16 février 2018

« Peintres des lointains », le goût de l’exotisme

Avant de revenir aux chroniques traditionnelles d'il y a 100 ans et de basculer vers des articles publiés en 1918 (on en était resté, jusqu'à présent, à 1917), un interlude d'une actualité qui reste ancrée dans le passé avec deux articles parus dans Les Nouvelles (ce journal publie aussi quotidiennement les chroniques reprises ici avec un décalage) le 9 février.
Le musée du quai Branly-Jacques Chirac à Paris accueille depuis la fin du mois dernier et jusqu’à l’année prochaine une exposition de peintures. Près de deux cents œuvres doivent révéler l’évolution du « regard porté en Occident sur les peuples, sociétés et territoires lointains, de la fin du XVIIIe siècle jusqu’au milieu du XXe ». Donc, aussi, sur Madagascar.


Le dépliant gratuit qui accompagne l’exposition fait d’ailleurs la part belle à Madagascar. Seuls trois peintres y sont représentés. Et, si Eugène Fromentin s’est arrêté en Afrique du Nord, les deux autres ont visité nos contrées : Louis Tinayre à l’occasion de la campagne militaire de 1895 – nous y reviendrons en détail dans l’article suivant – et Marcel Mouillot.
Celui-ci, nous explique le commentaire, est un artiste autodidacte (1889-1972) qui partit en 1930 pour l’océan Indien, comme passager d’un bateau à vapeur. Il passa donc ainsi par Madagascar et par La Réunion. « Les paysages découverts lui inspirent des toiles qui renouvellent l’imaginaire visuel de l’exotisme. Dans des teintes souvent froides de bleus et de verts, Marcel Mouillot pétrifie la nature en usant de la simplification et de la géométrie des motifs. »
Dans ses œuvres (dont nous ignorons lesquelles sont exposées à Paris), on trouve notamment une pirogue à Nosy-Be. Et il est possible que sa Vue d’un bateau à travers des branches de palmiers, une gouache sur papier, soit au moins inspirée par Madagascar. Mais, en 1930, la Réunion était presque aussi exotique…
Péric Bietry-Rivierre, qui a visité l’exposition (ce n’est pas notre cas) pour en rendre compte dans Le Figaro (édition d’hier, jeudi 8 février), signale un tableau d’André Liotard, Femme malgache à sa toilette : « une Noire essuie une Blanche au sortir d’un bain, prétexte à un saphisme racoleur et au rappel du pouvoir. »
André Liotard (qui se prénommait en réalité Alcide, mais il ne devait pas être fou de son prénom), né en 1887 et mort en 1973, possède une carrière singulière qui a toujours laissé une place à l’expression artistique mais qui s’est aussi développée sur d’autres terrains. Directeur des travaux en Afrique, il termina, après la Première Guerre mondiale, la ligne ferroviaire qui relie le littoral du Gabon à Léopoldville, alors au Congo belge. Et en 1926, voilà qui le rapproche géographiquement de nous, il est nommé directeur de la Compagnie coloniale de Madagascar. Il démissionnera de ce poste pour redevenir architecte et construite, dans la Grande Île, des églises, des couvents et une gare ferroviaire. Opposé au pouvoir de Vichy dès le début de la Seconde Guerre mondiale, il est élu conseiller municipal de « Tananarive » en 1944. Il présidera en 1947 la Ligue de défense des intérêts franco-malgaches et deviendra sénateur en 1948, représentant Madagascar pendant son unique mandat.
En 1952, l’année où celui-ci se termine, selon sa biographie établie par les services du Sénat, il publie dans Le Monde un article où « il refuse le terme d'autochtones, « non-sens de la constitution » qui fige des « fractions indépendantes » dans une situation précaire. Il affirme que « le développement normal de [ces] territoires ne saurait être que celui des populations toutes entières qui les peuplent aujourd'hui, ensemble, dans tous les domaines d'activité, et non point en séparant une fraction, dite autochtone ».
Dans l’exposition, on peut croiser aussi, avec Marécage à Madagascar, le nom d’Adolphe Martial Potémont (1828-1883). Ce paysagiste a vécu à La Réunion, de 1847 à 1857, et se trouvait donc très proche d’autres terres qu’il a forcément visitées. L’Iconothèque historique de l’océan Indien reproduit plus de cent de ses œuvres, parmi lesquelles certaines sont puisées dans des décors que nous connaissons bien. Un dessin, gouache et crayon, par exemple, où des Malgaches conduisent un troupeau de zébus. Un autre, selon la même technique, où deux zébus se trouvent dans une clairière. Un paysage avec rivière, huile sur toile. Une estampe : Grève de Tamatave. Etc. Comme on le voit, les décors l’intéressaient davantage que les humains – les gardiens de zébus sont noyés dans le paysage, splendide, il est vrai.
Ce ne sont là que quatre exemples puisés au plus près de nous dans une exposition qui, on le rappelle, n’est pas consacrée qu’à Madagascar. Et peut-être ne sont-ils pas représentatifs des grandes tendances qui traversent l’ensemble de Peintures des lointains. Quand même, osons en tirer un enseignement, avec toute la prudence nécessaire.
Les paysagistes, essentiellement Marcel Mouillot et Adolphe Martial Potémont, se moquent pas mal des mœurs locales et des rapports humains. Ils ont devant les yeux quelques-unes des plus grandes beautés du monde et ne se privent pas de s’en inspirer pour montrer en Europe des images devenues communes, aujourd’hui que l’audiovisuel a envahi le monde, mais peu connues à leurs époques respectives.
Les deux autres sont plus engagés dans leur temps. En suivant l’armée française, Louis Tinayre ne dit pas qu’il approuve l’action colonialiste. Mais il ne dit pas le contraire non plus. André Liotard semble avoir bâti sa vie sur des nuances. Il serait utile de creuser le sujet.

14 février 2018

Il y a 100 ans : La situation à Madagascar (3)

(Suite et fin.)
Récemment, la Tribune de Madagascar constatait avec mélancolie qu’un administrateur visitant sa province mobilisait au minimum huit hommes pour porter son filanzane et ses bagages, huit hommes attachés en quelque sorte à sa personne, c’est-à-dire perdus comme main-d’œuvre.
Indépendamment des routes, les colons ont exprimé de nombreux desiderata à leur nouveau gouverneur général ; c’est ainsi qu’ils réclament la suppression de la réquisition des cuirs dont le moindre inconvénient a été d’annihiler une industrie active et prospère.
Leurs plaintes sont parfaitement justifiées comme le Courrier colonial l’a maintes fois répété ; elles n’en restent pas moins impuissantes puisqu’au 15 mars dernier, la réquisition des cuirs dans la colonie n’avait donné qu’un nombre infime de peaux tannées. Le reste a donc passé à tout autre chose qu’aux besoins de la guerre et les colons disent avec raison qu’alors il n’était point nécessaire de payer ces peaux si cher. Il est évidemment fâcheux que la France – c’est-à-dire les contribuables – ait dépensé son argent pour réunir des produits sans utilité.
M. Merlin s’inquiète assurément de cet état de choses, mais la mission chargée de l’achat des cuirs échappe à son autorité et il ne peut qu’adresser ses observations au département des colonies.
Voilà quelques-uns des problèmes qui se posent dans la Grande Île et dont nos colons vont réclamer la solution à M. Merlin. Les lettres que publie la presse locale depuis l’arrivée du nouveau gouverneur général en témoignent. Certaines même préconisent des remèdes tels que l’interdiction de vendre les récoltes sur pied, le recensement des denrées existant dans la colonie, l’achat du paddy par l’administration afin de faire disparaître le fâcheux intermédiaire, la répartition du riz entre les provinces suivant leurs besoins, le maintien des colons indispensables aux cultures, etc.
Ces idées ainsi émises méritent d’être mûrement examinées. Elles le seront certainement par M. Merlin qui s’est montré en A. O. F. assez habile administrateur pour que Madagascar ne ressente aucune inquiétude au sujet de l’avenir.
G. Bertrand.

Le Courrier colonial

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 71 titres parus à ce jour.

13 février 2018

Il y a 100 ans : La situation à Madagascar (2)

(Suite.)
Comme il ne s’agit que d’inégalités dans la production et que, dans l’ensemble, Madagascar produit assez de riz pour sa population, il ne paraît pas impossible de remédier à cette situation.
M. Merlin peut demander, par exemple, aux chefs de province de le renseigner exactement sur le rendement de chaque région, de lui indiquer les causes de la raréfaction du riz qui n’est pas due seulement à une récolte déficitaire.
L’administration supérieure de la colonie peut se rendre compte ainsi de l’importance et de l’extension plus ou moins grande prise par les cultures vivrières dans les régions plus favorisées.
Peut-être conviendrait-il actuellement d’interdire l’exportation du riz et de ne pas laisser se reproduire des faits dans le genre de celui-ci :
Dernièrement, un chargement de riz pris à Majunga pour Bourbon a négligé de s’arrêter dans cette île et a poussé jusqu’à Maurice où le riz est resté. On comprend que nos compatriotes de Bourbon n’aient pas été contents.
Les voies ferrées existantes sont manifestement insuffisantes et il ne sera pas facile, après la guerre, de leur donner toute l’extension nécessaire. Et puis, le rail ne suffit pas ; il ne peut pénétrer partout. Pour arriver jusqu’à lui, il faut des routes que puissent sillonner les charrettes, les camions, les automobiles. Les courses et les épreuves de sélection qui ont lieu dans les principaux centres de la colonie, les achats de chevaux effectués à Madagascar par Maurice et par le Sud-Afrique nous dispensent d’inquiétudes au sujet de ce moyen de traction ; l’élevage chevalin de la Grande Île est en bonne voie ; il n’y aurait qu’à l’intensifier. En ce qui concerne les automobiles et les routes pour les faire circuler, Madagascar est plutôt mal pourvu et il y a beaucoup à faire dans cet ordre d’idées. On ne peut pourtant pas s’en tenir indéfiniment au portage, c’est-à-dire aux bourjanes dont les rangs ont été, d’ailleurs, éclaircis par la mobilisation ; aussi bien, ceux qui sont restés préfèrent-ils « petraker », c’est-à-dire s’abandonner à un doux farniente.
Que de fois nos confrères locaux ont-ils demandé qu’on utilise tous ces bras inoccupés à la construction des routes les plus nécessaires !
 (À suivre.)
G. Bertrand.

Le Courrier colonial

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11 février 2018

Il y a 100 ans : La situation à Madagascar (1)

Prendre possession d’un nouveau poste est toujours chose délicate même pour un gouverneur expérimenté. Tel doit être l’avis de M. Merlin récemment installé à Madagascar où il succède à un excellent fonctionnaire, M. Garbit, qui a pu faire de la bonne besogne dans une colonie qu’il connaissait de longue date.
Quand on remplace un gouverneur général, genre Augagneur, on n’a pas grand’peine à gagner la sympathie des colons. Quand on vient après un fonctionnaire comme M. Garbit, qui ne laisse que des regrets, il est beaucoup plus méritoire de devenir un chef populaire.
Nous sommes persuadé que M. Merlin, sans faire oublier son prédécesseur, a déjà su gagner toutes les sympathies de nos compatriotes de la Grande Île. Son premier soin va être évidemment de mettre au point les nombreux projets dont M. Garbit poursuivait l’exécution et que son brusque départ l’a empêché de réaliser.
À l’heure actuelle, la situation économique de Madagascar ne saurait trop retenir l’attention du haut fonctionnaire chargé de la diriger ; la guerre a eu, dans cette colonie, une répercussion assez profonde pour risquer, si l’on n’y prenait garde, d’annihiler le puissant effort fait depuis la venue de ce merveilleux administrateur qu’était le général Gallieni.
Les hostilités empêchent notamment de doter la Grande Île du système routier dont le besoin se fait de plus en plus impérieusement sentir.
À ce point de vue, Madagascar offre sensiblement le même spectacle que la Chine actuelle ou l’Europe du moyen âge ! Des provinces regorgent de produits pendant que d’autres sont exposées à souffrir de la disette, pour ne pas dire de la famine, tellement le défaut de routes rend malaisée la circulation des denrées à l’intérieur de la colonie.
En dehors de quelques régions évidemment privilégiées, Madagascar manque de riz. La chose peut paraître invraisemblable attendu que notre grande colonie de l’océan Indien en produisait de plus en plus. Mais la mobilisation, la paresse des indigènes, le manque de moyens de communication ont réussi à provoquer dans diverses provinces la pénurie d’une denrée qu’elle exportait en assez fortes quantités depuis quelques années.
(À suivre.)
G. Bertrand.

Le Courrier colonial

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7 février 2018

Il y a 100 ans : Fiandravasana

Nos confrères de la Grande Île protestent énergiquement contre des coutumes déplorables, désastreuses dans leurs conséquences, et cependant respectées encore dans certaines parties de la province du Betsiléo : il s’agit du Fiandravasana qui se traduit surtout par des orgies dont l’alcool fait les principaux frais.
Lorsqu’un indigène meurt, on s’abstient d’abord de déclarer le décès dans les délais prévus par la loi, jusqu’à la venue de ses proches dont le domicile est parfois très éloigné ; en attendant leur arrivée, on organise la « veillée des morts » qui n’est pas ordinaire car on y convie tous les voisins et même les… autres, notamment des filles et des garçons de huit à quinze ans… puis on commence la veillée, c’est-à-dire que tous les soi-disant veilleurs se livrent à une débauche d’alcool que l’orgie suit bientôt.
Les historiens ont voué à l’exécration les noms de Louis XV et de Napoléon III pour le parc aux cerfs de Marly et le parc aux biches de Compiègne. Nos indigènes n’ont pas eu besoin de lire l’Histoire pour s’inspirer de ces illustres exemples ; quand l’orgie est à son comble, on voile la tête des filles qui gagnent la campagne et la chasse commence ; les garçons se lancent sur leurs traces et se saisissent de celle qui leur tombe sous la main. Cette « fête » dure trois jours.
Dans un village du Betsiléo, il y eut dernièrement cinq décès dans le mois, ce qui occasionna quinze jours d’orgie.
Notre confrère la Tribune de Madagascar fait observer avec raison que laisser vivre de semblables coutumes, c’est vouloir la destruction d’une race qui fut jadis vigoureuse.
Pour mettre un terme à ces déplorables mœurs, il ne suffira pas d’exiger la déclaration prompte du décès, mais il faudra interdire la coutume ; ce sera l’affaire des fonctionnaires indigènes, des médecins de colonisation qui sont, par leur origine même, plus à même de comprendre la mentalité du Betsiléo et de constater les regrettables effets de ces réunions.
Respecter les coutumes nationales d’un peuple est bien et parfois d’une bonne politique, mais il en est tout de même quelques-unes – et le Fiandravasana est de celles-là – dont les Malgaches eux-mêmes accepteront la suppression quand ils pourront apprécier les avantages qui en résulteront.

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31 janvier 2018

Il y a 100 ans : Les ports de la Grande Île

Nos colonies songent toutes à s’organiser pour l’après-guerre afin de reprendre leur essor, arrêté par la guerre, et le premier objectif dont elles se préoccupent est l’outillage de leurs ports.
C’est ainsi qu’à Madagascar, l’importance du port de Tamatave tend à s’accroître d’année en année.
L’exploitation des nombreuses richesses des hauts plateaux et de la côte, favorisée par le chemin de fer, l’amélioration du port sont de nature à faire de Tamatave la capitale commerciale de la colonie.
La présence de gisements aurifères très riches dans la région de Diego-Suarez, l’exploitation régulière et féconde de vastes salines, l’existence de troupeaux de bœufs qui s’accroîtront considérablement lorsque l’hydraulique agricole aura fait les progrès voulus, sa situation de port d’escale et de ravitaillement par excellence font de Diego-Suarez un centre commercial très important. Le commerce de ce port a plus que doublé depuis six ans et promet de s’accroître à mesure que l’exploitation des richesses locales sera favorisée par un outillage économique dont le perfectionnement se poursuit.
À Majunga, l’exploitation intensive de l’industrie des viandes a provoqué dans cette région une activité incessante, source de richesses pour la population européenne et indigène. Les exportations de riz et de raphia contribuent à augmenter ce mouvement économique.
Par la richesse de la région dont il est le débouché et par la situation qu’il occupe par rapport aux pays de la côte africaine, le port de Majunga a acquis une importance qui ne peut plus s’accroître. Du moins, les Majungais sont-ils déterminés à maintenir cette enviable situation.
La région de Fort-Dauphin ne manque pas de produits. Les légumes secs, le manioc, la cire, le caoutchouc peuvent y être exploités avec succès. Les troupeaux de bœufs, fort nombreux, peuvent apporter au commerce des peaux un appoint sérieux. Ces considérations laissent supposer que, lorsque le calme sera rétabli, le port de Fort-Dauphin sera le point de sortie de produits aussi riches que variés. Il conviendra pour cela que les courriers annexes le fréquentent régulièrement, ce qui est peut-être beaucoup demander, et que les exportateurs trouvent ailleurs qu’en Allemagne le placement de ces produits.

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29 janvier 2018

Il y a 100 ans : L’avenir industriel de la Grande Île (2)

(Suite et fin.)
Les exploitations forestières sont nombreuses ; une douzaine d’entre elles possèdent des scieries mécaniques.
Mais la plus prospère de toutes les industries, celle qui fait vivre le plus d’Européens et d’indigènes, est l’industrie minière grâce au développement pris dans ces deux dernières années par l’exploitation du graphite. La nécessité d’enrichir le minerai tel qu’il sort de la mine a fait naître sur place une douzaine d’usines ou ateliers disposant d’une machinerie appropriée permettant de séparer du minerai les impuretés qui en diminuent la valeur.
Le nombre de ces installations ne pourra qu’augmenter en raison du développement considérable pris par l’exploitation du graphite.
Enfin, on annonce la création d’établissements pour le traitement des écorces de palétuviers, pour l’extraction de matières tannantes et la fabrication de la pâte à papier, de certains tissus et pour l’utilisation des peaux et de l’huile de crocodile.
L’avenir industriel de la colonie est en bonne voie.
Nous n’avions jamais dit autre chose.

Le zébu de Madagascar

Du Figaro :
Les bœufs de Madagascar ont, en ces jours-ci, au Sénat, les honneurs de la séance ; il en pourra coûter la vie à un grand nombre d’entre eux. En effet, en un moment où l’on a à résoudre le difficile problème consistant à nourrir la population tout en ménageant le troupeau national (si improprement nommé le cheptel national), il est naturel de recourir aux ressources alimentaires de notre grande colonie.
Le bœuf de Madagascar, nommé zébu, porte sur le garrot une ou deux bosses, mais là s’arrête la ressemblance avec le dromadaire ou le chameau, car sa chair est excellente. Un de nos amis, qui a reçu dernièrement une boîte de conserve contenant une langue et un filet de zébu, déclarait qu’il n’y avait pas de singe qui fût comparable à cela.
Puisse le zébu colonial sauver le bœuf national.

Pour les Œuvres de guerre

On nous écrit de Majunga que la soirée donnée à Boanamary au profit des Croix-Rouges anglaise et française a produit plus de 5 000 francs. Tout le personnel de l’usine a prêté son concours à cette fête qui fut des plus réussies.

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27 janvier 2018

Il y a 100 ans : L’avenir industriel de la Grande Île (1)

Dans cette vaste et nouvelle colonie, dont l’étendue dépasse celle de la France, l’industrie est encore, par la force même des choses, embryonnaire ; très vaste est le champ qui reste ouvert à l’activité européenne.
L’extension du réseau ferré, l’ouverture de nouvelles voies navigables en activeront le développement ; l’élévation du fret aura la même influence. Pour éviter le fret pauvre et encombrant, on sera amené, automatiquement, à transformer le plus possible la matière première sur place, à lui faire subir au moins un dégrossissement pour n’expédier qu’un fret payant. À cet égard, voici un aperçu des industries déjà existantes :
Les usines pour la production de conserves de viandes et de viandes frigorifiées sont au nombre de cinq auxquelles s’ajoutent deux établissements pour la salaison des porcs et la production du saindoux. Au fur et à mesure que se développe la culture du riz naissent de nouvelles usines pour décortiquer ce produit ; on en compte actuellement dix dont quatre situées à Tananarive ou aux environs ; il ne tardera pas à s’en créer d’autres car c’est une industrie de grand avenir. Parmi les industries plus particulièrement susceptibles de prendre un certain essor, nous pouvons citer celles qui se rapportent soit à la transformation du manioc en fécule, en farine ou en tapioca, soit à la dessiccation sous forme de cossettes s’il est destiné à l’alimentation du bétail, sous forme de rondelles s’il est destiné à la fabrication de l’alcool.
En outre, six usines produisent de la fécule et du tapioca, trois autres fonctionnent uniquement comme féculeries, quatre font la dessiccation du manioc. Le froment importé à Madagascar il y a quelques années y a assez bien réussi, notamment la variété provenant de Médéah ; deux minoteries construites à Antsirabe le transforment en farine.
Déjà importante, l’industrie de la distillerie compte quatre distilleries de rhum, quatre de plantes à parfums, d’autres pour la production de l’alcool industriel. Les sucreries sont au nombre de quatre dont trois aux Comores. Des salines sont exploitées dans le nord et dans le sud de l’île. Une tannerie existe à Tananarive.
(À suivre.)

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23 janvier 2018

Il y a 100 ans : La question des cuirs dans la Grande Île (2)

(Suite et fin.)
La spéculation ne serait nullement à craindre puisque les prix seraient fixés d’avance. En tout cas, ce serait la liberté rendue à une branche de commerce qui a pâti énormément de cette réquisition inconsidérée ; ce serait surtout le retour au bon sens.
D’aucuns ont pensé un moment que l’Intendance, comme toute émanation des pouvoirs irresponsables, ne voulait pas reconnaître s’être trompée et qu’elle persistait dans son erreur pour démontrer que cette erreur était la vérité.
On se trompait, l’Intendance a daigné répondre.
Devant les protestations successives des chambres consultatives de Tananarive, de Majunga, d’Ananalave, de Tuléar et autres, l’Intendance a ordonné une enquête dans la Grande Île, enquête qui dure depuis plusieurs mois, mais si l’on connaît la date de son ouverture, on ne pourra peut-être pas préciser aussi bien celle de la clôture. Le commerce malgache attend un remède à ses maux. C’est d’ailleurs le conseil que lui a donné l’Intendance elle-même. Attendez le résultat…
Pendant ce temps, les moyens de transport sont entrés dans une crise dont la gravité est connue de tous, et commerçants et éleveurs voient avec terreur leur situation empirer. Quant aux indigènes plus malins, ils ont trouvé le moyen de ne pas voir leurs cuirs réquisitionnés : au Zoma, ils débitent la viande de leurs animaux avec la peau attenant après.
Le mal est grand ; la Chambre consultative d’Ananalave l’a concrétisé en quelques chiffres dont l’éloquence devrait ouvrir les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Au 31 juillet 1916, il y avait dans la région une production mensuelle de 2 850 cuirs environ ; cette moyenne est tombée à 360 en 1917, soit une diminution de 87 %.
Si l’Intendance a véritablement ouvert une enquête dans le but d’aboutir et d’enrayer la crise qui menace l’élevage malgache, qu’elle se hâte de conclure, les commerçants de la Grande Île ne peuvent attendre plus longtemps.

Le Courrier colonial

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22 janvier 2018

Il y a 100 ans : La question des cuirs dans la Grande Île (1)

On en parlera, grand’mère, sous le chaume bien longtemps, disaient les enfants en contemplant la redingote et le petit chapeau de l’« Autre ». La question des cuirs à la Grande Île semble ambitionner la même renommée car depuis près de deux ans que la Commission de l’Intendance effectue ses réquisitions, le mécontentement des colons et des commerçants de Madagascar ne fait que croître et embellir.
Nous avons tenu nos lecteurs au courant des diverses phases de cette question, et nous avons même publié ici la lettre d’une des hautes personnalités de la colonie qui, n’ayant à prendre parti ni pour l’Intendance ni pour les commerçants, était bien placée pour en connaître et en parler avec impartialité. Le témoignage de notre distingué correspondant ne fut pas, d’ailleurs, favorable à l’Intendance, parce que les réquisitions étaient faites sans méthode et surtout sans économie. Nous nous sommes également fait l’écho du commerce local, indisposé par la façon dont on voulait méconnaître ses intérêts les plus légitimes, et qui ne demandait, somme toute, rien qui ne fut admissible.
Une fois de plus, nous allons rapporter ici ses desiderata ; peut-être finira-t-on par les prendre en considération dans la métropole puisqu’à la colonie, il n’en est tenu aucun compte.
Tout d’abord, les commerçants demandent la liberté, comme avant, des transactions locales, et que l’exportation des cuirs réquisitionnés soit limitée à la France. On se rappelle qu’une bonne partie des cuirs recollés (n’ayant pu être exportés pour une raison ou pour une autre) avait été envoyée à Maurice. De fait, il est inadmissible qu’on prive de ses cuirs la Grande Île pour les envoyer dans l’île voisine ; d’autre part, puisque le gouvernement réquisitionne tous les cuirs susceptibles d’être utilisés pour les besoins de la Défense Nationale, pourquoi ces cuirs ne sont-ils pas partis pour la France ?
Le commerce malgache pense qu’il serait plus sage de ne réquisitionner que les cuirs reconnus vraiment nécessaires – afin de ne pas encombrer comme on l’a fait les docks de Majunga où ils s’avarient – et laisser les commerçants acheter les cuirs rejetés qu’ils expédieraient eux-mêmes, comme autrefois, sur les marchés anglais et italiens où on l’habitude de les travailler.
(À suivre.)

Le Courrier colonial

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14 janvier 2018

Il y a 100 ans : Vanille et vanilline (4)

(Suite et fin.)
Cette année, elle promet d’être aussi bonne. Il ne semble donc pas que les cours de 17 à 19 francs le kilogramme, pratiqués l’an dernier aux conditions de Paris pour les lots de bonne qualité, puissent s’élever si la vanilline continue à entrer en France, si le Mexique peut toujours nous expédier ses produits.
Au cas où l’interdiction que nous réclamons serait appliquée, nos colons auraient la satisfaction d’écouler rapidement leur récolte à des cours qui seraient un peu plus rémunérateurs, sans atteindre toutefois ceux qu’ils ont connus il y a quelques années.
Le consommateur français ne s’apercevrait guère de la différence, et une culture coloniale particulièrement intéressante ne risquerait pas de perdre de son importance.
Nous voulons espérer que M. René Besnard, dont nous connaissons toute la bonne volonté, s’emploiera pour faire cesser une situation si préjudiciable à nombre de ses administrés.
Que l’on n’invoque pas ici les difficultés de transport. Amener les vanilles du Mexique ou celles de nos colonies, c’est exactement la même chose.
Quant à la vanilline, les 750 000 francs d’or qu’elle fait sortir annuellement de France valent bien que l’on accorde à nos colons, sur nos bateaux, l’infime place nécessaire pour envoyer dans la métropole leur récolte de vanille.
Jean Peyraud.

Le coup d’œil des Malgaches

Les qualités de race des Malgaches, l’acuité de leur vue, la subtilité de leur ouïe et de leur odorat, leur souplesse et l’habileté qu’ils déploient à ramper sans bruit, les rendent particulièrement aptes au métier de patrouilleur. Mais, surtout, ils excellent au lancement des grenades. Il ne faut pas oublier que, pasteurs de troupeaux pour la plupart, ils ont accoutumé de ramener les bêtes qui s’écartent en leur jetant un caillou et ils arrivent à une précision telle que le caillou atteindra très exactement et souvent de fort loin le point visé, la corne droite du bœuf, par exemple… Tirailleurs, ils se servent de leurs grenades avec la même virtuosité que, pasteurs, leurs cailloux.

Le Courrier colonial

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 71 titres parus à ce jour.

13 janvier 2018

Il y a 100 ans : Vanille et vanilline (3)

(Suite.)
Suivant les dernières statistiques que nous avons consultées, il entre encore annuellement en France plus de 5 000 kilogrammes de cette mixture chimique au prix de 150 francs le kilogramme.
C’est donc 750 000 francs d’or qui sortent pour que la malfaisante vanilline puisse entrer.
Est-ce admissible ? Alors que tant de choses dont l’utilité ne saurait être contestée ne peuvent plus être achetées à l’étranger, parce qu’il faut ménager nos ressources en or, la vanilline continue à jouir d’un régime de faveur.
Il faut croire que les rois de la chocolaterie sont bien puissants !
Cependant, ce n’est pas un secret pour personne que la vanilline nous vient d’Allemagne par des voies plus ou moins indirectes. Même en temps de guerre, les usines boches réussissent à introduire chez nous cette drogue dont les effets nocifs ne sont même plus discutés !
Nous demandons avec insistance aux Pouvoirs Publics de mettre fin à ce scandale, de réserver l’or de la France pour un meilleur usage, d’interdire rigoureusement l’importation de la vanilline.
En même temps, ils rendraient service à nos colons dont la vanille trouverait des débouchés à des prix qui ne seraient pas tout à fait des prix de famine.
D’autre part, ne doit-on pas interdire l’introduction en France des vanilles du Mexique ? À vrai dire, nous savons qu’il en est question, mais il faudrait se hâter de prendre cette mesure, car ici encore, c’est notre or qui s’en va à l’étranger sans aucune nécessité, puisque les vanilles de nos colonies sont d’assez bonne qualité pour que les consommateurs puissent se passer des vanilles du Mexique. Celles de la Réunion notamment peuvent rivaliser avec elles.
Et puis, quand bien même nos vanilles coloniales seraient un peu moins finement parfumées que leurs concurrentes du Mexique, les nez les plus délicats ne doivent pas oublier que nous sommes en temps de guerre et qu’ils peuvent bien faire quelques sacrifices aux dépens de leur nerf olfactif !
Précisément, la récolte de la vanille a été très abondante l’an dernier, elle fut même au-dessus de la normale tant à Bourbon qu’à Madagascar et aux Comores.
(À suivre.)
Jean Peyraud.

Le Courrier colonial

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10 janvier 2018

Il y a 100 ans : Vanille et vanilline (2)

(Suite.)
La tôle manque, alors construisons des navires en bois, comme le fait l’Angleterre. Rien qu’en Cochinchine, il est possible de construire des navires à l’arsenal de Saïgon, aux chantiers des Messageries Fluviales, aux ateliers de construction mécanique de la Société de dragages de Mytho dont le directeur général, M. Dessoliers, est mobilisé en France.
En Annam, le port de Cam-Ranh, œuvre de l’actif marquis de Barthelemy, se prêterait également à la mise en chantier de bateaux de petit tonnage.
Madagascar, la Réunion, les Antilles, l’A. O. F., l’A. E. F., Cap Lopez en particulier, peuvent également construire des navires si le sous-secrétaire d’État aux transports maritimes, M. de Monzie, qui y paraît d’ailleurs résolu, demande à ces colonies de le faire.
Ainsi se créerait cette flotte marchande coloniale que nous réclamons depuis si longtemps avec tous les esprits avertis. Jamais elle ne fut plus nécessaire, jamais aussi l’occasion ne fut plus favorable pour doter nos possessions d’outre-mer des moyens de transport indispensables à leur développement.
Pour mieux faire toucher du doigt à nos lecteurs l’acuité de la crise des transports entre la métropole et nos lointains territoires, nous laisserons de côté les doléances de nos colons dont les produits sont encombrants et occupent une place considérable dans les cales des navires, pour ne nous occuper que des lamentations des planteurs de vanille dont les produits – tout le monde le sait – exigent le minimum de place à bord.
Or, la vanille elle-même de la Réunion, de Madagascar, des Antilles, de Tahiti, etc., ne peut être amenée en France, ou, si elle l’est, elle arrive avec une telle lenteur que les producteurs éprouvent de ce fait le plus sérieux préjudice !
Cependant, la vanille est une des cultures particulièrement précieuses de notre empire d’outre-mer ; de toute nécessité il faut la protéger, l’encourager.
Or, le croirait-on ? La rivale de la vanille, la vanilline, ce produit essentiellement boche contre lequel le Courrier Colonial mène depuis bientôt dix ans une inlassable campagne, a conservé chez nous tous ses débouchés d’avant-guerre.
 (À suivre.)
Jean Peyraud.

Le Courrier colonial

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8 janvier 2018

Il y a 100 ans : Vanille et vanilline (1)

Dans son dernier numéro, ce journal s’est fait l’écho des doléances de nos colons, invités à surproduire par l’administration, alors que les rares navires envoyés par la métropole ne peuvent même pas enlever une production normale.
Produits du sol et produits du sous-sol sont comme sœur Anne : ils ne voient jamais rien venir !
Le ministre du ravitaillement, M. Maurice Long, – nom qui semblait le prédestiner à ce poste ingrat, – annonçant à la Chambre qu’il réduisait le nombre des bateaux assurant les transports entre Madagascar et la France, ajoutait qu’il comptait sur le patriotisme de nos colons pour les empêcher de se plaindre d’une pareille mesure.
Nos compatriotes auraient tort de se lamenter, car leurs lamentations seraient sans résultat. Ils le savent et ne perdront pas leur temps en jérémiades quand bien même ils ne sauraient que faire de leurs loisirs.
Mais ils ne s’attendaient vraiment pas à voir leur patriotisme mis à l’épreuve de cette manière. Ils étaient décidés à venir par tous les moyens possibles en aide à la métropole ; leur activité, leur dévouement, leur expérience étaient à son service, et alors qu’ils étaient si bien disposés, on leur dit de rester inactifs par patriotisme !
Ne faites rien, ne produisez rien, voilà l’effort qui est demandé à nos possessions d’outre-mer quand tous les coloniaux et nombre de métropolitains sont d’accord pour affirmer que la métropole ne pourra subsister qu’avec l’existence de ces lointains territoires. Le blé, l’orge, le riz, le maïs, le manioc, le sucre qu’ils doivent produire en abondance pour suppléer à l’insuffisance de la production de la mère patrie semblent devenus quantité négligeable, si l’on en croit M. Maurice Long.
Voilà qui est bien fait pour encourager nos colons et attirer vers nos possessions les immigrants et les capitaux qui leur seront indispensables après la guerre.
Les bateaux se font rares. Soit. Que l’on se hâte alors d’en construire dans toutes nos colonies possédant le bois et la main-d’œuvre nécessaires.
(À suivre.)
Jean Peyraud.

Le Courrier colonial

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6 janvier 2018

Il y a 100 ans : Les tirailleurs malgaches (2)

(Suite et fin.)
Le bataillon vient, cette fois, de monter tout entier dans le sous-secteur nord du bois de Quiney. À cette occasion, beaucoup d’indigènes, qui faisaient partie de la S. H. R., ouvriers ou conducteurs, ont demandé à quitter la section pour monter en ligne avec leurs camarades, parce qu’ils veulent « gagner la croix de guerre et puis aller après à Paris ». Ceci rappelle qu’en arrivant à Soissons, un Malgache, fusilier-mitrailleur, qui voyait qu’au lieu de participer comme combattant à l’offensive, on l’employait à casser des cailloux sur les routes, a déserté le bataillon et est allé, le 16 avril au matin, se présenter, avec son fusil-mitrailleur, au colonel commandant le ne colonial, pour lui demander de l’utiliser, lui et son fusil.

Le pain de riz

Dans une intéressante étude sur le riz de Madagascar, M. Petré établit la composition et la valeur chimique du blé comparée avec le riz de la Grande Île et celui de Saïgon ; il conclut à la possibilité de l’admission de 10 à 15 % de farine de riz dans la fabrication du pain, sans qu’il en résulte le moindre inconvénient pour la santé publique.
La presse locale demande que ces considérations soient prises en valeur (étant donné les difficultés que l’Administration rencontre pour se procurer de la farine) et qu’on intensifie la culture du riz dont la farine aura un placement assuré.
Nos lecteurs se souviennent vraisemblablement que notre directeur avait eu déjà cette idée et qu’il avait énergiquement préconisé cette addition du riz au blé de froment, sans aucun succès d’ailleurs.
Souhaitons que nos confrères de la Grande Île soient plus heureux car notre colonie de l’océan Indien ressemble à sa métropole. Ce ne sont pas les excédents de farine qui l’encombrent.


À Majunga

À Majunga, un Indien de Marovoay, employé de commerce, augmentait sa matérielle en prenant une « petite commission » sur le change des billets de banque.
S’étant fait prendre flagrante delicto au moment où il faisait payer un change pour un billet de 50 francs, il a été condamné à 1 500 francs d’amende et à l’affichage du jugement à Majunga, dans chaque district et dans chaque canton de la province.

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5 janvier 2018

Il y a 100 ans : Les tirailleurs malgaches (1)

On sait que, parmi les bataillons que le recrutement de Madagascar fournit actuellement sur notre front, les uns combattent, les autres sont uniquement employés comme bataillons d’étapes. Un de ces bataillons a été constitué au camp de Saint-Raphaël, conformément à la décision ministérielle du 8 décembre 1916, et dès le 4 avril 1917, joyeux et plein d’entrain, il quittait le camp pour être dirigé vers la zone des armées. Il débarqua à Soissons et fut mis du 10 au 30 avril à la disposition du génie et de l’artillerie pour des travaux routiers et des manutentions de matériel et de munitions.
Tandis que le reste du bataillon devait être employé au ravitaillement des unités d’assaut, une de ces compagnies fut désignée avec la compagnie de mitrailleuses, pour participer aux attaques contre le canal de l’Aisne et voie ferrée de Soissons-Laon. Les deux compagnies furent engagées, le 5 mai, par le colonel du R., sous les ordres de qui elles avaient été placées ; elles s’élancèrent, comme à l’exercice, à l’assaut de la tranchée « Aviatik » qui leur avait été assignée comme objectif, l’atteignirent, mais ne purent s’y maintenir, notre progression sur le mont des Singes ayant été arrêtée par des mitrailleuses allemandes qui n’avaient pu être réduites. Quelques jours après, le bataillon de tirailleurs malgaches attaché à la … D.I. fut de nouveau employé par moitié en ligne et par moitié pour le service routier et les ravitaillements.
Les services rendus depuis cette date par le bataillon malgache ont été reconnus par le général commandant le D.I. dans son ordre du 13 août 1917.
« Au moment où le bataillon de tirailleurs malgaches va quitter le D.I., le général de division tient à lui exprimer ses regrets de se séparer d’une belle troupe qui lui a donné toute satisfaction.
« Par leur tenue, leur attitude, leur discipline, leur bonne volonté au travail, les tirailleurs malgaches n’ont mérité que des éloges et les unités mises en secteur ont tenu très honorablement le front qui leur a été confié.
« Le général est persuadé que le bataillon continuera à rendre d’excellents services partout où on l’emploiera et il lui adresse son adieu, avec les meilleurs souhaits pour tous. »
(À suivre.)

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2 janvier 2018

Il y a 100 ans : La question du riz à Madagascar

Nos lecteurs se souviennent-ils que nous leur avions parlé de l’initiative de certains colons qui, pour remédier à la pénurie du riz dans la Grande Île, avaient pris les mesures nécessaires pour en faire venir d’Indochine ? Par ailleurs, deux maisons de la colonie avaient manifesté l’intention de faire venir 5 000 tonnes de riz de notre France d’Asie ou de l’Inde britannique, afin d’enrayer la hausse constante du précieux aliment.
À ce sujet, notre confrère la Tribune de Madagascar écrit que la réussite de cette tentative ne pourra se réaliser effectivement que par une intervention pécuniaire du gouvernement pour résoudre la crise du fret.
La question du riz est devenue si aigüe dans la Grande Île que le premier acte de M. Merlin, le nouveau gouverneur général, a été de chercher à remédier à cette situation.
Comme il paraît que dans certaines régions, notamment à Majunga, il y a des stocks de riz, on envisage leur transfert dans les districts où le riz fait défaut, ce qui arrêterait sensiblement la crise actuelle.
Cette question du riz a eu sa répercussion – inattendue – sur le tronçon de voie ferrée déjà posé à Tsiafahy.
L’impossibilité de se procurer le matériel nécessaire pour pousser le rail jusqu’à Antsirabe justifiait en quelque sorte cette mesure, mais la rareté du riz a conduit l’administration à reporter les rails enlevés à la ligne Moramanga-Alaotra.
Jusqu’ici cette région a été considérée comme devant produire intensivement le riz le jour où les prix des transports seront abaissés ; elle pourra donc de la sorte intensifier ses cultures vivrières et contribuer à l’alimentation des tobys où toute une armée d’ouvriers travaillent aux carrières de graphite.
Cette mesure qui, un moment, a pu inquiéter les colons ayant des intérêts dans la vallée d’Ambatolampy, n’empêche nullement l’administration de s’intéresser à leurs droits puisqu’elle se préoccupe actuellement de se procurer le matériel nécessaire à la ligne d’Antsirabe ; mais la question du riz imposait en quelque sorte cette opération.
En outre, quels qu’aient été les frais qu’elle a occasionnés, peu considérables d’ailleurs, il est assuré qu’ils seront vite récupérés par le rendement du fret qui descendra de la région du lac Alaotra.

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