2 avril 2009

Les cauchemars du gecko : trois questions à Jean-Luc Raharimanana

Du 20 au 25 juillet, la nouvelle pièce de Jean-Luc Raharimanana, mise en scène par Thierry Bedard, Les cauchemars du gecko, est programmée au Festival d'Avignon.
Personne ne pouvant en parler mieux que l'auteur lui-même, je lui ai posé trois questions...

Après les tribulations de 47, la programmation des Cauchemars du gecko à Avignon constitue-t-elle une sorte de revanche ?

Une revanche ? Non... Mais un joli pied de nez oui. De plus 47 est programmé aussi dans le festival Contre-courant (le 17 juillet, Festival dans le festival d'Avignon). Disons que dès les premières tribulations, nous avons essayé, Thierry Bedard et moi, de voir plus loin et de toujours revenir à l'essentiel, c'est à dire l'objet-théâtre et la question de l'insurrection. La censure de fait exercée par le ministère français des affaires étrangères n'était qu'un épiphénomène. Avec le recul, cela nous a même mis en pleine lumière (voilà pourquoi les censures sont souvent idiotes, elles font connaître ce qu'elles sont censées voiler). Bref, nous avons continué à travailler. La piste Avignon existait avant toutes ces agitations, elle s'est concrétisée, c'est tout.
Mais ce qui me plaît le plus dans la programmation des Cauchemars du gecko à Avignon, c'est de me retrouver à ma vraie place, en collaboration avec des théâtres, avec des artistes, des comédiens, des musiciens, en somme avec la Scène nationale de Bonlieu à Annecy d'abord, au festival d'Avignon ensuite. Ces derniers temps, je me trouvais à des places et postures que je n'ai pas réellement choisies : défendre la mémoire malgache contre les négations de toutes sortes, répondre à des questions qu'on pose normalement à des historiens, des politiques, des économistes.. la pauvreté, la violence, ces événements absurdes qui arrivent au pays. Comme le gecko donc, retomber sur mes pattes et m'accrocher à mes parois...

A lire les extraits du travail en cours publiés dans Langue vive, Le cauchemar du gecko semble une sorte de prolongement de Za. Est-ce le cas ?

Je ne sais pas. Un moyen d'en sortir je dirais ? L'écriture de Za m'a amené à des endroits que je ne voulais/pouvais pas trop quitter. je ne savais pas comment continuer à écrire après. Je ne voulais pas non plus produire un Za 2. En tout cas, la question de la voix reste toujours primordiale. Comment une écriture peut physiquement nous atteindre. Une expérimentation qu'il m'est difficile de théoriser. Et face à la déréliction du monde, à la colonisation de la langue par cette pensée relativisante (où tout est faussement libre, impertinent, etc), comment se frayer un corps à travers tous ces bruits et langages nous chosifiant...

Le théâtre, c’est l’oralité directe, de la scène au public. Est-ce plus facile, plus efficace, sous cette forme que dans un roman où le lecteur se trouve seul face à un texte muet dont le chant ne peut naître que dans sa tête ?

Un chant intérieur, c'est tout aussi beau... Dans un roman, on a le choix du chant, on peut revenir en arrière, on peut laisser, on peut sauter une page, on peut réinventer. Au théâtre, le public n'a pas vraiment le choix, il écoute un chant, le chant du comédien, du metteur en scène. Le plus difficile, c'est de multiplier ce chant, d'emporter le public à un autre endroit qui le surprenne, quitte même à un autre endroit qu'il ne veut pas et de l'y confronter à d'autres possibilités du dire. Je ne sais pas quel est le plus efficace. Et efficace en quoi ? Je n'ai plus de pouvoir à partir du moment où je pose ma plume. C'est au metteur en scène de bâtir ce qu'il veut. Et moi-même, auteur, je deviens public, un peu particulier mais public néanmoins. Pour répondre réellement à ta question, il faut que je me fasse Artaud et me confronter directement au public, sans passer par les comédiens... Ca viendra peut-être.

1 avril 2009

De la culture à l'agriculture

Le Monde l'affirme: A Madagascar, la seule crevette d'élevage bio du monde.
C'est déjà cela qu'on ne pourra pas nous enlever - à moins que la crise économique mondiale éloigne des tables de luxe ce produit coûteux.
Dans l'article de Sébastien Hervieu, j'ai apprécié et, je l'espère, vous apprécierez comme moi, la description de la "salle des amours" où règne une pénombre propice à l'intimité des accouplements. On a beau être crevette, on n'est pas pour autant des bêtes! Euh... je m'emporte peut-être un peu.
Vous me direz que culture et agriculture, ça rime. Mais la crevette, là-dedans? Quel rapport avec l'agriculture? Il faut croire qu'il existe puisque cet élevage a reçu le label Agriculture biologique.
A vos gambas!

26 mars 2009

Combien ça coûte, un oeuf d'Aepyornis ?

Franchement, je n'en avais aucune idée. Mais s'il est bien une bestiole qui appartient au patrimoine malgache disparu, l'aepyornis est celle-là. Un peu comme le dodo chez nos voisins, mais en plus spectaculaire. Plus costaud, en tout cas. Plus beau, ça dépend des goûts, et je ne me prononcerai pas. L'aepyornis a en outre un avantage incontestable sur le dodo: on trouve encore des œufs - plus ou moins entiers.
Ces œufs ne peuvent plus sortir de Madagascar, ce qui semble tout à fait naturel. Mais cela n'a pas toujours été le cas et il s'en balade donc un peu partout dans le monde, dans des musées, chez des collectionneurs, et parfois même encore chez des marchands.
Le site Internet de la BBC raconte qu'un de ces œufs est mis en vente à la Foire des Antiquaires de Chelsea, à Londres. Il appartient à l'antiquaire John Shepherd, d'Ashford (Kent), qui avait acheté l'œuf l'année dernière après avoir appris que David Attenborough en avait découvert un en filmant à Madagascar.

(Ici, j'ouvre une parenthèse: c'est quoi, ce film de David Attenborough?
Un instant, je cherche.
Et je trouve.
Je vais même, du coup, vous offrir une photo prise à Madagascar lors du tournage de Life in Cold Blood (Vivre de sang-froid), une série en cinq épisodes où apparaît ce caméleon.
Fin de la parenthèse.)

Et je reviens à mon œuf d'aepyornis - enfin, quand je dis le mien, c'est une manière de parler, vous l'aurez compris.
D'ailleurs, puisque la question posée dans le titre de cette note était le prix de l'oeuf en question, je préfère vous prévenir: cela n'entre pas dans mon budget.
En effet, le prix de départ est fixé à 5.000 livres sterling, soit environ 1.400.000 ariary, ou 7 millions de francs malgaches, pour ceux qui, comme moi, comptent encore ainsi...

24 mars 2009

Trois nouveautés en librairie

Belle moisson, après une semaine pendant laquelle je n'avais pas eu l'occasion de faire ma récolte...

Je commence avec la littérature, vous connaissez mes goûts.
Dominique Ranaivoson édite, trois ans après les Chroniques de Madagascar, où douze auteurs étaient présents avec chacun une nouvelle, un nouvel ouvrage dans la même veine: Nouvelles chroniques de Madagascar ne rassemble cette fois que quatre écrivains,mais leur laisse davantage d'espace.
Au sommaire:
Hery Mahavanona. Au nom du père
Johary Ravaloson. Antananarivo, ainsi pendant les jours pluvieux. Chroniques de vies ordinaire
Désiré Razafinjato. Tahiry. De Madagascar au djebel algérien, l'amère-patrie
Cyprienne Toazara. Doublement un
Et voici la présentation de l'éditeur:
À la suite des 12 nouvelles des "Chroniques de Madagascar", ces quatre récits sont à mi-chemin entre le roman, le conte et la nouvelle. Dans la ville d’Antananarivo, les villages tsimihety de l’Ouest et en Algérie, ils mettent en scène des personnages à la vie à la fois ordinaire et fascinante. Le lecteur accompagnera paysans, citadins et soldats dans leurs dilemmes et leurs découvertes grâce à des écritures qui mêlent habilement le rêve et la réalité. Loin des caricatures exotiques, ces textes malgaches attestent du dynamisme d’une langue française résonnant de multiples échos.

Dans un autre registre qui m'est cher, celui des textes anciens sur Madagascar (même s'il s'agit plutôt ici de l'Océan Indien), voici les recherches historiques du Dr Honoré Lacaze sur L'Ile Bourbon. L'Ile de France et Madagascar. L'auteur ne vous est pas inconnu si vous suivez les productions de la Bibliothèque malgache puisque j'ai déjà réédité, sous forme de livre électronique gratuit, ses Souvenirs de Madagascar, publiés en 1881, soit un an après cet ouvrage.
L'éditeur moderne le présente ainsi:
La collection «Introuvables de l’Océan Indien» se propose de restituer, sous une forme commentée, des ouvrages qui n’ont jamais été réédités, de grand intérêt historique ou littéraire.
Ce livre est à la fois un recueil de documents, et un document en lui-même.
En l’écrivant, son auteur, le Dr Lacaze, père du futur amiral, a d’abord voulu faire le point sur ce qu’on savait de l’histoire de La Réunion, à son époque: il déroule le récit et l’émaille de nombreuses citations d’auteurs anciens, ce qui en fait une précieuse compilation sur La Réunion, au début de sa colonisation, et sur sa colonie-mère, Madagascar.
Puis Lacaze arrive à la période dans laquelle il vivait, et l’ouvrage historique se transforme en document économique, social, voire politique. En effet, dans les années 1880, La Réunion est plongée dans une crise dont on ne sait pas à quel point elle sera longue et terrible. Misère, famine, maladies se conjuguent pour écraser la population. Lacaze observe, analyse, commente, avec un regard certes un peu conservateur, mais avant tout profondément scientifique.
Autant d’éléments qui font de cet ouvrage, jamais réédité, un atout précieux dans la connaissance de La Réunion.
L’auteur, né à Saint-Pierre, médecin, avait 64 ans quand il a publié cet ouvrage. Il est par la suite parti gérer une léproserie aux Antilles, où il serait mort, à une date inconnue, après avoir signé différents autres livres à caractère documentaire ou scientifique.
Cette réédition est précédée d’une présentation de l’auteur, de son œuvre et du contexte historique de celle-ci, et accompagnée de nombreuses notes.
Directeur de collection, auteur de la préface : Daniel Vaxelaire.

Enfin, troisième ouvrage pour aujourd'hui, Les cinémas de Madagascar (1937-2007), de Karine Blanchon.
Karine Blanchon est docteur en Lettres, diplômée de l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) à Paris. Elle travaille sur les cinémas de l'océan Indien occidental.

Ce livre dresse un panorama inédit de la richesse et de la diversité de la céation cinématographique et audiovisuelle à Madagascar. Dans un contexte de production souvent difficile, ces films relaient les espoirs et les doutes d'une société tiraillée entre son attachement profond à l'héritage traditionnel et sa volonté de s'intégrer à la mondialisation. La mise en lumière de ce patrimoine méconnu pose aussi la question de la représentation de soi et de l'autre et propose une réflexion sur l'importance de l'image dans l'expression de la culture malgache contemporaine.

14 mars 2009

En librairie : Maé, l'enfant rouge

Et encore un livre - mais pas un guide de voyage, cette fois, bien qu'il soit question de voyage. Vous me suivez? Vous me suivrez peut-être mieux quand je vous aurai livré le résumé que fait l'éditeur de Maé, l'enfant rouge.
Anna ne rêve que d’une chose: avoir un bébé. Mais après des mois d’essais et de traitements sans succès, elle comprend qu’elle n’y arrivera pas. Elle décide alors de ne pas renoncer et se lance à corps perdu dans un nouveau combat: l’adoption. Une aventure qui fera remonter à la surface de vieux secrets de famille, et risquera de déstabiliser son couple.
Après des mois d’attente et d’espoir, elle s’envole pour l’Île Rouge, Madagascar, et rencontre enfin Maé. Elle pense toucher au but, mais pour arriver à ramener l’enfant en France, la jeune femme n’est pas au bout de ses surprises…
Anna va vivre un véritable parcours initiatique qui bouleversera sa vie à jamais. Saura-t-elle faire face aux ennuis qui l’attendent ? Une quête semée d’embûches, de la Bretagne à l’océan Indien, qui lui permettra peut-être avant tout… de se trouver elle-même. Un écrit captivant où l’émotion des mots ne peut que nous toucher!
Je ne connaissais pas Gwénaëlle Moullec-Le Therisien, une brève présentation s'impose donc, trouvée aussi sur le site de l'éditeur:
À 26 ans, journaliste de formation, l’auteur a d’abord travaillé au Midi Libre et collaboré à différents magazines. Ayant fait une pause professionnelle pour s’occuper de ses deux enfants, elle en a profité pour se consacrer à l’écriture, sa passion depuis l’enfance.
Elle remporta à l’âge de douze ans le concours «Je Bouquine» avec l’écrivain Jeanne Bourin. Dans cet ouvrage, elle traite d’un thème de société actuel: la souffrance de la stérilité et le combat de l’adoption, une épreuve toujours aussi longue et éprouvante. Madagascar et ses contrées mystérieuses offrent une dimension supplémentaire au récit, et vous plongent au cœur du monde tribal du grand Sud malgache.
Sur son blog, elle a deux petites phrases qui expliquent mieux ses intentions:
J'ai commencé à écrire ce livre en 2003, quand j'ai commencé à avoir un désir d'enfant. 5 ans plus tard, Azelys et Soen sont là, et je finis enfin ce livre...
P.S. Vous l'avez peut-être remarqué, je ne fournis plus, pour les livres dont je parle, d'informations bibliographiques. Elles sont accessibles en un clic sur la couverture ou le titre de l'ouvrage.

13 mars 2009

Le temps des touristes, c'est pour quand ?

Il faut du temps pour préparer un livre. Même la réédition d'un livre. Mars, c'est en principe (ce serait en principe, si ce qui arrive à Madagascar n'était pas en train d'arriver), le bon moment pour lancer les versions mises à jour des guides destinés à accompagner les touristes dans leur découverte de la Grande Ile.

Certains éditeurs spécialisés dans le tourisme s'y prennent même avant d'autres, et je crois avoir déjà signalé, il y a quelque temps, la nouvelle version du Guide du routard Madagascar, disponible depuis janvier et réalisée sous la houlette de Philippe Gloaguen, comme tous les ouvrages de la collection.
Une valeur sûre, en tout cas, même si l'on peut reprocher aux auteurs de suivre une ligne un peu trop stricte qui les amène notamment à exagérer les conseils de prudence, comme si Madagascar était, une sorte de jungle de laquelle il convient de se méfier.
J'ai parfois entendu des restaurateurs ou des hôteliers, ici ou là, se plaindre de la légèreté avec laquelle les enquêteurs venaient vérifier les données de l'année précédente. Je ne donne pas nécessairement tort aux restaurateurs ou aux hôteliers. Mais je comprends que le passage annuel, destiné à infléchir légèrement les avis et à vérifier les prix, généralement en hausse, se fasse un peu plus rapidement que la première visite. Du moins les rédacteurs du Guide du routard prennent-ils la peine de revenir sur les lieux où ils sont déjà allés, et on ne peut pas en dire autant de tous les guides.

Dans la même maison, mais dans un esprit différent, voici aussi, à paraître à la fin du mois prochain, un Guide évasion dans lequel la priorité n'est pas d'indiquer les bonnes adresses et de fixer les budgets repas.
Je ne peux mieux faire que de vous indiquer les grandes lignes sur lesquelles ce livre est construit:
Nos auteurs vous emmènent à Madagascar :
- un avant-goût pour construire votre voyage : les sites essentiels (les îles de Saintes-Marie et Nosy Be, le parc de l’Isalo, l’allée des baobas, les tsingy…), des visites thématiques (les paysages spectaculaires, les marchés et l’artisanat…), et des programmes selon la durée de votre séjour.
- des articles pour sentir l’« île rouge » aujourd’hui : les merveilles naturelles, l’identité malgache...
- des itinéraires pour visiter ce qui compte : Tananarive, les Hautes Terres, le Grand Sud, les côtes Ouest et Est, le nord du pays…
- des conseils pour découvrir les parcs naturels, des adresses de charme…
- des repères pour comprendre l’histoire du pays, une bibliographie détaillée.
- 25 itinéraires, plus de 350 adresses.
Enfin, et à paraître dans quelques jours, un nouvel ouvrage de Didier Mauro, Madagascar, sur lequel je reconnais avoir peu de détails, sinon ces quelques lignes qui semblent concerner toute une collection:
Un guide pour apprendre à mieux connaître une autre culture et adopter des règles de vie spécifiques au pays visité.
J'y reviendrai si l'occasion se présente.

12 mars 2009

A venir dans la bibliothèque malgache : un inédit en français

Je m'avance peut-être, mais admettons que c'est pour me placer le dos au mur, et m'obliger à faire ce que j'annonce.
Je travaille, pour la première fois, sur un texte inédit en français à paraître dans la Bibliothèque malgache: Through Western Madagascar: In quest of the golden bean, un titre qui s'inscrirait presque dans la série des Aventuriers de l'Arche perdue.
Le haricot d'or, quelqu'un a déjà entendu parler de ça? J'avoue que je suis resté interloqué, avant de comprendre que Walter D. Marcuse parlait, dans ce livre paru à Londres en 1914, du pois du Cap, source potentielle, d'après lui, de l'enrichissement potentiel de la région de Madagascar où il a voyagé.
Je suis donc occupé à traduire ce livre en français. Et je vais de surprise en surprise puisque, après le titre imagé, je découvre de page en page un voyageur qui est aussi un écrivain. Il me semble, bien que je ne sois pas encore très loin dans la traduction, que nous tenons là un beau livre méconnu sur Madagascar et les Malgaches. (Je dis "nous", puisque je traduis et que vous allez lire).
Je ne sais pas dans combien de temps ce sera prêt, j'avance doucement parce que je me suis remis récemment à l'exercice de la transposition en français d'un texte anglais, mais deux expériences récentes m'ont convaincu de ce que j'étais capable de le faire (et de ce que, donc, je devais le faire): deux entretiens par mail avec des écrivains, l'un anglais, l'autre indien, que j'ai dû traduire en français. Le premier auteur, qui lit et parle notre langue, n'a pas changé un mot quand il a relu mon texte. Le traducteur du second, vers qui je me suis tourné pour vérifier ma traduction, ne m'a suggéré que deux modifications qui allégeaient la version finale.
Je vous montre ici une illustration de ce livre sur lequel je travaille. Il n'est pas certain que je pourrai reprendre toutes les photographies, mais j'essaierai aussi, c'est promis...

7 mars 2009

Bekoto s'occupe des paysans malgaches

Outre le fait d'appartenir à l'inoxydable groupe Mahaleo, Bekoto, lui-même imputrescible, est sociologue - beaucoup d'entre vous le savent, bien entendu.
Cet aspect de sa personnalité et de ses compétences est utilisé dans un nouveau blog. (Presque nouveau: il a été ouvert le 23 février mais je viens seulement de le voir - OH! BEKOTO! TU AURAIS PU ME PREVENIR!)
Cela s'appelle joliment, polysémiquement et en deux langues, Madagascar, terre(s) de culture(s) - Tany, Tanindrazana, Tany Fambolena.
Je le laisse présenter lui-même la raison d'être de ce blog:
Je m'appelle Bekoto et je travaille en tant que Sociologue avec le Comité pour le Droit des Paysans à Madagascar. Le Comité a été crée en 1996 à la demande des paysans Migrants de la région du Vakinankaratra. Le Comité va étendre ses actions dans d'autres régions rurales et se restructure en changeant aussi sa dénomination : Comité Libertés pour les paysans. La raison du Blog est de partager d'abord, en temps réel, les réalités sur la petite paysannerie Malgache et ensuite, de mettre en lumière les activités et le vécu de ces paysans.
Un lieu créé par un praticien, pour rappeler des préoccupations et des problèmes si éloignés de ceux qui agitent actuellement nos villes qu'on aurait trop facilement tendance à les oublier...

Bibliothèque malgache / 53 : Bulletin du Comité de Madagascar

La publication du Bulletin du Comité de Madagascar se poursuit, puisque cette revue reste une source majeure de renseignements sur la manière dont s'organise la colonie.
Au sommaire de ce numéro, quelques nouvelles du comité de Madagascar, où entre notamment, comme membre sociétaire, Etienne Grosclaude, dont la BME a publié le récit de voyage Un Parisien à Madagascar. Un témoignage d'un colon "éclairé" expliquant comment peut réussir une installation dans la Grande Île. L'idée de colonisation fait son chemin en France. Et quelques autres broutilles.
Mais on sent surtout la forte empreinte de Gallieni sur la vie malgache. Il crée des jardins d'essai destinés à améliorer l'agriculture dans le pays. Il réorganise l'armée et l'administration. Et s'offre une circumnavigation autour de l'île, félicitant ici, affirmant son autorité là-bas, histoire d'asseoir la présence française sur l'ensemble du territoire.
Ce volume est téléchargeable à partir du catalogue complet de la Bibliothèque malgache électronique.

5 mars 2009

Bibliothèque malgache / 52 : Le roi de Foule-Pointe, de Jacques Cazotte

Je vous signale la parution d'un nouveau volume de la Bibliothèque malgache électronique gratuite, le cinquante-deuxième.

Jacques Cazotte (1719-1792) est surtout connu pour un roman, Le diable amoureux. Mais son oeuvre est vaste - et peu lue hors du cercle des spécialistes.
Parmi les nombreux textes appartenant à ses Oeuvres badines et morales, historiques et philosophiques, on trouve ce curieux Roi de Foule-Pointe, en vers.
C'est le récit fantaisiste d'une rencontre entre un lieutenant français dont le navire mouille à Foulpointe, sur la côte Est de Madagascar, et un ancien marin devenu, un peu malgré lui, potentat local.
Les contraintes liées aux usages de son peuple lui pèsent. Mais serait-il prêt à abandonner sa couronne pour rentrer en Bretagne, sa région d'origine? C'est toute la question que pose ce dialogue, inspiré d'idées reçues sur Madagascar et, de manière générale, sur la plupart des régions que l'on pouvait appeler, à l'époque, non civilisées.

Pour télécharger ce petit ouvrage, rendez-vous au bas de la page du catalogue de la BME .

3 mars 2009

Citation : Emmanuelle Urien

Dans Tu devrais voir quelqu'un, Emmanuelle Urien (dont c'est, je crois, le premier roman) imagine une jeune femme qui se referme progressivement sur elle-même. Sarah, c'est le nom de cette femme, veut même, un temps, faire croire qu'elle est partie loin pour des vacances.
Et où part-on quand on veut, de Toulouse, aller loin?
Je vous le donne en mille...
« Elle est où, Sarah ?
— Elle a pris deux semaines de congé et elle s’est envolée pour Madagascar, sans me prévenir, cette chipie... elle a toujours de ces coups de tête, cette fois-ci c’est du gros, Madagascar, tu te rends compte ? Elle m’a envoyé un mail de là-bas, avec une photo de lémurien, tu sais, les gris, avec une longue queue rayée ?...
— Les makis. Amuse-toi bien, ma chérie. »

26 février 2009

Bibliothèque malgache / 51 : Volumes, de Jean-Joseph Rabearivelo

Avec cet ouvrage d'un Jean-Joseph Rabearivelo "première période", la Bibliothèque malgache électronique complète la réédition des œuvres du poète qui avaient été publiées de 1928 à 1935, à l'exception des Éphémérides de Madagascar (1934).
Volumes est le troisième recueil de Rabearivelo, encore marqué par ses lectures. Il est, comme le dit Claire Riffard, "sous influence". Mais il s'agit d'un talent en devenir, qui s'affirme déjà par la musicalité de sa langue.
Cette réédition doit son existence à François Morand, qui possède un exemplaire de l'édition première. Il a respecté le format du livre (16x25 cm), restitué ici par les marges sur des pages A4. Il a utilisé des polices de caractères aussi proches que possible de celles de l’original, suivi scrupuleusement la présentation du texte, la pagination et la typographie – jusque dans les coquilles, relevées dans des notes de fin de document où vous trouverez aussi quelques précisions botaniques.
Je le remercie vivement pour son travail, téléchargeable à la fin de la page du catalogue de la Bibliothèque malgache électronique.
A dire vrai, j'espérais, dans la foulée, ajouter un cinquième volume (et sixième titre, puisque Presque-songe et Traduit de la nuit ont été réédités ensemble) qui aurait été Vieilles chansons des pays d'Imerina, publié en 1939, après la mort de Rabearivelo. Mais je viens de vérifier la loi malgache sur le droit d'auteur, pour m'apercevoir que les œuvres posthumes étaient protégées 70 ans après leur publication. Il faudra donc attendre 2010...

23 février 2009

Stéphanie, Malgache du monde

192 pays et 300 écoles visités.
620.000 kilomètres parcourus.
18.000 dessins recueillis.
Ce sont quelques-uns des chiffres fournis aujourd'hui par Le Soir à propos de Art in all of us, l'association fondée par Stéphanie Rabemiafara, d'origine malgache, et son compagnon belge, Anthony Asael.
Le but? Je simplifie: mettre en contact des enfants du monde entier afin de faire tomber entre eux les barrières des préjugés et du racisme. La photo, le dessin et la poésie sont les moyens utilisés pour exprimer ce que chacun vit au quotidien - et le faire partager.
L'Unicef a marché dans l'aventure. Un réseau s'est mis en place. La maquette d'un livre existe. Le site Internet donne un maximum d'informations (en anglais seulement, si j'ai bien vu). On y trouvera quelques images venues de Madagascar...

21 février 2009

En librairie : le livre de Pierre d'Ovidio où je me retrouve

Début 2006, bien des touristes hésitaient à mettre les pieds dans l'Océan Indien. Le chikungunya s'était installé à la Réunion, les îles voisines étaient atteintes, nul n'était à l'abri... Le 29 mars, Pierre d'Ovidio débarquait pourtant à Ivato pour un séjour de trois mois à Madagascar, pendant lequel il s'était donné pour but de pratiquer un tourisme intelligent, c'est-à-dire de se laisser aller à la découverte d'un pays et de ses habitants, puis d'écrire un carnet de voyage.

Nationale 7 vient de paraître, sous un titre légèrement réducteur, et sans aucun rapport avec Charles Trenet, puisque Pierre d'Ovidio ne s'est pas contenté de descendre vers Toliara. Il avait commencé son séjour par Nosy Be et l'a poursuivi vers Fort-Dauphin.

Trois mois pour parcourir Madagascar et se faire un avis sur les Malgaches, est-ce suffisant? Non, bien sûr. (Après plus de dix ans, j'ai toujours l'impression de ne rien savoir, ou presque.)
Pierre d'Ovidio n'est pas dupe et connaît les limites de son récit. Le meilleur de celui-ci est d'ailleurs dans les descriptions sur le vif, les scènes quotidiennes saisies avec l'étonnement sincère du voyageur. Le moins bon est en revanche dans la tentation, à laquelle il cède parfois, de généraliser à partir des certitudes de quelques-uns.
Pierre d'Ovidio rapporte aussi ce que lui ont dit certains interlocuteurs, à propos de la situation à Madagascar ou à propos d'événements vécus par des résidents étrangers. Un peu de discrétion n'aurait en rien diminué son livre mais l'aurait empêché de desservir quelques personnes facilement reconnaissables.
Il ne s'agit pas de moi, dois-je le dire? Les trois passages où je me retrouve ("Pierre M., journaliste et critique littéraire d'un grand quotidien de Bruxelles qui anime une émission culturelle pour une radio locale") sont plutôt sympathiques.

Sympathique. C'est l'adjectif que j'utiliserais volontiers pour qualifier ce récit de voyage.

19 février 2009

Citation : Stéphane Audeguy

A la page 77 du nouveau roman de Stéphane Audeguy, j'ai su que j'étais sur une piste. A cause de cette phrase, la première du chapitre 26: "Il est temps en effet de se rendre à l'Alliance française"...
Pour écrire Nous autres, qui se passe pour la plus grande partie au Kenya, Stéphane Audeguy a bénéficié en 2006 de l'aide du ministère des Affaires étrangères, dans le cadre d'une mission Stendhal.
Et alors? me direz-vous...
Et alors, en 2006, le directeur adjoint de l'Alliance française de Nairobi était (depuis 2004, et est toujours aujourd'hui) Christian Randrianampizafy, avec qui j'avais sympathisé - et beaucoup travaillé - quand il était, de 2000 à 2004, directeur de l'Alliance franco-malgache d'Antsirabe.
Vous comprenez donc que je me suis dit, en lisant la phrase citée plus haut, que j'avais une bonne chance de retrouver Christian entre les lignes.
Mieux qu'entre les lignes, en réalité, puisqu'après une réception en l'honneur d'un paléontologue de passage, on se retrouve au Paradise 2000, une boîte du coin. Et voilà "mon" Christian qui fait son apparition, avec son véritable prénom:
Il est maintenant 5 heures du matin et une petite troupe de Blancs fait son entrée, c'est l'escorte officielle du Grand Paléontologue qui vient terminer là sa nuit blanche, dirigée par Christian de l'Alliance qui s'est dévoué ce soir-là, il n'a pas d'enfants en bas âge ni de femme comme les collègues, donc il se tape toutes les virées de célibataires des invités de la France terre d'asile [...].
Plus tard, Christian, qui a fait raccompagner le Grand Paléontologue à son hôtel, est resté au Paradise 2000 et se confie un peu - cette fois, le romancier a repris la main et lui invente une vie antérieure dans laquelle il n'aurait pas été directeur de l'Alliance d'Antsirabe:
Il raconte comment il a demandé un poste à Nairobi, à la suite d'un chagrin d'amour il s'était mis en tête de devenir très riche, il avait travaillé comme un forcené dans une compagnie de courtage à Madagascar, vivant seul, mais entouré d'une nombreuse domesticité. Et donc tous les matins bien avant le jour un employé lui sert son café, un autre lui tend sa veste et sa mallette, il sort alors dans la cour, un autre employé lui ouvre la portière de son énorme jeep et la referme derrière lui, tandis qu'un quatrième manoeuvre le portail, Christian sort très vite, mais en marche arrière comme y contraint la disposition des lieux, il ne revient qu'à la nuit bien tombée. Des semaines et des mois s'écoulent ainsi, jusqu'à ce qu'un des employés tombe malade, sans y penser Christian avale le café qu'on lui sert, il enfile la veste qu'on lui présente et saisit sa mallette, la porte de la jeep est ouverte, il s'assoit, il démarre en trombe et franchit le portail ouvert mais il arrache sa portière, parce que personne ne l'a refermée pour lui. Et d'abord il a beaucoup ri, même sur le coup. Ensuite il a réfléchi, il a changé de travail, il est venu à Nairobi où la vie est assez tranquille, et où il ferme lui-même sa portière le matin, et sur ces paroles il salue, traverse l'avenue et le nuit le dévore.
Peu importe la vie que Stéphane Audeguy invente à Christian, devenu en somme personnage de roman. Mais je voulais citer ce passage un peu long pour faire sentir le rythme des phrases et aider à comprendre pourquoi j'ai beaucoup aimé ce livre.

Et puis, c'est promis, la prochaine fois - très vite -, je vous parle d'un livre dont je connais encore mieux un des personnages puisqu'il s'agit de moi-même. Si, si...

16 février 2009

Bibliothèque malgache / 50 : Imaitsoanala, Fille d'oiseau, de Rabearivelo

La série se poursuit, et Jean-Joseph Rabearivelo reste en vedette pour l'instant: comme dans les grandes collections de poche, les chiffres symboliques correspondent à des auteurs privilégiés que l'on tient à mettre en évidence. Le nom de cet écrivain est évidemment exemplaire et méritait bien de s'afficher sur la couverture du cinquantième volume de la Bibliothèque malgache électronique.
C'est donc le troisième ouvrage de sa plume à paraître dans la BME. Imaitsoanala, fille d'oiseau est un livret d'opéra inspiré par un conte traditionnel.
La jeune fille qui donne son prénom au texte est née d'une couvée dont le dernier oeuf semblait seulement bon à être mangé. Au lieu de cela, la beauté qui en sort séduit immédiatement le roi Andriambahoaka. Celui-ci, en l'élisant femme de son cœur, fait de nombreuses jalouses parmi ses autres épouses. Même Ivorombe, la mère d'Imaitsoanala, s'oppose à elle avec une grande violence. Mais tout finira dans la joie... et la musique, puisque ce livret a été joué dès 1936 sur des compositions de Ratianarivo.
Imaitsoanala, fille d'oiseau serait le seul opéra original jamais créé à Madagascar, même si Rabearivelo lui-même qualifiait plus modestement cette œuvre de cantate.
Les liens pour le téléchargement se trouvent à la fin du catalogue de la Bibliothèque malgache électronique.
Bonne lecture.

15 février 2009

Bibliothèque malgache / 49 : Enfants d'Orphée, de Jean-Joseph Rabearivelo

Il y a un peu plus d'un an, je publiais un premier ouvrage de Jean-Joseph Rabearivelo. Des poèmes, comme cela semblait aller de soi.
En voici un deuxième - qui ne sera pas le dernier titre de cet écrivain malgache.
Enfants d'Orphée est un recueil de cinq brefs essais consacrés à des poètes. Ce volume était, dans l'esprit de son auteur, le début d'une série qui n'a pas vu le jour.
A travers ses commentaires sur d'autres écrivains, Rabearivelo dessine en creux sa propre esthétique. D'où l'intérêt de ces textes, malgré un choix d'œuvres étudiées qui ne sont pas passées à la postérité.
La production de Rabearivelo ne se limitait pas à la poésie. Ce livre paru en 1931 (ou 1934 d'après d'autres sources, il n'a pas été possible de trancher en raison de l'absence de la page de titre dans l'exemplaire utilisé) est une manifestation de sa curiosité critique ainsi que de la finesse de ses analyses.
Les liens pour le téléchargement se trouvent à la fin du catalogue de la Bibliothèque malgache électronique.
Bonne lecture.

14 février 2009

En librairie : Les associations sous la colonisation à Madagascar

Deux volumes spécialisés viennent de paraître aux Editions de l'Harmattan sous la plume d'Alain-Aimé Rajaonarison. Les associations sous la colonisation à Madagascar (1896-1960) apporte un éclairage inédit (me semble-t-il) sur la société malgache.
Alain-Aimé Rajaonarison est docteur en Histoire. Il a effectué toutes ses études supérieures en France. Il a fréquenté successivement l'Université de Paris I et celle de Paris VII. Installé en France, il continue à faire ses recherches en Histoire.

Le premier tome est sous-titré Leur rôle dans la construction de la conscience ethnique et nationale. En voici le texte de "quatrième de couverture":

Le rôle des associations à Madagascar fut prépondérant dans la formation de la conscience politique malgache. Quatre mille ont été recensées sous la période coloniale (1896-1960). Quels types d'associations ont été fondées? Les associations ont-elles été mixtes? Quels ont été leurs objectifs? Que peuvent signifier certains noms d'associations dans l'imaginaire de leurs créateurs? Pourquoi les élites malgaches ont-elles privilégié les associations occidentales au détriment du groupement local traditionnel, à savoir le fokonolona? D'autre part, la création et le développement d'associations d'originaires posent la question des liens noués entre ethnicité, morale et tribalisme. Après les événements de 1947, où l'expression et l'activité politique furent réprimées, les associations de "loisirs" ont permis, sans attirer l'attention, de développer une activité politique jusqu'au milieu des années 1950. A partir de 1956, année de la loi cadre, elles ont servi de viviers, de laboratoires d'idées, d'apprentissage de la "chose publique" aux fondateurs et à certains de leurs membres. Ces groupements formeront au moment de l'indépendance de 1960 l'ossature des principaux partis politiques à vocation nationale, qui animeront la vie politique de Madagascar, durant plusieurs décennies. C'est dans ce cadre que se situent les recherches et les questions développées dans cet ouvrage.

Le deuxième tome complète ce travail: Législations, acteurs et témoignages. Voici ce qu'on peut lire au dos du volume:

L'étude des associations à Madagascar sous la colonisation a eu comme point de départ les informations relatives aux associations paraissant dans le Journal Officiel de Madagascar entre 1896 et 1960.
Le premier tome de Les associations sous la colonisation à Madagascar (1896-1960) est consacré à leurs observations et à leurs analyses.
Le second tome fournit les données brutes concernant ces mêmes associations. Les renseignements donnés par le Journal Officiel sont complétées par d'autres sources d'information. Quelques exemples de statuts complexes établis par les dirigeants des associations révèlent la difficulté pour la plupart des indigènes de créer une association. Les élites sont les fondateurs principaux d'associations. Le second tome traite également de l'itinéraire associatif d'un certain nombre de dirigeants d'associations qui auront une fonction politique importante après l'indépendance de 1960.

12 février 2009

Bibliothèque malgache / 48 : Un Parisien à Madagascar

En route vers la cinquantaine de volumes électroniques gratuits, une barre bientôt atteinte dans un catalogue qui continue de s'enrichir avec, aujourd'hui, Un Parisien à Madagascar, d'Étienne Grosclaude.

Étienne Grosclaude (1858-1932) était un célèbre humoriste, auteur de nombreux ouvrages dont la plupart reprenaient ses chroniques parues dans différents journaux et magazines. Jules Lemaître se disait fasciné par son «irrévérence universelle», ses «inventions de fou dialecticien» et l'apparence d'«élégance imbécile» de ses textes. Grosclaude touchait à tous les sujets, et décida un jour d'aller en chercher du côté de Madagascar.

Embarqué le 10 août 1896 sur le Yang-Tsé en même temps que Gallieni, il passe quelques mois sur la Grande Île d'où il rapporte un récit bien dans sa manière. L'humour y est omniprésent et l'auteur fait exception parmi les voyageurs de son époque en ironisant autant sur lui-même que sur les Malgaches. Sans se départir de l'idéologie dominante, il parvient malgré tout à faire goûter ses traits d'esprit.

Comme il manquait quelques pages à l'exemplaire de travail, Jean-Marie de la Beaujardière a aimablement comblé les absences en numérisant une partie de son propre exemplaire. (Au passage, signalons son excellent site, Encyclopédie de Madagascar et dictionnaire malgache.)

L’ouvrage original ne comprenait pas le Fragment des mémoires d’un explorateur que j’ai ajouté en guise d’avant-propos après en avoir trouvé le texte dans une anthologie de Paul Acker, Humour et humoristes (1899). C’est un autoportrait en situation d’Étienne Grosclaude ainsi qu’un éclairage sur les circonstances de son départ.

Ce titre est disponible (gratuitement, je le rappelle) au format PDF ou DOC en bas de la page du catalogue de la Bibliothèque malgache électronique.

5 février 2009

Citation : Antoine Bello

Je bavardais tout à l'heure par téléphone avec Antoine Bello. Bavarder n'est peut-être pas le terme exact: pour être précis, je l'interviewais.
Mais je n'ai pu m'empêcher de lui raconter, hors sujet, une petite histoire vraie.
L'an dernier, j'étais à Toliara en juillet et j'avais, comme je le fais partout, emporté quelques livres - sans lesquels je tourne très vite en rond où que je sois. Parmi ceux-ci, Les falsificateurs, dont je ne savais rien avant de l'ouvrir. Mais je me suis très vite rendu compte que j'avais bien fait de le mettre dans mes bagages, parce que j'ai adoré ça. Au point, un soir, dans un restaurant italien, de renverser mon verre de vin dessus tant j'étais pris par ma lecture.
Ensuite, je l'ai passé à un ami, qui l'a passé à un autre, qui l'a refilé à un troisième, etc.
Depuis, je ne peux plus aller à Toliara sans qu'on me parle de ce roman. Chaque fois en bien.
Faut-il le dire? Antoine Bello était très heureux d'entendre cette histoire. Je l'ai senti rêver à l'idée que son livre, taché de vin, circulait ainsi dans une ville du sud de Madagascar.
"Je penserai à cela dans mes prochains livres, je parlerai de Madagascar", m'a-t-il dit.

En réalité, il l'a déjà fait, dans Les éclaireurs, la suite qui est parue aujourd'hui et au sujet de laquelle je l'interrogeais.
- Vous vous souvenez?
- Euh...
- Si, deux fois. La première page 35, quand Nina et Sliv boivent un café, c'est Nina qui parle:
- Tu réalises qu'un café latte coûte le salaire quotidien d'un ouvrier malgache?
- Oui, en effet, et Sliv propose alors d'inviter Nina, qui se rebiffe. Et la deuxième fois?
- Quand il est question de l'aide internationale au Niger, page 227:
- Les Etats-Unis à eux seuls versent huit millions par an, rappela Ling qui aurait pu citer tout aussi facilement le montant de l'aide japonaise à Madagascar.
C'est anecdotique, bien sûr. (Clin d'œil à un fidèle lecteur qui se reconnaîtra.) Mais il me plaît de relever la présence, même ténue, de Madagascar et des Malgaches dans tout ce que je lis...