave depuis plusieurs jours sont dus à la peste bubonique qui règne sous la forme endémique dans l’Inde. Voici en effet le texte du télégramme adressé à M. le directeur du service de santé par le médecin chargé du service sanitaire à Tamatave : « ai été avisé hier soir par administrateur que médecin civil avait constaté plusieurs décès indigènes et soignant quelques malades atteints de fièvre infectieuse à forme suspecte, avons constaté ce matin plusieurs cas présentant des symptômes non douteux de fièvre à bubons, recherches microscopiques faites par le docteur Clouard dénotent dans ganglions bacilles courts à bouts renflés ne se colorant pas par la liqueur de Gram offrant tous caractères de bacilles yersin, allons prendre toutes mesures possible pour limiter contagion. »
Dès la réception de cette nouvelle, M. le Gouverneur Général a prescrit de faire les recherches les plus minutieuses en vue de découvrir l’origine de la contamination, mais les individus atteints appartenant presque tous à la race indigène il n’a pas été possible, jusqu’à présent du moins, de déterminer exactement la provenance de l’épidémie.
Complétant les indications qui avaient été transmises la veille, M. l’Administrateur de Tamatave télégraphiait le 25 novembre ce qui suit : « Depuis hier un nouveau cas un décès et ce matin un cas à Tanambao qui n’a pas encore été constaté, deux suivis de décès et six autres décès qui peuvent être attribués à la même cause. Il est impossible jusqu’à présent de retrouver le point de départ de la contamination. »
(À suivre.)
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