14 mai 2014

Il y a 100 ans : Dans la léproserie (12)

(Suite.)
Une religieuse, chaque jour, passe dans le village des femmes et leur parle du supplice éternel réservé aux pécheurs. Andrianamanitra, le Seigneur incorruptible, est un dieu aux incompréhensibles et sombres desseins. Il ne veut point que l’on aime. Il punit les petites ramatoas qui se sont alanguies d’amour.
On baptise les hommes, on les conduit à l’église, ce qui est amusant parce que l’on y chante. Mais on leur parle de la peine du feu qui torture les ombres de leurs Pères… Dans les cases, une sourde colère naît et grandit, les Malgaches se remémorent qu’autrefois, au temps de la reine, le peuple était libre. Seuls dans leur maison, non point isolés du reste des hommes, les Lépreux vivaient dans le village natal et recevaient la sépulture au tombeau de la famille. Après avoir pris leurs terres, les Européens avides ont ruiné et humilié les Andrianas[1], ils cravachent le Hova qui ne s’incline peint jusqu’à terre devant eux. Naguère, la reine seule, portée dans son palanquin couleur de pourpre, était entourée de pareils hommages.
Parfois un vieil homme au teint africain, les cheveux et la barbe décolorés par l’âge, pénètre dans le cycle de l’enfer visible. Coiffé d’un chapeau de paille, enveloppé d’un lamba couleur de feuille morte, il se glisse, humble, retors, inaperçu des gardiens européens. Quand il s’est assuré l’abri d’une case, il rejette son manteau et l’on aperçoit un collier fait de dents de crocodiles, d’ossements humains, de cornes travaillées qui pendent sur sa poitrine. Tour à tour des lépreux se présentent et reçoivent un précieux fady accompagné de véhémentes exhortations… Oui, les Blancs insatiables, après avoir dépossédé le peuple malgache, veulent étendre leur emprise au-delà même de la mort. Leur griffe astreint les vaincus en leurs croyances, ce trésor intérieur, ainsi qu’en leur liberté.
(À suivre.)
Marguerite Augagneur.
Mercure de France



[1] Noblesse hova divisée en 4 classes, dont la 1re seule occupait le trône.


L'intégrale en un livre numérique (un volume équivalant à 734 pages d'un ouvrage papier), disponible en deux endroits:
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13 mai 2014

Il y a 100 ans : Dans la léproserie (11)

(Suite.)
Non, nul d’entre ceux-là ne sacrifiera le bœuf et, après avoir déposé la part des morts au seuil de la maison des ancêtres, la famille réunie ne mangera point la chair grillée au feu en buvant de la betsabetsa[1]. Il n’y aura ni larmes, ni danses auprès de leur tombe. Leurs fantômes désolés erreront dans la nuit.

*

Voici des femmes assemblées, et qui, chose étrange, ne parlent point… Deux religieuses blanches se saisissent d’un enfant nouveau-né, dans une case, et remportent sous les yeux de la mère défaillante. Les Dames s’en vont lointaines et le vagissement décroît… Étendue sur la natte, brisée par la souffrance, le petite ramatoa ne sait plus pourquoi on lui vole son enfant. Autour d’elle, les femmes jasent à voix légère et lui apprennent qu’on enlève ainsi les nouveau-nés parce qu’ils naissent indemnes du mal terrible et ne prendraient la lèpre qu’en demeurant au sein de leur mère.
Le lendemain, la jeune femme pleure : son enfant est à l’orphelinat créé par les religieuses. La petite ramatoa sent tout son corps douloureux et elle cherche en son âme le visage imprécis du petit être aimé dès le premier tressaillement de sa présence.
La Supérieure l’a grondée et a fait dire à toute la cité que les coupables du Péché seraient punis sévèrement et privés de nourriture.

*

Être seule, n’est-ce pas se pencher sur l’eau de la fontaine et ne plus voir que son propre visage et l’image des regrets qui dorment au fond des yeux ? De la profondeur limpide et glacée, à travers le frisson argenté, le « Moi » vient transparaître à la surface. Rien ne gît dans le lit de cailloux brillants, et le reflet s’éteint lorsque descend la nuit.
Désormais la petite ramatoa est seule ; une surveillance rigoureuse empêche les couples de se joindre dans les ténèbres. Couchée sur la dalle, la jeune femme songe à son amant, à l’enfant arraché d’elle, et la mort épouvantable des Vazahas se dresse devant ses yeux.
(À suivre.)
Marguerite Augagneur.
Mercure de France



[1] Eau-de-vie de canne à sucre.


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12 mai 2014

Il y a 100 ans : Dans la léproserie (10)

(Suite.)
À l’écart se tiennent les Hovas silencieux et fins que leur réserve n’empêche point d’aimer la conversation et d’être sociables et éloquents. De l’Extrême-Orient, d’où ils vinrent jadis, ils ont gardé le visage presque jaune, de souples et rares mouvements, des yeux légèrement bridés. Leur froid courage, une force d’endurance les font résister mieux que les nègres à l’action dissolvante de la lente mort, eux qui haïssent la brutalité armée, le combat.
Là, dans le village abominable, les Hovas content des histoires et jouent, durant des journées entières, à divers jeux rappelant les échecs… les « dames ». Ils ne sont pas tristes, ils ne se plaignent point : ils sont graves.

*

La petite ramatoa a senti le tressaillement de la maternité… Sans la préciser, elle évoque l’image future d’un zazakelly aux yeux noirs, au teint bronzé, qu’elle portera sur son dos, enveloppé d’un lamba faisant hotte. Ils ont très chaud ainsi, les petits enfants, et ne pleurent jamais.
Elle le dit à son amant, qui ne peut s’imaginer la matérialisation de son désir. Il ne voit que celle qu’une même douleur unit à lui jusqu’à la mort.
Que se disent les amants, tous deux, pendant les longues nuits ? Quels sont leurs mots de tendresse ? Nul ne sait : le Hova tient à offense qu’on lui parle femme et amour. Il n’est pas d’épithalames en sa langue, mais seulement quelques contes joyeux, quelques chastes chants de fidélité et de timide aveu… La volupté est une mystérieuse joie… Dans le cycle de l’enfer visible et parmi ceux que hantent l’Européen, naît un sentiment trouble, confus, qui s’ignore et nuance les âmes. C’est une tendresse inconnue s’effeuillant sur les jours ; c’est le souvenir comme une rose jetée sur tous les instants de la vie… Demain, la hideuse mort recouvrira les créatures du lambamena[1] et ne restituera que des lambeaux de leurs corps à la tombe des ancêtres. Quels sacrifices seront offerts à leurs mânes ? Quels parents, quelles femmes échevelées viendront gémir près du lieu des ombres ?
(À suivre.)
Marguerite Augagneur.
Mercure de France



[1] Dernier manteau servant de linceul.


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11 mai 2014

Long John Silver, dernière aventure malgache

L’écrivain suédois Björn Larsson s’était emparé, dans les années 90, d’un personnage de L’île au trésor, le célèbre roman d’aventures de Robert Louis Stevenson. Long John Silver, l’homme à la jambe de bois, aurait écrit ses mémoires lors de sa retraite à… Madagascar ! On traduit aujourd’hui un supplément à ce texte : La dernière aventure de Long John Silver.
Rappelons, si on a un peu oublié L’île au trésor, qui est Long John Silver. Engagé comme cuisinier sur l’Hispaniola, il se révèle bientôt indispensable au recrutement de l’équipage et à la bonne marche du navire. John Trelawney dit de lui : « John Silver est un homme très sérieux. Je sais de source certaine qu’il a un compte courant chez un banquier. Sa femme doit rester ici pour diriger sa taverne en son absence. C’est une femme de couleur, et une paire de vieux célibataires comme vous et moi peut aisément deviner que la femme, plus encore que la raison de santé, le décide à reprendre la mer. » Il n’est pas seulement sérieux : il possède aussi une autorité naturelle qui fait de lui une véritable terreur. A la fin du roman, il disparaît : « On n’a plus entendu parler de Silver. Ce terrible marin à une jambe ne joue plus aucun rôle dans ma vie. Je me plais à croire qu’il a retrouvé sa vieille négresse et qu’il vit en paix dans quelque coin, avec elle et son perroquet. »
Björn Larsson l’a donc retrouvé dans son refuge malgache où il lui a offert un long récit apocryphe, mais vraisemblable par rapport aussi bien à la fiction de Stevenson qu’à ce qu’on connaît des histoires véridiques de pirates. On sait que ceux-ci ont beaucoup fréquenté les côtes de Madagascar et l’île de Sainte-Marie. Long John Silver s’est installé à Ranter Bay, autrement dit la baie d’Antongil. Il y mène une vie paisible et c’est donc là qu’il a écrit (ou plutôt que Björn Larsson a imaginé qu’il avait écrit) Long John Silver : la relation véridique et mouvementée de ma vie et de mes aventures d’homme libre, de gentilhomme de fortune et d’ennemi de l’humanité. Un titre interminable, comme on les aimait au dix-huitième siècle, c’est-à-dire à l’époque supposée de sa vie.
Quand l’écrivain suédois a trouvé un éditeur pour ce livre, il a dû couper un peu son gros manuscrit. Il en avait donc enlevé un épisode qui, lui semblait-il, n’apportait pas grand-chose à l’ensemble. Mais qui, repris pour en faire un récit détaché du grand bloc des mémoires, prend tout son sens. Et joue habilement entre fiction et réalité.
Deux hommes à bout de force se présentent un jour chez Long John Silver. Il leur sauve la vie sans enthousiasme : il n’aime pas ces inconnus qui ne lui disent rien de bon. Il n’a pas tort de se méfier : son visiteur principal, Charles Barrington, est un homme qui a échoué dans tout ce qu’il a entrepris auparavant et qui est venu à Madagascar pour tenter de refaire fortune dans le commerce des esclaves. Mal lui en prit : c’est un nouvel échec, aux conséquences dramatiques puisqu’il va payer très cher son entreprise.
Il est vrai qu’il l’a bâtie sur des fondations très fragiles : le journal que Robert Drury avait tenu lors de son séjour à Madagascar et que Barrington tient pour un document authentique. Tandis que Long John Silver, qui a rencontré Daniel Defoe, sait comment celui-ci l’a tiré de son imagination fertile…
Barrington, homme cupide, ignore évidemment que Long John Silver, dont la légende de cruauté court sur toutes les mers du globe, a depuis longtemps oublié ce qu’est l’appétit de richesses. Il ignore encore davantage que Jack, bras droit du pirate retraité, est un Malgache, fils de roi et ancien esclave. Ce qui donne surtout aux deux hommes envie de faire subir à Barrington ce qu’il voulait faire subir à la « marchandise » qu’il avait l’espoir de trouver dans l’île. Les humiliations et les tortures que Jack a vécues et dont il porte les marques dans sa chair.
L’ouvrage n’est pas long. Mais il repose sur un face à face où la tension est constante. Où Björn Larsson renoue aussi les fils d’une biographie imaginaire dont il donne quelques clés en postface. Il n’est pas besoin d’avoir lu le livre précédent pour goûter celui-ci. Et le plaisir de retrouver quelques lieux, malgré les libertés que prend le romancier avec la réalité, est intense.

10 mai 2014

Il y a 100 ans : Dans la léproserie (9)

(Suite.)
Monotones, les jours s’égrènent sans ennui. Seuls, l’homme qui a divisé le temps imaginaire et lui a fixé des limites, et celui que les passions dévorent connaissent ce spleen qui les force à fuir, haletants d’impatience et attendant « demain ». L’inutile, le désespéré, le cœur enseveli sous la cendre du passé, l’égoïste, le blasé, qui ne trouve en soi-même que le désert sans mirages, tous ceux-là souffrent par l’impossibilité d’être. Les yeux qui ne voient plus le soleil ni les dieux visibles parmi lesquels ils vivent, l’herbe en fleur, les arbres puissants, les jeux des nuages au bord de l’horizon, comptent les heures qu’un vent glacé emporte en tourbillons. Ces hommes enferment leur âme dans le cercle de leurs désirs médiocres, ils ne savent regarder au delà d’eux-mêmes et ils ne sont point.
Les amants s’aiment toujours. Ils ignorent que l’on peut se fuir pour chercher une émotion nouvelle.
Par les nuits obscures, quand le vent d’automne chasse les nuages en déroute ainsi qu’une armée de Titans culbutés vers les Monts où s’élève Tananarive, l’adolescent et la jeune fille ont peur de l’ombre et des ancêtres. Dans la case lugubre, sur la dalle élevée, la natte les reçoit endormis, se tenant enlacés, beaux, jeunes et semblables aux statues anciennes couchées sur les sépultures royales, là-bas, en Occident.
Les jours tombent un à un au passé.

*

En ses murs, la léproserie enferme des créatures issues de races diverses. Parmi les plus nombreux des tristes hôtes sont les nègres : Sakalaves guerriers et braves, Makoas de la Côte africaine, Sénégalais venus là comme soldats pour conquérir. Promptes aux colères et aux joies, leurs âmes obscures sont emplies des superstitions de leurs sauvages contrées. Ceux-là ont adopté, en outre de leurs croyances, les fétiches hovas que glisse l’ombiassy, en de furtives visites ignorées des gardiens vazahas. Ces nègres sont l’agitation et le bruit dans la morne cité. Ils se querellent, ils chantent, ils pleurent parfois ainsi que des enfants, ou bien, s’étendant au soleil, ils demeurent inertes pendant de longues heures et dans leurs yeux passe la vision des plaines monotones, des cases abandonnées, des danses et des guerres là-bas, dans la patrie…
(À suivre.)
Marguerite Augagneur.

Mercure de France


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8 mai 2014

Il y a 100 ans : Dans la léproserie (8)

(Suite.)
L’ombre de la mort verse sa cendre sur le bonheur des deux amants et cette tristesse les enchaîne l’un à l’autre. Ils ne demandent rien à l’inconnu : la possession d’eux-mêmes leur suffit. Le jour, ils demeurent parmi les êtres horribles, ils sont visités par les blanches religieuses, ils reçoivent la ration de riz. Chaque soir les réunit. Ils se contentent de menues histoires puériles : autour d’eux, dans l’ombre, d’autres couples se forment et s’enlacent parmi les moins touchés du Mal terrible.
Aujourd’hui, la mère de la jeune fille est venue la voir, accompagnée d’un petit frère agile, aux yeux vifs. Après s’être embrassées en se frottant la joue et en répandant quelques larmes, les deux femmes ont parlé avec une volubilité qui s’est soutenue durant plusieurs heures. La mère avait apporté des œufs, un régime de bananes, des mangues à la chair rose et sucrée… Elle a donné des nouvelles de tous, gens et bêtes, et narré les dernières médisances, puis elle a dit adieu et son filanzane l’a emportée, le zazakelly assis sur ses genoux… La petite ramatoa offre à l’amant quelques bananes apportées ce soir, et tandis qu’il épluche les fruits excellents, elle dit : « On va donner un bal hova au palais du gouverneur. Si je n’étais ici, j’y serais allée, car mon père écrit au vaovo[1]. J’aurais dansé avec les officiera et bu du vin qui pétille… » Afin de la distraire de son regret, l’adolescent prie la jeune fille de danser pour lui. Dans le bleu de la nuit, sous un clair rayon de lune, la petite ramatoa en silence se met à frapper le sol d’un pas rythmé, cependant que ses bras s’étendent et se replient ainsi que pour une incantation magique. Elle s’enivre de son mouvement, elle voit, en ses yeux dilatés, le bal plein de lumières et de fleurs où elle aurait été si jolie, et, soudain, elle tourbillonne dans un pas de valse telle qu’un papillon fou dans la clarté, puis un vertige la saisit et elle tombe, frissonnante, entre les bras de son amant.
(À suivre.)
Marguerite Augagneur.
Mercure de France



[1] Journal rédigé en langue hova et qui a de nombreux lecteurs indigènes.


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7 mai 2014

Il y a 100 ans : Dans la léproserie (7)

(Suite.)
Mais une ramatoa ne cède point ainsi ; il faut se refuser avec des yeux câlins et une voix douce, se dérober avec souplesse et rire en se moquant. La petite ramatoa n’a garde d’y manquer ; tout son chagrin s’efface en un instant ; elle oublie le lieu de son exil, le mal terrible, les monstres qui gîtent dans la nuit. Elle n’est plus qu’une coquette qui veut plaire, une femme prête à l’Amour, inscrivant le monde dans l’orbe de son désir. Cependant il la saisit et l’enlace, l’entraînant loin de la case et de l’espace blanchi par la lune. Sous l’ombre du bosquet, l’indiscrète lueur argentée ne se posera point sur leurs visages, ne révélera pas leur bonheur ignoré de tous les malheureux qui les entourent. Elle appuie sa joue, qui sent les larmes et le mimosa, contre l’épaule du jeune homme. Elle est une petite fleur au royaume des herbes folles et elle va être cueillie. Ainsi l’amour fleurit sur la mort.
La petite ramatoa ne connaît point les mythes divins, ni même la voix qui murmure au fil de l’eau, parmi les feuilles captives, aux vents du ciel, au rythme du cœur. Elle obéit à la terre, à l’odeur des orangers, au désir de la joie. Et l’adolescent demi-nu, à peine touché par le mal, suit l’instinct dominateur qui condamne l’homme à donner la vie. Le monde se pare, à leurs yeux éblouis, qui voient la triste vallée se transformer en un jardin enchanté où fleurit la rose merveilleuse. Désormais ils possèdent le bonheur, et le parfum des orangers monte ainsi que le cantique de la Sulamite dans la douceur de l’air du soir.

*

La langue hova est précise, sans ailes, sans rêves ; le mot « mélancolie » n’y est point exprimé. Cet oubli, que les civilisés demandent à l’alcool, le peuple primitif le trouve dans l’amour, non dans ces grands sentiments plus hauts que la vie, mais à chaque heure joyeuse cueillie sur le chemin des jours. Le Hova a aussi le goût des longues histoires, des paysages et des fleurs ; il sait en voir la beauté, dont les travailleurs d’Europe ont perdu le sens. Ceux que la main de fer de la nécessité courbe sur le sol ou sur des machines ignorent à présent la splendeur du monde : ils possèdent peut-être la mélancolie !
(À suivre.)
Marguerite Augagneur.

Mercure de France


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5 mai 2014

Il y a 100 ans : Dans la léproserie (6)

(Suite.)
La jeune fille est plongée dans cette sorte d’engourdissement qui suit l’excès de la douleur. Ses cheveux se sont déroulés, elle a rejeté son lamba et sa belle robe jaune paraît blanche sous la lune. Elle se sent toute seule, loin des bruits familiers, et toute petite dans la nuit immense. Il lui paraît qu’il n’y a plus qu’elle au monde et sa douleur qui remplit l’univers. Elle appuie sa joue dans sa main, le coude supporté par ses genoux repliés, et reste là, bien vite sans pensée, les lèvres entr’ouvertes, les yeux vagues, perdus dans la lueur stellaire.
La nuit qui fait chanter les feuilles lui rappelle les sons de la valhya[1] et les interminables refrains à danser. Ce souvenir n’est pas une tristesse, non plus qu’un plaisir, à peine une impression qui flotte au bord de l’âme et s’abîme dans l’oubli… La petite ramatoa s’est endormie, la bouche entr’ouverte, les cils humides, ainsi qu’un enfant malheureux.

*

Un craquement se perçoit dans la nuit ; un bruit furtif, un pas léger approchent… La jeune fille dort toujours… Un adolescent est debout devant elle et la regarde. La sensation d’une présence trouble la dormeuse, ses paupières battent, sa tête fléchit et se relève, elle entr’ouvre les yeux.
Elle aperçoit le jeune homme et n’éprouve ni peur ni surprise. Là-bas, dans la grande Ville, les jeunes gens viennent aussi, le soir, parler d’amour. Il la voit éveillée et s’assied auprès d’elle ; il la salue et elle répond avec retenue, ramenant son lamba sur ses épaules. Il dit son nom et parle de ses parents, de son village situé à un jour d’ici.
Elle répond encore, mais des larmes voilent l’éclat de ses yeux… Elle se souvient de ceux qu’elle a quittés, et de son pays qu’elle ne reverra point…
« Ne sois pas triste, dit le jeune homme, ici nos parents, nos amis viennent nous voir ! ici l’on aime, ô belle des belles ! »
Un rayon de chaude lumière pénètre le cœur de la jeune fille. Elle sourit : comment a pu venir l’amant au village des femmes ? Il indique le mur franchi sans peine et prend entre ses mains les doigts légers de l’enfant ; leurs souffles se mêlent…
(À suivre.)
Marguerite Augagneur.
Mercure de France



[1] Instrument de musique rappelant la cithare.


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4 mai 2014

Dans la léproserie (5)

(Suite.)
On dort dans les cases lépreuses, c’est l’oubli posé sur les fronts douloureux. Cependant, ces créatures enfantines se courbent avec résignation sous le poids du destin ; elles s’abîment dans l’indifférence, tandis que la lente mort plane et s’abat tel un oiseau de proie, et arrache des lambeaux de leur vivante chair. Sans révolte, l’homme primitif ne cherche point à combattre la fatalité ni même à s’y soustraire. Il n’invoque ni le ciel ni les dieux pour soulager son infortune. Si l’homme de race jaune accepte et se tait, le nègre entouré des merveilles du monde qui ne lui sont point expliquées met son fady au nombre de ces miracles qui surpassent l’entendement : la foudre, la pluie, l’éclair…
Sous la forme du talisman se blottit la secrète espérance. Les maux et la mort ne sont pas décuplés par l’ivresse de la douleur morale, et ces humbles retournent avec sérénité au tombeau des ancêtres, laissant tomber avec insouciance les gouttes de leur sang empoisonné sur le terrible chemin où ils vont, emboîtés dans l’ornière, butant aux pierres, faisant halte parfois, mais atteignant d’une marche sûre le terme de leur peine, cette fin où sombre tout ce qui vit.
À cette heure, le rêve argenté de la lune s’étend sur toutes les choses.
La mort est douce qui serait obscure et profonde, semblable à la nuit palpitante d’étoiles. Un vent frais et parfumé passe ; cette haleine et la douceur bleue sont un philtre d’amour. Aime-t-on dans l’Enfer ?
La petite ramatoa[1] ne peut dormir ce soir. Les larmes ont séché sur son visage sans qu’elle l’essuyât ; son jeune cœur est gonflé de soupirs. Elle s’assied devant la porte de sa case… Oh ! la vilaine case qui ne contient qu’une maçonnerie élevée sur le sol et supportant une longue dalle recouverte d’une natte : le lit, puis un banc de pierre ! Cette demeure est froide et nue comme la maison des ancêtres.
Là, au dehors, cet air embaumé d’oranger, cette clarté amie ont passé chez sa mère avant d’arriver ici.
(À suivre.)
Marguerite Augagneur.
Mercure de France



[1] Jeune femme, prononcer : ramatou.


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3 mai 2014

Il y a 100 ans : Dans la léproserie (4)

(Suite.)
Des silhouettes d’hommes apparaissent sur la crête du mur : la voix limpide est arrivée jusqu’à eux. Ils regardent et aperçoivent le joli visage mutin et désolé, la longue tresse de cheveux noirs, le cou frêle couleur d’ivoire ancien, la sveltesse du corps enveloppé dans le lamba blanc. Ceux qui peuvent voir remplissent leurs yeux de cette image fugitive de la jeunesse et de la beauté qui va mourir. La jeune fille sent à ce moment quels trésors sont en elle ; sa voix expire sur ses lèvres. Tandis que les femmes jasent sans trêve et que le gardien fait rentrer chacun chez soi pour recevoir la ration de riz, elle demeure immobile et voit en un instant son inutile grâce et l’affreuse corruption qui va faire d’elle, lentement, un monstre, un mourant cadavre. Elle regrette la Vie et l’Amour, ces biens uniques, avec une telle force de tout son être jeune et frémissant, que soudain elle se jette à terre, le visage au sol, ses mains jointes ne laissant plus ses yeux apercevoir le jour, la cité sans espérance, ceux qui ne sont plus tout à fait des vivants…

*

La nuit s’est endiamantée d’étoiles et leurs feux jouent avec les ombres. Le clair de lune baigne d’une transparente clarté l’éther à peine assombri, et les arbres s’entrevoient en masses brunes et denses. Le sommet des collines s’estompe d’un trait sombre sur le ciel pur. C’est l’heure où le silence parle d’éternité, et les tristes regards des hommes scrutant l’immensité insondable ne voient que l’abîme entr’ouvert de la mort. Il n’est plus, ainsi que dans la force flamboyante du soleil, des vallées et des monts, des fleuves et des routes, des champs et des forêts et diverses sortes de l’humanité qui souffre. La nuit, berceau des mondes, image de l’infini et du temps sans jalons, offre une mouvante parcelle de la création aux regards des astres éternels. Et cette poussière d’hommes, ces millions d’âmes obscures ou révélées à elles-mêmes, celles qui n’ont que l’instinct des êtres les plus infimes, celles qui surent ravir le feu du ciel sont l’intelligence et la pensée dans l’harmonie universelle. Cette lamentable peine de vivre devient une conscience qui émane de la nature et s’évanouit dans l’espace sans limites. Ainsi la lumière naît des corps obscurs, par le mouvement, se développe, magnifie, pénètre et parcourt l’étendue sidérale.
(À suivre.)
Marguerite Augagneur.

Mercure de France


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1 mai 2014

Il y a 100 ans : Dans la léproserie (3)

(Suite.)
Elle pleure, mais elle est si jeune que l’espérance affleure sur la coupe des larmes ainsi qu’un lotus émerge des eaux profondes. Ne vient-elle pas de quitter sa mère et les petits frères, des zazakellys[1] aux yeux vifs et ronds d’oiseaux jaseurs, les gentils zazakellys choyés et aimés dans la famille ? La jeune fille a dit adieu à la grande ville où elle ne reviendra plus jamais… Comment est donc née cette tache livide aux grises auréoles qui rend morte la chair qu’elle envahit et s’étend et gagne son côté ? Cet homme du Sud qui l’étreignit un soir sous les arbres en fleur était peut-être le porteur du mal terrible ? Le médecin, plus savant que l’ombiassy (sorcier), a ordonné qu’on la conduisît là-bas, dans la triste cité. On l’a forcée à partir ; le médecin l’a emmenée en pousse-pousse au trot mesuré des bourjanes. Elle regardait, le long de la route, les rivières pleines de petits poissons, les touffes vertes du riz que les femmes repiquent courbées sur l’eau azurée par le ciel bleu intense. Elle voyait, en passant, la pierre frottée de graisse où l’on vient implorer la fécondité, et parfois, au détour du chemin, un tombeau bâti en pierres sèches, orné d’herbes et de fleurs semées par le vent. Devant ses yeux défilaient les bourgades et les maisonnettes, des gens inconnus et des animaux familiers, oies, poulets aux longues pattes fuyant devant l’équipage ; des marchés qui bornent la route et dont l’étalage est fait de petits paquets de chandelles pendus par de longues mèches, de chapelets de piments et de régimes de bananes. Le médecin lui disait de douces paroles, dans la langue rude des Vazahas (Européens). Quand ils sont arrivés tous deux à la maison blanche, une religieuse les a reçus, souriante et sereine…
Maintenant elle est seule parmi les femmes horribles. Elle touche son fady (fétiche) qui conjurera le sort funeste. Les femmes piaillent toutes ensemble ; elle leur répond et les autres se taisent pour l’écouter. Des spectres aux faces ravagées tendent l’oreille pour mieux entendre l’eau fraîche et vive de la voix jeune que la douleur assourdira, puis emprisonnera ainsi que la glace prend l’eau.
(À suivre.)
Marguerite Augagneur.
Mercure de France



[1] Enfants.


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30 avril 2014

Il y a 100 ans : Dans la léproserie (2)

(Suite.)
Une torpeur mystérieuse pèse sur tous ces êtres ; çà et là quelques enfants errent sans joie parmi ces créatures ensommeillées. Un enchantement a été jeté sur ces lieux, et ceux qui les habitent ne sont plus tout à fait des vivants. Des créatures trébuchent et s’affaissent…
Elles possèdent parfois un visage, mais elles n’ont plus de pieds ou de mains. Celles qui peuvent encore marcher et prendre n’ont plus de regard. Celles-ci portent le masque effrayant d’un mufle de bête, celles-là des plaies hideuses. Moignons sanglants, membres déformés, poitrines râlantes, faces dévorées, voilà ce qu’enferme le cycle de l’enfer visible. Ainsi que la Médée de violence et de passion armée qui maudit et détruit sa propre chair, la terre rouge a condamné ses enfants. La lèpre les lui restitue par lambeaux et il est des centaines de mutilés, dans cette vallée, des milliers ailleurs, qui meurent lentement.
Devant les cases de bois et de joncs, les vieillards oppressés aspirent le dernier rayon du jour. Leurs jambes inertes, gonflées par l’éléphantiasis, ne peuvent les conduire dans leurs demeures. Des adultes les aident ; parmi les moins malades sont de tout jeunes gens, des adolescents beaux et fiers avec une seule plaie qui commence à s’ouvrir. Des femmes aux doux yeux ont encore des mains fines qui se croisent, des pieds nus et agiles. Les autres, ceux qui n’ont qu’un pied et boitent, ceux qui n’ont qu’une main enroulent des chiffons autour du moignon tailladé par le mal ; ils se traînent tels des larves et le cauchemar de leur vie apparaît dans leurs yeux. La sérénité règne sur les visages d’aveugles, mais les mufles affreux de la lèpre léonine évoquent une vision de damnés.
Au dernier reflet du jour posé sur le front des montagnes, les créatures entourent une jeune fille qui vient d’arriver. Elle est vêtue, avec coquetterie, d’une robe jaune et s’enveloppe dans son lamba[1], d’un geste pudique propre aux Hovas qui aiment la réserve et la grâce décente. Ses yeux noirs laissent passer de la joie à travers leurs larmes, qui coulent rondes et claires sur les joues brunes.
(À suivre.)
Marguerite Augagneur.
Mercure de France



[1] Châle.


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29 avril 2014

Il y a 100 ans : Dans la léproserie (1)

De l’autre côté de la montagne s’étend une terre tragique, une vallée au sol rouge tacheté, çà et là, de bouquets d’arbres. Enserrée par une ceinture de collines qui profilent très haut leurs fronts inexorables, cette vallée ne voit du ciel qu’une coupe bleue ; toute échappée sur l’infini est close par les Gardiennes aux lignes sévères, et il n’est pas d’horizon lointain semblable à une grève d’or où passent des ailes et de flottantes vapeurs irisées. À mi-chemin de deux villages contigus, encerclés de murs, se dresse une maison européenne qui paraît être la surveillante de cette geôle ensoleillée des cases prisonnières derrière le rempart des murailles. Nul bruit. – La nature se recueille et attend. Ainsi qu’un rideau de théâtre, le silence tend son mystère entre l’inconnu et la vie apparente. De l’un et l’autre côté du voile ténébreux, le drame est poignant : ici on pleure, là on espère, et le destin ignoré s’accomplit… Cependant le silence donne sa plénitude à l’émotion humaine, il crée une harmonie entre les larmes et les choses, il est la beauté de la douleur. Qu’importe si demain des doigts sacrilèges soulèvent les plis de velours : l’heure est divine, qui fut sans vaines paroles !…
Ici palpite un silence vivant fait des mille bruits du vent et de la terre. On l’écoute… qui donc le troublera ? Les villages sont habités, une fumée floconneuse sort des cabanes, une faible rumeur monte, un éclat de rire a fusé vers le ciel calme… tout s’éteint, et la mélancolie flotte sur le paysage désolé, au pied des montagnes arides. Les villages muets se sont endormis dans quelque rêve heureux, aux lueurs blondes du soleil qui décline.
Le vent du soir s’élève, il chante dans les herbes ondulantes et disperse les pollens au gré de sa fantaisie. Son souffle frais ranime toutes les choses qui étaient anéanties par la chaleur. Voici, dans les villages, des silhouettes étranges qui semblent se mouvoir avec peine. Hommes et femmes, ralentis, entravés, paraissent privés de l’activité coutumière. Les femmes ne vont point à la fontaine d’un pas léger, une poterie de grès rouge posée sur la tête. Les hommes, séparés de leurs compagnes, tenus à part, se traînent, ombres lasses.
(À suivre.)
Marguerite Augagneur.
Mercure de France


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28 avril 2014

Il y a 100 ans : Majunga demande une élection

Notre confrère de Majunga, les Petites Affiches, publie en manchette la doléance que voici :
Quand, M. Picquié, vous déciderez-vous à faire profiter Majunga du décret sur l’élection des municipalités promulgué depuis plusieurs mois déjà dans la colonie ?
Auriez-vous peur de l’esprit d’indépendance et de justice de notre population ?
Vox populi, Vox Dei, consultez-la, cette voix, elle ne demande qu’à vous répondre.
Nous nous en voudrions de souffler sur des illusions tenaces – et respectables – mais il nous semble que le seul fait d’avoir signalé à Micromégas une attitude défectueuse, – de lui avoir ainsi prouvé que la chose a porté, – ne peut qu’y ancrer davantage ce malfaisant bonhomme.
Les Annales coloniales

Honorons nos morts

Nous recevons de Majunga la lettre suivante, qui mérite de retenir l’attention de l’administration de Madagascar :
Majunga, le 5 mars 1914.
Monsieur le Directeur,
Nous vous demandons l’hospitalité de vos colonnes, pour signaler l’état de délabrement et d’abandon dans lequel est laissé un cimetière abandonné de la ville.
C’est là, pourtant, que sont enterrés un grand nombre de nos compatriotes venus dans la Grande Île lors de la conquête et tombés au champ d’honneur.
Il est regrettable de constater que cet enclos, qui devrait être l’objet de la sollicitude de l’administration, est complètement délaissé, envahi par les broussailles. Le fumier d’un parc à bœufs en souille même l’entrée.
Les monuments funéraires sont dans un tel délabrement qu’avant peu ils ne formeront plus que des amas de matériaux ; déjà des entourages et des plaques commémoratives gisent à terre.
L’administration ne pourrait-elle employer à l’entretien de ce champ de repos, une partie des prisonniers qui sont oisifs ou occupés à des travaux peut-être moins utiles.
Veuillez agréer, etc.
Un groupe de Majungais.

Magistrat condamné à Madagascar

Le tribunal correctionnel de Tananarive a rendu son arrêt dans l’affaire de M. Bentégeat, magistrat inculpé de scandale et de voies de faits au cercle de Diégo-Suarez, où il était de passage.
M. Bentégeat a été condamné à 100 fr. d’amende avec sursis et aux frais du jugement qui sont élevés.

Le Courrier colonial


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27 avril 2014

Il y a 100 ans : La mentalité d’instituteurs indigènes à Madagascar

Il nous faut signaler les agissements de certains instituteurs indigènes qui échappent, dans la brousse, à tout contrôle, et abusent du prestige que leur donne leur science rudimentaire pour commettre des abus dont la Tribune de Madagascar nous donne quelques échantillons.
D’abord, sous prétexte d’enseignement pratique, ils font cultiver leur jardin et rentrer leurs récoltes par les élèves, ils leur font même récurer leurs marmites. Ensuite, ils se sont institués, d’eux-mêmes, écrivains publics et ils rédigent, moyennant finances, tout ce qu’on leur demande, et, parfois, ce qu’on leur demande n’est pas très propre.
C’est ainsi que, récemment, un instituteur indigène écrivit, dans le style dont il était capable, bien entendu, une dénonciation calomnieuse au premier chef, contre un gouverneur hova dont l’administration n’avait jamais eu qu’à se louer.
Ce fonctionnaire indigène s’était attiré la rancune d’une personnalité locale, qui paya l’instituteur pour le dénoncer, et celui-ci trouva tout simple d’exécuter cette triste besogne.
Le dénonciateur, qui a signé le papier, va être traduit en justice ; mais qu’adviendra-t-il de l’instituteur, et que peut-on attendre d’éducateurs aussi complètement dépourvus de sens moral ?
Il y a là des réformes profondes et urgentes à accomplir, qui nécessitent l’intervention d’un directeur de l’enseignement énergique.
Ce n’est pas l’affaire d’un jour, nous le savons bien ; mais il importe de commencer immédiatement cette œuvre de salubrité.

Le canal d’Ivondro à Tamatave

On se préoccupe toujours, à Tamatave, de la question du canal d’Ivondro.
Certains préféreraient une route plutôt qu’un canal, bien que celui-ci doive être la continuation logique du canal d’Andevorante, prolongé vers le sud. Les partisans de la route font observer que la locomotion par terre est plus rapide que par eau. Leurs adversaires répondent que cette dernière est plus économique.
La meilleure solution serait évidemment une route longeant le canal, mais nous craignons que les finances de la colonie ne se prêtent pas encore à la dépense considérable qu’impliquerait la réalisation de ce double projet.

Le Courrier colonial


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